CINÉMANIA 2025 : Interview avec l’équipe de « L’Âme idéale » dont Jonathan Cohen

Cette rencontre a été le genre de bonne surprise qui réjouirait n’importe quel journaliste ! À la base, elle devait se faire uniquement avec Jonathan Cohen. De plus, peu avant, on apprend que Raphaël Quenard qu’on devait interviewer le lendemain a annulé sa venue au festival. Une bonne surprise en chasse une mauvaise puisque l’attachée de presse du film L’Âme idéale va nous proposer également la co-vedette québécoise du film, Magali Lépine-Blondeau. Et dans le fourmillement de tous les talents se retrouvant au sein du hall du Sofitel de Montréal, on croise la réalisatrice du film, Alice Vial. On lui propose aussi de venir discuter avec nous, ce qu’elle accepte sans se faire prier. Voilà donc une interview en tête-à-tête qui se transforme en interview de groupe dans une bonne humeur communicative.

Une fois tous réunis dans le hall (bruyant) du Sofitel, on adapte l’interview à cette nouvelle réalité à trois voix. Et, bien sûr, on les félicite pour le film, surprenant et très réussi.

🎬 Tout d’abord, comment s’est déroulé la genèse du film ? Est-ce vous, Alice, qui êtes allés chercher les acteurs ou peut-être vous, Jonathan ou Magali, qui avez provoqué le film en allant vers Alice ?

Alice Vial : « Jonathan, qui est l’un des coproducteurs du film, est venu me chercher à la base avec cette idée dans l’optique que je la mette en scène. Mais une fois qu’on a lancé le projet, Jonathan m’a juste proposé de l’écrire avec lui, il ne comptait pas être dedans. Je lui ai ensuite demandé de jouer le rôle principal, ce qu’il n’a pas tout de suite accepté d’ailleurs. Donc c’est ça, les bases du film se sont faites petit à petit, rien n’était vraiment prévu de cette manière. »

Pendant qu’Alice répond, Jonathan et Magali plaisantent à deux, montrant une belle complicité aussi bien dans la vie qu’à l’écran.

🎬 Et concernant Magali ?

(Elle rit et s’excuse ndlr.)

Magali Lépine-Blondeau : « Désolée, c’est ma première interview du matin, il faut se mettre dedans ! »

Alice Vial : « Alors Jonathan et moi on a tous les deux découvert Magali dans Simple comme Sylvain dans lequel elle est magnifique et on a pensé à elle tous les deux en même temps. Vraiment. Littéralement il y a eu comme un alignement de planètes. »

🎬 Il n’y avait donc pas la volonté d’une comédienne qui ne soit pas d’origine française ?

Alice : « Oui, on voulait trouver notre Elsa et c’était comme une évidence et peu importe d’où elle venait. Et c’était Magali ! »

🎬 Au début du film, on a l’impression que l’on va être dans une comédie fantaisiste, potentiellement lourde, et puis au final pas du tout. On se dirige vers quelque chose de touchant, presque poignant. C’était voulu comme une volonté de surprendre le spectateur ?

Magali : « Oui clairement cela nous plaisait de mélanger les genres. »

Jonathan Cohen : « C’est sûr que le film, et vous avez raison de le dire, il peut prendre mille directions possibles et peut-être pas les plus heureuses. Des directions parfois tentantes mais dangereuses. Ça aurait pu être lourd dans l’émotion aussi… Mais très vite Alice a établi une ligne claire sur ce qu’elle voulait raconter et l’ambition qu’elle avait pour ce film. Sur la sincérité et sur la solitude que vivent ces deux personnes. Et ce qui est beau c’est qu’elle a réussi à traverser les genres du film – car il y a de la comédie, du drame ou encore de la romance – sans jamais s’arrêter, sur un bel équilibre. C’est ce que je trouve réussi et original. »

Magali (se moquant de Jonathan) : « Ce n’est pas facile à raconter c’est sûr. Mais waouh Jonathan, c’était beau et complexe comment tu nous as dit ça. »

Jonathan (rentrant dans le jeu) : « Ah oui, j’avoue, tellement que je n’ai plus envie de parler ! »

🎬 Alors changeons de sujet mais pourquoi situer l’action à Le Havre, ville peu vue au cinéma, et durant l’hiver ?

