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FIFAM 2024 : La piel en primavera de Yennifer Uribe Alzate

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En compétition officielle au FIFAM 2024, La piel en primavera est un portrait de femme, premier film de Yennifer Uribe Alzate. La réalisatrice colombienne y suit la libération sensuelle d’une agente de sécurité entre amour vécu, désir et réappropriation de son corps.

Il est question de peau dans le titre du premier film de Yennifer Uribe Alzate et de printemps, car La piel en primavera raconte l’histoire d’une éclosion. Pourtant, Sandra est déjà mère d’un ado de quinze ans, elle n’est pas dans les balbutiements d’un premier amour. D’ailleurs, elle pense ne plus avoir le temps d’avoir une relation à cause du fils en question, qu’elle élève seule. Ce n’est pas l’avis de sa collègue qui vend des sextoys et autres accessoires liés au plaisir pendant les pauses au centre commercial. Au départ, on voit Sandra prendre le bus 243, la caméra la suit, ne la lâche pas. On est immergés dans sa vie, les sons qu’elle entend. On sent que dans sa vie bien rodée, alors que son fils est amoureux, elle est sur le point d’accepter de commencer quelque chose de nouveau. Sans artifice et sans la grandiloquence d’Iris et les hommes, Yennifer Uribe Alzate raconte le trajet de Sandra vers son désir, ou plutôt vers le choix d’écouter son corps. On la voit effectivement toujours en mouvement, en action. Elle éprouve ce corps, le bichonne aussi un peu, l’habille, l’habite. Elle tente de lui donner forme. D’ailleurs, c’est lors de son trajet quotidien qu’elle commence une histoire d’amour et de sexe avec Javier, le chauffeur du bus.

La piel en primavera s’intéresse aux petits détails qui changent dans le quotidien de Sandra après cette rencontre avec Javier. La vie est toujours monotone, elle semble tourner en rond dans le centre commercial où elle travaille, ne se mêle pas particulièrement aux autres. Quand il y a une fête, c’est toujours au loin ou alors Sandra n’y participe pas vraiment. Yennifer Uribe Alzate filme la transformation de Sandra, par les vêtements qu’elle porte, par sa manière de se regarder et d’être regardée, comme si tous les regards, les effleurements, les changements étaient autant de premières fois. Ce n’est pas une révolution époustouflante mais bien de petites touches qui colorent différemment les journées de Sandra. Elle va plus vers les autres, et semble aussi s’écouter différemment. Elle ne tient pas compte du regard de son fils, qui a plus de mal à entrevoir le sens de ce changement, trouvant par exemple – mais il vit un chagrin d’amour – que le maquillage de sa mère fait trop « pute ». Sandra l’affronte sans cri, simplement en montrant qu’elle ne va pas plier devant cette injonction à paraître mère, en oubliant ses désirs. Sandra s’impose sans écraser, ni chercher à dominer. Simplement, elle sait faire comprendre quand elle n’est plus en accord avec ce qui se passe. Est-ce cela, la véritable révolution du regard féminin à l’écran ? On l’espère sincèrement tant la douceur apparente cache une immense force morale. Sandra avance, elle n’a pas le choix mais veut quand même faire des choix dans cette fuite en avant que sont ses journées de vie.

Yennifer Uribe Alzate filme ce portrait de femme en privilégiant les plans longs, en étirant le temps. Elle joue sur la répétition des trajets et y construit lentement la transformation de son héroïne. Il n’y a pas de grandes scènes, ni de moments de gloire, simplement une femme qui se tient droite. L’actrice Alba Liliana Agudelo Posada offre une partition très sensible et subtile à ce personnage qu’on pourrait croire pris dans une romance, mais qui ne s’attache pas à un simple rôle de princesse attendant le prince charmant. Sandra va avant tout reconquérir son corps, que la caméra dévoile, déshabille et décortique, mais sans jamais en faire un objet. On avance simplement avec Sandra dans ce printemps doucereux qui s’étire et la rapproche doucement d’une plénitude qu’elle ne doit qu’à elle-même. Pour se sentir mieux avec les autres, dit-on, il faut déjà (ré)apprendre à s’aimer soi-même, c’est ce que Yennifer Uribe Alzate raconte, filme et concrétise avec beaucoup de force, de pudeur. Elle fait de Sandra une héroïne du quotidien, à travers un scénario qui sait où il va et prend son temps pour nous offrir une dernière scène, riche d’une belle symbolique féministe.

La piel en primavera : Fiche technique

Synopsis : Sandra, la nouvelle agente de sécurité d’un centre commercial, croise le chemin de Javier, un chauffeur de bus dans sa tournée quotidienne. À travers diverses expériences du désir, elle vit sa propre libération.

Réalisation : Yennifer Uribe Alzate
Scénario : Yennifer Uribe Alzate
Interprètes : Alba Liliana Agudelo Posada , Luis Eduardo Arango, Julián López Gallego, Laura Zapata Acevedo
Durée : 1h32
Genre : drame

« Pyongyang Parano » : une immersion tragi-comique au cœur de la Corée du Nord

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Avec Pyongyang Parano, Antoine Dreyfus, Emmanuelle Delacomptée et Fanny Briant nous offrent un récit graphique proche du documentaire. Inspirée de l’expérience authentique d’Antoine Dreyfus, cette bande dessinée nous entraîne au cœur de la Corée du Nord, l’un des régimes les plus opaques et répressifs au monde. À travers les mésaventures de deux journalistes se faisant passer pour des négociants en chocolat, l’ouvrage allie avec brio l’humour absurde à une critique incisive du système nord-coréen.

L’idée de s’infiltrer sous une couverture aussi improbable que celle de vendeurs de chocolat prête à sourire. Cependant, cette stratégie quelque peu saugrenue s’impose comme une nécessité : elle permet d’éviter les circuits touristiques verrouillés par la propagande. Dès leur arrivée, les deux reporters se trouvent cependant sous surveillance constante. Chaque mouvement est scruté et soupesé. Entre les visites de monuments glorifiant la dynastie au pouvoir, les projections de documentaires aux récits invraisemblables et les discussions feutrées avec une délégation officielle omniprésente, le tandem avance peu dans son enquête mais espère toujours rencontrer le chef suprême nord-coréen, Kim Jong Un. 

Antoine Dreyfus, Emmanuelle Delacomptée et Fanny Briant réussissent à restituer les aspects les plus pathétiques du régime communiste, mais aussi l’anxiété palpable qui habite les protagonistes tout au long de leur séjour. Le lecteur, témoin de ces moments de stress, mesure l’extrême fragilité de leur couverture. Le moindre faux pas, la photographie de trop, la question légèrement suspecte pourrait mener nos deux enquêteurs devant les services secrets nord-coréens, qui ne plaisantent pas avec les journalistes infiltrés. Ces derniers, s’ils sont démasqués, font en effet l’objet d’un traitement tout sauf enviable…

Mais là où Pyongyang Parano se distingue vraiment, c’est dans sa capacité à mêler l’absurde au tragique. Le récit met en lumière les contrastes violents d’un pays figé dans le temps : des usines désuètes et des travailleurs mal formés côtoient la grandeur factice des monuments dédiés au régime. En filigrane, on découvre une société profondément inégalitaire, où une élite jouit de privilèges inespérés tandis que le reste de la population survit dans des conditions effroyables. Si Pyongyang, la capitale, semble immaculée (et déserte), les campagnes regorgent de familles pauvres vivant dans des conditions douloureuses.

