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« Seul l’espoir apaise la douleur » : Simone Veil raconte l’Holocauste

Le témoignage de Simone Veil sur les camps de concentration, enregistré en 2006 pour la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et l’INA, nous plonge dans les abîmes de la Seconde guerre mondiale. Il voit aujourd’hui le jour en format poche aux éditions J’ai lu.

Figure de proue de la vie politique et intellectuelle française, Simone Veil, rescapée de l’Holocauste, par ailleurs ancienne ministre et présidente du Parlement européen, a gravé son nom dans le marbre de l’histoire, notamment à travers une loi portant son nom et légalisant l’IVG. Quand elle est interrogée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, elle en profite pour dérouler le fil de sa vie : une enfance heureuse à Nice, la noirceur de la déportation, la résilience face à l’horreur d’Auschwitz et de Bergen-Belsen, dans un contexte où les valeurs humaines se perdent.

Issue d’une famille juive qu’elle décrit comme apaisée mais politiquement divisée, Simone Veil a vu son enfance, sereine, se fracasser sur le roc de la Seconde Guerre mondiale. Son arrestation alors qu’elle n’a encore que seize ans marque le commencement d’une épreuve aux contours cauchemardesques. Déportation dans des trains bondés dont elle décrit avec précision l’horreur, labeur forcé et harassant, faim et humiliations incessantes : c’est avec une émotion vibrante que la future étudiante à Science-Po évoque ces tourments, témoignant de l’inhumanité et de la barbarie qu’elle a dû endurer.

Dans le récit de Simone Veil, la famille n’est jamais loin. Son père est un architecte qui a souffert des lois instaurées en France pendant l’Occupation. Sa mère Yvonne lui inspire courage et force. Dans les camps, contrairement aux idées reçues, la jeune femme note l’absence de solidarité et le comportement nuisible de certains prisonniers communistes vis-à-vis des Juifs. Elle évoque aussi les privations, les sollicitations sexuelles, les actes de cannibalisme ou les rumeurs qui se répandent aussi vite que les maladies ou les poux.

Simone Veil fait montre d’une mémoire précise et se confronte à l’écueil de partager son vécu post-camp. L’ignorance, parfois l’indifférence ou les questions vexatoires, affleurent çà et là, en France comme en Suisse. Elle rappelle les assauts qu’elle a essuyés lors du débat sur l’IVG quand certains lui reprochaient un manque de cohérence, mettant sur un même plan les crimes commis par les nazis et les embryons privés de naissance par avortement.

Les paroles de l’ancienne ministre, teintées de mélancolie et d’une certaine noblesse, constituent une forme d’avertissement contre les dangers de l’oubli et de l’indifférence. À ce titre, elle s’interroge sur les archives tronquées de l’Allemagne nazie, et considère l’Holocauste à l’aune des génocides rwandais, cambodgien ou encore bosnien, épinglant ce qui les unit et surtout ce qui les sépare.

Seul l’espoir apaise la douleur est un petit livre éclairant, qui permet de mieux appréhender comment le monde a basculé dans les années 1930 et 1940. Simone Veil a vécu la Shoah avec des yeux de jeune femme, soudainement soumis au spectacle de l’horreur génocidaire. Chaque épreuve a dû être assimilée, tolérée par impuissance, enfouie sous une révolte intérieure qui transparaît clairement dans le texte.

Seul l’espoir apaise la douleur, Simone Veil
J’ai lu, janvier 2024, 224 pages

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Le Cercle des neiges : les revenants

Présenté en clôture de la 80e édition de la Mostra de Venise, Le Cercle des neiges jette un coup de froid sur Netflix en revenant sur la tragédie humaine qui a suivi un crash d’avion dans la cordillère des Andes en 1972. Ce que les médias ont qualifié de « miracle » ne l’est pas nécessairement pour les survivants. Moins sensationnaliste que les précédentes adaptations, cette dernière expérience survival dépeint la condition humaine et les limites de la foi avec une véracité saisissante.

Synopsis : En 1972, un avion uruguayen s’écrase en plein cœur des Andes. Les survivants ne peuvent compter que les uns sur les autres pour réchapper au crash.

Avec L’Orphelinat et Quelques minutes après minuit à son actif, Juan Antonio Bayona s’est rapidement imposé comme un artisan indispensable du cinéma espagnol. Si sa carrière n’est pas sans bavures (Jurassic World : Fallen Kingdom, Le Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de Pouvoir), on ne peut lui enlever un remarquable savoir-faire technique et narratif. De même, il est possible de voir en lui le prolongement de Guillermo del Toro et de Steven Spielberg, d’autres faiseurs de miracles, avec pour seule condition d’émouvoir les spectateurs. « D’abord on rêve, ensuite on cherche le sens. » Bayona ne dissimule pas le mantra (qu’il tient d’un autre réalisateur espagnol, Julio Medem) dans des promesses futiles et l’applique avec une si grande sincérité qu’elle nous agrippe en plein vol.

Seuls au monde

Retour dans la prison enneigée des Andes avec un casting beaucoup plus cohérent que celui qui compose le film de Franck Marshall, adapté du livre de Piers Paul Read, romancier choisi par les rescapés pour rapporter leur périple dans un glacier inhospitalier. C’est à présent au tour de Pablo Vierci de rendre l’ultime témoignage écrit sur les 72 jours passés dans ce lieu, aussi lumineux que le paradis mais aussi vicieux que l’enfer de Dante Alighieri. Society of the Snow, de son titre international, recueille ainsi les faits et les pensées des survivants et des morts.

C’est à Juan Antonio Bayona que l’on confie la lourde tâche de porter ces vérités à l’écran, d’où les détails minutieusement réalistes et immersifs du crash aérien ou encore d’avalanches claustrophobiques. Ce fut un véritable défi sur le plateau de The Impossible avec un tsunami vu de l’intérieur. Et c’est de nouveau le cas ici avec un récit beaucoup plus statique, mais qui présente d’autres intérêts dans la cohésion d’individus, poussés à cohabiter dans des situations extrêmes, sans vivres ni moyen de contacter les secours. Si l’anthropophagie notoire de l’événement reste dans l’inconscient collectif, le cinéaste espagnol cherche à mettre les choses au clair concernant cette pratique qui, malgré son évocation, est respectueuse des défunts. Élément pivot de l’intrigue, Bayona retranscrit astucieusement la nécessité de cette dérive de manière psychologique. Le dilemme moral est capté en courte focale sur les visages meurtris des rescapés et avec la musique de Michael Giacchino en renfort.

La lecture chronologique des événements, qui ont poussé les survivants à se rassembler autour de chaleureux poèmes improvisés, maintient l’empathie que l’on n’a pas forcément eu le temps d’apprécier dans Le territoire des loups de Joe Carnahan. La moitié du fuselage de l’avion est manquante, mais tout le monde se mobilise pour isoler cette carcasse du froid glacial qui les attend la nuit tombée. Valises et tout bout de tissu sont les bienvenus. Et dans l’attente qu’on vienne les extirper de cet antre de la folie, il s’agit bien évidemment de garder la foi, jusqu’à ce chacun arrête de tourner leur tête vers le ciel. Il ne reste plus que ces personnes dont la micro-société marche dans la même direction. Mais pour que le bon vent les ramène chez eux, chacun doit être capable de dépasser sa condition spirituelle, notamment lorsque les ventres crient famine.

Que ce soit avec Survivre (1974) ou Les Survivants (1993), le cinéma a tout mis en œuvre pour rendre hommage à l’accident du vol Fuerza Aérea Uruguaya 571. Juan Antonia Bayona livre ici une impeccable reconstitution de l’odyssée des survivants. En épousant un point de vue différent de ses prédécesseurs, il détourne cette fausse idée que l’on se fait du miracle. Les individualités ne sont pas forcément à plaindre, malgré le maigre développement des personnages, car le collectif est ce qui rassasie ce récit épique uniquement en apparence. A défaut de lancer les hostilités de 2024 sur les grands écrans, le cinéaste tire parti de ce récit qui touchera bien plus de monde sur la plateforme du N rouge. De quoi nous tenir crispés sous nos plaids encore un moment.

En attendant impatiemment l’hommage historique A sangre y fuego du même réalisateur, qui revient sur l’implosion de l’Espagne dans la guerre civile de 1936 à 1939, on se réchauffe le cœur avec Le Cercle des neiges, une ode précieuse à la résilience, à la camaraderie et à la vie.

Bande-annonce : Le Cercle des neiges

https://www.youtube.com/watch?v=vIno0SRMv5Q

Fiche technique : Le Cercle des neiges

Titre originale : La sociedad de la nieve
Réalisation : Juan Antonio Bayona
Scénario : Juan Antonio Bayona, Bernat Vilaplana, Jaime Marques, Nicolás Casariego
Photographie : Pedro Luque
Montage : Jaume Martí, Andrés Gil
Décors : Alain Bainée
Costumes : Julio Suárez
Musique originale : Michael Giacchino
Effets visuels : Félix Bergés, Pau Costa, Laura Pedro
Producteurs : Belén Atienza, Sandra Hermida, Juan Antonio Bayona
Production : Misión de Audaces Films, El Arriero Films, Netflix
Pays de production : Espagne, Uruguay, Chili
Distribution France : Netflix
Durée : 2h24
Genre : Drame
Date de sortie : 4 janvier 2024

Le Cercle des neiges : les revenants
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3.5

L’étrangère aux yeux bleus : charmante

Né à Ouelen en 1930, le Russe Youri Rythkhèou se montre particulièrement inspiré pour nous communiquer son amour pour une région méconnue située juste sous le cercle polaire et très proche du détroit de Béring, donc du territoire américain.

