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Close Encounters with Vilmos Zsigmond, ode à l’image, en DVD

Les éditions Tamasa nous proposent une rencontre rare avec un des grands noms de la photographie cinématographique, Vilmos Zsigmond.

Pour tout cinéphile qui s’intéresse au Nouvel Hollywood et, en règle générale, au cinéma américain depuis les années 70, le nom de Vilmos Zsigmond est incontournable. Mythique directeur de la photographie, son nom reste associé à des réalisateurs aussi prestigieux que Robert Altman, Michael Cimino, Steven Spielberg, Woody Allen ou John Boorman. Sa filmographie est parsemée d’œuvres cultes, depuis Delivrance jusqu’à La Porte du Paradis en passant par L’Épouvantail, Rencontres du troisième type, John McCabe, Blow Out, Les Sorcière d’Eastwick ou Crossing Guard.

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Vilmos Zsigmond, Michael Cimino et Robert DeNiro sur le tournage de Voyage au bout de l’enfer

 

Les documentaires sur le rôle de chef opérateur sont suffisamment rares pour attirer toute notre attention. D’autant plus lorsque le sujet se porte sur quelqu’un d’aussi important dans l’évolution esthétique du cinéma américain de ces presque cinquante dernières années.

Le documentaire insiste d’ailleurs sur l’originalité de ce que l’on peut appeler un « style Zsigmond ». Un style visiblement inspiré par la photographie et la peinture hongroises, son pays d’origine. Il explique comment, dans un pays fermé par le gouvernement communiste, il a pu découvrir les films du néoréalisme, en particulier ceux de De Sica, qui étaient autorisés parce que conformes à l’idéologie gouvernementale. L’influence de ce réalisme, l’idée que la lumière doit se mettre au service des personnages, la volonté de fuir à tout prix l’esthétique vide, ont été les principes de son travail.

« Je reconnais un bon directeur de la photographie quand le traitement esthétique est en accord avec le sujet du film. Il ne faut pas se contenter de faire des images trop belles car ça peut gâcher un film et les gens ne ressentent pas ce que l’histoire exprime »

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Warren Beatty, Vilmos Zsigmond et Robert Altman sur le tournage de John McCabe

Cette idée est essentielle. L’image doit se mettre au service du sujet. Pour cela, le directeur de la photographie doit travailler main dans la main avec le réalisateur. C’est ce que montrent les nombreux entretiens de cinéastes qui ont travaillé avec Zsigmond. Les propos de Peter Fonda, qui parle de son film L’Homme sans frontière, et en particulier du splendide plan final, sont ainsi riches d’enseignements. Zsigmond est un chef opérateur qui n’hésite pas à prendre des risques, pour trouver la lumière idéale par exemple. Ce fameux plan final, où, au lieu de faire un bête fondu au noir, Zsigmond va attendre tout simplement que le soir tombe et que cela donne un « fondu naturel », est remarquable en tout point.

Cette façon de jouer avec la lumière est une des caractéristiques essentielles de son travail de chef opérateur. Les propos d’Isabelle Huppert sur l’importance de la lumière pendant le tournage de La Porte du Paradis en disent long sur le travail de Zsigmond.

L’autre aspect de son travail est l’adéquation entre l’image et le sujet. Les témoignages de John Boorman sur le tournage de Delivrance ou de Jerry Schatzberg pour L’Épouvantail montrent la minutie du directeur de la photographie, sa volonté de coller au plus près des personnages, de l’ambiance, des thèmes traités, etc.

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Avec John Savage sur le tournage de Voyage au bout de l’enfer

Tout cela, et bien d’autres choses encore, font de ce documentaire un film passionnant si on aime le cinéma américain des cinquante dernières années. On voit défiler les grands cinéastes, on y parle de plans devenus cultes (comme ce vertigineux plan tournant à 360° dans Blow out), et surtout du lien indispensable entre le réalisateur et le chef opérateur. L’ensemble, émaillé de scènes de films qui illustrent magnifiquement les propos, est passionnant.

