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Le Vent de la plaine, de John Huston, en DVD et Blu-ray

Si Le Vent de la plaine n’est pas le film le plus connu de John Huston, ni le western le plus célèbre de son temps, sorti dans l’ombre des Sept Mercenaires, d’Alamo et du Sergent noir de John Ford, il est important de réévaluer ce film mal-aimé, rejeté par son cinéaste, et dont la sortie en DVD vient compléter la très belle collection western de Sidonis Callysta.

Du western, Le vent de la plaine contient les éléments traditionnels : les grands espaces désertiques, les cow-boys qui vont à la grande ville vendre leur bétail, les rodéos et les assauts des Indiens. On pourrait presque se dire que nous sommes ici en terrain connu. Et pourtant, Le Vent de la plaine ne cesse de surprendre l’amateur du genre, tout en le satisfaisant.
En effet, très vite, il se dégage du film une ambiance spéciale. Nous avons deux femmes, une mère et sa fille, Rachel, qui habitent dans une étrange maison à demi-enterrée, où les vaches montent régulièrement brouter le toit. Le grand frère est sur le chemin de retour de Wichita et les deux autres frangins, Cash et Andy, sont occupés avec le reste du troupeau. Le tableau est quasiment idyllique : une famille unie et respectée, des affaires florissantes. Et pourtant, subtilement, Huston instaure dès les premières minutes, une atmosphère plus inquiétante.
D’abord, il y a cette croix sur laquelle la caméra s’arrête régulièrement. C’est la tombe du patriarche, William Zachary, dont l’ombre va s’étendre sur une bonne partie du film.
Puis, il y a l’arrivée, l’apparition même, de ce cavalier mystérieux et couvert de poussière. Un prophète sortant du désert, surgissant au milieu des cactus : avant même qu’il ne parle, la caméra de Huston nous fait comprendre qu’il s’agit d’un fauteur de troubles. Un être étrange, quasiment surnaturel, qui va ravager la belle situation de la famille et entraîner le film dans le drame et la violence.
Le Vent de la plaine prend alors des allures de tragédie antique, avec ce vieux cavalier borgne (dont on ne connaîtra le nom que tard dans le film : Abe Kelsey) dans le rôle du voyant qui vient apporter le malheur. Comme souvent dans les tragédies, c’est la faute du père qui retombe sur les enfants, d’où l’importance de cette croix, rappel permanent de la responsabilité du patriarche. Le sens du tragique se diffuse dans l’ensemble du film : on a l’impression que le moindre mot, le moindre geste enferme un peu plus la famille Zachary dans l’isolement.

Le Vent de la plaine réserve des scènes vraiment mémorables : un chasse à l’homme en pleine tempête de sable, les terribles aveux d’Abe Kelsey ou l’attaque finale. Mais Huston se plaît aussi à nous surprendre avec ce que l’on ne voit pas toujours dans les westerns, comme par exemple ce duel musical entre les Indiens et le piano des Zachary, scène étrange, crépusculaire et unique dans le genre.
Le film se plaît aussi à ravager l’image du cow-boy. Si Ben peut éventuellement représenter la virilité habituelle du stéréotype américain, ses frères, de même que le prétendant de Rachel, sont bien loin du compte : ils sont gauches, maladroits, ils perdent vite leurs moyens (surtout face aux femmes), etc.
Là où Le Vent de la plaine surprend également, c’est dans son anti-racisme. Visiblement, c’était même l’objectif premier de Huston en faisant ce film. Mais un anti-racisme qui ne se fait jamais lourdement, mais d’une façon fluide, comme le récit dans son ensemble.

Compléments de programme
Les habitués des westerns édités par Sidonis Calysta ne seront pas dépaysés par les compléments de programme du vent de la plaine, tant on y retrouve les valeurs sures du genre.
D’abord Jean-François Giré nous présente ce film, en cherchant à le réhabiliter. En effet, Huston avait tiré à boulets rouges sur Le Vent de la plaine, un des films qu’il aimait le moins dans sa filmographie. Huston reproche aux producteurs d’avoir voulu faire un simple et bête film d’action, là où lui voulait réaliser un plaidoyer contre le racisme.
Jean-François Giré en profite pour évoquer également la carrière, le comportement et le destin d’Audie Murphy, héros de la Seconde Guerre mondiale devenu acteur, qui joue ici le rôle d’un des frères de Rachel. Il se livre surtout à une analyse du film pour mettre en évidence ses nombreuses qualités.
Ensuite, nous avons le plaisir d’entendre l’incontournable et toujours passionnant Patrick Brion, qui qualifie Le Vent de la plaine de « film douloureux ».
Enfin, François Guérif prend la défense des auteurs de romans westerns, trop souvent oubliés, voire inconnus en France (ou alors publiés dans des versions courtes qui ne rendent pas hommage à la qualité des romans). Des propos très intéressants.

Caractéristiques du DVD :
Durée : 120 minutes
Format de l’image : 16/9 – 2.35
Version française et Version originale
Sous-titres français
Compléments de programme :
_ présentation du film par Jean-François Giré (17 minutes)
_ présentation du film par Patrick Brion (13 minutes)
_ Autour du roman, par François Guérif (7 minutes)
_ Bande annonce

Avatar: la voie de l’eau, James Cameron à marée haute

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C’est long 13 ans. Enfin, il paraît : pour les courtisans du temps de cerveau disponible, ça fait une éternité à ne pas occuper le terrain du contenu. Mais James Cameron, comme Tom Cruise, s’en fout. Quand on a le sens du temps long, quelques minutes suffisent pour combler un écart de plusieurs décennies, Top Gun : Maverick l’a prouvé il y a quelques mois. Avatar : La voie de l’eau lui emboîte le pas, et donne raison au cinéma avec un grand C en moins de temps qu’il n’en faut pour nous faire revenir sur Pandora comme si c’était hier. C’est fait, c’est dit, et dans un monde parfait ça devrait suffire à donner totalement raison à son auteur.

Retour vers le Futur

Les (grands) films sont comme les gens, on ne prend pas tous les jours des nouvelles de ceux qui nous sont le plus chers. En l’occurrence, la décennie écoulée n’a pas fait de Jake et Neytiri des étrangers : on les voit, avec la même clarté qu’en 2009, et vice-versa.

« Si vous regardez longtemps au fonds des abysses, les abysses finissent par voir au fond de vous ». Cameron n’ouvrait pas Abyss avec du Nietzsche pour faire joli, mais pour nous prévenir : un film est un corps vivant qui vous rend le regard que vous lui portez. Dans Avatar, Cameron le cinéaste des profondeurs ajoutait le relief à la profondeur de champ pour hyperboliser cet échange. Voir en 3D revenait à être vu en 3D. Le « I see you » c’était aussi celui d’Eywa, l’écosystème animiste qui plantait son réseau dans l’iris du spectateur pour connecter avec ses chakras. Cameron signait un bail longue durée avec l’inconscient populaire, résidant de Pandora car habité par elle. On appelle ça une empreinte culturelle, bitch.

C’est peut-être la sensation la plus grisante d’Avatar : La voie de l’eau : reconnaître ce monde qui nous reconnait en retour, et nous reprend là où on l’avait quitté. Dès lors, pas besoin de nous refaire le mode d’emploi, on entre tout de suite dans le vif du sujet. Les Sully nous introduisent leur univers familial élargi en 3D HFR (et Scope pour le coup), qui ne se remarque plus sitôt le premier frame customisé. On entend déjà les cris d’orfraies de ceux qui se plaindront de ne pas avoir vu la différence jaillir de l’écran pour leur sauter aux yeux. Mais comme le dit le réalisateur Philippe Lioret, « montrer la technique au spectateur, ça revient à laisser l’étiquette du prix sur le cadeau qu’on lui fait ». Il FAUT absolument voir Avatar en 3D HFR, non pas pour voir la prouesse mais pour justement pour mieux l’oublier.

C’était Demain

TOUT fait vrai, réel, vivant et immédiat alors que TOUT est fait de faux. Chez Cameron, oublier la technique n’est pas une performance, mais une nécessité pour s’oublier soi-même en tant que spectateur et membre de l’espèce. Matériel ou numérique, humain ou extraterrestre, live ou animé on s’en fout, ce sont des considérations du monde d’avant. Dans celui d’après, la nouvelle et seule frontière qui vaille est celle de l’incarnation. Et Dieu sait si La voie de l’eau en repousse les limites.

Sigourney Weaver peut jouer une pré-adolescente si elle y met tout ce qu’elle a comme dans la prestation d’une vie. Un mammifère amphibie peut devenir porteur d’un arc tragique à en chialer si le spectateur l’identifie comme un personnage à part entière et non pas un side-kick. Cameron peut rejouer le climax de Titanic avec des aliens de 4m piégés comme des poissons hors de l’eau dans un cercueil aquatique si les affects fonctionnent sur le niveau le plus viscéral qui soit. En l’occurrence la famille, source d’angoisses universelles et contagieuses au sens large du terme quand c’est Cameron qui prend la tribune.

Le réalisateur n’a peut-être jamais parlé de lui aussi directement, sur un ton qui frôle parfois l’affliction qui plus est. Avatar premier du nom était un film sur la renaissance au (ou plutôt à un) monde, sa suite sur la peur de perdre son monde dans le grand effondrement. Le film lance les hostilités sans tarder, la catastrophe confronte les personnages à leur précarité dans une soudaineté et une brutalité qui rappellent l’apocalypse nucléaire de Terminator 2. Lancés sur la route de l’exil, privés de leur foyer et de ses mythes, ils doivent tout réinventer et tout recommencer, ensemble.

