Le Trésor, un film de Corneliu Porumboiu : Critique

Synopsis : Le voisin de Tito aurait un trésor de famille enfoui dans son jardin. S’il l’aide, ils partageront le trésor. Tito accepte de participer. Il va donc aller chercher l’aide d’un troisième homme qui possède un détecteur de métaux. Ensemble, ils vont devoir sonder et creuser 800 mètres carrés de terrain..

Life is life, ou le super-héros ordinaire

Tout commence par cet enfant qui regarde par la fenêtre de la voiture. Dès le début, on a en effet la vision d’un monde vu par le prisme du regard d’un enfant. Son père l’a déçu, parce qu’il n’est pas venu le chercher à temps à l’école. Désenchantement ultime du père qui, pour tenter de réparer sa faute, va lui lire plus tard l’histoire de Robin des Bois, l’homme qui volait les riches pour donner aux pauvres. Le père, c’est Tito, et en lui lisant cette histoire, c’est son fils qu’il veut réenchanter, qui lui reprochait de ne pas être Robin des Bois. Par chance, l’aventure se présente à Tito quand son voisin lui propose de l’aider à déterrer un trésor. A noter cependant que le trésor semble d’abord bien hypothétique. C’est une histoire qui se raconte depuis quatre générations, soit avant la Seconde Guerre Mondiale, que c’est le grand-père qui aurait donné comme indice ultime de faire attention à la maison familiale, que le voisin en question n’a pas non plus l’air très sûr de ce qu’il dit, se raccrochant donc à cet espoir, cette légende d’une fortune promise. S’il y croit, ce n’est pas à cause de son âme d’enfant comme Tito, mais plutôt à cause du manque d’argent. Le voisin est en effet descendant d’une famille anciennement noble, et se trouve maintenant en faillite. C’est pour cela qu’il va demander à Tito, simple employé de bureau, d’investir avec lui dans la location d’un détecteur de métaux, afin de sonder le terrain familial.

Ainsi, ce sont donc trois bonhommes qui se retrouvent sur ledit terrain, Tito, le voisin et l’ouvrier qui va devoir passer le détecteur. On voit vite ce qui se passe : trois couches sociales sont représentées, et on peut dès lors observer leurs interactions. Rapidement, l’un est maltraité, l’autre ne dit rien et le troisième ne fait rien et donne des ordres. Cela se fait lentement, au fur et à mesure des situations loufoques. Le comique de la situation ne change pas la volonté du film de dresser le portrait de la Roumanie actuelle, dont la situation économique est à déplorer. Ce à quoi on assiste en réalité, c’est à la recherche d’un espoir qui serait enfoui, peut-être, et qui aurait été enterré avant l’arrivée des communistes. Le film serait ainsi une métaphore de la société roumaine d’aujourd’hui.

Et puis non. Tout est troublé lorsque les motivations profondes de Tito sont révélées. Alors que l’on aurait pu croire que l’argent était le seul motif de la recherche, on comprend que Tito ne cherche qu’à vivre une histoire, pas vraiment héroïque en vérité –il ne s’agit que de chercher une caisse dans un jardin– mais  qui en a au moins l’apparence et les mêmes codes. Il y a un élément déclencheur inattendu, c’est le personnage qui restera secondaire du voisin qui propose l’aventure. Puis il y a la préparation de la quête, avec une structure que l’on pourrait retrouver dans les plus gros blockbusters hollywoodiens : le héros veut quelque chose pour lancer sa quête, mais doit faire face à un premier refus, avant qu’un soutien inespéré lui permette de poursuivre malgré tout. S’ensuit une chaîne de péripéties, ici plus drôles qu’impressionnantes (lorsque l’ouvrier change de détecteur et que l’appareil sonne à chaque pas), qui aboutissent finalement à la rencontre avec l’ennemi tant redouté depuis le début du film : la police. A partir de là, tout le dénouement prend son temps pour dévoiler la récompense du héros, mais surtout pour retourner la situation à son avantage. Au final, l’histoire n’était qu’un prétexte pour Tito, l’occasion de redonner le sourire à son fils. C’est d’une certaine manière un message d’espoir à la fois pour le pays et pour le cinéma, puisque c’est ainsi les histoires et non l’argent qui est salutaire pour se sortir d’une situation économique dure. Or, s’il y a bien une chose que le cinéma sait faire, c’est raconter des histoires. La musique, jusque là absente, retentit sur le dernier plan, un panoramique ascendant vers le soleil. Life is Life du groupe Leinbach ne fait que conclure parfaitement ce trésor.

Bande-Annonce: Le Trésor

Fiche Technique: Le Trésor

Date de sortie : 10 février 2016
Réalisateur : Corneliu Porumboiu
Nationalité : Roumanie
Année : 2016
Durée :  89 min
Scénario : Corneliu Porumboiu
Acteurs : Toma Cuzin (Toni), Adrian Purcarescu (Adrian), Corneliu Cozmei (Cornel)
Photographie : Tudor Mircea
Montage : Roxana Szel
Maisons de production : 42 Km Films, Les Films du Worso, Rouge International
Distribution (France) : Le Pacte
Récompenses : Prix Un certain talent dans la sélection Un certain regard à Cannes 2015.

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.