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L’attrait discret des jeux en ligne minimalistes dans un monde numérique bruyant

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Passez quelques minutes en ligne et le schéma devient familier. Les onglets s’ouvrent sans intention précise. Les notifications surgissent en plein milieu d’une pensée. Les vidéos se lancent avant même que vous ayez décidé de les regarder. Même le loisir a adopté le rythme de l’interruption. Le divertissement arrive souvent surproduit et insistant, réclamant non seulement de l’attention, mais aussi de la mémoire, du temps et un investissement émotionnel.

Dans ce contexte, les jeux en ligne minimalistes paraissent presque à contre-courant. Ils ne s’annoncent pas bruyamment. Ils ne demandent pas aux joueurs de rester, seulement d’essayer. Leurs règles sont visibles presque immédiatement, leurs sessions suffisamment courtes pour sembler contenues. Et pourtant, pour beaucoup, ces expériences modestes persistent plus longtemps que des productions plus élaborées.

Leur attrait ne réside pas dans ce qu’ils offrent, mais dans ce qu’ils retirent.

Quand le « moins » cesse d’être un compromis

Les jeux minimalistes sont souvent regroupés sous l’étiquette de productions inachevées ou volontairement basiques. En réalité, leur simplicité est rarement accidentelle. Elle résulte d’un processus de soustraction plutôt que d’un manque.

Concevoir un jeu avec peu de mécaniques laisse peu de place à l’erreur. Chaque action devient visible. Chaque déséquilibre apparaît immédiatement. Là où la complexité peut masquer des failles, le minimalisme les expose. C’est pourquoi les jeux minimalistes réussis donnent souvent une impression de grande précision. Ils ont été affinés jusqu’à ne conserver que l’essentiel.

Ce principe dépasse largement le jeu vidéo. Au cinéma, des décors restreints et des dialogues épurés produisent souvent une tension plus forte que le spectaculaire. En journalisme, les textes les plus convaincants sont souvent les plus clairs, pas les plus ornés. Dans de nombreux domaines créatifs, la retenue est un signe de confiance.

Les jeux minimalistes suivent cette même logique. Ils font confiance au joueur sans le guider pas à pas. Pas de longue phase d’apprentissage, pas d’échelle de récompenses à gravir. L’interaction commence immédiatement, et les règles sont claires.

La concentration comme forme de soulagement

Les environnements numériques modernes sont conçus pour fragmenter l’attention. Même les moments de repos sont ponctués d’interruptions. Il en résulte une sorte de bruit mental permanent – présent même lorsqu’il ne se passe rien d’urgent.

Les jeux minimalistes résistent discrètement à cette dynamique. Leur structure permet un moment bref mais complet de concentration. Un objectif unique remplace les stimuli concurrents. Une erreur met fin à la session. Une réussite paraît définitive.

Il ne s’agit pas d’immersion au sens cinématographique, mais d’une concentration sans encombrement.

C’est pourquoi des collections de jeux en ligne simples, conçus pour des sessions rapides et des défis immédiats, comme ceux proposés sur Tower Rush Jeu, correspondent bien à la manière dont les gens utilisent réellement internet aujourd’hui. Elles reconnaissent que le temps est fragmenté, non abondant. Plutôt que de lutter contre cette réalité, elles s’y adaptent.

Le jeu ne demande pas une relation à long terme. Il propose un échange bref et honnête.

La valeur des fins

Un aspect souvent négligé du design minimaliste concerne sa relation avec la notion de fin. De nombreuses expériences numériques évitent la clôture. Les fils défilent à l’infini. Les barres de progression s’étirent sans cesse. La complétion est repoussée ou volontairement absente.

Les jeux minimalistes font l’inverse. Ils se terminent clairement, sans détour. Une session s’achève. Le résultat est visible. Rien ne reste en suspens.

Ce sentiment d’achèvement est discret, mais significatif. Il donne une forme à l’expérience. Même l’échec paraît contenu plutôt que décourageant.

D’un point de vue psychologique, cela compte. Les êtres humains réagissent positivement aux limites. Savoir quand quelque chose commence et se termine réduit la charge cognitive et permet de s’engager sans fatigue.

En ce sens, les jeux minimalistes offrent quelque chose que de nombreuses plateformes numériques ont discrètement abandonné – la permission de s’arrêter.

Des sessions courtes qui donnent envie de revenir

On pense souvent que les expériences brèves sont vite oubliées. Pourtant, la répétition raconte une autre histoire. Quand il est facile de partir, il devient souvent plus facile de revenir.

Les jeux minimalistes ne sanctionnent pas l’absence. Pas de séries quotidiennes à préserver, pas de progression à perdre. Vous vous éloignez, et le jeu reste identique. Lorsque vous revenez, rien ne vous a devancé.

Cette absence de pression transforme la relation entre le joueur et la plateforme. L’engagement devient volontaire plutôt qu’automatique. On revient par curiosité ou par défi, non par obligation.

Avec le temps, cela crée une forme de fidélité plus discrète, fondée non sur des incitations, mais sur la confiance.

La psychologie d’une répétition équitable

La répétition occupe une place centrale dans les jeux minimalistes, sans pour autant paraître manipulatrice. Cette distinction est essentielle.

Des règles claires associées à un retour immédiat créent une boucle qui semble pédagogique plutôt que coercitive. Quand une session se termine, la raison est généralement évidente. Le joueur comprend ce qui a échoué et ce qu’il pourrait ajuster lors de la tentative suivante.

Il n’y a pas de systèmes cachés ni de calculs opaques en arrière-plan. Ce que l’on voit correspond à ce que l’on obtient. Cette transparence réduit la méfiance et renforce la confiance.

La répétition devient alors une forme d’affinement. Chaque essai paraît légèrement plus informé que le précédent. Les progrès sont perceptibles, même si la réussite reste difficile.

Cet équilibre entre défi et équité permet aux jeux minimalistes de rester engageants sans devenir épuisants.

Un glissement culturel plus large vers la retenue

L’intérêt renouvelé pour les jeux en ligne minimalistes reflète quelque chose de plus vaste que de simples préférences ludiques. Dans l’ensemble de la culture numérique, la fatigue face à la stimulation constante et à l’urgence artificielle est de plus en plus perceptible.

Les utilisateurs ne rejettent pas la technologie. Ils réajustent la place qu’elle occupe dans leur quotidien. Les expériences qui respectent l’espace mental sont de plus en plus valorisées, au détriment de celles qui rivalisent agressivement pour capter l’attention.

Les jeux minimalistes s’inscrivent naturellement dans ce mouvement. Ils coexistent avec des formes de divertissement plus immersives sans chercher à les remplacer. Ils remplissent une autre fonction – non pas l’évasion, mais la concentration.

On les choisit non parce qu’ils promettent davantage, mais parce qu’ils exigent moins.

Une assurance discrète dans un espace saturé

Les jeux en ligne minimalistes ne feront sans doute pas la une des journaux ni ne redéfiniront l’industrie. Leur influence est plus silencieuse. Ils occupent une place étroite, mais essentielle, dans l’écosystème numérique.

En offrant de la clarté là où règne le bruit, et des limites là où domine l’excès, ils apportent une forme d’équilibre. Ils rappellent que l’engagement n’a pas besoin d’être envahissant pour être significatif.

Dans un monde numérique qui ralentit rarement, ces expériences modestes et concentrées se distinguent précisément parce qu’elles le font.

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La Femme de ménage : l’art du faux suspense

Avec La Femme de ménage, Paul Feig poursuit son glissement vers le thriller entamé avec L’Ombre d’Emily, film qui révélait déjà son goût pour les récits de faux-semblants et de domination retournée. Adapté du best-seller de Freida McFadden, le film promettait un jeu de dupes domestique, une maison-carcérale et une héroïne broyée par le système avant de le retourner contre ses oppresseurs. Sur le papier, tous les ingrédients du revenge movie féminin sont là. À l’écran, pourtant, la mécanique peine à générer une véritable tension.

Issu de la comédie, Feig avait pourtant là un terrain idéal pour faire du grotesque un véritable moteur d’humour noir et de cynisme, capable de dynamiter les codes du thriller domestique. Cette filiation comique affleure par moments, dans l’exagération assumée de certaines situations et la caricature volontaire de figures d’autorité, mais elle reste paradoxalement sous-exploitée, comme si le film hésitait sans cesse entre la satire mordante et le sérieux psychologique.

L’intrigue s’ouvre sur Millie, jeune femme en grande précarité, récemment sortie d’un passé trouble, qui accepte un emploi de femme de ménage chez les Winchester, incarnation parfaite de la réussite bourgeoise. La famille se compose de Nina, épouse aussi élégante qu’instable, d’Andrew, mari séduisant, attentif, presque trop lisse, et de leur fille Cecelia, enfant étrange, mutique, dont les regards et les silences laissent planer un malaise diffus. Très vite, la maison apparaît comme un espace hiérarchisé et oppressant. Millie est reléguée au grenier, soumise à des règles tacites, observée et testée. Feig construit ici un dispositif classique mais efficace, présentant le foyer comme un piège social et mental qui se referme lentement sur la protagoniste.

Le vernis du désir

C’est dans ce cadre que le film tente d’injecter une radicalité nouvelle, en accentuant le côté grotesque de ses antagonistes et en assumant pleinement sa dimension de revenge movie féminin. Feig n’hésite pas à forcer les traits et à rendre certaines caricatures volontairement excessives, comme pour mieux dénoncer les mécanismes d’emprise et de domination patriarcale. En théorie, ce choix pouvait fonctionner : le passé comique du cinéaste lui offrait les outils nécessaires pour faire basculer le malaise vers un humour noir corrosif, souvent vulgaire mais jubilatoire (Mes meilleurs amies). En pratique, cette promesse reste inaboutie, faute d’une mise en scène capable de transformer l’excès en véritable langage cinématographique.

Le film lorgne du côté d’Hitchcock — décors froids, composition rigide, psychologie trouble — sans jamais s’approprier pleinement cet héritage. La maison, pourtant pensée comme un organisme carcéral, est trop souvent expliquée plutôt que ressentie. Feig et sa scénariste Rebecca Sonnenshine semblent ne jamais faire confiance au spectateur : flashbacks explicatifs, voix off redondantes, rappels insistants de rebondissements pourtant parfaitement lisibles. À force de vouloir tout clarifier, le film érode sa propre tension, là où le non-dit aurait dû régner.

Le premier acte s’acharne à disséminer autant de fusils de Tchekhov que possible, comme pour s’assurer de ne jamais perdre son audience. Mais cette accumulation finit par produire l’effet inverse. Le deuxième acte tourne en rond, incapable de relancer véritablement le suspense, au point que l’on en vient presque à s’arracher les cheveux devant cette intrigue qui s’accroche désespérément à des séquences érotiques aussi convenues que naïves, rappelant davantage la complaisance de Cinquante nuances de Grey que le trouble d’un désir réellement dangereux ou transgressif. Ces parenthèses, censées relancer le récit, ne font qu’en souligner son essoufflement.

