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A Scene at the Sea : le silence symphonique

Premier film de Takeshi Kitano où ce dernier n’apparait pas en tant qu’acteur, A Scene at the Sea préfigure ce qu’il y aura dans certains autres de ses films poétiquement embellis, où une part d’enfance et de grand rêve prédomine et où la simplicité du propos se marie avec des visuels particulièrement épurés et biseautés. Le silence favorise la méditation. Le handicap permet une œuvre profonde et authentiquement touchante. Les deux protagonistes principaux ont beau être muets, leur alchimie agit comme une symphonie.

Panorama épuré, mélancolie déjouée, silences cristallins, vibrations émotionnelles subtiles, humour tranquille, rythme lent mais enchanteur, A Scene at the Sea est sans doute un des films les plus intimes du réalisateur. Exotisme et quête de sens dans un Japon modeste, mais radieux : c’est tout ce qui fait l’identité et le particularisme de certains handicapés qui sont mis en avant.

Un nouvel élan vital

Le tout commence par une anecdote originale : Shigeru, un sourd-muet éboueur, trouve, pendant son travail, une planche de surf cassée et décide de la réparer pour apprendre à l’utiliser. Cette idée préliminaire, ce premier élan vital, sert de moteur au film et permet de donner une nouvelle direction au quotidien du héros.

Rapidement en couple avec une jeune fille ayant le même handicap, leur union rend l’ensemble assez mutique. Kitano transforme cette contrainte narrative en force poétique. Les silences se font langage intérieur. Shigeru vit dans un monde qu’il observe, mais auquel il appartient peu. Le surf devient pour lui une échappatoire, un nouveau langage corporel, une manière d’exister malgré sa surdité. Sa petite amie le soutient avec une étonnante sincérité, ce qui rend leur histoire particulièrement pure, délicate.

Poésie minimaliste

Sur le plan formel, les plans sont longs, souvent fixes, symétriques ou centrés, pour donner des petites séquences appuyées où les moments gagnent en intensité. Il y a une beauté dans le banal : un bus qui s’éloigne, une main qui écrit, un regard sur l’océan, du sable, des personnages moqueurs, mais pas foncièrement méchants, etc.

La musique de Joe Hisaishi, qui signe sa première collaboration avec Kitano, renvoie à la contemplation, la poésie minimaliste. L’instrument dominant, le piano, offre des mélodies douces avec des textures électroniques et des percussions légères, des cordes et des guitares acoustiques pour favoriser l’intimité. La finesse qui s’en dégage esquisse avec pureté une synergie qui marquera l’histoire du septième art. Les motifs musicaux sont souvent simples, répétitifs, comme les vagues de l’eau qui bercent et servent à remplacer les mots.

Le grand bleu

Par son immensité, son ampleur, l’océan a toujours évoqué quelque chose qui peut nous dépasser, et donc représenter, d’un certain point de vue, un monde métaphysique. C’est cette spiritualité que le héros retrouve sur l’eau, dans une quête initiatique, à travers un liquide originel, ondulatoire, qui exprime le rythme de la vie en cachant l’identité secrète qui nous a tous formés. Quand la lumière s’éteint dans les abysses, elle masque des mystères insondables où la pression est celle qui s’était libérée dans l’univers. Les battements de l’eau absorbent les mémoires, fait corps avec le présent, et suscite un futur qui ouvre une porte vers d’autres dimensions inconnues. C’est un coeur qui bat pour nous, et en retour, notre coeur bat pour lui.

Les vagues offrent à Shigeru tout ce qu’il désire avant de le transcender littéralement dans une symbiose définitive.

L’objectif du septième art

Vide sonore, contemplation, introspection, vague, planche, persévérance, passion, tendresse : le champ lexical du film traduit la grande sensibilité de Kitano et nous offre toute une nouvelle façon de percevoir le monde. C’est un peu l’objectif ultime du cinéma en tant qu’art.

Bande-annonce : A Scene at the Sea

Fiche technique : A Scene at the Sea

Synopsis : Lorsque Shigeru, éboueur malentendant, trouve une planche de surf cassée lors d’une de ses tournées, cela éveille sa curiosité, même s’il n’a aucune expérience du surf. Il répare la planche et entreprend d’apprendre à surfer.

  • Titre : A Scene at the Sea
  • Titre original : あの夏、いちばん静かな海。 (Ano natsu, ichiban shizukana umi)
  • Réalisation : Takeshi Kitano
  • Scénario : Takeshi Kitano
  • Production : Masayuki Mori et Takio Yoshida
  • Musique : Joe Hisaishi
  • Photographie : Katsumi Yanagishima
  • Montage : Takeshi Kitano
  • Pays d’origine : Japon
  • Langue de tournage : Japonais
  • Format : Couleurs – 1,85:1 – Dolby Digital – 35 mm
  • Genre : Romance
  • Distribution : Office Kitano
  • Durée : 101 minutes
  • Dates de sortie : 19 octobre 1991 (Japon), 23 juin 1999 (France)
  • Claude Maki : Shigeru
  • Hiroko Oshima : Takako
  • Sabu Kawahara : Takoh
  • Nenzo Fujiwara : Nakajima
  • Keiko Kagimoto : La fille du magasin
4.5

Adolescence, la série d’outre-Manche qui suscite un débat de société

Disponible sur la plateforme Netflix depuis le 13 mars, la mini-série Adolescence décortique en 4 épisodes seulement les raisons qui ont poussé un jeune garçon de 13 ans à tuer sa camarade de classe. Influence toxique d’autres camarades ? du rôle patriarcal ? des réseaux sociaux ? ou problèmes de psychopathie ? Ce récit nous plonge avec brio dans les rouages d’un événement dramatique et nous impose, par son aspect réaliste, de réfléchir sur l’impact psychologique des contenus toxiques et misogynes sur les jeunes d’aujourd’hui.

Synopsis : Lorsqu’un ado de 13 ans, Jamie, est accusé d’avoir tué sa camarade, Katie, sa famille, une psychologue clinicienne et l’inspecteur chargé de l’affaire se demandent ce qui s’est vraiment passé.

Un véritable carton subtilement pensé

Adolescence a réuni plus de 66 millions de téléspectateurs en seulement 15 jours. Aucune autre mini-série n’avait jusqu’à présent atteint un tel score en moins de 15 jours d’exploitation.

Alors, pourquoi un tel succès ? Qu’est-ce que vaut cette série ?

Adolescence c’est 4 épisodes d’une heure chacun. Chaque épisode a été tourné en un seul plan séquence et nous immerge : 1/ dans les couloirs du commissariat où le petit Jamie est interrogé, accompagné par son père (joué par le co-créateur de la série et acteur Stephen Graham) ; 2/ dans le collège de Jamie où l’on rencontre ses camarades et corps enseignant ; 3/ lors du rendez-vous de Jamie avec une des psychologues qui a pour mission d’analyser les motivations derrière son acte brutal ; et 4/ dans la maison de Jamie où sa famille souffre des conséquences du meurtre commis.

« L’idée [nous] est venue car depuis une dizaine d’années, nous assistons à une épidémie de crimes au couteau chez les jeunes garçons, dans tout le pays [britannique -ndlr] » nous dit Jack Thorne, co-créateur de la mini-série (qui a également travaillé sur les séries His Dark Materials, Skins, ou encore la franchise Enola Holmes). L’intention était donc de susciter une réflexion sur les défis auxquels les jeunes, en particulier les garçons, peuvent être confrontés. Mais quels sont ces challenges ?

L’influence toxique chez les jeunes : à qui la faute ?

Tout l’enjeu de la série est de savoir pourquoi Jamie, à seulement 13 ans, a sauvagement effectué ce féminicide. Et l’on obtient un début de réponse à la toute fin du 4ème et dernier épisode lorsque Stephen Graham (qui joue le rôle du père) dit en larmes dans la scène finale alors qu’il se trouve dans la chambre de Jamie : « Je suis désolé, j’aurais dû faire mieux. » Les parents de Jamie se posent ainsi la question de leur responsabilité tout au long du dernier épisode.

Néanmoins, la question de la responsabilité est plus complexe que ça. En effet, la série évoque aussi l’influence des sphères masculinistes et misogynes. Le premier épisode explique que Jamie a été influencé par la théorie du 80/20 (80% des femmes ne seraient attirées que par 20% des hommes) et le discours des incels (in-volontary/cel-ibate).

Les incels désignent les internautes (principalement hommes) qui se définissent comme étant incapables à trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle. Ces incels se réunissent sur des forums en ligne et diffusent un discours porté par : le ressentiment, la misogynie, la misanthropie, la promotion de la violence contre les femmes/hommes épanouis sur le plan sexuel, et le sentiment que le sexe devrait être un dû et que le refuser à certains hommes est injuste. C’est d’ailleurs ce qui se passa entre Jamie et Katie. Celle-ci le rejeta et refusa de sortir avec lui, et elle en paya le prix de sa vie.

