Les Promesses de Thomas Kruithof : tous accros à la politique ?

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Les Promesses de Thomas Kruithof se présente comme « un film sur la politique et non pas un film politique ».  Ce sont les mots employés pendant la promotion du film par les acteurs Reda Kateb et Isabelle Huppert, tous deux impeccables dans leur rôle respectif. Soit une maire et son directeur de cabinet pris dans une spirale entre choix de carrière et humanité. A partir d’un propos classique (et plutôt vu et revu), Thomas Kruithof parvient à construire un film en tension permanente, porté par une vraie soif du verbe et un duo qu’on prend plaisir à accompagner.

L’exercice du pouvoir

Au début des Promesses, on la voit dans le feu de l’action, au contact de l’humain. Puis, c’est lui que l’on aperçoit au milieu du tumulte, comme un arrêt sur image. Tous deux sont respectivement maire et directeur de cabinet. Elle, c’est Clémence. Lui, c’est Yazid. Ce couple politique, qui n’est pas sans rappeler celui dessiné par Borgen, la série danoise qui mettait une femme au pouvoir, est au cœur du film. Un duo complice mais conscient des failles de l’autre. C’est donc comme une sorte de joute verbale (on pense à la scène du diner où Yazid raconte une histoire édifiante pour défier justement Clémence) qui se construit peu à peu opposant – surtout rassemblant – un faux idéaliste (qui avoue que ce qu’il cherche c’est une carrière à Paris, mais plus par provocation) à une femme politique authentique  rattrapée par l’ambition. Or, l’enjeu du film est ailleurs, il est dans une fuite monumentale, dans l’insalubrité la plus totale d’une barre d’immeuble de la cité des Bernardins. Ce centre névralgique est la raison d’agir des protagonistes des Promesses. C’est autour de cette cité d’ailleurs que se nouent et se dénouent les fameuses promesses du film. C’est la victoire de réhabilitation avec laquelle Clémence veut quitter la politique après deux mandats. Ce qui compte ici, au-delà de l’histoire de ces personnages, pris comme ils sont au moment de l’action, c’est l’exercice du pouvoir politique, à un niveau local. Que l’on se trouve dans les arcanes de la politique parisienne compte moins que ce qui se passe sur le terrain où Clémence, la maire, évolue.

« T’as peur de devenir une droguée de la politique, comme eux tous ? »

Il y a donc dans Les Promesses, un sens du rythme indéniable puisque les protagonistes sont sans cesse dans l’action. Pas de repos pour le guerrier du politique de terrain qui serre des mains, prend des nouvelles de la femme d’untel, des enfants d’un autre, connaît chacun par son prénom. Pourtant, la politique se joue aussi ailleurs et nos héros le savent. Ils tentent donc quelques petites promesses à l’avance, même celles perdues d’avance. Galvanisée par le désir de convaincre ses électeurs, Clémence lâche même un pourcentage au-delà des espérances, et surtout complètement faux sur la réussite d’un projet dans lequel elle veut les embarquer. Son ambition pourtant n’est pas personnelle mais bien collective, elle dépasse la politique recluse sur elle-même à la quête du pouvoir pour le pouvoir et non la réalisation concrète.

« C’est pas avec elle qu’on va faire rêver les gens »

Dans chaque scène, convaincre est le maître mot, c’est un combat de chaque instant. C’est en ce sens que Les Promesses se conçoit comme un thriller. L’enjeu de nombreuses scènes est aussi de comprendre où est le pouvoir et qui le détient, ce que peut vraiment le local contre la machine politique. En effet, c’est quand elle est approchée puis rejetée par le gouvernement en place parce qu’elle ne ferait pas « rêver » que Clémence s’aperçoit que, comme les autres, elle désire ardemment être adorée et surtout ne pas être oubliée. Quitte à oublier ses propres promesses ! Le film est autant celui d’un combat, pour la cité des Bernardins, qu’un renoncement, Clémence doit dire adieu à la politique. C’est en cela peut-être que ce parcours est aussi touchant que passionnant à suivre, Reda Kateb/Yazid incarne la transition en douceur vers cette fin à venir pour Clémence. La douceur est dans le verbe, et sa manière d’accompagner son départ, quitte à courir tous les risques politiques, à occuper le terrain. On les voit insister avec pugnacité et Yazid n’acceptera pas que Clémence abandonne le seul vrai combat qui compte : celui pour les gens !

La baronne 

Thomas Kruithof s’est nourri de ses acteurs pour construire des personnages qu’on prend plaisir à suivre : « J’ai rapidement vu la manière de se déplacer de Reda, son élégance mais aussi sa tension ainsi que la silhouette frêle mais pleine de force et d’énergie d’Isabelle Huppert et son autorité naturelle. Donc, c’était très inspirant » explique-t-il dans une interview sur la genèse du film. On se souvient de ce naturel qu’Isabelle Huppert nous avait déjà offert dans un autre duo, cette fois-ci aux côtés de Gérard Depardieu, dans Valley of love (Guillaume Nicloux, 2015). Quant à Reda Kateb, il prouve une fois de plus qu’il est capable d’autant de douceur que de force dévastatrice, quand on passe dans sa filmographie de A moi seule (Frédéric Videau, 2011) à Hors Norme ( Olivier Nakache, Eric Toledano, 2019). Les Promesses ne nous apprend rien de nouveau sur la politique mais infiltre le pouvoir comme Baron noir (un des coscénaristes des Promesses a écrit pour la série de Canal+). Ces deux œuvres s’intéressent à ceux qui font de la politique non un combat personnel, mais une œuvre collective, en contact avec le monde, et cette eau qui suinte et qui s’infiltre dans un quotidien cabossé qui attend de toutes ses forces une main tendue. Dans Les Promesses, c’est une femme politique qui l’incarne, Clémence, capable de tout donner pour ce en quoi elle croit. Ce n’est donc pas du rêve qu’elle vend mais bien une vie concrète, c’est d’ailleurs sur ce plan là que Les Promesses se distingue : partir de la vie pour rester collé à elle et non pas promettre monts et merveilles. Ainsi que l’on soit à la marie, dans une piscine, ou à l’Élysée, c’est bien la cité des Bernardins qui est dans toutes les têtes et irrigue tout le film, nous tenant en haleine sur son avenir, et seulement sur lui.

Les Promesses : Bande annonce

Les Promesses : Fiche technique 

Synopsis : Maire d’une ville du 93, Clémence livre avec Yazid, son directeur de cabinet, une bataille acharnée pour sauver le quartier des Bernardins, une cité minée par l’insalubrité et les « marchands de sommeil ». Ce sera son dernier combat, avant de passer la main à la prochaine élection. Mais quand Clémence est approchée pour devenir ministre, son ambition remet en cause tous ses plans. Clémence peut-elle abandonner sa ville, ses proches, et renoncer à ses promesses ? …

Réalisateur : Thomas Kruithof
Scénario: Thomas Kruithof, Jean-Baptiste Delafon
Interprètes : Isabelle Huppert, Reda Kateb, Naidra Ayadi, Jean-Paul Bordes, Laurent Poitreneaux, Soufiane Guerrab, Hervé Pierre
Photographie : Alex Lamarque
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin
Sociétés de production: 24 25 Films, France 2 Cinéma
Distributeur: Wild Bunch Distribution
Durée : 98 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 26 janvier 2022

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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