Non, ce pays n’est pas (encore) pour le vieil homme

Ça concerne aussi Cameron, privé de la maïeutique de Joseph Campbell, et donc des structures narratives que le spectateur abrite dans son petit morceau d’inconscient collectif. Le réalisateur n’aime décidément rien tant que se compliquer la tâche, et réussir à coucher tout ça sur papier ne devait surement pas être le plus mince obstacle à surmonter. Et ça se voit.

C’est là qu’on entre dans la partie délicate. Car dans un film où on oublie tout et en particulier ce qui devrait se faire remarquer, le scénario rappelle à intervalle plus ou moins régulier la raideur de la pente. Cameron grimpe le col, mais essaie trop souvent de ne pas tomber durant son ascension. On ne parle pas des personnages en eux-mêmes, caractérisés et développés avec le sens du détail équivoque propre à son auteur, mais de leur interaction chorale.

Comme si le montage assemblait un puzzle dont les pièces ne s’emboîtent pas toujours. A croire que les writers room ne communiquaient pas entre elles, et s’employaient à mettre les carrés des uns et les ronds des autres dans l’étui rectangulaire de Cameron. Dans ces conditions, le tout ne peut être supérieur à la somme des parties pour tout le monde. On pense au personnage Quarritch, mais surtout à celui de Kate Winslet, dont le record d’apnée sur le tournage équivaut à peu près à son temps de présence additionné sur le film.

Le poids de la couronne

Une version longue doit bien se cacher quelque part pour rééquilibrer tout ça. Mais en l’état, on aimerait surtout qu’il y en ait moins : moins de personnages, d’enjeux, et plus d’ellipses et de hors-champ. On peut dire ce qu’on veut sur les talents de scénariste de Cameron, mais il avait toujours su écrire en cinéma. C’est-à-dire en images, sans montrer au spectateur ce qui avait besoin d’être tu.

Or, ici l’efficacité ne rime plus forcément avec essentiel, on est moins du côté du romanesque que du feuilletonesque. Cameron et son équipe se hissent en suffocant sur la marche que Matthew Vaughn enjambait sur la pointe des pieds entre Kingsman et Le Cercle d’or. Ce qui ne serait pas si dommageable en soit, si les impératifs du multivers cameronien ne s’interposaient entre le spectateur et Pandora.

C’est tout le problème au fond avec La Voie de l’eau : ses qualités sont bien trop élevées pour ne pas éclairer ses défauts plein-phares. Le spectateur et Eywa communient toujours droit dans les yeux l’un de l’autre, mais désormais à travers l’interface intrusive des ambitions sérielles de son auteur. Que l’on ne s’y trompe pas : James Cameron n’a pas menti, il vient de repousser une nouvelle fois les limites du cinéma. Mais se faisant, il vient peut-être de dévoiler les siennes.

Avatar : La voie de l’eau

Avatar : La voie de l’eau – Fiche technique

Titre original : Avatar: The Way of Water
Réalisation : James Cameron
Scénario : James Cameron, Josh Friedman
Musique : Simon Franglen
Acteurs principaux : Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Kate Winslet…
Sociétés de production : Lightstorm Entertainment et 20th Century Studios
Société de distribution : 20th Century Studios et Walt Disney Studios Distribution
14 décembre 2022 en salle / 3h 12min / Science fiction, Aventure, Fantastique, Action

Glace : de Capitaine Cône à merveille givrée

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À Dobbiston (Nord-Ouest de l’Angleterre), Howard sillonne son secteur avec un van à l’enseigne du Capitaine Cône, pour vendre des glaces. Mais sa routine parfaitement réglée va en prendre un gros coup suite à quelques imprévus…

Le secteur où Howard circule, il l’a hérité de son père. À ses yeux, ce terrain est donc sacré et il s’y accroche. Ceci dit, Howard est un indécrottable routinier qui se lève chaque matin à 7 heures, avec la sonnerie d’un réveil qui fut un modèle de design… en son temps. Mais Howard ne cherche jamais à commencer sa journée de vente avant 11 heures. On pourrait imaginer qu’entre 7 et 11 heures, il s’affairerait à élaborer ses glaces, en sortir de son congélateur pour les installer dans des bacs, nettoyer son matériel, faire le plein, etc. Puisque tout cela n’est pas évoqué, on peut imaginer que sa femme se charge de l’essentiel de ces taches (ils n’ont pas d’enfants qui pourraient accaparer son temps et son attention). En fait, Howard consacre le début de sa matinée aux mots croisés proposés par le journal local, dont une grille cryptique (spécialité britannique dont un exemple non traduit est présenté en fin d’ouvrage, sans les solutions !). Il passe aussi au musée local où il retrouve son ami Jasper qui ne croule pas sous les occupations au vu de la faible fréquentation du lieu. Jasper a bien tenté le coup du calendrier avec des poses nues, mais sans gros succès. Il faut dire qu’avec sa bedaine de buveur de bière et son crâne bien dégarni, il ne fait pas franchement sexy. Ancien président du secours en montagne de Dobbiston, Jasper a quelques manies de célibataire et une obsession : rendre à la région son seul pic déclassé au rang de colline sur décision gouvernementale. Avec Jasper, Howard fait le point sur leur avancée des mots croisés du jour et il commente l’activité d’Alex, la nouvelle stagiaire du musée. Jeune, fraiche et enthousiaste, Alex fait bonne impression à Jasper qui envisage de lui confier quelques-unes de ses théories.

Les glaciers et leurs territoires

Si Howard et Jasper s’entendent bien, c’est parce que tous deux sont à leur manière des losers qui se contentent d’une petite vie sans avenir. Ce gentil petit ordonnancement va se trouver bouleversé par un imprévu qui va vite prendre des proportions franchement inquiétantes. En effet, sur la parcelle qu’Howard considère comme son bien inviolable, il observe à l’occasion un autre vendeur de glace dans un van. Rapidement, il arrive à la conclusion que ce vendeur de glaces agit pour le compte de son demi-frère Tony Augustus, lui aussi glacier, mais très ambitieux et sans scrupules, ce qui se lit sur son visage (alors que celui d’Howard est plutôt placide).

Un roman graphique à déguster

Avec son format moyen (24,8 x 17,6 cm pour 176 pages non numérotées), Flake (titre original) a le don de surprendre l’air de rien, par un humour du genre pince-sans-rire qui lui a valu d’être nominé dans la sélection Meilleur Nouveau Roman Graphique aux Eisner Awards 2021. Le seul fait d’imaginer un empire de glaciers en Angleterre prête à sourire quand on connaît le climat du pays (une température de 21°C est ici qualifiée de canicule). Ensuite, le scénario est construit essentiellement sur des petits riens qui pourraient laisser penser qu’il s’agit d’une œuvre mineure se consommant avec plaisir mais rapidement, un peu comme une glace, rafraîchissante mais vite oubliée. Il n’en est rien, car son dessinateur-scénariste-coloriste Matthew Dooley s’y entend pour y glisser bon nombre de détails significatifs et tisser une ambiance assez inimitable que je qualifierai de douce-amère. Ainsi, les couleurs sont de type pastel et les personnages dessinés d’un trait net mais sans fioritures. Quant aux décors, s’ils se révèlent souvent minimalistes, il ne faudrait surtout pas les négliger, car on y observe par exemple quelques affichages qui valent le coup d’œil et contribuent à établir l’ambiance générale et faire sentir les personnalités des uns et des autres. De même, la coiffure d’Alex n’est qu’esquissée, mais elle contribue au dynamisme et au charme du personnage. D’ailleurs, quand la femme d’Howard apprend qu’il s’agit d’une jeune femme, avec qui il a fait un tour sans prévenir personne, elle fait une crise de jalousie en réalisant qu’Howard avait négligé de la détromper en constatant qu’elle pensait que le prénom désignait un jeune homme.

Entre mer et montagne

Les péripéties s’accumulent et font monter la tension, en particulier entre Howard et son demi-frère Tony. Celui-ci ne s’est pas gêné pour faire comprendre à Howard qu’il pourrait s’approprier son territoire comme il le voudrait. Howard sent donc Tony derrière tous les mauvais coups qui lui tombent successivement sur la tête. Son caractère de loser apparaît nettement quand on comprend qu’il admet qu’il n’y a rien à faire contre tout cela. Il faudra une intervention du destin pour lui faire remonter la pente et prendre sa revanche. C’est certes un peu tiré par les cheveux, mais présenté avec suffisamment d’humour et de finesse pour qu’on s’en délecte. Surtout, on apprécie que tous les éléments mis en place par le dessinateur chapitre après chapitre interviennent d’une manière ou d’une autre dans l’orchestration de ce retournement de situation. Au passage, on apprécie tous les ingrédients qui nous font sentir l’ambiance de ce coin perdu d’Angleterre et l’état d’esprit général des habitants, même s’il s’agit bien évidemment d’une fiction. L’auteur évite les bavardages et le texte inutile, préférant varier les tailles de ses vignettes ainsi que les cadrages, pour faire sentir les états d’âme de ses personnages et l’absurdité de certaines situations. Le meilleur intervient à mon avis quand Howard se trouve au plus bas et que l’intervention de Jasper et ses collègues des secours en montagne tente de le tirer d’un mauvais pas… à la mer.