Sur la côte de cette bande de terre, le 21 juin 1947 (soit peu après la Seconde guerre mondiale), une jeune étrangère débarque d’un bateau navigant sur l’océan (glacial) arctique. En provenance de Leningrad, Anna Odintsova arrive dans la petite ville de Ouelen et le premier à l’accueillir est Tanat, jeune homme frappé par ses magnifiques yeux bleus, lumineux. De son côté, Anna remarque l’allure du garçon qui la guide vers un endroit où elle pourra s’installer. Grâce à Tanat, Anna explore Ouelen. Ce faisant, elle apprend à connaitre ce jeune homme qui vit dans la steppe. Tanat est un Tchouktche nomade venu à la ville essentiellement pour se ravitailler. Pour Anna l’ethnologue cela tombe bien, car elle vient étudier les mœurs des habitants du coin. En deux temps trois mouvements, elle obtient de suivre Tanat avec les siens et même de l’épouser. On comprend rapidement – car Anna tient un journal dont le roman présente un extrait de temps en temps – qu’épouser un Tchouktche était dans ses plans. En effet, elle veut s’intégrer complètement à eux. Et comme entre Anna et Tanat l’attirance est réelle, la jeune femme fait rapidement la conquête du clan auquel son mari appartient, en particulier Rinto, le père de Tanat.

Dans la steppe

Le clan auquel Anna s’intègre y vit (quelques rares films nous donnent une idée du paysage, immense et quasi désertique, donc évidemment très peu peuplé) et s’y déplace au gré des circonstances, dues essentiellement au climat, très rude en hiver. Mais Anna s’accommode de tout cela. Le vrai souci, c’est l’époque qui voit le stalinisme battre son plein. Beaucoup d’hommes soumis à ce régime font le nécessaire pour qu’il s’applique même dans ces régions reculées. Le résultat, c’est la très forte incitation à l’abandon du régime des koulaks (propriétaires terriens), au profit de l’organisation collective, soit l’abandon de la propriété privée. Très peu acceptent cette évolution naturellement, mais peu osent s’y opposer frontalement. La résistance se fait plutôt par la fuite, comme le tente la famille de Tanat et Rinto, dans des sites de plus en plus inhospitaliers. En quelque sorte, il s’agit du prix à payer pour conserver l’indépendance du clan.

Convoitise

Au-delà des considérations politiques, nous avons les considérations individuelles, car la belle Anna ne plait pas qu’à Tanat. Elle plait notamment à Atata qui est sur les traces de Rinto pour l’arrêter et le forcer à intégrer le régime communiste. Ce qui voudrait dire l’intégration de ses rennes au grand troupeau collectif du kolkhoze « L’aube rouge ».

Mœurs des Tchouktches

A noter également tout ce qui tient à la vie dans cette région difficile. Outre le climat, nous avons un certain art de vivre et des mœurs particulières. Ainsi, on apprend que si l’un des époux décède, l’autre ne se retrouve pas seul. La famille désigne celui ou celle qui prendra la place de la personne disparue. C’est ainsi qu’un homme peut devenir l’époux de plusieurs femmes ou inversement, pour des raisons de survie du clan et d’équilibre des individus qui le constituent. L’histoire prendra un tour étonnant à la suite de l’application de cette règle.

Le chaman

Personnage aux dons qu’il cultive par transmission directe (initiation), le chaman occupe une place importante dans les croyances du peuple tchouktche. Quand Anna intègre le clan, elle ne sait pas trop à quoi s’en tenir. Mais elle comprend que Rinto ne joue pas la comédie en tant que chaman. Mieux, Rinto détecte en elle le don. Quand il la sent pleinement intégrée, il lui fait savoir qu’il la choisit comme héritière de sa place de chef de clan et de ses pouvoirs de chaman (une femme et venue de l’extérieur, c’est dire l’estime qu’il lui porte). Cela passera par quelques moments très particuliers qui transformeront Anna à tout jamais.

Vie d’Anna

Le titre est donc tout à fait à la hauteur de ce qu’il peut susciter comme attentes, car le roman est bel et bien centré sur Anna qui arrive à Ouelen en étrangère. En effet, pour Tanat et les siens, une Russe (soviétique plutôt) est bien une étrangère à leurs yeux, bien plus d’ailleurs que les cousins américains qui vivent de l’autre côté du détroit de Béring. Le roman nous fait suivre la vie et l’évolution d’Anna à partir du moment où elle intègre la communauté tchouktche. Le plus difficile à la lecture concerne les noms compliqués et le vocabulaire (nombreuses notes de bas de page), même si tout cela contribue à donner un aspect très véridique. Le Russe Youri Rytkhèou captive son lectorat et rend vivants aussi bien ses personnages que la région. De plus, il enchaine les péripéties, sans laisser de moments de flottement, ce qui ne l’empêche pas de décrire tout ce qui l’intéresse de façon très inspirée (souvent à la limite de la poésie). La structure narrative est habile avec les extraits du cahier d’Anna qui nous permet d’accéder à ses pensées profondes et donc d’en savoir plus que les autres personnages.

L’Étrangère aux yeux bleus, Youri Rytkhèou

Actes Sud : sorti le 1er mars 2001

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« Bobigny 1972 » : à l’aube du droit à l’avortement

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Les éditions Glénat publient Bobigny 1972, de Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel. Elles y narrent l’affaire Marie-Claire Chevalier, du nom d’une jeune femme de 16 ans traduite en justice pour avoir avorté clandestinement de l’enfant de son violeur.

La vie de Marie-Claire Chevalier a pris un tournant tragique lorsqu’elle a été victime d’un viol à l’âge de 16 ans. Cette expérience traumatisante a été exacerbée par la découverte, quelques semaines plus tard, de la grossesse qui en a résulté. Démunie, déshonorée, craignant d’être traînée dans la boue si elle révélait son histoire, la jeune femme n’a eu d’autre choix que de recourir à un avortement clandestin, avec l’aide bienveillante de sa maman. C’est cette affaire douloureuse qui a été jugée à Bobigny en 1972, dans un contexte particulier où la loi, rétrograde, tendait de plus en plus à s’écarter des réalités sociales et des combats féministes.

Les auteures rappellent très bien les événements qui ont entouré ce procès. L’appel des 343, publié dans le magazine Le Nouvel Observateur en 1971, voyait des dizaines de célébrités déclarer avoir eu recours à l’avortement, un acte alors illégal et parfois lourdement condamné. Parmi les signataires de ce manifeste controversé figuraient Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve et Gisèle Halimi. C’est précisément cette dernière qui va prendre en charge la défense de Marie-Claire Chevalier en 1972, quelques années à peine avant la promulgation de la loi Veil, qui visait à mettre (enfin) la loi en adéquation avec son temps. Car l’avortement était alors amplement pratiqué, l’émancipation des femmes passait par le désir de gérer elles-mêmes leur maternité et la justice sociale ne tolérait plus que les riches puissent subir des interruptions de grossesse à l’étranger quand les plus modestes étaient convoquées devant les tribunaux pour les mêmes actes.

Tous ces phénomènes transparaissent clairement dans Bobigny 1972. Confrontée à une grossesse non désirée et aux stigmates sociaux associés, Marie-Claire Chevalier a pris la décision difficile de subir un avortement, réalisé dans des conditions clandestines et risquées. Peu après, elle a été dénoncée à la police, ce qui a mené à son arrestation ainsi qu’à celle de sa mère et de la praticienne qui a réalisé l’avortement. Mais ce qu’on juge dépasse de loin cette seule affaire : c’est une justice désuète, écrite et dispensée par les hommes, pénalisant les femmes et les pauvres, qui fait l’objet de l’attention de Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel, qui ne manquent pas de faire état des convictions de l’avocate de la défense en la matière.

Au cours du procès, Gisèle Halimi (dont l’enfance a récemment été racontée en bande dessinée aux éditions Delcourt) a non seulement plaidé pour l’acquittement de sa cliente mais a également utilisé la tribune qui lui était offerte pour critiquer la législation française sur l’avortement et mettre en lumière les difficultés et les injustices auxquelles les femmes étaient confrontées. Le procès a attiré une attention médiatique considérable et a suscité un débat national sur l’avortement. Les témoignages du député Rocard ou du professeur Monod, présents parmi d’autres dans l’album, appuient cette lecture critique des faits législatifs et judiciaires. La détresse de Marie-Claire Chevalier est double, puisqu’au viol s’ajoute le jugement, dans une continuité parfaitement ordonnée de masculinité toxique et d’impuissance féminine.

Alternant le présent fictionnel (le procès) et les flashbacks (le viol, notamment) avec des codes associés (pages jaunies ou non, pointillisme, etc.), Bobigny 1972 comporte plusieurs séquences mémorables. Parmi elles : la perquisition matinale et hâtée des Chevalier, les révélations tardives et poignantes faites par Marie-Claire à sa mère et surtout cette agression sexuelle glaçante, qui n’est pas sans rappeler ce que Maran Hrachyan mettait déjà en vignettes dans le roman graphique Une nuit avec toi, paru également aux éditions Glénat, en septembre. Ainsi, de par son intérêt historique et son souffle dramatique, cet album passionnant constitue l’une des belles surprises de ce début d’année. Il permet de resituer le combat pour l’avortement dans son contexte français originel et de faire état de son urgence perpétuelle, alors même que certains, à l’instar du nouveau président argentin Javier Milei, aimeraient en revoir les modalités.

