Terre d’accueil des propositions sérielles en tout genre, la 71e édition de Seriesmania affirme chaque jour sa volonté de faire rimer singularité avec diversité. La preuve avec The Chi et Fenix, deux séries que tout oppose sinon une envie commune de défendre leur identité dès leurs premières minutes.
The Chi, Chicago Hope
Créée par Lena Waithe, scénariste-productrice-actrice que l’on a pu voir notamment dans Master of none ou plus récemment dans Ready Player onede Steven Spielberg, The Chi renvoie à ces films « de quartiers » tels que Martin Scorsese ou Spike Lee ont pu en réaliser. Chronique chorale qui se propose de lier plusieurs destins à la(dé)faveur d’une série d’événements malheureux dans la banlieue réputée terrible de Chicago, The Chi s’affilie aux réalisateurs pré-cités par la justesse du regard porté par ses instigateurs. Désireux de tourner le dos aux images d’Epinal sensationnalistes sans se montrer complaisant avec la réalité dépeinte, la série découle d’une volonté manifeste de restituer un quotidien au point de vue de ses habitants.The Chi parvient à concrétiser partiellement sa note d’intention, notamment au travers d’une galerie de personnages attachants qui essaient chacun de tenir la violence ambiante à l’écart de leur vie. Pourtant, ce sont des meurtres qui vont faire entrer en contact des trajectoires altérées par la tragédie, cristallisant ainsi le sort d’une communauté de destins soumises à l’arbitraire le plus morbide.
You’are talking to me ?!
Il y a du David Simon dans cette tentative de matérialiser les liens holistiques qui unissent les individus ainsi que les codes et mœurs tacites qui régissent les modes de vie. Cependant, plus proche du naturalisme dramatisé à la Paul Haggis que de l’anthropologisme existentiel du créateur de The Wire, The Chi souffre d’une tendance à enchaîner ses gammes dans la précipitation, au point de forcer la main aux événements, un peu à l’instar du second. Une sensation sans doute relayée par la boulette des projectionnistes, qui ont inversé l’ordre des épisodes projetés. Pas idéal pour l’immersion, même si certaines approximations de caractérisation et d’écriture semble confirmer néanmoins que la série cherche encore sa musicalité dans la polyphonie ambiante. Le tout emporte néanmoins l’adhésion grâce à ses personnages incarnés par une troupe d’acteurs formidables (dont Jason Mitchell, Easy-E dans Straight Outta Compton). A suivre donc, la série de Showtime étant d’ores et déjà renouvelée pour une deuxième saison.
Fenix, mobil-home et ecstasy
Une réunion de chantier pas comme les autres
Nettement plus maniérée, la série hollandaise Fenix s’intéresse également au parcours d’une communauté particulière. En l’occurrence une communauté de vendeurs d’ecstasy dans la campagne battave près de la frontière belge, dont le quotidien bascule dès les premières images de l’épisode pilote projeté pendant le festival. Avec son ambiance tirant volontiers vers l’abstraction nocturne, la place accordée aux non-dits ou ses scénettes énigmatiques, la série de Shariff Korver et Marco Van Geffen affirme sa volonté d’appartenir à une nouvelle génération de shows. Celle qui refuse l’ancienne ligne de démarcation cinéma/télévision et refuse d’entretenir des complexes esthétiques vis-à-vis de son aîné du grand-écran. Mais si on ne peut que saluer le soin accordé à la mise en scène, on est beaucoup plus circonspect sur l’efficacité dramatique de l’ensemble. On éprouve ainsi quelques difficultés à percevoir un vrai point de vue au-delà de sa coquetterie formelle, ou un personnage suffisamment fort pour accrocher le point de vue. A plus forte raison que le dénouement de l’épisode rebat les cartes de façon pour le moins radicale. A voir si et comment cette série qui semble, à l’instar de True Detective , pensée comme un film de plusieurs épisodes ajuste sa note d’intention par rapport aux propriétés du médium. En ayant à l’esprit que même dans le chef-d’œuvre réalisé par Cary Fukuyama, c’était bien les personnages solides qui drivaient le récit.
Découverte au festival Séries Mania (Nord / Hauts de France) de 9-1-1, la nouvelle série du duo derrière Nip/Tuck etAmerican Horror Story, Brad Falchuk et Ryan Murphy, accompagnés par Tim Minear, qui suit les premiers secours de Los Angeles dans leurs urgences professionnelles et quotidiennes. Attention, mélodrame et sensationnalisme à gogo…
Synopsis : Le quotidien sous haute tension des policiers, ambulanciers, pompiers et standardistes du numéro d’appel d’urgence américain, qui se retrouvent dans les situations les plus choquantes, terrifiantes et haletantes. Ces intervenants de toutes les urgences tentent de trouver l’équilibre entre les vies à sauver et les tourments de leur propre existence.
« 911, quelle est votre urgence ? » – « Aidez-moi ! Il y a du mélo partout ! »
Dans la salle où étaient projetés les deux premiers épisodes du show, il y avait de tous les publics. Notamment des spectateurs lambda, ne cherchant pas la petite bête, et surtout, des regards prêts à tout apprécier (particulièrement quand l’événement est gratuit, « malin le lynx »). Et ils ont ri, été émus, touchés d’effroi par les situations, toujours au moment attendu. Cela, parce-que 9-1-1 est une machine bien huilée, une production qui sait très bien quel public elle va toucher. A partir d’un simple sujet – un objet du quotidien même -, Ryan Murphy, Brad Falchuk et Tim Minear créent un feuilleton noyé dans le mélodrame et le sensationnalisme. Angela Bassett interprète un personnage tout aussi subtil que son jeu, Athena Grant, une policière qui intervient sur les accidents et autres lieux où l’urgence convoque pompiers, flics, etcetera. Athena a un problème, son couple bat de l’aile, on apprend dans l’épisode un que son mari est gay ; dans l’épisode deux qu’elle le savait déjà mais qu’elle voulait une famille. Le pompier Bobby Nash vient de perdre dans le premier épisode une personne à sauver. La malheureuse s’est jetée du haut d’un bâtiment. Torturé par la « jumper », il va à l’église, comme chaque semaine, où il demande pardon pour ses pêchés. Nash est un ex-junkie, alcoolique, qui usait de bien des substances pour oublier les tracas collatéraux de son travail. On a aussi Abby Clark, l’une des permanentes au standard du 911. A elle aussi sa vie est un feuilleton. Interprétée par Connie Britton, la femme célibataire partage son temps entre son travail et sa mère souffrante d’Alzheimer qu’elle a installée chez elle. Mais qui sait, peut-être qu’elle pourra, grâce à la nouvelle aide au foyer, avoir une vie sentimentale un peu plus remplie. Et peut-être que cela aura lieu avec le jeune et impétueux Evan Buckley. Mais Evan a aussi ses problèmes. Éternel séducteur, il prend conscience d’être possiblement un sex-addict, et surtout, il va devoir faire face au trauma d’un sauvetage difficile qui l’emmènera chez une psy avec laquelle il couchera au final. Et ça n’est pas fini, la bande de « joyeux lurons » est complétée par deux autres personnages dont l’éternel personnage humoristique apportant un comic relief permettant de ne pas se noyer complètement dans ce nœud de mélodrames…
Des héros torturés au cœur de l’urgence : ainsi les sirènes font souvent « pimpon » et les véhicules foncent sur les routes presque désertes de la Los Angeles de 9-1-1
Du côté du sensationnalisme, les créateurs ont fait fort. Les pompiers ne vont pas sauver des personnes touchées par des crises cardiaques ou d’autres soucis du quotidien. Non, « on veut du spectacle ! » ont dû se dire les créatifs du show, eh bien vous en avez. Et notez que les spectateurs lambda étaient au rendez-vous. « Oh », « non ! », « AH ! »…Dans les interventions des deux épisodes, on a des cas de suicides avec sauts d’une importante hauteur ; un rollercoaster qui fonctionne mal et envoie voler l’un de ses passagers puis laisse les autres la tête en bas, sauf un, qui était très effrayé à l’idée de monter dans l’attraction, et qui se retrouve à tenir à bout de bras le rabattement protecteur des deux sièges ; un bébé prématuré abandonné dans les tuyaux de sanitaires mais qui est bien vivant, ainsi la question est : résistera-t-il aux multiples chasses d’eau usée qui risquent de le noyer d’une seconde à l’autre ? On aura aussi un cambriolage d’une maison dans laquelle se trouve seule une petite fille toute mignonne qui venait à peine d’y emménager avec sa famille. Mais le sensationnalisme atteint un niveau véritablement pervers à la fin du second épisode. Le personnage d’Angela Bassett rentre chez elle et hèle sa fille, la même qui ne parlait plus beaucoup à ses parents depuis le coming out du père et qui, à un certain moment, n’avait plus trop envie d’aller en cours. Elle avance vers la porte de la chambre de l’adolescente, l’ouvre et découvre paniquée qu’elle a consommé une quantité dangereuse de médicaments. Elle prend la gamine dans ses bras et tout à coup… Le générique de fin de l’épisode défile. Bref, on devra attendre l’épisode trois pour savoir si la gamine va survivre ou non. Quand le suspense est perverti au point d’en faire ressortir un sensationnalisme malhonnête (pour ne pas dire « dégueulasse ») et pourtant, ô combien efficace sur bon nombre de spectateurs présents dans la salle… Hélas.
Bande-Annonce – 9-1-1, une série de Brad Falchuk, Ryan Murphy et Tim Minear
Créateurs et scénaristes : Ryan Murphy, Brad Falchuk, Tim Minear / réalisateurs : Bradley Buecker (ép.1), Gwyneth Horder-Payton (ép.2) / avec : Angela Bassett, Peter Krause, Oliver Stark, Aisha Hinds, Kenneth Choi, Rockmond Dunbar, Connie Britton / producteurs : 20th Century Fox en association avec Ryan Murphy Television et Brad Falchuk Teley- Vision / vendeur international : 20th Century Fox Television / diffuseur E.-U. : Fox / diffuseur France : Groupe M6
Malgré un planning chargé, nous ne pouvions refuser l’occasion de rencontrer le scénariste Carlton Cuse, architecte du phénomène Lost, créateur de la série Bates Motel, et des nouvelles aventures de Jack Ryan, qui sortiront; prochainement. Retour sur une carrière foisonnante, en toute sincérité.
La rencontre eut lieu ce lundi à l’UGC ciné-cité de Lille, animée par Olivier Joyard (Les Inrockuptibles). Ouvert, détendu et sympathique, le réalisateur s’est livré à nous deux heures durant, évoquant sa carrière, les œuvres marquantes de sa vie et son avenir dans le monde de la télévision. Entrecoupée d’extraits, la discussion fut intéressante, même si l’on est pas particulièrement fan des œuvres du monsieur.
« Les scénaristes de Lost faisaient sonner une cloche dès que je faisais une référence à Narnia. »
D’entrée de jeu, Carlton Cuse évoque son enfance et sa première rencontre avec le storytelling. Avec beaucoup de plaisir, il admet que la saga du Monde de Narnia, écrite par C.S Lewis, fut probablement sa première rencontre avec l’art de raconter des histoires. Selon ses dires, c’est véritablement cette œuvre matricielle de la fantasy qui a « activé son imagination ». Et cette obsession le suit toujours, à tel point que les scénaristes de Lost, un peu agacés, faisaient sonner la « Narnia’s bell » (cloche Narnia) à chaque fois que Cuse évoquait son livre favori. Un référence étonnante pour quelqu’un qui ne s’est pas particulièrement exercé à l’heroic fantasy au court de sa longue carrière.
Mais la littérature ne fut pas sa seule influence, et c’est véritablement la télévision qui stimulera son imagination. Enfant d’un couple divorcé à neuf ans, avec deux parents qui travaillent, sa seule activité sera de regarder le petit écran. Il dévore tout ce qui passe sur les ondes : La quatrième dimension, Bonanza, The riffle men, Star Trek… Une expérience solitaire, mais comme il le dit lui même : « I just love watching T.V ».