Les anecdotes émaillent le récit. Parmi elles : celle des villages japonais reconstitués et peuplés d’individus kidnappés, pour entraîner les espions nord-coréens avant leur séjour au pays du Soleil levant. D’autres, plus glaçantes encore, portent sur Kim Jong Un : l’assassinat de proches, la purge de l’élite ou encore les promesses absurdes faites aux investisseurs étrangers, qui repartent souvent du pays les mains vides après y avoir placé quelques billes essentielles à la survie du régime communiste.

Pyongyang Parano questionne aussi le rôle du journaliste face à des systèmes oppressifs. Faut-il risquer sa sécurité pour dénoncer l’injustice et lever le voile sur des régimes aussi hermétiques ? À travers le périple de son tandem, l’ouvrage rend hommage à la détermination de ceux qui, malgré les dangers, choisissent d’informer. Antoine Dreyfus, Emmanuelle Delacomptée et Fanny Briant nous plongent ainsi dans les méandres d’un régime totalitaire tout en interrogeant notre propre perception de la liberté. Entre satire et témoignage, Pyongyang Parano éclaire les absurdités d’un système en vase clos, incubateur de tragédie humaine et d’illusions à vaste échelle. Un ouvrage à lire pour mieux comprendre les rouages d’un des derniers bastions de la dictature communiste.

Pyongyang Parano, Antoine Dreyfus, Emmanuelle Delacomptée et Fanny Briant 
Marabulles, novembre 2024, 128 pages

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3.5

« Jardins secrets du Japon » : espaces sacrés

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Dans Jardins secrets du Japon, publié aux éditions Ulmer, Francis Peeters explore les traits constitutifs de ces espaces protégés, harmonieux et souvent sacrés. Expression artistique et philosophique, ils incarnent une vision nippone profondément enracinée dans les traditions culturelles, religieuses et esthétiques du pays. 

Les jardins japonais trouvent leurs origines dans la Chine et la Corée anciennes, avec lesquelles le Japon entretenait des échanges culturels intenses dès le VIe siècle. Le bouddhisme, en particulier le bouddhisme zen, a profondément influencé leur développement. Francis Peeters retrace le cheminement historique de ces espaces qu’il qualifie de « secrets », en ce sens qu’ils sont porteurs de significations cachées, qui échappent souvent aux visiteurs étrangers et/ou occasionnels.

Les jardins japonais sont en effet bien plus que des espaces verts, puisqu’ils renferment des concepts philosophiques et spirituels profonds. L’harmonie avec la nature y occupe une place de choix, notamment dans le Shakkei (paysage emprunté), une technique qui incorpore les paysages environnants, comme des collines ou des montagnes lointaines, dans la composition du jardin, brouillant ainsi les frontières avec l’espace naturel. Plus généralement, l’esthétique japonaise met en avant la simplicité, l’imperfection et l’éphémère. Les jardins cherchent à refléter la beauté naturelle dans un équilibre subtil entre l’artifice et le sauvage.

Francis Peeters rappelle que chaque élément du jardin, qu’il s’agisse d’un rocher, d’une lanterne ou d’un pont, a une signification qui le dépasse. Par exemple, les rochers peuvent représenter des montagnes ou des îles, et les rivières symboliser l’océan ou le flux du temps. Le vide, ou ma, est quant à lui essentiel dans la conception des jardins. Il permet de créer des moments de silence visuel, laissant place à l’interprétation et à la contemplation.

Lieux de méditation et de communion avec le divin ou la nature, les jardins japonais ont connu différentes périodes, d’Asuka (538-710) à Edo (1603-1868) en passant par Heian (794-1185). Sous l’influence du zen, les jardins secs (karesansui) émergent. Ces jardins minimalistes, composés de rochers et de gravier ratissé, visent à suggérer des paysages marins ou montagneux abstraits. Chaque période apporte ses spécificités et ses innovations. Cependant, certaines règles demeurent : l’asymétrie, la miniaturisation ou encore l’exploitation des saisons.

En tout, dans un ouvrage superbement illustré, Francis Peeters nous invite à découvrir pas moins de 40 jardins, dont Yoshiminedera, Shôwa Kinen Kôen ou Jo-an. Il évoque longuement les pavillons de thé, rapporte les contrastes des jardins de l’Ambassade du Canada, énonce ce qui fait la singularité de Shungakuin, un jardin impérial longtemps jalousement gardé… De quoi prendre pleinement conscience des intentions et agencements de ces espaces qui, en plus d’être visuellement attrayants, constituent un pont privilégié vers la culture nippone. 

Jardins secrets du Japon, Francis Peeters
Ulmer, novembre 2024, 224 pages

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4.5

« Notre monde en chiffres » : ce que les données nous apprennent

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Avec Notre monde en chiffres, les éditions Gallimard proposent une immersion ludique et éducative au cœur de la diversité et de la complexité de notre monde. Cette encyclopédie richement illustrée condense des informations fascinantes et des données variées sur une grande pluralité de thèmes, allant de l’espace aux cultures humaines, en passant par les phénomènes naturels, l’histoire et les technologies. Destiné à un public curieux et intergénérationnel, l’ouvrage offre un subtil équilibre entre rigueur scientifique et pédagogie visuelle.

Organisé en six grandes sections thématiques – l’espace, la Terre, la nature, peuples et cultures, l’histoire, science et technologies –, Notre monde en chiffres invite le (jeune) lecteur à un voyage à travers son environnement proche et lointain. Chaque section est subdivisée en courts chapitres abordant des sujets précis tels que « Les planètes », « Séismes et volcans » ou « Les 10 serpents les plus longs ». Une organisation linéaire et visuelle favorise une lecture fluide et accessible. Le recours aux classements (« Les 10 plus hautes montagnes », « Les 10 animaux terrestres les plus lourds », etc.) éveille la curiosité tout en offrant des points d’entrée légers et accessibles permettant de découvrir des informations marquantes.

L’un des points forts de cet ouvrage tient incontestablement à sa capacité à transmettre des connaissances au travers de chiffres étonnants et d’anecdotes insolites. On apprendra ainsi qu’une bactérie comme E. coli peut se multiplier pour atteindre 70 milliards d’individus en 12 heures, que les tornades peuvent produire des vents atteignant plus de 320 km/h, que Rome compte plus de 900 églises en son sein ou encore qu’on recense 7117 langues différentes parlées à travers le monde. Chaque thème est scruté par ses reliefs les plus édifiants comme ses aspérités les plus discrètes. Ainsi, sur les volcans, il sera question des traditionnels points culminants mais aussi du nombre de vols supprimés en raison de l’éruption du volcan Eyjafjallajökul en Islande en 2020. 

