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« Le Chant de la femme parfaite » : les abîmes de l’oubli

Avec Le Chant de la femme parfaite, paru aux éditions Delcourt, Makyo et Bruno Cannucciari proposent un roman graphique qui interpelle autant par son thème original que par sa réalisation soignée. En explorant les frontières entre réel et fantastique, entre introspection psychologique et phénomènes paranormaux, les auteurs livrent un récit poignant, porté par une narration subtile et un dessin élégant.

Alan Zédher est un ancien cryptologue de l’armée française, atteint d’une forme incurable de paludisme, qui le ronge à petit feu. Une tragique erreur en Afghanistan l’a conduit à démissionner. Soupçonné d’avoir mal décrypté une communication essentielle, entraînant la mort de plusieurs camarades, il a quitté l’armée dans la honte et se retrouve aujourd’hui assailli par la culpabilité. Pourtant, il soupçonne une modification dans le spectre électromagnétique d’avoir été responsable de cette bévue. À ce traumatisme s’ajoute une maladie aux symptômes dévastateurs, et bientôt l’abandon par Catherine, une femme qu’il aime profondément mais qui ne peut plus supporter son état médical et souhaite rejoindre une ONG en Afrique. Makyo et Bruno Cannucciari ne ménagent pas leur protagoniste, soutenu par quelques amis fidèles, dont Frank, un médecin et confident.

En plein désarroi alors que se multiplient les crises et que Catherine l’a laissé seul, Alan rencontre par hasard une femme énigmatique, sosie parfait de celle qu’il aime. Apparue mystérieusement au centre d’un crop-circle, Omaïa lui annonce venir d’une dimension parallèle. Elle détient un pouvoir guérisseur et sollicite l’aide d’Alan pour sauver son propre monde, en péril. Cette mission de portée universelle n’est pas sans conséquence pour le protagoniste, puisqu’il est à nouveau confronté, sous une forme nouvelle, à son amour impossible pour Catherine. Les auteurs ouvrent ainsi la voie à une réflexion sur la résilience et le sacrifice.

Le paranormal et la parapsychologie s’invitent dans la crise existentielle d’Alan. Makyo et Bruno Cannucciari vont révéler peu à peu les intentions d’Omaïa et amenuiser la résistance que lui oppose Alan, alors même qu’une relation naissante apparaît entre eux. L’ancien cryptologue ne peut faire fi de son intérêt pour une femme qu’il considère comme idéale ; et cette entité venue d’une communauté extraterrestre très soudée ne ménage pas sa peine pour récolter ce dont les siens ont terriblement besoin : un enfant qui leur apporterait, dans son ADN, de quoi combattre l’épidémie qui les met à mal. 

Graphiquement, Bruno Cannucciari délivre une œuvre tout en finesse. Son trait délicat et ses ambiances soigneusement travaillées offrent à l’histoire une véritable profondeur visuelle, rehaussée par des couleurs douces et enveloppantes. On a également droit à des séquences muettes très cinématographiques, traduisant notamment la dégradation de l’état physique du héros, ou des moments en suspens, par exemple d’introspection. 

Pour pleinement adhérer au Chant de la femme parfaite, il faudra cependant suspendre son incrédulité et accepter les facilités qui entourent la relation entre Alan et Omaïa. Car si la réflexion proposée sur l’amour, le traumatisme et le sacrifice est globalement convaincante, on peine à concevoir qu’un ancien militaire doté d’un bagage scientifique et technique accepte sans ciller de satisfaire aux besoins d’une femme venue d’ailleurs. Il y avait là, probablement, matière à étoffer leurs rapports et leurs lignes de tension. 

Le Chant de la femme parfaite, Makyo et Bruno Cannucciari
Delcourt, février 2025, 104 pages

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3

« Palmyra » : à cran et à crocs

Avec Palmyra, nouvel opus indépendant de la série « Survival », Christophe Bec poursuit une exploration méthodique des mécanismes du fantastique et de l’horreur en situant cette fois-ci son intrigue au cœur du Maine rural, près d’une forêt inquiétante qui distille progressivement un sentiment oppressant et tenace d’angoisse. Une famille ordinaire, les Saville, récemment installée dans une ferme isolée en lisière de bois, se retrouve confrontée à l’irruption brutale d’un danger ancestral, tapie dans l’ombre épaisse des arbres environnants.

Dans Palmyra, la tension est parfaitement graduée. Christophe Bec installe d’abord ses personnages dans une quotidienneté rassurante avant de fissurer lentement cette surface de normalité. Les Saville entendent vivre modestement et paisiblement à l’orée d’un bois. Un plan compromis par les premières manifestations surnaturelles, qui initient le cauchemar à venir. Comme chez Stephen King ou John Carpenter, le banal s’hybride à l’horreur et le récit s’enfonce inexorablement dans l’angoisse. Le huis clos fantastique est en marche : isolement, incertitude grandissante et menaces omniprésentes.

Au dessin, Kamil Kochanski s’illustre par un style réaliste et sombre. Il soigne remarquablement les ambiances nocturnes et inquiétantes de l’album, avec des plans très cinématographiques qui laissent entrevoir les créatures avant qu’elles n’adviennent réellement. Leur véritable nature reste un mystère – elles possèdent des yeux lumineux et une agressivité sauvage – et cela accentue l’imaginaire du lecteur. La confrontation et la lutte pour la survie tient ici le haut du pavé : dans une orchestration maîtrisée de la tension, nourrie notamment par le handicap du père Saville, on observe une famille ordinaire faire face à des événements extraordinaires, dont l’hostilité est parfaitement restituée.