Pourtant le jeune Carlton ne se destinait pas à l’écriture, bien qu’il en ait pris le goût à l’école. Il choisit d’abord de s’orienter dans le domaine médical, mais menace de s’évanouir après un premier passage au bloc. Étudiant à Harvard, il décide de se réorienter et obtient un diplôme en Histoire. C’est néanmoins dans cette prestigieuse université qu’a lieu sa première rencontre avec le monde du cinéma, quand les studios proposent sur le campus une projection test du film Airplaine ! (Y’a t’il un pilote dans l’avion des frères ZAZ sorti en 1980). La vision du film provoque un déclic chez le jeune Carlton, et il réfléchit sérieusement à se lancer.
« I felt like I can do this ! »
Il décide de partir pour Los Angeles et se donne deux ans pour percer. Il commence comme « reader » chez un producteur. Il passe ses journées à lire des scénarios, afin de les résumer sur des mémos, à l’attention des décideurs qui n’ont pas le temps de les lire. Il lit donc tout ce qui passe entre les mains des studios, apprend à résumer, à aller au plus court. Cette expérience lui évoque la règle des dix milles heures énoncée par l’auteur Malcolm Gladwell, selon laquelle à force de travailler une compétence régulièrement, on ne peut que finir par y exceller. Dix milles heures étant le palier du succès. Carlton Cuse a donc passé ses dix milles heures à lire les scénarios des autres, à les analyser, voir même à les critiquer. « C’était une expérience très utile » et à force de lire et relire « j’ai fini par sentir que je pouvais le faire ».
Il commence par assister Laurence « Larry » Kasdan, un collègue qui voit également ses scénarios être refusés, jusqu’à ce que ce dernier co-écrive L’Empire contre-attaque. De son côté, Cuse travaille sur quelques épisodes de la série Crime Story produite par Michael Mann pour NBC, mais aussi sur « un christmas special pour NBC autour d’un rockeur chrétien… » dont il se souvient amusé, mais refuse de parler plus longuement. Il prête également (mais modestement) mains forte à Jeffrey Boam sur Indiana Jones et la dernière croisade et L’arme fatale 2.
En 1993 sort The Adventure of Brisco County Jr. , avec Bruce Campell (Evil Dead) dans le rôle principal. Une parodie de western (avec une influence assumée d’Indiana Jones). Avec une certaine nostalgie, un extrait nous est montré, où nous (re) découvrons l’appétit du scénariste pour la comédie.
L’idée était de faire une série d’aventure pleine de rebondissements, mais portée par un humour enfantin (« goofy humour »). « We wanted to have fun with the ideal of western » ajoute le créateur. Rappelons que la série sort deux décennies déjà après la vague des westerns spaghetti qui ont redéfini totalement le genre. Brisco County en revanche proposait « des personnages merveilleux, de l’aventure, une vengeance… mais aussi de la naïveté […] c’était une série très amusante ». Celle-ci fut également tournée dans l’un des derniers décors de western des studios Warner, qui fut détruit peut de temps après. Pour Carlton Cuse, « c’était presque comme la fin d’une ère ».
Le scénariste tient à rappeler que la série fut diffusée juste avant l’arrivée de X-Files sur les ondes (qui redéfinira le paysage télévisuel U.S) et qu’il avait très peu d’expérience comme showrunner. Il l’admet lui même : « Je ne savais pas vraiment ce que je faisais ». Cet premier entraînement à la tête d’une série fut tout de même couronné d’un succès critique encourageant, malheureusement le public ne suivit pas, et Brisco County fut annulée au bout de vingt sept épisodes.
« Television was the right place for my talent »
Lorsqu’on lui demande la différence entre un showrunner et un réalisateur de cinéma, Cuse explique que le showrunner est surement ce qui s’en rapproche le plus pour la télévision. Néanmoins, il faut ajouter à cela la partie « business ». « Un jour vous travaillez sur le montage, le lendemain sur le marketing, puis sur l’écriture… vous devez penser à beaucoup de choses en même temps ». D’autant plus qu’à l’époque, les principales chaînes (le câble n’avait pas encore la place qu’il a aujourd’hui) ne pensaient qu’en terme de quantité. Il n’y avait que quatre networks qui ne cherchaient qu’à remplir les grilles de programmes.
Le plus gros changement de ces dernières années, selon lui, est l’attention portée à la qualité. Certaine chaînes n’hésitent plus à produire des séries plus courtes, mais plus ambitieuses en termes de narration ou de réalisation. Cuse profite de cet aparté pour rendre hommage à l’un de ses mentors, John Sacret, showrunner de China Beach (ABC, 1988-1991) ainsi qu’a Steven Brocho (N.Y.P.D Blue, diffusée sur ABC de 1993 à 2005), qui serait l’inventeur des « multiples storylines ».
Si au départ Carlton Cuse pensait devenir cinéaste, il s’est finalement rendu compte que la télévision était « l’endroit parfait pour développer son talent ».
« Dead after twelve episodes… »
Son premier succès public arrive en 1996 avec Nash Bridges, qu’il conçoit comme une combinaison d’éléments de cop show et d’histoires intimistes. Il voyait la série comme une œuvre très nihiliste, mais l’implication de l’acteur principal Don Johnson en décida autrement. « Don Johnson à rendu la série plus fun. C’est un type très drôle en vérité ». La série dura six saisons, et c’est au cours de la dernière que Cuse rencontra un jeune scénariste appelé Damon Lindelof. « Quand je lisais ses scripts je me disais que ce gars était vraiment doué ».
Plus tard, alors que Cuse est sous contrat avec un autre studio, le jeune gars doué lui envoie le scénario de Lost. Lindelof est très inexpérimenté et lui demande de l’aide pour produire cette nouvelle série. Cuse tombe amoureux du script et demande à son agent de rompre son contrat avec l’autre studio pour rejoindre le navire. Personne ne croyait au projet, et tout le monde disait que Lost ne tiendrait pas douze épisodes. Mais grâce à un coup de pouce inespéré d’un producteur qui savait qu’il se ferait licencier, le duo obtient la modique somme de douze millions de dollars pour produire le pilote.
« On voulait faire la série que l’on aurait voulu voir, et douze épisodes auraient été bien, car nous nous sentions tellement libres ». A la différence de Nash Bridges qui était très traditionnelle, Cuse et Lindelof veulent exploiter à fond leur liberté artistique. A une époque où il n’y avait pas de science-fiction sur les grands networks et où le feuilleton était encore un concept (une histoire qui suit tout les épisodes au lieu d’une histoire par épisode), tout le monde voit déjà les deux scénaristes se crasher aussi bien que leur avion.
« Les producteurs de télévision veulent toujours que tout soit explicable, qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Hors j’aime beaucoup les films d’Antonioni, de Fellini et le cinéma européen. Ces cinéastes qui font sciemment des films confus. Je voulais me rebeller contre ce besoin d’explication et de clarté. Et en vérité, tout ces éléments qui auraient dû nous faire échouer furent finalement ceux qui firent de Lost un succès. » Effectivement, la série devient rapidement un phénomène, et les multiples questions s’enchaînent, tandis que les réponses se font attendre : « On ne s’attendait pas à un tel succès, et au bout d’un moment, écrire de nouveaux épisodes, c’était comme pousser le bouton dans le bunker. On ne savait pas nous même ce qui allait arriver. »
« The ending that we wanted »
Le scénariste affirme que lui et Lindelof ont écrit la fin qu’ils voulaient. Si les producteurs les poussaient à répondre à toutes les questions laissées en suspens, ils ont finalement fait le choix de l’ambiguïté. Jusqu’au bout, Carlton Cuse aura tenu tête à la dictature de l’explication. « Ces gens ne sont pas perdus sur une île, mais dans leur vie. La vie ne vous donne jamais d’explication, donc nous avons préféré une fin émotionnelle plutôt qu’une explication. On avait un peu peur de la réception par les fans, mais il y avait tellement de questions, et aucune manière de donner toutes les réponses. En vérité, le sujet de la série était la liberté de création ». Une fois le final diffusé, Carlton Cuse fut incapable de produire quoi que ce soit pendant six mois.
« I love storytelling ».
Il revient en 2013 avec un projet très risqué, Bates Motel, prequel du culte Psychose d’Alfred Hitchcock. Tout à fait conscient des risques, il admet que ce qui l’intéressait dans cette histoire était l’idée d’un prequel contemporain. Donc de reprendre les éléments du personnage de Norman Bates, mais en l’inscrivant dans notre époque. Au début, l’idée était de raconter comment Norma (la mère) étouffe son fils et le pousse à la folie. Puis finalement, Cuse a trouvé plus intéressant d’inverser ce rapport. Norma aime désespérément son fils, mais lui a une part d’ombre. Leur maison hors du temps s’oppose au monde moderne, tout comme leur relation fusionnelle apparaît comme inacceptable aujourd’hui.
Le showrunner semble prendre un certain plaisir à jouer avec les personnages d’Hichcock, et raconte même une anecdote que n’aurait pas renié le maître du suspens : « Pour cette scène où Norma et Norman jettent un corps, on a dû faire des tests avec le faux cadavre pour savoir comment le lester afin qu’il coule à pic. Le réalisateur voulait absolument un plan où l’on voit ce corps couler sous l’eau. Nous avons donc testé le mannequin entre nous… au moment où une équipe de kayak passait à côté. Nous étions sans l’équipe technique, sans caméra… ils nous ont regardé bizarrement ».
En simultané, Carlton Cuse à également travaillé sur d’autres séries comme le remake américain des Revenants ou l’adaptation de The Strain. « Je ne prévois pas, les propositions arrivent comme ça… et j’aime tellement raconter des histoires ». Mais pour l’instant, il se concentre sur la nouvelle adaptation de Jack Ryan, d’après les romans de Tom Clancy prévue pour le 31 août sur Amazon. Ce ne sera pas une adaptation d’un des livres, mais une histoire originale développée sur huit épisodes d’une heure. L’équipe a tourné à Montréal, Paris et au Maroc, tout en faisant appel à un casting international.
Après la présentation de deux extraits exclusifs (que nous ne pouvons vous diffuser), le créateur commente : « Ce que j’aime chez Jack Ryan, c’est que c’est un vrai héros, comme les personnages d’Harrison Ford. Ce n’est pas un anti-héros cynique comme Jack Bauer ou Carrie Mathison (Homeland). Il respecte la loi comme une religion […] Nous avons également écrit un certain nombre de personnages musulmans positifs. Nous tenions à cette idée que le terrorisme est l’affaire d’un individu, pas d’une culture. Nous essayons de faire en sorte que la série soit la moins exclusive possible ». A nous de juger le 31 août.
*Les vidéos présentes dans cet article sont en V.O non sous titrées.
Présentée en compétition officielle, la série Mystery Road, produite par David Jowsey et Greer Simpkin, est un spin-off du film du même nom (et sa suite Goldstone) réalisé par Ivan Sen. Une sorte de True Detective dans l’outback australien, qui marque surtout par sa photographie sublime.
Mystery Road : Welcome to the Outback
Une série australienne de David Jowsey et Greer Simpkin, avec Aaron Pedersen et Judy Davis
Synopsis: Avec l’aide de l’inspectrice Emma James, l’inspecteur Jay Swan est chargé d’enquêter sur la mystérieuse disparition de deux jeunes hommes dans une ferme du désert australien. Mais à mesure que l’enquête avance, des mystères irrésolus du passé refont surface, bouleversant le calme de la communauté locale.
Sorte de Clint Eastwood de l’outback, Jay Swan (Aaron Pedersen) est un détective mutique et solitaire, envoyé en renfort dans une petite ville reculée du désert australien. Malgré son instinct qui ne le trompe jamais, la collaboration avec la cheffe de la police locale (Judy Davis), ne se fait pas sans accroc. Alors que lui préfère foncer dans le tas et n’hésite pas à poser les questions qui fâchent, sa coéquipière de fortune préfère une démarche plus empathique et subtile, car elle est une figure locale importante dans cette petite ville où tout le monde se connaît. Rapidement, l’enquête les amène à révéler les secrets les plus dérangeants de cette communauté apparemment sans histoire.