Un autre trait des incels est la victimisation. Ils ne se trouvent pas beaux, pas désirables et ils ont tendance à s’apitoyer sur leur sort. Et cette caractéristique est dévoilée chez Jamie lorsqu’il a son entretien avec la psychologue dans l’épisode 3.

Beaucoup voient dans la radicalisation de Jamie une forte corrélation avec l’endoctrinement des jeunes aux discours masculinistes et mysogines d’Andrew Tate (influenceur masculiniste adulé par de nombreux jeunes hommes qui est aujourd’hui assigné à résidence pour agression sexuelle et trafic d’êtres humains en Roumanie).

La question de la fragilité mentale de ces jeunes se pose donc. D’autant plus qu’avant d’être influencé par ces communautés misogynes et avant de commettre cet effroyable meurtre, Jamie a subi moqueries et cyberharcèlement.

Ainsi, un des objectifs de la série est d’alerter les parents sur les influences extérieures (environnement scolaire, réseaux sociaux, forums en ligne…) qui peuvent bouleverser la vie des jeunes d’aujourd’hui. Mais il est également question d’encourager les parents à renouer contact avec leurs enfants.

Un phénomène de société outre-Manche

Au Royaume-Uni, les crimes à l’arme blanche ont augmenté de 80% depuis 2015. Le Premier ministre, Keir Starmer, a d’ailleurs interdit en Septembre 2024 la détention et la vente de machettes, ainsi que des couteaux dits « zombie » (couteaux à double tranchant avec une lame incurvée).

En outre, la Grande-Bretagne a voté en 2023 une loi sur la sécurité numérique et renforcé ses obligations sur les plateformes sociales.

Par conséquent, les différents thèmes (violence, dérives des réseaux sociaux, influence toxique d’internet, masculinisme) abordés dans la série, sont des sujets qui font écho au public anglais.

Suite à ce contexte sous tension, Starmer a pris la décision historique ce mardi 1er avril de diffuser Adolescence gratuitement dans tous les collèges et lycées du pays, afin que le plus grand nombre possible d’adolescents puisse « mieux comprendre l’impact de la misogynie, les dangers de la radicalisation en ligne et l’importance de relations saines ».

Le travail doit donc être fait à la fois par les parents à la maison et par le corps enseignant à l’école.

Toutefois, Maria Neophytou, directrice de l’association de protection de l’enfance NSPCC insiste sur le fait qu’il n’est pas possible d’attendre des professeurs et des parents qu’ils fassent tout le travail. Selon elle, les entreprises de la tech ont aussi leur part de responsabilité et doivent s’assurer que leurs plateformes et sites internet soient des espaces sûrs pour les jeunes utilisateurs.

En conclusion, Adolescence est un succès. Jack Thorne a expliqué que la série avait été conçue pour susciter le débat et qu’il souhaitait qu’elle soit diffusée au Parlement. Le challenge est donc réussi : Adolescence a soulevé pleins de questions et une décision gouvernementale a même été prise sur le sujet au Royaume-Uni.

Adolescence – Bande-annonce

Adolescence – Fiche technique

  • Réalisation : Philip Barantini
  • Scénario : Stephen Graham et Jack Thorne
  • Distribution : Stephen Graham (Eddie Miller), Owen Cooper (Jamie Miller), Ashley Walters (Detective Bascombe), Faye Marsay (Misha Frank), Christine Tremarco (Manda Miller), Jo Hartley (Madame Fenumore), Amélie Pease (Lisa Miller), Erin Doherty (Briony Ariston), Mark Stanley (Paul Barlow), Hannah Walters (Mrs Bailey), Fatima Bojang (Jade), Austin Haynes (Fredo)
  • Musique : Aaron May et David Ridley
  • Direction artistique : Jordan McHale et Ian Tomlinson
  • Décors : Adam Tomlinson
  • Costumes : Jessica Schofield
  • Photographie : Matthew Lewis
  • Casting : Shaheen Baig
  • Production : Jo Johnson
  • Production déléguée : Philip Barantini, Emily Feller, Dede Gardner, Stephen Graham, Mark Herbert, Jeremy Kleiner, Brad Pitt, Jack Thorne, Hannah Walters et Nina Wolarsky
  • Sociétés de production : It’s All Made Up, Matriarch Productions, One Shoe Films, Plan B Entertainment, Warp Films
  • Société de distribution : Netflix
  • Pays de production : Royaume-Uni
  • Langue originale : Anglais
  • Format : Couleur — 16/9
  • Genre : Drame, Policier, Thriller
  • Durée : 51 à 65 minutes
  • Date de sortie : 13 mars 2025 (sur Netflix)


Comment choisir le meilleur casino en ligne fiable ?

Avec des centaines de casinos en ligne disponibles, il devient difficile de distinguer les plateformes fiables des sites douteux. Pour éviter les arnaques, il est essentiel de vérifier certains critères concrets : licence valide, sécurité des transactions, service client réactif, jeux équitables. Un bon casino doit également offrir des retraits rapides, des conditions de bonus claires et une expérience utilisateur fluide.

Cet article vous explique comment identifier le meilleur casino en ligne, en analysant chaque aspect important pour jouer en toute confiance.

Les critères essentiels pour identifier un casino fiable

Avant de s’inscrire sur une plateforme de jeux, il est crucial d’évaluer certains éléments précis. Ces critères permettent de déterminer si un casino mérite votre confiance.

La licence et la régulation

Le premier indicateur qu’un casino en ligne est digne de confiance réside dans sa licence d’exploitation. Une plateforme sérieuse est obligatoirement régulée par une autorité de jeu reconnue. Cette licence garantit que le casino respecte des normes strictes en matière de sécurité, de transparence et d’équité. Sans licence, aucun recours juridique ne sera possible en cas de litige.

Voici les autorités les plus réputées à l’échelle internationale :

  1. Malta Gaming Authority (MGA) – Très respectée, notamment en Europe
  2. UK Gambling Commission (UKGC) – Règlementation stricte, fiable pour les joueurs
  3. Autorité Nationale des Jeux (ANJ) – Pour les plateformes autorisées en France
  4. Curaçao eGaming – Moins exigeante mais populaire pour les casinos crypto
  5. Kahnawake Gaming Commission – Principalement en Amérique du Nord

Pour vérifier si un casino détient une licence valide, il suffit de descendre en bas de la page d’accueil du site : le logo de l’organisme régulateur y est généralement affiché. En cliquant dessus, vous serez redirigé vers une page officielle confirmant la légitimité du casino. Il est aussi recommandé de croiser ces informations sur le site du régulateur lui-même.

Un casino peut également mentionner plusieurs licences. Cela ne signifie pas qu’il est plus fiable qu’un autre, mais cela peut indiquer qu’il opère sur plusieurs marchés avec des exigences spécifiques.

La sécurité des données et des transactions

Au-delà de la licence, la sécurité technique du site est un critère fondamental. Un casino en ligne fiable met tout en œuvre pour protéger les données personnelles de ses utilisateurs ainsi que leurs transactions financières. Il utilise généralement un chiffrement SSL 128 ou 256 bits, ce qui permet de sécuriser la communication entre l’utilisateur et la plateforme.

Voici les éléments techniques que vous devez vérifier avant de vous inscrire :

  1. URL en HTTPS – Le petit cadenas dans la barre du navigateur indique un chiffrement actif
  2. Certificats de sécurité – Fournis par des autorités comme Comodo ou Cloudflare
  3. Politique de confidentialité claire – Présente et accessible depuis la page d’accueil
  4. Méthodes de paiement reconnues – Visa, Mastercard, Skrill, Neteller, crypto-actifs

Les moyens de paiement sont également révélateurs du sérieux de la plateforme. Si vous constatez que seuls des portefeuilles peu connus ou des virements anonymes sont proposés, soyez prudents. Les meilleurs casinos travaillent avec des institutions reconnues et offrent aussi une transparence totale sur les délais de traitement.

Méthode de paiement Sécurité Délai de dépôt Délai de retrait Anonymat possible
Carte bancaire Élevée Immédiat 1 à 3 jours Non
Virement bancaire Élevée 1 à 3 jours 2 à 5 jours Non
Skrill / Neteller Élevée Immédiat 24 à 48h Faible
Cryptomonnaie (BTC, etc) Variable Immédiat 1 à 2 jours Oui

Ces données vous permettent de comparer les moyens les plus adaptés selon vos priorités : vitesse, anonymat, ou sécurité renforcée.

La réputation et les avis des joueurs

Même si une plateforme semble en règle sur le plan juridique et technique, la réputation auprès des joueurs reste un critère déterminant. Un casino en ligne fiable est souvent cité de manière positive sur les forums spécialisés, les groupes sociaux ou les sites d’évaluation. Cela signifie que les joueurs ont expérimenté un service cohérent, sans blocages injustifiés, ni pratiques douteuses.