La gestion des personnages secondaires accentue également le sentiment de potentiel gâché. Cecelia contribue dans un premier temps à instaurer un climat d’étrangeté bienvenu avant d’être rapidement écartée du récit. Sa présence, pourtant prometteuse, ne sert finalement qu’à nourrir un malaise qui n’est jamais pleinement exploité, comme si le film renonçait trop vite à l’une de ses pistes les plus inquiétantes. Quant à Andrew, incarné par Brandon Sklenar, récemment aperçu dans Drop Game, il demeure une figure fascinante mais inachevée. Plastiquement, il incarne à merveille une sorte de Barbe Bleue contemporain, dissimulé sous les traits rassurants d’un prince charmant moderne. Le film tente de déconstruire ce mythe — celui de l’homme idéal offrant sécurité financière et amour inconditionnel à des femmes en situation de vulnérabilité — mais sans jamais aller au bout de cette réflexion. L’idée que certaines femmes, en quête de stabilité, puissent être piégées par cette promesse reste esquissée, jamais réellement interrogée dans sa complexité sociale et émotionnelle.

Mes meilleures ennemies

Les comédiens, pourtant solides, semblent eux aussi prisonniers de cette tonalité indécise. Sydney Sweeney joue sur la retenue, Amanda Seyfried sur l’excès, mais la narration ne tranche jamais clairement entre satire et drame psychologique. Résultat : les performances flottent, privées d’un cadre suffisamment précis pour s’incarner pleinement. Ce flou est particulièrement dommageable pour le personnage du jardinier, figure pourtant emblématique dans l’imaginaire du récit. En restant trop fidèle à la trame du roman, Feig et Sonnenshine finissent par sacrifier son potentiel symbolique, car il aurait pu être supprimé sans que le film y perde, laissant aux femmes de l’histoire l’espace nécessaire pour construire seules leur émancipation.

Car La Femme de ménage se veut clairement une ode à la résistance féminine face au patriarcat, où la sororité apparaît comme la clé d’un avenir possible. Mais ces thèmes, esquissés puis aussitôt caricaturés, manquent de la finesse d’écriture et de mise en scène qui leur donneraient une véritable portée politique. À ce titre, la comparaison avec La Servante de Kim Ki-young s’impose presque cruellement : là où le film coréen liait intimement critique sociale, oppression féminine et domination masculine – jusqu’à faire de la maison un espace quasi dictatorial –, le film de Feig reste en surface, préférant l’efficacité narrative à la profondeur du constat. Et même dans ce sens, il n’est pas assez ludique pour divertir.

La filiation avec Gone Girl se fait également sentir, dans cette idée de féminité comme stratégie, comme masque et comme arme. Mais là où Fincher glaçait son spectateur par une rigueur clinique, La Femme de ménage demeure étonnamment trop calme, presque inoffensif, pour un film qui prétend parler de traumatismes, d’emprise et de revanche. Même le final, déroulé sans véritable intensité, laisse un sentiment de frustration : tout est prévisible, fonctionnel, mais jamais vertigineux. Le film se regarde sans déplaisir mais on ressort avec l’impression persistante d’un rendez-vous manqué. Un thriller aux ambitions féministes affirmées, mais trop explicatif pour un récit qui appelait à mordre, à déranger, à enfermer véritablement son spectateur dans cette maison-prison qu’il n’aura finalement traversée qu’en simple visiteur.

La Femme de ménage – bande-annonce

La Femme de ménage – fiche technique

Titre original : The Housemaid
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Rebecca Sonnenshine, d’après le roman The Housemaid de Freida McFadden
Interprètes : Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Michele Morrone, Elizabeth Perkins, Indiana Elle
Photographie : John Schwartzman
Musique : Theodore Shapiro
Costumes : Renee Ehrlich Kalfus
Décors : Elizabeth J. Jones
Producteurs délégués : Will Greenfield, Freida McFadden, Amanda Seyfried, Sydney Sweeney, Alexander Young
Producteurs : Paul Feig, Laura Allen Fischer, Carly Kleinbart, Todd Lieberman
Sociétés de production : Hidden Pictures, Feigco Entertainment
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Metropolitan Filmexport (France), Lionsgate (États-Unis)
Durée : 2h11
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 décembre 2025

La Femme de ménage : l’art du faux suspense
Note des lecteurs84 Notes
2.5

Avatar : De Feu et de Cendres – à l’épreuve du feu

L’univers des Na’vis s’embrase sous le regard de James Cameron, dont la virtuosité formelle n’est plus à démontrer. Dans Avatar : de feu et de cendres, la beauté des images et la puissance sensorielle masquent difficilement un récit en perte d’élan, saturé de personnages et d’enjeux esquissés plus qu’incarnés. Un retour à Pandora aussi fascinant que frustrant.

Depuis sa sortie en 2009, Avatar s’est imposé comme une révolution visuelle, redéfinissant durablement les ambitions du cinéma contemporain. Son usage pionnier de la 3D et de la motion capture, au service d’un monde pensé comme un écosystème cohérent, avait marqué les esprits par son audace et son immersion inédite. Treize ans plus tard, Avatar : La Voie de l’eau prolongeait cette trajectoire en repoussant encore les limites techniques : capture sous-marine, entraînements physiques extrêmes des comédiens et prises de vue à haut débit. Cameron y affinait son art de la sensation pure, tout en réussissant, cette fois, à l’ancrer dans une émotion plus intime et familiale.

Avec Avatar : De feu et de cendres, le cinéaste poursuit cette quête de perfection formelle. Mais ce troisième volet marque aussi un point de friction inédit : jamais la maîtrise technologique n’avait semblé aussi accomplie, et jamais le récit n’avait paru aussi fragile face à l’ampleur de l’univers qu’il déploie. Le film émerveille encore, souvent, mais laisse poindre un essoufflement, comme si la mécanique mythologique peinait désormais à se renouveler.

Ce sentiment de stagnation n’est sans doute pas étranger à la conception même du projet. La Voie de l’eau et De feu et de cendres partagent en effet une temporalité continue, au point que l’on ressent très nettement que les deux films ont été pensés — et tournés — dans un même élan. Cette continuité, loin de renforcer la cohésion de la saga, accentue au contraire l’impression d’un récit artificiellement fragmenté. On sent qu’il s’agit fondamentalement d’une seule et même histoire, étirée sur deux films distincts, sans que la matière dramatique ne justifie pleinement cette scission. De là naissent les répétitions structurelles, les enjeux qui peinent à évoluer et les trajectoires de personnages qui semblent tourner en rond, comme si le récit temporisait en attendant son véritable point de bascule.

L’univers d’Avatar ne s’est pourtant jamais résumé à une démonstration de force visuelle. Il s’est construit sur une opposition fondatrice entre l’humain et la nature, la colonisation et l’harmonie, la prédation industrielle et la mémoire des peuples. La Voie de l’eau avait su enrichir ces thématiques en les reliant à la famille, à la transmission et au deuil, donnant à la fresque écologique une chair émotionnelle plus profonde. De feu et de cendres ambitionne d’élargir encore ce spectre, en introduisant de nouveaux territoires et de nouvelles communautés, et en radicalisant les conflits. Mais cette promesse reste largement théorique.

Symptôme d’un imaginaire figé

Sur le papier, l’opposition entre l’eau et le feu devait constituer le cœur symbolique du film : deux éléments, deux visions du monde, deux manières d’habiter Pandora. Or, ce choc s’annule en grande partie, faute d’exploration réelle de la culture du Clan des Cendres. Là où les Metkayina bénéficiaient, dans La Voie de l’eau, d’un temps de contemplation — rites, rapports au corps, à la mer et au deuil — le peuple du feu demeure une abstraction. Son esthétique reste puissante, mais elle est privée de profondeur culturelle. Le feu constitue davantage un décor qu’un langage.

Visuellement, pourtant, Pandora n’a jamais été aussi impressionnante. Cameron reste un architecte hors pair. Les territoires volcaniques et désolés, ainsi que la matière incandescente du paysage aride, confèrent au film une puissance plastique indéniable. Chaque plan semble sculpté, au point d’en être tactile. Mais là où La Voie de l’eau parvenait à faire dialoguer l’expérience sensorielle et le récit familial, ce troisième chapitre peine à maintenir cet équilibre. La beauté ne nourrit plus toujours le récit. Elle ne fait que le recouvrir.

La promesse dramatique initiale était pourtant claire : celle d’un film du deuil. La famille Sully, notamment fracturée par la mort de Neteyam, tient encore debout, confrontée à l’impossibilité de fuir éternellement la violence humaine. Une continuité logique et presque nécessaire. Or, le premier acte opère un surprenant recul. Au lieu d’approfondir ces blessures, le film se replie sur une longue course-poursuite, centrée sur l’obsession quasi mécanique de Quaritch pour Jake. Une traque qui étire le récit sans jamais réellement le densifier, donnant l’impression d’un film qui temporise plus qu’il n’avance.

Ce déséquilibre se prolonge dans un deuxième acte précipité. Les Marchands de Vent sont rapidement évacués, simples silhouettes dans une mythologie qui s’accumule sans se déployer. Quant au Clan des Cendres, il incarne sans doute la plus grande frustration du film. Varang, sa cheffe, est une figure dissidente, détournée de la voie d’Eywa. Elle aurait pu représenter une véritable alternative idéologique, un miroir sombre des Na’vis traditionnels comme de Quaritch. Mais le personnage reste sous-écrit, prisonnier d’un récit saturé d’enjeux qu’il n’a pas le temps de faire vivre.

Entre immersion et combustion

Dans cette dispersion, certains arcs parviennent néanmoins à toucher juste. Kiri s’impose enfin comme une figure centrale, presque mystique, un prolongement sensible d’Eywa elle-même. À travers elle, le film retrouve par instants ce qui faisait la singularité du premier Avatar : une spiritualité incarnée, silencieuse et organique. Spider, lui aussi, bénéficie de quelques moments justes, esquissant des tensions morales intéressantes. Mais ces trajectoires demeurent parallèles, sans réelle convergence émotionnelle. La famille Sully existe davantage comme une addition de destins que comme un corps qui progresse à l’unisson.

Ce morcellement est d’autant plus problématique que le film semble hésiter à préparer l’avenir de sa propre saga. Les enfants de Jake et Neytiri, pourtant présentés depuis La Voie de l’eau comme la relève et le changement des traditions, peinent à s’imposer. Aucun ne voit son arc pleinement assumé ou décisivement orienté. Cameron et ses scénaristes multiplient les pistes — spirituelle avec Kiri, morale avec Spider, héroïque avec Lo’ak — sans jamais trancher. Comme si le cinéaste, tout en construisant une saga pensée pour durer, rechignait encore à déplacer son centre de gravité, restant accroché à la figure de Jake au détriment d’une transmission claire. Cette hésitation nourrit le sentiment d’un récit qui piétine, incapable de choisir entre prolonger ses figures fondatrices ou laisser émerger une nouvelle génération.

