« La Mare » : deuil et folie

Dans La Mare (Anspach éditions), Erik Kriek nous convie dans un récit sombre et captivant, où le deuil et la folie ne cessent de s’entrelacer. Huub et Sara, couple déchiré par la perte de leur fils, tentent de se reconstruire dans une vieille maison familiale, nichée au cœur des bois de Veluwe. Ce qui s’annonçait comme un nouveau départ prend cependant rapidement des allures de cauchemar éveillé, caractérisé par une mare mystérieuse qui devient le miroir des tourments intérieurs des personnages.

Au moment d’emménager dans la maison dont ils viennent d’hériter, Huub et Sara ont l’espoir de surmonter, enfin, le deuil tragique de leur fils, fauché par une voiture. La demeure qu’ils investissent, ancienne et isolée, est entourée de la forêt dense de Veluwe, ce qui lui donne des allures de maison hantée. Ce nouveau chapitre de leur vie voit rapidement la réalité et les ombres de l’au-delà se confondre. Sara semble en effet tourmentée par le deuil et la culpabilité ; elle ne parvient pas à tourner la page et à reprendre une vie normale. La mare au fond de son jardin, avec son eau noire stagnante et ses arbres séculaires marqués d’inscriptions énigmatiques, éveille chez elle une fascination inexpliquée, et devient le centre d’événements tragiques. 

Sara a mis sa carrière d’artiste en jachère. Obsédée par la perte de son fils, elle peine à consacrer du temps à autre chose qu’à son processus de deuil, pour lequel elle reçoit l’aide d’un thérapeute. Particulièrement vulnérable mais désireuse de retrouver un sens à sa vie, elle décide de mettre fin à son traitement psychiatrique pour se consacrer pleinement à la peinture. Cet acte appréhendé comme un symbole de libération s’accompagne toutefois, comme on pouvait s’y attendre, d’une plongée irréversible dans les abîmes de son esprit. Il faut dire que la découverte de vieux carnets appartenant au grand-oncle de Huub conduit en sus Sara sur un chemin de perdition… 

Le départ de Huub pour un projet professionnel à l’étranger marque un autre tournant dans le récit, puisque Sara est laissée seule face à ses démons et à une maison qui semble se nourrir de son désarroi. Les événements étranges se multiplient, les morts s’accumulent autour de la mare, et l’atmosphère oppressante de la demeure tend à s’intensifier. Erik Kriek compose avec maestria ce cadre de tension et de mystère. La solitude et l’isolement de Sara deviennent un terreau fertile pour une véritable descente aux enfers, symbolisée par la mare, qui semble être l’épicentre de forces inconnues.

La Mare, sous couvert de récit d’horreur, explore les thèmes universels du deuil, de la relation de couple et de la folie. L’interaction entre les personnages et les habitants de la région, marquée par des incompréhensions culturelles entre urbains et ruraux, ajoute une sous-couche intéressante à l’histoire, tout en apportant une touche d’humour noir qui contraste avec l’ambiance générale du roman. Erik Kriek fait montre de maîtrise narrative et crée une atmosphère à la fois oppressante et fascinante. Chacune de ses pages est une invitation à explorer les profondeurs de l’âme humaine… 

La Mare, Erik Kriek 
Anspach éditions, février 2024, 136 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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