Close Encounters with Vilmos Zsigmond : Bande-Annonce

Close encounters - 3D ouvert

Caractéristiques du DVD :

VO ST Français – Anglais – Espagnol – Hongrois – Film 1h18

COMPLEMENTS

 • Livret 12 pages illustrées • Galerie Photos
• Scènes coupées : Michael Cimino – The Deer Hunter, 6′
•Vilmos & Darius – Les décorateurs, 9′
•Vilmos & John Travolta, 2’30
•Rencontres d’autres types, 1’10
• Les Fauvettes, 5′  • Douglas – Tribute to Vilmos, 8’30
• Commentaire audio de Pierre Filmon

Séries Mania 2018 : First Love – Rencontre avec les réalisateurs

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Présentée dans le cadre de la compétition Formats Courts, First Love nous a remué. On ne sait pas trop si on a aimé cette série qui aborde frontalement un sujet très sensible, mais en tout cas elle ne nous a pas laissé indifférents. Cela méritait bien une discussion avec deux jeunes réalisateurs à suivre.

First Love (Jonathan Cohen-Berry, Anthony Jorge – France/USA)

Synopsis : Ashfield, Californie. Une histoire d’amour interdite entre Mercedes, 12 ans, et Zach, 17 ans. Les indices présentés lors du procès du jeune homme nous conduiront aux moments clés de leur rencontre, et nous permettront de juger par nous-mêmes : amour ou délit ? Crime ou passion ?

Avec : Jance Enslin, Cleo Fraser, Deaken Bluman, Maria McCann, Ellery Sprayberry

Diffuseur : Blackpills

Difficile d’aborder First Love par un autre angle que son sujet particulièrement osé. Cette mini-série raconte l’histoire d’amour entre un adolescent de dix-sept ans et une jeune fille de douze ans qui découvre sa sexualité. Il tente de refréner ses pulsions, elle demande de l’attention (son frère l’ignore, son père est souvent absent).
Le premier épisode s’ouvre sur la fuite en voiture des deux amoureux. Puis arrive un accident, et un procès où il est fortement sous entendu que Zach serait passé à l’acte, et risquerait donc la prison. Mercedes, la jeune fille, ne semble plus aussi amoureuse. Zach a-t-il vraiment abusé d’elle ? Est-elle perdue dans ce tribunal où les avocats s’arrachent les aveux des témoins ? Étaient-ils vraiment amoureux ou est-ce que l’un a profité de l’autre ? C’est à rebours que nous découvrirons toute l’histoire, quitte à remettre en cause nos propres convictions.

Autant le dire tout de suite, First Love n’est pas le genre de série que l’on peu juger sur la base d’une simple appréciation qualitative. Dire « j’aime » ou « j’aime pas » ne peut faire avancer le débat, et nous préférons encore nous abstenir d’en faire une critique qui aborderait l’œuvre sur des critères purement esthétiques ou formels. Nous ne pouvons que vous conseiller d’y jeter un œil pour vous faire votre propre opinion.
Et c’est bien le problème des sujets difficiles : on ne sait jamais trop comment en parler. Mais nous pouvons déjà admettre que mettre en scène un tel sujet n’a pas dû être facile, et nous en avons discuté avec Jonathan Cohen-Berry et Anthony Jorge, duo de français (réalisateurs de clip sous le pseudo Truman & Cooper) chargés de mettre en scène cette ballade sauvage hors-norme, accompagnés de Morgane Le Moine, productrice.

First Love aborde frontalement le thème de la pédophilie abstinente. Pourquoi le choix d’un tel sujet ?

Jonathan : Adi Tishrai, la scénariste, pourrait t’en parler mieux que nous. Mais, comme elle l’a dit lors de la présentation de la série, tout est parti d’une rencontre pendant ses recherches. Elle est tombée sur des forums qui parlaient de ce problème de la pédophilie abstinente (NdA : ces gens qui souffrent de pédophilie mais ne passent jamais à l’acte) et a rencontré ce jeune homme de 19 ans qui en souffrait. C’est un problème dont on ne peut pas parler, mais c’est un vrai sujet à développer. Nous, on en avait jamais entendu parler avant que l’on nous propose le scénario, et ça nous a intéressé.

Vous avez sûrement eu des difficultés à monter le projet ?