Voici comment analyser cette réputation :

  1. Lisez des avis récents – Sur Trustpilot, Reddit, ou des forums spécialisés
  2. Comparez plusieurs sources – Méfiez-vous des commentaires trop élogieux ou trop critiques
  3. Cherchez les plaintes récurrentes – Problèmes de retrait, bonus non versés, support client injoignable
  4. Regardez la date de création du casino – Plus un casino a de l’ancienneté, plus il est fiable
  5. Vérifiez les réponses de l’opérateur – Les bons casinos répondent publiquement aux critiques

Un casino peut avoir quelques avis négatifs sans que cela soit rédhibitoire. Ce qui importe, c’est la manière dont il gère ces critiques. Une absence de réponse ou des justifications floues doivent vous alerter. À l’inverse, un service client qui s’engage à résoudre les problèmes montre une vraie volonté de maintenir une relation saine avec ses joueurs.

Les fonctionnalités uniques à rechercher dans un casino fiable

Au-delà des critères fondamentaux comme la licence et la sécurité, certains éléments différencient un casino fiable d’un casino simplement correct. Il s’agit de fonctionnalités spécifiques qui améliorent l’expérience de jeu et renforcent la confiance des utilisateurs. Voici les plus importantes à prendre en compte.

La diversité des jeux proposés

Un bon casino en ligne se reconnaît par la qualité et la variété de son catalogue de jeux. Machines à sous classiques, jeux à jackpot, roulette, blackjack, poker ou baccarat : chacun doit pouvoir trouver le jeu qui lui convient. Une offre riche témoigne aussi d’un partenariat avec des éditeurs reconnus comme NetEnt, Play’n GO, Microgaming, Evolution Gaming ou Pragmatic Play, gages de fiabilité technique et d’équité.

Les jeux en direct avec croupiers sont un autre indicateur de sérieux. Ils apportent une immersion réelle et une dimension sociale, proche d’un casino physique. Les meilleurs sites enrichissent régulièrement leur offre avec des titres exclusifs, des tournois thématiques ou des fonctionnalités innovantes. Enfin, des outils comme les filtres, les favoris ou les classements par popularité facilitent la navigation dans la ludothèque.

Les bonus et promotions

Les bonus attirent les nouveaux joueurs, mais seuls ceux qui sont clairs, réalistes et accessibles sont réellement avantageux. Un bonus de bienvenue avec un taux élevé peut cacher des conditions de mise trop strictes. Il est donc essentiel de lire les détails : nombre de fois à rejouer le montant (wagering), jeux éligibles, délais d’utilisation, plafond de retrait.

Un casino fiable propose aussi des offres régulières aux joueurs fidèles : cashbacks, free spins, tournois, challenges. Un programme VIP structuré peut offrir des bénéfices exclusifs comme des limites de retrait plus élevées, un support prioritaire ou des cadeaux personnalisés.

Voici comment identifier un système de bonus fiable :

  1. Wagering raisonnable, entre 20x et 40x
  2. Absence de restrictions abusives sur les retraits

Un bon bonus ne doit pas piéger le joueur mais l’encourager à jouer dans des conditions justes.

L’ergonomie et l’expérience utilisateur

Un site mal conçu peut ruiner l’expérience, même si le casino est honnête. L’ergonomie est donc un critère clé : menus lisibles, navigation intuitive, accès rapide aux jeux, chargement fluide. Un bon design, sobre et fonctionnel, favorise l’engagement du joueur.

La version mobile doit proposer les mêmes fonctions que sur ordinateur : inscription, dépôt, jeu, retrait. Les meilleurs sites sont responsives, voire proposent des applications natives. Une ludothèque facilement consultable, des animations bien intégrées et une structure cohérente renforcent l’immersion. Certains casinos personnalisent même l’interface selon le profil du joueur ou ses habitudes de jeu.

Ces détails montrent un réel souci de l’utilisateur, preuve supplémentaire du professionnalisme de la plateforme.

Le service client

Un bon support client ne se remarque pas seulement en cas de problème, il rassure dès l’inscription. Un casino fiable offre une assistance disponible 24h/24, en français, avec une prise en charge rapide par live chat. Une réponse claire dans un délai court est aujourd’hui un standard attendu.

Les agents doivent être capables de répondre précisément à des questions liées aux bonus, aux documents à fournir ou aux problèmes de retrait. Une FAQ bien structurée, régulièrement mise à jour, est également utile pour résoudre rapidement les demandes courantes. Les plateformes les plus sérieuses proposent en plus un support par e-mail, voire par téléphone.

Voici 3 critères pour évaluer un bon service client :

  1. Délai de réponse court sur le live chat
  2. Qualité des réponses, adaptées et personnalisées
  3. Accessibilité en français, sans traduction automatique

Un support efficace renforce la confiance et contribue à une expérience de jeu sans stress.

Avantages d’un casino en ligne fiable

Choisir un casino fiable ne se limite pas à éviter les mauvaises surprises : cela permet surtout de profiter d’une expérience de jeu sereine et valorisante. Les dépôts sont sécurisés, les retraits sont traités rapidement, et les jeux sont équitables. De plus, les joueurs bénéficient de promotions claires, de bonus sans pièges, et d’un accompagnement personnalisé.

Les casinos de confiance s’investissent aussi dans la prévention contre l’addiction. Ils proposent des outils de contrôle comme la limite de dépôt, la pause temporaire ou l’auto-exclusion. Cette approche responsable contribue à créer un environnement de jeu sain et respectueux.

Conclusion

Le choix d’un casino en ligne fiable repose sur une combinaison de critères techniques, juridiques et humains. Ce n’est ni la beauté du site, ni la générosité des bonus qui doivent guider le joueur, mais la présence d’un cadre réglementé, sécurisé et transparent. En évaluant la licence, les moyens de paiement, la réputation, l’ergonomie et le service client, vous serez en mesure d’éviter les pièges et de profiter d’un environnement de jeu optimal. Enfin, les meilleures plateformes vont au-delà des exigences de base : elles innovent, écoutent leurs utilisateurs, et s’inscrivent dans une démarche responsable. C’est là que se cache, en réalité, le meilleur casino en ligne pour chaque joueur.

FAQ

Quels sont les documents nécessaires pour vérifier mon compte sur un casino en ligne ?

En général, il vous faudra fournir une pièce d’identité (passeport ou carte nationale), un justificatif de domicile récent et parfois une preuve du mode de paiement utilisé. Cette procédure KYC est obligatoire sur les plateformes sérieuses.

Que faire si mon retrait est bloqué depuis plusieurs jours ?

Commencez par contacter le support client. Vérifiez si des documents de vérification sont manquants. Si le casino est licencié, vous pouvez ensuite saisir l’autorité régulatrice en cas de litige.

Est-ce que les casinos sans licence sont tous dangereux ?

Pas nécessairement, mais ils présentent beaucoup plus de risques : absence de contrôle, aucun recours en cas de problème, et parfois des pratiques peu éthiques. Il est fortement déconseillé de jouer sur ces sites.

Les jeux sont-ils truqués sur les casinos en ligne ?

Pas sur les casinos régulés. Les jeux y utilisent des générateurs de nombres aléatoires (RNG) régulièrement testés par des auditeurs indépendants comme eCOGRA ou iTech Labs.

Puis-je avoir plusieurs comptes sur un même casino ?

Non. La plupart des casinos interdisent formellement les comptes multiples. Cela peut entraîner la suspension de tous vos comptes et la confiscation de vos gains.

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Reims Polar 2025 : Undercover, ETA de guerre

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Prix Police du Festival Reims Polar 2025, Undercover offre une infiltration haletante et très documentée au cœur de l’ETA, la célèbre organisation terroriste basque, pendant les années 1990. Inspiré de l’histoire vraie de l’agent Elena Tejada, qui a participé à l’une des plus grandes opérations menées contre cet organisme, le film d’Arantxa Echevarría a reçu en début d’année les Goyas du meilleur film, de la meilleure réalisation, du meilleur scénario original et de la meilleure actrice. Une œuvre sous haute tension, centrée sur les risques de la profession, qui a naturellement convaincu le jury d’agents et de commissaires.

La réalisatrice espagnole a déjà brossé le portrait de jeunes femmes confrontées à la dureté de leurs milieux. Dans Carmen et Lola, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2017, et Goya du meilleur réalisateur pour un premier film, Arantxa Echevarría s’intéressait au quotidien de deux jeunes femmes d’origine gitane qui vivent dans la banlieue de Madrid. Avec Chinas, elle évoquait l’évolution de deux petites filles chinoises inscrites dans une école espagnole. Undercover, son quatrième long-métrage, compose un thriller bien plus psychologique. En questionnant jusqu’où l’on peut aller au nom de la justice, le film nous plonge dans les tourments d’un métier périlleux et terrifiant en tout instant.

Une vie d’infiltrée

Les films traitant de l’infiltration au sein d’organisations terroristes nous interpellent par leur réalisme. Parfois glaçants, ils nous ont déjà immergés, avec Made in France, dans un groupe extrémiste préparant des attentats sur notre territoire, ou encore, dans La Guerre de l’ombre et Shadow Dancer, au centre de l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise. En revanche, très peu de long-métrages se sont intéressés à l’ETA, un sujet encore sensible en Espagne, à l’heure où l’indépendantisme reste prégnant en Catalogne.