Toutefois, Christophe Bec ne se contente pas d’une simple lutte horrifique : en introduisant un personnage comme Doug, le cousin chasseur, l’intrigue gagne en dynamique et en profondeur. Sa présence, celle d’un paria de famille aux traumatismes profonds, permet au scénario de repousser la seule menace extérieure pour interroger, en seconde intention, la nature de l’homme face à l’épreuve. Des réflexions sous-jacentes, sur l’entraide, la résilience, voire le sacrifice, se font également jour, dans un petit groupe opposé à une menace indéfinie et à laquelle les autorités environnantes restent sourdes.

Palmyra remplit le contrat, dans le registre qu’il s’est choisi : une bande dessinée horrifique, nerveuse et prenante, soutenue par une esthétique visuelle puissante et un scénario qui, s’il ne révolutionne pas les codes du genre, les exploite toutefois avec efficacité et habileté (la maison isolée dans les bois, le soutien extérieur marginal mais précieux, etc.). Solidement épaulé par Kamil Kochanski, Christophe Bec confirme ici son aisance à jouer avec nos peurs viscérales, rappelant ses influences assumées, de Lovecraft à Stephen King en passant par Evil Dead, tout en nous tenant solidement captifs d’un suspense habilement ficelé. 

Survival : Palmyra, Christophe Bec et Kamil Kochanski
Soleil, mars 2025, 56 pages

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3.5

« Sector 5 » : sex crimes

Avec leur album Sector 5, Christophe Bec et Christian Pacurariu prennent pour cadre Bucarest et dévoilent les recoins sordides d’un quartier où la corruption, la violence et le sexe virtuel semblent être les uniques maîtres à bord. Paru aux éditions Soleil, ce polar urbain se révèle d’emblée comme une œuvre mature, implacable, et à réserver à un lectorat adulte averti.

Policier désabusé et marginalisé par sa hiérarchie, l’inspecteur Marian Ferentari se retrouve propulsé, presque malgré lui, sur une affaire glaçante : l’assassinat d’un avocat respecté sous les yeux de ses enfants. À mesure que l’enquête progresse, d’autres crimes tout aussi atroces adviennent. Ils impliquent un entrepreneur empalé sur un chantier ou encore un chauffeur de taxi immolé. Il s’agit maintenant de trouver ce qui relie les différentes victimes : l’univers des camgirls, ces jeunes femmes payées pour exhiber leur corps derrière des webcams.

Solitaire et cynique, Marian Ferentari porte en lui les stigmates d’une société qu’il abhorre autant qu’il s’y fond. À ses côtés évolue Amalya, une camgirl symptomatique d’une sexualité virtuelle lucrative mais destructrice. Son personnage nous sert de révélateur : il éclaire une industrie dont les coulisses sont souvent ignorées du grand public. Ainsi, la jeune femme entretient l’ambiguïté avec ses clients les plus fidèles ; elle leur offre quelques extras (numéro de téléphone privé, rencontres) s’ils acceptent de mettre la main à la poche. Mais certains en attendent plus et se mettent à rêver d’une relation durable, sincère et surtout exclusive. 

C’est ici, précisément, qu’intervient un tueur en série guidé par des motivations dévoyées et une psyché tourmentée. Cette trinité narrative – l’inspecteur, la camgirl et le meurtrier –, réunis dans un Bucarest peu engageant, vont avancer de pair jusqu’à la résolution de l’enquête, en mettant en lumière le caractère dangereux et addictif du sexe virtuel, qui emploie des milliers de personnes en Roumanie, hommes et femmes confondus. Le lecteur pénètre une société en déliquescence, où la pauvreté légitime la marchandisation des corps.

Fin connaisseur de la Roumanie et de sa capitale, Christophe Bec charpente en clerc une tension narrative piquée de criminalité. La violence et la sexualité sont explicitement représentées, dans une atmosphère lourde, presque documentaire. La détresse transparaît parfaitement, dans un environnement où un match de football est avant tout l’occasion de faire de l’argent : en privatisant un étage dans un hôtel cossu, en organisant des paris sportifs ou en affrétant des prostituées dans les chambres des joueurs. 

Les codes du thriller noir voisinent ici avec les dérives des sociétés modernes. Sector 5 n’en est que plus haletante : c’est une œuvre brute, viscérale, souvent provocante, mais d’une efficacité indéniable. 

Sector 5, Christophe Bec et Christian Pacurariu
Soleil, février 2025, 104 pages

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4

« Si vous lisez ça, je suis déjà morte » : épopée survivaliste

Les récits d’exploration spatiale offrent souvent à leurs auteurs la possibilité d’aborder indirectement des problématiques contemporaines sous couvert d’aventures exotiques et d’univers fantastiques. Avec Si vous lisez ça, je suis déjà morte, Matt Kindt et Dan McDaid proposent précisément ce genre d’incursion, entre hommage aux classiques du genre et réflexion sociétale. Pourtant, le résultat final est mitigé, en raison de ses limites scénaristiques.

Robin, journaliste aguerrie, est envoyée sur Terminus, planète récemment découverte dans un espace quantique jusque-là inaccessible. Accompagnant une unité d’élite des Marines américains, elle doit documenter cette première rencontre historique entre l’humanité et un monde peuplé de divinités mystérieuses et de créatures étranges. Cependant, à peine débarquée, la troupe entière est décimée, laissant la reporter seule, livrée à elle-même, dans une planète hostile. Commence alors une lutte pour la survie autant qu’un reportage d’une ampleur jamais vue.

Sur le papier, l’idée est séduisante : une femme forte, confrontée à un environnement totalement étranger, obligée d’apprendre à vitesse grand V langue, coutumes et politique locale pour survivre. Matt Kindt convoque ainsi un récit typiquement survivaliste, rehaussé d’une démarche réflexive sur le colonialisme et l’assimilation culturelle. Cependant, cette louable intention peine à se concrétiser pleinement.