Pour diffuser l’information, le livre mise sur une présentation graphique dynamique, en intégrant des infographies, des illustrations et des données percutantes. Les blocs d’informations sont hiérarchisés avec soin, les chiffres-clés étant mis en avant pour capter l’attention. L’exemple de la double page consacrée à la « Vie microscopique » illustre bien cette approche. On y découvre que 700 espèces de microbes peuplent notre bouche ou que Thiomargarita namibiensis, visible à l’œil nu, mesure 0,75 mm. Ces informations sont accompagnées d’une image macroscopique de pou.

Conçu à hauteur d’enfant, l’ouvrage brille par sa capacité à croiser des disciplines variées. À titre d’exemple, la section « Peuples et Cultures » explore simultanément les langues, les sports, la musique ou encore les drapeaux, tout en les reliant à des éléments quantifiables. De même, dans « Science et Technologies », les sujets techniques (comme les extrêmes températures ou les innovations robotiques) cohabitent avec les super-constructions et les moyens de locomotion, tous présentés avec une simplicité qui les rend compréhensibles pour les jeunes lecteurs.

Avec son contenu varié, sa rigueur scientifique et ses visuels attrayants, Notre monde en chiffres séduira aussi bien les passionnés de sciences que les amateurs de culture générale. Son ambition va au-delà de l’information brute : il vise à éveiller chez ses lecteurs un sens de l’émerveillement face à la richesse et à la diversité de notre monde. Un précieux outil pour les plus jeunes, et plus généralement pour quiconque souhaitant explorer la planète et l’univers qui l’entoure, un chiffre à la fois.

Notre monde en chiffres, ouvrage collectif
Gallimard, octobre 2024, 192 pages

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4

« Le Cas David Zimmerman » : les méandres de l’identité

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Avec Le Cas David Zimmerman, publié aux éditions Sarbacane, Lucas et Arthur Harari s’associent pour proposer un album intrigant et rivé aux questions identitaires. Explorant les frontières entre fantastique, thriller et introspection, ce volumineux roman graphique (360 pages) place son protagoniste dans une situation troublante et potentiellement inextricable.

Trentenaire parisien, photographe, introverti, David Zimmerman voit son existence bouleversée après une soirée du Nouvel An arrosée. Il se réveille le lendemain dans le corps d’une femme qu’il a rencontrée quelques heures plus tôt et avec laquelle il a couché. Ce point de départ fantastique s’ancre dans un traitement hyper-réaliste. On se trouve clairement à mille lieues des ressorts humoristiques ou grivois associés au « body swap ».

Partant, David n’a qu’une chose à faire : mener l’enquête pour tenter de comprendre de quoi il retourne. Il tente péniblement de retrouver son corps d’origine tout en s’adaptant à cette situation inédite, qu’il doit garder secrète. Les Harari en profitent évidemment pour explorer des thématiques universelles, avec un point de vue passionnant : la construction de soi, la perception sociale, les questions de genre… Se retrouver dans le corps d’une tierce personne, d’un autre sexe qui plus est, offre une perspective nouvelle sur l’existence, la société et ouvre un champ de réflexion que Le Cas David Zimmerman exploite en clerc.

L’union des talents de Lucas et Arthur Harari offre une œuvre d’une rare cohérence artistique. Lucas échafaude une vision de Paris onirique et parfois oppressante, qui se marie parfaitement avec l’écriture réaliste et introspective d’Arthur. Le décor parisien, omniprésent dans l’album, agit d’ailleurs comme un personnage à part entière. Les rues, immeubles et cafés de la capitale deviennent le témoins privilégiés des faits et gestes des protagonistes. Les lieux, plus généralement, ne sont pas de simples toiles de fond : ils cristallisent des souvenirs, des émotions et des tensions, amplifiant l’impact narratif de l’histoire. On le ressent par exemple lorsque David rend visite à sa mère dans la peau d’une autre personne.

Au-delà de la seule question du genre, évidente, Le Cas David Zimmerman interroge ce qui constitue l’essence d’un individu. David, contraint de vivre dans un autre corps, réinterprète ses choix, ses souvenirs et sa place dans un monde où il se sentait déjà étranger. Par ailleurs, l’urgence de retrouver son identité physique éclaire en seconde intention des problématiques contemporaines : le rapport au corps ou les assignations sociales, notamment. Comme dans La Métamorphose de Kafka, l’irruption du fantastique pousse de facto le personnage à une quête existentielle.

Le Cas David Zimmerman bénéficie d’un récit captivant, d’une esthétique maîtrisée et d’un propos suffisamment dense pour s’inviter parmi les lectures incontournables de l’année. On en oublierait d’ailleurs presque que l’enquête elle-même est passionnante, puisqu’il s’agit d’identifier le « patient 0 », ou en tout cas de remonter jusqu’à cette personne responsable du « body swap », qui désormais pourrait être n’importe qui, afin de remettre les choses dans le bon ordre. 

Le Cas David Zimmerman, Lucas Harari et Arthur Harari
Sarbacane, novembre 2024, 360 pages

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4

Signé Olrik (nouvelle forfaiture)

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Olrik croupit dans la prison londonienne de Wansworth. Tiré d’un cauchemar, il se voit attribuer deux compagnons de cellule, des activistes du F.C.G. (Free Cornwall Group) qui revendiquent l’indépendance des Cornouailles. Ils semblent disposer de certains moyens, mais les circonstances vont amener Olrik à leur proposer une coopération qui pourrait s’avérer fructueuse…

Depuis la disparition (1987) d’Edgar P. Jacobs, auteur historique des Aventures de Blake et Mortimer, les Éditions Blake et Mortimer font leur possible pour continuer de faire vivre la série, en prenant pour principe de faire paraître de nouveaux albums. Les auteurs sollicités respectent généralement un cahier des charges assez précis. On peut dire qu’Yves Sente et André Juillard l’appliquent scrupuleusement avec cet album qui comprend 62 planches au format classique de la BD franco-belge, un soin pour les détails qui fait honneur à la série, suffisamment de texte (dont quelques mots et expressions en anglais) pour bien appuyer l’action dans toutes ses péripéties, une nouvelle confrontation de Blake et Mortimer avec Olrik, quelques personnages douteux, certains défendant donc une cause mais avec des moyens et une mentalité particulièrement discutables, ainsi qu’une incursion dans le fantastique avec des références historiques très parlantes. Il faut dire que les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai dans la série et qu’ils ont pris le temps de se rendre sur place pour se faire leurs propres impressions. La base est donc particulièrement solide.