Bobigny 1972, Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel
Glénat, janvier 2024, 192 pages

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4

« Claude Miller, une vie de films » : un trésor pour l’historien, un élixir pour le cinéphile

Les éditions Les Impressions nouvelles publient Claude Miller, une vie de films, un imposant volume consacré à un monstre sacré du septième art. Plus qu’une chronique, il s’agit d’un hommage vibrant et passionné à un cinéaste dont l’œuvre s’est poursuivie jusqu’aux derniers instants de la vie.

Claude Miller, réalisateur et scénariste, est une figure ô combien marquante du cinéma français. Olivier Curchod raconte longuement les débuts de l’homme aux dix-sept longs métrages. Il a tôt été attiré par l’écriture et l’image, s’est formé à l’Idhec, puis a débuté sa carrière dans le cinéma en tant qu’assistant réalisateur, travaillant aux côtés de grands noms tels que François Truffaut, Jean-Luc Godard et Robert Bresson. Une expérience précieuse, qui a façonné son approche du cinéma et lui a permis de développer un style narratif distinct et une sensibilité artistique unique.

Pendant sa longue carrière, Claude Miller a collaboré avec Patrick Dewaere, Gérard Depardieu, Michel Serrault, et bien d’autres. Il a fait ses débuts en tant que réalisateur en 1976 avec La Meilleure façon de marcher, un drame psychologique inspiré par Bergman, qui a révélé l’étendue de son talent pour explorer les complexités de l’âme humaine. Son style est déjà caractérisé par une attention méticuleuse aux détails, une narration intime et les thèmes de l’enfance et de la marginalité. Olivier Curchod chemine ensuite d’un film à l’autre, d’une anecdote rapportée à un commentaire passionné, présentant la trajectoire de Claude Miller tel un récit épique, un roman où chaque chapitre serait constitué d’un film.

Parmi les films les plus notables de Claude Miller, on compte Garde à vue (1981), un thriller psychologique intense, L’Effrontée (1985) et La Classe de neige (1998), deux films poignants sur l’enfance et l’adolescence. Chacun de ces films démontre sa capacité à mêler habilement des éléments de suspense, d’émotion et de critique sociale. Et si l’émergence du réalisateur a lieu sous le souffle de la Nouvelle Vague, son talent et son répertoire se consolident bien au-delà de ce courant cinématographique. Durant sa carrière, l’homme a bravé de nombreux d’obstacles, dont les mésaventures de tournage et la maladie (entre rémissions et rechutes), démontrant une détermination farouche et une vraie passion pour son art.

Claude Miller, une vie de films bénéficie d’une documentation richement fournie, incluant les archives personnelles de Miller et de nombreux témoignages de première main. On comprend pourquoi l’œuvre de Claude Miller, qu’Olivier Curchod a personnellement connu pendant de longues années, est essentielle à la juste appréhension de l’évolution du cinéma français. Ses films, souvent centrés sur des personnages complexes, ont influencé de nombreux cinéastes et continuent d’inspirer, aujourd’hui encore, les étudiants en études cinématographiques.

De l’influence précoce de son oncle Serge aux récompenses glanées, de ses activités de critique aux innombrables anecdotes de tournage, des références ou emprunts à Alfred Hitchcock aux controverses, Claude Miller, une vie de films est un pèlerinage dans le sanctuaire d’un réalisateur qui a surpris, conquis et parfois choqué le public (on pense notamment au film semi-érotique Le Sourire). Son œuvre, désormais partie intégrante du patrimoine cinématographique, aura rarement été effeuillée de cette manière, avec autant d’attention et de pédagogie.

Claude Miller, une vie de films, Olivier Curchod
Les Impressions nouvelles, janvier 2024, 576 pages

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« La Buse » : l’appétit d’un pirate

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Jean-Yves Delitte, scénariste et dessinateur, clôt son diptyque La Buse aux éditions Glénat. Il nous offre une immersion dans l’univers tumultueux et captivant de la piraterie du XVIIIe siècle.

Dans le premier tome de La Buse, Jean-Yves Delitte posait les bases de son histoire. Le contexte historique de la fin du XVIIe siècle, marqué par une recrudescence de la piraterie, était rappelé et servait d’écrin aux aventures de ses forbans. Le récit s’attachait à dépeindre les « prouesses » de La Buse, mais aussi à explorer les motivations et les tourments de ses compagnons, tels que La Mouche et le Breton.

Le tome 2 prolonge l’aventure, Delitte y narrant les péripéties postérieures au succès de La Buse dans la capture d’un vaisseau portugais regorgeant de trésors. Le cœur de cet album repose sur une bataille navale grandiose, mettant aux prises les pirates de La Buse et un navire anglais résolu. Dans un style graphique éblouissant, dont il nous a habitués en qualité de dessinateur officiel de la Marine, Delitte parvient à nous transporter au cœur de l’affrontement, illustrant avec un réalisme saisissant les ravages causés par les combats sur les hommes et les navires.

Le récit s’articule évidemment autour de la figure emblématique de La Buse, un pirate dont le destin hors du commun est habilement relaté. « Trop de richesse, c’est comme l’ivresse, cela finit toujours par apporter des ennuis… », lit-on en guise d’avertissement, tandis que l’idée d’un partage germe dans l’esprit des pirates. « Je ne vais plus me battre pour poursuivre une quête qui est devenue une folie ! », prévient un protagoniste, soulignant l’envie de rejoindre sa famille.

Si les doubles pages témoignent amplement de la maestria de Jean-Yves Delitte, on appréciera aussi les éléments sur l’expansion du commerce aux Indes (de nombreux engagements se terminent en tragédies…) ou une caractérisation des pirates parfois réalisée au détour d’une posture ou d’une tirade. On peut par exemple citer le cas de la misogynie avec cette description des mystifications de Taylor : « Il est aussi droit qu’une femelle. »

Avec « Pour l’éternité », Jean-Yves Delitte confirme son statut de maître dans le genre de la bande dessinée maritime. Alliant une narration prenante à des illustrations grandioses, ce deuxième tome ravira les passionnés d’histoires de pirates et de récits maritimes. L’auteur et dessinateur belge nous offre, au travers de ce récit, une fenêtre sur une époque révolue, pleine de bravoure, de trahisons, et de quêtes de trésors, capturant avec brio l’essence même de la vie des pirates.

La Buse : Pour l’éternité, Jean-Yves Delitte
Glénat, novembre 2023, 48 pages

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« Entre deux gares » : contrastes

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Dans Entre deux gares, Sébastien Samson, professeur d’arts plastiques et auteur de bandes dessinées, tisse un récit poétique et introspectif, où se mêlent réalité et fantaisie, introspection et critique sociale. Ce récit graphique édité par La Boîte à bulles se déploie comme un voyage dans le temps et l’espace, explorant les contrastes entre la ruralité et l’urbanité, l’enfance et l’âge adulte, l’ambition et la nostalgie.

La couverture d’Entre deux gares ne saurait être plus symbolique : un enfant marche sur une voie ferrée, quittant un passage à niveau rural pour se diriger vers un « ailleurs » qu’on imagine plus urbain et animé. Le petit village retiré de Sébastien est rythmé par le passage très occasionnel des trains. Cette vie simple, loin des tumultes des grandes villes, est dépeinte avec une tendresse mélancolique. L’un des fondements de ce roman graphique autobiographique consiste en effet à se reconnecter à ce passé oublié.

Adulte, Sébastien s’envole pour New York, afin d’y réaliser une tournée promotionnelle dont il craint que les recettes de son livre ne suffisent pas à couvrir les frais. C’est au cours de ce voyage presque inespéré qu’il effectue un travail d’introspection et se décide à renouer avec une enfance rurale que le recul pousse à envisager avec tendresse. Son retour dans son village natal est un moment-clé du récit. Il redécouvre les lieux de son enfance, un monde à la fois immuable et transformé par le temps. Cette partie du récit est marquée par un échange imaginaire entre Sébastien adulte et son moi enfant, un dialogue intime qui lui permet de revisiter et de réévaluer son passé, éclairé par les confidences de ses parents.

Dans Entre deux gares, Sébastien Samson ne se contente pas de narrer une histoire personnelle ; il dresse aussi un tableau poignant de la France rurale contemporaine. La désertion du centre-ville de Loudun, la fermeture des commerces, des bars ou des bureaux de poste, la désindustrialisation latente reflètent une réalité sociale plus large, celle de la France périphérique telle que décrite par le géographe Christophe Guilluy. C’est devant le spectacle de cette ruralité qui se meurt que l’auteur est pris de nostalgie pour une enfance douce, malgré des conditions économiques pas toujours enviables – sur lesquelles l’album revient volontiers. Sébastien Samson regrette ce « pays d’oubli », malmené, privé de vie, et « plus encore depuis que le train s’est définitivement fait la malle ».

Histoire géographique et familiale, Entre deux gares ne pouvait taire la passion naissante de Sébastien pour la bande dessinée, décrite comme une révélation presque instinctive. Quand il découvre la magie des bulles, le jeune garçon cherche à les mémoriser, à les faire siennes, puis à se familiariser avec les techniques de dessin. Mine de rien, à travers tous ces aspects, le scénariste et dessinateur se livre beaucoup, avec pudeur et justesse. Ses planches alternent entre des scènes trichromes et d’autres vivement colorées, en fonction de la temporalité adoptée, ce qui tend à accentuer le côté poétique de l’album.

Entre deux gares est une oeuvre introspective et critique, qui allie habilement le personnel et le social. Sébastien Samson offre un miroir à une société en mutation, tout en révélant la richesse cachée de ses origines modestes. Cette oeuvre est un témoignage touchant de la quête d’identité et du sens de la vie, qui devrait résonner auprès d’un large éventail de lecteurs.