Voulu par ses créateurs comme un « outback noir » (sorte de film noir typiquement australien se déroulant dans l’outback), Mystery Road propose tout ce que l’on peut attendre de ce genre de série : des flics avec un lourd passé, des secrets cachés derrière les portes, des sous-intrigues glauques, et une enquête qui piétine. L’enquête suit son cours comme dans tout néo-noir qui se respecte, et l’on comprend très vite que la disparition de deux jeunes gens risque bien de se rattacher à une réalité beaucoup plus large. Quelques éléments comiques tentent de détendre l’atmosphère, mais nous ne somme clairement pas venus en Australie pour rigoler. La seule différence viendra du paysage, qui donne à l’ensemble une texture aride.
Ce dernier point a son importance, car Mystery Road est peut être la première série vue durant ce festival qui témoigne d’un vrai travail de photographie. Impossible de le nier, certains plans sont d’un beauté renversante et montrent un vrai savoir-faire technique, tout en ajoutant une touche d’étrangeté dans cet univers. Là où, pour d’autres séries, nous ressentions l’aspect « étiré » de l’image, afin de remplir la totalité de l’écran, ici nous avons vraiment l’impression d’être devant un film pensé pour le cinéma. Les paysages sont sublimes et ressortent dans toute leur grandeur. Pour une fois, on ne se sent pas floué quand les créateurs nous promettent un voyage en Australie. Le dépaysement est total, et l’on ressent le gigantisme de cette partie du pays qui fait « la moitié de la taille de l’Europe » (selon le producteur).
Mystery Road est donc surtout un voyage dans les terres désolées de ce « mini-continent ». Car au delà des ces (très) belles images, l’intrigue passionne peu et l’interprétation n’est pas toujours parfaite, particulièrement le héros qui force un peu trop le côté bourru (ce qui semble étonnant pour un acteur qui reprend le rôle pour la troisième fois). Selon les créateurs, l’objectif était de jouer avec les éléments du western et du film noir. Pour l’instant nous restons dans les sentiers du genre et sur notre faim. Mais comme d’habitude, il reste encore des épisodes à découvrir, et donc encore plus de paysages. Peut être que le voyage en vaudra la peine.
La réalisatrice Rachel Perkins et le scénariste Michaeley O’Brian (à droite) présentant la série.
Avril et mai 2018 voient l’actualité cinématographique française à nouveau marquée par Rainer Werner Fassbinder. En effet, l’auteur, acteur, metteur en scène et cinéaste est revenu sur nos grands et petits écrans grâce à l’éditeur-distributeur Carlotta Films. Retour sur cette importante ressortie cinéma et vidéo.
Rainer Werner Fassbinder est décédé en 1982 à l’âge de 37 ans. Malgré ce jeune âge, on lui doit pas moins d’une cinquantaine de films (métrages télévisuels y compris), sans compter le nombre de pièces qu’il a écrites et mises en scènes, et la quantité de rôles qu’il a pu interpréter dans ses films et d’autres. « Je dormirai quand je serai mort » déclarait l’infatigable bonhomme. Trente-six après son décès, ce génie créatif n’a pas perdu de sa vitalité et de son énergie grâce à la conservation et surtout à la (re)transmission de son œuvre – notamment cinématographique – par des rétrospectives en salles et à la télévision ; des expositions ; ou encore des cours de cinéma.
En parallèle à la rétrospective à la Cinémathèque française ayant lieu du 11 avril au 16 mai 2018, Carlotta Films, soutenu par la Rainer Werner Fassbinder Foundation et Studio Canal, a lancé une autre rétrospective de l’œuvre de l’auteur. En deux parties, la rétro est à la fois cinématographique et vidéo. Rendez-vous en salles à partir du 18 avril puis du 2 mai pour retrouver sur grand écran les sept premiers films puis les sept autres de l’événement Fassbinder conçu par Carlotta. Quant à la sortie vidéo, le 18 avril est aussi sorti dans les bacs deux coffrets contenant 7 et 8 films de Fassbinder et quantité de bonus. Du tout en couleur Lola, une femme allemande, deuxième volet de sa trilogie allemande présente dans le deuxième coffret, à ses essais plus intimistes tels que les brillant Les larmes amères de Petra von Kant et Prenez garde à la sainte putain, la (re)découverte proposée ici est riche, et l’est davantage grâce à la pléthore de bonus qui complètent chacun des coffrets (voir descriptif au-dessous).
« Je ne pense pas qu’il existe un autre réalisateur au monde qui fasse comme cela : je ne regarde jamais mes motifs avant le tournage. Pour moi, c’est très stimulant d’avoir quelque chose qui ne soit pas planifié à l’avance… À l’instant où j’entre dans une pièce et où je vois la scène que je me suis imaginée, les plans m’apparaissent eux aussi, et justement, dans un espace nouveau, il y a de nouvelles choses pour moi, plus stimulantes que dans les espaces que je connaissais déjà auparavant. »
– Rainer Werner Fassbinder, in, H.G. Pflaum et R. W. Fassbinder, Das bisschen Realität, das ich brauche, Hanser Verlag, Munich, 1976, p. 45 –
Créateur marqué par le théâtre, l’improvisation, et une incorruptible volonté de liberté, Fassbinder tord et fait rencontrer les genres. Drames, comédie, polar… En ressort une œuvre sur l’humain, être sentimental appartenant à une société que n’hésite pas à dénoncer le cinéaste et ses personnages quand ils ne la subissent pas jusqu’à en perdre toute force d’espérance. À ce propos, on peut citer Olivier Père qui a écrit sur son blog d’Arte : « toujours il parle de l’humain, des relations humaines, des conflits entre les groupes et les individus, du rejet, des catastrophes. » L’œuvre de Fassbinder est aussi celle d’un allemand de la RFA (République Fédérale Allemande fondée en 1949), qui n’hésite pas à balancer sur la corruption de son état, à ironiser sur son protocole pour faire face au passé nazi de l’Allemagne ; et à remuer les consciences conservatrices en donnant de l’image à des personnages homosexuels, prostitués, drogués, ou juste des types jurant à tout va, homme comme femme.
Politique, psychologique, dramatique, expérimental, polymorphe, l’œuvre de Fassbinder n’appartient toutefois qu’à lui : « Fassbinder montre dans ses travaux aussi disparates qu’en soient les thèmes, le style et la qualité, une « patte » très personnelle, inimitable, à l’écart de toutes les modes » (Le Cinéma en République Fédérale d’Allemagne, Hans Günther Pflaum et Hans Helmut Prinzler, éditions INTER NATIONES, Bonn, 1994, p. 28).
Le Blow Up d’Arte dédié à R. W. Fassbinder, une autre façon de redécouvrir le maître
La richesse de la rétrospective R. W. Fassbinder de Carlotta ne s’arrête pas là. L’éditeur présente aussi en salles et en Blu-ray/DVD Huit heures ne font pas un jour, série télévisée de Fassbinder inédite en France. La mini-série de cinq épisodes est disponible au cinéma et sur le petit écran depuis le 25 avril. À noter que vous pourrez aussi la découvrir gratuitement à Lille ce mardi 1ermai à l’occasion du festival Séries Mania.
Concernant la restauration des films, opérée en grande partie par la Rainer Werner Fassbinder Foundation, puis par Studio Canal, il y a peu à redire du côté de l’image et du son. Les films et la série ont bénéficié d’une restauration méticuleuse, notamment du côté de la R. W. F. Foundation qui a opéré une remasterisation 4K des films entre 2013 et 2015. Comme le note Stéphane Beauchet sur DVDClassik.com, seuls Martha (dans le premier coffret) et Le Secret de Veronika Voss (dans le second ; restauration signée Studio Canal) dénotent avec l’ensemble des films restaurés sur les deux coffrets. Malgré tout, les films sont toutefois présentés dans de très belles copies même si on se permettra d’attendre leur ultime restauration. Concernant L’Allemagne en automne, vous noterez sur le descriptif du coffret « extrait ». Carlotta a hélas décidé de ne présenter que la partie dirigée par Fassbinder. Dommage, on aurait apprécier découvrir ce morceau Fassbinderien placé aux côtés des autres réalisés par les autres jeunes cinéastes du nouveau cinéma allemand, plutôt que de découvrir un morceau extirpé d’un ensemble quand bien même celui-ci pourrait se voir de façon indépendante.
Bande-Annonce – R. W. Fassbinder L’événement
COFFRET R. W. FASSBINDER VOL. 1
– Les films en Blu-ray :
* Br 1 : L’amour est plus froid que la mort(1969 – N&B – 89mn) + Le Bouc(1969 – N&B – 89 mn)
* Br 2 : Prenez garde à la sainte putain(1970 – Couleurs – 104mn) + Le marchand des quatre saisons(1971 – Couleurs – 88mn)
* Br 3 : Les larmes amères de Petra von Kant(1972 – Couleurs – 124mn) + Martha (1973 – Couleurs – 117 mn)
* Br 4 : Tous les autres s’appellent Ali(1973 – Couleurs – 93 mn)
– Les suppléments en DVD :
* Michael Ballhaus à propos de Martha(20mn)
* R. W. Fassbinder, 1977 deux entretiens avec le cinéaste (29mn)
* Life, love & Celluloïdun documentaire de Juliane Lorenz (1998 – Couleurs – 90mn)
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
4 BD + 1 DVD – Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français – Formats 1.33, 1.37 et 1.66 respectés – Couleurs et Noir & Blanc – Durée Totale des Films : 704 mn
Prix de vente public conseillé : 50.16€
COFFRET R. W. FASSBINDER VOL. 2
– Les films en Blu-ray :
* Br 1 : Effi Briest (1974 – N&B – 141 mn) + Le Droit du plus fort (1974 – Couleurs – 124 mn)
* Br 3 : Le Mariage de Maria Braun (1978 – Couleurs – 121mn + L’Allemagne en automne (EXTRAIT) (1977 – Couleurs – 33mn)
* Br 4 : Lola, une femme allemande (1981 – Couleurs – 115mn) + Le Secret de Veronika Voss (1981 – N&B – 104mn)
– Les suppléments en DVD :
* La « trilogie allemande », une analyse de Marielle Silhouette, Nicole Brenez et Cédric Anger (42mn)
* Hanna, une femme allemande : souvenirs de Hanna Schygulla (19mn)
* La maison Fassbinder, une analyse de Patrick Straumann (21 mn)
* Lola, les feux d’artifice : une analyse de Caroline Champetier (15 mn)
* La montée du mensonge : une analyse de Jean Douchet (23 mn)
* Fassbinder Frauen : un essai de Nicolas Ripoche (25 mn)
* Fassbinder Politik : un entretien avec Heike Hurst (27 mn)
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
4 BD + 1 DVD – Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français – Formats 1.37, 1.66 et 1.78 respectés – Couleurs et Noir & Blanc – Durée Totale des Films : 849 mn
Prix de vente public conseillé : 50.16€
INCLUS AUX COFFRETS VOL. 1 ET 2
Un livret de 12 pages issu du catalogue de la rétrospective Rainer Werner Fassbinder à la Cinémathèque française
HUIT HEURES NE FONT PAS UN JOUR – DISPONIBLE EN COFFRETS COLLECTORS 3 BLU-RAY ET 3 DVD
– Br 1 / DVD 1 – épisode 1 : Jochen et Marion (102mn) – épisode 2 : Grand-Mère et Gregor (100mn)
– Br 2 / DVD 2 – épisode 3 : Franz et Ernst (93 mn) – épisode 4 : Harald et Monika (90mn)
– Br 3 / DVD 3 – épisode 5 : Irmgard et Rolf (90mn) – Supplément : Huit heures ne font pas un jour, une série qui fit parler dans les chaumières (40mn)
Inclus un livret exclusif de 36 pages
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
3 BD – Master Haute Définition – 1080/50i – Encodage AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français – Format 1.37 respecté – Couleurs – Durée Totale des Épisodes : 475mn
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD
3 DVD – Nouveau Master Restauré – PAL – Encodage Mpeg-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-Titres Français – Format 1.37 respecté – 4/3 – Couleurs – Durée Totale des Épisodes : 475 mn
Découvertes en compétition officielle, trois séries se proposent de mettre en avant des personnages féminins forts qui luttent au quotidien contre les galères de la vie. Entre la rétro American Woman, la cynique An ordinary woman (venue de Russie) et la nouvelle création de Abi Morgan, The split, il va pourtant bien falloir choisir.