Première réserve notable, la narration souffre d’un rythme irrégulier. Tout arrive trop vite, les enjeux s’enchaînent sans réelle profondeur et la voix off omniprésente de Robin finit par peser sur le récit. Si le procédé rend certes le lecteur complice du regard de l’héroïne, il entraîne malheureusement une dilution des enjeux dramatiques. L’impression persistante est celle d’un scénario classique, émaillé de retournements prévisibles et parfois maladroits, notamment lors de scènes d’action ou de découvertes pourtant essentielles à l’intrigue.

Malgré ces critiques, tout n’est pas à jeter, loin s’en faut. On sent chez Matt Kindt une authentique passion pour les univers construits et imaginaires puissants, dans la veine des grands maîtres tels que Jack Kirby ou Moebius. De ce point de vue, le récit possède une densité qui séduira les amateurs du genre, surtout grâce à la manière dont il dépeint une civilisation extraterrestre intrigante, avec ses traditions improbables et ses créatures imposantes. Sur le plan graphique, Dan McDaid offre un travail solide au style rétro affirmé. Son trait dynamique et convaincant bénéficie d’une mise en couleur impeccable.

Si vous lisez ça, je suis déjà morte semble maladroit dans son approche. La BD effleure des thématiques profondes telles que le féminisme, le rejet du patriarcat ou la remise en cause du colonialisme militaire mais en sacrifie l’essentiel sur l’autel de l’action brutale. Une dualité déséquilibrée, qui contribuent à engendrer des passages précipités ou artificiels, y compris vis-à-vis de l’étrange rapport mystique développé par Robin avec Terminus.

L’impression finale est mitigée. La lecture, agréable mais inégale, séduit par son univers foisonnant mais frustre par ses faiblesses narratives et sa relative superficialité. À réserver aux amateurs de science-fiction en quête d’une immersion visuelle solide, sans s’attendre à un bouleversement majeur du genre.

Si vous lisez ça je suis déjà morte, Matt Kindt et Dan McDaid 
Delcourt, février 2025, 96 pages

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3

Du nouveau aux éditions Lapin

Deux nouveaux albums nous permettent de renouer avec l’humour décalé et parfois trash des éditions Lapin : Ultimex : Strip Club de Gad et Psychanalyse du marine de l’espace de Wandrille. Bien qu’issus de registres totalement différents, ils partagent une volonté de bousculer les conventions et de s’attaquer à des thématiques de société avec un humour subversif et un regard critique. 

Ultimex-Strip-Club-avisUltimex : Strip Club – Au service de la provocation

Ultimex : Strip Club est, disons-le, une œuvre trash, provocatrice, qui n’hésite pas à faire éclater les tabous. Avec un humour délibérément choquant, elle met en scène Ultimex, un personnage cynique, misogyne et moralement abject, accompagné de son acolyte Steve, dont les déboires sentimentaux et physiques nourrissent le comique de situation. Le ton de l’album est d’emblée annoncé : la série se moque des codes sociaux et de la politique en multipliant les gags autour des stéréotypes et des travers humains. Ultimex n’a aucune limite, et cela se reflète dans une narration qui s’affranchit de toute structure complexe pour privilégier l’humour, en une ou plusieurs cases.

Loin de viser une réflexion profonde sur la société, Ultimex : Strip Club semble davantage être une satire irrévérencieuse, voire une attaque frontale contre les formes de bienséance modernes. Son style graphique sommaire et son humour excessivement osé visent un public averti, à la recherche d’une lecture sans concession. Ce sont principalement ses personnages caractérisés comme des êtres détestables (dans un style Archer) et leurs aventures dénuées de toute morale, parfois à la limite du scatophile, qui constituent le cœur de cette œuvre, la rendant radicale mais aussi largement clivante.

Psychanalyse-du-marine-de-lA-espace-Space-deprime-avisPsychanalyse du marine de l’espace – L’introspection chez les guerriers cosmiques

En contraste avec Ultimex, Psychanalyse du marine de l’espace de Wandrille s’inscrit dans un univers très spécifique, celui des geeks. L’album se penche sur les tourments intérieurs des célèbres marines de l’espace, ces soldats d’élite d’un univers de science-fiction. À travers une série de gags textuels, chaque planche devient une introspection d’un héros de l’espace confronté à des dilemmes psychologiques et émotionnels. Les « enjeux » sont tout aussi absurdes que ceux d’Ultimex, mais la manière de les traiter diffère radicalement : ici, il ne s’agit pas tant de provoquer par la violence ou la transgression, mais plutôt de rire de l’absurdité des conflits internes de personnages par ailleurs redoutables.

Wandrille, avec une approche minimaliste (une planche, un gag, un bon mot), propose un format très court, dans lequel chaque dessin représente un instantané de l’angoisse ou de l’absurde vécu par un marine de l’espace. Cela permet d’offrir un regard décalé sur les frustrations de ces héros. L’humour ici est plus subtil, utilisant le contraste entre la violence supposée et la fragilité des personnages pour construire un univers comique. Le tout est imbibé d’une critique du sexisme, du racisme et des stéréotypes.

En bref

Les deux albums partagent une volonté de dénoncer les travers humains à travers un prisme déformé par l’absurde. Mais là où Ultimex : Strip Club plonge dans un humour volontairement régressif et excessif, Psychanalyse du marine de l’espace choisit une approche plus détournée, où l’absurde se livre sur le divan d’un psy, et se mêle à la satire sociale. Ultimex cherche à choquer par son cynisme, son sarcasme et son nihilisme, tandis que Psychanalyse du marine de l’espace questionne de façon plus douce mais tout de même incisive, en mettant en lumière les contradictions des figures héroïques classiques. C’est une réinterprétation de l’héroïsme stéréotypé, revu sous le prisme de l’introspection psychologique.