Quatre ans plus tôt, Les Repentis d’Iciar Bollain, également inspirés de faits réels, ont mis en scène la rencontre éprouvante entre un ancien terroriste de l’ETA et Maixabel Lasa, la veuve de l’une de ses victimes. Dans la continuité de ce drame qui aborde tant la violence que la rédemption, Undercover retrace une dangereuse mission d’infiltration qui témoigne de l’engagement, aux limites morales contestables, d’officiers de police farouchement déterminés.

Monica, une jeune agent des services de renseignement, est choisie pour se fondre au sein de l’ETA. Ce rôle permanent l’amène à couper tout lien avec son ancienne vie, sa famille et ses collègues. Isolée, condamnée à vivre avec de terrifiants activistes, elle ne peut échanger qu’avec son supérieur, le seul à connaître ses actions dans le groupe terroriste. Surnommé « L’inhumain », ce chef incarné par Luis Tosar, également interprète dans Les Repentis, se montre prêt à tous les sacrifices pour démanteler l’organisation. Confrontée à la concurrence de la Garde civile, la police aspire en effet à obtenir des résultats forts dans ce combat national contre l’ETA.

Grâce à son environnement très réaliste, Undercover retranscrit parfaitement l’atmosphère des années 1990. Équipements, véhicules, barrages routiers et contrôles systématiques témoignent d’une époque loin de la libre circulation actuelle. Bien que filmées en plans serrés, les villes de San Sebastián et de Saint-Jean-de-Luz, tout à fait reconnaissables, composent un cadre à la fois idyllique et oppressant.

Entre l’Espagne et la France, Arantxa Echevarría nous infiltre dans l’existence angoissante de Monica. Au contact de militants basques, dont l’implaccable Sergio Polo Escobés, interprété par un bluffant Diego Anido, déjà effrayant dans As bestas, la jeune femme prend des risques inconsidérés pour mener son objectif à son terme. Undercover met ainsi en exergue le poids psychologique d’une vie sous couverture, de la terreur perpétuelle d’être découverte à la perte progressive d’identité, avec le piège de ne plus réussir à décrocher d’un rôle devenu vital et obsessionnel.

Par ce fardeau psychique, Undercover installe une tension croissante qui nous tient constamment haleine. Avec un rythme endiablé, la réalisatrice espagnole compose un thriller palpitant et renseigne sur une opération de police aussi dangereuse qu’audacieuse. Il reste assez rare qu’un film d’infiltration nous captive autant. Le Mélange des genres, présenté en clôture du Festival, a traité le sujet de façon bien plus légère.

Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.

Undercover – Fiche technique

Titre original : La Infiltrada
Réalisation : Arantxa Echevarría
Scénario : Arantxa Echevarría & Amèlia Mora
Interprètes : Carolina Yuste, Luis Tosar, Iñigo Gastesi, Diego Anido, Nausicaa Bonnín, Pepe Ocio
Photographie : Javier Salmones
Montage : Victoria Lammers
Musique : Fernando Velázquez
Producteurs : María Luisa Gutiérrez, Mercedes Gamero, Pablo Nogueroles & Álvaro Ariza
Sociétés de production : Bowfinger International Pictures, Beta Fiction Spain, Esto también pasará, Infiltrada LP AIE
Pays de production : Espagne
Distribution France : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h58
Genre : Drame, Policier

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Piégé : interphone game

Bill Skarsgård face à Anthony Hopkins dans un duel psychologique en huis clos et sous l’égide d’un high concept propre à la série B, voilà un programme alléchant et sans détour. Malheureusement, l’engouement s’arrête au moment même où Piégé se répète constamment et finit par être à court d’arguments, surtout quand il aborde naïvement son commentaire social. En résulte une prise d’otage maladroite qui se retourne contre les spectateurs.

Synopsis : Un voleur s’introduit dans une voiture de luxe et se retrouve piégé à l’intérieur. Il découvre que son énigmatique propriétaire en a le contrôle total et qu’il va exercer sur lui une vengeance diabolique.

Si le nom de David Yarovesky n’est pas bien connu, c’est parce qu’il a souvent été sacrifié dans les campagnes promotionnelles de ses réalisations. Révélé par The Hive, le cinéaste a ensuite servi les intérêts de ses producteurs de renom. James Gunn pour Brightburn – l’enfant du mal et Sam Raimi pour Les Pages de l’angoisse qu’il a tourné pour Netflix. C’est encore le cas aujourd’hui, bien qu’il ait démystifié la figure du super-héros lorsque le virage de l’adolescence est mal négocié. Une œuvre non sans défauts, mais avec audace et ambition. Très peu aidé par le scénario confus de Michael Arlen Ross, Piégé tente vainement de panser ses plaies au fur et à mesure que son intrigue déroule ses gimmicks. Un manque de risque évident qui n’apporte finalement pas grand-chose de plus que 4×4, un film argentin méconnu et dont Piégé est le remake.

Tu ne voleras point

Connu pour ses rôles de personnages monstrueux et déroutants, Bill Skarsgård (Ça, Barbare, The Crow, Nosferatu) peine à nous convaincre dans le rôle d’Eddie Barrish, qui cumule tous les clichés d’un américain déchu vivant dans un milieu dévaforisé. Et malgré ses addictions multiples, il reste un père de famille aimant pour sa fille et un type généreux envers les animaux, mais ses défauts contrebalancent souvent la charge empathique qu’on devrait lui accorder. Est-il véritablement une victime en détresse ou bien un personnage mal aimable ?  C’est au fin fond de la banlieue de Vancouver, comparable à toute grande métropole, que l’on découvre la désolation des laissés-pour-compte. Eddie marche sur cette frontière qui le sépare d’une vie rangée, sans tracas et avec un salaire stable. La réalité le rattrape toutefois lorsqu’il tente de réunir les derniers dollars nécessaires pour récupérer son véhicule au garage et succombe au larcin. Qui pouvait savoir que le SUV dans lequel il s’est introduit était un piège ?

Le propriétaire de cette machination n’est autre qu’un certain William, dont on ne verra pas le visage avant le dernier acte. Mais pour que l’on ait l’oreille fine ou que l’on ait jeté un œil à l’affiche du film, la participation d’Anthony Hopkins ne fait aucun doute. Il n’a pas besoin d’être présent physiquement pour assurer le contrôle de ses proies, comme dans Collatéral ou Sympathy for the devil. Il opte pour l’interaction à distance, à mi-chemin de Speed et de Phone Game. L’idée est assez séduisante dans un premier temps, notamment grâce à son éloquence de gentleman. Tout le contraire d’un Eddie impulsif, en manque de joint et bientôt à court de vivres. Cependant, le récit se mord rapidement la queue lorsque les échanges deviennent moralisateurs, ce qui n’était pas un inconvénient dans la saga Saw, dès lors qu’ils étaient modérés et dilués dans le divertissement macabre promis.

Tu ne t’amuseras point

Dans ce cas-ci, il n’y a de tension que ce qui sort des tasers que le psychopathe a installé dans sa voiture. Un coup de jus après l’autre, une climatisation excessive et du chantage à gogo, le survival possède pourtant tous les ingrédients nécessaires pour jouer avec nos sens, mais il n’en fait rien. Les séquences de torture musicales n’arrivent jamais à la hauteur d’À l’intérieur, où Willem Dafoe incarne un cambrioleur enfermé chez sa cible. On peut également faire une croix sur le côté hallucinatoire du type 127 heures. À ce jeu-là, Bill Skarsgård ne peut rivaliser avec un jeu physique limité par son espace. Et pourtant, Buried s’en sort haut la main avec une mise en scène qui a de quoi ravager n’importe quel claustrophobe. Ici, le piège à délinquants n’a rien du tombeau ou du purgatoire annoncé. Tout n’est que gadget dans cette cellule de luxe.

Le dernier tournant du récit réside dans la deuxième partie, qui tente de parfaire la transformation du SUV en monstre mécanique du road rage. Toujours en vain. Rien à voir avec Christine ou avec le camion Goliath de Duel. Yarovesky s’efforce de reproduire une vitrine qui illustre les conséquences du capitalisme, mais fait marche arrière à mi-parcours, comme si on le sommait de remonter l’arbre des causes que les protagonistes pointent du doigt. Difficile d’y voir clair dans ce récit de vengeance qui compile tout ce qui ne fonctionne plus dans le cinéma populaire hollywoodien, en plus d’être aseptisé par ses leçons de morale qui n’en font même pas un bon nanar. Lorsque le concept d’un film ne parvient plus à captiver et à renouveler ses enjeux, à la force de shots d’adrénaline ou de tensions psychologiques efficaces, on finit anesthésié par la redondance des scènes, si bien qu’on sent confiné dans notre propre siège. C’est justement ce qui se passe dans Piégé, qui prend son spectateur pour cible malgré lui.