Au-delà des apparences

Maintenant, il faut se rendre à l’évidence : que le cahier des charges soit respecté ne fait pas de l’album un chef d’œuvre, malgré une illustration de couverture particulièrement réussie à mon avis, avec un Olrik toujours aussi élégant malgré son costume de prisonnier. En fait, tout est dans l’attitude, avec ce regard porté vers l’extérieur (et donc encore et toujours, vers l’avenir), ce porte-cigarette qui apporte une touche de raffinement qui s’accorde avec la fine moustache du personnage. Bien évidemment, son incroyable assurance, le visage dans la pénombre qui se découpe derrière un fond lumineux, contraste merveilleusement avec le mur en briques rouges percé d’une fenêtre protégée par d’épais barreaux. Aucun doute, Olrik va encore en faire voir de toutes les couleurs à nos amis Blake et Mortimer. Effectivement, fort de quelques informations cruciales, Olrik va proposer un marché au Capitaine Francis Blake que ce dernier se verra contraint d’accepter pour éviter une voire même plusieurs catastrophes. Mais, bien évidemment, on ne remet pas en liberté un aventurier de la trempe d’Olrik sans quelques mauvaises surprises. Le début manque donc un peu d’originalité ou de suspense et la façon dont Olrik trouve une nouvelle opportunité de nuire tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. L’aspect fantastique lié à une vieille légende est plutôt bien trouvé et permet aux auteurs de remettre les pendules à l’heure concernant plusieurs croyances, ce qui apporte une intéressante touche d’érudition. On peut ajouter que le dessin, soigné, est bien dans le style initié par Edgar P. Jacobs. On pourra toujours avancer que Blake et Mortimer sont légèrement différents physiquement que sous le trait de Jacobs, mais il n’y a pas de quoi crier au scandale. Par contre, ce qui manque vraiment par rapport à ce que faisait Jacobs, ce sont des dessins si possible grand format avec des situations fortes propres à marquer l’imaginaire des lecteurs. On a bien une invention de Mortimer qui apporte une situation originale, mais cela n’apporte rien de vraiment spectaculaire ou marquant. Quant à l’apport fantastique, même s’il permet une situation intéressante, il tourne un peu court avec une catastrophe naturelle qui ne surprend pas vraiment et permet de faire en sorte que tous les éléments légendaires disparaissent pour devenir hors d’atteinte avec l’ultime péripétie en fin d’album.

Quelques points originaux

Mais puisque cet album, le n°30 de la série, vise également un public qui ne la connait qu’imparfaitement, il faut préciser que Signé Olrik se présente avec une base à trois bandes par planche, ce qui apporte une bonne lisibilité à l’ensemble et a permis assez naturellement la sortie de l’album sous un autre format, à l’italienne. On note également que la narration maintient bien le suspense et de façon régulièrement astucieuse, à propos d’un personnage désigné comme le Grand Druide et que ses adeptes appellent Maître. En effet, soit il apparait de dos, soit caché soit même son visage masqué par une bulle. Malheureusement, quand on découvre enfin son identité, la révélation tourne un peu court. A noter que, parmi les personnages, quelques-uns arborent une barbiche suffisamment longue et fournie pour leur permettre une fantaisie sous forme de petite tresse. Enfin, l’album se fait remarquer par une problématique qui éveille un écho avec le monde d’aujourd’hui. En effet, en Cornouailles, les autochtones se plaignent de la montée en nombre d’étrangers venus sur place pour pallier un manque de main d’œuvre. On comprend d’ailleurs très tardivement que ce manque est à mettre sur le compte des pertes de la Seconde Guerre mondiale, les auteurs répugnant visiblement à raccrocher leur récit à des événements réels, préférant largement compter sur les décors, puisque leurs personnages restent fictifs. A noter pour conclure que l’album dégage une émotion particulière, puisque son dessinateur, André Juillard, est décédé le 31 juillet 2024, soit peu avant sa parution. Selon Yves Sente Signé Olrik peut être considéré comme une sorte d’œuvre testamentaire de son dessinateur, probablement pour le style presque intemporel du dessin et ce thème à résonance actuelle.

Les aventures de Blake et Mortimer (n°30) : Signé Olrik – Yves Sente (scénario) – André Juillard (dessin) et Madeleine Demille (couleurs)
Éditions Blake et Mortimer (distribué par Dargaud) : sorti le 31 octobre 2024

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3

Graines de voyous, souvenez-vous du 3 août 1951 !

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Avec cet album, nous voici déjà arrivés au huitième épisode de la série Les Vieux Fourneaux qui met en scène le trio du troisième âge qui fait l’illustration de couverture, à savoir et de gauche à droite Pierrot le plus allumé des trois, Antoine qui va se retrouver au centre de quelques révélations et Mimile le plus sérieux ou solide. L’épisode nous rapproche de l’univers des rugbymen et fait de nombreuses allusions à la série Le Loup en slip.

La première planche nous rapproche d’un autre personnage de la génération du trio des Vieux fourneaux, monsieur Civrac, producteur de pommes bio qui déplore les effets d’une saison caniculaire, avec l’étang de la Gibelette réduit à sa plus simple expression, puisqu’on peut en voir le fond, situation inédite. On le sent assez remonté mais également un peu ailleurs. L’explication, c’est qu’il se prépare à régler une vieille rancœur. Dans le même temps, une fois de plus, Pierrot fait des siennes, alors qu’il prend le train pour revenir à Montcœur, afin de participer à la petite fête organisée pour les 60 ans du théâtre « Le Loup en slip » fondé par Lucette, l’épouse décédée d’Antoine. Ce dernier prépare la fête avec sa petite-fille Sophie. L’occasion d’évoquer entre eux l’événement qui a tout changé, à savoir le premier baiser entre Antoine et Lucette.

De quoi s’amuser

La préparation de la fête se trouve contrariée par l’arrivée à Grandcœur d’un personnage que tout le monde prend pour Pierrot débarquant avec un temps de retard de la gare, ce qui nous vaut quelques malentendus. Attention cependant, n’imaginez pas que la surdité même débutante soit au centre de ces confusions, parce que les personnages concernés sont du troisième âge. C’est l’occasion de signaler non sans un certain amusement que nos trois personnages centraux ne vieillissent pas d’un épisode à l’autre, grand classique de la BD franco-belge, ce qui ne les a pas empêché d’atteindre ce fameux troisième âge. En parallèle, on constate que nos papys agissent bien souvent comme s’ils n’avaient aucune difficulté physique, ce qui crée une sorte de décalage amusant avec leur allure générale, le crâne dégarni, lunettes pour deux d’entre eux, une bonne bedaine pour Mimile, etc. A cela s’ajoute leur façon de s’exprimer qui exclut un vocabulaire djeune qui ne collerait pas, mais des expressions qui montrent qu’ils ne sont pas les papys gâteux qu’on pourrait imaginer. Par contre, de leur mentalité tendance anarchiste, on peut regretter sur cet épisode qu’elle n’aille guère plus loin que les provocations de Pierrot qui occupent essentiellement quelques planches en début d’album.

La jeunesse des Vieux Fourneaux

Ceci dit, toujours aussi à l’aise dans le domaine de la série franco-belge un peu hors normes mais calibrée (54 planches), les auteurs ne manquent pas d’inspiration, car même s’ils délaissent un peu le côté provocateur qu’on apprécie chez leurs personnages, ils s’intéressent à leur passé amoureux d’une façon qui permet de mieux comprendre leurs personnalités, ce qui justifie parfaitement le titre de l’épisode, amusant par bien des points. Et puisqu’il est question du passé (on remonte quand même jusque 1951), les flashbacks s’insèrent logiquement dans la narration sans la moindre confusion, par l’utilisation d’un noir et blanc relativement clair qui s’harmonise bien avec les couleurs de Jérôme Maffre. De manière générale, on apprécie à nouveau le dessin très expressif de Paul Cauuet, même si je le trouve plus à son aise pour croquer son trio de papys plutôt que ses autres personnages plus jeunes qui arborent des visages un peu trop systématiquement sympathiques à mon avis. Il est vrai cependant que cela colle assez bien avec les relations souvent privilégiées qui s’établissent entre grands-parents et petits-enfants. Sans surprise, tout le travail de découpage, de mise en scène et d’organisation des planches est impeccable, ce qui nous donne un nouvel album très agréable à lire, bien qu’on puisse le qualifier de parenthèse dans la série.