Ultimex : Strip Club et Psychanalyse du marine de l’espace illustrent chacun à leur manière une volonté de détourner les conventions, mais dans des registres distincts. Deux approches radicalement différentes, mais qui, à leur manière, interrogent le lecteur sur les travers de nos sociétés et sur les failles humaines. 

Ultimex : Strip club, Gad
Lapin, janvier 2025, 64 pages

Psychanalyse du marine de l’espace, Wandrille 
Lapin, février 2025, 24 pages 

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3

« Seule contre Hollywood » : quand la vérité affronte le cinéma de l’impunité

En mai 1937, Patricia Douglas, âgée d’à peine 20 ans, croit toucher du doigt le rêve tant désiré par tant de jeunes femmes de son époque : devenir actrice à Hollywood. Pourtant, c’est un tout autre scénario, sombre et brutal, qui se dessine lors d’une soirée privée organisée par l’un des studios les plus puissants de l’époque, la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). C’est ce drame oublié qu’Halim restitue avec puissance dans son roman graphique Seule contre Hollywood, paru aux éditions Steinkis.

Halim revient sur un événement tragique et précurseur, à l’aube des scandales sexuels qui secoueront plus tard le cinéma américain, anticipant de plusieurs décennies l’affaire Weinstein. Il retrace ici le destin bouleversant d’une jeune femme livrée à elle-même, face à un système rodé à l’impunité et au silence.

La jeune Patricia, embauchée parmi des dizaines de danseuses professionnelles sous couvert de participer à un tournage, découvre bien vite la supercherie : elles sont en réalité invitées à divertir une assemblée exclusivement masculine, venue célébrer les bénéfices records de la MGM. Refusant l’alcool et les avances insistantes d’un salarié, Patricia est agressée. Elle décide courageusement de porter plainte contre un géant d’Hollywood. Dès lors, c’est une véritable machine à broyer qui se met en route. La MGM, toute-puissante, mobilise des moyens considérables pour étouffer le scandale naissant : intimidation, diffamation, corruption de témoins et même enquête parallèle menée par l’agence Pinkerton.

À travers un récit qui a un écho particulier aujourd’hui, Halim met en lumière non seulement la violence vécue par Patricia Douglas mais également le parcours judiciaire kafkaïen qui suivit son agression. La jeune femme se heurte à l’indifférence, voire à la complicité des autorités judiciaires. Son adresse est rendue publique, elle subit des actes de vandalisme et, pire encore, voit sa propre mère, séduite par l’argent offert par la MGM, se muer en un soutien ambigu et défaillant. Après le traumatisme, la solitude ; tous deux sont orchestrés par un système qui organise l’impunité des puissants.

Halim déploie un trait brut et expressif, usant avec justesse d’une palette sobre et austère, dominée par des tons ocres et gris, parfaitement adaptés à l’atmosphère oppressante et surannée du récit. Il rend parfaitement compte des états d’âme de Patricia, aussi obstinée que tourmentée. Au cœur de l’album : les subtilités du procès et les manœuvres procédurales, qui occupent une large place et permettent de mieux comprendre le contrôle tentaculaire qu’exerçait alors la MGM sur la machine judiciaire et médiatique. 

Seule contre Hollywood est une chronique historique ou judiciaire qui s’inscrit pleinement dans une réflexion contemporaine, renforcée par l’écho puissant des mouvements féministes récents tels que #MeToo. Il interroge frontalement la corruption, l’impunité des puissants et la solitude souvent atroce des victimes. Même si son déroulement est un peu convenu, l’album n’en demeure pas moins passionnant, car il nous confronte, sous forme d’écho lointain, à des pratiques qui semblent perdurer à travers le temps. Il rappelle surtout que derrière le faste et le glamour d’Hollywood se cache parfois des réalités sordides, faites de silences complices, de rapports de domination éhontés… et de destins brisés.

Seule contre Hollywood, Halim
Steinkis, février 2025, 112 pages

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4

« Vous n’aurez pas les enfants » : mémoire graphique d’une résistance silencieuse

Avec Vous n’aurez pas les enfants, publié aux éditions Glénat, Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez proposent une adaptation bouleversante du remarquable travail de l’historienne Valérie Portheret. Ils restituent avec finesse et gravité un épisode poignant de l’histoire française sous l’occupation nazie : l’incroyable sauvetage de 108 enfants juifs du camp de Vénissieux en août 1942.

La France est fragmentée, sous le joug des Allemands, et soumise au gouvernement de Vichy qui, après le traumatisme du Vel’ d’Hiv’, prépare une nouvelle rafle dans la région lyonnaise. À Vénissieux, ce sont plusieurs centaines de Juifs étrangers, dont de très nombreux enfants, qui sont regroupés, prêts à être livrés aux nazis. L’abbé Alexandre Glasberg, fondateur de l’Amitié chrétienne et figure centrale du récit, découvre alors dans les labyrinthes administratifs vichystes une faille potentiellement salvatrice : une obscure liste d’exemptions permettant notamment de soustraire des enfants mineurs non accompagnés à la déportation.

Dans un climat de tension palpable, la vie de ces enfants devient une urgence absolue. Une poignée d’individus déterminés à les sauver va rapidement occuper les premiers rôles. En s’appuyant sur un réseau de solidarité composé de résistants anonymes, d’organisations telles que l’Œuvre de secours aux enfants juifs (OSE), la Cimade ou encore la Main-d’œuvre indigène (MOI), l’abbé Glasberg va orchestrer un sauvetage héroïque. Pour ce faire, des parents doivent accepter d’abandonner volontairement leurs enfants juifs, les laissant sous la tutelle de l’Eglise. Un déchirement qui leur permet d’éviter une mort certaine dans les camps nazis.