Glace, Matthew Dooley
Presque Lune (collection Lune Froide), juin 2022
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3.5

« Nom » de Constance Debré : On ne choisit pas sa famille

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Il y a quelques mois, Constance Debré publiait son troisième roman aux éditions Gallimard. Situé à mi-chemin entre la chronique d’une généalogie familiale dysfonctionnelle et le récit autobiographique, Nom s’affirme comme un roman aussi décapant que déroutant. À l’audace de l’auteur, qui prône la destruction du nom de famille en tant que marqueur social inégalitaire et vecteur d’enfermement dans une identité de groupe, répond un propos plus ambigu. En résulte une œuvre inégale où le rêve libertaire est tué dans l’œuf par un récit aux accents plus bourdieusiens que rimbaldiens.

« Mon nom est personne »

« Mon nom est personne ». Cette phrase ne vous dit peut-être rien (ou presque). Prononcée par un certain Ulysse à un cyclope un peu trop curieux (et naïf), la formule qui a fait des émules jusque dans le western spaghetti – My Name is nobody (1973) – avec Terence Hill (non, ce n’est pas une blague) atterri aujourd’hui dans les mailles du nouveau roman de Constance Debré. Sobrement intitulé Nom, le dernier-né de l’écrivain navigue entre chronique familiale et récit de soi à la première personne. L’ancienne avocate reprend la recette autobiographique qui avait fait le succès de Play Boy (2018) et Love me tender (2020).

Nom s’inscrit plus du côté de Vallès que de Nathalie Sarraute. L’écrivain dresse le portrait d’une famille dysfonctionnelle où l’absence de cadre parental rime avec défonce infernale. Jusque-là, rien de bien original. Des écrivain.e.s qui règlent leurs comptes avec leurs ascendants, dans des livres au ton assassin, la littérature en regorge. L’exercice est même devenu un genre à part entière, une sorte d’étape obligée pour accéder au statut d’auteur.trice qui se respecte. Les origines sociales n’y changent rien. Elles auraient plutôt tendance à confirmer la règle. Le retournement des valeurs bourgeoises et aristocratiques constitue quasiment un indicateur de bonne santé littéraire – quand il ne motive pas tout simplement la vocation d’écrivain.

Constance Debré construit, en somme, un récit double. Ses souvenirs d’enfance s’entremêlent à la reconstitution d’une généalogie familiale où les temporalités et les expériences s’entrechoquent en permanence. À la chronique quasi sinistre d’une cellule familiale en complète perdition s’accompagne celui de la mort du père. Constance Debré relate, avec un style neutre privé d’emphase, les derniers instants pathétiques d’une figure paternelle aussi incomprise qu’admirée. Derrière l’indifférence amusée à la Meursault que se plaît à singer l’auteur se révèle une tendresse dépouillée de tout pathos. On dit que les apparences sont parfois trompeuses. Le roman vérifie le dicton. L’écrivain ne réussit qu’en partie à déconstruire le vernis d’apparat qui entoure ses illustres ancêtres. La déconstruction des valeurs de la (et de sa) famille n’est-elle pas nécessairement tuée dans l’œuf ? Critiquer n’est-ce pas aussi rendre hommage ? Entre la mise au ban et la mise sur un piédestal : la frontière s’avère toujours mince – surtout lorsqu’il s’agit de décrire ce qui nous a construit.

Tout le monde (ou presque) a déjà – au moins une fois – entendu parler de la famille Debré. De toute évidence, Constance Debré possède un nom lourd de symboles. Chez elle, le règlement de compte prend une dimension aussi bien sociologique que personnelle. En revenant sur la généalogie familiale, c’est un peu comme si l’écrivain tentait d’exorciser l’héritage qu’il suppose. Si Proudhon voulut en son temps abolir la propriété privée, Constance Debré s’attaque aujourd’hui aux biens immatériels, en désirant la disparition totale du nom de famille. Pour elle, il est nécessaire de s’en détacher. Car, en supposant nécessairement une appartenance, et plus précisément une identification, le nom de famille entraîne paradoxalement, pour l’écrivain, une certaine forme de dépersonnalisation. En d’autres mots, posséder un nom, c’est d’une certaine façon être dépossédé de soi, n’être plus le propriétaire de sa personne mais du nom auquel celle-ci est rattachée (et nommée). Il faudrait, en somme, se détacher autant que faire se peut de son nom afin d’aller à la rencontre de soi. Belle phrase mais qui sonne un peu trop psychologie positive hautement naïve pour être tout à fait prise au sérieux.

Car, à l’heure actuelle, et après plus d’un siècle d’études socio-économiques, peut-on réellement affirmer qu’il possible de s’émanciper – voir d’échapper à son nom de famille (si ce n’est à elle tout court) ? Constance Debré nous raconte sa métamorphose. Celle d’une avocate au pénal, mariée et mère de famille, qui décide de tout quitter du jour au lendemain, préférant la vie de bohème de l’écrivain sans le sou à l’étroitesse du conformisme bourgeois. Alors qu’elle cochait a priori toutes les cases de la réussite sociale, l’ancienne enfant prodige sape sciemment les valeurs et autres attentes familiales, choisissant la marge à la norme. Néanmoins, ce modèle de plasticité interroge. Est-il aussi subversif qu’il prétend être ? Constance Debré n’est pas totalement naïve. S’il est nécessaire de s’émanciper de son nom, le chemin qui y mène ne débouche pas sur une totale liberté. On ne se défait pas aussi facilement de l’héritage familial et de l’« habitus » qu’il suppose. L’écrivain a été élevé dans un milieu social qui lui transmis une disposition d’esprit, une attitude et une manière d’être dont elle n’est que trop consciente.

C’est là que le propos de l’écrivain fait face une contradiction. Se débarrasser de son nom n’est qu’une opération sémantique un peu vaine si elle n’est pas suivie, voire précédée, d’une déconstruction méthodique de l’habitus qu’il présuppose. Tout le monde n’a pas l’opiniâtreté d’un Édouard Louis. Nom suscite une certaine perplexité. Constance Debré réveille le vieux topos du poète maudit. Son récit semble s’inscrire dans le mythe éculé de l’écrivain révolté, parce qu’ayant renoncer aux biens matériels de ce monde. La performance textuelle du « voyez comme je suis libre » sonne un peu faux, du moins, peine à prise au sérieux.

Le nom des gens

« Avec n’importe quels parents, j’aurais écrit le même livre. Avec n’importe quelle enfance. Avec n’importe quel nom. Je raconterai toujours la même chose. »

Nous avons choisi cet extrait car il exprime à lui seul le paradoxe qui habite l’oeuvre. L’auteur marche sur un fil sans que l’on sache réellement quel est le fond de sa pensée. Le récit voudrait nous faire avaler des couleuvres que Constance Debré n’avale pas elle-même tout à fait. Elle ne raconte pas n’importe quelle enfance pour la simple et bonne raison qu’elle ne vient pas de n’importe quelle famille. Si chaque famille est à sa façon dysfonctionnelle, et mériterait son propre roman, en revanche, rares sont celles qui peuvent se targuer de compter parmi elles des ministres et autres personnalités alimentant les livres d’histoire.

Si nul n’est censé ignorer la loi (du déterminisme social), le déterminisme social se tâche de la rappeler à celles et ceux qui l’ignorent. Constance Debré fait de son parcours un exemple (à suivre). Est-ce un paradoxe que de critiquer un milieu social qui vous a indirectement permis d’accéder à un statut qui vous offre la possibilité de vous émanciper ? N’a-t-on pas affaire un cercle qui tourne en rond ? L’auteur fait de son parcours de vie un exemple (à suivre). Or, sa position d’écrivain n’est qu’à demi subversive. Quand on naît dans une famille où l’on se doit de devenir quelqu’un, être avocate puis écrivain s’affirmerait presque comme une reconversion quasi « naturelle », déterminée, en outre, par un capital culturel acquis dès l’enfance. Ce faisant, la marge dans laquelle se place Constance Debré se situe dans un espace ambigu. Le seul fait qu’elle ait conservé son nom constitue un détail non négligeable qui, en résonnant avec les hauts faits familiaux, invalide la thèse de la « rupture » prônée par l’auteur en donnant raison au déterminisme d’un Bourdieu. La rupture n’est pas tout à fait consommée. Et si elle l’est, cette dernière applique alors une certaine dose de mauvaise foi à une position qui pose problème. Constance Debré s’affirme, en effet, comme une va-t-en-guerre de la littérature.

« Possible que le monde qui vient ait besoin de héros. Je me propose, c’est exemplaire la littérature, c’est pour ça que je dis Je. C’est plein de cadavres la vie de héros. Tout le monde ne peut pas. Ma sœur ne peut pas, c’est pour ça qu’elle s’est mariée et qu’elle a trois enfants et un chien. La plupart des gens ne peuvent pas. Moi je peux. C’est comme ça. »

Or, n’est pas rebelle qui veut. La vie de bohème, dépossédée de toutes attaches, n’a-t-elle pas là encore été favorisée par l’origine sociale de l’écrivain ? Vivre au jour le jour sans se préoccuper du lendemain n’est pas donné à tout le monde. Car, quoi qu’en dise l’auteur, son mode de vie affiche une pauvreté qui ne l’engage jamais du côté de la misère. Car, si un riche peut se faire passer pour pauvre, l’inverse est rarement avéré. La pose de l’écrivain gêne en ce sens qu’elle replace la littérature au cœur d’un rapport de domination. Dénonçant une « littérature bourgeoise qui parle aux bourgeois », et dans laquelle « rien ne bouge », Nom redonne, cependant, au mépris de classe ses lettres de noblesse.

