FIFAM 2024 : Neptune Frost de Saul Williams et Anisia Uzeyman

Présenté au FIFAM 2024 dans la catégorie « Afrofuturismes et futurismes africains », Neptune Frost est une fresque visuelle et poétique signée Saul Williams et Anisia Uzeyman. Entre révolution technologique, questionnement identitaire et esthétique queer, le film propose un voyage sensoriel hors des codes traditionnels, porté par deux personnages emblématiques, Neptune et Matalusa.

L’idée qu’un poète se fait d’un rêve ressemble-t-elle à Neptune Frost ? En tout cas, c’est bien un rêve commun aux deux protagonistes, Neptune et Matalusa, qui les réunit entre révolution et technologie. Neptune est née dans sa vingt-troisième année, dit-elle. Elle est devenue femme à cette occasion. Mata devient Mata Loser King après la mort de son frère Tekno, qui le libère de la domination qu’il acceptait, pensant appartenir au progrès qui, en fait, l’exploitait. Le décor, futuriste et ombrageux, est posé. Autour d’eux gravitent d’autres révolutionnaires. Tout est dit ici par des chansons qui peuplent le film. Parfois pourtant, la révolution se fait en silence. Quand Neptune, qui est aussi une icône intersexe, prépare sa transformation, on la voit sur un bateau sous le regard d’une passagère, chausser des talons et relever la tête. Les corps se transforment et se libèrent autant que les pensées s’accélèrent. Sur un terrain vaguement protégé par un mur invisible, la révolution devient technologique, elle est danse et feu.

Neptune Frost est une immense fresque visuelle dont les couleurs évoluent au gré des émotions des personnages. Les rêves qui y sont filmés sont des fragments, des éclats précieux qui prennent sens comme autant de réseaux d’une grande mosaïque poétique. Tout cela est rendu possible par l’incarnation de ces rêves dans la destinée de deux personnages auxquels on s’attache : Neptune et Mata. Nous partons avec eux, nous suivons leurs marches, leurs rencontres, leurs aspirations. Autant d’images résistant aux codes de la narration traditionnelle : la révolution vient aussi de là. Le film est esthétique, queer, sa voix s’élève au-dessus de la mêlée. « On a beaucoup pensé à RanXerox, un comics cyberpunk des années 1980, et j’ai beaucoup lu de livres sur les algorithmes. Pour l’atmosphère, on s’est beaucoup inspiré de Solaris de Tarkovski, cette ambiance de fin des temps. 2046 de Wong Kar Wai nous a influencés, notamment sur la manière dont les couleurs pouvaient refléter l’état émotionnel des personnages ». (voir dossier de presse du film)

Neptune Frost est un film de danses, de mots et de lucidité. C’est aussi une œuvre qui fait le choix du poète. En balayant l’idée, guidée par la peur des armes et de la mort, que nourrir un système est plus facile que le détruire. La cible Neptune ne peut être détruite car sa tête tranchée, sa connexion au monde, repoussera toujours. Non pas telle une hydre mythologique, mais plutôt telle une révolutionnaire du futur dont l’écho à jamais enregistré, partagé, dématérialisé, ne s’éteindra jamais. « Pour moi le film n’est pas lié à un moment particulier, plutôt au pays où je suis née, le Rwanda, un endroit qui m’est très intime et que je voulais regarder avec un soin particulier. Je voulais raconter l’histoire d’une jeune femme de ce pays déterminée, avec du pouvoir. C’est en cela que je me projette dans son histoire : elle prend son indépendance. » (voir dossier de presse du film)

Neptune Frost : Fiche technique

Synopsis : Hauts plateaux du Burundi, de nos jours. Après la mort de son frère, Matalusa, un mineur de coltan, forme un collectif de cyber-pirates anticolonialistes. Évoluant dans une société autoritariste où la technologie règne en maître, il rencontre alors Neptune, un.e hacker intersexe. De leur union va naître une insurrection virtuelle et surpuissante.

Réalisation : Saul Williams et Anisia Uzeyman
Scénario : Saul Williams
Interprètes : Cheryl Isheja, Elvis Ngabo, Eliane Umuhire
Durée : 1h45
Date de sortie : 10 mai 2023
Genre : science-fiction

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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