Les auteurs donnent corps à un drame historique méconnu. Le trait sombre et précis d’Olivier Balez accompagne et asseoit la gravité des événements, contrebalancée par la force de la solidarité ordinaire. Des citoyens anonymes, des résistants discrets, des représentants d’associations courageuses comme l’OSE, la Cimade ou l’Amitié chrétienne concourent à déjouer les plans de déportation et d’extermination nazis. Face à eux, on retrouve une administration froide, méticuleuse, peu scrupuleuse, celle de Vichy, complice par une bureaucratie aveugle et obéissante des pires atrocités.

Contribution évidente au devoir de mémoire, Vous n’aurez pas les enfants rappelle que la banalité du mal d’Hannah Arendt, ainsi que la médiocrité obéissante d’une majorité, qui a souvent permis le pire par inaction et faiblesse de caractère. Le parallèle avec notre époque est patent : ces héros ordinaires pourraient, à nouveau, devenir nécessaires face à la résurgence des extrémismes.

Voilà une œuvre incontournable, à la fois douloureuse et éclairante, que chacun devrait découvrir et partager. Un témoignage poignant sur la force discrète de la solidarité humaine face à l’horreur.

Vous n’aurez pas les enfants, Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez
Glénat, mars 2025, 152 pages

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4

« Le Coût de la mort » : pour une sécurité sociale du funéraire

L’opuscule Le Coût de la mort, d’Alban Beaudouin et Jean-Loup de Saint-Phalle, est publié par les éditions du Détour. Il soulève une question rarement abordée de front : la fin de vie et la manière dont elle est prise en charge en France, particulièrement sous l’angle économique, social et humain. Les auteurs, militants fondateurs du Collectif pour une Sécurité sociale de la mort, appellent à une transformation radicale du système funéraire en place, aujourd’hui régi par la marchandisation et les inégalités.

Dès son introduction, Le Coût de la mort fait état d’une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : la mort, en France, est un marché qui n’échappe pas aux règles marchandes conventionnelles. Pis, c’est un marché opaque, où les plus vulnérables – les endeuillés – sont souvent exploités par des entreprises privées, dont l’objectif premier demeure le profit. Les auteurs dénoncent la privatisation d’un secteur jadis régi par des valeurs de respect et de dignité. Des services essentiels sont aujourd’hui soumis à la loi de l’offre et de la demande, alors même que l’asymétrie d’informations et la douleur qui afflige les proches des disparus tendent à laisser les sociétés funéraires les mains libres. 

Le phénomène a d’ailleurs été exacerbé par la loi Sueur de 1993, qui a permis l’essor de grandes entreprises funéraires comme PFG et Funecap, qui dominent le marché et recourent parfois à des pressions commerciales et à des prix disproportionnés. Les auteurs vont au cœur de cette dérive, soulignant l’absurdité de la situation : « Même dans la mort, où on devrait tous faire preuve de dignité, l’argent vient tout corrompre. » Cette critique pousse les lecteurs à se questionner sur l’absence de régulation et de débat public autour de la mort, un sujet qui, pourtant, s’avère universel et touche tout un chacun.

Face à cette situation, Alban Beaudouin et Jean-Loup de Saint-Phalle proposent une solution politique : la création d’une Sécurité sociale de la mort, un système collectif qui permettrait de garantir un droit universel à des obsèques dignes, indépendamment des moyens financiers. Le modèle est celui de la Sécurité sociale actuelle, avec une cotisation salariale obligatoire, dont les bénéfices seraient redistribués pour financer les frais d’obsèques. Ce système permettrait ainsi à chaque citoyen de bénéficier d’une sépulture digne, sans avoir à recourir à l’endettement ou à la solidarité précarisée, souvent insuffisante. Il s’agirait aussi, en quelque sorte, d’emboîter le pas d’initiatives déjà existantes, comme celle de la ville de Genève, qui assure gratuitement, par l’intermédiaire de son service de pompes funèbres, l’inhumation ou l’incinération de toute personne.

L’idée de cette « Obole de Charon », qui serait gérée via une cotisation obligatoire, a de quoi faire réfléchir. Utilisant des outils tels que la carte Vitale, la Sécurité sociale de la mort offrirait une prise en charge rapide et décentralisée, adaptée aux particularités locales, garantissant une gestion transparente des frais d’obsèques, tout en veillant à ce que les dernières volontés du défunt soient respectées. Un autre aspect fondamental de la proposition des auteurs se trouve au cœur de l’opuscule : la mise en place d’une gouvernance démocratique du secteur funéraire. L’ouvrage plaide pour la création de collèges funéraires, composés de citoyens tirés au sort, de représentants des agents funéraires et de responsables des entreprises funéraires conventionnées. Ces collèges seraient chargés de gérer la Sécurité sociale de la mort à l’échelle locale et nationale, en veillant à l’équité, à la qualité des services, et à la transparence des prix. 

La nécessité de revaloriser le métier d’agent funéraire est également soulignée. « Notre proposition est celle d’un salaire à vie, pour honorer la mort. Il s’agit d’attribuer aux agents un salaire lié à leur qualification, qui ne dépendra donc plus uniquement de leur poste de travail. Une telle rémunération dissociée de leur emploi, sortira les employés de la logique du salaire à la tâche induite par les primes. Elle sera attachée à leur personne et ne fera qu’augmenter au gré des qualifications acquises tout au long de la carrière dans le monde funéraire. » Ce statut, selon les auteurs, serait un levier pour améliorer les conditions de travail dans un secteur où la pénibilité et les abus demeurent omniprésents. Un tel changement permettrait par ailleurs de redonner du sens à ce métier essentiel.