Petits regrets

A noter quand même que les flashbacks mettent en évidence que selon le point de vue, un même événement puisse donner lieu à plusieurs interprétations, ce qui change beaucoup de choses. Le petit regret que j’y associe, c’est que les auteurs privilégient une ambiance bon enfant, alors qu’ils abordent un thème dont la gravité dégage un potentiel à peine effleuré et qui se trouve même finalement tournée en dérision. En effet, en début d’album M. Civrac se prépare pour la bagarre pour une raison qui lui tient particulièrement à cœur depuis très longtemps. Or, nous arrivons à la conclusion que M. Civrac arrive bien trop tard (il n’a plus les moyens physiques) pour obtenir réparation. Surtout, on réalise qu’au moment crucial, des moyens pas franchement respectueux permettent d’établir des situations sur le long terme. Ce n’est pas la réparation d’une mobylette enfin retrouvée qui y changera grand-chose, malgré tous les efforts humains déployés à l’occasion. Et Sophie la petite-fille ne trouvera rien à y redire, puisque depuis longtemps, comme on dit les jeux sont faits. Les autres points qui font un peu tiquer sont l’insistance sur Le Loup en slip qui tourne à l’auto-promotion un peu facile et l’intervention d’un rugbyman, le Fidjien Koroiduadua, personnage réel (présenté comme joueur du Stade Toulousain, alors qu’en France il n’a joué que pour l’AS Clermont-Auvergne) qui tombe comme un cheveu sur la soupe pour ancrer l’épisode dans l’univers du rugby. Dans cette série, les auteurs font régulièrement des pieds de nez à la crédibilité, mais ici à mon avis ils vont trop loin.

Les Vieux Fourneaux – Tome 8 – Graine de voyous – Scénario : Wilfrid Lupano – Dessin Paul Cauuet et couleurs Jérôme Maffre
Dargaud : paru le 8 novembre 2024
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3

Les Œillades 2024 : Everybody Loves Touda de Nabil Ayouch, la sirène de Casablanca

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Grâce à la performance magnétique d’une Nisrin Erradi au regard étincelant, inondé de tendresse et de déchirements intérieurs, Everybody Loves Touda, neuvième long-métrage de Nabil Ayouch, capture l’aura lumineuse d’une femme forte et talentueuse, déterminée à lutter sans relâche contre les injonctions d’une société patriarcale marocaine corsetée dans des croyances rétrogrades. À travers ce personnage qui oscille entre délicate quête d’amour et indestructible volonté d’indépendance, Nabil Ayouch parvient à dépasser le récit individuel pour mener une réflexion politique collective sur le corps des femmes.

Jeune mère célibataire passionnée par le chant Aïta, Touda, magnifiquement interprétée par Nisrin Erradi, nourrit le rêve de devenir une « Cheikha », une artiste traditionnelle marocaine, afin d’offrir une vie meilleure à Yassine, son fils sourd-muet de neuf ans (Joud Chamihy, remarquable de justesse). Par conséquent, elle doit quitter son petit village des montagnes de l’Atlas pour s’installer à Casablanca. Le voyage physique vers les lumières vives et envoûtantes des cabarets de la grande ville amorce alors une vibrante quête intérieure.

Cri de rage autant que d’amour, Everybody Loves Touda est un drame musical passionnant tant par l’intensité de son sujet que par ses choix bruts de mise en scène, que le cinéaste travaille tel un orfèvre. Nabil Ayouch poursuit la réflexion initiée dans Much Loved, qui suivait un groupe de quatre prostituées à Marrakech. Il dénonce ici avec force l’enracinement du patriarcat et brosse le portrait d’une femme d’aujourd’hui, à la fois déterminée, fougueuse, hardie, pétrie de déchirements intimes, qui doit élever seule son enfant handicapé dans un climat de violence permanente. En effet, Touda incarne l’une de ces héroïnes en rébellion contre tous les pouvoirs établis, refusant l’esclavage moderne et les injonctions de la société patriarcale marocaine qui veut faire d’elles des marchandises. On lit une profonde souffrance sur son visage tantôt fermé, tantôt rayonnant, mais toujours digne, lequel, se reflétant dans des miroirs précaires, incapables de lire l’avenir, revêt une multitude de masques – showgirl, sorcière, prostituée, sont toutes admirées autant que méprisées – et se soumet à contrecœur aux regards pervers et aux gestes grivois des ivrognes immondes qui croisent sa route. En effet, Ayouch l’affirme dès la séquence d’ouverture dans laquelle la frénésie de la danse se change à la nuit tombée en viol glaçant : entre Touda et les hommes, tout est question de rapport de force, quasiment une guerre menée. Il règne ainsi une atmosphère de fatalité symbolique, où le malaise se fait grandissant à chaque frontière franchie, jusqu’à ce que la jeune femme rencontre enfin un vieux et tendre violoniste, campé par le très touchant El Moustafa Boutankite. Séduit par son talent, sa bravoure et son ambition, ce dernier veut l’aider à voler de ses propres ailes, à s’accomplir à travers la musique.

Art de résistance au féminin porté par une voix puissante, le chant traditionnel Aïta célèbre la vie sans pudeur ni censure. Il s’apparente à un souffle torride, un gémissement moite, une lamentation langoureuse : autant de résonances poétiques nées il y a des siècles dans les vastes plaines du Maroc, auxquelles vient se greffer l’image sublime d’une baignade purificatrice. Organique et sensorielle, la mise en scène d’Everybody Loves Touda crépite d’énergie à différents niveaux, notamment lorsque la lumière éclatante du soleil de Casablanca porte à ébullition la sensualité ténébreuse et le désir brûlant qui circulent entre les corps. De même, la souplesse de la caméra de Virginie Surdej (Le Bleu du Caftan) montre sans artifice la manière dont l’héroïne, caressant la foule, ondulant furieusement à la lueur hypnotique des néons, occupe l’espace, prend peu à peu possession de la scène, puis du cabaret tout entier, théâtre ancestral de pouvoir et de revendication. Étincelante pièce maîtresse de ce véritable tourbillon de numéros musicaux électriques, Nisrin Erradi est comme possédée par la force de caractère de son personnage, noyée dans des larmes muettes qui répondent subtilement à la musicalité bienfaitrice de la pluie du Moyen-Orient, mais surtout au regard humide et admiratif de l’enfant, émerveillé par la pugnacité de sa mère se débattant pour sortir de la précarité et prendre soin de lui. Demeure cet ambivalent final en forme de plan-séquence complexe et ultra-construit, dans lequel Touda tombe de très haut : à bord d’un ascenseur social à rebours, la jeune femme redescend d’un trait et en pleurs, les trente-sept étages qu’elle s’est évertuée à gravir, afin de s’ouvrir à un nouveau destin possible. Un film envoûtant et magnifique.  Sévan Lesaffre