Alice : « C’est une ville très singulière, c’était intéressant pour le film. Elle a une verticalité particulière avec ces grands immeubles et la mer juste à côté. Il y a un contraste vraiment cool. Je voulais une ville qui ait une urbanité forte et qui ne soit pas une ville forcément « mignonne ». Et Le Havre, c’est brut, c’est parfait. Et nous on adore cette ville depuis qu’on y a tourné. Elle amène une mélancolie dont on avait besoin pour raconter ça. »

🎬 Magali, j’ai vu durant le festival Pierre-Yves Cardinal perdre son accent dans le très beau Qui brille au combat et vous c’est pareil ici. Je suis très impressionné par ces comédiens québécois qui perdent complètement leur accent. Alors est-ce que c’est difficile pour vous ou c’est naturel de parler un français parfait ?

Magali : « Non pas vraiment, c’est un travail comme un autre. Pas particulièrement car ici on a grandi avec des chansons, avec des films français. On a la musique française dans l’oreille. Et comme Pierre-Yves, j’ai fait une école de théâtre donc quand on est appelé à jouer des classiques du répertoire francophone, on s’habitue déjà à gommer notre accent. »

🎬 Et je suppose que vous parlez très bien anglais ? Car dans la séquence où vous faites semblant de ne pas savoir parler anglais mais en français de France, ça a dû être une autre paire de manches ?

(Là ils s’animent tous et s’esclaffent ndlr.)

Magali : « Alors là oui. Dans cette scène j’avais deux accents qui n’étaient pas les miens. C’était un vrai défi oui. »

🎬 J’ai un peu vu le film comme une ode à la vie, à la singularité, à l’affirmation de chacun, est-ce qu’il y a un autre message dans le film ?

Magali : « Non je pense que c’est ça. Et puis de vivre fort. Si les gens ressortent du film avec cet élan-là, déjà on aura réussi quelque chose. »

🎬 Comment vous avez vécu la soirée des Césars, je l’ai déjà demandé à votre réalisatrice de Simple comme Sylvain, Monia Chokri, en début de semaine, mais c’est une question qu’on ne peut s’empêcher de poser vu la surprise générale ?

Magali : « Alors oui j’étais surprise et je l’ai très bien vécu (elle éclate de rire ndlr.). Mais avec le recul, on sentait qu’il y avait une vague d’amour et de sympathie de la part des français pour le film, de la part de la profession aussi. On savait qu’il était très bien accueilli et on nous en parlait beaucoup. Mais il y avait tellement de gros joueurs à côté qu’on y allait pas du tout gagnant. Rien que le fait d’être sélectionné, la journée était déjà comblée. On était sonné… Sonné mais joyeux ! »

🎬 Jonathan vous avez amorcé depuis deux ou trois ans un virage parfois plus dramatique. Est-ce que dans un film comme celui-là vous n’avez pas envie de déborder et de revenir à la déconnade ?

Jonathan : « Non pas spécialement. J’avais déjà envie de bien raconter cette histoire qui me passionne. Et c’est pour ça qu’on s’est constitué ce petit trio dans lequel on se sentait bien. Et d’ailleurs c’était très contagieux parce que toute l’équipe avait un rapport très particulier avec ce sujet-là. Les techniciens ou autres étaient très contents, très joyeux de participer à ça. J’avais donc envie de bien raconter cette histoire et que son message, entre guillemets, on le reçoive le mieux possible. On était très attentifs à ce que tout soit comme on l’a imaginé. On avait tous nos garde-fous un peu. Alice justement m’a toujours bien dirigé pour que je ne dépasse pas cette ligne, que je ne déborde pas justement, et qu’on y croit. C’est quand même un film sur la croyance en un sujet particulier (quelqu’un qui voit les morts ndlr.) et il fallait que le public adhère. Et au vu des réactions je pense qu’on a réussi. C’était un défi quand même mais on est fier du résultat. »

🎬 Vous avez plusieurs projets sur le feu, dont le prochain Astérix (il nous coupe en précisant qu’il n’en est qu’à l’écriture). Avez-vous prévu un rôle pour Magali ? (elle rigole).

Jonathan (s’écrit) : « Magalixxxx ! »

Magali (elle rit de nouveau) : « Moi je voudrais au moins jouer une petite porteuse d’eau en second plan. »

🎬 Je vais m’adresser à tous les trois, avez-vous eu l’un ou l’autre de l’appréhension à collaborer ensemble ? Par exemple, vous Alice de diriger un caractère comme Jonathan ou vous Magali de tourner votre premier gros film français ?