Plus généralement, l’ouvrage invite à repenser notre rapport à la mort à l’échelle sociétale. Dans un chapitre intitulé « Le domaine de Pinga », les auteurs explorent la nécessité d’une éducation à la mortalité dès le plus jeune âge. Une telle approche permettrait de démystifier la mort et de préparer les générations futures à faire face au deuil. Parallèlement, ils envisagent la création d’un nouveau métier : celui de thanatopasseur, un professionnel chargé d’accompagner les personnes en fin de vie, mais aussi de recueillir leurs témoignages et leurs récits. L’idée est de réintégrer la mort dans le cycle de la vie, de la rendre moins taboue, et de donner aux individus un rôle actif dans la gestion de leur fin de vie. « Tout défunt en devenir, quel qu’il soit, saura qu’il dispose d’un droit nouveau attaché à sa personne : celui de transmettre ses souvenirs de vie à la société. Ce sera déjà un peu d’éternité. »

Le Coût de la mort s’articule autour de deux principes : la dignité humaine et la solidarité collective. La proposition d’une Sécurité sociale de la mort est un acte progressif face à un système qui, aujourd’hui, exploite la vulnérabilité des individus au pire moment de leur existence. Après une évocation des enjeux économiques, sociaux et humains connexes, les auteurs appellent à une réappropriation citoyenne du secteur funéraire, qui doit être vu pour ce qu’il est : un bien commun, digne de toute l’attention et de la solidarité collective possibles.

Le Coût de la mort, Alban Beaudouin et Jean-Loup de Saint-Phalle 
Editions du Détour, mars 2025, 144 pages

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3.5

« L’Âge Bête » : les hauts et les bas de l’adolescence

Dans L’Âge Bête, Jonathan Munoz explore sa jeunesse à travers le prisme de ses années collège et lycée. Après Petit Journal d’un gros fragile, il nous embarque à nouveau dans les méandres de ses souvenirs d’adolescent, une période pleine de bouleversements, de découvertes et d’émotions contrastées. 

Jonathan Munoz se penche et s’épanche sur une décennie charnière : de ses 11 à ses 20 ans. Sans faux-semblant, il nous fait suivre son évolution, ses interactions sociales, ses premières amours, ses déconvenues, mais aussi les épreuves difficiles de la vie. Les situations qui rythment son quotidien, qu’elles soient marquées par la violence scolaire, la découverte de la sexualité ou la perte d’un parent, dessinent un parcours initiatique qui résonnera forcément avec l’expérience personnelle de nombreux lecteurs.

Les anecdotes sont nombreuses et variées : de la confrontation avec Kader, un caïd de l’école qui menace Jonathan de mort pour une broutille, à son éveil sexuel (en toute autonomie…). Chaque événement est raconté avec la même sincérité, sans fausse pudeur et avec la distance qui permet aujourd’hui d’y apporter ce qu’il faut de légèreté. 

L’humour de Jonathan Munoz repose sur le décalage et l’autodérision. On rit de ses mésaventures, mais on est aussi ému par ses réflexions et ses blessures. La manière dont il retrace ses premiers émois amoureux, ses maladresses adolescentes, ses premiers échecs et son désir de s’affirmer fait écho à un grand nombre d’entre nous. C’est cette universalité qui permet au lecteur de se retrouver dans l’histoire de ce personnage souvent délicieusement pathétique.

Les échanges embarrassants avec les filles, les altercations dans la cour de récréation, les mésaventures cocasses cohabitent avec des sujets plus graves et douloureux. Il en va ainsi de la mort de son père, qui marque évidemment un tournant dans l’histoire de Jonathan Munoz. Ce contraste entre les légèretés de l’adolescence et les épreuves plus sombres qui jalonnent le parcours du jeune garçon renforce le côté doux-amer de l’album, même si le deuil occupe une place relativement chiche en comparaison aux moments plus drôles.

Visuellement, L’Âge Bête fait écho à Petit Journal d’un gros fragile. Le dessin de Jonathan Munoz, toujours aussi simple mais incroyablement expressif, capte parfaitement l’essence des émotions et des moments forts. L’ensemble fait office de miroir de l’adolescence, cette période de la vie où l’on se confronte à soi-même et aux autres, où chaque petite victoire est vécue comme un exploit, mais chaque échec, aussi minime soit-il, semble une catastrophe. 

L’Âge Bête est une bande dessinée touchante, riche de nostalgie, mais aussi pleine d’humour. L’album, d’un humour très « Fluide glacial », vous invite à revivre ces années de transition, avec toute la tendresse et la fraîcheur d’un auteur qui sait parler de la jeunesse sans fard.

L’Âge bête, Jonathan Munoz
Fluide glacial, janvier 2025, 56 pages

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3.5

The Insider : géopolitique de la chambre à coucher

Dans The Insider, un membre d’une agence de contre-espionnage anglaise se voit confier une liste d’agents suspectés de trahison. Commence pour lui une enquête afin d’identifier le coupable parmi les cinq personnes figurant sur cette liste, dont sa propre femme. Soderbergh ne semble rien vouloir révolutionner avec ce petit film efficace, tendu et facétieux, mais la réussite un peu scolaire de l’exécution n’empêche pas d’y trouver malgré tout, comme souvent avec ce metteur en scène, des étrangetés et des effets de décalage, au niveau de la mise en scène comme de la narration. Il s’agit, semble-t-il, de rejouer le geste cinématographique de Présence, sorti un mois plus tôt : à savoir, et de manière très explicite, prendre prétexte d’un genre (le film de fantômes ou le thriller d’espionnage), afin de traiter quelque drame ordinaire (la névrose adolescente ou le couple).

