« Girl Juice » : libre et transgressif

Avec Girl Juice, Benji Nate se penche sur l’amitié féminine, la libération des mœurs et les conventions sociales, en mettant en scène des personnages hauts en couleur et des situations à la fois absurdes et… typiquement humaines.

Girl Juice s’intéresse à la vie quotidienne de quatre jeunes femmes aux personnalités distinctes et complémentaires. Bunny, Nana, Tallulah et Sadie incarnent toutes divers aspects de la vie de jeunes adultes. Elles ont leurs propres ambitions et composent avec leurs désirs, parfois irrépressibles. Amies, elles s’apportent un soutien mutuel, se disent parfois les choses ouvertement, se nourrissent de leurs expériences. Chaque personnage, de la future influenceuse aux prises avec la réalité du monde digital à l’artiste en quête de sens, est traité par l’auteur avec humour et authenticité, dans un mélange de banalité et d’absurdité. 

Chez Benji Nate, le comique et le détachement face aux aléas de la vie servent à la fois de mécanismes de défense et de moyens d’explorer des thèmes plus sombres avec légèreté. L’album se caractérise en première intention par ses dialogues ciselés et ses situations parfois surréalistes, à l’image d’un exorcisme ou d’une fascination inattendue pour les clowns. Cet humour, souvent noir, n’exclut pas une critique sociale subtile, notamment sur la précarité, le travail du sexe et les dynamiques de pouvoir dans les relations.

L’esthétique de Girl Juice mérite une attention particulière. Le style de dessin, à la fois simple et expressif, restitue parfaitement l’essence des personnages et de leurs interactions. La palette de couleurs vives et les compositions dynamiques contribuent à l’atmosphère unique de l’œuvre, quelque part entre la réalité et le rêve éveillé. C’est pop, sans prétention, vivant, parfaitement en phase avec ces quatre jeunes femmes modernes, libérées des rigidités sociales, mais toujours conditionnées par les impératifs socioéconomiques.

Girl Juice se fait également l’écho de préoccupations contemporaines, notamment via ses intrigues charnelles ou l’influence des réseaux sociaux sur notre perception de nous-mêmes et des autres. Benji Nate interroge avec acuité notre monde hyperconnecté, dans lequel évolue une génération en quête de sens et d’authenticité, malgré sa propension à laisser son « moi » prendre le dessus avec une grande spontanéité. On trouve également plusieurs planches (les récits tiennent généralement en une page, à l’exception d’une nouvelle graphique en fin d’album) détournant les codes de genre, avec des hommes diminués, parfois grossièrement. 

Célébration de l’amitié, de la jeunesse et de la complexité de la vie contemporaine, Girl Juice est osé, rafraîchissant, parfois un peu vain, mais il ne devrait laisser aucun lecteur indifférent. Les défis de l’intimité féminine apparaissent dans ce qu’ils ont de plus chaotique. C’est divertissant, parfois un peu irritant (par excès, par insistance), souvent très amusant. 

Girl Juice, Benji Nate
Marabulles, février 2024, 192 pages

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Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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