Jonathan : Tu peux en parler un peu mieux, tu en as eu des refus…

Morgane : Oui… à toutes les étapes, ça faisait très peur à tout le monde. Mais c’est un vrai choix pour une plateforme (NdA : Blackpills sur laquelle sera diffusée la série) de se positionner là-dessus. Même si nous avons des obstacles, nous voulions le faire bien et nuancer le propos. On ne sait jamais quelle sera la réception, et ça peut vraiment mettre en péril la plateforme, au-delà de la série seulement. Tout a été difficile, comme le casting des enfants…

Je voulais justement aborder la question. Au sujet de cette jeune actrice (Cleo Fraser), qui est très bien dans le rôle : Comment on dirige une jeune actrice dans un rôle pareil ? Comment a réagi la famille ?

Jonathan : Comme le disait Morgane, on a eu beaucoup de mal à trouver une actrice. Quand les gens entendaient parler du sujet, surtout aux États-Unis, il ne voulaient pas que leur enfant soit impliqué dans un truc pareil. Donc le choix a été assez réduit. Mais on a quand même déniché Cleo Fraser, qui avait le parfait mélange entre un côté très enfantin et en même temps une certaine maturité. Et surtout une manière assez unique d’improviser, en accord avec sa personnalité. Et la mère était très ouverte et compréhensive sur le sujet. C’était capital, car on avait peur que sur le tournage elle soit toujours dernière nous à nous dire « Attention ! Qu’est-ce que vous faites ?! »… Il y avait même des parties du script, on ne savait pas si on pouvait les montrer à la jeune fille. Mais sa mère était très ouverte en disant qu’elle devenait une adolescente et qu’il valait mieux qu’elle soit consciente de ce genre de choses. Que ce problème de la pédophilie existe et qu’il y a des gens comme ça.

Elle y voyait une fonction éducative ?

Jonathan : Exactement.

Anthony : Elle nous disait : « surtout de cachez rien, à partir du moment où vous lui expliquez tout, vous faites ce que vous voulez, mais je veux qu’elle sache ce qu’elle joue ». Du coup, c’était génial d’avoir quelqu’un comme ça, cette mère qui était dans cette approche là du problème et Cleo qui était hyper réceptive. Dès que l’on expliquait, elle écoutait, posait des questions. C’était vraiment un accompagnement, pas juste « tient on va te mettre dans un lit… ». Non, il fallait qu’elle comprenne ce qu’elle était en train de jouer… Sinon, en terme de jeu, ça ne marchait pas. Pour nous c’était super important, c’était la seule manière pour jouer juste et être honnête avec ce que l’on faisait.

Jonathan : Ensuite pour la direction, nous la laissions énormément improviser parce que c’était toujours plus drôle et naturel que tout ce que l’on avait pu écrire. C’est toujours dur de se mettre dans la peau d’adolescent de 12 ans quand on en a 30. Du coup, il y avait beaucoup plus de fraîcheur quand on lui disait d’oublier le script. Elle faisait sortir sa vraie personnalité qui était vraiment plus extravagante.

Anthony : Il fallait être très à l’écoute. Parfois on voyait des trucs en répétitions, on trouvait ça génial et on pouvait même pas lui demander de le refaire.

Jonathan : Sinon c’était plus pareil.

Anthony : Donc on se demandait comment la mettre dans ces conditions, on demandait aux comédiens de la provoquer sur quelque chose… Par exemple, la scène de danse dans la rue, c’est parce qu’on l’a vue faire et on a trouvé ça génial. En fait, on se demandait comment la mettre dans une situation où elle pourra créer les événements elle-même. Ça prenait un peu plus de temps, déjà qu’on en avait pas beaucoup, mais nous sommes surtout là pour les laisser vivre et capter ces moments.

Mais n’avez-vous pas eu peur à un moment de retours problématiques ? Par exemple, Natalie Portman a révélé qu’après la sortie de Léon elle avait reçu pas mal de lettres « d’admirateurs » dont elle se serait bien passée. Au vu du sujet, n’avez-vous pas eu peur de ce genre de réaction ?

Jonathan : On a essayé de ne jamais la sexualiser, de garder le personnage d’une petite fille naïve. J’ai quand même l’impression qu’on est allé moins loin que dans LéonNatalie Portman joue beaucoup plus la lolita. Mais c’était un très gros challenge dans le casting, et à l’écriture il suffisait d’ajouter une ligne en trop ou d’en enlever une pour tomber dans ce type de personnage. C’était effectivement un risque et c’est devenu une obsession à toutes les étapes.

