Vice-Versa 2 de Kelsey Mann : le cerveau Pixar en plein burn-out ?

Avec Vice-Versa 2, Kelsey Mann reprend la délirante aventure intérieure de la jeune Riley là où Pete Docter l’avait laissée neuf ans plus tôt, en abordant cette fois-ci la thématique de la crise d’adolescence. Le studio à la lampe signe ici une suite certes colorée, rythmée et fertile en rebondissements, qui laisse néanmoins une forte impression de déjà-vu tant elle s’inscrit dans l’air du temps et cherche à faire évoluer ses personnages en vue d’un troisième épisode.

Le réalisateur Kelsey Mann (auteur du court-métrage Party Central) et le duo de scénaristes Meg LeFauve et Dave Holstein reprennent les délirantes pérégrinations intérieures de la jeune Riley là où Pete Docter (Là-Haut, Soul) les avait laissées neuf ans plus tôt, en abordant cette fois-ci la thématique de la crise d’adolescence. Alors que petits et grands retrouvent les Big 5 (Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégout) dont le grain de folie et les traits caricaturaux ont grandement contribué au succès de la franchise, quatre nouvelles émotions déjantées investissent le quartier cérébral et manœuvrent à leur tour le tableau de contrôle, chahutant ainsi le cortex de notre héroïne en pleine puberté. Anxiété, Envie, Embarras et Ennui se bousculent donc pour déclencher un vrai tourbillon de sentiments dans l’esprit de la jeune fille, et vont devoir apprendre à cohabiter pour remettre de l’ordre dans ses pensées durant cette difficile transition. Ensemble, parviendront-elles à réparer les maux de Riley ? 

Avec cette structure narrative —l’exploration comique et didactique des humeurs et des sens— nettement décalquée sur le modèle du premier opus, oscar du meilleur film d’animation en 2016, Vice-Versa 2 surprend moins qu’il ne confirme une paresse symptomatique de la part du studio à la lampe, encore loin de la poésie de Wall-E et Ratatouille, de l’émotion du Monde de Némo et Là-Haut, ou encore de l’humour de Toy Story et Cars. En effet, si le réalisateur pose ici un regard amusé et autocritique sur la méthode même du laboratoire Pixar fourmillant d’idées prémâchées, (dans l’une des séquences les plus intelligentes, Grand-mère Nostalgie pointe d’ailleurs le bout de son nez avant d’être brutalement remisée au placard), le génie d’antan n’est plus de la partie. Bien que cette tempête intérieure plutôt convenue —Joie, le cerveau de la bande, doit traverser vents et marées pour rendre à la girl-next-door du Minnesota son estime de soi— veuille creuser une nouvelle fois le concept du road-trip d’apprentissage, le scénario s’éparpille, survole chaque doute universel qu’il soulève et relègue trop souvent au second plan le vertige émotionnel promis.

Restés néanmoins fidèles à l’iconographie des récentes productions (on pense plus particulièrement à Alerte Rouge et Élémentaire), les animateurs oscillent entre morphologie humaine à la mode Sims et parodie de cartoons du début des années 2000, mais peinent à insuffler un vrai renouveau graphique à l’ensemble. Hélas, ils délaissent le potentiel imaginatif des îles de la personnalité au profit d’un hideux terrain de hockey sur glace, ses vestiaires et un bahut tout entier terriblement fades, puis bâclent la visite de nouveaux chantiers et territoires métaphysiques pourtant passionnants tels que la chambre forte des secrets refoulés, les tréfonds labyrinthiques de la mémoire ou la parade des futurs métiers. Autant de terrains de jeu qui auraient dû renforcer l’énergie ludique du film, lequel s’amuse vaguement des codes de cette jeunesse abandonnée devant les écrans mais préfère célébrer la diversité et l’inclusion dans un final woke prévisible.

En somme, Pixar signe une suite certes colorée, rythmée et fertile en rebondissements, qui laisse toutefois une forte impression de déjà-vu tant elle s’inscrit dans l’air du temps et cherche à faire évoluer ses personnages en vue d’un troisième volet.

Sévan Lesaffre

Vice-Versa 2 – Bande-annonce

Synopsis : Fraîchement diplômée, Riley est désormais une adolescente, ce qui n’est pas sans déclencher un chamboulement majeur au sein du quartier général qui doit faire face à quelque chose d’inattendu : l’arrivée de nouvelles émotions ! Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût – qui ont longtemps fonctionné avec succès – ne savent pas trop comment réagir lorsqu’Anxiété débarque. Et il semble qu’elle ne soit pas la seule…

Vice-Versa 2 – Fiche technique

Réalisation : Kelsey Mann
Scénario : Meg LeFauve et Dave Holstein
Avec les voix françaises de : Charlotte Le Bon, Gilles Lellouche, Mélanie Laurent, Pierre Niney, Marilou Berry, Dorothée Pousséo, Adèle Exarchopoulos…
Production : Mark Nielsen
Photographie : Adam Habib, Jonathan Pytko
Musique : Andrea Datzman
Distributeur : The Walt Disney Company France
Durée : 1h36
Genre : Animation, Aventure
Sortie : 19 juin 2024

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Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

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