De fait, Quaritch occupe toujours une place écrasante. Et pourtant, il n’évolue presque pas. Sa relation à Spider, pourtant riche en potentiel dramatique, ne provoque aucune véritable rupture. Cameron semble retenir son personnage, comme s’il refusait encore de trancher. Cette immobilité affaiblit d’autant plus la présence humaine sur Pandora, dont les motivations paraissent désormais tourner à vide. Un contrechamp sur l’agonie de la Terre — sur l’urgence, la panique et l’effondrement — aurait sans doute apporté plus de crédibilité à cette croisade humaine qui semble désormais se répéter par automatisme. La quête de minerais et les filtres de jouvence extraits des Tulkun peinent, à eux seuls, à justifier une colonisation qui n’avance plus, ni idéologiquement ni dramatiquement, comme si l’ennemi humain, faute d’être redéfini, se contentait de rejouer la même partition.

Avatar : De feu et de cendres reste malgré tout un retour à Pandora que l’on ne peut totalement bouder. Le plaisir de l’exploration demeure, la beauté est intacte, et certaines visions frappent encore durablement. Mais la déception est réelle. Les qualités visuelles demeurent, mais elles ne suffisent plus à masquer les faiblesses du film. Plus que jamais, on sent chez Cameron une fatigue narrative, une hésitation entre prolonger la fresque et la réinventer. La saga semble désormais à un carrefour. Cameron continue de bâtir des mondes avec une virtuosité rare, mais il lui faudra choisir entre approfondir ses récits ou risquer que la splendeur de Pandora ne se consume lentement dans ses propres cendres.

Avatar : De Feu et de Cendres – bande-annonce

Avatar : De Feu et de Cendres – fiche technique

Titre original : Avatar: Fire and Ash
Réalisation : James Cameron
Scénario : James Cameron, Josh Friedman, Rick Jaffa, Shane Salerno, Amanda Silver
Interprètes : Sam Worthington, Zoe Saldaña, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Oona Chaplin, Cliff Curtis, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, David Thewlis, Jemaine Clement, Giovanni Ribisi, Britain Dalton, Jamie Flatters, Trinity Jo-Li Bliss, Jack Champion, Brendan Cowell, Bailey Bass, Filip Geljo, Duane Evans Jr, Kate Winslet
Photographie : Russell Carpenter
Direction artistique : Robert Bavin, Alister Baxter, Steve Christensen, Sarah Delucchi, Luke Freeborn, Robert Andrew Johnson, Aashrita Kamath, Steven Light-Orr, Andy McLaren, Ben Milsom, Rudie Schaefer, Sam Storey, Ken Turner
Décors : Dylan Cole, Vanessa Cole et Ben Procter
Costumes : Deborah Lynn Scott
Montage : David Brenner, James Cameron, Nicolas De Toth, John Refoua, Stephen E. Rivkin
Musique : Simon Franglen
Production : James Cameron et Jon Landau
Producteur délégué : Peter M. Tobyansen
Sociétés de production : 20th Century Studios, Lightstorm Entertainment
Société de distribution France : The Walt Disney Company France
Pays de production : États-Unis
Durée : 3h17
Genre : Science-fiction, Action, Aventure
Date de sortie : 17 décembre 2025

Avatar : De Feu et de Cendres – à l’épreuve du feu
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3

La Vie aquatique : groove, émotions et acmés comiques

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Avec La Vie aquatique, Wes Anderson signait une odyssée marine composée d’une équipe haute en couleur et de situations fantasques qui mêlent humour, désinvolture et exploration délicate des relations humaines. Une réussite dont la poésie, singulière, est quelque part enfantine, avec ses décors chatoyants et ses créatures marines colorées, proche de la réalité, mais souvent mouchetées de tâches parfois fluorescentes.

Quête de vengeance absurde, adultes en mal de paternité, humour subtile, deuil, crise de la cinquantaine, recherche d’un nouveau prestige, le long métrage articule des thèmes dans un souci de faire bien et juste, avec un perfectionnisme qui saute instantanément aux yeux.

Un « groove » permanent

La façon dont Wes Anderson a d’imposer ce qu’on pourrait définir comme une sorte de groove permanent participe à faire de La Vie aquatique un film à l’identité unique, imprégné par une notion d’auteur. Ce groove, ces vibrations irrésistibles que l’on ressent dans le ventre durant la majeure partie du visionnage, habille les scènes, à travers des comportements désinvoltes, doux-acides, au ton sucré-salé, qui peuvent rapidement faire flancher le tout dans l’humour. C’est un art, un équilibre subtil qui se manifeste. Cette sensation, cet atout moteur, doit beaucoup à l’infra-verbal des personnages, à leurs répliques, parfois absurdes, dont la neutralité prononcée dénote et connote un grand sens des enjeux comique de la part du réalisateur. Mais le rire peut être teinté de mélancolie ou de nostalgie : on sourit à des situations qui révèlent en creux l’échec, la solitude, les défauts ou la fragilité des personnages.

Des personnages en quête

Steve Zissou, interprété par un Bill Murray en état de grâce, inspiré librement du Commandant Cousteau (bonnet rouge, figure mythique) est un océanographe fatigué, cabossé, qui veut venger la mort de son ami dévoré par un “requin-jaguar”. Son humour sec, ses élans d’orgueils, ses mimiques irrésistibles composent un personnage profondément humain, autour duquel gravite une équipe aussi dysfonctionnelle qu’attachante. Chaque relation – familiale, amicale, filiale, amoureuse – semble flotter sur l’océan entre maladresses et sincérité, créant une émotion discrète, mais persistante.

Car les personnages secondaires ne sont pas en reste, malgré un traitement inégal, mais jamais handicapant. Ils ont tous un rôle qui participe à l’ambiance générale, comme des notes de musique dans un grand tout qui communique une passion enveloppante et communicative.

La femme de Steve Zissou, incarnée par Angelica Houston, se distingue par sa force de caractère et sa grande autonomie. Contrairement à Steve, elle ne recherche aucune reconnaissance, alors qu’elle est une aide très précieuse.

Ned Plimpton (Owen Wilson) est un personnage clef dans l’équilibre du film. Présenté comme le fils possible de Steve, il n’est pas mû par l’ego ou la gloire, mais par un véritable désir de créer un lien affectif. Ses qualités humaines sont nombreuses : calme, posé, généreux, à l’écoute, sincère, etc.

Klaus Daimer (Willem Dafoe, remarquable), nourrit une admiration sans faille envers Steve Zissou, mêlée à une profonde jalousie envers Ned. Il cherche à être l’héritier symbolique de Zissou, ce qui explique son comportement possessif et parfois agressif. La scène dans laquelle on le voit se faire rendre une gifle par Ned est particulièrement hilarante. Derrière son apparente assurance se cache une grande insécurité et une peur permanente de se faire remplacer ou abandonner. Son langage corporel, ses accès de colère et son besoin de loyauté absolue traduisent un attachement presque enfantin à Steve. Il tente de se faire une place dans l’ombre d’une figure dominante.

Jane Winslett-Richardson (Cate Blanchett), enfin, est une journaliste qui n’est pas impressionnée par le mythe de Steve Zissou. Son rôle d’observatrice, son regard critique permet de déconstruire l’image héroïque que Steve tente de maintenir.

Mise en scène pointue et originale

Sur le plan formel, le film est atypique, rare et bichonné. Les plans sont souvent symétriques, plastiques et centrés. Le célèbre décor du bateau Belafonte, filmé en coupe longitudinale, permet à la caméra d’aller d’un compartiment à un autre, avec des personnages qui s’y déplacent comme des figures d’un diorama. La palette chromatique, dominé par des bleus désaturés, des rouges ternis et des jaunes patinés, installe une ambiance sophistiquée et chatoyante. Les créatures marines, animées en stop motion par Henry Selick, offre un style proche du conte et du cinéma artisanal. Il s’agit d’un bestiaire poétique, qui enchante le spectateur avec des visuels proche de l’enfance, du rêve marin.

Musiques en contrepoint

Musicalement, La Vie aquatique offre des reprises acoustiques en portugais de chansons de David Bowie, dans la diégèse, c’est-à-dire jouées par un des personnages du film. Un exotisme bienvenu qui transforme des hymnes iconiques et rock en chants intimistes. Par ailleurs, le film opère parfois une dichotomie entre certaines scènes dramatiques et le ton rythmé et enjoué des musiques. Cette antinomie, ce contraste entre son et image permet d’adoucir un choc, sans le dénaturer. Mais le film sait travailler le premier degré, dans certains moments clefs et déterminants du récit, avec des musiques évanescentes, mélancoliques (Starálfur de Sigur Rós, très touchant lors de la scène finale.)

Le miroir d’un monde intérieur

Deuil, exploration, solitude, filiation, échec, renouveau, océan, profondeur, île, maquette, marionnette, couleur, stylisation : le champ lexical du film traduit une réussite qui touche autant à l’art, l’artisanat, l’émotion, la beauté formelle ou le ton ludique. L’océan est le miroir d’un monde intérieur fissuré.

Bande-annonce : La Vie aquatique

Fiche technique : La Vie aquatique

Synopsis : Steve Z., le chef de l’équipe océanographique « Team Zissou », sait que l’expédition qu’il conduit est sans doute la dernière, et son plus cher désir est de graver son nom dans l’Histoire. Parmi les membres de son équipe figurent Ned Plimpton, qui est peut-être son fils, Jane Winslett-Richardson, une journaliste enceinte dépêchée par le magazine Oceanographic Explorer, et Eleanor, sa femme, que l’on prétend être « le cerveau de la Team Zissou ». Tandis qu’ils affrontent tous les dangers, depuis une mutinerie jusqu’à l’attaque de pirates en passant par un « requin-jaguar » plus ou moins imaginaire, Zissou est bien forcé d’admettre que tout ne peut pas être planifié comme il l’aimerait…

  • Titre original : The Life Aquatic with Steve Zissou
  • Titre français : La Vie aquatique
  • Réalisation : Wes Anderson
  • Scénario : Wes Anderson, Noah Baumbach
  • Musique : Mark Mothersbaugh
  • Direction artistique : Stefano Maria Ortolani
  • Décors : Gretchen Rau
  • Costumes : Milena Canonero
  • Photographie : Robert Yeoman
  • Direction de l’animation : Henry Selick
  • Son : Pawel Wdowczak
  • Montage : David Moritz et Daniel R. Padgett
  • Production : Wes Anderson, Barry Mendel et Scott Rudin
  • Sociétés de production : Touchstone Pictures, American Empirical Pictures, Scott Rudin Productions et Life Aquatic
  • Sociétés de distribution initiales : Buena Vista Pictures (États-Unis), Buena Vista International (France)
  • Budget : 50 000 000 $
  • Pays de production : États-Unis
  • Langue originale : anglais (également en portugais pour les chansons, et quelques mots en allemand, filipino, français, islandais, italien et tagalog dans les dialogues)
  • Format : couleur − 35 mm − 2,35:1 – son Dolby Digital / DTS / SDDS
  • Genre : comédie dramatique, aventure
  • Durée : 118 minutes
  • Dates de sortie :
    États-Unis : 20 novembre 2004 (première mondiale à Los Angeles) ; 25 décembre 2004 (sortie nationale)
    Canada : 25 décembre 2004
    France : 9 mars 2005
    Belgique : 2 mars 2005
    Suisse romande : 9 mars 2005
  • Bill Murray (VF : Patrick Floersheim) : Steve Zissou
  • Owen Wilson (VF : Eric Legrand) : Ned Plimpton (plus tard appelé Kingsley Zissou)
  • Cate Blanchett (VF : Martine Irzenski) : Jane Winslett-Richardson
  • Anjelica Huston (VF : Monique Thierry) : Eleanor Zissou
  • Willem Dafoe (VF : Dominique Collignon-Maurin) : Klaus Daimler
  • Jeff Goldblum (VF : Richard Darbois) : Alistair Hennessey
  • Michael Gambon (VF : Marc Cassot) : Oseary Drakoulias
  • Noah Taylor (VF : Daniel Lafourcade) : Vladimir Wolodarsky
  • Bud Cort (VF : Patrice Dozier) : Bill Ubell
  • Seu Jorge : Pelé dos Santos
  • Robyn Cohen : Anne-Marie Sakowitz
  • Waris Ahluwalia : Vikram Ray
  • Niels Koizumi : Bobby Ogata
  • Matthew Gray Gubler : Stagiaire no 1.
  • Seymour Cassel : Esteban du Plantier
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CINÉMANIA 2025 : Interview avec l’équipe de « L’Âme idéale » dont Jonathan Cohen