Entre deux gares, Sébastien Samson
La Boîte à bulles, janvier 2024, 144 pages

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3.5

Papillon : l’enfer tropical

Avec Papillon, Franklin James Schaffner plongeait le spectateur dans l’atrocité du bagne de Cayenne et brossait le portrait éblouissant d’une grande figure héroïque, injustement condamnée à perpétuité, et obsédée par l’évasion. Ou quand une idée fixe, une détermination farouche, constitue le sens d’une vie. Une réussite majeure dans l’histoire du septième art, qui aborde les thèmes de l’endurance, de l’abnégation et ce qui peut lier deux hommes au-delà de leurs épreuves et souffrances communes.

Il y aurait beaucoup à dire sur la véracité des faits rapportés dans le livre d’Henri Charrière, qui a fortement inspiré Papillon, mais ce serait passer à côté du sujet. Ce qui forge l’intérêt du long-métrage, ce qui lui donne son élan vital, c’est l’incroyable persévérance du personnage principal, dit “Papillon”, incarné par un Steve McQueen n’ayant pas hésité à subir les affres d’un tournage difficile dont l’objectif était de rendre compte de l’enfer tropical des geôles de la Guyane française.

Les forces et limites de la détermination

Le cinéma regorge de personnages à la détermination extraordinaire, les menant parfois à une échappatoire, parfois à une déperdition. Les Évadés expose les deux facettes de l’espoir en prison : une chose dangereuse, qui peut rendre un homme fou, ou le moteur qui maintient en vie. Papillon met en lumière ce pari risqué qui consiste à faire de l’évasion sa raison d’être. Car le contexte pénitencier n’est ici qu’un cadre qui sert à raconter la trajectoire d’un homme capable de mourir plutôt que d’abandonner son idée fixe, son objectif suprême, son ultime délivrance.

Lorsque l’on est enfermé, penser à s’évader, s’imaginer ailleurs, constitue déjà une petite évasion en tant que telle. C’est s’extraire du moment présent, se projeter vers un futur qu’on espère salvateur, malgré les différents risques et dangers auxquels on doit s’attendre. “Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve”, disait le poète Hölderlin.

De ce point de vue, le long-métrage n’hésite pas à montrer les conditions de détention particulièrement inhumaines du système pénitencier de la Guyane française : brimades, travaux forcés, tortures physiques, isolement dans l’obscurité, privation de nourriture, etc.

Du désir de fraternité

Mais il serait injuste de réduire Papillon à une succession de sévices et de châtiments. Le film est aussi, et surtout, l’histoire d’une amitié émouvante, de celles auxquelles on se raccroche quand tout devient difficile.

À côté de Papillon, Dustin Hoffman incarne Louis Delga, un faussaire dont la fortune peut être utile. Chacun est pour l’autre un alter ego. La finalité pratique de leur entraide ne représente qu’un détail dans ce qui compte avant tout, c’est-à-dire la relation fraternelle, inconditionnelle, qui les lie.

Une scène clef voit Papillon risquer sa vie pour celle de Louis, alors que leur amitié n’est encore qu’à un stade embryonnaire.

Ce dévouement, ce sens du sacrifice, cet abandon de soi pour satisfaire l’intérêt de l’autre, participe à faire de Papillon une grande figure héroïque à laquelle le spectateur peut s’attacher.

On dit qu’il existe des preuves d’amours. Il y en a aussi pour l’amitié.

Mise en scène et perspectives

Sur le plan formel, Papillon est à la fois simple et soigné. Les plans en extérieur profitent d’une belle photographie, mettant en avant la faune et la flore de Guyane. À l’isolement, le film adopte le regard subjectif de Papillon, afin de susciter le malaise. Dans une scène de rêve particulièrement réussie, la caméra exploite de grands espaces, de grands axes, à travers un décor particulièrement épuré, qui contraste avec les environnements à la végétation sauvage.

Les derniers éclats

Mais ce qui achève de faire de Papillon un véritable tour de force, c’est sa dernière séquence, ample, puissante et belle, qui donne un relief particulier à tout ce qui a précédé. Le poids du temps se fait sentir. Plusieurs années se sont écoulées sous une chape de plomb et les deux héros affichent une physionomie nouvelle : tics faciaux, dents de métal et cheveux gris pour Papillon, troubles psychotiques pour Louis. Le thème musical de Jerry Goldsmith se fait prégnant, impacte de plus en plus les images et frappe au cœur. Alors que les conditions de vie deviennent plus supportables (cabanes individuelles avec jardin), Papillon reste déterminé à s’évader. Cette obsession finit par avoir quelque chose de mécanique. Elle exprime une croyance, un acte de foi envers soi-même, quitte à en perdre la vie.

– Ça peut marcher ?
– Ça a de l’importance ?

Ce qui compte avant-tout, c’est d’être toujours fidèle à son désir de liberté. Le geste devient plus important que les possibles répercussions.

– Tu vas te tuer, tu le sais ?
– Peut-être.

Les ailes du papillon

Par l’incroyable progression de son duo d’acteurs, qui crève l’écran, son compte rendu implacable du contexte pénitencier de la Guyane des années 30, n’excluant pas les considérations humaines, Papillon est une œuvre forte, digne et belle, qui finit par être bouleversante.

Les ailes du papillon auront été les voiles provisoires d’un radeau de fortune flottant sur les vagues de l’océan guyanais.

Bande-annonce : Papillon

Fiche technique : Papillon

Synopsis : Condamné au bagne à perpétuité pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Henri Charrière, dit « Papillon », un malfrat de petite envergure, est embarqué pour Cayenne sur le navire La Martinière. Lors de son transfert, il se lie avec le faussaire Louis Delga, un détenu trouillard et chétif qui transporte sur lui une importante somme d’argent astucieusement dissimulée.

  • Titre original : Papillon
  • Réalisation : Franklin J. Schaffner
  • Scénario : Dalton Trumbo et Lorenzo Semple Jr d’après le roman éponyme de Henri Charrière.
  • Production : Franklin J. Schaffner et Robert Dorfmann
  • Société de production : Solar Productions, General Production Company, Les Films Corona
  • Musique : Jerry Goldsmith
  • Photographie : Fred Koenekamp
  • Montage : Robert Swink
  • Coordination Cascades : Pierre Gare
  • Pays d’origine : États-Unis, France
  • Format : Couleurs par Technicolor – Panavision – 35mm – Ratio : 2,35:1 – Stéréo
  • Genre : Drame – Aventure
  • Durée : 125 minutes, 150 minutes (Version Longue)
  • Dates de sortie :  16 décembre 1973 (États-Unis), 6 février 1974 (France)
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DC Extended Universe : classement d’un fiasco de 10 ans

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Avec la sortie d’Aquaman et le Royaume Perdu, le DC Extended Universe (DCEU) a pris fin après 10 ans de mauvais et déloyaux services. Annoncé à la va-vite, préparé et écrit à la va-vite, l’univers DC n’a jamais su égaler le miracle Marvel et son MCU. Désormais, c’est vers un reboot total chapeauté par James Gunn que nous nous dirigeons. Sera-t-il mieux ? En tout cas, il peut difficilement être pire… Malgré tout, quelques films valent le coup d’œil. Lesquels ? Retrouvez notre classement des films du DCEU, du pire au meilleur, sans aucun spoiler.

Cet article ne reflète que l’avis d’un des rédacteurs de l’équipe du MagDuCiné.

17 – Wonder Woman 1984 (2021) – Patty Jenkins

Synopsis : Suite des aventures de Diana Prince, alias Wonder Woman, Amazone devenue une super-héroïne dans notre monde. Après la Première guerre mondiale, direction les années 80 ! Cette fois, Wonder Woman doit affronter deux nouveaux ennemis, particulièrement redoutables : Max Lord et Cheetah.

Pourquoi c’est le pire film du DCEU :  Parce que rien ne va. Nous pourrions nous arrêter là, mais dans le doute, il est de notre devoir d’empêcher d’autres pauvres âmes de s’y frotter. Après un premier opus sympathique et deux apparitions plus ou moins appréciables dans d’autres films, la seconde aventure solo de Diana Price s’effondre et ne se relève jamais. Histoire et dialogues à dormir debout, facilités scénaristiques dignes d’un enfant de 3 ans, effets spéciaux à vomir, rythme en dents de scie, difficile de trouver une seule qualité au projet. La performance médiocre de Gal Gadot ne fait qu’achever la construction du cercueil. Si, bon point malgré tout, le Covid nous a épargné d’une sortie en salle…

16 – Suicide Squad (2016) – David Ayer

Synopsis  : C’est tellement jouissif d’être un salopard ! Face à une menace aussi énigmatique qu’invincible, l’agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu’aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s’embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu’au moment où ils comprennent qu’ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?

Pourquoi on a de la peine pour ce projet : Parce que, déjà en 2016, Warner ne savait plus sur quel pied danser. Batman V Superman, charcuté par le studio, a déplu pour son ton et ses thématiques trop sombres. A ses débuts et même durant une grande partie du tournage, c’est vers cette ambiance, noire, malsaine et brutale que se dirigeait le projet. Afin de coller à la formule Marvel, pleine de succès, les équipes ont dû opérer de nombreux changements radicaux. Résultat, Suicide Squad est mal écrit, incohérent, laid, incapable de choisir une direction sur son genre et son ambiance et surtout, terriblement ennuyeux. Deux personnages comptent dans cette équipe, qui relaye une grande partie de son casting au rang de vulgaire caméo. Pire encore, personne n’est méchant, un détail ennuyant quand on nous présente  »les crapules de la pire espèce ». Une très grande partie des scènes tournées ne figurent pas dans le film, quand d’autres ont été rajoutées (souvent des blagues). Un joli ratage.