American Woman : Retro Desperate Housewives
Une série américaine de John Riggi diffusée sur Paramount Network avec Alicia Silverstone, Mena Suvari, Jennifer Bartels, Makenna James, Lia McHugh
Synopsis : American Woman raconte l’histoire de Bonnie Nolan, une mère de famille peu conventionnelle qui se bat pour élever ses deux filles après avoir quitté son mari, pendant la deuxième vague féministe des années 70 à Los Angeles. Bonnie doit compter sur l’aide de ses deux meilleures amies, Kathleen et Diana, avec qui elle découvre sa propre indépendance.
Cette nouvelle comédie portée par Alicia Silverstone (que l’on avait un peu perdue de vue) n’échappe pas à la comparaison avec la série culte Desperates Housewives. Même mélange curieux entre comédie et mélo, mêmes relations tendues entre hommes et femmes et retour en force d’un langage cru que l’on considère trop souvent comme la chasse gardée des personnages masculins. Ajoutons à cela que American Woman prend également place dans l’univers de la haute bourgeoisie américaine, et vous faites rapidement les connexions s’imposent.
Toutefois, John Riggi arrive à s’écarter du modèle involontaire par deux angles d’attaque : le contexte rétro des années soixante-dix, avec en arrière-plan la seconde vague féministe américaine, et l’absence d’intrigues rocambolesques empruntées au polar (dont la série de Marc Cherry abusait un peu). Les épisodes courts de 30 minutes ne racontent que la prise d’indépendance de ces trois femmes, dont une « trophy wife » qui n’a jamais travaillé de sa vie mais a quand même choisi de mettre son mari dominateur à la porte.
Rien de bien nouveau donc dans cette nouvelle production. Néanmoins, les répliques cinglantes, les touches d’humour et quelques personnages séduisent. On se laisse porter par les aventures de cette mère au foyer perdue, découvrant la joie des factures à payer, des comptes à gérer, et le sexisme du monde du travail. Même le jeu un peu exagéré d’Alicia Silverstone finit par porter ses fruits, lorsque l’on comprend sa situation schizophrénique : obligée de faire bonne figure, sourire figé sur le visage quand tout le monde semble vouloir sa mort sociale. Le décalage temporel ajoute même un léger vertige quand on se rend compte que la situations n’a pas tant évolué aujourd’hui.
American Woman n’évite pas quelques écueils et tombe parfois dans la caricature (le patron ouvertement sexiste, l’acteur gay qui cache son homosexualité…) mais reste porté par une énergie communicative et une bande sonore d’époque qui fait toujours son petit effet.
An ordinary woman : Maman, fleuriste et maquerelle
Une série russe de Valery Fedorovich et Evgeny Nikishov diffusée sur TV3 Channel, avec Anna Mikhalkova, Evgeny Grishkovetz, Alexandra Bortich, Maria Andreeva et Aglaya Tarasova
Synopsis : Marina a 39 ans. Fleuriste en façade, maquerelle en secret, elle jongle habilement entre ses filles et ses deux activités mais le fragile équilibre semble menacé lorsqu’elle reçoit un appel téléphonique à propos de l’une de ses escorts.
Nous vous avions fait part de notre déception à la vision de The counted, tant les occasions de poser nos yeux sur les productions télé russes sont rares. On retente le coup avec An ordinary woman, qui éveillait notre curiosité par son sujet hors norme. Une mère de famille qui attend son troisième enfant partage sa vie entre sa boutique de fleur… et son réseau de prostitution.
Derrière la bonne mère de famille un peu replète, vivant dans un HLM, se cache une véritable femme d’affaire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. A la fois chronique familiale, critique sociale et comédie noire, An ordinary woman a tous les éléments en main pour devenir un classique.
Et pourtant difficile de cacher notre légère déception devant le premier épisode. Si quelques scènes fonctionnent bien et que tous les acteurs sonnent justes, l’ensemble souffre d’un rythme bancal. La série devient prenante quand on découvre l’architecture de ce réseau particulier, mais un peu ennuyeuse quand on s’intéresse à la famille. Certains clichés semblent également difficiles à éviter, comme le mari qui trompe sa femme, ou la petite fille en quête constante d’attention. Peut-être aurait-il fallu voir d’autres épisodes pour se faire une idée plus précise du ton de la série. Mais avec juste le pilote, difficile d’être complètement séduit, même si l’on reste intrigué.
The Split : Avocates sur mesure
Une série anglaise d’Abi Morgan diffusée sur BBC One, avec Nicola Walker, Deborah Findlay, Annabel Scholey, Fiona Button, Meera Syal, Stephen Mangan, Barry Atsma, Anthony Head et Rudi Dharmalingham
Synopsis: The Split explore le mariage moderne à travers le prisme des Defoes, une famille de femmes avocates londoniennes spécialisées dans les cas de divorce, qui doivent faire face au retour de leur père après trente ans d’absence.
Comme pour nous rassurer sur le féminisme de The Split, il nous est souvent rappelé que Abi Morgan est celle qui se cache derrière le scénario de La Dame de fer. Ce film un peu oublié qui racontait l’ascension et la chute de Margaret Thatcher. C’était effectivement l’histoire d’une femme forte qui s’élève dans un monde masculin. Mais c’était aussi un film politiquement douteux (ne traitant l’histoire que par ses belles images), qui flirtait parfois avec le nanar hagiographique. Mais après tout, pourquoi pas…
Néanmoins, vendre un talent sur un film qui en manquait cruellement est un peu dangereux, et à la vision de ce premier épisode, l’on en vient à se demander par quel miracle Abi Morgan a t-elle réussi à se faufiler en compétition officielle. Le premier épisode d’une heure parait en durer le triple, et l’intrigue familiale (encore) surpasse tout le reste par le désintérêt total qu’elle suscite.
Une famille d’avocates qui, évidemment, seront amenées à s’affronter au cours de différentes affaires de divorces mettant en jeu des couples de banquiers, de célébrités… ou n’importe qui avec un compte en banque à plus de dix chiffres. Elles sont belles, riches, élégantes, paradant dans de beaux tailleurs que sûrement très peu de téléspectateurs pourront s’acheter. Mais elles ont des problèmes elles aussi. Leur mère les a élevées toute seule car leur père est parti, et les cas de divorces qu’elles enchaînent les rendent soupçonneuses quant à la solidité de leur propre couple.
Passons donc sur le « féminisme » vu uniquement par le prisme de la vie de couple hétérosexuel et attardons nous sur l’autre problème : The Split est la définition de la série clinquante. Dans la plus pure tradition des soap familiaux, les personnages étalent un certaine richesse à l’écran qui frôle parfois l’indécence. Et cachez ce pauvre que je ne saurais voir.
Mais peut-on avoir de l’empathie pour ces couples qui se déchirent quand, l’intérêt financier dépasse de cinq chiffres le salaire moyen du téléspectateur ? A une époque où le capitalisme et l’accumulation des richesses sont de plus en plus critiqués, une telle production laisse pantois devant son défilé de talons et de cravates qui prend son sujet à bras le corps, sans ironie ni distance aucune.
Oui, ce sont des femmes indépendantes ; oui, elles gèrent leur carrière et leur famille plutôt bien… Mais à part ça, Abi Morgan n’a pas grand chose à raconter, et semble toujours penser que mettre un personnage féminin au premier plan fait automatiquement une œuvre féministe.
La section « Format Court » de Séries Mania 2018 propose une sélection d’œuvres courtes (surtout pour le web) qui compensent leurs moyens réduits par une certaine liberté artistique. Cette séance nous aura permis de découvrir Oslo Zoo (Norvège) sur un universitaire uberisé et Rabih TV (Liban), sorte de C’est arrivé près de chez vous venu du Moyen-Orient.
Oslo Zoo: Anthropologue à moteur
Une série norvégienne d’Oyvind Holtmon diffusée sur NRK, avec Amir Asgharnejad, Eline Grødal et Henrik Fladseth
Synopsis : Amir, 30 ans, vit avec Charlotte qui commence à se lasser d’avoir à lui prêter de l’argent tandis qu’il lutte pour trouver un travail épanouissant malgré tous ses diplômes. Pour sauver leur couple, il prétend avoir trouvé un poste prestigieux à l’université, alors qu’il essaye désespérément de gagner de l’argent en tant que chauffeur Uber.
Venue tout droit de Norvège, Oslo Zoo est, selon son créateur, très inspirée par les séries Master of None et Atlanta. Il est vrai que le héros, Amir, partage la même pilosité faciale que ces nouveaux personnages vaguement paumés des sitcoms d’auteur récentes. On y retrouve également ce regard décalé avec le réel qui rend les situations les plus inconfortables comiques.
Durant six épisodes de quinze minutes, Amir tente de joindre les deux bouts en conduisant diverses personnes au travers de la capitale norvégienne, tout en mentant à sa copine qui croit qu’il a enfin obtenu le travail de ses rêves à l’université. Les rencontres les plus farfelues s’enchaînent (une clientèle différente par épisode). Un enterrement de jeune fille foireux et un père et sa fille en conflits sont ceux que nous avons pu découvrir.
Dans la veine typique de l’humour scandinave froid (dont la récente palme d’Or The Square est l’un des représentants), les situations s’enchaînent avec un sens du timing comique assez efficace et une finesse d’écriture qui fait plaisir à voir (certains moments répondent directement à une réplique lancée plus tôt dans un contexte différent). Par exemple une ancienne connaissance passera le premier épisode à s’excuser d’avoir loupé l’enterrement du personnage, alors que celui-ci est bien vivant en face de lui. Les coutures craquent mais n’explosent jamais vraiment, laissant toujours le malaise en suspens.
On reprochera juste à la série de ne pas vraiment prendre acte de la fonction d’anthropologue du personnage principal (celui-ci ne cesse de répéter qu’il a un diplôme de sociologie). Amir subit les frasques de ses clients plus qu’il ne les analyse. Il en résulte des épisodes qui peinent parfois à se focaliser sur un sujet (la vie du héros ou l’absurdité du client). Comme son personnage, Oslo Zoo tente de joindre les deux bouts, avec quelques difficultés. Reste tout de même une écriture comique fine, donc au final une bonne surprise.
Rabih TV : C’est arrivé près de chez eux
Une série libnaise de Mohammed A. Berro diffusée sur LBC, avec Said Serhan, Mohamad Safa, Nour Maghoot, Nicolas Cardahi
Synopsis : À bord d’une BMW noire, Rabih et son équipe de tournage documentent la violence dans les rues de Beyrouth. Filmer pour dénoncer ou pour assouvir ses propres pulsions malsaines ? Celui qui tient la caméra a le pouvoir et, plus vite qu’ils ne le croient, les prétendus justiciers vont dépasser les limites de leur propre moralité.
Osons le dire, Rabih TV est probablement la première « claque » de ce festival. En tout cas la première série (toutes catégories confondues) qui semble vouloir véritablement sortir des sentiers battus. Le postulat, exposé dès le premier épisode, n’est pas sans rappeler le film culte C’est arrivé près de chez vous : pour le tournage d’un documentaire voulant dénoncer la violence des quartiers chauds de Beyrouth, un réalisateur et son équipe n’hésitent pas a créer de toute pièce un véritable tueur en série.
Mais la comparaison s’arrête finalement là. Dans C’est arrivé… le personnage de Benoît Poelvoorde dominait la caméra et entraînait une équipe de tournage un peu naïve dans son univers. Ici, on ne sait pas trop qui pousse l’autre. Le fameux Rabih a déjà des pulsions violentes, mais son ami réalisateur semble vouloir l’emmener plus loin. Les autres membres n’hésitent pas non plus à faire des suggestions sur la meilleure façon de tuer. Là réside l’ambiguïté : dans l’origine de la violence. Les autres personnages que croisera l’équipe ne seront pas des anges non plus, et l’on en vient à espérer qu’ils se fassent trucider à leur tour. L’effet de réel produit par les caméra épaule, les perches dans le champs, et les apartés de l’équipe auto-satisfaite en rajoute une couche dans le malaise.
Violente, cynique et profondément ironique, Rabih TV est la représentation de l’œuvre coup de poing qui ne peut laisser indifférent. Une série qui porte un regard cru sur la violence de son pays… mais aussi celle du monde entier, avec une imagerie punk et une philosophie nihiliste. Notre seul regret étant la provenance lointaine qui rend incertaine la diffusion de la suite chez nous.