Anthony : Il fallait que ça reste une enfant et pas un personnage fantasmé.

Jonathan : Donc on est vraiment resté sur l’idée d’une petite fille naïve qui n’a pas encore conscience, peut-être de vagues idées, de la sexualité ou de choses comme ça. Mais, même dans la manière de filmer ou dans le montage, ça se jouait parfois à un plan trop subjectif qu’il fallait couper. C’était un ajustement constant.

Nous parlions de Léon et de Lolita, mais d’autres cinéastes ont abordé le sujet parfois de manières plus crues, comme Larry Clark. Aviez-vous des références précises en tête, ou avez-vous abordé le sujet selon votre propre sensibilité ?

Jonathan : On a regardé beaucoup de films sur l’adolescence aux États-Unis, mais surtout parce qu’on est français. Même si on a tous une culture très américaine, on voulait quand même viser juste.

Anthony : Thirteen (Catherine Harwicke – 2003) par exemple qu’on a revu. Et après Harmony Korine et Larry Clark sont dans nos références, mais pas trop pour cette série. Larry Clark est quand même très provocant pour être provocant, et on voulait justement faire l’inverse.

Jonathan : On faisait quand même des emprunts sur la manière de filmer, comme Bully de Larry Clark. Mais on ne voulait pas tomber dans le mimétisme. Il y avait aussi ce film récent, It felt like love de Eliza Hittman, qui filme ces adolescent de 14 ans qui se cherchent. Nous voulions surtout regarder comment ce genre de sujet était traité là-bas.

Anthony : C’était surtout une question d’authenticité. C’est ce qui nous interroge depuis nos débuts : Comment rendre ce territoire de la jeunesse et de l’adolescence authentique. Ce qui n’est pas toujours évident à mettre en scène. En tout cas c’est le point commun entre tous ces films.

Un dernière question. Vous êtes français et vous filmez aux États-Unis. Essayez-vous de vous fondre dans le moule américain, ou avez-vous essayé d’amener une spécificité française ?

Jonathan : Je pense que, malgré nous, on amène cette spécificité mais, après, on ne saurait dire exactement quoi.

Anthony : Après on peut prendre le problème dans l’autre sens. C’était très difficile d’arriver sur un territoire que l’on pense connaître. Donc on a vraiment essayé de se protéger avec une auteure américaine, le chef opérateur aussi était américain… Toute l’équipe était américaine. On ne voulait pas faire n’importe quoi. On avait mille soupapes de sécurité pour que personne ne puisse nous dire « c’est quoi ce film de français… »

Jonathan : Ce film de français qui fantasment les États-Unis.

Anthony : Après, on imagine qu’en termes de sensibilité ou d’approche du problème il y a une différence. Par exemple, cette espèce de pudeur qu’ont les américains, peut-être que nous abordons les choses différemment mais c’est difficile de s’auto-analyser là-dessus.

Merci à Jonathan, Anthony et Morgane pour avoir bien voulu répondre à nos questions.

Séries Mania 2018 – Compétition Officielle : Ad Vitam ou la SF pour les nouilles

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Présentée en Compétition Officielle, la nouvelle série de science-fiction d’Arte, Ad Vitam, accumule malheureusement trop de poncifs et se perd dans son propre univers. Intrigue convenu, dialogue à la ramasse et philosophie de comptoir, tout cela arrive bientôt sur vos écrans.

AD VITAM (de Thomas Cailley)

Synopsis: Alors qu’on pense avoir vaincu la mort, sont découverts les corps de sept suicidés, tous mineurs. Dérive sectaire, acte politique, cri d’alarme d’une jeunesse qui cherche sa place ? Darius, flic de 120 ans, mène l’enquête avec Christa, jeune fille révoltée.