Tout est fait pour que l’on passe un bon moment : le jeu vif des acteurs, l’ambiance réjouissante de quasi-huis clos agathachristien, la célérité du montage. Ce pourrait n’être qu’une autre production Netflix, maligne et classieuse. The Insider est un peu cela, et il est autre chose à la fois : un produit calibré, qui n’a de cesse de surprendre en creux.

Le film nous entraîne dans une intrigue dont les enjeux nous semblent limpides au premier abord, mais que Soderbergh et son scénariste s’emploient à embrouiller progressivement, avec, dirait-on, la résolution de nous perdre. Plus celle-ci avance, plus elle se révèle comme un prétexte à parler d’autre chose.

Tout en posant régulièrement la question éthique par excellence de la justification des moyens par la fin, le film s’amuse à alléger cet enjeu en nous présentant des êtres infantiles et nobles, cyniques et sentimentaux, acteurs d’événements aux implications gigantesques, par lesquels ils semblent pourtant moins dépassés que par leurs histoires d’amour.

Au tout début, le héros, joué par Michael Fassbender, retrouve un autre agent dans une boîte de nuit londonienne. Ce dernier lui confie une liste de traîtres potentiels, après quoi, rapidement, la discussion se fait plus intime, portant sur les problèmes conjugaux de l’informateur. Cet ajout, ce supplément normalement omis dans un film d’espionnage, où les individus (sauf pour les besoins de l’intrigue) parlent rarement de leurs petits problèmes domestiques, vient faire boiter la narration, tranchant avec l’ambiance de thriller d’espionnage mise en place par ailleurs avec brio.

Cette scène donne le ton ; elle est paradigmatique. La suite est du même bois : tout y est légèrement mais systématiquement décalé, et par là recentré sur la chose la plus importante, plus importante qu’une histoire de technologie volée susceptible de tuer des milliers de personnes ou de déclencher la troisième guerre mondiale, à savoir : la question du couple. Il y a dans ce film une facétie, qui ne manque pas de profondeur, consistant à mêler deux enjeux, l’enjeu conjugal et l’enjeu géopolitique, montrant ainsi où est le vrai problème, où se joue authentiquement le sort du monde.

Rendus à leur trivialité, leurs faiblesses, leurs névroses, à leur condition de super cadres du tertiaire, avec badges d’entrée, bureaux, réunions, petites ambitions carriéristes et amourettes de travail, les espions de ce film, s’efforçant de résoudre leur drame intime sur le dos de la grande Histoire, concentrent en eux l’anodin et le romanesque, le prosaïque et l’épique.

Mais ce décalage, qui fait toute la drôlerie et le charme de The Insider, loin de le porter vers la parodie, l’ancre étonnamment dans le réel. Il possède une consistance que n’ont pas ses semblables, peut-être en raison d’un usage moins systématique des focales longues et d’une attention au décor. Sans jamais rechercher le naturalisme, sans cesser d’être un pur objet cinématographique répondant parfaitement aux codes de son genre, ce dernier film de Soderbergh, avec ses cadrages mystérieux, ses champs-contrechamps inattendus et sa désinvolture narrative, déroute autant qu’il divertit.

Bande-annonce : The Insider

Fiche technique : The Insider

  • Titre original : Black Bag
  • Réalisation :
  • Scénario : David Koepp
  • Musique : David Holmes
  • Décors : Philip Messina
  • Costumes : Ellen Mirojnick
  • Photographie : Steven Soderbergh (crédité sous le nom de Peter Andrews)
  • Montage : Steven Soderbergh (crédité sous le nom de Mary Ann Bernard)
  • Production : Casey Silver et Gregory Jacobs
  • Société de production : Casey Silver Productions
  • Sociétés de distribution : Focus Features (États-Unis) ; Universal Pictures (International)
  • Budget : 50 millions de dollars
  • Pays de production : États-Unis
  • Langue originale : Anglais
  • Format : Couleur
  • Genre : Espionnage, Thriller
  • Durée : 94 minutes
  • Dates de sortie :
      • France : 12 mars 2025
      • États-Unis, Québec : 14 mars 2025
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3.5

This is la mort : Survivances, défigurations et expirations de la vie en mouvement

Avec This is la mort, Zoé Lakhnati fusionne danse, performance et mémoire collective dans un solo percutant où se mêlent grandeur chevaleresque et déconstruction burlesque. Entre gestes habités, corps en mutation et références visuelles puissantes, l’artiste explore les figures héroïques et leur déclin avec une énergie pop et irrévérencieuse. Une performance envoûtante qui bouscule les codes du mouvement et du récit chorégraphique.

Zoé Lakhnati (artiste associée à la Ménagerie de Verre 2024-2025), dans un solo inspiré et habité This is la Mort, incarne avec grâce galvanisante et puissance pop la mémoire hantée des images théâtralisées de la vie des hommes et les grands « flops » de mourir sur scène.

Le présent du passé glorieux

Elle apparaît en chevalier du Moyen Âge en armure dorée. C’est dans la rue attenante à la Ménagerie de Verre que se fabrique le présent de ce tableau. Zoé Lakhnati s’avance en corps glorieux vers nous, spectateurs abasourdis de cette chevaleresque entrée.

L’armure pèse, le chevalier tâtonne et nous embarque dans une découverte burlesque des recoins du lieu. Les gestes de la danseuse désassignent les normes attendues, les rythmes dominants d’une performance. Les gestes cherchent, arpentent l’insolite, la singerie de l’héroïsme.