15 – The Flash (2023) – Andy Muschietti

Synopsis : Les réalités s’affrontent lorsque Barry se sert de ses super-pouvoirs pour remonter le temps et modifier son passé. Mais ses efforts pour sauver sa famille ne sont pas sans conséquences sur l’avenir, et Barry se retrouve pris au piège d’une réalité où le général Zod est de retour, menaçant d’anéantir la planète, et où les super-héros ont disparu. À moins que Barry ne réussisse à tirer de sa retraite un Batman bien changé et à venir en aide à un Kryptonien incarcéré, qui n’est pas forcément celui qu’il recherche. Barry s’engage alors dans une terrible course contre la montre pour protéger le monde dans lequel il est et retrouver le futur qu’il connaît. Mais son sacrifice ultime suffira-t-il à sauver l’univers ?

Pourquoi c’est une honte : Parce que c’est l’un des films les plus chers de l’histoire du cinéma. Déjà. Ensuite, difficile de lui pardonner la laideur de ses effets spéciaux, qui en font l’un des films les plus hideux jamais créés (dans un monde où Ant-Man et la Guêpe : Quantumania existe..). Les quelques idées de mise en scène ne sauvent pas le désastre. Michael Keaton non plus, lui qui offre un ou deux chouettes moments. Toutes les (rares) bonnes choses qu’offre le film sont gâchées par l’un des pires climax que le cinéma nous ait offerts. Une belle catastrophe. Reste la performance d’Ezra Miller, assez impressionnante.

14 – Justice League (2017) – Joss Whedon / Zack Snyder

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Pourquoi c’était déjà le début de la fin : Parce que, malheureusement pour lui, Zack Snyder n’a pas pu livrer sa version du film. Pour ceux qui l’ignorent, le réalisateur a dû quitter le projet suite à un drame familial. C’est vers Joss Whedon, réalisateur de l’excellent Avengers, que la Warner s’est tourné. Il semble clair que celui-ci préfère de loin Marvel à DC Comics, tant ses ajouts et ses retraits ont dénaturé et abîmé le projet original, pourtant déja essentiellement tourné. Reshoots massifs (seulement 30 minutes ont été gardées), scénario totalement remanié, harcèlement pendant le tournage, moustache effacée en effets spéciaux, ton sombre transformé en univers coloré pour coller à Marvel, difficile de sauver quoi que ce soit dans ce projet. Quelques scènes fonctionnent, essentiellement celles de Snyder. Justice League devait lancer les films solos d’Aquaman, Batman, Cyborg et Flash, on a eu deux films sur les quatre. Marvel avait fait des films solos de ses Avengers avant de les réunir dans un seul film, Warner a voulu faire l’inverse, trop occupé à avoir son cross-over au plus vite. Joli raté dont le DCEU ne se remettra jamais.

13/12 – Shazam! et Shazam! La rage des Dieux (2019/2023) – David F. Sandberg

Synopsis : On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d’accueil, il suffit de crier « Shazam ! » pour se transformer en super-héros.
Ado dans un corps d’adulte sculpté à la perfection, Shazam s’éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n’importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l’insouciance d’un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana…

Pourquoi c’est juste mauvais : Parce que, malgré une réelle envie de bien faire par moment, les deux films ne parviennent jamais à créer la moindre émotion et empathie pour ses personnages. Le plus dramatique restera le traitement de Billy, bien plus mature et adulte dans sa forme adolescente que dans celle de Shazam. Si les deux œuvres savent offrir quelques beaux moments, particulièrement entre les orphelins, leur cruel manque d’originalité font des aventures du jeune super héros deux histoires qui auraient pu sortir au début des années 2000, sans que l’on s’enthousiaste plus que cela. Méchants ratés, effets spéciaux minimalistes parfois dignes de Smallville, humour peinant à décrocher un soufflement de nez (bien plus réussi dans le premier que le second). Dommage…

11 – Birds of Prey (2020) – Cathy Yan

Synopsis : Lorsque Roman Sionis, l’ennemi le plus abominable – et le plus narcissique – de Gotham, et son fidèle acolyte Zsasz décident de s’en prendre à une certaine Cass, la ville est passée au peigne fin pour retrouver la trace de la jeune fille. Les parcours de Harley, de la Chasseuse, de Black Canary et de Renee Montoya se télescopent et ce quatuor improbable n’a d’autre choix que de faire équipe pour éliminer Roman…

Pourquoi c’est moins pire que Suicide Squad : Parce que, pour commencer, le personnage incarné par Margot Robbie est un peu plus intéressant que sa version catastrophique de 2016. L’actrice s’éclate véritablement dans ce rôle et parvient, malgré les problèmes du film, à offrir un vrai travail de composition. Quelques scènes d’action sont réussies, malgré un climax à la hauteur des autres œuvres de l’univers (catastrophiques donc). Si de nombreux points ratent le coche, le film de Cathy Yan dégage une onde insouciante et survoltée pas désagréable. Pas un bon film, seulement un petit moment pas aussi désagréable qu’annoncé.

10- Black Adam (2022) – Jaume Collet-Serra

Synopsis : Dans l’antique Kahndaq, l’esclave Teth Adam avait reçu les super-pouvoirs des dieux. Mais il en a fait usage pour se venger et a fini en prison. Cinq millénaires plus tard, alors qu’il a été libéré, il fait régner sa conception très sombre de la justice dans le monde. Refusant de se rendre, Teth Adam doit affronter une bande de héros d’aujourd’hui qui composent la Justice Society – Hawkman, le Dr Fate, Atom Smasher et Cyclone – qui comptent bien le renvoyer en prison pour l’éternité.

Pourquoi ce projet est drôle : Parce que sa seule raison d’exister, c’est sa scène post-générique. Retour d’Henry Cavill, affrontement à venir entre Superman et Black Adam, imaginez la hype des fans, dans un univers où l’acteur britannique incarnait un homme d’acier absolument parfait. Malheureusement, la fin de l’univers a stoppé net les projets de suite. Black Adam devait relancer l’intérêt des fans, il l’a seulement fait couler de plus belle. Pour le film, on assiste à un ego trip de Dwayne Johnson, figé dans une seule expression durant l’intégralité du long-métrage et totalement invulnérable face aux hordes d’ennemis lancés à son encontre. Quelques passages plutôt bien fichus sauvent le tout. Un mauvais film, un peu drôle malgré lui tant tout semble fait avec le plus grand des sérieux.

09 – Batman V Superman : l’aube de la justice (2013) – version cinéma (Zack Snyder) 

Synopsis : Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

Pourquoi c’est une énorme occasion gâchée : Parce qu’après un Man of Steel réussi, Warner proposait enfin un cross-over dont rêve n’importe quel fan de DC Comics. Ben Affleck est absolument parfait dans le rôle de Batman, faisant la part belle à un Henry Cavill déjà à son aise. Le projet arrivé en salle n’a pas su convaincre, la faute à une histoire peu claire, terriblement mal rythmée et ennuyeuse. Pour le reste, on pourrait parler de Lex Luthor, critiqué à de très nombreuses reprises, ou encore du climax, raté et en total contraste avec ce qu’avait été le film jusqu’ici. Restent d’indéniables qualités, telles que le jeu des acteurs, le visuel ou encore la partie de l’histoire qui a su échapper au remaniement du studio. Pas un vrai mauvais film, seulement une belle occasion manquée.

08 – Aquaman et Le Royaume Perdu (2023) – James Wan

Synopsis : Black Manta, toujours hanté par le désir de venger son père, est maintenant plus puissant que jamais avec le légendaire Trident Noir entre ses mains. Pour l’anéantir, Aquaman doit s’associer à son frère Orm ancien roi d’Atlantide et actuellement emprisonné. Ensemble, ils devront surmonter leurs différences pour protéger leur royaume et sauver le monde d’une destruction irréversible.

Pourquoi c’est une déception : Malgré quelques qualités, le second film dédié au roi de l’Atlantide ne parvient jamais à égaler son aîné. Véritable surprise, Aquaman premier du nom parvenait à sortir la tête de l’eau, ce que cette suite ne parvient jamais à faire véritablement. Là où le réalisateur avait eu carte blanche en 2018, ce second opus semble crouler sous le cahier des charges, lui qui n’a pourtant aucun film à amorcer, l’univers DC se terminant à ses côtés. Difficile de comprendre le choix de Black Manta en ennemi principal, l’antagoniste ayant le charisme d’une huître et ce n’est pas le scénario cousu de fil blanc qui changera quoi que ce soit. Reste quelques beaux plans et bons moments, particulièrement entre Arthur et Orm, ou quelques scènes d’action bien fichues sur la terre ferme.