Avec : Yvan Attal, Garance Marillier, Niels Schneider, Rod Paradot, Hanna Schygulla, Anne Azoulay, Ariane Labed, Victor Assié, Anthony Bajon

advitam-seriesmania2018-yvan-attalC’est peu dire que la nouvelle production de science-fiction d’Arte nous a déçu. La présence de Thomas Cailley (Les Combattants) à la réalisation et de Garance Marillier (Grave) dans l’un des rôles principaux nous intriguait fortement. Ajoutons à cela les premières images qui promettaient une esthétique léchée et nous étions en droit d’attendre un peu plus de cette nouvelle production française qui s’attaque à un genre fort peu considéré chez nous.
Et c’est peut être bien là le problème. Force est d’admettre que si l’on produit peu de science-fiction en France, c’est probablement parce qu’on ne sait pas en faire. En tout cas, pas au cinéma, ni à la télévision. Malgré quelques essais encourageant qui tentent de trouver une sensibilité française (comme le pas si mauvais Dans la Brume sorti récemment). La plupart du temps, on sent trop l’influence écrasante des productions U.S. Et si l’idée est de faire comme les américains, autant arrêter tout de suite les frais.

Il n’y a en vérité aucun problème à citer des œuvres marquantes ou à s’inscrire dans les pas de ceux que l’on a choisi comme mentor. Mais il faut aussi trouver sa propre voie au milieu de ces références. Et malgré un premier quart d’heure encourageant qui développe quelques bonnes idées (la doyenne de l’humanité qui semble avoir trente ans), Ad Vitam s’embourbe rapidement dans tellement de clichés, que l’on aurait presque envie de faire un bingo pour se maintenir éveillé. Le flic à bout, check, l’adolescente rebelle à protéger, check, les références bibliques, check, les caissons remplis de flotte, check, les animaux exotiques (ici la méduse), super, les rave party sur de la musique électro et des filtres colorés, parfait, le stand de nouilles chinoises : Bingo ! On a au moins trouvé de quoi s’occuper pour nos prochaines soirées en solitaire.

Côté histoire, les bonnes idées de base entrent rapidement en collision avec d’autres éléments, ce qui finit de casser la crédibilité de l’ensemble. Un homme dont le métier est d’annoncer la mort d’un proche dans ce futur où celle-ci appartient au passé, voilà qui est plutôt bien vu. Sauf que les règles d’immortalité sont mal définies. Il est toujours possible de se faire sauter le caisson, les accidents de la route ou les meurtres ne sont pas couverts, certains cultes religieux refusent d’échapper à la fatalité, et certaines personnes sont incompatibles au traitement… Donc la mort n’est pas aussi rare qu’ils le disent et le personnage ne sert pas à grand chose. S’ajoute à cela d’autres questions comme : pourquoi la majorité est relevée à trente ans ? Pourquoi le suicide est considéré comme un crime, alors qu’il y a un problème de surpopulation qui pointe le bout de son nez ? Est-il possible de mourir de faim ? D’intoxication alimentaire ? Depuis combien de temps l’immortalité est elle en place ? Pourquoi la doyenne de l’humanité a l’air d’avoir trente ans et le personnage principal en fait cinquante ? Et surtout, pourquoi les futurs dystopiques ont-il des stands de nouilles à tous les coins de rue ? Trop de questions idiotes en deux épisodes.

Arte semble avoir été trop sûre d’elle sur ce coup là. Persuadés d’avoir de jeunes talents sous la mains, les producteurs ont sûrement voulu laisser une totale liberté aux auteurs (ce qui est tout à leur honneur). Sauf que Thomas Cailley excellait dans le registre de l’humour décalé et pince sans rire. On sent que certaines scènes se voudraient drôles… mais l’ambiance ne s’y prête vraiment pas. Et même sa reprise du personnage de la jeune fille fataliste opposé au paumé de service (ici le flic) semble hors de propos, justement parce que le reste de la série part dans trop de directions opposées, que la pauvreté de l’écriture des dialogues peine à lier ensemble. Certains acteurs sont même extrêmement mal dirigés, ce qui va encore donner du grain a moudre aux détracteurs du cinéma de genre à la française.

Nous somme restés les deux épisodes pour être sûr de notre coup. Un tiers de la salle ne s’est pas fait prier pour sortir au bout d’une heure.

Séries Mania 2018 – Formats Courts : Voyage en Amérique du Nord

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La compétition Formats Courts de Séries Mania continue de mettre à l’honneur ces séries expérimentales sortant des sentiers battus de la production. Aujourd’hui, direction l’Amérique du Nord, avec Red Creek, une enquête dans le Grand Nord canadien, Sylvain le Magnifique, comédie fantastique venue du Québec et The Accidental Wolf, qui mélange thriller politique et problème de couples.