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Cette rencontre a été le genre de bonne surprise qui réjouirait n’importe quel journaliste ! À la base, elle devait se faire uniquement avec Jonathan Cohen. De plus, peu avant, on apprend que Raphaël Quenard qu’on devait interviewer le lendemain a annulé sa venue au festival. Une bonne surprise en chasse une mauvaise puisque l’attachée de presse du film L’Âme idéale va nous proposer également la co-vedette québécoise du film, Magali Lépine-Blondeau. Et dans le fourmillement de tous les talents se retrouvant au sein du hall du Sofitel de Montréal, on croise la réalisatrice du film, Alice Vial. On lui propose aussi de venir discuter avec nous, ce qu’elle accepte sans se faire prier. Voilà donc une interview en tête-à-tête qui se transforme en interview de groupe dans une bonne humeur communicative.

Une fois tous réunis dans le hall (bruyant) du Sofitel, on adapte l’interview à cette nouvelle réalité à trois voix. Et, bien sûr, on les félicite pour le film, surprenant et très réussi.

🎬 Tout d’abord, comment s’est déroulé la genèse du film ? Est-ce vous, Alice, qui êtes allés chercher les acteurs ou peut-être vous, Jonathan ou Magali, qui avez provoqué le film en allant vers Alice ?

Alice Vial : « Jonathan, qui est l’un des coproducteurs du film, est venu me chercher à la base avec cette idée dans l’optique que je la mette en scène. Mais une fois qu’on a lancé le projet, Jonathan m’a juste proposé de l’écrire avec lui, il ne comptait pas être dedans. Je lui ai ensuite demandé de jouer le rôle principal, ce qu’il n’a pas tout de suite accepté d’ailleurs. Donc c’est ça, les bases du film se sont faites petit à petit, rien n’était vraiment prévu de cette manière. »

Pendant qu’Alice répond, Jonathan et Magali plaisantent à deux, montrant une belle complicité aussi bien dans la vie qu’à l’écran.

🎬 Et concernant Magali ?

(Elle rit et s’excuse ndlr.)

Magali Lépine-Blondeau : « Désolée, c’est ma première interview du matin, il faut se mettre dedans ! »

Alice Vial : « Alors Jonathan et moi on a tous les deux découvert Magali dans Simple comme Sylvain dans lequel elle est magnifique et on a pensé à elle tous les deux en même temps. Vraiment. Littéralement il y a eu comme un alignement de planètes. »

🎬 Il n’y avait donc pas la volonté d’une comédienne qui ne soit pas d’origine française ?

Alice : « Oui, on voulait trouver notre Elsa et c’était comme une évidence et peu importe d’où elle venait. Et c’était Magali ! »

🎬 Au début du film, on a l’impression que l’on va être dans une comédie fantaisiste, potentiellement lourde, et puis au final pas du tout. On se dirige vers quelque chose de touchant, presque poignant. C’était voulu comme une volonté de surprendre le spectateur ?

Magali : « Oui clairement cela nous plaisait de mélanger les genres. »

Jonathan Cohen : « C’est sûr que le film, et vous avez raison de le dire, il peut prendre mille directions possibles et peut-être pas les plus heureuses. Des directions parfois tentantes mais dangereuses. Ça aurait pu être lourd dans l’émotion aussi… Mais très vite Alice a établi une ligne claire sur ce qu’elle voulait raconter et l’ambition qu’elle avait pour ce film. Sur la sincérité et sur la solitude que vivent ces deux personnes. Et ce qui est beau c’est qu’elle a réussi à traverser les genres du film – car il y a de la comédie, du drame ou encore de la romance – sans jamais s’arrêter, sur un bel équilibre. C’est ce que je trouve réussi et original. »

Magali (se moquant de Jonathan) : « Ce n’est pas facile à raconter c’est sûr. Mais waouh Jonathan, c’était beau et complexe comment tu nous as dit ça. »

Jonathan (rentrant dans le jeu) : « Ah oui, j’avoue, tellement que je n’ai plus envie de parler ! »

🎬 Alors changeons de sujet mais pourquoi situer l’action à Le Havre, ville peu vue au cinéma, et durant l’hiver ?

Alice : « C’est une ville très singulière, c’était intéressant pour le film. Elle a une verticalité particulière avec ces grands immeubles et la mer juste à côté. Il y a un contraste vraiment cool. Je voulais une ville qui ait une urbanité forte et qui ne soit pas une ville forcément « mignonne ». Et Le Havre, c’est brut, c’est parfait. Et nous on adore cette ville depuis qu’on y a tourné. Elle amène une mélancolie dont on avait besoin pour raconter ça. »

🎬 Magali, j’ai vu durant le festival Pierre-Yves Cardinal perdre son accent dans le très beau Qui brille au combat et vous c’est pareil ici. Je suis très impressionné par ces comédiens québécois qui perdent complètement leur accent. Alors est-ce que c’est difficile pour vous ou c’est naturel de parler un français parfait ?

Magali : « Non pas vraiment, c’est un travail comme un autre. Pas particulièrement car ici on a grandi avec des chansons, avec des films français. On a la musique française dans l’oreille. Et comme Pierre-Yves, j’ai fait une école de théâtre donc quand on est appelé à jouer des classiques du répertoire francophone, on s’habitue déjà à gommer notre accent. »

🎬 Et je suppose que vous parlez très bien anglais ? Car dans la séquence où vous faites semblant de ne pas savoir parler anglais mais en français de France, ça a dû être une autre paire de manches ?

(Là ils s’animent tous et s’esclaffent ndlr.)

Magali : « Alors là oui. Dans cette scène j’avais deux accents qui n’étaient pas les miens. C’était un vrai défi oui. »

🎬 J’ai un peu vu le film comme une ode à la vie, à la singularité, à l’affirmation de chacun, est-ce qu’il y a un autre message dans le film ?

Magali : « Non je pense que c’est ça. Et puis de vivre fort. Si les gens ressortent du film avec cet élan-là, déjà on aura réussi quelque chose. »

🎬 Comment vous avez vécu la soirée des Césars, je l’ai déjà demandé à votre réalisatrice de Simple comme Sylvain, Monia Chokri, en début de semaine, mais c’est une question qu’on ne peut s’empêcher de poser vu la surprise générale ?

Magali : « Alors oui j’étais surprise et je l’ai très bien vécu (elle éclate de rire ndlr.). Mais avec le recul, on sentait qu’il y avait une vague d’amour et de sympathie de la part des français pour le film, de la part de la profession aussi. On savait qu’il était très bien accueilli et on nous en parlait beaucoup. Mais il y avait tellement de gros joueurs à côté qu’on y allait pas du tout gagnant. Rien que le fait d’être sélectionné, la journée était déjà comblée. On était sonné… Sonné mais joyeux ! »

🎬 Jonathan vous avez amorcé depuis deux ou trois ans un virage parfois plus dramatique. Est-ce que dans un film comme celui-là vous n’avez pas envie de déborder et de revenir à la déconnade ?

Jonathan : « Non pas spécialement. J’avais déjà envie de bien raconter cette histoire qui me passionne. Et c’est pour ça qu’on s’est constitué ce petit trio dans lequel on se sentait bien. Et d’ailleurs c’était très contagieux parce que toute l’équipe avait un rapport très particulier avec ce sujet-là. Les techniciens ou autres étaient très contents, très joyeux de participer à ça. J’avais donc envie de bien raconter cette histoire et que son message, entre guillemets, on le reçoive le mieux possible. On était très attentifs à ce que tout soit comme on l’a imaginé. On avait tous nos garde-fous un peu. Alice justement m’a toujours bien dirigé pour que je ne dépasse pas cette ligne, que je ne déborde pas justement, et qu’on y croit. C’est quand même un film sur la croyance en un sujet particulier (quelqu’un qui voit les morts ndlr.) et il fallait que le public adhère. Et au vu des réactions je pense qu’on a réussi. C’était un défi quand même mais on est fier du résultat. »

🎬 Vous avez plusieurs projets sur le feu, dont le prochain Astérix (il nous coupe en précisant qu’il n’en est qu’à l’écriture). Avez-vous prévu un rôle pour Magali ? (elle rigole).

Jonathan (s’écrit) : « Magalixxxx ! »

Magali (elle rit de nouveau) : « Moi je voudrais au moins jouer une petite porteuse d’eau en second plan. »

🎬 Je vais m’adresser à tous les trois, avez-vous eu l’un ou l’autre de l’appréhension à collaborer ensemble ? Par exemple, vous Alice de diriger un caractère comme Jonathan ou vous Magali de tourner votre premier gros film français ?

Alice : « Oui j’ai été intimidée à plein d’étapes mais sans me laisser dépasser. C’est mon premier film donc forcément. »

Magali : « Ça a été un tournage exceptionnel sur bien des aspects et je ne dis pas cela parce qu’on fait la promo. On avait tout de même travaillé en amont tous les trois, plusieurs mois avant le début du tournage pour requestionner chaque scène du scénario, on a fait des impros, on a travaillé avec Alice pour préciser plein de choses, donc on avait déjà une sorte de dynamique tous les trois bien avant de tourner ensemble. Et au tournage, il s’est passé un truc vraiment magique. Jonathan parlait du fait que l’équipe était très impliquée dans ce récit et c’est surtout qu’on était tous très soudés. C’est le genre de truc qui ne peut pas se commander et qui se passe rarement en fait dans une vie professionnelle d’acteur et on a eu beaucoup de chances que ce soit le cas sur celui-ci. »

Jonathan : « Puis il faut dire que le travail ça soude. Ça enlève les peurs, les hésitations et les craintes. Sur ce point on peut dire que c’est une valeur sûre pour effacer tout ça et potentiellement créer une alchimie. »

🎬 Est-ce que vous êtes un peu effrayé ou stressé par la présentation du film au Québec ?