Everybody Loves Touda – Bande-annonce

Synopsis : Touda rêve de devenir une Cheikha, une artiste traditionnelle marocaine, qui chante sans pudeur ni censure des textes de résistance, d’amour et d’émancipation, transmis depuis des générations. Se produisant tous les soirs dans les bars de sa petite ville de province sous le regard des hommes, Touda nourrit l’espoir d’un avenir meilleur pour elle et son fils. Maltraitée et humiliée, elle décide de tout quitter pour les lumières de Casablanca…

Everybody Loves Touda – Fiche technique

Réalisation et scénario : Nabil Ayouch, avec la collaboration de Maryam Touzani
Avec : Nisrin Erradi, Joud Chamihy, Jalila Tlemsi, El Moustafa Boutankite, Lahcen Razzougui…
Production : Nabil Ayouch
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Nicolas Rumpl, Yassir Hamani
Décors : Eve Martin, Samir Issoum
Costumes : Rafika Benmimoum
Musique : Flemming Nordkrog, Kristian Selin Eidnes Andersen
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 1h42
Genre : Drame
Sortie : 18 décembre 2024

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FIFAM 2024 : Neptune Frost de Saul Williams et Anisia Uzeyman

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Présenté au FIFAM 2024 dans la catégorie « Afrofuturismes et futurismes africains », Neptune Frost est une fresque visuelle et poétique signée Saul Williams et Anisia Uzeyman. Entre révolution technologique, questionnement identitaire et esthétique queer, le film propose un voyage sensoriel hors des codes traditionnels, porté par deux personnages emblématiques, Neptune et Matalusa.

L’idée qu’un poète se fait d’un rêve ressemble-t-elle à Neptune Frost ? En tout cas, c’est bien un rêve commun aux deux protagonistes, Neptune et Matalusa, qui les réunit entre révolution et technologie. Neptune est née dans sa vingt-troisième année, dit-elle. Elle est devenue femme à cette occasion. Mata devient Mata Loser King après la mort de son frère Tekno, qui le libère de la domination qu’il acceptait, pensant appartenir au progrès qui, en fait, l’exploitait. Le décor, futuriste et ombrageux, est posé. Autour d’eux gravitent d’autres révolutionnaires. Tout est dit ici par des chansons qui peuplent le film. Parfois pourtant, la révolution se fait en silence. Quand Neptune, qui est aussi une icône intersexe, prépare sa transformation, on la voit sur un bateau sous le regard d’une passagère, chausser des talons et relever la tête. Les corps se transforment et se libèrent autant que les pensées s’accélèrent. Sur un terrain vaguement protégé par un mur invisible, la révolution devient technologique, elle est danse et feu.

Neptune Frost est une immense fresque visuelle dont les couleurs évoluent au gré des émotions des personnages. Les rêves qui y sont filmés sont des fragments, des éclats précieux qui prennent sens comme autant de réseaux d’une grande mosaïque poétique. Tout cela est rendu possible par l’incarnation de ces rêves dans la destinée de deux personnages auxquels on s’attache : Neptune et Mata. Nous partons avec eux, nous suivons leurs marches, leurs rencontres, leurs aspirations. Autant d’images résistant aux codes de la narration traditionnelle : la révolution vient aussi de là. Le film est esthétique, queer, sa voix s’élève au-dessus de la mêlée. « On a beaucoup pensé à RanXerox, un comics cyberpunk des années 1980, et j’ai beaucoup lu de livres sur les algorithmes. Pour l’atmosphère, on s’est beaucoup inspiré de Solaris de Tarkovski, cette ambiance de fin des temps. 2046 de Wong Kar Wai nous a influencés, notamment sur la manière dont les couleurs pouvaient refléter l’état émotionnel des personnages ». (voir dossier de presse du film)

Neptune Frost est un film de danses, de mots et de lucidité. C’est aussi une œuvre qui fait le choix du poète. En balayant l’idée, guidée par la peur des armes et de la mort, que nourrir un système est plus facile que le détruire. La cible Neptune ne peut être détruite car sa tête tranchée, sa connexion au monde, repoussera toujours. Non pas telle une hydre mythologique, mais plutôt telle une révolutionnaire du futur dont l’écho à jamais enregistré, partagé, dématérialisé, ne s’éteindra jamais. « Pour moi le film n’est pas lié à un moment particulier, plutôt au pays où je suis née, le Rwanda, un endroit qui m’est très intime et que je voulais regarder avec un soin particulier. Je voulais raconter l’histoire d’une jeune femme de ce pays déterminée, avec du pouvoir. C’est en cela que je me projette dans son histoire : elle prend son indépendance. » (voir dossier de presse du film)

Neptune Frost : Fiche technique

Synopsis : Hauts plateaux du Burundi, de nos jours. Après la mort de son frère, Matalusa, un mineur de coltan, forme un collectif de cyber-pirates anticolonialistes. Évoluant dans une société autoritariste où la technologie règne en maître, il rencontre alors Neptune, un.e hacker intersexe. De leur union va naître une insurrection virtuelle et surpuissante.

Réalisation : Saul Williams et Anisia Uzeyman
Scénario : Saul Williams
Interprètes : Cheryl Isheja, Elvis Ngabo, Eliane Umuhire
Durée : 1h45
Date de sortie : 10 mai 2023
Genre : science-fiction

Kafka, le dernier été : lettres vitales

Dans un beau film triste, Judith Kaufmann et Georg Maas parviennent à restituer avec sobriété et émotion l’atmosphère mélancolique et sensible des derniers mois de la vie de l’écrivain Franz Kafka, souffrant de tuberculose et épris de la jeune animatrice Dora Diamant.

La hache qui fend la mer gelée en nous.

Par une mise en scène empreinte de subtilité et de justesse, les deux réalisateurs arrivent à nous transmettre la ferveur du sentiment d’amour, ce nouveau « dernier été » que va vivre l’écrivain dans sa rencontre émerveillée avec Dora.

Nous sommes au cœur de leur amour naissant et vibrant, dans la pureté et l’enfance de leurs liens mais aussi dans le spleen existentiel profond inhérent à l’écriture de Kafka grâce au beau visage inquiet de l’acteur (Sabin Tambrea).

Le chatoiement de la lumière offre au film sa tonalité toute en tendresse languide et éblouissement nostalgique, sa couleur modeste et romanesque coordonnée à l’écriture de l’écrivain austro-hongrois, sa langue dépouillée, particulièrement claire et non ornée. 

Kafka, le dernier été réussit à incarner la maladie de l’existence dont souffrait essentiellement Kafka et cette manière sincère qu’il avait d’écrire comme « on fendrait les flots de la nuit ». Le film rejoint la simplicité de sa langue en même temps que son obsession pour le vrai : ce qui n’était pas inventé, pas artificiel. Ce qui était vécu intérieurement par l’écrivain.

Des trouvailles de mise en scène poétiques comme ces lits du sanatorium sur la mer Baltique et cette lettre envoyée à une poupée ajoutent au climat d’émotions du film, à sa sobriété gracieuse.