Présentée par l’équipe dans le cadre de la compétition française, la nouvelle production policière de France 2, Maman a tort, ne sort pas trop des sentiers battus dans le développement de son intrigue mais fonctionne grâce à son casting parfait et son ambiance qui oscille entre thriller, comédie et fantastique.
Synopsis: Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi affirme que sa maman n’est pas sa maman, Vasile, psychologue scolaire le croit ; mais il doit agir vite et trouver de l’aide ; celle de Marianne, commandant de police au SRPJ du Havre, par exemple. Mais doit-on croire la parole d’un enfant, lorsqu’on est flic, la tête occupée par l’enquête d’un casse sanglant, avec un butin de plusieurs millions d’euros dans la nature ?
Derrière ce titre qui pourrait être celui d’une comédie vaudevillesque ou d’une sitcom se cache en réalité une enquête aux multiples ramifications. Maman a tort prend pour décor la ville du Havre (Normandie) et, à partir d’un postulat simple (un enfant de quatre ans affirme que ses parents ne sont pas les vrais), développe une galerie de personnages finement écrits. Policiers, psychologue, parents en détresse et même gangster tournent autour de ce bambin un peu étrange, et comme on s’y attend dans ce genre de production, la vérité n’est évidement pas ce qu’elle semble être au premier abord.
Le pilote réussit même le tour de force d’intriguer sans trop en révéler. Au cours de cette première heure, on se demande vraiment si l’on regarde une enquête policière, un récit familial à résonance sociale… ou même une histoire de fantômes. De ce foisonnement de possibilités, Maman a tort en tire sa principale force. On s’étonne même de ne pas se sentir perdu au milieu de ces personnages qui ont tendance à se multiplier, amenant chacun une part d’ombre ou de lumière qui donne à l’ensemble une richesse étonnante, pour une production française.
Dommage que le deuxième épisode commence à éventer toutes les pistes un peu trop rapidement. On comprend très vite le lien entre les deux enquêtes supposément sans rapport, et le twist final nous donne l’impression d’avoir déjà découvert le pot au roses. Pour une enquête censée tenir en haleine le public sur plusieurs semaines, c’est un peu risqué. Mais peut-être qu’il s’agit encore d’une fausse piste, comme il est d’usage dans ce type de polar.
Néanmoins, Maman a tort témoigne tout de même d’une évolution dans ce genre de productions. Non pas qu’elle révolutionne quelque chose, mais elle cumule autant de défauts des anciennes productions estivales (comme Dolmen) que d’améliorations bienvenues de ces dernières années. En première place, l’interprétation est un quasi sans faute. En tête, ce personnage de commandant de police brillante mais un peu excentrique incarnée par Anne Charrier. Qu’elle s’énerve contre ses hommes, prenne un verre avec sa copine ou cherche un coup d’un soir, le personnage sonne toujours juste et penche plus du côté de Nicholson dans Chinatown (partageant avec lui un pansement ridicule sur le nez) que Lily Rush dans Cold Case. Une enquêtrice qui dégage finalement une chaleur et une humanité plutôt rares dans le registre du thriller.
Cette dernière doit tenir un département où chacun y va de sa petite excentricité. Un collègue blasé malheureux en amour (Pascal Elbé très bien), un beau gosse un peu idiot mais papa poule et un jeune stagiaire brillant mais trop sûr de lui. Principal prétexte aux moments comiques, on s’attache assez rapidement à cette fine équipe qui fait ce qu’elle peut pour boucler les affaires les plus complexes avec les moyens du bord. Et celle qui les occupe en ce moment est particulièrement retorse. De l’autre côté, l’amour que les parents portent au jeune Malone (qui n’est peut-être pas leur enfant) parait sincère, mais il se dégage d’eux quelque chose de troublant. Les accusations de l’enfant ne paraissent pas si fantaisistes, tout cela grâce au jeu des acteurs. Restent les deux gangsters, pour l’instant pas trop développés, et le psychologue qui, malheureusement, cumule un peu trop de qualités (intelligent, jeune, beau gosse, altruiste, motard, doué au pieu…) pour être totalement crédible.
Chacun joue un double jeu, ou révèle des facettes inattendues, et la série passe avec une aisance formidable entre suspens, action (une poursuite plutôt bien exécutée), comédie et onirisme. Et le plaisir avec lequel François Velle filme la ville du Havre (et son architecture particulière) compensent finalement les quelques défauts propres à ce genre de production comme un générique un peu kitsch, des choix musicaux parfois douteux et des effets numériques pas toujours réussis. Mais une qualité d’écriture pareille est suffisamment rare pour être notée, et quand elle échappe au cahier des charges des productions télévisées (comme l’obligatoire scène de sexe du premier épisode), Maman a tort peut parfois faire preuve d’une vraie originalité.
L’équipe du film présente lors de cette première mondiale.
France 2018
Episodes 1 et 2 vf coul. 2×52min (série 6×52min)
Scénario : Véronique Lecharpy D’après l’œuvre de Michel Bussi Réalisateur : François Velle Compositeur : Armand Amar Avec : Anne Charrier, Pascal Elbé, Sophie Quinton, Camille Lou, Gil Alma, Samuel Theis Producteurs : MFP, France Télévisions, Pictanovo Distribution : France Télévisions Distribution Diffusion : France 2
La créatrice de Connasse, Eloïse Lang, réunit son héroïne préférée, Camille Cottin avec une autre humoriste, Camille Chamoux et l’indétrônable Miou-Miou dans Larguées, une comédie féminine et familiale grotesque et brouillonne.
Après une version danoise en 2014, All Inclusive de Hella Joof, puis suédoise en 2017 de Karin Fahlen, Larguées reprend donc quasi traits pour traits (ça évite de trop réfléchir par soi-même) les situations absurdes de la même comédie. Malgré des intentions louables de vouloir « sauver » une mère dépressive lors d’un séjour en famille sur l’île de la Réunion, la comédie « portée » par un trio féminin se voulant détonant enchaîne drôleries et vulgarité pour terminer sa course hors du circuit. L’accident était loin d’être prévisible. Des réparties cocasses et bien ponctuées, un terrain certes plus cliché tu meurs, mais le gage de réussite était pourtant annoncé avec trois bonnes actrices, un décor somptueux et la tendresse des meilleurs feel good movies.
Entre Les Bronzés et Little Miss Sunshine sur le papier, Larguées s’avère être, comme son nom l’indique, un naufrage par ses mauvais choix de réalisation et surtout scénaristiques. Le premier mauvais choix fut d’enfermer Miou-Miou, la mère soixantenaire dans un mutisme grossier et incompréhensible. La relayant lors de la première moitié du film vers les bancs des seconds rôles, aux côtés de son nouvel « amour » au charisme d’un téléfilm made in TF1, l’accent en moins, la réalisatrice/scénariste fait l’erreur d’enfermer ses personnages principaux dans des bulles stéréotypées à des fins comiques. On frôlait déjà un certain ridicule dans le film de Noémie Saglio, Telle Mère, telle fille, avec Cottin, pondérée, et Binoche, post-adolescente. Ici, les écueils sont répétés jusqu’au soulignement. Chamoux joue le versant sage et rangé, mère de famille ordonnée. Cottin, irresponsable, aux allures rockeuses de lendemain de soirée. On le montre dès les premières minutes comme par facilité, quand la minette libérée et décomplexée sort de boîte à midi pour retrouver sa soeur et sa mère à l’aéroport. Tandis que de l’autre, par antinomie et manichéisme vain, est une mère qui étiquette tous les plats du frigo en minaudant comme la parfaite mère poule face à un mari lourdé en slip au petit déjeuner. Entre les deux, Miou-Miou assise avec sa valise. On apprend très vite que le père garde contact avec la plus « dévergondée », peu étonnant puisqu’ils se ressemblent, et lui annonce dans l’avion (à quelques jours de l’anniversaire de leur mère) qu’il attend un enfant. L’approche quasi-bouffonne s’apparente à une mauvaise parodie de Molière. Faire rire par excès semble donc être le leitmotiv qui va suivre. Le personnel du camping tout droit sorti d’un spin off des Bronzés toujours composé du coatch sportif aux allures de Michel Blanc moustachu, du barman, entre le charme (somme toute plat) d’un Thierry Lhermite (il porte le même prénom cependant !), la coupe de Clavier, l’accent flamand en plus, de l’hôtesse qui n’a que la couleur de cheveux de Marie Anne Chazel tandis que le danseur arabo-africain veut faire du Murphy, mais est moins empoté que Jack Black. Il ne manque plus que Josiane Balasko et, heureusement, car déjà qu’on s’y perd dans le club Camping Paradis où les seuls autres touristes sont joués par un garçon ouvert d’esprit et plus mature que son âge et son père dépressif en professeur de philo. Les personnages semblent donc se soutenir comme des cartes ou des quilles, les unes autres, à des fins narratifs et comiques, comme pour rebondir face à un reproche ou une insulte, plus qu’ils ne dialogues réellement entre eux. Le passage en ellipses sur la plage durant lequel Camille cherche le parfait homme à présenter à sa mère frôle le ridicule toujours par excès : le tatoué, le couple homosexuel, efféminé et misogyne…
Elle ne trouve même pas d’autres clichés. Mais la sauce prend par moment, lorsque les deux sœurs s’unissent pour courir sauver leur mère. Cela ne rime un peu à rien et l’errance en pleine mer, après avoir débattu de la mort face à un petit garçon qui à perdu sa mère (de très mauvais goût), a le même effet qu’un coup d’épée dans l’eau. Pourquoi les personnages braillent-ils autant ?Eloise Lang les transforment de ce fait en pantins d’un vaudeville ensoleillé. Lorsque la mère refuse de sortir et que les deux sont obligées de trépigner comme des enfants de 4 ans pour la faire changer d’avis… Il y avait d’autres moyens de parvenir à ses fins, non ?
Les mauvais choix foisonnent et s’enchaînent dans des bulles sensibles qui ne trouvent aucun écho et finissent par retomber comme des blancs en neige. Le concept du deuil, la confrontation à la perte de l’être cher au sein du duo père/fils est joliment bien trouvé, mais ne dessert ni les motivations de Cottin, ni ceux de la mère pourtant esseulée (elle ne parlera à aucun des deux). Et allons savoir pourquoi : Chamoux reste fixée sur la fin de vie du nouvel Apollon de sa mère ! La balance est en constante oscillation, comme frénétiquement, entre nécessité de parler de la mort et même besoin pressant de s’en relever. Le concept du couple n’est malheureusement jamais creusé, tout juste suggéré à trois différentes reprises. Le flamant et la mère dans leur coin, papillonnant. Chamoux et son mariage heureux, en apparence… Car sans crier gare, elle s’essaie à draguer pour se décoincer, mais mettre le pied à l’entrejambe d’un parfait inconnu (en deuil qui plus est) ou s’essuyer la langue sur les lèvres de manière vulgaire et surtout maladroite est une fois de plus une b(m)ondieuserie bannissable. Puis Cottin et ce père en deuil qui ne se courtisent jamais, mais dont le rapprochement est étrangement attendu sans jamais arriver… D’autres moments de vide viennent ponctuer cette impression de non sens. L’épisode « Pretty Woman » où les filles tentent de trouver une robe à leur mère. Les spectacles de danse du personnel. Le pique-nique lors d’une excursion où l’on apprend que l’hôtesse Lily et Thierry sont frère et soeur.
Mais le film n’est pas sans intérêt pour autant, ce qui en est extrêmement étonnant. L’écart et les conflits en exercice nous sont familiers. Camille Cottin qui tire son épingle du jeu est pétillante. Elle mérite son prix d’interprétation féminine au dernier festival d’Alpe d’Huez. Tout ne retombe pas à plat et les paysages cartes postales ainsi que certains dialogues relativement piquants nous font tenir sur la courte durée.
Avec Larguées, on ne perd que très peu de son temps, finalement. Si le rire est parfois poussif par certains spectateurs badauds en mal de comédie, le soupir est souvent de mise. Miou Miou est relayée au second plan alors qu’elle incarne pourtant l’enjeu principal : la « déridation » d’une femme elle aussi endeuillée. Comment trouver une seconde jeunesse ? Profiter de la vie ? Délester certains poids du passé ? Le film n’apporte pas vraiment de réponses. Il n’en a pas la prétention. Il est une tentative, grossièrement maladroite de ce que le bonheur pourrait être : des vacances en famille dignement vécues comme un road trip sous ecsta. That’s not life !