Magali (directement) : « Moi je suis super nerveuse ! »

Alice : « Oui, moi bizarrement aussi. Pourtant, ce n’est pas la première internationale, on l’a déjà montré mais je ne sais pas. Ça ne s’explique pas ! »

Jonathan : « Les retours sont très bons. Et ce que l’on constate c’est à quel point le sujet du film touche. Dans l’intime (Magali acquiesce ndlr.). Aux avant-premières, les gens ouvrent leur cœur, se confient, c’est assez surprenant. Et le débat, il prend une autre dimension… C’est un film qui pose quand même des questions existentielles et même s’il n’y a aucune réponse toute faite, on pose les bonnes questions je pense. Et j’espère qu’il en sera de même pour le public québécois. Moi je suis super impressionné d’être là. »

Alice : « Tu vois moi je suis super intimidée par le cinéma québécois, leurs séries, etc. Il y a une exigence qui m’impressionne. Je crois que je n’ai jamais été aussi intimidée, en plus mes proches sont là aussi… »

Magali : « Moi ce sont tous mes univers qui se rencontrent ce soir. C’est très particulier pour moi. »

🎬 J’ai une dernière question pour vous trois, ou chacun séparément. C’était de savoir s’il y avait une séquence qui avait été particulièrement dure à tourner ?

Tous les trois réfléchissent. Les filles semblent ne pas avoir de souvenir particulier à ce niveau.

Jonathan : « Oui moi j’en ai une. Je spoile un peu mais bon. Celle où je me rends compte que je suis mort. Ce n’est quand même pas facile à jouer ça. C’est un vertige qui est super complexe à retranscrire tout en restant sincère. Et dans les scènes d’émotion aussi parfois j’étais moins à l’aise mais le fait qu’on ait cette complicité avec Magali a beaucoup aidé. Il y a cette joie d’avoir réussi une scène, une extase, qui est moins perceptible quand on joue seul par exemple. Il y a une sorte de rollercoaster d’émotions qui t’emmène parfois dans le malaise mais là on n’a pas eu ça. Heureusement d’ailleurs. »

Magali se moque de lui : « Il est à Montréal lui, le fucking rollercoaster » (elle éclate de rire).

Magali : « Moi c’est étrange parce que ce film je le conçois vraiment en binôme mais tous mes premiers jours de tournage c’étaient ceux à l’hosto. Donc je n’étais pas avec Jonathan. Et c’est vrai que je me sentais un peu perdue parce que j’avais oublié qu’une partie du film je le portais seule. Donc c’est comme si j’avais retrouvé mon souffle quand on s’est retrouvé. Mais comme au final c’est aussi un peu ce que vis le personnage c’était plutôt bien. Elle n’est pas actrice de sa vie, elle en est témoin. Je pense donc qu’au final, ça a nourri le jeu. »

Alice : « Alors moi bizarrement c’est peut-être dans les scènes de comédie, au niveau de la mise en scène du comique de situation. Notamment vu le sujet du film, sur ce qu’on montre ou pas et comment le matérialiser. Dans le dosage, j’avais toujours peur de tomber dans la loufoquerie. Ou dans le gag. Mais il fallait aussi assumer l’humour donc parfois c’est des choses qui m’ont rendu inconfortable. »

🎬 Un grand merci à tous les trois.

On échange quelques mots hors propos et on se quitte avec le sourire, l’impression d’avoir passé un moment vraiment léger, simple et sincère avec trois artistes passionnés !

Pour compléter cette rencontre, vous pouvez également lire notre critique de L’Âme idéale, présentée à Cinémania 2025

Sécurité sur Internet : bonnes pratiques

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Internet fait aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien, que ce soit pour travailler, communiquer, se divertir ou effectuer des démarches personnelles. Cette présence constante du numérique offre de nombreuses opportunités, mais elle expose aussi les utilisateurs à des risques croissants : cyberattaques, vols de données, arnaques et atteintes à la vie privée. Naviguer en ligne demande donc une vigilance comparable à celle requise dans des environnements complexes comme aviatrix 1xbet, où comprendre les règles et anticiper les dangers permet d’éviter des conséquences coûteuses. Adopter de bonnes pratiques de sécurité sur Internet est devenu indispensable pour protéger ses informations et préserver sa tranquillité numérique.

Comprendre les risques liés à Internet

Avant de mettre en place des mesures de protection efficaces, il est important de comprendre les menaces auxquelles les utilisateurs sont confrontés. Les cybercriminels exploitent aussi bien les failles techniques que les erreurs humaines, souvent causées par un manque d’information ou de précaution.

Les menaces les plus courantes en ligne

Parmi les risques les plus répandus figurent le phishing, qui consiste à tromper l’utilisateur pour lui soutirer des informations sensibles, les logiciels malveillants capables d’endommager un appareil ou de voler des données, ainsi que les violations de comptes dues à des mots de passe faibles. Ces menaces évoluent constamment et deviennent de plus en plus sophistiquées, rendant la prévention essentielle.

Protéger ses mots de passe et ses accès

La gestion des mots de passe constitue l’un des piliers fondamentaux de la sécurité sur Internet. Trop souvent, les utilisateurs sous-estiment l’importance de cette étape, utilisant des identifiants simples ou identiques sur plusieurs sites.

Créer des mots de passe solides et uniques

Un mot de passe sécurisé doit être long, complexe et unique pour chaque service. Il est recommandé d’utiliser une combinaison de lettres majuscules et minuscules, de chiffres et de caractères spéciaux. Les gestionnaires de mots de passe peuvent grandement faciliter cette tâche en stockant et en générant des identifiants robustes sans effort supplémentaire pour l’utilisateur.

L’authentification à deux facteurs

Activer l’authentification à deux facteurs ajoute une couche de protection supplémentaire. Même si un mot de passe est compromis, cette méthode empêche l’accès au compte sans une validation secondaire, comme un code envoyé sur un téléphone ou généré par une application dédiée.

Sécuriser ses appareils et ses connexions

La sécurité en ligne ne dépend pas uniquement des comptes, mais aussi des appareils et des réseaux utilisés pour accéder à Internet. Un appareil mal protégé peut devenir une porte d’entrée pour les cyberattaques.

Mises à jour et logiciels de protection

Maintenir son système d’exploitation, ses navigateurs et ses applications à jour est crucial. Les mises à jour corrigent souvent des failles de sécurité connues. Installer un antivirus fiable et un pare-feu permet également de détecter et de bloquer de nombreuses menaces avant qu’elles ne causent des dommages.

Attention aux réseaux Wi-Fi publics

Les réseaux Wi-Fi publics sont pratiques, mais souvent peu sécurisés. Évitez d’y effectuer des opérations sensibles comme les paiements ou l’accès à des comptes importants. L’utilisation d’un VPN peut renforcer la sécurité en chiffrant les données échangées sur ces réseaux.

Protéger ses données personnelles et sa vie privée

Les données personnelles sont devenues une ressource précieuse, tant pour les entreprises que pour les cybercriminels. Il est essentiel de contrôler les informations partagées en ligne.

Paramètres de confidentialité et partage d’informations

Prenez le temps de configurer les paramètres de confidentialité sur les réseaux sociaux et les services en ligne. Limiter la visibilité de vos informations personnelles réduit les risques d’usurpation d’identité et d’exploitation malveillante.

Méfiance face aux demandes inhabituelles

Soyez prudent face aux messages ou appels demandant des informations personnelles ou financières, même s’ils semblent provenir de sources légitimes. Les institutions sérieuses ne sollicitent généralement pas ce type de données par des moyens non sécurisés.

Adopter de bonnes habitudes de navigation

La sécurité sur Internet repose aussi sur des comportements responsables et réfléchis au quotidien.

Vérifier les sites et les liens

Avant de cliquer sur un lien ou de télécharger un fichier, assurez-vous de la fiabilité de la source. Les sites sécurisés utilisent le protocole HTTPS et affichent des informations claires sur leur identité. Une simple vérification peut éviter de nombreuses infections ou escroqueries.

Télécharger avec discernement

Évitez les logiciels provenant de sources inconnues ou non officielles. Les plateformes reconnues et les sites des éditeurs sont les options les plus sûres pour éviter les logiciels malveillants dissimulés.

Sensibilisation et éducation numérique

La sécurité sur Internet n’est pas figée ; elle nécessite une adaptation constante face à l’évolution des menaces.

Se tenir informé des nouvelles pratiques

S’informer régulièrement sur les nouvelles formes d’attaques et les méthodes de protection permet de rester un pas en avance. De nombreux organismes et experts partagent des conseils actualisés accessibles à tous.

Transmettre les bonnes pratiques

Sensibiliser les proches, notamment les enfants et les personnes moins à l’aise avec le numérique, contribue à renforcer la sécurité collective. Une utilisation responsable d’Internet repose sur une vigilance partagée.

Conclusion

La sécurité sur Internet est un enjeu majeur dans un monde de plus en plus connecté. En adoptant des bonnes pratiques telles que la gestion rigoureuse des mots de passe, la protection des appareils, la vigilance face aux menaces et le respect de la vie privée, chacun peut réduire considérablement les risques en ligne. La clé réside dans une combinaison de technologies adaptées et de comportements conscients. En développant une culture de la sécurité numérique, il devient possible de profiter pleinement des avantages d’Internet tout en se protégeant efficacement contre ses dangers.

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L’Agent secret : une œuvre multicouches à combustion lente

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Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, L’Agent secret est un sacré morceau de cinéma dans tous les sens du terme. Une œuvre dense, tortueuse, emplie de digressions étonnantes et qui épouse différents genres. Une oeuvre dont la durée monstre et le rythme lent ne sont pas pour autant un obstacle, au contraire, même si une demie-heure en moins n’aurait pas impacté sa réussite. Voilà un film qui brille notamment par sa somptueuse mise en scène et ses personnages truculents en n’oubliant jamais d’être politique ; un long-métrage protéiforme et à combustion lente qui s’apprécie encore plus une fois digéré.

Synopsis : Brésil, 1977. Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où le carnaval bat son plein. Il vient retrouver son jeune fils et espère y construire une nouvelle vie. C’est sans compter sur les menaces de mort qui rôdent et planent au-dessus de sa tête…

Que ce titre est ironiquement trompeur ! Et volontairement inadapté dans son sens premier, sens dans lequel n’importe quel spectateur le prendra avant de découvrir le film. En effet, L’Agent secret est loin, très loin d’un blockbuster à la James Bond ou même d’un film d’espionnage plus sobre tel qu’on l’entend de prime abord, du style La Taupe. Un titre qui s’avère donc surprenant pour un film qui l’est tout autant sur bien des aspects. On est face ici à une œuvre pléthorique, un peu chargée même, où une multitude de couches se rencontrent, se superposent et, finalement, s’embrassent pour un film fleuve qui n’est pas pour autant déplaisant. Au contraire. Les genres, les tonalités et les sujets se télescopent dans un ensemble complètement inédit et original, mais toujours maîtrisé.

Il semblerait que le plus couru des cinéastes brésiliens, Kleber Mendonça Filho, ait trouvé un compromis entre ses chroniques intimistes et politiques (Les Bruits de Recife et Aquarius) et le génialissime délire baroque que fut Bacurau (une perle injustement méconnue). Car malgré ses excès (sa durée excessive, ses sorties de route en tous genres, …), L’Agent secret est peut-être le film le plus accessible du cinéaste. Et même si l’on n’est pas cent pour cent convaincu par tous ses choix artistiques et narratifs, on peut comprendre qu’il ait été remarqué de la sorte au Festival de Cannes.