Recréer une atmosphère, traduire une intériorité, surtout celle d’un écrivain est difficile au cinéma sans que cela soit artificiel. Kafka, le dernier été donne à voir de manière presque intime mais sans excès ni pesanteur les derniers souffles de Kafka, son mal-être, sa gentillesse, sa pudeur, l’authenticité de son amitié avec Max Brod ainsi que l’étouffement de la relation à son père et le merveilleux de cet amour avec Dora qui lui redonne l’élan vital avant de succomber à la tuberculose. Ce pourrait être un autre que le grand écrivain de la Colonie pénitentiaire, ce pourrait être juste quelqu’un qui a du mal à exister, n’importe qui en défaut d’existence qui rencontre l’amour et ses métamorphoses. Le film a cette qualité de ne pas insister et de nous permettre l’identification absolue.

Surtout, le film écoute comment les lettres de l’écrivain elles-mêmes vivent, se chuchotent, se métamorphosent ou se disent par-delà la mort dans une sorte de feu calme, de fièvre réconciliée.

Kafka, le dernier été : bande-annonce

Kafka, le dernier été : fiche technique

Titre original : Die Herrlichkeit des Lebens
Réalisation : Judith Kaufmann et Georg Maas
Interprétation : Sabin Tambrea, Henriette Confurius, Manuel Rubey, Daniela Golpashin
Scénario : George Maas, Michael Gutmann · D’après La Splendeur de la vie de Michael Kumpfmüller
Images : Judith Kaufmann
Musique : Paul Eisenach, Jonas Hofer
Décors : Katharina Wöppermann
Costumes : Tanja Hausner
Montage : Hansjörg Weissbrich, Gisela Zick
Production : Helge Sasse (Tempest Film), Solveig Fina et Tommy Pridnig (Lotus Film)
Pays de production : Allemagen, Autriche
Genre : biopic, drame, romance
Durée : 1h39
Date de sortie : 20 novembre 2024

Léon : and she’s buying a stairway to heaven

Léon constitue probablement le diamant noir de la filmographie de Luc Besson. Dépressif, emprunt de mélancolie, et par la magie du cinéma, le film parvient à nous faire croire à l’improbable, c’est-à-dire un lien qui unit un tueur à gages avec une enfant. Le tout contient une certaine beauté, une certaine tendresse. Une grande réussite sur ce que le cinéma français a su prendre de meilleur du savoir-faire américain.

Par la présence presque organique de la musique lancinante, parfois explosive, d’Éric Serra, Léon est un concert sons et lumières, où les bas-fonds sont exposés dans un cortège funèbre aux autorités corrompues : l’école est déconsidérée, la police tue en toute impunité, la famille n’est plus un refuge, l’innocence est en danger.

Le bitume de New York est le théâtre d’âmes qui s’étiolent, devant le désaveu d’une société qui ne protège plus et qui génère des cimetières urbains. Nous sommes tous en train de mourir.

C’est dans un escalier tournant, à l’intérieur d’une vieille résidence, qu’une rencontre aux allures théologiques survient. En haut, la petite Mathilda fume en cachette, frêle, gracile, le visage déjà marqué de coups et les deux jambes faufilées dans la rambarde. La mélodie d’Éric Serra évoque sa personnalité grâce à une ritournelle enjouée et enfantine, au xylophone, avec un arrière-goût de mélancolie… En bas, Léon monte les marches mécaniquement avant de croiser l’enfant. Leur rencontre fait naître un léger souffle de vie dans cette ville nauséeuse, dans ce couloir à la mythologie noire pour la jeune fille, lieu de rendez-vous des adultes qui flirtent avec la mort. Les paillassons des locataires sont sinistres, les allées étouffantes. Les télévisions cathodiques sont des pots métalliques vides et cafardeux. C’est comme si elles émettaient des ondes radioactives. Les judas optiques permettent de vérifier si ce n’est pas la mort qui nous attend.

Symphonique et sidérante de cruauté, la tuerie sauvage qui rend Mathilda orpheline marque le début du récit. C’est alors l’enfant et le tueur contre le reste du monde.

Parce que Léon est un produit monstrueux, il doit, en contrepartie, vivre reclus. Communiquer, c’est mourir… Analphabète, naïf, docile lorsqu’il ne travaille pas, au visage d’enfant quand il regarde une comédie musicale en noir et blanc, il peut renfermer dans son grand manteau tout un attirail ou une plante, symbole de sa solitude et de son moi profond. En acceptant la venue de Mathilda chez lui, c’est un danger supplémentaire qu’il fait rentrer dans sa vie. L’isolement est le prix à payer lorsqu’on est un assassin.

Quand la petite fille veut venger la mort de son frère, la violence devient pédagogique. Il y a quelque chose de pathétique et d’incroyablement beau dans leur routine, sous la mélodie vocale de Björk. Tous deux sont les ressorts dramatiques d’une société régie par la folie et l’aliénation éruptive de Gary Oldman, chef de police trafiquant et consommateur de drogue.

La vie, c’est comme ça tout le temps, ou seulement quand on est petit ?

Les silences sont pleins de tendresse. Mais l’étau se resserre progressivement, inéluctablement, avant le feu d’artifice final où Mathilda et Léon sont pourchassés comme des rats à travers leur immeuble. Les pièces se referment alors tout à la fois physiquement et psychologiquement, et deviennent comme des compartiments piégés où chaque centimètre carré est potentiellement mortel.

Hurlement de rage de la part de Léon, qui espère l’impossible, un miracle où la vie peut encore être belle. Mais l’inévitable se produit, la fin d’une utopie s’impose, remet en place la figure du monde.

Dans un enchevêtrement de plans souvent magnifiquement cadrés, avec des caméras aux grand-angles pour élargir les espaces, les confinements irrespirables, Besson impose son meilleur film, Léon, comme un chef  virtuose dans son microcosme fictionnel.

Le début peut s’appeler Léon. La fin pourrait s’appeler Mathilda, quand elle commence une vie nouvelle, en emportant avec elle la mythologie du tueur, enterrant sa plante, comme un lien éternel, en captation directe avec l’au-delà.

Bande-annonce : Léon

Fiche technique : Léon

Synopsis : Un tueur à gages répondant au nom de Léon prend sous son aile Mathilda, une petite fille de 12 ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une « nettoyeuse », comme lui. La jeune fille pourra alors venger son petit frère.