07 – Blue Beetle (2023) – Angel Manuel Soto

Synopsis : Fraîchement diplômé de l’université, Jaime Reyes rentre chez lui, plein d’ambitions, mais il découvre que la situation a bien changé depuis son départ. Tandis qu’il cherche sa place dans le monde, le destin s’en mêle : Jaime se retrouve par hasard en possession du Scarabée, une ancienne relique d’une biotechnologie extraterrestre. Dès lors que le Scarabée choisit de faire de Jaime son hôte, le jeune homme se voit revêtu d’une armure hors du commun qui lui octroie des pouvoirs extraordinaires – et imprévisibles. Tout bascule alors pour Jaime qui devient le super-héros Blue Beetle …

Pourquoi c’est juste oubliable : Parce que Blue Beetle, c’est l’origin story que tout le monde a déjà vu des centaines de fois. Le projet DC se suit sans déplaisir, jusqu’à son générique, avant que l’on ne l’oublie aussitôt. Le personnage de Reyes est suffisamment attachant pour donner envie de le retrouver et, tant mieux, ce sera le cas dans le nouvel univers. On espère mieux qu’un film paresseux et trop soucieux de coller à la formule : humour, perte d’un être cher, climax et antagonistes catastrophiques. En revanche, on retrouvera avec grand plaisir cette famille mexicaine soudée, joyeuse et très plaisante à suivre.

06 – Man of Steel (2013) – Zack Snyder 

Synopsis : Un petit garçon découvre qu’il possède des pouvoirs surnaturels et qu’il n’est pas né sur Terre. Plus tard, il s’engage dans un périple afin de comprendre d’où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra devenir un héros s’il veut sauver le monde de la destruction totale et incarner l’espoir pour toute l’humanité.

Pourquoi c’était pas mal : Parce qu’Henry Cavill était un Superman absolument parfait. Oui, un film repose en grande partie sur son personnage principal et Snyder réussissait l’introduction de son héros. Humain, vulnérable, amoureux, torturé, puissant, le retour de l’homme d’acier au cinéma avait plu. Chose rare dans l’univers du DCEU, Man of Steel peut se vanter de réussir son antagoniste, en la présence du général Zod. Les affrontements entre les deux kryptoniens ont marqué les mémoires, assurant un grand spectacle. Le souci, c’est qu’en dehors de ces indéniables qualités, le premier opus de la trilogie souffre d’immenses problèmes de rythme et d’un scénario bancal, voire terriblement ennuyeux. Contrairement aux deux autres films de la trilogie, il ne peut pas compter sur une Snyder Cut pour se sauver.

05 – Wonder Woman (2017) – Patty Jenkins 

Synopsis : C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Pourquoi ce projet est agaçant : Parce qu’il est irréprochable, pendant près de deux heures. Avec Wonder Woman, Jenkins offrait enfin au monde un film réussi avec une super-héroïne, bien loin des immondices Catwoman et Elektra, sorties des années plus tôt. Personnages travaillés, ambiance réussie, scènes d’action impactantes et très bien menées, il était difficile d’imaginer à quel point le dernier acte allait tout gâcher. Précipité, incohérent, laid et en totale contradiction avec les précédents messages du film, impossible de comprendre les choix qui mènent à une conclusion aussi ratée. Vraiment dommage, tant Wonder Woman frôlait l’excellence, pendant près de deux tiers de sa durée.

04 – Batman V Superman : l’aube de la justice, Définitive Edition (2015) – Zack Snyder

Synopsis : Craignant que Superman n’abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l’affronter : le monde a-t-il davantage besoin d’un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d’un justicier à la force redoutable mais d’origine humaine ? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon…

Pourquoi c’est infiniment mieux : Après une version cinéma très décevante, Snyder a proposé sa version du film, plus longue de 30 minutes et aidé d’un montage alternatif. Résultat ? BvS passe d’énorme déception à l’un des meilleurs films de super-héros depuis le début des années 2010. Si le climax reste encore et toujours catastrophique, tout le reste du film gagne en rythme, en richesse, en cohérence, en développement de personnages. La fresque est complète. Les plans de Lex Luthor sont plus clairs, l’opinion publique autour de Superman plus détaillée, Bruce Wayne plus cohérent et attachant. En bref, cette version est définitivement celle qui aurait dû sortir en salles, celle en qui Warner aurait dû avoir confiance.

03 – The Suicide Squad (2021) – James Gunn

Synopsis : Rassemblez une équipe !  Armez-les lourdement et jetez-les (littéralement) sur l’île lointaine et bourrée d’ennemis de Corto Maltese. Traversant une jungle qui grouille d’adversaires et de guerilleros à chaque tournant, l’Escouade est lancée dans une mission de recherche et de destruction, avec le seul Colonel Rick Flag pour les encadrer sur le terrain… et la technologie du gouvernement dans leurs oreilles, afin qu’Amanda Waller puisse suivre le moindre de leurs mouvements. Comme toujours, un faux pas est synonyme de mort (que ce soit des mains de leurs opposants, d’un coéquipier ou de Waller elle-même). Si quelqu’un veut parier, mieux vaut miser contre eux – et contre eux tous.

Pourquoi c’est vraiment chouette : Parce que James Gunn a pu s’imposer face à Warner et ne les a pas laissé bousiller son film. Humour barré bien plus réussi, idées de mise en scène en veux-tu en voilà, gore à souhaits, la nouvelle version de l’équipe de choc est infiniment meilleure que l’hybride difforme de 2016. Les personnages fonctionnent tous  mieux, ont chacun de l’espace et des moments pour briller, l’esprit d’équipe marche véritablement au sein de cette team de bad-guys. On reprochera encore cet aspect Harley Queen show ou cette manie de les faire tous gentils, mais on pardonnera bien facilement en voyant l’avalanche de propositions offertes par James Gunn.

02 – Aquaman (2018) – James Wan

Synopsis : Les origines d’un héros malgré lui, dont le destin est d’unir deux mondes opposés, la terre et la mer. Cette histoire épique est celle d’un homme ordinaire destiné à devenir le roi des Sept Mers.

Pourquoi c’est beaucoup trop cool : Parce que, enfin, un réalisateur a eu carte blanche pour réaliser son film. En résulte un long-métrage généreux, visuellement impressionnant, flirtant avec Star Wars et Le Seigneur des anneaux, drôle et très bien mis en scène. Si l’écriture reste terriblement classique, Aquaman est le blockbuster détaché qui s’assume parfaitement, se permettant même un détour horrifique à l’origine d’une des plus grandes séquences visuelles de tout le DCEU. Un vrai bon divertissement et un excellent film de super-héros.

01 – Zack Snyder’s Justice League (2021) – Zack Snyder 

Synopsis : Bruce Wayne est déterminé à faire en sorte que le sacrifice ultime de Superman ne soit pas vain; pour cela, avec l’aide de Diana Prince, il met en place un plan pour recruter une équipe de métahumains afin de protéger le monde d’une menace apocalyptique imminente. La tâche s’avère plus difficile que Bruce ne l’imaginait, car chacune des recrues doit faire face aux démons de son passé et les surpasser pour se rassembler et former une ligue de héros sans précédent. Désormais unis, Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash réussiront-ils à sauver la planète de Steppenwolf, DeSaad, Darkseid et de leurs terribles intentions ?

Pourquoi c’est excellent : Parce qu’on tient ici un film de 4h qui appartient corps et âme à son auteur. Il est également la preuve vivante qu’il faut laisser le réalisateur maître de son projet et que, de toute évidence, lui mettre des bâtons dans les roues n’a jamais mené à quelque chose de positif. Cette version de Justice League frôle la perfection. Les 4h passent à une vitesse folle tant l’intrigue se déroule de manière très fluide. Tout est plus clair et les personnages sont infiniment plus travaillés. Visuellement magnifique, le film foudroie la version cinéma de Warner/Whedon sans le moindre effort. Avec ce projet et si l’on prend en compte la version définitive de Batman V Superman, Zack Snyder livre l’une des meilleures trilogies de super héros de tous les temps. Oui oui.

Vermines : à épargner ou à exterminer

Ce qu’il y a de plus terrifiant dans les films de monstres, c’est l’attente qui précède le coup fatal. Vermines est généreusement rempli de ce genre de séquences angoissantes et a de quoi faire pâlir tout cinéphile qui estimerait avoir tout vu. Avec les codes du film catastrophe dans les gènes, tout en brossant le portrait de banlieusards sacrifiés, Sébastien Vaniček nous piège dans un nid de parasites qu’il ne faudrait pas secouer. Arachnophobes avertis, frissons garantis !

Synopsis : Face à une invasion d’araignées, les habitants d’un immeuble vont devoir survivre.

« L’angoisse n’est pas supportable sans l’humour. C’est le mélange qui fait le plaisir. » On en revient encore à la célèbre devise du maître du suspense, Alfred Hitchcock. Une leçon brillamment retenue par Frank Marshall lorsqu’il a rendu hommage aux créatures classiques d’Hollywood dans sa première réalisation, une comédie horrifique culte, Arachnophobie, sous la tutelle d’Amblin et d’Hollywood Pictures (une filiale de Disney). Ce dernier déclarait que les gens aiment avoir peur mais en riant, comme des montagnes russes. Personne ne veut être terrifié au point d’en faire une crise cardiaque. Sébastien Vaniček y a forcément pensé lorsqu’il a commencé à tisser sa propre toile cauchemardesque au sein d’un immeuble emblématique de Noisy-le-Grand, lieu de rencontre adéquate pour celles et ceux qui sont appelés à revêtir le masque de vermines.

Une cité à régner

Non sans rappeler l’expédition archéologique du père Merrin dans L’Exorciste, nous comprenons que l’antre du mal sera importé depuis un désert ardent du Moyen-Orient. L’obscurité qui cache une espèce d’arachnide, rare et mortelle, trouve la parfaite symbiose avec un complexe HLM délabré situé en Seine-Saint-Denis. L’entretien limité du bâtiment constitue également un terrain de jeu idéal lorsqu’il s’agit d’incorporer une dimension politique au film de monstre. Tout cela est d’abord vu à travers les yeux de Kaleb (Théo Christine), qui enchaîne les petites combines en espérant un jour restaurer son foyer qui tombe en ruine, tel Youri dans Gagarine. Sa sœur Manon (Lisa Nyarko) entend le contraire et cherche désespérément à trouver un nouveau point de chute. L’entraide et le partage des locataires des lieux ne suffisent pas non plus à apaiser les tensions qui y règnent, entre un énergumène un tantinet xénophobe et une concierge qui en a ras-le-bol de nettoyer les dégâts derrière les incivilités dans les espaces communs.