« Si je vis ce je vis, si j’écris ce que j’écris, c’est parce qu’à un moment quelqu’un doit faire ce que je fais, qu’on en peut plus de la petite obscénité de la bourgeoisie et de la petite obscénité de la famille, de la petite obscénité de l’enfance. Oui, c’est contre l’obscénité de la vie lamentable que je vis comme je vis et que j’écris. C’est vivre autrement qui me ferait vomir, qui me ferait honte, ce serait m’habiller comme s’habillent la plupart des gens, lire les livres lamentables que les gens lisent, vivre comme ils vivent »

Portrait d’une bohème littéraire (et embourgeoisée)

Le projet littéraire de Constance Debré danse sur la corde de l’ambiguïté. Sa volonté de déconstruction tous azimuts se prend les pieds dans le tapis (de la mauvaise foi ?). Il est une chose de dire que la littérature est devenue un outil de pouvoir au service des puissants, il est en autre de contribuer à sa réinvention critique. La réflexion menée par l’auteur apparaît quelque peu faussée car elle oublie de s’inclure dans ce qu’elle dénonce. Sa conception de la littérature apparaît, en somme, bien plus « bourgeoise » qu’elle ne veut se l’avouer. Vouloir faire de sa vie un modèle héroïque n’implique nécessairement que la praxis littéraire soit en deçà du classique rapport de force antagonique riche/pauvre, bourgeoisie favorisée/bohème dépouillée (et fictivement prolétarisée).

« Il suffit de se souvenir qu’il y a la vie calme ou bien l’aventure. Que si c’était toujours bien l’aventure, personne ne choisirait la vie calme. Il suffit de se souvenir qu’on a choisi. »

Si l’auteur va au bout de ses convictions, son audace agace lorsqu’elle prend le fâcheux pli de réactiver de vieux stéréotypes (dont on se serait bien passés). En résulte : une vision binaire où la complexité du réel se retrouve décomposé entre, d’un côté, une vie calme et ennuyeuse faite de compromis, de l’autre, la vraie vie celle, où libéré de toutes entraves, on peut (enfin) être soi-même et faire ce qu’on veut. Une telle binarité gâte l’édifice théorique que tente de construire l’auteur – voire le décrédibilise aux yeux des lecteur.trice.s. À supposer qu’il soit possible, son idéal d’affranchissement est mis à mal par un récit qui semble reprendre malgré lui une idéologie positiviste à la « quand on veut on peut ». Il serait d’usage de terminer cette critique comme nous l’avions commencé. Flaubert disait qu’ : « Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains ». Il avait peut-être tort. À l’instar de l’auteur de Madame Bovary, Constance Debré affirme la nécessité de toucher aux idoles de la famille autant que de la sainte patrie. Pour autant, il n’est pas sûr que la dorure (et l’aura qu’elle produit) disparaisse totalement. Et cela, c’est nous qui l’affirmons.

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2.8

Joyland : Un œuvre qui met en joie

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Récompensé de la Queer Palm lors du dernier Festival de Cannes, Joyland récidive en cette fin d’année 2022 en obtenant le Grand Prix du Festival Chéries Chéris. Cette récompense réaffirme – s’il en est besoin – l’acuité critique du film. Ce dernier redonne, de fait, un coup de jeune au cinéma pakistanais en proposant une réflexion engagée sur la condition des femmes au Pakistan. Une œuvre déchirante qui touche au cœur.

Portrait d’une famille pakistanaise

Théâtre Debussy. Lundi 23 mai 2022. Une semaine après le début des festivités cannoises, le public découvrait la plus belle surprise cinématographique de Cannes. L’œuvre s’appelle Joyland et a été réalisée par le cinéaste pakistanais Salim Sadiq. Le film comprend, de fait, plusieurs sujets qui n’en sont en réalité qu’un. À travers l’évocation d’un amour impossible, l’intrigue brosse un portrait sans appel de la société pakistanaise actuelle, en offrant, au passage, une radiographie de la condition des femmes. L’intrigue débute par le portrait d’une famille pakistanaise a priori lambda. Haider (Ali Junejo) et Mumtaz (Rasti Farooq) sont mariés. Ces derniers vivent, comme le veut la tradition, dans la maison familiale d’Haider où demeurent son père malade, son frère Saleem (Sohail Sameer), son épouse Nucci (Sarwat Gilani) et leurs quatre enfants.

L’intimité du couple est prise en étau dans cette atmosphère collective étouffante. Joyland évoque, à première vue, l’histoire d’une famille pakistanaise lambda. Oui et non. Nous sommes dans un univers (hétéro)patriarcal très marqué, dans lequel la parole du pater familias ne saurait être discutée, et où le fils doit en permanence prouver à son père qu’il est un « homme viril ». Haider subit une mise au ban familiale en raison de sa personnalité. Délicat et sensible, le trentenaire s’écarte de la norme de genre. Contrairement à son frère et son autoritarisme machiste, Haider n’est pas un bon petit soldat. Il refuse la violence gratuite et se montre volontiers dégouté par les effusions de sang inutiles. Au chômage depuis plusieurs mois, Haider est devenu l’homme à tout faire de la maison, travaillant gratuitement, aux côtés de Nucchi, à la bonne gestion de l’espace domestique, tandis que sa femme Mumtaz travaille, à l’extérieur, en tant que maquilleuse.

Cette inversion des rôles de genre est de courte durée. Lorsque Haider déniche du travail, l’organisation de la maisonnée retrouve – en ce qui concerne les femmes – les chemins de la « normalité ». Car si Haider voit son quotidien s’élargir, celui de Mumtaz se retraicit nettement. Celle-ci est sommée de quitter sans délais un métier qui la passionne, par un cénacle masculin qui considère qu’il n’est pas nécessaire qu’une femme travaille (si son mari s’en charge).

Un amour impossible

Haider est forcé de cacher la réalité de son nouveau travail. Le jeune homme fait croire à sa famille qu’il supervise les spectacles d’un cabaret érotique alors qu’il est, en fait, devenu l’un des danseurs de Biba, une jeune femme trans bien décidée à s’imposer comme la reine du milieu du spectacle. Haider sait que dire la vérité lui ouvre les portes de l’opprobre paternelle et sociale. Le héros est englué dans une situation impossible. Être danseur est perçu comme une preuve d’« efféminement » et donc – selon une logique homophobe absurde –  d’homosexualité. Impensable dans une société où la démonstration de la « virilité » est une performance que l’on doit exercer au quotidien. Les choses se compliquent encore un peu plus pour Haider lorsqu’il tombe éperdument amoureux de Biba. Il est ainsi confronté à la transphobie mortelle que subit celle-ci.

Joyland s’affirme comme un réquisitoire glaçant sur la transphobie et l’homophobie qui règnent dans la société pakistanaise actuelle. Le cinéaste rappelle, de manière subtile, sans misérabilisme, que l’une et l’autre tuent encore aujourd’hui. Qu’elle soit dans le métro ou dans un cabaret, Biba est constamment menacée de lynchage. Parce qu’elle s’affirme en tant que femme, Biba risque la mort en permanence, à l’instar de l’une de ses amies, assassinée sous ses yeux. Salim Sadiq n’est pas naïf. L’homophobie intériorisée qu’il dépeint atteint, dans cette logique nauséabonde, celles et ceux qui bouleversent les rapports sociaux de sexe, à l’image de Biba.

Le cinéaste offre, avec le personnage d’Haider, une représentation salutaire de la masculinité dissidente. Ce dernier constitue l’antithèse du héros (hyper)sexualisé à la Bruce Willis, dont le physique et le comportement s’inscrivent dans le mythe risible de l’homme viril. Joyland est d’autant plus intéressant qu’il confronte des personnages dont les conceptions s’entrechoquent jusqu’à la rupture. Biba et Haider ont une vision radicalement différente des rapports qui unissent sexe et genre. Le réalisateur met en scène un Pakistan asphyxié par une logique (hétéro)patriarcale toxique.

Biba, Nucci, Mumtaz et toutes les autres

Joyland se présente comme une radiographie de la condition des femmes au Pakistan. Qu’elles soient trans, femme au foyer épuisée ou sur le point d’avoir un enfant, les trois femmes du film subissent toutes trois le joug d’une tutelle masculine (et sociale) oppressive. Le destin de Biba, Nucci et Mumtaz illustre le sort des femmes au Pakistan. Si la première parvient à se hisser en haut de l’affiche, les deuxième et troisième ne connaissent pas la même ascension. Quel est l’intérêt de décorer la maison des autres quand on peut décorer la sienne ? dit Saleem à sa femme Nucci. Cette dernière, pourtant décoratrice d’intérieur de formation, est sommée de rester à la maison par une société qui déconsidère le travail des femmes dès lors qu’il est rémunéré. Mumtaz adopte une attitude de rébellion, refusant de devenir, à son tour, une esclave domestique. Privée de son indépendance, la jeune femme choisit la radicalité plutôt que le « consentement » arraché de force, face à l’horizon bouché qui s’offre à elle.

L’œuvre rappelle à juste titre que les femmes ne sont pas dupes des rapports de pouvoir (et encore moins de l’oppression qu’elles vivent au quotidien). Ces dernières possèdent une conscience aiguë de leur condition, privées de leur indépendance comme de leur droit à disposer d’elles-mêmes comme bon leur semble. Salim Sadiq dépeint une société qui (s’)étouffe. Cette dernière semble aliénée par une logique patriarcale qui impose un idéal de masculinité et de féminité toxiques impossible à tenir pour les uns et les autres. Ne nous méprenons pas, Joyland ne fait pas le procès de la société pakistanaise. Le cinéma serait bien en reste s’il pouvait juger le monde qui l’entoure. Le cinéaste met en avant combien la société pakistanaise actuelle reste sous-tendue par un discours profondément machiste et homophobe qui brime – voir annihile – les libertés. Cette réflexion est imbriquée dans une œuvre marquée par une beauté stupéfiante où chaque scène se regarde comme un tableau de maître. Un très grand cinéaste est né.