Piégé – Bande-annonce

Piégé – Fiche technique

Titre original : Locked
Réalisation : David Yarovesky
Scénario : Michael Arlen Ross, d’après le scénario du 4×4 écrit par Mariano Cohn et Gastón Duprat
Interprètes : Bill Skarsgård, Anthony Hopkins, Ashley Cartwright, Michael Eklund, Navid Charkhi
Photographie : Michael Dallatorre
Montage : Andrew Buckland, Peter Gvozdas
Musique : Tim Williams
Décors : Grant Armstrong
Costumes : Autumn Steed
Producteurs : Zainab Azizi, Petr Jákl, Ara Keshishian, Sean Patrick O’Reilly, Sam Raimi
Société de production : ZQ Entertainment et Raimi Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h35
Genre : Thriller
Date de sortie : 9 avril 2025

Piégé : interphone game
Note des lecteurs0 Note
1.5

Reims Polar 2025 : The Things You Kill, l’effondrement

Quand peut-on pardonner et se faire pardonner ? C’est toute la problématique de The Things You Kill, un drame familial psychologique sur fond de thriller. Alireza Khatami explore les secrets et les traumatismes de son protagoniste à travers un dispositif narratif aussi subtil qu’audacieux. Il nous donne à contempler les reflets d’un homme meurtri par une relation conflictuelle avec la figure paternelle, ainsi que par sa propre quête d’identité.

Synopsis : Après plusieurs années aux États-Unis, Ali retourne s’installer en Turquie avec sa femme. Dans sa ville natale, il retrouve sa famille qui vit un enfer sous le joug terrible de son père. Aussi, lorsque sa mère décède dans des circonstances suspectes, Ali soupçonne-t-il rapidement son père. Aidé par un mystérieux rôdeur qu’il engage comme jardinier, le jeune homme mène une quête vengeresse qui va le confronter au pire des secrets…

Les choses qu’on enterrent

Premier long-métrage du cinéaste iranien Alireza Khatami, Les Versets de l’oubli traite d’une amnésie collective alors que les cadavres s’empilent dans une morgue. Chaque personnage est anonyme, mais le réalisateur conduit ses protagonistes à trouver leur identité, à honorer les morts et à comprendre leur histoire. Il s’agit de thématiques que l’on retrouve dans son dernier film présenté en première française à Reims Polar. Avant cela, Khatami a notamment co-réalisé Chroniques de Téhéran aux côtés de son compatriote Ali Asgari. À la force de plans fixes remarquablement exploités, ce portrait sociétal de l’Iran réussit à déployer tout le cynisme, les absurdités et les contradictions qui en découlent. De même, ce film à sketches parvient à questionner le libre-arbitre de citoyens ordinaires, tout en commentant les motifs de leurs angoisses à travers la banalité de leur quotidien. On pense alors au tout dernier plan du film, annonçant la fin du monde, un effondrement total des immeubles et de la société. La symbolique va encore plus loin dans The Things You Kill, où tous les moyens mis en place par le personnage principal pour cacher ses péchés, son passé ou ses fantômes ne l’aident pas nécessairement à faire la paix avec sa famille.

Quelle est donc cette fameuse « lumière » qu’il s’agit de tuer ? La première scène interroge immédiatement, où l’on semble décrire un mauvais rêve, dont aucun personnage ne semble être sorti. Cette interrogation trouvera davantage de sens et de réponses tout le long d’un récit qui parsème ses indices avec beaucoup de malice. Ces indices ne passent pas uniquement par des répliques, mais également par sa mise en scène de courtes séquences, comme lorsqu’Ali (Ekin Koç) s’infiltre dans une maison avant de se trouver une cachette. Là où la narration ajoute de la confusion à l’évolution des personnages, c’est bien à cause du montage, suggérant tout un tas d’ellipses dans le deuxième acte. Pourtant, s’il ne s’agit pas d’un choix artistique volontaire, cette confusion est indubitablement justifiée dans la dernière scène du film, faisant écho à la mystérieuse ouverture.

Les choses que l’on rallume

Entre ces deux extrémités, l’intrigue suggère un récit de vengeance portée par Ali, qui en sait assez sur l’étymologie du mot « traduction » pour savoir qu’il est nécessaire de supprimer, voire de détruire, un élément antérieur pour en créer un autre. C’est dans cette bascule que le réalisateur développe l’introspection de son personnage tourmenté. Ali peine à concevoir un enfant avec sa femme Hazar (Hazar Ergüçlü) et doit également faire face aux comportements suspicieux de son beau-père Hamit (Ercan Kesal) auprès de sa défunte mère durant son absence. Cette absence est de nouveau renforcée à la suite d’un événement tragique, où Ali s’efface peu à peu derrière Raza (Erkan Kolçak Köstendil), un jardinier qu’il engage pour entretenir ses terres arides et pour réparer un puits qui se serait « effondré de l’intérieur ». La métaphore est assez claire pour que les décors du film se confondent avec l’espace mental d’Ali, de plus en plus acculé dans l’obscurité. Ses « crimes et châtiments » seront bientôt déterrés, mais dans le temps de réflexion qu’il lui reste, il se décide enfin à confronter sa sœur et sa femme pour révéler une douleur enfouie, expliquant au passage sa fuite vers les États-Unis et son choix pour le type d’étude suivi.

Alireza Khatami s’inspire de son expérience personnelle pour se défaire d’un poids de conscience similaire. Il choisit Ali comme réceptacle de sa thérapie, où il remet en question le lien de filiation père-fils. S’il est coutume de dire qu’on ressemble à nos parents en grandissant, Ali souhaite ardemment s’en défaire. Les femmes ne sont pas les seules à tomber sous le joug du patriarcat, car certains hommes en souffrent aussi. Ali se bat pour lui-même, des deux côtés du miroir qui fragmente son âme et sa personnalité. Le film n’est certainement pas le plus facile à suivre si on ne s’accroche qu’à sa dimension policière, sur fond de parricide, ou à la crise familiale qu’on dépeint. C’est dans l’amalgame de tous ces éléments que le protagoniste trouve la force de se confesser et d’obtenir une image nette de lui-même.

Avec The Things You Kill, la compétition Reims Polar a certainement trouvé son scénario le plus sophistiqué, le plus intime et le plus émouvant de son auteur. Alireza Khatami impressionne par sa mise en scène qui génère de l’étrangeté sans abuser des ressorts du polar. Les Ombres persanes avait déjà réussi cet exploit et ce film confirme un savoir-faire indéniable qui ne saurait tomber dans l’oubli. Un coup de cœur à rebours, mais un coup de cœur mérité !

Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.

The Things You Kill – Bande-annonce

The Things You Kill – Fiche technique

Réalisation et Scénario : Alireza Khatami
Interprètes : Ekin Koç, Erkan Kolçak Köstendil, Hazar Ergüçlü, Ercan Kesal
Photographie : Bartosz Swiniarski
Montage: Selda Taşkin, Alireza Khatami
Producteurs : Caio Gullane, Fabiano Gullane, André Novis, Fernando Coimbra, Luís Galvão Teles & Gonçalo Galvão Teles
Pays de production : France, Pologne, Canada, Turquie
Distribution France : Le Pacte
Durée : 1h53
Genre : Drame

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Noces de sang de Carlos Saura : quand le flamenco rencontre le cinéma

Noces de sang, une ode à la poésie portée par la danse

Synopsis : Dans les coulisses d’une salle de spectacle, une troupe de danseurs répète un ballet. La représentation commence. Dans un petit village, on fête des noces. À la fin de la cérémonie, la jeune épousée s’enfuit avec Leonardo, un homme marié qu’elle a toujours aimé. Accompagné de quatre cavaliers, l’époux bafoué part à la recherche des fugitifs…

Avant le spectacle

Dans les coulisses, les danseurs s’installent devant leur miroir, s’observent, personnifient leur table. Quelques gros plans montrent des photos de famille : un premier pas vers la connaissance des personnages. Puis la caméra se concentre sur le coach, Antonio Gadès, légendaire danseur espagnol. Il se présente au spectateur, raconte son enfance, son destin lié au flamenco, comme si Noces de Sang était un documentaire.

Nous découvrons ensuite la salle de danse, décor unique du film. Les danseurs s’échauffent dans une ambiance sérieuse mais détendue, captée en plans larges. Parfois, la caméra devient plus intime, s’approche des visages concentrés. Seuls résonnent les claquements des souliers et les instructions d’Antonio Gadès. Le spectacle peut commencer.

Une mise en abîme assumée

Noces de sang nous présente à la fois les danseurs et leurs personnages. Le spectateur est invité à l’introspection. Il doit oublier les corps pour se concentrer sur un récit d’adultère. La violence est imagée, ressentie. Il n’y a pas de sang, mais son absence devient un langage : tout passe par le visage et l’émotion.

Cette invitation à l’imaginaire culmine lorsque les danseurs simulent une chevauchée. Ils trottinent, se frôlent, tandis que la caméra reste au niveau du buste, masquant les jambes. L’illusion fonctionne parfaitement.

Sensualité et confrontation

Le spectateur est immergé dans la respiration des danseurs, ne fait qu’un avec eux. La scène du duel est marquante : la caméra tourne autour des deux hommes, s’approche, recule, mime la tension. Le combat, fait de gestes, paraît pourtant plus réel que nature.