C’est un portrait tout chaud d’une population blasée et laissée à l’abandon dans une impasse sociale qu’il nous est donné d’observer. On rejoue la carte de l’auto-confinement, évidemment accéléré par la présence de bestioles tueuses, qui prennent d’assaut les chambres saturées en bricoles et autres souvenirs de famille, en passant par la salle de bains. Imaginez simplement où ces insectes rampants pourraient se planquer et vous les trouverez. Le film en fait une liste non exhaustive et s’en sert pour aligner des instants de frissons garantis. Les plans fixes laissent ainsi les araignées captiver toute notre attention et le cinéaste ne lésine pas sur les jeux de miroirs ou du hors champ pour atteindre sa cible, le public. Chaque plan est pensé et façonné avec énergie, afin d’immerger le spectateur dans la même cage entoilée où évoluent une bande d’amis hétéroclites, à laquelle il est possible de s’identifier. Et le travail sonore de Douglas Cavanna et Xavier Caux contribue à bousculer nos repères. Le visionnage est plus actif que jamais et promet des sensations fortes une fois que les proies sont jetées dans les arènes du Picasso.

Faire volte-face

Le premier long-métrage de Sébastien Vaniček a déjà fait le tour du monde en festival (Mostra de Venise, Sitges Film Festival, Chicago International Film Festival) avant de revenir tranquillement sur les écrans français (L’Étrange Festival, PIFFF, Les Arcs Film Festival). Moins géantes que grand-mère Tarantula, plus agressives qu’Arachnophobie, mais aussi casse-cous que Arac Attack, les créatures à huit pattes de Vermines constituent une belle promesse du cinéma de genre français. De véritables spécimens rampants ont été mêlés à des versions numériques pour les besoins de cette production. L’enveloppe de l’heteropoda maxima semble ainsi tout indiquée pour qu’elle ressemble à celles que l’on peut croiser dans nos appartements, déclare Vaniček. La photographie nébuleuse d’Alexandre Jamin aide également beaucoup ces créatures photoréalistes à devenir aussi vivantes et démoniaques que jamais.

Pour repousser cette invasion, pas question de jouer les héros comme dans Attack the block. La coalition des locataires n’a plus d’intérêt dans un moment de crise aussi mortel. Lorsque les filles hurlent de terreur, les messieurs voient leur virilité s’effriter devant une menace qu’ils ne comprennent pas. Ce décalage apporte d’ailleurs beaucoup d’humour en surface. Florent Bernard, scénariste émérite du format web-série (Bloqués, La Flamme, Le Flambeau : les aventuriers de Chupacabra), est un soutien précieux pour s’oxygéner au milieu d’une atmosphère nerveuse et anxiogène. Cette touche de légèreté est notamment bien amenée par le premier degré d’un Jerôme Niel que l’on croirait perdu dans un mauvais sketch. Que nenni. Il accapare tout le capital sympathie que l’on a pour ces héros de l’ombre, de simples personnes vulnérables qui cherchent une échappatoire à leurs conditions de vie.

Cousin des « parasites » de Bong Joon-ho, Vermines laisse également ses sujets se dévorer entre eux. Ce qui souligne d’ailleurs une défaillance dans la communication, que ce soit entre un frère et sa sœur, deux vieux amis ou encore les jeunes et la police. Et ce dernier cas pointe les effets secondaires de la peur, générés par les valeurs institutionnelles ou bien par le manque de considération. Il s’agit d’un commentaire social loin d’être aussi séduisant que les séquences dédiées aux arachnides. La dramaturgie et le divertissement qui en découlent mettent ainsi à l’honneur le point commun qui existe entre les deux espèces qui s’affrontent à l’écran. Ce sont des êtres enfermés dans une boîte et leur réflexe, c’est d’en sortir. Alors si vous êtes obstiné à vous chausser des mêmes Nike TN jusqu’à la mort, laissez-vous tenter par cette piqûre de rappel, foudroyante et jubilatoire.

Bande-annonce : Vermines

Fiche technique : Vermines

Réalisation : Sébastien VANICEK
Idée originale : Sébastien VANICEK
Scénario : Sébastien VANICEK, Florent BERNARD
Production : Harry TORDJMAN
Image : Alexandre JAMIN
Son : César MAMOUDY, Samy BARDET
Mixage : Vincent COSSON
Musique originale : Douglas CAVANNA, Xavier CAUX
Mise en scène : Robin PLESSY, Amonlath PHOLYOTHA
Casting : Constance DEMONTOY
Scripte : Mayliss DESAINT-ACHEUL
Montage : Nassim GORDJI-TEHRANI, Thomas FERNANDEZ
Décors : Arnaud BOUNIORT
Costumes : Marie-Lola TERVER, Marlène HERVÉ
Maquillage : Stéphanie GUILLON, Lucky NGUYEN
Coiffure : Nicolas CUEFF
SFX : Pascal LARUE, Sarah PARISET, Pierre PARRY
VFX : Thierry ONILLON, Léo EWALD
Direction de production : Samuel AMAR
Direction de post-production : Chloé BIANCHI
Production : MY BOX FILMS
Distribution France : TANDEM
Durée : 1h45
Genre : Epouvante-horreur
Date de sortie : 27 décembre 2023

Vermines : à épargner ou à exterminer
Note des lecteurs1 Note

3.5

Dream Scenario : les gifs de la nuit

La frustration chronique est désormais une réalité pour le commun des mortels, surtout à l’ère d’Internet, un espace où les vérités se forment et se déforment sans raison. Dream Scenario est teinté de cette problématique, où un monsieur tout-le-monde est soudainement propulsé dans les fantasmes et les cauchemars de son entourage et au-delà. Une comédie satirique truculente ! Pas la plus aiguisée, mais portée par un Nicolas Cage possédé.

Synopsis : Paul Matthews, un banal professeur, voit sa vie bouleversée lorsqu’il commence à apparaître dans les rêves de millions de personnes. Paul devient alors une sorte de phénomène médiatique, mais sa toute nouvelle célébrité va rapidement prendre une tournure inattendue…

Kristoffer Borgli nous donne assez de matières pour débattre autour d’un excès d’attention, l’antithèse de son film précédent, Sick of Myself. Pourtant, on lui attribuerait bien le même titre pour d’autres raisons. Le point de départ se situe dans un fait divers, devenu un phénomène d’actualité. Identifié et nommé plus tard comme la cancel culture, le cinéaste revient sur l’épisode médiatique qui a entraîné une vague de hashtags incendiaires sur les réseaux sociaux. Le cas d’un enseignant en éthologie à l’université qui a dû renoncer à son poste cache bien des surprises. Mais l’idée n’est pas d’en faire un biopic factuel, mais d’en transcrire le commentaire le plus cynique sur la société connectée actuelle.

Rêver sa vie…

Gare à ce que l’on désire, car le souhait de Paul Matthews va bel et bien se réaliser. Ne rêvant que de reconnaissance et qu’on le publie avant que ses idées ne finissent par être plagiées, c’est ironiquement dans le rêve d’autres personnes qu’il apparaît, sans que l’on trouve d’explications scientifiques à ce phénomène. Reste qu’il est intimement connecté à de nombreux adorateurs dans leur sommeil. Étudiants, ex-copine et autres amis perdus de longue date, de parfaits inconnus et sa propre fille cadette. Tous sont soumis à la passivité de Paul dans leurs rêves assez incongrus et portés par une certaine violence. Chacun idéalise alors son propre Paul, de passage dans des rêves où il va peu à peu passer à l’action, pour le meilleur et pour le pire.

Nicolas Cage enfile donc le masque d’un père de famille, tout à fait anonyme, mais cela reste compliqué de ne pas observer un miroir symbolique quant à sa cote de popularité. Devenu un même viral et ambulant sur les réseaux sociaux, du fait de ses nombreuses interprétations explosives à l’écran, le comédien et son personnage semblent bien engagés pour prendre leur revanche sur celles et ceux qui ont longtemps ignoré ses compétences. Armé de ses mimiques légendaires et d’un premier degré ravageur, Borgli tire de sa prestation une comédie noire assez hilarante par moment. Sous ses airs de fable hautement pessimiste, il nous est permis de rire aux décalages comiques générés par les blagues pas drôles de ce cher Paul. De quoi gonfler son anxiété au maximum dans une première partie réussie, car les maladresses du personnage viennent nourrir son incapacité à prendre conscience de l’effet domino qu’il a initié.

…vivre ses cauchemars

Le dormeur doit se réveiller, comme disait un certain prophète et la tâche s’annonce compliquée pour celui qui est rapidement comparé au fantôme nocturne d’Elm Street, Freddy Krueger, qui torture et assassine ces mêmes personnes qui l’ont déjà croisé au pays de Morphée. L’occasion de détourner les codes de l’horreur, bien connus des internautes. S’ajoute à cela une collaboration avec une marque de boisson qui tourne mal, en référence à la docu-fiction du cinéaste norvégien, Drib. Malgré une considération tardive, elle n’appartient plus à Paul, car l’image qu’il renvoie au pays des songes est devenue une malédiction dans le cauchemar qu’il vit éveillé. La désolidarisation de son entourage est aussi brusque et violente que les différentes mises à mort appliquées par la projection de Paul. Il est d’ailleurs assez frustrant de ne pas discuter davantage la réception de ces visions morbides, car la seconde partie de l’intrigue s’échine à enterrer le protagoniste sous une avalanche de haine, une étude souvent effleurée et rarement disséquée.