Larguées : Bande-annonce
Larguées : Fiche Technique
Scénario et réalisation : Éloïse Lang
D’après le film All Inclusive d’ Hella Joof
Musique : Fred Avril
Producteurs : Stéphanie Carreras et Philippe Pujo
Directeur de la photographie : Antoine Monod
1er assistant réalisateur : Bastien Blum
Scripte : Bérangère Saint-Bezar
Montage : Valérie Deseine
Son : Stéphane Bucher, Serge Rouquairol, Marc Doisne
Décors : Philippe Chiffre
Sociétés de production : Pathé, Estrella Productions, France 3 cinéma, Les Films Chaocorp, CN7 Productions
Société de distribution : Pathé
Durée : 92 min.
Genre : comédie
Dates de sortie : 20 janvier 2018 (Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez) ; 18 avril 2018 (sortie nationale)
Le Marvel Cinematic Universe amorce la conclusion du premier chapitre de son histoire avec cette troisième aventure des Avengers. Une réunion plus pessimiste et apocalyptique qu’à l’accoutumée qui véhicule un sentiment bienvenue d’achèvement où, au-delà de l’efficacité de son divertissement, elle donne enfin corps à ses enjeux et présente son grand méchant.
Synopsis : Alors que les Avengers et leurs alliés ont continué de protéger le monde face à des menaces bien trop grandes pour être combattues par un héros seul, un nouveau danger est venu de l’espace : Thanos. Despote craint dans tout l’univers, Thanos a pour objectif de recueillir les six Pierres d’Infinité, des artefacts parmi les plus puissants de l’univers, et de les utiliser afin d’imposer sa volonté sur toute la réalité. Tous les combats que les Avengers ont menés culminent dans cette bataille, qui décidera du destin de la Terre et du reste de l’univers, et qui impliquera tous les héros déjà connus, dont les Gardiens de la Galaxie.
Voilà maintenant 10 ans que le MCU fait son chemin sur grand écran, étant même la principale attraction du divertissement actuel. Où son principe d’univers partagé à souvent été copié mais n’a jamais su être égalé. Pour ça, il faut reconnaître l’efficacité de Kevin Feige en tant que producteur, lui qui a su donner une consistance et une direction claire. Ce que le MCU a perdu en indépendance cinématographique, il l’a gagné en cohérence. Alors qu’il ne fait aucun doute que cet univers continuera son chemin après la fin de la phase 3, il est aussi évident que l’histoire des Avengers telle qu’on la connait aujourd’hui arrive à sa conclusion. L’ensemble a besoin d’un coup de frais et Avengers: Infinity War vient amorcer ce final en dévoilant le grand méchant Thanos, teasé dès le premier Avengers, et qui se présente à nous avec une radicalité bienvenue.
Ici le scénario ne sera pas le maître mot du film. Devant à la fois présenter le principal antagoniste tout en amenant les enjeux et offrant une action soutenue, Infinity War va faire le choix de mettre de côté beaucoup de ses héros. Même si beaucoup sont bien présents à l’écran, ils ne sont là que pour servir de chair à canon et ne connaissent aucune évolution en dehors de l’action. Ce qui donne l’étrange sensation d’avoir un film désincarné de ses héros et qui, malgré quelques passages d’iconisations bien sentis, peine à les mettre en valeur. Seul Gamora, Thor et dans une moindre mesure Doctor Strange ont un vrai arc émotionnel. Mais Infinity War à la bonne idée d’éclater les Avengers en plusieurs petits groupes à travers différents lieux, ce qui permet une narration claire et donne un peu de quoi respirer aux personnages. On reste loin de l’aspect brouillon d’Age of Ultron. Le rythme se montre plus soutenu, l’humour présent n’est pourtant jamais envahissant face à l’ampleur des enjeux et le film mise souvent sur une gravité pesante qui fait plaisir à voir. Surtout que le véritable personnage principal est ici l’antagoniste Thanos.
Si il y a une chose que Avengers: Infinity War ne pouvait pas rater, c’est bien son méchant. Après nous l’avoir teasé de façon plus ou moins réussie pendant près de 10 ans, il se devait d’être à la hauteur de nos attentes. Il les dépasse allègrement. Bien plus nuancé et imposant qu’on pouvait l’espérer, il offre ses lettres de noblesses au film en lui apportant de vraies fulgurances. Ses motivations ne sont pas dénuées de fondements, il s’avère mue par un nihilisme complexe et se montre plus humain que prévu. C’est à travers lui qu’Infinity War brille le plus, même si la radicalité de ses actions est probablement davantage de la poudre aux yeux qu’autre chose, car oui il y a des morts mais peu apparaissent vraiment comme définitives. Il faudra donc voir le quatrième Avengers pour juger de l’impact du personnage. Néanmoins il nous conduit ici à une conclusion audacieuse, qui booste l’impatience de voir la suite, et montre une vraie maîtrise du style d’écriture des comics de la part des scénaristes. Un style qui risque de perturber un peu les non-initiés, cet Avengers étant probablement le plus « comics » de tous les films du MCU, et la transposition de ces codes sur grand écran se trouve être plus réussie qu’on aurait pu se l’imaginer.
Mais cette transposition a pour contrecoup de faire perdre toute indépendance cinématographique à Infinity War. Ce dernier apparaît plus dense et ambitieux que jamais sauf qu’il a pour défaut de ne pas pouvoir tenir debout sans ce qui l’a précédé et ce qui viendra après. Par cela, Infinity War répondra à des questions que le spectateur ne se posait sans doute même plus et fait mine d’une cohérence impressionnante. Dommage que cela desserve les personnages plus effacés que jamais, quand certains ne passent tout simplement pas pour des bouffons comme ce pauvre Hulk dont on ne sait plus quoi faire. D’autant que le casting s’avère en demi-teinte, entre les anciens clairement fatigués avec en tête un Robert Downey Jr. qui est en pilotage automatique, et les nouveaux plus inspirés qui assurent le spectacle comme Benedict Cumberbatch clairement à l’aise avec son personnage. Mais celui qui vole la vedette ici, c’est Josh Brolin qui donne une intensité et une profondeur insoupçonnée à Thanos dans une très belle performance. Surtout que les frères Russo semblent vraiment inspirés quand il s’agit de mettre le personnage en action et dévoilent une connaissance maîtrisée des comics. Dans l’action, il use toujours au mieux des personnages et de leurs capacités dans des séquences au déroulé souvent inventif. Toutefois, cela est un peu retenu par une réalisation à la photographie terne et des effets spéciaux qui connaissent des ratés et surtout un sens de la mise en scène quasiment absent. Beaucoup de choses se passent à l’écran mais les frères Russo peinent à accompagner cette frénésie par le mouvement de la mise en scène, restent donc des séquences spectaculaires mais vite statiques, répétitives et juste fonctionnelles.
Sans être le gros morceau épique qui mettra tout le monde d’accord, Avengers: Infinity War reste un divertissement efficace qui s’en sort avec les honneurs. On sent que les frères Russo perdent l’inspiration de film en film et qu’ils ne sont pas des metteurs en scène assez forts pour créer le frisson qu’un tel film devrait procurer mais ils connaissent suffisamment l’univers pour en tirer de bonnes choses. Même si les héros paraissent ici effacés ou fatigués, on peut compter sur Thanos pour vraiment élever le film et lui donner un supplément d’âme bienvenue. Imparfait sur bien des points, où une qualité apporte souvent un défaut, Avengers: Infinity War reste un joli tour de force car la réussite d’un tel rassemblement n’était pas chose aisée. Surtout qu’il réussit ses objectifs à savoir : ne pas rater son méchant, nous divertir, nous surprendre et éviter la lassitude tout en parvenant à nous rendre impatients de voir ce qu’offrira la prochaine aventure des Avengers. Sur ces points, Infinity War fait carton plein.
Avengers: Infinity War : Bande-annonce
Avengers: Infinity War : Fiche technique
Réalisation : Anthony et Joe Russo
Scénario : Christopher Markus et Stephen McFeely, d’après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
Casting : Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Mark Ruffalo, Chris Evans, Scarlett Johansson, Benedict Cumberbatch, Josh Brolin, Tom Holland, Zoe Saldana, Chadwick Boseman, Chris Pratt, Paul Bettany, Elizabeth Olsen,…
Décors : Charles Wood
Costumes : Judianna Makovsky
Photographie : Trent Opaloch
Montage : Jeffrey Ford et Matthew Schmidt
Musique : Alan Silvestri
Producteurs : Kevin Feige
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Studios Distribution
Durée : 149 minutes
Genre : super-héros
Dates de sortie : 25 avril 2018
Après Buffy contre les vampires qui fêtait aussi ses 20 ans l’année dernière, 2018 marque l’événement sériel et le magazine Entertainment Weekly n’avait pas manqué de souligner l’anniversaire en réunissant tout le casting de Dawson’s Creek. La création de Kevin Williamson (Vampire Diaries, Following, Scream) a su marquer toute une génération, si ce n’est deux. Retour sur une série culte qui passe aux yeux de beaucoup comme ringarde.
Diffusé du 10 janvier 1999 (un an auparavant sur The WB) au 8 novembre 2003 sur TF1, puis rediffusé les dimanches après-midi – c’est comme ça que les moins de 30 ans l’ont connu -, ce teen drama décrit en 6 saisons, l’évolution de 4 adolescents et leurs péripéties amoureuses ou existentielles du lycée jusqu’à la vie active. Au travers des portraits méticuleux d’une jeunesse américaine, mais universelle, Dawson’s Creek a su brasser une multitude de thématiques telles que l’adultère, la mort d’un proche, l’ambition et surtout le sentiment amoureux. Car il s’agit d’amour essentiellement, tout en réconfortant le spectateur dans un idéal inatteignable. Il s’agit de la vente d’un rêve américain pour des adolescents – la génération X, née entre 1980 et 1990 – en quête d’identité, et en cela la série n’est guère un précurseur. Elle a même plutôt assez mal vieilli face à la multitude des séries disponibles depuis sur le marché.
Une fable initiatique…
Cela commence somme toute de la façon la plus banale. Un trio adolescent, où le jeune héros ambitieux et sans doute talentueux, tombe amoureux de la nouvelle voisine, une New Yorkaise pulpeuse que ses parents ont mise à la porte. La meilleure amie de ce jeune héros aux principes naïfs mais intègres est secrètement attirée par lui, et le meilleur ami un peu loufoque apparaît comme la cinquième roue du carrosse. Le protagoniste couche avec sa prof de vingt ans son aînée et a des mauvaises notes, mais son grand frère (premier d’une plus grande fratrie) policier ne manque jamais de lui faire la morale et de le remettre dans le droit chemin. Le cadre est idyllique, un étang qui sépare Dawson de Joey, une immense maison entourée de bois et de verdure, une campagne luxuriante dans une petite ville portuaire du Massachusetts, un lycée américain comme tant d’autres, mais des rues magnifiques à deux pas de l’océan. L’intrigue n’a rien de grandiloquent et pousse à la simplicité. On pourrait même s’étonner de jurer que ça pourrait arriver à n’importe qui. Un jeune homme créatif (on le soupçonne, car sa vision de la réalisation est éclipsée par son obsession pour Spielberg) et résolu, entouré de parents bienveillants et toujours de bons conseils au moindre doute existentiel. Une vieille voisine chrétienne et pratiquante, « plus agréable tu meurs ». Des voisins sympathiques, un ponton vers un étang gigantesque, plein de couchers de soleil et surtout des histoires d’amours comme on aimerait qu’il nous en arrive à 15 ans. On se prend au jeu, surtout lorsqu’on est un garçon sentimental, cinéphile vivant entre quatre champs et un étang, et abreuvé aux séries. Ce dernier point est élémentaire, car il faut comprendre en quoi Dawson’s creek entre dans le top 5 des meilleurs teen dramas de ces 2 dernières décennies, malgré l’écart criant entre le monde décrit et la réalité bien morne que nous vivons.