Alice : « Oui j’ai été intimidée à plein d’étapes mais sans me laisser dépasser. C’est mon premier film donc forcément. »

Magali : « Ça a été un tournage exceptionnel sur bien des aspects et je ne dis pas cela parce qu’on fait la promo. On avait tout de même travaillé en amont tous les trois, plusieurs mois avant le début du tournage pour requestionner chaque scène du scénario, on a fait des impros, on a travaillé avec Alice pour préciser plein de choses, donc on avait déjà une sorte de dynamique tous les trois bien avant de tourner ensemble. Et au tournage, il s’est passé un truc vraiment magique. Jonathan parlait du fait que l’équipe était très impliquée dans ce récit et c’est surtout qu’on était tous très soudés. C’est le genre de truc qui ne peut pas se commander et qui se passe rarement en fait dans une vie professionnelle d’acteur et on a eu beaucoup de chances que ce soit le cas sur celui-ci. »

Jonathan : « Puis il faut dire que le travail ça soude. Ça enlève les peurs, les hésitations et les craintes. Sur ce point on peut dire que c’est une valeur sûre pour effacer tout ça et potentiellement créer une alchimie. »

🎬 Est-ce que vous êtes un peu effrayé ou stressé par la présentation du film au Québec ?

Magali (directement) : « Moi je suis super nerveuse ! »

Alice : « Oui, moi bizarrement aussi. Pourtant, ce n’est pas la première internationale, on l’a déjà montré mais je ne sais pas. Ça ne s’explique pas ! »

Jonathan : « Les retours sont très bons. Et ce que l’on constate c’est à quel point le sujet du film touche. Dans l’intime (Magali acquiesce ndlr.). Aux avant-premières, les gens ouvrent leur cœur, se confient, c’est assez surprenant. Et le débat, il prend une autre dimension… C’est un film qui pose quand même des questions existentielles et même s’il n’y a aucune réponse toute faite, on pose les bonnes questions je pense. Et j’espère qu’il en sera de même pour le public québécois. Moi je suis super impressionné d’être là. »

Alice : « Tu vois moi je suis super intimidée par le cinéma québécois, leurs séries, etc. Il y a une exigence qui m’impressionne. Je crois que je n’ai jamais été aussi intimidée, en plus mes proches sont là aussi… »

Magali : « Moi ce sont tous mes univers qui se rencontrent ce soir. C’est très particulier pour moi. »

🎬 J’ai une dernière question pour vous trois, ou chacun séparément. C’était de savoir s’il y avait une séquence qui avait été particulièrement dure à tourner ?

Tous les trois réfléchissent. Les filles semblent ne pas avoir de souvenir particulier à ce niveau.

Jonathan : « Oui moi j’en ai une. Je spoile un peu mais bon. Celle où je me rends compte que je suis mort. Ce n’est quand même pas facile à jouer ça. C’est un vertige qui est super complexe à retranscrire tout en restant sincère. Et dans les scènes d’émotion aussi parfois j’étais moins à l’aise mais le fait qu’on ait cette complicité avec Magali a beaucoup aidé. Il y a cette joie d’avoir réussi une scène, une extase, qui est moins perceptible quand on joue seul par exemple. Il y a une sorte de rollercoaster d’émotions qui t’emmène parfois dans le malaise mais là on n’a pas eu ça. Heureusement d’ailleurs. »

Magali se moque de lui : « Il est à Montréal lui, le fucking rollercoaster » (elle éclate de rire).

Magali : « Moi c’est étrange parce que ce film je le conçois vraiment en binôme mais tous mes premiers jours de tournage c’étaient ceux à l’hosto. Donc je n’étais pas avec Jonathan. Et c’est vrai que je me sentais un peu perdue parce que j’avais oublié qu’une partie du film je le portais seule. Donc c’est comme si j’avais retrouvé mon souffle quand on s’est retrouvé. Mais comme au final c’est aussi un peu ce que vis le personnage c’était plutôt bien. Elle n’est pas actrice de sa vie, elle en est témoin. Je pense donc qu’au final, ça a nourri le jeu. »

Alice : « Alors moi bizarrement c’est peut-être dans les scènes de comédie, au niveau de la mise en scène du comique de situation. Notamment vu le sujet du film, sur ce qu’on montre ou pas et comment le matérialiser. Dans le dosage, j’avais toujours peur de tomber dans la loufoquerie. Ou dans le gag. Mais il fallait aussi assumer l’humour donc parfois c’est des choses qui m’ont rendu inconfortable. »

🎬 Un grand merci à tous les trois.

On échange quelques mots hors propos et on se quitte avec le sourire, l’impression d’avoir passé un moment vraiment léger, simple et sincère avec trois artistes passionnés !

Pour compléter cette rencontre, vous pouvez également lire notre critique de L’Âme idéale, présentée à Cinémania 2025

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