Le silence devient un langage central du film. Il met en valeur les corps et les regards. Finalement, le personnage principal, c’est la danse elle-même, incarnée par Antonio Gadès, dans une quête élégante et passionnée.

Extrait – Noces de Sang

Fiche technique – Noces de Sang

  • Titre français : Noces de sang
  • Réalisation : Carlos Saura
  • Scénario : Antonio Artero, Antonio Gades, Alfredo Mañas, Carlos Saura (d’après la pièce de Federico García Lorca)
  • Décors : Rafael Palmero
  • Costumes : Francisco Nieva
  • Photographie : Teodoro Escamilla
  • Son : Bernardo Menz
  • Montage : Pablo González del Amo
  • Musique : Emilio de Diego
  • Chorégraphie : Antonio Gades

Reims Polar 2025 : Le Domaine, sans foi ni loi

Le Domaine

Réalisé par Giovanni Aloi, il raconte l’histoire de Damien, un étudiant en perdition […]

Giovanni Aloi retrouve Dominique Baumard (également réalisateur de Les Règles de l’art, présenté en avant-première à Reims Polar) au scénario, après son premier long-métrage, La Troisième guerre. Le cinéaste italien y explorait le sentiment d’insécurité au cœur de l’opération Sentinelle à Paris, du point de vue d’une recrue bousculée entre la théorie et la pratique. Et c’est avec quelques paires de bras supplémentaires qu’un projet aux ambitions similaires voit le jour. Librement inspiré de la « Tuerie de Belhade », qui a eu lieu dans les Landes en 1985, où des meurtres ont été commis dans un relais de chasse, qui aurait servi de repère pour des activités de proxénétisme. L’affaire est empreinte de complexité tant les témoignages diffèrent et que les motivations des assassins soient encore inexplicables. L’émission Faites entrer l’accusé en a d’ailleurs dédié un épisode. Giovanni Aloi nous transporte à Saint-Nazaire pour nous livrer sa version de l’histoire.

Tout l’argent du monde

Les études sont chères et la vie peut être bien rude pour des jeunes sans avenir, prêts à échanger leur dignité contre un peu d’argent. C’est le cas de Damien, sans but, sans famille et sans vrais d’amis. Il espère cependant devenir quelqu’un au-delà du campus ou du restaurant de burgers, où il ne fait que tourner en rond pendant son service. C’est Malaury (Patrick d’Assumçao) qui lui offre cette opportunité, en lui offrant une place de serveur, de chauffeur, puis de garde-chasse au domaine tenu par Pasquini (Raphaël Thierry). Un réseau de trafics louches se met alors en place, où le jeune homme, incarné par Félix Lefebvre, découvre les combines. Faute d’y chasser le gibier pour sa viande ou sa fourrure, le duo de lascars cherche à faire fortune en transformant leur domaine en maison close en pleine nature, avec option paintball pour les amateurs. Aloi parvient à faire du Château de Coislin le théâtre d’un piège insidieux qui se referme autant sur les proies que sur les prédateurs.

Tout comme dans La Troisième guerre, le cinéaste italien évoque la dissociation entre son protagoniste et la réalité. Dans Le Domaine, elle passe essentiellement par la voix off de Damien, qui traverse le récit. Incapable de faire ses propres choix, ni de penser par lui-même, le jeune étudiant se laisse embrigader malgré lui dans un jeu dans lequel il ne ressort jamais gagnant. Ce dernier se parle comme pour se repentir, mais sa culpabilité est-elle véritablement le sujet de l’histoire ? Ne serait-il pas une victime de plus, à qui l’on a confié un fusil chargé à des fins dissuasif ? Toutes ces dissonances offrent une belle lecture du personnage sur le papier. Aloi a beaucoup de choses à raconter sur la trajectoire de son personnage, mais cela transparait péniblement à l’écran, noyé dans des effets de styles. Elles font leur effet le temps de l’exposition, mais leur redondance révèle toute l’artificialité du dispositif. De même, apporter de la couleur sur la ville portuaire de Saint-Nazaire, habituellement terne et d’un teint bétonneux, en comparaison de la psyché de Damien est une bonne idée. Cependant, on n’y perçoit aucune finalité aux abords du pont levant, aux docks de nuit, si ce n’est la traversée de l’immense pont routier à la sortie de la ville. Cette passerelle constitue à la fois une frontière avec ses activités sordides et un moyen pour Damien de se reconnecter à la vie étudiante qui lui échappe. Il en va de même pour des relations personnelles, où il s’efface comme le spectre d’un condamné par anticipation.

Dans la gueule des loups

Et quand bien même, le récit s’acharne à rester dans le viseur de Damien et de sa subjectivité, il nous laisse assez peu de choses à suggérer autour des personnages secondaires qui peuplent le domaine. Qu’il s’agisse de Celia (Lola Le Lann, révélée dans Un moment d’égarement) ou son associée Daria (Lina-Camélia Lumbroso), seul Patrick d’Assumçao parvient à tirer son épingle du jeu avec son personnage frustré et ambitieux. On comprend surtout que l’impasse, à laquelle ils se confrontent tous et qui les rassemble dans ce lieu maudit, les vampirise au plus profond de leur âme. Tous ont espéré tromper leur manque de reconnaissance, de solitude ou d’argent dans ce relais de chasse. Certaines jouaient à la princesse dans sa tour dorée, certains fantasmaient sur leur réussite mafieuse et d’autres s’identifiaient comme des chasseurs hors pairs. C’est un cycle de déni qui se lit dans le comportement de chaque personnage, qui portent en eux toutes les contradictions possibles jusqu’à ce qu’un égarement de trop fasse tout basculer.

Au-delà du fait divers qui l’a inspiré, Le Domaine raconte l’ascension chaotique d’un jeune homme qui a rêvé trop tard de sa liberté et de ses désirs. L’idée est séduisante, mais le problème majeur réside dans le fait que tout le dispositif narratif en voix off rend son personnage errant imperméable émotionnellement. Nous ne faisons que surnager dans sa conscience, malgré un décalage permanent entre ses mots et son attitude passive. Parler de la fin de l’innocence à travers les codes du film noir est toujours stimulant, mais c’est malheureusement de la lassitude qui se dégage de cette œuvre chimérique et confuse.

Ce film est présenté en avant-première au festival Reims Polar 2025.

Le Domaine – Bande-annonce

Le Domaine – Fiche technique

Réalisation : Giovanni Aloi
Scénario : Sébastien Gendron, Dominique Baumard, Giovanni Aloi, Thierry Lounas, Claire Bonnefoy
Interprètes : Félix Lefebvre, Patrick D’Assumçao, Lola Le Lann, Lina-Camélia Lumbroso, Raphaël Thiéry, Rachid Guellaz
Photographie : Martin Rit
Prise de son : Jean Collot
Décors : Florent Chicouard
Montage image : Rémi Langlade
Montage son : Fabien Bellevaire, Geoffrey Perrier
Musique : Frédéric Alvarez
Mixage : Aymeric Dupas
Producteur : Thierry Lounas
Société de production : Capricci
Coproduction : Wild West
Direction de la production : Danaé Raevel
Pays de production : France
Distribution France : Capricci
Durée : 1h31
Genre : Thriller
Date de sortie : 14 mai 2025

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Reims Polar 2025 : Islands, l’île des damnés

Peut-on vivre au paradis toute sa vie ? C’est la question qui se pose dans Islands, de Jan-Ole Gerster. Un homme semble piégé dans une routine qui le confine à l’alcoolisme et aux mêmes gestes sur le court de tennis où il entraine de nombreux touristes. Une vie de vacances remplie de rencontres mais vidée de toute perspective d’avenir. Le cinéaste allemand utilise une mise en scène cérébrale pour bousculer et réveiller son personnage désœuvré et sans volonté.

Synopsis : Entraîneur de tennis dans un hôtel de luxe situé sur une île, Tom partage son temps libre entre soirées alcoolisées et aventures d’un soir. L’arrivée de la famille Maguire le sort de sa routine et Tom noue rapidement une relation avec Anne, son mari Dave et leur fils Anton. Tom ne parvient pas à se débarrasser du sentiment d’avoir déjà rencontré Anne et cette impression étrange ne cesse de se renforcer à mesure de leurs échanges. Jusqu’au jour où Dave disparaisse et que l’enquête de la police désigne Anne et Tom comme suspects.

Déjà intéressé par le portrait d’une génération berlinoise en errance avec Oh Boy en 2012, Jan-Ole Gerster continue d’explorer cette thématique à travers le regard d’un seul homme, perdu dans des limbes qui servent d’évasion aux touristes. À Fuerteventura, une des îles Canaries où l’été n’en finit jamais, Tom se console d’une carrière professionnelle de tennis en tapant des balles avec mollesse le jour et en succombant à la débauche la nuit tombée. Sans savoir où il va se réveiller, sans avoir de sens à donner à sa vie dans cet hôtel où les relations sociales semblent inaccessibles. Tom passe régulièrement voir une hôtesse d’accueil, María (interprétée par Bruna Cusí, que l’on a croisé dans Border Line), en coup de vent pour lui demander un service. Jamais ils ne se croisent en dehors de leurs services, et un comptoir surélevé les sépare constamment. Rien n’est constant ou stable chez Tom, qui va tout remettre en question à l’arrivée d’une famille en manque de confiance.