Red Creek : Parle moi du Canada

(d’Aurélien Molas – France)

Synopsis : L’énigmatique Marlène a fui sa France natale et sa carrière dans la police pour s’installer dans le Grand Nord canadien. Un soir, elle toque à la porte de la famille Coxx dont la fille, Elise, a disparu. L’enquête officielle ne mène nulle part et Marlène, qui soupçonne une affaire d’exorcisme, s’impose comme détective privé.

Avec :  Lou de Laâge, Tobie Pelletier, Kent McQuaid, Eric Davis, Juliette Gariepy, Laurie Babin

Malgré l’échec de sa saison 2, True Detective semble continuer de faire des émules. Aujourd’hui, c’est le studio français Studio + qui propose sa version du néo-noir, avec cette enquête dans le Grand Nord canadien, qui vient (une fois de plus) sonder les tourments de l’âme humaine.
Bien que les épisodes soient plutôt courts, difficile d’adhérer complètement à la démarche, tant Red Creek semble plutôt s’inspirer des autres que chercher sa propre voie. En première ligne des clichés, le personnage de Marlène (Lou de Laâge), ex-policière française reconvertie en détective « hard-boiled » au féminin. Là où un tel personnage aurait pu amener une touche de nouveauté dans ce genre d’univers, l’actrice principale masculinise à outrance son personnage, roule des mécaniques, raconte son histoire sur un ton monocorde… Bref, semble vraiment vouloir faire les choses « à l’américaine ». Le tournage en anglais n’aidant pas à ressentir le choc culturel qui ne viendra jamais.
L’enquête n’est pas très crédible, avec cette détective improvisée qui se permet toute sorte d’infractions mineures pour arriver à ses fins, ou encore le cas de la police locale dont l’incompétence dépasse l’entendement (personne n’avait pensé à fouiller le casier de la disparue ? Vraiment ? ).
Pour le reste, on pense à Twin Peaks pour la communauté pleine de secrets, mais surtout à Silent Hill, avec ce culte mystérieux et ces hommes masqués qui traînent dans les bois… Beaucoup d’images nous viennent en tête, mais jamais Red Creek ne s’imprime dans nos mémoires.

Sylvain, le Magnifique : De la magie, peu de génie

(de Samuel Cantin – Québec)

Synopsis : Prestidigitateur et vedette du petit écran, Sylvain est secrètement un vrai magicien. Désabusé par la tournure qu’a pris sa carrière, il apprend un jour que son légendaire rival, Barloute L’Étonnant, s’est fait enlever et que son ex Léa fréquente désormais un célèbre pro de BMX. Face à l’incompétence de son agent artistique, il saisit l’occasion pour reprendre sa vie en main. 

Avec : Emmanuel Schwartz, Julien Corriveau, Virginie Fortin, Eric Bernier, Julien Lacroix, Daniel Lemire

Petite déception pour ce mélange de comédie burlesque et de fantastique. On aurait aimé adorer Sylvain le Magnifique, mais la série semble mettre un point d’honneur à ignorer son sujet (Sylvain est en vérité un vrai magicien) pour parler d’un tas d’autres choses. Une vie sentimentale foireuse, la lassitude du show-business, l’amitié toxique… Mais l’étendue des pouvoirs de Sylvain reste floue et la magie n’est utilisée que comme gag ponctuel, histoire de réveiller un peu l’audience de temps en temps. On espère une évolution d’un épisode à l’autre, mais tout reste sur ce même ton décalé et distant, au lieu d’aller à fond dans la fantaisie.
Ajoutons à cela la barrière culturelle, avec ce québécois moderne qui mélange de plus en plus anglais et français, au point que, pour un public autre que local, les dialogues en deviennent rapidement difficiles à suivre. Surtout quand certains personnages semblent plus marmonner que parler.
Le tour avait tout pour plaire, mais son exécution laisse un peu à désirer.

The Accidental Wolf  : Thriller surprise

(d’Arian Moayed – États-Unis)

Synopsis : Katie est une riche femme au foyer new-yorkaise, prisonnière d’un mauvais mariage. Un soir, elle reçoit par erreur un appel téléphonique provenant d’un village africain. À l’autre bout du fil, un inconnu désespéré semble fuir sous les coups de feu et la supplie d’envoyer de l’aide.