  • Titre original : Léon
  • Titre international : The Professional ou Léon: The Professional
  • Titre québécois : Le Professionnel
  • Réalisation et scénario : Luc Besson
  • Musique : Éric Serra
  • Direction artistique : Gérard Drolon
  • Décors : Dan Weil
  • Costumes : Magali Guidasci
  • Photographie : Thierry Arbogast
  • Son : Pierre Excoffier, François Groult, Gérard Lamps et Bruno Tarrière
  • Montage : Sylvie Landra
  • Production : Patrice Ledoux, Luc Besson et Claude Besson
  • Sociétés de production : Gaumont et Les Films du Dauphin
  • Sociétés de distribution : Gaumont Buena Vista International (France)
  • Budget : 115 millions francs
  • Pays de production : France
  • Langues originales : anglais, et partiellement en français et italien
  • Format : couleur (Technicolor) — 35 mm — 2,35:1 Cinémascope — son Dolby SR / Digital SR-D / DTS / SDDS
  • Genre : drame, action
  • Durée : 110 minutes, 136 minutes (version director’s cut, 1996)
  • Dates de sortie :France : 14 septembre 1994 (sortie initiale) ; 26 juin 1996 (version intégrale) ;États-Unis : 18 novembre 1994
  • France : interdit aux moins de 12 ans
  • Natalie Portman (ici en 2009), actrice révélée par Léon dans le rôle de Mathilda.
  • Jean Reno (ici en 2002) interprète le rôle-titre de Léon.
  • Jean Reno (VF : lui-même) : Léon
  • Natalie Portman (VF : Ludivine Sagnier) : Mathilda Lando
  • Gary Oldman (VF : Dominique Collignon-Maurin) : Norman Stansfield
  • Danny Aiello (VF : Michel Fortin) : Tony
  • Peter Appel (VF : Bernard Métraux) : Malky
  • Willi One Blood (VF : Emmanuel Karsen) : Willie 6, l’agent de Stansfield aux dreadlocks
  • Don Creech : l’agent de Stansfield à la veste noire
  • Keith A. Glascoe (VF : Luc Florian) : Benny, un des agents de Stansfield
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FIFAM 2024 : Les Reines du drame en présence d’Alexis Langlois

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Les Reines du drame, réalisé par Alexis Langlois, est présenté au FIFAM 2024 en avant-première et dans la catégorie « coups de cœur » du festival amiénois. L’occasion d’une rencontre avec Alexis Langlois et Marine Atlan (directrice de la photographie).

Les Reines du drame est d’abord un film de troupe. Alexis Langlois ne cessera de répéter tout au long de la soirée que son projet, pensé pendant près de six ans, ne doit ses espoirs et sa réalisation qu’au fait de savoir s’entourer : « Au départ, personne ne voulait lire le scénario, je n’avais pas rencontré encore les bonnes personnes pour faire ce long. Pour mon court métrage, Les Démons de Dorothy, j’ai rencontré la productrice Inès Daïen Das qui produit Les Reines du drame. J’ai aussi rencontré Marine Atlan qui est ici ce soir avec nous et qui a fait les images du film. Cette idée de scénario qui était en gestation a pris forme avec la rencontre avec Marine et Inès. Puis, je me suis entouré de plein d’autres personnes aussi bien au décor, plein d’acteurs et d’actrices qui étaient déjà dans mes courts (…) C’est la rencontre avec Inès et Marine qui a fait avancer le projet. Notamment Inès qui a voulu lire le scénario et qui a dit « il faut y aller ». Il va falloir travailler sur l’écriture, mais on y va ». Alexis Langlois multiplie dans son film les références, les influences, les couleurs, les drames et les retrouvailles. Chaque réplique claque, chaque scène balaie la précédente, comme une fuite en avant. L’histoire est racontée, digérée, racontée à nouveau. Les Reines du drame est une invention permanente, une utopie en actes. C’est un film excessif, trash et surtout jubilatoire. Une histoire d’amour queer, politique, passionnée. Musicalement aussi, le film ne s’arrête pas à une seule partition (on n’est pas dans l’harmonie recherchée chez Audiard avec Emilia Perez), mais fait entrer en collision plusieurs compositions, comme pour dire que c’est possible malgré les différences apparentes (Yelle, Rebeka Warrior, Mona Soyoc, Pierre Desprat… signent – entre autres – la partition). Il y a la musique pop, entre Britney et Alizée, de Mimi et celle, punk destroy, de Billie. Ces deux-là, pourtant, vont s’aimer et chanter ensemble, même dans le futur. « Il y avait la partition écrite, des chansons originales composées pour Mimi et Billie, et puis certains ont accepté de travailler avec des paroles déjà existantes. La partition était très claire dans le scénario, c’était très écrit. L’idée, avec les compositeurs, c’était de travailler sur deux tableaux : à la fois il fallait que ça leur ressemble et en même temps il y a aussi le film qui est quand même pétri de références. Donc c’était à la fois eux et pas eux. Il fallait créer des chansons originales pour les personnages donc presque créer une mythologie propre au film ».

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Alexis Langlois : Photo Chloé Margueritte

Les Reines du drame est un film qui donne envie de rire, de pleurer et de danser, et surtout de replonger dans les années 2000. Non pas par fascination, mais pour ce qu’elles ont mélangé d’influences pop, cinématographiques et télévisuelles. Surtout, pour la relecture qui est faite aujourd’hui de la scénarisation des starlettes – on pense au Pour Britney de Louise Chennevière – et comment réhabiliter ce qui est considéré comme has been ou pas « assez bien ». Pour réentendre ces histoires de filles trop lisses en apparence avec une grille féministe et passionnée. C’est pour ça que dans le film on peut entendre des phrases comme « bah ouais, sans les Spice Girls j’aurai pas lu Monique Wittig ». Le film permet de réapproprier et de faire apparaître à l’écran tout un visuel dévalorisé qui ne veut plus s’écrire seulement dans les marges. Les Reines du drame est un tourbillon permanent d’images, de références, de chansons et de drama. On s’aime dans Les Reines du drame comme on se quitte : en claquant les portes, en s’effondrant et en faisant des chansons d’amour déchirantes, déchirées. Le casting est époustouflant, corps à corps dévoyés, cris et larmes saturés, de Louiza Aura à Gio Ventura en passant par Bilal Hassani, autodérision et transformation permanente des corps (et des coupes de cheveux !).

Au final, Les Reines du drame est comme un bonbon pop duquel on sort avec l’envie d’être un « freak », un « bizarre » à la Eddy de Pretto, en tout cas, avec l’envie de s’affirmer, et de faire communauté de récits, de douleurs, de corps. « Je savais que c’était l’ADN du film d’essayer de créer du lien entre les choses qui n’en ont pas. Ce sont des mondes qui se rencontraient et enfermaient les personnages en les empêchant de s’aimer. L’idée que le film dénonce, c’est que les personnages ne pouvaient pas se rencontrer parce qu’on leur dit qu’il faut un peu se lisser. Et moi j’avais envie de faire le mouvement inverse, c’est-à-dire de faire à l’écran tout ce qu’on pense impossible et notamment de créer une sorte de communauté malgré la différence ». Le film pousse un long cri dans la nuit et s’ouvre comme autant de portes sans cesse ouvertes vers un imaginaire débordant. Jusqu’à une scène finale, mêlant là encore les genres et les époques, où l’utopie prend enfin forme sous nos yeux, comme un espoir d’amour éternel.

Les reines du drame : Fiche technique

Synopsis : 2055. Steevyshady, youtubeur hyper botoxé raconte le destin incandescent de son idole, la diva pop Mimi Madamour, du top de sa gloire en 2005 à sa descente aux enfers, précipitée par son histoire d’amour avec l’icône punk Billie Kohler. Pendant un demi-siècle, ces reines du drame ont chanté leur passion et leur rage sous le feu des projecteurs.

Réalisation : Alexis Langlois
Scénario : Alexis Langlois, Carlotta Coco, Thomas Colineau
Interprètes : Louiza Aura, Gio Ventura, Bilal Hassani, Alma Jororowsky, Asia Argento
Photographie : Marine Atlan
Genre : comédie dramatique
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h55
Date de sortie : 27 novembre 2024