L’île des tentations

Ce jour ne ressemble à aucun autre sur cette « île des enfants perdus », et cela sonne comme une évidence pour Tom, qui a rapidement affaire à une femme fatale selon Hitchcock. Stacy Martin, que l’on a récemment aperçue dans The Brutalist, n’a pas besoin de forcer sur son charme naturel pour camper ce personnage ambigu. En face d’elle, Sam Riley (Control, Sur la route, Radioactive, Orgueil et Préjugés et Zombies) ne peut que s’incliner. Mais plus question pour lui de vivre uniquement à travers les histoires des autres, notamment celle où il aurait surclassé le service de Rafael Nadal. Alors qu’une complicité se crée graduellement entre eux, la soudaine disparition de Dave (Jack Farthing), le mari d’Anna, les met à l’épreuve. Il choisit alors de combler ce trou béant dans cette famille en apportant son soutien, jusqu’à prendre leur jeune fils Anton (Dylan Torrell) sous son aile. Mais peut-il vraiment prendre la place de Dave ? Comment peut-il transformer son fantasme en réalité ? Peut-il seulement grandir ?

Sam Riley possède ce jeu subtil, où sa présence et sa physicalité sont décisives. Gerster parvient à entretenir le mystère à travers son regard qui reprend peu à peu goût à la vie, quitte à se montrer un peu brusque envers les autres personnages que côtoie régulièrement Tom. Le cinéaste allemand travaille aussi rigoureusement l’enchainement de ses plans en noyant Tom dans les décors désertiques ou en répétant des plans similaires à la routine matinale de Phil Connors dans Un jour sans fin. Cela devient cependant plus bancal dans le traitement de la tension amoureuse, alors que la police locale est aux abois pour retrouver toute trace de Dave. La belle musique de Dascha Dauenhauer ne suffit pas à compenser les longueurs d’une intrigue qui s’étire encore et encore. Islands est audacieux et subtil par instant, mais le fait d’adapter le rythme du récit au train de vie paresseux de Tom peut en gêner plus d’un. D’autant plus que cette œuvre se prête moins au jeu du polar que les autres films en compétition. On peut au moins se consoler d’avoir découvert un drame bien ficelé, avec un discours poignant sur la fin d’une époque, la fin d’une jeunesse éternelle.

Ce film est présenté en compétition au festival Reims Polar 2025.

Islands – Fiche technique

Réalisation : Jan-Ole Gerster
Scénario : Jan-Ole Gerster, Blaž Kutin, Lawrie Doran
Interprètes : Sam Riley, Stacy Martin, Jack Farthing, Dylan Torrell, Pep Ambròs, Bruna Cusí, Ramiro Blas
Photographie : Juan Sarmiento Grisales
Montage: Matthew Newman, Antje Zynga
Musique : Dascha Dauenhauer
Producteurs : Jonas Katzenstein, Maximilian Leo
Société de production : Augenschein Production
Coproduction : Leonine Studios, Schiwago Film
Pays de production : Allemagne
Distribution internationale : Protagonist Pictures
Durée : 2h03
Genre : Comédie, Drame, Thriller

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Cinemania 2024 : Interview portrait de la réalisatrice Zabou Breitman pour Le Garçon

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L’actrice et réalisatrice Zabou Breitman (surnommée uniquement Zabou dans la première partie de sa carrière) est un visage connu dans le paysage cinématographique français. Peut-être pas une star connue de tous, mais un visage qui marque, dont on se souvient forcément. Elle est doublement dans l’actualité en ce moment puisqu’elle est à l’affiche du drame sur l’inceste Cassandre, sorti en salles mercredi dernier, et qu’elle porte en tant que co-réalisatrice un projet des plus singuliers avec Le Garçon sorti le 26 mars en salles et à découvrir absolument.

C’est à cette occasion qu’elle était venue à Montréal dans le cadre du festival Ciné Mania 2024 pour présenter son nouveau bébé. La réalisatrice du césarisé Se souvenir des belles choses connaît bien le Québec puisqu’elle y a de la famille comme elle nous l’a confié, mais aussi Ciné Mania, où elle a déjà présenté un film. Nous la rencontrons dans une loge à l’hôtel Humanis, sans attaché de presse, en tête-à-tête. Loin d’être un simple entretien, le fait de passer en dernier dans la journée nous permet de rester trois quarts d’heure avec elle pour ce qui s’apparente plutôt à un dialogue à bâtons rompus. L’artiste est passionnée et très loquace sur ce projet si singulier, mais aussi un peu sur sa carrière. Un moment passionné et passionnant avec une artiste sincère, vraie et d’une simplicité incroyable. Portrait d’une femme qui trace son joli chemin dans le cinéma depuis plusieurs décennies.

Zabou Breitman a été découverte dans des films cultes comme « La Crise » ou « Cuisines et dépendances » dans les années 90, elle a tourné dans de nombreuses comédies en tant que second rôle (parce qu’on ne lui propose que très rarement des films sérieux, confie-t-elle) et elle a également tenu le haut de l’affiche d’un film qui a marqué des générations de spectateurs (le sublime Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon). C’est une artiste versatile qui alterne le cinéma des deux côtés de la caméra, mais aussi le théâtre, notamment avec Raymond Depardon, le documentaire ou encore le film d’animation (« Les Hirondelles de Kaboul »). Une femme curieuse qui aime expérimenter et se challenger comme elle nous le dit en filigrane.

On est entré tout de suite dans le vif du sujet lors de la rencontre (en novembre 2024, ndlr), la réalisation de Le Garçon donc, après l’avoir vivement félicitée. Et la discussion est intarissable et véritablement galvanisante. Le film en lui-même est unique, un cas d’école, une œuvre inclassable difficile à qualifier ou à mettre dans une case comme elle nous l’avoue. Il a d’ailleurs été très compliqué de lui trouver un financement et un distributeur, pourtant le film a à peine coûté 300 000 euros. Ce fut donc des fonds privés à la place des sempiternelles chaînes qui ont permis son existence et c’est une petite boîte de distribution, Nolita, qui a eu le courage de la suivre.

C’est un mélange d’enquête documentaire et de fiction au postulat – de mémoire – totalement inédit et qui brise pas mal de codes du cinéma, expérimentant de nouvelles choses, et rendant de nouvelles frontières et les rendant poreuses entre différents genres. Un objet iconoclaste qui lui ressemble au final, aussi imprévisible qu’elle peut l’être dans ses choix de carrière. En effet, le principe de cette œuvre est d’enquêter sur la vie d’un garçon présent sur une photo choisie au hasard et de suivre le déroulement des recherches pour la partie documentaire tandis que l’on met en scène des morceaux de sa vie à partir des découvertes faites dans une partie fiction. Puis, on mélange le tout à l’écran. Difficile à résumer, il faut donc le voir pour s’en imprégner et vivre cette expérience particulière en se laissant porter.

Quand on lui demande ce qu’elle a voulu provoquer avec cette œuvre, elle nous répond d’emblée qu’elle ne veut jamais provoquer quoi que ce soit chez le spectateur mais qu’elle veut elle-même ressentir des choses avant tout. « Sinon, ça ne marche pas », ajoute-t-elle. Et elle précise qu’elle a adoré durant tout le processus de création du film, cette notion d’intuition éclairée qui demeure le fil conducteur de la partie documentaire et enquête mais finalement aussi celui de la partie fiction. C’est cette partie-là dont elle s’est occupée, en six jours ! Six jours de tournage mais, de sa genèse à sa finalisation, la création du film aura duré plus de quatre longues années. Puisque Le Garçon était un film évolutif par son essence même, il dépendait toujours de ce sur quoi allait déboucher l’enquête sur ce garçon présent sur la photo trouvée et choisie dans cette brocante. Selon chaque découverte faite, le résultat aurait pu être diamétralement différent.

Quant à la partie enquête, elle a été confiée à Florent Vassault. Un co-réalisateur, mais aussi un fidèle confident et un appui, autant qu’un ami. D’ailleurs, durant l’entretien, Zabou ne tarit pas d’éloges sur son partenaire et précise que sans lui elle n’aurait jamais pu élaborer un tel projet en construction permanente. À tel point que l’acteur choisi pour jouer le garçon dans la partie fiction lui ressemble, comme une forme de clin d’œil. Ils avaient convenu de ne pas se dire ce que l’un découvrait à l’autre et pour comprendre la chose, encore une fois, il faut voir le film. Comme elle nous le confie : « C’était la beauté du geste ». Quand on lui parle d’une scène marquante qui nous a touchés, elle est émue. Et elle nous avoue que tout le film est baigné de mélancolie et d’amour pour les gens.