Car voilà une œuvre qui ose et qui s’affranchit de toutes les modes. Et il est peut-être le récipiendaire du prix le plus mérité d’un palmarès qui ne nous avait pas vraiment conquis : celui de la mise en scène. À ce niveau, il est clair que le long-métrage brille par sa somptuosité et une maîtrise totale de tous les outils du cinématographe. La photographie, qui nous replonge dans les années 70 où les couleurs explosent, est sublime. Tout comme la science du cadre et du découpage, incarnée par certains plans magnifiques et des tentatives formelles qui emballent des séquences complètement dingues. À ce titre, la mise en scène de la légende urbaine voyant une jambe tueuse s’en prendre à des jeunes dans un parc en plein ébats sexuels, dans un délire digne d’une série B, est joyeusement folle.

Le prix d’interprétation masculine reçu par Wagner Moura est également mérité, même si d’autres concurrents auraient pu l’avoir avec le même mérite (Joaquin Phoenix pour Eddington ou Benicio del Toro pour The Phoenician Scheme, par exemple). Il incarne avec aplomb ce personnage ô combien mystérieux. Les seconds rôles, constitués d’une galerie de personnages truculents, sont également bien campés, du clin d’œil du fidèle (et récemment décédé) Udo Kier en réfugié allemand à l’incroyable Tania Maria en logeuse de réfugiés politiques.

On rencontre bien des personnages et on assiste à pas mal de sous-intrigues sans se rendre compte que, pendant la moitié du film (une bonne heure et quart quand même !), on ne sait absolument pas de quoi il retourne. C’est l’une des forces du film : parvenir à garder notre attention sans rien nous donner à comprendre ni à suivre. Mais, dès la première séquence à la station-service, on sent que l’on va voir quelque chose de peu commun.

Ensuite, le script avance à pas feutrés et on comprend bien que le film traite de la dictature politique au Brésil et de la corruption qui y avait cours durant cette période. Certes, le film est moins puissant (et déchirant) que Je suis toujours là, sorti l’an passé et prenant un contexte similaire, mais il adopte un angle d’attaque aux antipodes. Entre suspense neurasthénique (tout est lent), comédie décalée (cette histoire de jambe), film hommage (au cinéma de genre stylisé, rendu célèbre par Kubrick ou Spielberg) et brûlot politique, Mendonça Filho nous propose un sacré buffet garni.

Alors oui, c’est un peu trop long, mais ce n’est jamais ennuyeux pour autant. Et si les mystères de l’intrigue et pas mal de zones d’ombre restent en suspens pour un résultat qui frôle le non-suspense, on marche. L’Agent secret est d’ailleurs le genre d’œuvre typique qui nous laisse une impression un peu mitigée en sortant de la salle et que l’on digère encore le lendemain pour en ressentir les qualités. On ne sait pas trop quoi en penser de prime abord, et puis la magie du cinéma opère et on se rend compte qu’on a vu quelque chose de singulier et stimulant. Un film à combustion lente étonnant qui ne laissera donc personne indifférent, une expérience à tenter.

Bande-annonce – L’Agent secret

Fiche technique – L’Agent secret

Titre original : O Agente Secreto
Réalisation : Kleber Mendonça Filho
Scénario : Kleber Mendonça Filho
Production : MK2 Productions et Arte France Cinema
Distribution France : Ad Vitam
Genres : Drame – Social – Suspense – Politique
Sortie : 17 décembre
Durée : 2h42
Nationalité : Brésil – France – Allemagne.

CASTING PRINCIPAL

Wagner Moura
Gabriel Leone
Maria Fernanda Candido
Alice Carvahlo
Thomas Aquino
Hermila Guedes
Udo Kier

ÉQUIPE TECHNIQUE

Photographie : Eugenia Alexandrova
Musique : Mateus Alves & Tomas Alves Souza
Montage : Matheus Sarias & Eduardo Serrano
Décors : Thales Junquera

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3.5

« Les Grands Noms du rock » : une musique qui ne meurt jamais

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Dans Les Grands Noms du rock, Ernesto Assante propose une autre manière d’écrire l’histoire du rock : non comme une succession de dates et de styles, mais comme un mouvement vivant, contradictoire, indocile, arrimé à ses stars les plus talentueuses. 

Il y a probablement mille façons d’écrire l’histoire du rock, et presque autant de pièges. Le plus courant consiste à le figer dans un marbre trop bien calibré : une chronologie balisée, des héros sanctifiés, des révolutions empaquetées sous cellophane. Ernesto Assante en prend le contre-pied. Son livre ne cherche pas seulement à dire ce qui a été, mais également ce qui continue d’agir. Le rock déborde d’énergie culturelle, il consiste en une manière de se tenir face au monde, un son qui traverse les décennies en changeant de peau.

Dans les premières pages, il s’agit de raconter le rock à travers la jeunesse, les désirs, les conflits, les ruptures. Le temps aussi. Des années 1950 à aujourd’hui, Ernesto Assante déroule un bref récit où la musique ne se comprend jamais seule. Elle est toujours prise dans un faisceau plus large : mutations sociales, révolutions technologiques, tensions politiques, imaginaires collectifs. Le rock quitte son terreau pour devenir un langage universel, puis se fragmente, se recompose, sans jamais disparaître.

Les années 1970 marquent peut-être le premier grand tournant. L’explosion créative se double d’un risque de fossilisation. La virtuosité, le gigantisme, l’industrie menacent de rompre le lien vital avec le public. Le punk surgit alors comme un geste de survie. L’année 1977, associée à la mort d’Elvis, devient un moment symbolique : la fin d’un cycle et la promesse d’un autre.

Les décennies suivantes confirment cette logique de métamorphose permanente. Dans les années 1980, le rock perd son monopole culturel. Il doit composer avec l’électronique, la pop mondialisée. Dans les années 1990, il revient par fragments, par scènes : grunge, britpop, cultures club. Et dans les années 2000, la question n’est plus de savoir s’il domine, mais s’il continue à circuler. Le streaming, la fin du support, la disparition de l’album comme unité sacrée bouleversent tout. Le rock devient une hypothèse parmi d’autres. Les jeunes lui préfèrent le rap, les anciennes stars remplissent toujours des stades, pendant que d’autres font leur place dans les marges.

Ce regard global est renforcé par le corpus du livre, une série de portraits qui fonctionnent comme des balises symboliques. Hendrix, l’inventeur de mondes. Nirvana, la nécessité morale. The Clash, le rock comme conscience politique. Green Day, la transmission d’une énergie punk à l’ère pop. Queen, le mythe populaire assumé. Aerosmith, la longévité et l’hybridation des genres. Mais ce n’est pas tout, et on peut creuser plus avant. 

Les Rolling Stones d’abord, traités comme une évidence presque embarrassante. Un authentique socle culturel. La durée comme valeur en soi. Le blues américain réinterprété par une jeunesse britannique en rupture. Une errance érigée en philosophie de vie. Ernesto Assante l’énonce : sans les Stones, une partie du monde contemporain devient illisible.

Pink Floyd ensuite, à l’opposé apparent. Là où les Stones sont le corps et la rue, Floyd est l’espace mental, la vision, l’architecture sonore. Le groupe est pensé comme une œuvre totale, où musique, image, technologie et pensée avancent ensemble. De Syd Barrett à The Wall, l’auteur décrit moins une discographie qu’une exploration de l’angoisse moderne, de l’aliénation, de la mémoire collective. Un art rock au sens plein, presque métaphysique.

Citons également Patti Smith, figure charnière et profondément humaine. Poétesse, performeuse, rockeuse sans séparation entre la vie et l’art. Son parcours, de l’incandescence new-yorkaise au retrait volontaire, avant de revenir sur scène, a quelque chose de fascinant. Avec elle, on invoque Rimbaud, Warhol, le Velvet… Un monde en soi.

Les Grands Noms du rock montre parfaitement que, malgré une perte de centralité culturelle, le rock se maintiendra tant qu’il y aura des corps, des voix, des désirs de s’exprimer autrement. Le rock trouvera toujours une forme. Pas toujours là où on l’attend. Pas toujours avec des guitares électriques. Mais qu’importe pourvu qu’elle produise ses effets. 

Les Grands Noms du rock, Ernesto Assante
L’Imprévu, octobre 2025, 480 pages 

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Quand le cinéma influence nos loisirs numériques

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Combien de fois n’a-t-on pas essayé de jouer à un jeu, de cuisiner un repas, ou d’adopter un style après avoir regardé un film ou une série? Au-delà des scénarios immersifs, le cinéma influence largement les comportements des cinéphiles. 

Le cinéma est l’ensemble des œuvres qui donnent vie à des histoires. La plupart de ces œuvres font plus que nous permettre de vivre ces histoires pendant quelques minutes ou heures. À la fin, elles se prolongent à travers nos comportements, nos envies et nos réalisations. Cela, pour la principale raison selon laquelle le cinéma met parfois l’accent sur nos désirs enfouis.

Quand le cinéma met l’accent sur nos envies enfouies

Le cinéma est le lieu où tout est soigneusement calculé. Le méchant perd à la fin du film; l’acteur principal traverse des situations difficiles mais finit par s’en sortir; celui qui joue aux chefs d’entreprise fait preuve d’intelligence, de rigueur et de tact; le stratège gagne une partie de poker qui le sauve in extrémis, etc. Les scénarios sont multiples.

Le cinéma est le lieu des rêves et envies enfouies. Combien de fois n’avons-nous pas rêvé d’être à la place d’un tel personnage, de savoir cuisiner comme telle actrice, de savoir manier un appareil comme tel acteur ou même de maîtriser l’art du baccarat comme James Bond.

Certaines envies qui étaient enfouies en nous reprennent vie grâce aux productions cinématographiques. D’autres que nous révélions timidement sont renforcées. Tout cela fait qu’on ne peut rester de marbre après avoir regardé un bon film ou une bonne série. Une étude du cabinet d’avocats britannique Em Law a par exemple révélé que la Série Suits a influencé les choix de carrière de nombreux avocats d’affaires.

Qu’il s’agisse de choix de carrière ou de loisirs numériques, le cinéma excelle dans l’art de transmettre des émotions qui influencent les comportements des cinéphiles.

Le cinéma, une source d’inspiration pour les nouveaux joueurs

Le cinéma fascine et fait découvrir des univers autrefois inconnus. Même si vous n’étiez pas intéressé par quelque chose en particulier, le simple de regarder un film bien réalisé peut rendre une activité intéressante à vos yeux. C’est ce qui se passe en matière de jeu. Beaucoup de personnes se sont intéressées à l’univers des jeux avec des films et séries comme Casino Royale, Ocean’s Eleven, Peaky Blinders, Las Vegas, et bien d’autres. C’est pour vous dire que cette fascination entretenue par le cinéma amène aussi certains internautes à analyser les jeux en argent réel via casinoenligne.ca, pour mieux comprendre ces formes de divertissement numérique. À défaut d’aller dans un casino physique, plusieurs personnes préfèrent comprendre, apprendre à jouer et découvrir des jeux depuis le confort de leurs maisons ou de tout autre lieu de leurs choix.