Joey le quitte pour Pacey
Qu’est-ce qu’un bon produit ? Un bon film ? Une bonne série ? Un bon teen drama ? Lorsque ledit produit atteint son coeur de cible c’est une chose, mais ça ne fait pas des Marseillais à Caracas, une tv réalité à défendre, juste beaucoup d’attardés devant leurs postes qui pensent se réconforter en s’abrutissant. Comment expliquer, sans des audiences exceptionnelles, que la série ait perduré autant et marqué à ce point les esprits et surtout ironiquement aujourd’hui. Plus rares sont les fervents défenseurs de Dawson, face aux nombreux détracteurs qui ont fait du simple nom de la série un synonyme de « mièvre et trompeur ». Et pourtant, elle gardera son statut de série culte, au même titre que Friends en sitcom ou X-Files en science-fiction, Alias en espionnage, Buffy contre les vampires en fantasy horreur, etc.
Toute bonne série qui marque les esprits pourra se résumer facilement en saisons pour les fans par les conflits en jeu, les résolutions en cours ou les événements caractéristiques. La saison 1 de Dawson’s creek, en guise de prélude, introduit toutes les cartes des intrigues à venir : le mariage des parents de Dawson par la question de l’adultère, la réconciliation entre Jen et sa grand-mère par la mort de son grand-père, Pacey et sa difficulté à être pris au sérieux, Joey sans figure parentale autre que sa soeur et le mari de celle-ci, les premières réussites sans jamais vraiment montrer les premiers échecs ou en les lissant au maximum. La deuxième saison introduit Andie et son frère Jack qui vont finir par devenir des personnages principaux par la suite au cours de la 2ème année du lycée (Sophomore Year). Ne commencez pas à comparer avec nous les Français, les pièces géométriques ne s’encastreront pas dans les trous. Il y a oui, en effet, une part de récit initiatique à décrypter, à prendre avec du recul, comme dans tout bon teen drama (Voici un lien pour mieux comprendre les deux parcours scolaires qui en réalité ont juste en décalage d’un an, car ils ne considèrent pas l’année de naissance, mais l’âge au 1er septembre dans leur système de classification). L’introduction du personnage d’Abby Morgan confrontera Jen à ses démons antérieurs et poussera tout le monde à bout. Au terme de cette deuxième saison, les tenants et les aboutissants des arcs relationnels sont d’une étonnante richesse. Il faudra beaucoup d’épreuves pour Abigail et Mitch afin de sauver leur mariage, après la prise de conscience de l’attraction entre Joey et Dawson, l’introduction d’Andie et Jack va modifier le nouveau groupe définitivement. Et déjà les personnages secondaires sont tout autant denses et d’une justesse infinie. On a presque jamais autant aimé les personnages secondaires jusqu’à présent (1999). Et c’est d’ailleurs le point fort de Dawson’s Creek, il n’y a qu’à voir la longue liste des guest qui sont apparus dans d’autres séries par la suite (Modern Family, Glee, Supernatural, This is us, NCIS, Once Upon a Time, Buffy, Roswell, The Cameleon, One Tree Hills*, Veep…). Toutes ces imbrications, apparitions, ont consolidé autant d’arcs narratifs qui ont permis à la série d’évoluer en s’améliorant, malgré une perte significative d’intérêt de la part des fans en début de saison 3. Peut-on l’expliquer par le départ du showrunner Kevin Williamson qui quitte le navire et son bébé ? Le scénariste et producteur Greg Berlanti a repris les commandes et a eu la brillante idée d’introduire à ce moment précis Pacey dans l’équation amoureuse, et qui a fini par devenir le dilemme et l’arc majeur. Rapide digression, mais la sensibilité des deux showrunners alors homosexuels peut-elle être également une explication sur la foisonnante diversité des intrigues et des conflits, névroses psychologiques en exergue ? Être vu comme le vilain petit canard (Pacey et sa famille), la reconstruction dans une famille recomposée sans parents (Joey et sa soeur, son père en prison, sa mère décédée trop tôt), la construction identitaire et les addictions (Jack et Andie), le racisme (la fille du proviseur Green), le fantasme (la liaison avec Tamara la professeure plus âgée ; Eve, la blonde bombe qui débarque ; Ethan, le beau gosse populaire peut-être gay…), la transmission (le petit Buzz que Pacey prend sous son aile, la fille Harley du professeur Hetson dans la dernière saison), les rancoeurs, l’ambition…
Le danger scénaristique est d’aller trop loin, répéter des arcs aux allures un peu soap, comme des liaisons dangereuses ou nocives, interdites (prof/élève) ou alambiquées. On en vient à ce que tout le monde couche avec tout le monde. Les scénaristes (presque une quarantaine) en ont même eu conscience et font jouer Pacey et Jen dans ce sens, voir où l’absurdité peut aller dans le 03×07 « Escape from Witch Island« . Cet épisode est d’ailleurs une sorte un clin d’oeil à Blair Witch et se joue des codes de l’horreur. A l’image du 01×11 « The Scare » avec les codes du slasher qui a dû être un régal pour le créateur de Scream d’appeler Vendredi 13 de Craven et la date de superstition. Autre genre savamment reconstruit, le detective movie du 02×11 « Sex, she wrote » durant lequel Abby et Chris tentent de démasquer en huis clos l’auteur d’une lettre qui décrit des ébats eus la veille : les duo suspects sont Dawson et Jen, Joey et Jack, Pacey et Andie.
Kevin Williamson a, par ailleurs, eu le génie d’écrire avec toute l’autodérision nécessaire les opus d’épouvante avant de glisser dans sa série des clins d’oeil cinématographiques nombreux ainsi que des sous-textes et commentaires dits par le personnage principal sur l’écriture ou la réalisation, qui sont en fait des commentaires sur la série elle-même. L’idée originale est basée sur sa propre enfance, ce qui en fait une œuvre d’autant plus sincère et vraie, malgré le caractère éloigné de la réalité. En effet, les ajustements (hétérosexualiser le personnage principal par exemple, ou l’invention de la ville Capeside – le tournage ayant lieu à Wilmington en Caroline du Nord pour sa verdure foisonnante et Cape Cod dans le Massachusetts pour l’aspect portuaire) sont devenus des superficialités regrettables et pourtant nécessaires d’un point de vue de la production (toucher le plus grand nombre, parler du sexe, de la mort, de sujets potentiellement polémiques ou choquants). La série Dawson’s creek finit donc par être en constante oscillation entre excès mélodramatique ou idéal vain et profonde réflexion. Ne faut-il pas éteindre son cerveau cartésien, arrêter de tout rationaliser pour apprécier une oeuvre qui sort un tant soit peu de l’ordinaire ? Charmed par exemple qui avec le temps a fini par devenir totalement kitsch et pourtant sera dépoussiérée avec un prequel, ou bien n’importe quel film d’horreur dont on a tous fini par se moquer ? La saison 4 est transitoire, elle permet à Dawson d’entrer dans la vie de jeune adulte – il sort avec la plus grande soeur de Pacey – et d’introduire une autre transmission de génération avec le vieux voisin aigri et malade Arthur Brooks. C’est au terme de cette saison que le personnage d’Andie disparaîtra en désintox pour revenir en guest à la dernière saison, 2 années suivantes. Jen et Jack se rapprochent jusqu’à aider Dawson et Joey à revenir dans les bras l’un de l’autre et ce pour la dernière fois (attention spoiler !) Bon, sur le moment, on y croit c’est magique, mais avec du recul, est-ce bien crédible qu’un triangle amoureux tourne autant ? Oui, non, oui, non, oui, non ? Laissons le débat qui n’a absolument plus aucune actualité là où il est (des années en arrière) malgré le caractère éternel de cette série qui a bercé plusieurs adolescences. Et pour répondre à la question par expérience : oui, ce va-et-vient incessant et malsain est possible, mais peut-être pas avec autant d’histoires amoureuses en jeu.
Les deux dernières saisons semblent être les plus abouties. Le nouveau personnage d’Audrey, colocataire de Joey, jouée tout en charme et nature par Busy Philipps y est pour beaucoup. Grams et sa petite fille Jen déménagent à Boston, ainsi que Jack dans une fraternité étudiante. Pacey, revenant d’un tour du monde en bateau, est plus mature, prêt à conquérir le monde de la cuisine avant celui de la finance, et Joey flirte avec son professeur de lettres et son collègue barman dans le bar où elle travaille. Elle en a fait du chemin pourtant : serveuse à temps partiel dans le petit restaurant en bord de mer où travaillait sa soeur Bessie, puis dans le Yacht Club beaucoup plus huppé aux côtés de l’exécrable Drue Valentine et finalement dans ce bar rock avec Eddie. Heureusement qu’elle se passionne pour les lettres et finira écrivain. Dis comme ça, on est pas bien loin de Plus Belle La Vie. Mais tous ont fait du chemin, beaucoup de chemin, en particulier Jen qui restera dans le coeur de tous les fans, le personnage le plus apprécié, car celui qui a le plus évolué avec Pacey. D’une certaine renaissance dans les bras de Dawson après la débauche new yorkaise, elle reste populaire au grand coeur, tombant amoureuse d’un footballeur un peu paumé, la « fille à pédé » toujours portée vers autrui quitte à animer une émission de radio et se faire prendre dans les filets d’un nymphomane, la petite fille exemplaire, qui enfin aurait un parfait jules à présenter, mais rattrapée par la maladie. Son personnage est quasi irréprochable, aux traits de poupée, Michelle William a su apporter beaucoup de candeur essentiel à un personnage pourtant en rupture dans ce monde lustré par des couchers de soleil et une morale bon enfant, aux valeurs traditionnelles américaines post-Bush. Elle fera vaciller l’équilibre nauséeux tout en le redressant dans le droit chemin de la remise en question. On finira plus à en vouloir à Joey, la parfaite intello, de ne pas savoir ce qu’elle veut plutôt que Jen qui trace sa route rédemptrice et transforme tout ce qu’elle touche en quelque chose de bon et profondément aimant et aimable. Pacey est la tête de Turc jamais pris au sérieux, le dernier d’une grande famille un peu bourrue et peu cultivée dont il devra se démarquer en commençant par l’humour. Il cache une énorme fragilité émotionnelle qui fera chavirer le coeur de Joey par la suite. Habile de ses mains, pédagogue, un père idéal même à l’âge du bac. Son exil maritime est l’occasion de remettre les pendules à l’heure et d’essuyer tous ses échecs passés pour se tourner vers la cuisine et gravir les échelons jusqu’à la bourse, accompagné toujours des plus belles femmes. Dawson est l’éternel adolescent romantique, perdu entre ses rêves, ses aspirations et le cadre idyllique dans lequel il a été bercé, confronté à l’univers rude d’Hollywood pour passer de stagiaire à premier assistant en se liant d’amitié avec un cinéaste un peu comme lui, underground.