Bande-annonce – Joyland

Fiche Technique – Joyland

Réalisation : Saim Sadiq
Scénario : Maggie Briggs et Saim Sadiq
Distribution: Rasti Farooq (Mumtaz), Alina Khan (en) : Biba, Sarwat Gilani (Nucchi), Ali Junejo (Haider), Salmaan Peerzada (Rana Amanullah), Sania Saeed (Fayyaz), Sohail Sameer (Saleem)
Musique : Abdullah Siddiqui
Photographie : Joe Saade
Montage :
Production : Apoorva Guru Charan, Sarmad Sultan Khoosat, Lauren Mann
Société de production : Production Companies, All in Caps Productions, Astrakan Film AB, Blood Moon Creative, Diversity Hire, Film Manufacturers
Sociétés de distribution : Condor

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5

Nelly et Nadine : L’amour lesbien en temps de guerre

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Deux femmes que tout paraît opposer tombent follement amoureuses dans un camp de concentration. Elles s’appellent Nelly et Nadine. Non, vous ne lisez pas le prochain scénario d’un film hollywoodien mais celui d’un (vrai) documentaire de Magnus Gertten. Projeté dans le cadre du Festival Chéries Chéris, Nelly et Nadine offre un récit de la généalogie familiale qui rend hommage aux histoires d’amour lesbiennes injustement effacées (par l’Histoire). Si le documentaire n’est pas encore sorti en France, son visionnage paraît plus que nécessaire.

Quand Nelly rencontra Nadine

1945. Noir et Blanc. Fin de la guerre. Libération des camps. Une caméra filme une foule de femmes soulagées d’en avoir fini avec l’enfer. Enfin presque. Il y en a une qui ne sourit pas en regardant l’objectif. Le visage est fermé. Pas une once d’émotion ne semble s’en dégager. A quoi pense-t-elle ? Pourquoi cette tristesse ? Magnus Gertten a longtemps cherché à répondre à ces questions – revenant sans cesse à cette femme aussi mélancolique qu’indéchiffrable. Qui est-elle ? Comment a-t-elle atterri à Ravensbrück ? Pour le savoir, direction le nord de la France, dans une ferme nichée au cœur de la campagne.

Nelly et Nadine est un documentaire en quête de son objet. Car, Magnus Gertten n’est pas le seul à se demander qui est Nadine. La petite fille de Nelly est elle aussi en quête de vérité. Ainsi, le long-métrage se transforme-t-il en enquête familiale. Sylvie Bianchi a décidé de se confronter au passé de sa grand-mère Nelly. Arrêtée en 1943 pour espionnage, Nelly Mousset-Vos – cantatrice respectée dans les années 30 – est déportée en avril 1943. C’est durant sa captivité au camp de Ravensbrück qu’elle fait la rencontre de l’avocate Nadine Hwang, fille d’un diplomate et haut fonctionnaire chinois.

L’archéologie (cinématographique) du savoir (familial)

Nelly et Nadine exhibe des archives familiales restées dans l’ombre d’un tiroir pendant des décennies. La narration épouse les découvertes de la petite-fille de Nelly qui, tel un spéléologue qui explore les recoins d’une cavité, tente de remonter le fil du passé à travers les vestiges du présent. Tout travail documentaire nécessite de décortiquer une matière brute. Celle-ci possède, dans le film, une valeur symbolique, historique et politique. La généalogie familiale et cinématographique s’appuie sur les traces laissées par Nelly – à commencer par le journal qu’elle écrit depuis le camp de Ravensbrück. De ce document ressort évidemment l’horreur d’une expérience indicible, mais également la lumière de l’inattendu, de l’inespéré – nommée Nadine. La lecture de la rencontre entre les deux, racontée par les mots de Nelly, donne à voir et à entendre l’amour dans la façon qu’il a de vous saisir – même et lorsqu’il ne (vous) paraît plus possible. Nelly et Nadine décideront, à la fin de la guerre, d’écrire l’histoire de leur rencontre. Si ce geste se solde par un refus de publication, il témoigne, cependant, de la volonté de se réapproprier le récit historique traditionnel – en l’évoquant à travers le regard de deux femmes qui s’aiment.

Un portrait du couple se dessine progressivement. On découvre des images de Nelly et Nadine dans leur appartement à Caracas au Venezuela où elles se sont installées au sortir de la guerre. On y perçoit la symbiose entre les deux, mais également une autre manière de faire société. Ces dernières vivaient leur amour en dépit des interdits sociaux et politiques qui pesaient à l’époque. Nelly et Nadine a l’élégance d’émouvoir tout en ayant la décence d’éviter une romantisation teintée de misérabilisme. S’il n’y a pas d’histoire d’amour à l’eau de rose, il n’y a pas non plus d’effacement du contexte historique qui, de fait, a permis la rencontre amoureuse. Le camp de concentration fait, ainsi, pleinement partie du film. Magnus Gertten n’omet pas non de montrer la difficulté du long travail de reconstruction de la mémoire familiale, impliqué par la déportation de Nelly.

Pallier le silence discursif au moyen d’une caméra 

Nelly et Nadine est un documentaire d’utilité publique. D’abord en tant qu’il évoque une histoire d’amour entre deux femmes, nées dans un camp de concentration – chose suffisamment rare pour qu’on omette de la mentionner. Des histoires d’amour lesbiennes nées durant la guerre, il y en a eu –, pourtant, jamais personne ne les mentionne ou presque. Se seraient-elles égarées dans les limbes de l’histoires ? N’ont-elle pas plutôt été – en grande partie – invisibilisées par l’Histoire au profit de récits plus consensuels (et respectueux des normes) ? Qui ne connaît pas l’histoire de Lucie Aubrac et de son mari résistant ? Qui pour parler de celle de Claude Cahun et de sa campagne Marcel Moore, artistes et résistantes de la premières heure ?

Nelly et Nadine vient combler un manque. Le documentaire se fond dans un récit pluriel où la mise au jour des archives familiales recoupent des enjeux intimes et universels, familiaux et politiques. Deux femmes s’aiment. Elles se moquent du « qu’en dira-t-on » et décident de partir au bout du monde pour vivre leur amour. On n’invente pas une telle liberté. On lui rend hommage. Comme on rend hommage à travers elle à toutes ces femmes (et ces hommes) qui se sont aimées et n’ont pu vivre cet amour tel qu’elles l’auraient voulu, empêchées par la bêtise d’une société toujours en guerre contre ce qui lui fait peur.

Bande-annonce – Nelly et Nadine

Fiche technique – Nelly et Nadine

Réalisation: Magnus Gertten
Scénario: Magnus Gertten
Photographie: Caroline Troedsson
Montage: Jesper Osmund, Phil Jandaly
Son: Are Åberg, Krister Johnson, Jørgen Meyer, Audun Røstad, Katarzyna Maria Wieczorek
Musique:  Marthe Belsvik Stavrum
Production: Ove Rishøj Jensen (Auto Images)
Durée: 1h32
Sortie : Prochainement

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4

Quand Guillermo Del Toro conte Pinocchio

Il est coutume dans le cinéma de Guillermo Del Toro d’avoir des histoires teintées de beauté et de noirceur. Ceci dit, avec l’oeuvre de Carlo Collodi, le créateur de La forme de l’eau parcourt la voix de l’innocence avec une sensibilité et une douceur nouvelles. Un triomphe certes mais plus encore.

L’enfance est un thème des plus élémentaires dans le cinéma du cinéaste mexicain, tant dans ses réalisations que dans ses productions. De L’Echine du Diable au Labyrinthe de Pan en passant par L’Orphelinat ou Mama pour les productions, le point de vue enfantin sur les monstruosités environnantes contrebalance l’obscurité par la candeur. Ici pas de créatures d’outre-tombe ou de fantômes mais l’horreur de la guerre, de la cruauté humaine et du deuil.

Il est bon de rappeler une fois encore qu’il ne s’agit pas d’une énième relecture que l’on connaîtrait par coeur mais plutôt de revisiter, d’inventer et d’innover sur des thématiques fidèles au réalisateur.

Avec Pinocchio, Guillermo Del Toro a pris soin de travailler son imaginaire au lieu d’illustrer mot pour mot ce qui a déjà été fait. A partir de là, le cinéaste plonge le conte dans une Italie fasciste, sombre, où le deuil est omniprésent tout au long de l’histoire, de la première à la dernière pomme de pin. Une façon bien singulière et propre au réalisateur de donner vie aux tribulations du pantin de bois. L’ajout de la stop-motion (qui est d’une esthétique juste sublime) rajoute à cette singularité, comme une empreinte visuelle qui accompagnerait l’imaginaire des petits et des grands à l’instar des illustrations de vieux livres de contes.

Il y a de la beauté dans la mort

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Au-delà de l’histoire elle-même, l’œuvre est un véritable poème sur la mort, taillée au travers du regard d’un enfant pour diriger l’ensemble avec une ombre bercée par la légèreté de l’innocence. Même quand l’au-delà se présente, l’esthétique est douce et le décor surnaturel s’installe comme la représentation onirique d’un rendez-vous avec la mort. Des grains de sable plus bleus que la nuit, une chimère funeste mais semblable à une amie et le temps qui s’écoule, telle est l’incarnation de la mort qui au final ne demande rien d’autre que d’être un hymne à la vie.