Tout cela parce qu’au-delà des actions menées dans les productions, c’est tout un univers qui est mis en valeur pour montrer une certaine réalité du jeu, même si elle est scénarisée.

Ces films et séries ayant influencé les téléspectateurs

Plusieurs films ont influencé à travers le monde, et ce dans de nombreux domaines. En voici deux qui touchent particulièrement l’industrie du jeu.

Casino Royale, le film qui redonne du style au jeu

Casino Royale, réalisé par Martin Campbell, a marqué un tournant dans la saga James Bond. Le film introduit Daniel Craig dans le rôle de l’agent 007 et revient aux origines du personnage, plus réaliste, plus vulnérable et plus stratégique. L’intrigue repose en grande partie sur une partie de cartes à très haute tension, où Bond affronte son adversaire dans un casino de luxe, sur fond d’espionnage et de jeu psychologique. Au-delà de l’action, le film a contribué à façonner une représentation spécifique du jeu. On remarque l’élégance et la maîtrise associée à un certain art de vivre. Le casino y est montré comme un lieu de tension, de stratégie et de mise à l’épreuve mentale, bien loin d’une vision caricaturale du jeu impulsif.

Cette représentation a eu un impact culturel mesurable, notamment sur les loisirs liés aux casinos physiques. Plusieurs acteurs du tourisme et de l’hôtellerie ont observé, après la sortie du film, un regain d’intérêt pour les casinos haut de gamme et les destinations associées au luxe et au divertissement. Le film a également remis en lumière des jeux comme le baccarat, longtemps perçus comme confidentiels. Il les a rendus plus populaires et accessibles. Certains ont prolongé leur plaisir grâce aux versions numériques des jeux de cartes disponibles sur les casinos en ligne.

High Score : l’âge d’or du gaming

High Score : l’âge d’or du gaming est une docu-série Netflix sortie en 2020. En six épisodes, il explore l’histoire des jeux vidéo, des premières bornes d’arcade à l’explosion des consoles domestiques, à travers des interviews de créateurs et des anecdotes de l’industrie. Elle a été bien accueillie pour sa capacité à rendre accessible et passionnante la culture vidéoludique, même à ceux qui ne sont pas des joueurs hardcore. Même si ce n’est pas une étude scientifique sur le comportement, High Score est souvent citée comme une source d’inspiration pour les nouveaux joueurs et amateurs de jeux vidéo, car il renforce l’intérêt pour les jeux rétro, l’histoire du gaming et la culture vidéoludique en général.

Que le cinéma influence nos comportements et nos loisirs est un fait, et cela à juste titre. Néanmoins, il est toujours important que les téléspectateurs gardent à l’esprit que la réalité montrée à l’écran est scénarisée et que dans la vraie vie, la trajectoire peut être différente.

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Palmarès du WIPP Festival 2025

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Pour sa 10ᵉ édition, le WIPP Festival a une nouvelle fois affirmé sa singularité en célébrant le cinéma en train de s’inventer. En donnant une scène à des films encore à l’état de projets, portés par la parole, la performance et l’imagination, le festival met en lumière des écritures audacieuses et sensibles. Le palmarès 2025 reflète la richesse et la diversité des regards qui traversent cette édition anniversaire, confirmant le WIPP comme un laboratoire essentiel des formes et des récits de demain.

Le WIPP Festival (Work In Progress Performance) est depuis sa création en 2015 une célébration singulière de la création cinématographique en devenir. Niché au cœur de Commune Image à Saint-Ouen, ce festival se distingue par son format unique : une scène où les films ne sont pas encore tournés mais existent déjà par la force de la parole, de la performance et de l’imagination.

Pendant quatre jours, du 3 au 6 décembre 2025, le WIPP a rassemblé auteurs, scénaristes, comédiens, producteurs, étudiants et professionnels de l’industrie autour d’une sélection de projets en cours d’écriture — courts métrages, longs métrages, documentaires, fictions ou propositions hybrides — présentés à travers des lectures, des mises en jeu, des images, des musiques ou toute autre forme de performance créative. Les échanges, riches et bienveillants, ont donné au festival une atmosphère à la fois exigeante, chaleureuse et stimulante.

L’équipe du WIPP Festival a été pleinement au rendez-vous tout au long de l’événement, contribuant largement à la qualité de l’expérience vécue, notamment au sein du jury professionnel (dont nous faisons partie). Leur présence attentive, leur disponibilité et le soin apporté à l’accueil ont permis de créer des conditions idéales pour l’écoute des projets, la réflexion collective et la sérénité des délibérations.

Cette 10e édition restera comme une de ses plus belles, révélatrice de nombreux talents et de projets prometteurs, qu’ils figurent ou non au palmarès. Le WIPP Festival confirme ainsi sa vocation essentielle : offrir un espace de liberté, d’expérimentation et de rencontres, où le cinéma se partage dans toute sa diversité et où les écritures de demain trouvent déjà une scène.

Prix Commune Image

Elsa Perry – Été 46 (Projet sélectionné via l’Aide à l’écriture de la Région Île-de-France)

À la croisée du documentaire et de l’animation, Été 46 est un projet de long-métrage profondément intime qui interroge la mémoire traumatique, la transmission familiale et la difficulté de se confronter à une histoire marquée par la violence concentrationnaire.

En donnant corps aux témoignages de ses arrière-grand-tantes, survivantes du camp de concentration de Ravensbrück, Elsa Perry explore la sidération face à l’horreur, mais aussi le pouvoir du dessin comme outil de réparation, de compréhension et de mise à distance. Un projet où l’acte de création devient un geste de résistance face à l’oubli.

Ce prix salue un projet à l’écriture sensible et incarnée, porté par une vision forte où l’intime dialogue avec l’Histoire. Été 46 a convaincu par la précision de son regard et la maturité de son dispositif narratif.

Prix Slika Films

Tarik Ben-Ismaïl – Le Roi Pourpre (Projet sélectionné via La Scénaristerie)

Le Roi Pourpre a su séduire par son ambition formelle et la singularité de sa proposition. Il s’inscrit dans une dramaturgie forte, où les questions de pouvoir, de domination symbolique et de construction identitaire occupent une place centrale. Le projet esquisse une fable contemporaine dense, portée par une écriture ambitieuse et un univers visuel qui renvoie à David Cronenberg, Ari Aster, Jordan Peele, mais surtout H. P. Lovecraft, interrogeant la manière dont un policier chevaleresque tente de résoudre une enquête qui l’emmène au plus proche du cosmique et de sa propre vulnérabilité.

Prix Avec ou sans Vous

Aurélie Raphaël – Coquille (Projet sélectionné via Les femmes s’animent)

Pensé pour le jeune public, Coquille aborde avec délicatesse la question du deuil à travers un univers sensible et poétique peuplé d’animaux et d’insectes. Ces figures du vivant agissent comme des miroirs émotionnels du parcours intérieur de l’héroïne, accompagnant ses peurs, ses silences et ses tentatives de reconstruction.

Par le biais de l’animation, Aurélie Raphaël propose une approche douce et symbolique du chagrin, où la nature devient un espace de transformation et de résilience. Coquille se distingue par sa capacité à traiter un sujet complexe avec justesse, bienveillance et accessibilité, offrant aux plus jeunes un récit sensible pour apprivoiser la perte et le passage du temps.

Prix L’Agence du Court Métrage

Adèle Edwards – Bel Horizon Disco Club (Projet sélectionné via ADDOC)

Construit comme un road-movie sensible, Bel Horizon Disco Club entraîne le spectateur dans un voyage inattendu, depuis l’univers clos d’un EHPAD jusqu’à une discothèque, lieu fantasmé et vibrant qui renvoie à la jeunesse d’une pensionnaire. Le film repose sur un duo intergénérationnel formé par cette femme âgée et un trentenaire désabusé, dont la rencontre ouvre un espace de dialogue, de projection et de réparation.

Dans cette traversée, le projet convoque la nostalgie non comme un repli, mais comme un moteur narratif, questionnant la fin de vie et ce que devient le désir lorsque le corps s’éloigne de ses élans passés. Bel Horizon Disco Club se présente comme une fiction douce et mélancolique, cherchant à capter ce moment fragile où le désir semble s’éteindre — ou au contraire, à l’immortaliser dans un ultime geste de tendresse et de liberté.

Prix Time Art de la Performance

Mazigh Bouaïch & Mélody Daniel – Alpha (Projet sélectionné via Le Groupe Ouest)

Alpha aborde frontalement la masculinité toxique et sa radicalisation à travers des stages de virilité organisés dans le décor isolé et spectaculaire des Alpes, dirigés par un gourou charismatique. Sous couvert de développement personnel et de reconquête d’un prétendu « masculin sacré », le film met en lumière des mécanismes d’endoctrinement qui transforment les frustrations intimes en idéologie violente.

En faisant le choix radical d’épouser exclusivement le point de vue des hommes endoctrinés, le court métrage expose de l’intérieur la fabrique de ces discours, révélant comment ces pratiques peuvent créer des monstres, nourrir la haine et légitimer les violences faites aux femmes. Alpha se présente ainsi comme une œuvre importante et percutante, qui interroge la responsabilité collective face à la montée de ces mouvements et la manière dont ils prospèrent sur la vulnérabilité émotionnelle masculine.

Grand vainqueur du WIPP 2025

Le jury professionnel comme le jury étudiant se sont accordés autour d’un projet unanimement salué, tant pour son écriture que pour sa force de proposition scénique.

Prix 90Pages / Prix Talents en Court en Seine-Saint-Denis / Prix LaCinetek des Étudiants

Chriss Itoua – Le Macaque (Projet sélectionné via Cinémas 93)

Le Macaque prend la forme d’un conte contemporain, teinté d’humour noir et d’absurde, où une virée dans les bois devient le terrain d’une exploration sensible et politique. Le projet aborde avec finesse les thèmes de la passion affective, des désirs ambigus, et des tensions qui traversent un milieu queer, sans éluder les relents de racisme et de violence symbolique qui s’y infiltrent.

Revendi­quant des influences allant de Ruben Östlund au ton volontairement trouble de la série Atlanta de Donald Glover, Chriss Itoua compose un récit où le rire se mêle au malaise, et où l’absurde agit comme un révélateur des rapports sociaux.

Malgré la dureté des sujets abordés, Le Macaque demeure un film baigné de lumière et de bienveillance, profondément attaché à ses personnages et à leur complexité. Cette triple récompense consacre un projet à la voix singulière et un auteur dont le regard a su fédérer l’ensemble des sensibilités présentes au WIPP 2025.

Ce palmarès illustre la richesse thématique et formelle de cette édition anniversaire du WIPP : mémoire, identité, rapports de pouvoir, intimité, collectif, désir et violence sociale traversent les projets primés comme ceux restés hors palmarès. Une édition 2025 qui confirme le festival comme un véritable laboratoire des écritures contemporaines et qui réaffirme son soutien aux scénaristes, en espérant que ces projets prometteurs puissent un jour s’incarner à l’écran et voir leurs œuvres achevées.