Personnage tête à claque à faire des phrases à rallonges, confronté à la perte de son père un peu trop tôt, il profite de plaisirs affectifs qui lui font acquérir une certaine maturité sur le plan émotionnel sans vraiment sembler le mériter (Jen/ Joey/ Eve/ Nikkie Green / encore Joey / Gretchen / Natacha / encore Joey…). 5 années pour tomber amoureux. Il y a une certaine extravagance notoire qui ne dérange personne ici ? En jouant avec beaucoup trop de sévérité, le personnage de Dawson pourtant exalté, est devenu le moins apprécié et pourtant un direct alter ego. Le mien directement. Le schéma de la voisine/meilleure amie (qui aurait pu traverser en barque, j’en avais une !), une campagne isolante beaucoup moins luxuriante, en rien portuaire, mais plus champêtre, le meilleur ami azimuté, beaucoup moins pris au sérieux et qui pourtant a de plus folles histoires amoureuses que les miennes, la passion du cinéma obsédante, la vénération pour un seul cinéaste (pas Spielberg, mais Hitchcock), des personnages secondaires devenus principaux avec des croisements affectifs sur le quator principal qui en fait était un quintet jusqu’à la fin du collège. Un nouveau groupe d’amis composés d’anciens, le retour du meilleur ami qui a bien évolué, à présent père de famille, des sentiments trop souvent univoques, jusqu’à l’épanouissement dans une nouvelle ville pour des études de cinéma, l’homosexualité, la perte du père, l’adoration pour un nouveau membre dans la famille (une nièce et non une petite sœur)… Bref, à quoi bon se raccrocher à ce cadre qui ne mérite pas la comparaison, mais qui par les espoirs, les intrigues mises en place, pimentait ma vie un peu trop morne à mes yeux. En étant ressorti d’autant plus frustré, névrosé, déstabilisé, Dawson’s Creek s’avère dans ce sens, un exemple à absolument éviter pour ne pas finir déprimé et, pourtant, incontournable pour prendre conscience du cheminement, des obstacles. Nul besoin de vanter les mérites du roman d’apprentissage, qui pourtant peut paraître fastidieux et ennuyeux. Résultat, on finit par se comparer et souvent négativement. Entre ce qui se passe sur le petit écran et dans notre propre famille, entourage, puis entre le nous-même d’avant et du temps présent, nous-même et les autres. Comment expliquer que l’on finit toujours déçu ? La psychanalyse dans tout œuvre impliquant un récit structuré est de notoriété publique. Les petites filles apprécient autant les films Disney pour se prendre en princesse et rêver. Veuillez excuser la digression genrée un peu poussive mais directement compréhensible. Le problème est qu’ici Disney a pris de sévères rides et n’est plus d’actualité, la dimension du conte n’est pourtant pas si éloignée, si ce n’est en costumes et décors. Alors c’est plaisant, amusant de voir tout le casting avec 15 ans de plus en 2018. La nostalgie parle d’elle-même et s’impose à nous, mais une part de définitif, « page tournée » conclut l’impression et presque avec soulagement. Comment élucider l’agréable et l’amertume pour faire de ce culte teen drama une rémission discursive, aujourd’hui source de railleries par les plus pragmatiques ?
La série a des sérieux atouts, notamment la multitude de personnages secondaires venant consolider les failles liées à l’excès soap des croisements amoureux des trois premières saisons. Elle s’est malgré tout détachée de ce qu’on pouvait lui reprocher, trop mélo, pour en faire les portraits de complexes, plus affectifs que réellement existentiels. Et, pour la première fois de toute l’histoire du petit écran, l’héroïne était l’intello de service, nerd, la brune – qui aurait pu être myope et boutonneuse si le cliché aurait été poussé jusqu’à l’excès – que les scénaristes ont pris le temps d’érotiser. La série pose de très justes questions lors d’intrigues plus ou moins correctement amenées « où vais-je? » et surtout « où accepte-je d’aller et à quelle condition ? » Il faut savoir qu’initialement Kevin Williamson était parti pour composer sur ce qu’est initialement une âme sœur…
*Et apparue juste après, avec New Port Beach, ces deux séries apparaissent relativement comme des déclinaisons soap avant de réellement s’identifier comme des family/teen drama plus de « luxe ».
Analyse du thème concluant
On doit la tonalité si particulière qui distinguera à jamais Dawson’s Creek de tous les autres teen drama, à Adam Fields, qui a su recréer l’exotisme sauvage de la ville fictive en ajoutant aux notes de piano, une flûte traversière et une guitare sèche. Transformant le lieu en un havre de paix, entre le lointain des îles paradisiaques et la proximité d’un feu de cheminée, Adam Fields a su modeler le souvenir comme un rassurant voyage au coeur de nous-même, à la fois cliché apaisant et lancinante berceuse pernicieuse. La résonance de cet instrument à vent a par ailleurs des vertus relaxantes non négligeables. Entre le caractère primaire de nos origines (Native American Flute), à la croisée des mondes amérindiens et l’acoustique de la guitare grattée, les quelques notes entremêlées font de la boucle mélodique, une feuille tombant au vent par un chaud début d’automne.
Dawson’s Creek : Tous les génériques
Le thème du générique joué par Paula Cole (initialement ce devait être « Hands in my Pocket« d’Alanis Morissette) entrelace sentiments chaleureux de fin de vacances estivales à l’intimité d’une couette tout en passant par l’entrain d’une jeunesse tout sourire et plein d’espoir. Les premières notes au piano symbolisent l’aube, le levée du soleil. La batterie ensuite poursuit la balade pop rock sur ce rayon de soleil jusqu’à l’apogée du refrain qui vogue sur les remous d’une eau s’étendant à perte de vue. Si l’on fait attention aux paroles, on se perd dans les méandres de mélo mièvres d’une mère qui attend son mari perdu en guerre, puis l’affirmation ou l’excuse pour ne pas sombrer dans la négativité.
Le deuxième thème du générique de Dawson’s creek pour diffusion DVD (à des fins purement économiques) embrasse des spirales plus entraînantes. La rythmique est différente, mais épouse les mêmes valeurs et véhiculent les même messages adolescents. « Je suis romantique, la tête dans les nuages, je deviens fous par amour, enivré par les couchers de soleil… »
BONUS
Pour approfondir la curiosité, voici l’intégral d’une émission (entièrement en VO) dédiée à la jeunesse sur E4 consacrée aux coulisses du tournage (à l’époque c’était entre la saison 3 et 4 pas encore diffusée) de la série.
Mais surtout l’interview exclusif de Kevin Williamson (bon c’est le père de la série, mais il l’a quand même abandonnée dans ses 4 dernières années donc il n’est pas le plus légitime pour avoir la parole, mais tout de même), 20 ans après pour The Hollywood Reporter. Il imagine toujours Dawson, Joey et Pacey, meilleurs amis à s’envoyer des messages plus qu’à se voir. Impossible, nous n’imaginons pas Dawson reprendre contact comme si de rien n’était avec Pacey ! Joey et Pacey ont construit une famille qu’ils tentent maladroitement de porter vers le haut, malgré tous les obstacles de couple. Dawson a finalement atteint son rêve. Ce n’est pas un Spielberg, mais il est monté très très haut sans pour autant être heureux. Il se bat toujours autant pour trouver l’amour…
Dawson’s Creek : Fiche Technique
Créateur : Kevin Williamson
Scénario : Joss Whedon
Interprétation : James Van Der Beek (Dawson Leery), Michelle Williams (Jennifer Lindley), Joshua Jackson (Pacey Witter), Katie Holmes (Joséphine « Joey » Potter), Mary-Margaret Humes (Gail Leery), John Wesley Shipp (Mitch Leery), Mary Beth Peil (Evelyn « Grams » Ryan), Nina Repeta (Bessie Potter), Kerr Smith (Jack Macphee), Meredith Monroe (Andie Macphee), Busy Philipps (Audrey Liddell)…
Musique : « I Don’t Want to Wait » de Paula Cole (U.S.) / « Run Like Mad » by Jann Arden (DVD and Puerto Rico Releases) …
Producteurs : Tom Kapinos, Greg Prange, Paul Stupin, Greg Berlanti (showrunner depuis 2000), Kevin Williamson (1998-99)
Société de production : Columbia TriStar Television, Outerbanks Entertainment, Sony Pictures Television
Diffusion : The WB
Genre : Teen drama
Format : 22 épisodes de 45 minutes. 128 épisodes
La dernière est un fan-made, bien que la curiosité nous ait tous poussée à regarder sur internet si c’était bel et bien vrai
La section Panorama International de Séries Mania Lille met l’accent sur des séries du monde entier. A la différence de la compétition officielle, celles-ci ont déjà commencé leur diffusion dans leur pays d’origine. Ce deuxième jour nous a permis de découvrir Kiss Me First et The counted, deux séries de S.F., en provenance de Grande Bretagne et de Russie.
Kiss me first : Ready Player One à la sauce Skins
Une série anglaise de Bryan Elsley diffusée sur Channel 4 et Netlix, avec Tallulah Haddon, Simona Brown et Matthew Beard
Synopsis : Leila trouve refuge dans un jeu de réalité virtuelle. Elle y rencontre une communauté secrète de joueurs dont fait partie Tess, qui la séduit par son assurance. Très vite, Leila doute de la bienveillance de ses nouveaux amis.
Attendu comme le retour du créateur de Skins aux affaires adolescentes, Kiss me First voudrait proposer un regard neuf sur la réalité virtuelle et la quête de l’identité. Ajoutons à cela qu’une bonne moitié de la série est produite en animation 3D (pour représenter le monde virtuel). Forcément avec tous ces éléments, difficile d’éviter la comparaison avec le méta-blockbuster de Steven Spielberg sorti il y a à peine un mois.
Bryan Elsley pense alors avoir trouvé la parade : il refais Skins. L’intrigue ne tourne pas autour de références geek empilées les unes sur les autres, mais se concentre sur de jeunes adultes qui cherchent un but à leur existence morose, en se réfugiant dans un jeu vidéo High-Tech. Si le début présente ce que l’on peut attendre d’un tel divertissement (du combat), nous faisons rapidement connaissance avec un groupe secret qui cherche de nouvelles sensations. Les personnages « piratent » le jeu pour ressentir la douleur (mais sans conséquences) et récréer une sorte de communauté aux émotions réelles. La réalité virtuelle est donc une nouvelle drogue pour cette génération déphasée.
Peu inspiré par son propre thème, le scénariste n’hésite pas à piocher dans un vaste répertoire de tropes propre au séries britanniques : La drogue, la musique pop, la collocation bancale, le colloc un peu moche mais rigolo, la misère sociale, la nudité crue… Bref, d’un côté comme de l’autre, le créateur semble assez peu emballé et ne propose rien de plus qu’un patchwork mal cousu.
Pendant les deux premiers épisodes de Kiss Me First, il est donc dommage de constater que Bryan Elsley ne semble pas voir dans le jeu vidéo autre chose qu’un simple prétexte. Sa méconnaissance du média apparaît même comme une évidence. Les joueurs et leurs avatars ont le même visage et la charte graphique de l’univers virtuel manque terriblement de fantaisie. Ce qui l’intéresse, ce sont les relations entre les personnages, particulièrement entre l’héroïne et celui que l’on devine être le leader de ce culte sado-maso 3.0. Un postulat qui n’est pas sans rappeler le film Chatroom de Hideo Nakata (2010). Comme si la série essayait de surfer sur la vague Black Mirror sans vraiment savoir dans quoi elle s’engageait.
The counted : EntreStalker et Le prisonnier
Une série russe d’Inna Orkina diffusée sur Start.Ru, avec Maria Mashkova, Diana Pozharshkaya, Daniil Vorobyev
Synopsis : Deux épidémiologistes sont envoyés dans une région reculée de la Russie, où une étrange infection a subitement provoqué la mort de plusieurs personnes. À leur arrivée, ils découvrent une réalité encore plus invraisemblable que celle qu’ils imaginaient.
Il est plutôt rare de pouvoir poser ses yeux sur une production étrangère autre que britannique ou américaine. Aussi, rien que la provenance de The counted attise la curiosité. Ajoutons à cela un postulat assez mystérieux, et l’on peut espérer tomber sur une série de S.F. d’un genre nouveau.
Malheureusement, le premier épisode est assez poussif, dévoilant les personnages principaux, mais bien peu quant à leur mission ou leur motivation. Trois scientifiques partent enquêter sur un virus, dont une femme qui ne se laisse pas faire, son ex petit ami brillant mais cynique et un jeune stagiaire. Les acteurs sont plutôt bons et l’aura poisseuse de cette région reculée qu’est la Carélie fait sont petit effet. Mais la série ne semble pas trop savoir où se diriger dans cette premières heure, abusant même parfois d’ellipses grossières et de quelques facilités d’écritures.
Il faut donc attendre le deuxième épisode pour comprendre vraiment les enjeux et la menace qui pèsent sur les personnages. Et curieusement, l’intrigue semble opérer un virage à 180° en passant d’une histoire de virus à la description d’une communauté surnaturelle, vivant dans une zone hors du temps dont il semble impossible de s’échapper.
On pense à Stalker (avec les zones interdites), mais aussi au Prisonnier (série anglaise des années 60 qui présente un village dont on ne peut s’échapper). Et aussi à nombre de séries américaine de S.F. moderne, car au-delà de la langue, tout (du générique esthétique aux mouvements de caméra) rappelle la forme HBO. Pour une première rencontre avec la télévision russe, nous aurions pu espérer un peu plus de particularité culturelle, qui arriverons peut-être dans les quatorze épisodes restants.