« Le Dernier Piano » : une première fausse note ?

Label Festival de Cannes 2020, Le Dernier Piano (Broken Keys en VO) est un premier film trop chargé. C’est un peu le Moyen-Orient vu à travers le regard de Douglas Sirk. La maîtrise académique en plus. Le naturel et l’effet de spontanéité en moins.

Synopsis du Dernier Piano : Karim (Tarek Yaacoub), un pianiste de talent, a l’opportunité unique de passer une audition à Vienne. La guerre et les restrictions imposées bouleversent ses projets et la survie devient un enjeu de tous les jours. Son piano constitue alors sa seule chance pour s’enfuir de cet enfer. Lorsque ce dernier est détruit par l’Etat Islamique, Karim n’a plus qu’une idée en tête, trouver les pièces pour réparer son instrument. Un long voyage commence pour retrouver sa liberté.

Un bel air

Certes, le premier long-métrage de Jimmy Keyrouz, jeune réalisateur libanais formé à l’Université de Columbia à New York, procède d’une belle intention. Celle de raconter une histoire actuelle avec émotion. Celle de conter l’histoire du Moyen-Orient à travers un regard engagé et amoureux. Oui, le film est agréable pour le regard, malgré la dureté du propos. La photographie notamment est très efficace, à mi-chemin entre la violence extérieure et la chaude résilience qui émane des personnages. Assurément, un bel air se dégage du film. Celui de ce monde qui s’écroule mais qui est reconstruit. Celui de cette souffrance qui résiste en musique.

Cependant, un autre air semble se dessiner. Celui du trop-plein. Tout semble trop réfléchi. Évidemment, le cinéma de fiction est, par définition, un cinéma écrit, choisi. Un cinéma conçu, voulu et exécuté selon les pensées d’un scénariste ou d’un réalisateur. Ce même cinéma de fiction est souvent peuplé de ces histoires inspirées de faits réels. Des histoires de toutes les régions du monde montrant une certaine réalité. Bien entendu, avec une vision, un point de vue. Mais jamais uniquement avec ce seul point de vue, qui plus est romancé.

Un trop bel air ?

Parce que Le Dernier piano est romancé. Extrêmement romancé. Si le noyau central du film, son sujet contemporain à la fois doux et violent, est percutant, Le Dernier Piano est une œuvre beaucoup trop misérabiliste. Une œuvre qui joue sur les codes du mélodrame à outrance. L’œuvre de Keyrouz manque cruellement de fluidité et de spontanéité et nous rappelle en permanence que nous sommes au cinéma.

Raconter une histoire, aussi triste soit-elle, et même dans un film assumant son aspect tragique, ne veut pas dire contrôler les émotions du spectateur à travers un pathos exagéré. Ainsi, la musique du Dernier Piano, composé par Gabriel Yared, est assez gênante. Non pas qu’elle ne soit pas mélodieuse. Mais la mélancolie des airs de Yared, doublée du symbolisme des images, devient rapidement étouffante. Finalement, elle ne semble être là que pour nous dire quand ressentir. Pire, quoi ressentir.

Voir un film, c’est faire face à des images qui parlent d’elles-mêmes. Des images imaginées et choisies certes mais qui offrent une émotion naturelle et personnelle, selon le spectateur. Des images nous offrant la possibilité de comprendre par nous-mêmes. Simplement.

Fiche technique – Le Dernier Piano

Réalisation : Jimmy Keyrouz
Scénario : Jimmy Keyrouz
Interprétation : Tarek Yaacoub (Karim)
Durée : 1h57
Genre : Drame
Date de sortie : 13 avril 2022
Pays : Liban

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