Il y a une certaine fragilité dans le petit garçon de bois de Del Toro. Dégingandé et totalement insouciant par son jeune esprit, le pantin est plus humain que les humains eux-mêmes. Entre tendresse et désobéissance, l’enfance si bien représentée par le personnage de Pinocchio sera mis à dure épreuve dans cette ère fasciste et encline à la remise en question, à l’incompréhension des lois et des poids de la vie comme avec cette notion de fardeau que l’enfant de pin assimilera comme une tristesse à effacer par un sacrifice d’amour. Car ici il est aussi question de ça, de l’amour d’un fils pour son père et de l’amour d’un père pour ce nouveau fils quitte à abandonner l’emprunte laissée par le premier.

Il a fallu attendre 15 ans pour découvrir cette virtuose version du mythe de Collodi, doré d’une véritable texture, d’une sensibilité et d’une atmosphère tactile, propre à l’image du réalisateur qui se dégage dans tous les aspects de la réalisation. Guillermo Del Toro offre le plus idéal des films de fin d’année en sonnant les valeurs fondamentales de la période de Noël à savoir cette notion d’identité, l’idée de rester soi même, d’être aimé pour ce que l’on est, et l’importance de la famille. Une croyance essentielle et importante pour le créateur du Cabinet des curiosités qui fera de Pinocchio un véritable chef d’œuvre du cinéma d’animation et restera pendant longtemps dans les cœurs du plus petit au plus grand des cinéphiles.

Bande annonce – Pinocchio

Fiche technique

  • Réalisation : Guillermo Del Toro et Mark Gustafson
  • Distribution : Gregory Mann, Ewan McGregor, David Bradley, Tilda Swinton, Christoph Waltz, Cate Blanchett,…
  • Scénario : Guillermo Del Toro et Patrick McHale d’après Les aventures de Pinocchio de Carlo Collodi
  • Décors : Samantha Levy et Laura Savage
  • Direction artistique : Andy Berry et Robert DeSue
  • Photographie : Frank Passingham
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Sociétés de production : Netflix, ShadowMachine
  • Genre : animation, fantaisie
  • Durée : 114 min
  • France – 09 décembre 2022

5 choses que vous devez savoir sur les pneus

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Dans le monde de l’automobile, la bande de roulement des pneus est essentielle à avoir sur votre voiture car elle assure la traction de votre véhicule. Si vous n’avez pas assez de bande de roulement sur vos pneus, alors vous risquez d’avoir du mal à conduire en toute sécurité ! Contenant toutes les informations importantes sur les pneus et sur la façon de vérifier si vous avez besoin d’un nouvel ensemble, cet article est parfait pour quiconque conduit ou envisage de conduire un véhicule à l’avenir.

Que faut-il savoir sur un pneu ?

Vous devez être conscient de trois choses lorsque vous décidez si vous avez besoin de nouveaux pneus : l’usure de la bande de roulement, l’exposition aux éléments et l’âge des pneus.

USURE DE LA BANDE DE ROULEMENT. …

POURQUOI S’INQUIÉTER DE L’USURE DE LA BANDE DE ROULEMENT ? …

EXPOSITION AUX ÉLÉMENTS. …

ÂGE DES PNEUS. …

J’AI BESOIN DE NOUVEAUX PNEUS. …

VÉRIFIER RÉGULIÈREMENT LA PRESSION D’AIR. …

QUELLE EST LA BONNE PRESSION. …

POURQUOI LE TPMS EST-IL NECESSAIRE.

Comment fonctionne un pneu ?

Lorsque vous conduisez votre voiture, les pneus au sol entrent en contact avec la route et créent une force qui pousse votre voiture vers l’avant. Le caoutchouc des pneus frotte contre la chaussée et crée des frottements. Ce frottement est ce qui fait bouger votre voiture. Le caoutchouc aide également à adhérer à la route pour que vous puissiez aller plus vite.

Les pneus sont constitués de nombreux composants différents, notamment une bande de roulement (la surface qui touche le sol), une carcasse (le plastique dur ou le métal autour de la bande de roulement) et un talon (une étroite bande de caoutchouc qui s’enroule autour de la carcasse). Le boîtier est rempli d’air comprimé. Cet air aide à s’assurer que le pneu reste gonflé pendant que vous conduisez et l’empêche d’éclater.

Le talon est important car il crée une surface lisse sur laquelle rouler. De plus, il aide à garder votre voiture en mouvement en répartissant uniformément la pression sur l’ensemble du pneu. Sans talon, vos pneus se gonfleraient de manière inégale et causeraient des problèmes avec la suspension de votre voiture.

A quoi faut-il faire attention avec un pneu ?

Usure de la bande de roulement des pneus
Lorsque vous magasinez pour une nouvelle voiture, l’une des choses que vous devez toujours garder à l’esprit est les pneus. Les pneus sont importants car ils aident la voiture à se déplacer sur la route. Ils jouent également un rôle dans la sécurité.

Une chose à laquelle vous devez faire attention avec les pneus, ce sont les indicateurs d’usure de la bande de roulement ou les barres d’usure. Ces barres d’usure sont espacées uniformément à travers les rainures principales de la bande de roulement du pneu et indiquent la quantité de pneu qui a déjà déteint et si le pneu est usé. Si vous constatez que l’un de vos pneus présente de nombreuses barres d’usure, cela signifie qu’il doit être remplacé prochainement. Et si vous voyez qu’il n’y a aucune barre d’usure, cela signifie que le pneu est encore en bon état et peut être utilisé pendant encore quelques mois ou années.

Assurez-vous donc de vérifier régulièrement la bande de roulement de vos pneus et de remplacer les pneus qui ont atteint leur date de fin de vie. Et n’oubliez pas de consulter le manuel du propriétaire de votre voiture pour savoir quand chaque type de pneu doit être remplacé. De cette façon, vous saurez exactement quand il est temps d’effectuer une mise au point ou un tout nouveau jeu de pneus.

Comment monter un pneu ?

Montage de vos pneus

1) Installez solidement la roue sur la face du moyeu.

2) Serrez correctement toutes les cosses.

4) Retirez toute accumulation de saleté entre le moyeu et la roue.

5) Vérifiez les virages ou les fissures dans la roue.

6) Installez solidement les deux talons de pneu sur la jante.

7) Évitez de rayer ou de plier les jantes en alliage lors de l’installation.

Lors du montage d’un nouveau pneu, il est important d’asseoir la roue sur la face du moyeu. Serrez correctement toutes les cosses. Retirez toute accumulation de saleté entre le moyeu et la roue. Vérifiez les virages ou les fissures dans la roue. Installez solidement les deux talons de pneu sur la jante. Évitez de rayer ou de plier les jantes en alliage lors de l’installation.

Afin de monter les pneus en toute sécurité, vous aurez besoin d’outils et de matériel : un cric, une clé à ergot, une douille d’entraînement de trois quarts de pouce (ou l’équivalent), un cliquet et des douilles, un outil multifonction (de préférence avec une clé à molette), un tournevis, un marteau/un poinçon , bloc ou blocs de banc en métal (d’au moins 1 pouce d’épaisseur), lunettes de sécurité et chandelle.

Commencez par soulever le véhicule sur la béquille afin que les roues ne touchent pas le sol. Une fois en place, utilisez le tournevis pour retirer tous les écrous de roue de chaque roue, en veillant à ne pas rayer ou endommager les jantes en alliage de quelque manière que ce soit.

pneu

Piecesauto24.com fournit une photo d’un pneu

Ensuite, à l’aide d’une douille 3/4″ ou équivalent (ou d’un multi-outil avec une clé à molette), desserrez chaque écrou de roue d’un tour à la fois jusqu’à ce qu’il puisse être facilement retiré sans avoir à utiliser la force – encore une fois en faisant attention de ne pas rayer ou endommager les jantes en alliage. Une fois que tous les écrous de roue ont été desserrés, éloignez doucement chaque roue de la carrosserie du véhicule et mettez-les de côté sur des cales pour le moment. Avec les deux pneus toujours sur leurs jantes et

Quelle est la première étape du processus de montage d’un pneu ?

Instructions pour le montage et le démontage des pneus

Dégonflez complètement le pneu en premier. …

Séparez le bourrelet supérieur avec un détalonneur.

Placez le pneu sur un démonte-pneu et lubrifiez le talon supérieur. …

Avant de monter le pneu sur la jante, nettoyez et inspectez la jante.

Que signifie monter un pneu ?

Lors du montage d’un pneu, beaucoup de gens le considèrent comme le processus d’installation du pneu sur la roue. Bien que ce soit une partie du processus de montage, il y a d’autres aspects à considérer. Par exemple, il est important de s’assurer que la roue et le pneu sont correctement alignés avant de monter le pneu afin qu’il fonctionne de manière optimale. De plus, le montage d’un pneu peut se faire de différentes manières – à la main ou avec une machine – qui varient en fonction du type de surface utilisé. En fin de compte, choisir la bonne façon de monter vos pneus dépendra de votre situation et de vos besoins spécifiques.

Combien de temps dure un montage de pneu ?

Un montage de pneu est un processus qui prend environ 40 minutes et les professionnels facturent 50 $ pour le faire. Si vous n’êtes pas du genre à avoir le temps de changer de pneus, vous pourrez vous offrir un montage de pneus si vous achetez quatre pneus neufs par an. Il s’agit d’un coût raisonnable pour les propriétaires de voitures en général et est probablement moins cher que de faire remorquer votre voiture ou de payer quelqu’un d’autre pour le faire.