Danse des figures héroïques déchues

Progressivement, le chevalier, dans une espiègle et sexy complicité avec le public, se défait de ses pesantes jambières et autres atours-armures, torse et bras du costume de fer. Le glitch, la défaillance, les débris du glorieux deviennent des occasions et des communautés temporaires pour occuper l’espace, la lumière (Alice Panziera), les sons (géniale créatrice sonore Macarena Bielski Lopez) et les gestes débridés, anarchiques et pulsifs.

Danse de la lune

Ces débris glorieux, Zoé Lakhnati les envoie valdinguer à chaque coin de l’espace, se délestant de la pesanteur blessante, de la dureté ferrailleuse du réel, dansant presque en l’air dans des contorsions de bras gracieuses et lunaires.

L’Atlas Mnemosyne : « Le corps est un lieu dans le monde »

L’armure solide du chevalier viril du Moyen Âge laisse place à une tenue de survêtement avec laquelle Zoé Lakhnati incarne avec malice, diversion et gestes fantasques les poses clichés d’un archétype narcissique du corps bodybuildé. La danse de Lakhnati devient solide et aérienne, dialectique et démente comme l’est l’Atlas Mnemosyne d’Aby Warburg qu’elle symbolise.

Warburg, historien de l’art obsessionnel et hanté, crée à partir de 1920 un immense corpus d’images juxtaposant tableaux, icônes diverses, photographies, cartes du ciel ou du monde. « Punaisées côte à côte, les images se prolongent, résonnent de filiations, gémellités suggérant de nouvelles herméneutiques, lectures pour lire le temps, les formes, les figures, les symboles. » La chorégraphie de la performeuse résonne de toutes les réminiscences de figures héroïques ou de corps capitalistes captifs, en même temps qu’elle introduit dans la mémoire de ces images des défaillances et aspérités déroutantes, tragi-comiques, pour les déglorifier.

Fictions inspirantes du corps en train d’expirer

La danse de Zoé Lakhnati s’inspire et traverse cet atlas de la mémoire de figures et gestes, jetant son corps dans l’aventure du devenir. Après le chevalier et le bodybuilder, elle ressuscite le moonwalk de Michael Jackson et met en scène avec une puissance sanguine folle la récurrence de la mort (dramatique, théâtralisée, singée) dans des fragmentations hallucinantes de vitesse, de mimerie, d’interaction joueuse avec le public.

Formules émotionnelles

Expression corporelle rigoureuse en même temps que mise en récits d’un imaginaire du réel provoquant, inventif et expressionniste, This is la Mort est un événement jouissif dans le paysage des nouvelles formes et écritures chorégraphiques contemporaines et Zoé Lakhnati une plus que vive héritière d’une Valeska Gert et d’une Mary Wigman !

Dates de tournée

  • La prochaine date de This is la Mort est le 6 juin au festival Uzès Danse en version in situ.
  • L’autre pièce de Zoé Lakhnati, Where the fuck am I ?, tourne également à Vienne en Autriche les 22 et 23 mai, ainsi que les 12, 13 et 14 juillet à Avignon.

Quand les Séries Inspirent les Jeux d’Arcade : Une Fusion Captivante Entre Fiction et Jeu

Les séries télévisées, ces récits qui nous tiennent en haleine, influencent bien au-delà de notre petit écran. Elles marquent les esprits, inspirent la culture populaire et trouvent même leur place dans l’univers des jeux d’arcade. Aujourd’hui, on assiste à une véritable rencontre entre ces deux mondes, où l’histoire et l’interactivité se rejoignent pour offrir des expériences uniques.

Un Monde Fictif Qui Donne Vie aux Jeux

Comment les séries influencent-elles les jeux ? Les séries comme Stranger Things ou Black Mirror ne se contentent pas de divertir, elles ouvrent la porte à l’imaginaire. Ces univers regorgent d’ambiances, d’esthétiques et d’idées que les développeurs de jeux s’empressent de transformer en expériences interactives. Ces créations prolongent l’émotion ressentie par les spectateurs, en les plongeant dans un monde où ils ne sont plus simples observateurs, mais acteurs.

Les Jeux d’Arcade à l’Ère Moderne : Nostalgie et Innovation

L’époque des salles d’arcade semble loin derrière nous, mais ces jeux n’ont jamais été aussi vivants. Aujourd’hui, ils renaissent sous de nouvelles formes, avec des graphismes modernes et une pointe de nostalgie qui séduit les amateurs. Une plateforme de jeux d’arcade en ligne offre par exemple un mélange parfait entre ces deux mondes : d’un côté, des thématiques qui rappellent les grandes heures des séries cultes ; de l’autre, des technologies modernes pour une expérience immersive.

Une Rencontre Entre Fiction et Interactivité : Plongée dans les Univers des Séries

Ce qui rend ces jeux si fascinants, c’est leur capacité à prolonger les histoires des séries qu’on adore. Imaginez plonger dans un univers familier, retrouver des ambiances connues et interagir avec des éléments qui rappellent vos moments favoris. Ces jeux permettent de dépasser la frontière de l’écran pour devenir acteur d’un monde inspiré directement par vos récits préférés.

Le Pouvoir de la Nostalgie : Un Retour aux Origines

Les séries et les jeux partagent un point commun puissant : leur capacité à réveiller des souvenirs. Cette dose de nostalgie, combinée à une touche d’innovation, séduit autant les fans des séries rétro que les amateurs de nouvelles expériences interactives. Il n’est donc pas surprenant de voir ces deux univers se rejoindre et s’enrichir mutuellement.

Un Duo Inattendu Entre Séries et Jeux d’Arcade

Entre récits captivants et expériences immersives, séries et jeux d’arcade forment un duo surprenant et harmonieux. Que ce soit pour revivre l’ambiance d’une époque ou explorer un univers inédit, Vegasino arcade casino est une invitation à plonger dans un monde où tout devient possible.

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