Lorsqu’on en vient à parler d’Isabelle Nanty et François Berléand et de leur choix, elle nous coupe en affirmant qu’ils ont tout de suite embarqué, curieux de faire partie d’un tel projet. On lui demande ce qu’a pensé la famille de ce personnage pas comme les autres et elle nous confirme qu’elle tenait à leur montrer le film fini en amont, même si tout le monde avait bien entendu signé des papiers d’autorisation. « C’était un prérequis et une obligation morale pour nous », dit-elle. Puis, comme on s’en doutait, elle confirme que le montage fut le moment le plus fastidieux. « J’ai même failli abandonner plusieurs fois ». Mais de ce chaos sont nées de bonnes idées comme l’idée de ce troisième film (celui d’une sorte de mise en abyme) où on les voit eux, ces metteurs en scène et alchimistes d’une vie, sur la table de montage.

Concernant son film, elle termine par cette jolie citation : « Le garçon a été sauvé par le cinéma. »…

Enfin, quand on lui parle de ses futurs projets, elle en est blindée, de divers et variés. Elle compte réaliser une série au Québec justement, une sorte de thriller dans une réserve inuite. Elle adore les adaptations et s’est mise en tête de s’occuper de celle d’un roman qu’elle aime tandis qu’un script qu’elle a écrit et qui a été refusé devrait être mis en roman par ses soins (le souvenir du refus initial de Se souvenir des belles choses lui est alors tristement revenu). Enfin, elle a griffonné une idée de film sur cinq ou six pages qu’elle se verrait bien tourner également au Québec, une province où le cinéma lui semble plus ouvert.

Zabou, une artiste pleine de surprises, curieuse, versatile et qui aime à se renouveler. Et nous surprendre.

« Baby » : humanité résiduelle

Les éditions Glénat publient le manga Baby, de Chang Sheng. Une plongée dans un monde post-apocalyptique aux côtés de deux héroïnes peu communes… 

Dans un futur proche, un cataclysme d’ampleur biblique menace de détruire l’humanité. Nous sommes en décembre 2043, et Taïwan est plongée dans une guerre de survie sans merci. Ses rues sont dévastées par un parasite mystérieux, Baby, qui transforme les êtres humains en mutants mécaniques. Ce fléau, à la fois biologique et technologique, déchire la société et plonge les survivants dans un monde chaotique, où ils doivent lutter au quotidien pour conserver leur humanité. 

C’est dans ce décor apocalyptique qu’Élisa, une ex-policière, a échappé de justesse à l’attaque d’un de ces monstres mécaniques, mais non sans subir une étrange infection : un Baby s’est introduit dans sa main gauche, sans pour autant la transformer en hybride. Un peu plus tard, alors que l’humanité s’éteint à petit feu, la jeune femme prend la décision de quitter la ville pour comprendre les origines de ce fléau. C’est alors qu’elle croise un groupe de chercheurs en mission secrète, chargés de transporter une mystérieuse fillette, Alice, vers un sanctuaire censé abriter les derniers humains.

L’ambiance de Baby est crépusculaire, avant tout marquée par un univers post-apocalyptique d’une intensité rare, où chaque page semble annoncer un monde à l’agonie. La population mondiale est décimée, les rares survivants luttent contre une menace aussi invisible qu’impitoyable. Le parasite qui transforme les humains en créatures mécaniques reste une menace omniprésente. Il prend des formes diverses, souvent horrifiques.

Si l’intrigue demeure à ce stade relativement chiche, l’auteur parvient à maintenir un suspens soutenu, à travers des révélations parcellaires et des rebondissements haletants. L’intérêt réside ailleurs, et notamment dans le cadre – de déréliction et déchéance totales – et à travers la figure d’Élisa, l’héroïne principale.

Cette dernière est un personnage complexe, traversé par le doute, la douleur et mue par un puissant instinct de survie. Elle porte en elle la trace de l’attaque de Baby, mais elle reste un vecteur d’espoir et d’abnégation dans un monde où il est difficile de se projeter. Autour d’elle, l’équipe de missionnaires qui l’accompagne porte les tensions d’un groupe rongé par les difficultés et les choix moraux. À travers ce microcosme, Chang Sheng interroge l’humain et sa capacité à rester solidaire face à une menace indicible.

Le dessin est une autre force de Baby. Dès les premières pages, le lecteur est immergé dans un univers graphique à la fois sombre et détaillé, où les décors délabrés de Taïwan prennent vie sous des traits nets et précis. Les scènes d’action sont intenses, dynamiques et parfois brutales, tandis que les créatures qui peuplent le manga sont porteuses d’effroi.

Avec Baby, Chang Sheng réussit son pari, malgré la superficialité relative du propos, en nous plongeant dans un récit post-apocalyptique prenant, entre survie, mystère et action. Ce premier volume pose des bases solides, en attendant que se dévoilent l’origine de Baby et le relief des différents personnages. Le voyage ne fait que commencer, et l’on ne peut qu’espérer que la suite sera à la hauteur de cette prometteuse entrée en matière.

Baby, Chang Sheng
Glénat, avril 2025, 328 pages 

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3.5

« Electric Miles » : folie créatrice

Les éditions Glénat publient le premier tome d’une nouvelle série prometteuse intitulée Electric Miles. Fabien Nury et Brüno nous entraînent dans un thriller fantastique, un hommage à l’âge d’or des pulp magazines des années 40 et aux auteurs déchus. 

Los Angeles, 1949. Morris Millman, agent littéraire, croise un jour, par hasard, dans un magasin de comics, son idole, Wilbur H. Arbogast, un écrivain prolifique des années passées, aujourd’hui quelque peu désoeuvré. Celui qui était autrefois une figure emblématique du magazine pulp Outstanding semble avoir perdu l’inspiration, mais Morris part du principe qu’il a peut-être un dernier chef-d’œuvre à livrer, et décide de l’aborder. 

Tandis que la conversation s’initie entre eux, Wilbur confesse à demi-mot avoir voulu offrir au monde une œuvre capable de tout bouleverser. Un texte d’une telle puissance qu’il a provoqué le chaos dans la vie de ceux qui l’ont lu, raison pour laquelle il a décidé de le ranger dans un tiroir, où il prend la poussière depuis lors.

Attiré par l’idée de remettre son auteur favori sur le devant de la scène, Morris Millman fait tout ce que bon agent ferait à sa place : forcer la main de l’auteur, le pousser à accepter un entretien avec des éditeurs intéressés. Sans le savoir, il s’engage dans une aventure bien plus dangereuse qu’il n’y paraît… Wilbur entend redéfinir le monde. L’agent ne saisit pas d’emblée la gravité de ce qu’il accepte.

Le duo Nury / Brüno nous offre un thriller fascinant qui mêle habilement le fantastique à l’introspection psychologique. Si le récit se leste d’une tension croissante, il interroge aussi sur l’acte de création lui-même, sur les motivations profondes qui poussent certains à créer des univers entiers – voire des religions. 

L’acte de création est érigé en personnage à part entière. Wilbur Arbogast, ce créateur déchu, est lancé dans une quête éperdue, celle d’une œuvre potentiellement dévastatrice, au fort potentiel commercial mais surtout sociétal. Fabien Nury interroge cette ambiguïté propre aux auteurs, entre génie créatif et démesure destructrice. 

Plus le récit avance, plus Wilbur Arbogast se fait mystérieux et complexe. Il incarne cette part d’ombre présente en chacun de nous : le désir de laisser une trace impérissable, d’aller au-delà de la fiction et de devenir maître de la réalité elle-même. Il y a quelque chose qui tient du syndrome de Frankenstein dans son rapport à l’écriture.

L’influence de Philip K. Dick et Stephen King, deux maîtres du fantastique et de la science-fiction, est palpable tout au long du récit. La fragilité de la réalité et ses nombreuses distorsions tiennent une bonne place dans Electric Miles. Le doute, la manipulation mentale et l’ambiguïté entre le réel et l’imaginaire prennent ici une forme littéraire fascinante. 

Brüno livre un travail graphique remarquable, enrichi de jeux de lumière et de clairs-obscurs. Il restitue à merveille le parcours psychologique du protagoniste, jouant avec l’espace et le vide pour représenter la folie qui s’installe petit à petit. Le regard de Wilbur, perdu derrière ses lunettes noires, symbolise parfaitement sa distance avec la réalité et l’ambiguïté de son rôle : un créateur qui, tout en étant observé, semble en réalité observer et manipuler le monde autour de lui.

Electric Miles est prometteur et ouvre des perspectives passionnantes. Le duo Fabien Nury et Brüno nous plonge dans un univers où l’imaginaire et la réalité se confondent, où la folie créatrice d’un écrivain déchu pourrait bien redéfinir le monde. Au terme de cette lecture, le lecteur se trouve suspendu, dans l’incertitude, se demandant si ce qu’il a traversé n’était qu’un rêve ou un véritable voyage dans les dédales de la création. 

Electric Miles : Wilbur, Fabien Nury et Brüno 
Glénat, avril 2025, 104 pages

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4