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Nos Frangins de Rachid Bouchareb : mise à mort

3.5

Avec Nos Frangins, Rachid Bouchareb revient sur les événements de la nuit du 5 ou 6 décembre 1986, en choisissant de raconter l’incompréhension, l’absence, la douleur, soit les heures de silence qui ont suivi ces deux mises à mort. L’espace du film est aussi feutré qu’étouffant, percé de larmes et de questions. Seules les images d’archives se tournent vers l’ampleur de la foule, toutes les autres scènes sont intimistes, révélatrices d’une violence d’autant plus grande qu’elle éclate en marge, presque comme une erreur.

Foule et fantômes

Nos Frangins commence par une scène de liesse, une foule, des manifestations, un esprit de corps. De nombreuses scènes d’archives viendront ponctuer le montage du film comme pour mieux l’ancrer dans la sidération telle qu’elle a été vécue. Le calme sera à chercher ailleurs, vers cet employé de la morgue qui redonne aux corps anonymes un prénom, un adieu, une existence. Après cette ouverture entre foule et fantômes, c’est vers l’intime que se tourne Rachid Bouchareb, le réalisateur. On découvre Malik Oussekine par une voix sur son répondeur, son appartement, quelques objets et, surtout, à travers les voix et l’inquiétude de son frère (magistrale Reda Kateb) et de sa sœur (Lyna Khoudri). De même du côté d’ Abdel Benyahia dont on découvre le père (Samir Guesmi, impeccablement empêché), manipulé, et le frère, libéré et rabaissé (« vous devez les remettre dans le droit chemin »). Face à eux, la figure de l’autorité (Raphaël Personnaz), toute de noire vêtue, presque une silhouette dans une nuit sans lune. On pense aux figures policières telles qu’elles étaient représentés dans les caricatures de mai 68.

Violence

L’autorité en question, c’est la police donc, esquissée tout du long comme une menace. On la voit venir, de loin, elle perce le silence de la nuit et s’impose comme un groupe qui s’oppose à un autre. Les policiers de la brigade mobile sont décrits ici comme des lions en cages, ce sera les mots de l’un d’eux en audition, que l’on garde toute la journée enfermés, avant de les jeter dans les rues. Rachid Bouchareb les rend reconnaissables, dès le début, par le bruit de leurs motos qui fendent la nuit. A l’aide d’un montage ultra découpé, il reconstitue les événements de la nuit d’Abdel. La violence n’éclate pas directement, mais son résultat, un corps mort et méconnaissable, est connu dès le début. Nos Frangins compte plutôt montrer comment ces deux morts interviennent au cœur d’un évènement sans que ses protagonistes aient cherché à en faire partie. Le film raconte l’attente des familles, leurs craintes, leur combat aussi pour connaître la vérité. Il montre aussi comme, en l’absence d’éléments tangibles ou dans un pays qui ne leur donne pas la parole, ce combat est empêché, minimisé.  Cette manière de faire un pas de côté en étant non pas au cœur de l’évènement mais dans ses conséquences en chacun des proches des victimes, rend l’injustice d’autant plus flagrante.

Dépossédés

Après leurs morts, Abdel et Malik sont comme dépossédés de leurs identités. C’est pourquoi les scènes à la morgue, douces et cruelles, contrastent tant. On entend ainsi un policier dire « ce n’est pas le bon corps », confusion entre Malik et Abdel qui, morts tous les deux de violences policières, seront cachés pour éviter les débordements. Que faire alors ? Regarder les autres, leur rendre leur identité, tenter de les comprendre. Or, ils ne sont plus là pour parler d’eux, justifier leurs choix, comme cette conversion au catholicisme que Malik entreprenait et que son frère découvre, comme une deuxième mort presque. Le réalisateur filme ces deux morts tragiques et injustes avec une extrême sobriété. D’un côté les policiers et hommes politiques qui doivent prendre des décisions, de l’autre la liesse de la rue, et, entre tout ça, l’inimitié des familles. Dans cette reconstitution très attachée aux faits, il y a énormément d’images d’archives, la mise en scène est très, voire parfois trop, discrète. Elle a cependant le mérite de montrer l’impuissance, le débordement d’une violence injuste et d’une justice qui manipule. L’IGPN en la figure du policier interprété par Raphaël Personnaz est montré comme un pantin dont on tire les ficelles, et qui se trouve toujours non loin du siège éjectable. Les peines annoncées à la fin du film montrent bien le pouvoir de nuisance de cette soi-disant justice. Le rapprochement final que fait le réalisateur avec la gestion policière de la crise des Gilets Jaunes laisse entrevoir là où il voulait en venir et quelle place le souvenir de ces deux mises à mort doit prendre encore aujourd’hui dans nos mémoires collectives.

Nos Frangins : Bande annonce

Nos Frangins : Fiche technique

Synopsis : La nuit du 5 au 6 décembre 1986, Malik Oussekine est mort à la suite d’une intervention de la police, alors que Paris était secoué par des manifestations estudiantines contre une nouvelle réforme de l’éducation. Le ministère de l’intérieur est d’autant plus enclin à étouffer cette affaire, qu’un autre français d’origine algérienne a été tué la même nuit par un officier de police.

Réalisation : Rachid Bouchareb
Scénario : Rachid Bouchareb, Kaoutder Adimi
Interprètes : Reda Kateb, Lyna Khoudri, Raphaël Personnaz, Samir Guesmi, Laïs Salameh, Adam Amara, Wabinlé Nabié
Photographie : Guillaume Deffontaines
Montage : Guerric Catala
Durée : 1h32
Date de sortie : 7 décembre 2022
Genre : Drame
Distributeur : Le Pacte

« Le fil de l’Histoire » se penche sur le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis en 1939-1945

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La collection « Le fil de l’Histoire » des éditions Dupuis accueille trois nouveaux albums consacrés à la Seconde guerre mondiale. Fabrice Erre et Sylvain Savoia s’attachent à décrire les décisions et actions du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis, tous trois engagés dans un conflit mortifère.

Un même fait historique peut donner lieu à des interprétations et des conséquences diamétralement opposées, selon le point de vue adopté. Si l’on s’intéresse plus spécifiquement au Japon et aux États-Unis durant la Seconde guerre mondiale, les attaques aéronavales de Pearl Harbor ou les bombes nucléaires larguées sur Hiroshima et Nagasaki constituent à cet égard deux exemples édifiants. Pour les Japonais, les premières portaient une promesse de grandeur que les secondes sont venues étouffer sous les corps de dizaines de milliers de victimes. Les Américains ont quant à eux d’abord été contraints à la guerre, sortant ainsi d’un isolationnisme relatif, avant de sonner le glas de l’obstination nippone en recourant au spectacle terrifiant des champignons atomiques. Ces histoires ne sont pas les seules à se croiser et s’enrichir à travers les différents albums de la collection « Le fil de l’Histoire » traitant des années 1939-1945. Il en va ainsi des bombardements sur les villes anglaises et allemandes, du débarquement de Normandie ou des conflits armés sur les îles du Pacifique.

Toujours concis et documentés, les trois albums qui nous intéressent dressent un état des lieux des principales politiques et offensives menées dans le cadre de la Seconde guerre mondiale tant au Royaume-Uni qu’au Japon ou aux États-Unis. Le grand empire européen est déclinant à l’aube des années 1940. Il verra d’ailleurs les forces de l’Axe exploiter son immensité territoriale en attaquant dans l’Afrique septentrionale ou aux abords des Indes britanniques. Ces dernières sortiront définitivement du giron colonial en 1947, quelques mois après la fin du conflit. Le Japon, bien plus développé que ses voisins proches, mène une guerre féroce contre la Chine dès 1931. Cette dernière s’appuie sur la politique du hakko ichiu, qui vise à regrouper sous un même toit les différentes nations asiatiques. Victime de l’embargo des Américains, pourtant réticents à s’impliquer dans la Seconde guerre mondiale, l’archipel va s’allier aux Italiens et aux Allemands pour contrer leur influence et poursuivre ses visées hégémoniques en Asie. De son côté, s’il a choisi de renforcer l’isolationnisme en 1935, le Congrès américain, jusque-là principalement soucieux de son industrie et du commerce, décide d’accompagner Roosevelt dans l’effort de guerre suite à l’attaque de Pearl Harbor. Au programme « prêt-bail » et à la charte de l’Atlantique succède une intervention militaire plurielle et massive.

Fabrice Erre et Sylvain Savoia énoncent parfaitement certains traits constitutifs de la Seconde guerre mondiale. Les Britanniques apparaissent à la fois protégés et diminués par leur situation géographique. Les Japonais peuvent compter sur l’abnégation sans faille de leurs soldats et de leur population civile, prêts à se sacrifier au nom de la cause défendue par l’Empereur Hirohito, y compris à Iwo Jima ou Okinawa. Les Américains entrent dans la guerre à reculons mais finiront par organiser la fabrication massive d’engins et d’armes de guerre, avant de constituer un réseau d’institutions (ONU, Bretton Woods…) en harmonie avec leur vision du monde et l’influence qu’ils cherchent à y exercer. La bataille des Ardennes, les opérations Husky, Jubilee ou Torch, les deux fronts sur lesquels s’épuisent les forces allemandes, le projet Manhattan ou encore le traitement des prisonniers de guerre par les Japonais (chantiers consommateurs en vies humaines, femmes de réconfort, laboratoires clandestins…) figurent tous en bonne place dans ces albums dont la principale finalité demeure didactique.