Il s’agit également d’un sous-texte grinçant sur le bonheur manqué, celui que l’on ne voit pas au quotidien. Pensez à La vie est belle de Frank Capra, qui n’est pas sans rappeler le mauvais rêve du personnage de Cage dans Family Man, une déclinaison du célèbre film de Noël. Mais ce sera un aller simple pour ce père de famille désaxé, incapable de satisfaire les pulsions d’une idole ou de garder le contrôle sur ses étudiants. Les lois de l’imaginaire sont plus fortes que lui et il l’apprend à ses dépens, jusqu’à ce qu’il craque pour de bon. En témoigne cette vidéo qu’il tourne en solitaire, tel un influenceur qui cherche à se racheter une conduite. Mais encore une fois, Paul n’a rien fait et Paul n’a pas grand-chose à se reprocher, si ce n’est un profond sentiment de lâcheté qui le poursuit et qu’il distribue sans le vouloir à sa femme Janet (Julianne Nicholson), perdant à la fois sa raison et sa maison.

Il a fallu les soutiens précieux de A24 et d’Ari Aster comme producteurs pour réaliser le premier rêve tourmenté de Kristoffer Borgli à Hollywood, malgré des similitudes avec le cinéma cérébral de Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich, Adaptation, Her). Avec un comédien à la trajectoire en dents de scie, ce rôle était forcément taillé sur-mesure pour Nicolas Cage, qui affine son jeu comme pour demander l’approbation de son public. L’ascension et la chute seront les deux seuls chapitres de son histoire, de son dream scenario. On n’avait pas vu le comédien aussi poignant émotionnellement depuis Pig, comme quoi le rôle d’outsider qui intériorise sa détresse lui va comme un gant.

Bande-annonce : Dream Scenario

Fiche technique : Dream Scenario

Réalisation et Scénario : Kristoffer Borgli
Directeur de la photographie : Benjamin Loeb
Cheffe décorateur : Zosia Mackenzie
Montage : Kristoffer Borgli
Musique originale : Owen Pallett
Costumes : Natalie Bronfman
Directeur de casting : Ellen Lewis
Producteurs : Lars Knudsen, Ari Aster, Tyler Campellone, Jacob Jaffke, Nicolas Cage
Production : A24, Square Peg TV
Pays de production : Etats-Unis
Distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h41
Genre : Comédie, Fantastique
Date de sortie : 27 décembre 2023

Dream Scenario : les gifs de la nuit
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Les colons, un magistral premier film du chilien Felipe Gálvez Haberle

Les colons, de Felipe Gálvez Haberle : des pionniers génocidaires dans le Chili du début du  XXe siècle dans un western revisité qui met à l’honneur les Indiens et la beauté sauvage de la Terre de Feu.

Synopsis :  Terre de Feu, République du Chili, 1901. Un territoire immense, fertile, que l’aristocratie blanche cherche à « civiliser ». Trois cavaliers sont engagés par un riche propriétaire terrien, José Menendez, pour déposséder les populations autochtones de leurs terres et ouvrir une route vers l’Atlantique. Sous les ordres du lieutenant MacLennan, un soldat britannique, et d’un mercenaire américain, le jeune métis chilien, Segundo, découvre le prix de la construction d’une jeune nation : celui du sang et du mensonge…

La chevauchée sauvage

Aller voir Les Colons du chilien  Felipe Gálvez Haberle sans aucun a priori et en ressortir estomaqué. Avoir été attiré par une image, une seule, qui fait penser au magnétique Jauja de l’argentin Lisandro Alonso, et être immédiatement persuadé qu’on tient là un film hors du commun.

La ressemblance avec Jauja s’avère finalement mince. Les deux films, tournés au format 1:33,  magnifient d’une manière extraordinaire leurs paysages respectifs, la Terre de feu de la Patagonie chilienne pour les Colons, la verte Pampa – pour  une partie avant que tout ne devienne minéral et gris – pour le film argentin. Pour le reste, alors que Jauja part dans le délire onirique, voire métaphysique, le chilien embrasse un genre western revisité pour narrer un pan important de l’histoire du Chili : revisité car le sauvage y est clairement le colon et non l’Indien.

Nous sommes en 1901 ; le pouvoir chilien vient de donner à des Européens la possibilité de s’accaparer des terres du sud du pays ; Jose Menéndez (le toujours excellent Alfredo Castro), un colon espagnol venant des Asturies et faisant fortune dans l’élevage ovin règne sur une grande partie de ces terres. L’histoire nous apprend que ces familles de colons du Sud seront en tout et pour tout au nombre de cinq, à régner sur des millions d’hectares. Son homme de main est le « lieutenant » britannique Alexander MacLennan (Mark Stanley), qui  ouvre le film avec une séquence où il tire sur un homme qu’il estime inutile puisque venant de perdre  sa main dans un accident. La scène est violente, mais les gesticulations grotesques de l’homme ensanglanté à terre nous arrachent un sourire, et cet humour grinçant et caustique teintera le film de loin en loin.

Menéndez ordonne à MacLennan de partir « ouvrir » la route vers l’océan pour ses moutons . Ce dernier part avec Segundo (Camilo Arancibia), un métis dont le seul mérite à ses yeux est d’être un très bon tireur. Son patron lui adjoint Bill (Benjamin Westfall), un mercenaire américain bas de plafond, tueur de Comanches, qui sait « renifler un indien à des kilomètres ». Parce  qu’ « ouvrir » une route , c’est ça : exterminer les Indiens qui se trouvent sur leur chemin, les Selknam qui sont une des ethnies peuplant la Patagonie.

Le film est divisé en de larges tableaux qui recoupent les rencontres  faites par ce trio peu aimable, mal assorti, se méprisant les uns les autres, à l’exception de Segundo. Des rencontres mettant en exergue la veulerie et la bêtise de MacLennan et de Bill. Le focus est plutôt sur Segundo, un homme taciturne qui pose le même regard accusateur que le spectateur sur les deux autres et leurs exactions. Mais c’est aussi le regard terrorisé d’un homme à moitié indien, qui a dû accepter cette  mission en craignant pour sa vie à tout instant. Les scènes d’extermination ou de viol se passent dans une pénombre et une purée épaisses, à peine les distingue-t-on quand ils lavent le sang qui les a éclaboussés. Segundo fait ce qu’il peut pour tenir les Indiens à distance de la folie meurtrière de ses « compères». Felipe Gálvez Haberle  montre très peu, mais très bien, toujours dans le cadre d’un sens esthétique exacerbé.

Si le film avait besoin d’être encore plus explicite quant à ses ambitions de rétablir la vérité sur le programme génocidaire de ces colons – noms de rues et statues à la gloire de Menéndez et ses semblables fleurissent toujours au Chili  – sa deuxième partie, se déroulant quelques années plus tard au domicile cossu du grand propriétaire, achève d’enfoncer le clou. Sous couvert de sermonner le colon, un représentant du gouvernement s’invite chez Menéndez pour maquiller la réalité des massacres, en tentant de filmer Segundo et son épouse Selknam, une survivante, en les érigeant en témoins. Tentative vaine puisqu’elle montre le peu de résistance qui est en son pouvoir, en refusant de boire le thé le petit doigt en l’air, engoncée dans la robe européenne dont on l’a attifée.

La résistance est aussi dans la caméra du cinéaste, qui réussit de manière impressionnante non seulement à contribuer au rétablissement de cette vérité taboue, de ce génocide qui à ce jour n’a jamais été reconnu comme tel, mais également à opérer un vrai geste de cinéma en détricotant avec brio et humour le genre du western tout en en gardant tous les codes (telle que la musique). Pas mal pour un premier long-métrage !

Les Colons – Bande annonce

Les Colons – Fiche technique

Titre original : Los Colonos
Réalisateur : Felipe Gálvez Haberle
Scenario : Antonia Girardi, Felipe Gálvez Haberle, en collaboration avec Mariano Llinás
Interprétation : Sam Spruell (Colonel Martin), Mark Stanley (Alexander MacLennan), Alfredo Castro (José Menéndez), Marcelo Alonso (Vicuña), Benjamin Westfall (Bill), Camilo Arancibia (Segundo), Mishell Guaña (Kiepja), Adriana Stuven (Josefina Menéndez)
Photographie : Simone D’Arcangelo
Montage Matthieu Taponier
Musique : Harry Allouche
Producteurs : Stefano Centini , Santiago Gallelli, Thierry Lenouvel, Anthony Muir, Matias Roveda, Giancarlo Nasi, Benjamín Domenech ; Coproducteurs : Fernando Bascuñán, Kristina Börjeson, Eva Jakobsen, Mikkel Jersin, Katrin Pors, Ingmar Trost
Maisons de production : Quijote Films, Rei Cine, Quiddity Films, Volos Films Co, Maisons de co-production : Film i Väst, Ciné-Sud Promotion, Cinema Inutile, Snowglobe Films, Sutor Kolonko
Distribution (France) : Sophie Dulac Distribution
Durée : 97 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 20 Décembre 2023
Chili|Argentine|Royaume-Uni|Taïwan|Allemagne|Suède|France|Danemark– 2023

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4.5