La condition : Une nécessaire sororité

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Adaptant librement Amours de Léonor de Récondo, Jérôme Bonnell signe un film tendu comme un thriller, où la mise en scène millimétrée et un casting d’exception donnent chair à une histoire de domination patriarcale, de résistance et de sororité. La Condition s’impose comme une œuvre féministe d’une grande acuité, qui interroge la violence masculine et révèle la force fragile de deux femmes unies malgré elles.

Pour son huitième long-métrage, après une incursion dans la réalisation de téléfilms (dont Les hautes herbes), Jérôme Bonnell nous offre une fresque sociale incommode et oppressante dans le huis clos d’une famille bourgeoise des années 1900, dirigée d’une main de maître par l’inflexible notaire André, représentant d’un patriarcat encore archi-dominant à cette époque.

S’inspirant librement du roman Amours de Léonor de Récondo, en y rajoutant quelques protagonistes clés, le réalisateur arrive à conter une histoire non dénuée d’une certaine modernité. Il y met aux prises des classes sociales sous tension, qui s’affrontent avec leurs armes mais aussi leurs désarrois, chacune dans sa Condition, habitant l’étage qui lui est assigné dans la vaste demeure provinciale du notaire.

Ainsi André fait régner une violence sournoise et étouffante auprès de sa femme Victoire et de sa bonne Céleste, en leur faisant subir des abus sexuels qui lui semblent presque normaux voire ordinaires dans sa position dominante. Le réalisateur anime avec intensité un triangle relationnel féroce, où l’amour et l’humanité ont peu leur place, comme le traduisent les non-dits bien distillés.

Et lorsqu’arrive ce qui devrait être un heureux événement, Victoire impose à son mari une terrible Condition pour accepter la situation et sauver le paraître devant la société qu’André et sa famille fréquentent, amis, clients et associés.

Devant la violence pernicieuse d’André, qui perdure, Victoire et Céleste, que tout oppose, vont devoir lutter ensemble dans un élan de sororité et de tendresse nécessaire au bien-être du nouveau venu.

Dans un scénario à suspense proche du thriller, impeccablement mis en scène, Jérôme Bonnell s’attache à travailler ses personnages, aidé par un casting de premier plan, tous Césarisés ou nommés à la cérémonie.

Joué par un Swann Arlaud magistral (cet acteur boulimique multi-césarisé, sans doute ici son meilleur rôle, son quatrième film en 2025 avec Arco, L’inconnu de la Grande Arche et L’Etranger), André a ce rôle très ingrat du prédateur. Mais dans la relation muette et brutale avec sa mère (interprétée par une Emmanuelle Devos impeccable), absente du roman Amours, le réalisateur ne le condamne pas a priori, mais explore son comportement et sa violence intérieure par ses origines incertaines. Avec sa présence et son regard intenses, Swann Arlaud montre que l’auteur de violences peut être un personnage quasi normal et multi-facettes, parfaitement intégré dans son milieu et parmi les siens, un comportement psychologiquement redoutable qui arrive à faire culpabiliser ses victimes.

Victoire est la femme modèle imparfaite, insoumise et non consentante, subtilement interprétée par Louise Chevillotte (actrice montante qui confirme son statut). Désemparée par le comportement de son mari, incapable de s’occuper de son fils, elle ne manque pas de ressources pour exister. L’actrice gère parfaitement sa relation troublante avec Alphonse Lajardie (Maxime Chattot), absent également du roman, mettant en valeur un rôle ambivalent qui exaspère André.

Céleste, c’est la bonne à tout faire, toujours décriée et abusée mais jamais remerciée ; elle est interprétée avec délicatesse et tendresse par la très jeune et boulimique Galatéa Bellugi, éblouissante d’humanité dans ce film. Elle sait venir, avec à propos et abandon, au secours de sa patronne pour faire face au monstre violeur.

Par les temps qui courent, ce film intelligemment féministe est bienvenu et utile pour continuer de faire reculer les comportements masculins primaires face à l’absence de consentement.

Et d’une certaine façon, il fait écho à deux films récents comme Le Consentement (2023) et encore plus Les filles désir (2025), dans un style certes opposé, mais où la sororité de deux femmes triomphe du mâle inconvenant.

La Condition est un film à voir, qui maintient en haleine le spectateur dans une tension et une émotion qui étreignent jusqu’au générique de fin.

Bande annonce : La Condition

Fiche technique — La Condition

Réalisateur : Jérôme Bonnell
Scénariste : Jérôme Bonnell
D’après l’œuvre de : Léonor de Récondo
Casting : Swann Arlaud : André, Galatéa Bellugi : Céleste, Louise Chevillotte : Victoire, Emmanuelle Devos : Mathilde, Aymeline Alix : Huguette, François Chattot : Alphonse Lajardie, Camille Rutherford : Odette,Jonathan Couzinié : Joseph
Date de sortie : 2025 (France)
Durée : 1h43
Compositeur : David Sztanke
Directeur de la photographie : Pascal Lagriffoul
1re assistante réalisatrice : Alice Pic
Cheffe monteuse : Julie Dupré
Cheffe coiffeuse : Nathalie Champigny
Cheffe costumière : Céline Guignard-Rajot
Cheffe maquilleuse : Anne Caramagnol
Directeur de production : Patrick Armisen
Scripte : Christine Catonné-Raffa
Cheffe décoratrice : Catherine Jarrier-Prieur
Ingénieur du son : Laurent Benaïm
Monteuse son : Claire-Anne Largeron
Mixage : Emmanuel Croset
Producteur : Michel Saint-Jean
Productrice : Anne Mathieu
Société de production : Diaphana Distribution
Distribution France : Diaphana Distribution
Ventes internationales : Playtime International
Attachés de presse : Florence Narozny et Mathis Elion

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Résurrection : L’inattrape-rêve

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À la fois histoire de la Chine et du cinéma, et rêverie bouddhiste, le troisième long métrage de Bi Gan, prix spécial du jury au dernier Festival de Cannes, nous entraîne dans une fresque ambitieuse où se disputent l’inventivité formelle et la sublime somnolence. C’est un peu long, souvent magnifique, parfois ennuyeux. Comme il est délicat, étonnamment, de faire rêver ladite machine à rêves !

Faire un film-rêve est la chose la plus facile et la plus difficile à la fois. Le moindre étudiant en cinéma sans imagination s’y précipite, fort de l’occasion qui lui est donnée de prouesses techniques, de plans spectaculaires, et délivré, dans le même temps, de la nécessité de raconter quelque chose. Le résultat, de fait, est souvent médiocre, et l’on ne voit guère que Buñuel et Lynch avoir réussi, dans ce genre, des films consistants. C’est que ceux-là ont bien su résister à la pente naturelle du film-rêve : un certain désordre confinant à l’indifférence. Parce qu’il n’est plus soumis à aucune logique, le film-rêve appelle une structuration supérieure. Parce que tout se prête au chaos, l’ordre le plus contraignant doit y régner. De ce point de vue, Résurrection de Bi Gan est plutôt une réussite. Chaque chapitre se place sous l’égide d’un des cinq sens. Leur logique narrative est assez claire et tenue. Et le tout communie dans un hommage au cinéma pétri de motifs symboliques, de références savantes, de jeux de renvoi, et cette ligne basse de la spiritualité bouddhiste pour cœur profond. Cela est solide, bien charpenté. Mais d’où vient que, trop souvent, l’ennui y guette ?

Commençons par dire qu’il y a dans ce film, disséminées, parmi les plus belles choses vues au cinéma ces dernières années. Que ce soit dans les plans ou le découpage, l’inventivité est extraordinaire. Peut-être parce que ses parties se revendiquent chacune de telle ou telle période de l’histoire du cinéma, Résurrection propose à nos yeux, fatigués par l’uniformité de la production actuelle, un rappel des mille possibilités qu’offre cet art. Il y a à l’évidence une virtuosité dans la manière qu’a ce film de ressusciter, sans pasticher, le style expressionniste ou le film noir à la Welles, pour ne citer que les deux premières parties, probablement les plus convaincantes. On se prend même à regretter, notamment pour la partie film noir, l’existence d’une version plus longue et plus élaborée.

Mais, malgré ses grandes qualités, Résurrection accuse certaines limites, qui tiennent probablement, pour partie du moins, au genre du film-rêve lui-même. L’une des limites de ce film est de nous faire éprouver, par le caractère très elliptique de chaque partie, une sensation mêlée d’indigestion et de frustration. Frustration, pour les raisons évoquées plus haut, mais indigestion aussi, pour l’étalage formel dénué de véritable ancrage émotionnel. En effet, et malgré des moments sublimes, on ne se perd jamais dans ce film comme son personnage de Rêvoleur s’enfonce dans les couches successives de son rêve séculaire de cinéma. Tout défile dans une indifférence ravie, sans que l’on s’attache à un personnage (sauf, à la rigueur, aux amoureux de l’avant-dernière partie), ou que l’on frémisse à une seule situation. Résurrection fait l’effet d’un objet luxueux et sophistiqué dont on ne saurait trop quoi faire, ou d’un jeu de couleurs vives sur une roche marbrière. Au bout de la virtuosité, tout est finalement assez froid et plat.

Et peut-être doit-il en être ainsi d’ailleurs, dans une perspective bouddhiste, où il s’agit justement d’apprendre le détachement parfait. La vraie vie est-elle au cinéma, ou cette vie n’est-elle qu’un songe ? Ce monde du Rêvoleur, où les hommes ne rêvent plus, est-il un monde d’éveillés ou d’endormis ? Cette ambiguïté est l’un des points forts de ce film marqué par la langueur de vivre, où la fin du cinéma est à la fois la sortie du cycle des réincarnations, donc une sorte de délivrance. Bi Gan évite ainsi l’hommage béat, en ménageant, au sein d’une réflexion sur la forme cinématographique, une place pour la méditation métaphysique.

Pour autant, ce film-rêve, comme souvent, déçoit, car là où tout est possible, plus rien n’est intéressant. Toute dramatique nécessite des règles et des contraintes. On ne tremble pas pour celui qui ne fait que rêver. Reste un flux dont les âpretés ne suffisent pas à éveiller l’âme. Le Rêvoleur rêve, et nous nous endormons, dans l’indifférence des choses, bercés par le chatoiement superbe des images et des sons.

Résurrection : bande-annonce

Résurrection : bande-annonce

Titre original : 狂野时代, Kuángyě Shídài
Réalisation : Bi Gan
Scénario : Bi Gan
Musique : M83
Photographie : Dong Jingsong
Montage : Bi Gan, Bai Xue
Décors : Tu Nan
Effets spéciaux : Liu Strilen
Production : Shan Zuolong, Yang Lele, Charles Gillibert
Société de production : Huace Pictures, Dangmai Films, Obluda Films, CG Cinema, Arte France Cinéma
Société de distribution : Les Films du losange (France)
Pays de production : Chine, France
Langue originale : mandarin
Format : couleur
Durée : 160 minutes
Date de sortie : 10 décembre 2025

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