Comme à l’accoutumée, des dossiers informatifs complémentaires se trouvent en appendice des ouvrages. Les auteurs y présentent des personnalités marquantes, des repères chronologiques et des événements capitaux. S’il faut une nouvelle fois saluer la qualité pédagogique de ces bandes dessinées historiques, on peut toutefois regretter le contrepoids des simplifications qui y sont opérées. L’exemple le plus symptomatique se trouve probablement dans l’évocation des deux bombes atomiques, dont l’usage est présenté comme une condition sine qua non de la capitulation japonaise dans un contexte où l’opinion publique américaine se retournait peu à peu. Il n’aurait pas été inutile d’y apporter de la nuance, considérant que nombre de personnalités, historiens ou auteurs, tels que Dwight Eisenhower, Tsuyoushi Hasegawa ou Harry Bernas, accueillent avec une grande circonspection cette lecture des faits. Bien que cela méritait d’être relevé, les trois albums n’en restent pas moins précieux pour qui entend s’éveiller aux principaux événements de la Seconde guerre mondiale.

Le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino
1939-1945
Le Japon dans la guerre jusqu’au bout
Les États-Unis débarquent
Le Royaume-Uni, dernier rempart de Europe
Fabrice Erre et Sylvain Savoia
Dupuis, novembre 2022, 48 pages

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3.5

La « Critique de la raison pure » vulgarisée en manga

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Studio Artworks et les éditions Soleil s’attellent à une entreprise qui n’a rien d’une sinécure : vulgariser l’œuvre-phare du philosophe prussien Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, qui a réhabilité la métaphysique tout en révolutionnant la pensée occidentale, alors soumise à un schisme entre le rationalisme continental et l’empirisme anglo-saxon.

Il aura fallu onze années à Emmanuel Kant pour achever sa Critique de la raison pure. Pour pointer les limites de la cognition humaine. Pour réconcilier une épistémologie – l’une des deux grandes branches de la philosophie, avec l’ontologie – divisée entre le rationalisme continental et l’empirisme anglo-saxon. Les tenants du second accusaient alors les premiers de nager en plein doctrinarisme. Ils postulaient qu’on ne peut connaître que ce que l’on peut expérimenter. Ils distillaient un scepticisme bientôt porté à incandescence par David Hume, dont les réserves sur la causalité obligeront Emmanuel Kant à sortir de son « sommeil dogmatique ». C’est ainsi que l’intellectuel donnera naissance au criticisme, un examen minutieux et approfondi de la raison.

Sensibilité, entendement et raison sont les trois piliers de la démonstration d’Emmanuel Kant. Le manga les effeuille à la faveur des leçons prodiguées par une enseignante à ses élèves. À la perception des objets succède, selon le philosophe prussien, leur conceptualisation. Ce dernier introduit par ailleurs une connaissance a priori, nécessaire et universelle, et indépendante de l’expérience, ainsi qu’une autre a posteriori, basée sur les informations empiriques. Il ajoute les notions de jugement analytique – « la balle est ronde » – et synthétique – porteur de nouveaux concepts, qui ne sont pas contenus dans le sujet lui-même : la balle peut par exemple aussi briller. Mais la véritable révolution copernicienne réside évidemment ailleurs : les auteurs reviennent abondamment sur le fait que l’objet est désormais, dans la philosophie critique kantienne, assujetti à la connaissance, et non l’inverse.

Selon Emmanuel Kant, la nature de la raison humaine consiste à rechercher un objet inconditionné permettant d’unifier et de systématiser les connaissances. C’est par ce biais, ainsi que par l’identification d’une « chose en soi » opposée aux « phénomènes » perceptibles, qu’il va renouer avec une métaphysique qui tombait en désuétude intellectuelle. Cette adaptation de la Critique de la raison pure n’omet pas non plus de présenter les lois morales et pratiques, les antinomies kantiennes, le libre arbitre, les impératifs catégoriques pouvant être érigés en lois universelles et les impératifs hypothétiques conditionnés à l’expérience et aux spécificités de chacun. Les reformulations, relativement nombreuses, sont utiles pour défricher un terrain théorique des plus plantureux. Pas à pas, les auteurs guident ainsi le lecteur dans les profondeurs de la philosophie d’Emmanuel Kant, en veillant à ne pas les égarer ni les charger de concepts accessoires. Pari relevé, non sans peine.

Emmanuel Kant – Critique de la raison pure, Studio Artworks
Soleil, novembre 2022, 192 pages

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3.5

En bref : La Vérité nue, Demain et Nota Bene : La Mythologie grecque

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Retour sur quelques parutions récentes : les seconds tomes de La Vérité nue et Demain, ainsi que l’album Nota Bene consacré à « La Mythologie grecque ».

La-Verite-nue-critique-bdLa Vérité nue (tome 2). La collection « Pataquès » des éditions Delcourt a pris l’habitude de satiriser nos sociétés modernes, de monter en épingle ses incongruités, de forcer le trait jusqu’à la rupture de mine. En cela, le second tome de La Vérité nue s’inscrit pleinement dans les pas de Métro Boulot Boulot ou Vivons décomplexés. Le scénariste et dessinateur James se moque du wokisme à travers une écologiste louant un bus plutôt qu’un SUV afin de privilégier les transports en commun. Il met en scène un plateau télévisé devenu bien trop familier, où un coiffeur est invité à s’exprimer sur la pandémie de Covid-19 avant qu’un épidémiologiste ne fasse de même… mais sur le retour à la mode de la coupe mulet. Ailleurs, c’est un essayiste publiant un ouvrage sur la décroissance et espérant paradoxalement en vendre le moins d’exemplaires possible, le burn-out parental savamment décliné en quelques vignettes, la novlangue inclusive et non discriminante tournée en ridicule, une redéfinition des vacances modernes, où l’ordinateur portable remplace les ballons de plage. Cette vérité mise à nu, c’est celle de nos paradoxes, parfois grotesques, de nos mœurs, souvent corsetées, le tout traduit sur des planches uniques et autonomes. Une vérité qui se consomme d’une traite, le sourire aux lèvres, les animaux anthropomorphes charriant nos habitudes et modes de vie, familiaux comme professionnels, avec une vraie science du comique. Taquin, volontiers cynique, James s’illustre aussi en mettant en scène nos multiples vulnérabilités – par exemple par le biais d’un personnage pathétique, déposant une plainte contre la vie auprès de la police, au motif de « violence psychologique ».

La Vérité nue (tome 2), James
Delcourt/Pataquès, octobre 2022, 104 pages

Demain-avisDemain (T.02). Le second acte de Demain paraît aux éditions Delcourt. Léo, Rodolphe et Louis Alloing continuent d’alterner entre deux trames narratives aux liens encore lâches. La première nous plonge dans un avenir dystopique, où la loi semble suspendue et le désastre écologique, matérialisé par les déjections de plastique que des vers géants abandonnent à la surface des mers. Fleur, en connexion télépathique avec Joe, un adolescent appartenant à une réalité alternative, est enlevée par des trafiquants mais sauvée, au terme d’une séquence nerveuse, par Kirk, qui voit en elle une substitution de sa sœur disparue. Dans son monde, les pollutions aquatiques forment des îlots de déchets sur lesquels des naufragés vivotent dans une extrême précarité. Dans celui de Joe, il est plutôt question d’un passage clandestin vers une terre mystérieuse, qui n’apparaît au jeune homme qu’après un jeu de piste aux airs de théorie du complot, pour reprendre les termes du professeur de sociologie auprès duquel lui et ses amis prennent conseil. Pirates, villes flottantes, murs gigantesques scindant l’horizon en deux, l’univers de Demain est à la fois riche et opaque, de ses détails comme de ses zones d’ombre. On pourra peut-être lui reprocher un manque de personnalité, surtout sur le plan graphique, mais rien qui soit de nature à gâcher le plaisir de lecture.

Demain (T.02), Léo, Rodolphe et Louis Alloing
Delcourt, novembre 2022, 48 pages

Nota-Bene-avisNota Bene : La Mythologie grecque. Le vidéaste Benjamin Brillaud s’associe à Mathieu Mariolle et Phil Castaza à l’occasion d’un nouvel album d’éducation historique. Dans une démarche similaire à celle poursuivie sur sa chaîne YouTube, il s’attache à vulgariser des faits mythologiques en usant d’un médium moderne, ici la bande dessinée, et en insufflant aux récits démystifiés ce qu’il faut d’humour et de didactisme pour que les informations circulent avec efficacité et légèreté. S’il est difficile de livrer tous les secrets de Gaia, Zeus, Héraclès ou Persée en une cinquantaine de planches, les trois auteurs parviennent à un compromis des plus satisfaisants : ils mènent le lecteur de la genèse de la Terre, avec Gaia et Eros, jusqu’aux Titans et Géants, puis s’attachent à décrire les pérégrinations de Cronos, Zeus, Jason, Hercules, Prométhée, Pandore ou Talos. En chemin, on découvre le mont Olympe, les Enfers selon Virgile, les Champs Élysées, on revient sur les épisodes de la Titanomachie et de la Gigantomachie, on lève le voile sur les offrandes, sacrifices ou cérémonies (telles que les Jeux olympiques) dédiés aux divinités… Si Zeus et Héraclès occupent une place de choix dans l’album, on peut saluer l’effort de synthèse entrepris par Benjamin Brillaud et le scénariste Mathieu Mariolle. Car rien, des terribles supplices infligés par les Dieux aux grandes figures mythologiques (le Cerbère, le Centaure, Typhon…), n’est écarté de ce condensé des grands récits grecs, restitués dans des planches peu avares en clins d’œil.

Nota Bene : La Mythologie grecque, Mathieu Mariolle, Benjamin Brillaud et Phil Castaza
Soleil, novembre 2022, 56 pages