Avec : Kelli O’Hara, Reed Birney, Raul Castillo, John Conlee, Brandon Dirden, Mike Doyle

Cette web série américaine ne fait pas partie de la compétition formats courts, elle est juste présentée en panorama international. Mais nous devions vous en parler, car ce fut une belle découverte.
Mélangeant des éléments de thriller géopolitique et de drame marital, The Accidental Wolf joue la carte du retournement constant de situation. Ce coup de téléphone reçu au milieu de la nuit est-il une arnaque ? La police semble l’affirmer. Mais la police est-elle dans le coup ? Y a-t-il eu un vrai massacre à l’autre bout du monde ? Tant de questions qui se posent à cette femme de la classe aisée, peu habituée à la violence du monde.
La série n’hésite pas à faire des sauts dans le temps, à montrer la dégradation de la vie de famille de Katie, en même temps que le mystère se dévoile. Très bien écrite, très bien filmée et très bien interprétée (même Denis O’hare passe faire un coucou), The Accidental Wolf est déjà en production de sa deuxième saison, preuve final d’un succès mérité.

Cannes 2018 : Masterclass prestigieuses avec Christopher Nolan, Ryan Coogler, John Travolta et Gary Oldman

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A l’occasion de l’édition 2018 du Festival de Cannes, des légendes vivantes du septième art vont s’exprimer sur leur métier, leur passion et leur carrière. La sélection de ces grands oraux (Rendez-vous avec…) s’annonce une nouvelle fois prometteuse et va combler les cinéphiles.

Les festivaliers qui rêvent d’approcher leurs idoles vont être comblés. A l’occasion du 71e Festival de Cannes, quatre rencontres exceptionnelles seront organisées salle Buñuel. Ces rendez-vous vont se substituer à la Leçon de cinéma, organisée les années précédentes.

Quatre masterclass avec des réalisateurs et des acteurs sont en effet prévues cette année. Ces personnalités du monde du cinéma seront invitées à partager leur travail et évoquer leur passion lors de ces conférences destinées à tous les festivaliers.

Le programme de cette année offre un regard sur le cinéma anglais et américain. Les cinéphiles féministes risquent néanmoins de râler et de déplorer l’absence de femmes (réalisatrices ou actrices) dans le cadre de ces Rendez-Vous avec…, de ces masterclass exceptionnelles dans le cadre de l’édition 2018 du Festival de Cannes.

Jeudi 10 mai à 16h : MASTERCLASS DE RYAN COOGLER

RÉALISATEUR & SCÉNARISTE, AMÉRICAIN

Agé de 31 ans, natif d’Oakland (Californie), Ryan Coogler revient à Cannes et il n’est plus tout à fait le même cinéaste qui y présenta son premier long métrage, il y a cinq ans. Fruitvale Station (2013), qui raconte les dernières heures d’Oscar Grant, abattu par un policier à la station Fruitvale du BART, fut développé et produit par Forest Whitaker. Il reçut le Prix du public et le Grand prix du jury à Sundance ainsi que le Prix de l’avenir à Un Certain Regard de Cannes remis par Thomas Vinterberg, Président du Jury.

Depuis, Ryan Coogler a fait sensation en coécrivant et réalisant le 7e Rocky : Creed, L’Héritage de Rocky Balboa (2015) ainsi que Black Panther (2018), produit par le studio Marvel, dont il est le plus jeune réalisateur. Le film, révolutionnaire sur bien des points, s’est hissé à la 5e place de l’histoire du box-office US dès le premier week-end de sa sortie. Michael B. Jordan, à l’affiche des trois films réalisés par Ryan Coogler, sera également présent en Sélection officielle avec Fahrenheit 451, réalisé par Ramin Bahrani.

Le Rendez-vous avec Ryan Coogler aura lieu le jeudi 10 mai à 16h, salle Buñuel. La masterclass sera animée par Elvis Mitchell, critique et journaliste américain.

Samedi 12 mai à 16h : MASTERCLASS DE CHRISTOPHER NOLAN

RÉALISATEUR, SCÉNARISTE & PRODUCTEUR, BRITANNIQUE

Réalisateur, scénariste et producteur primé à de nombreuses reprises, Christopher Nolan est un des cinéastes parmi les plus novateurs de ce début de 21e siècle. Après Memento qui l’a révélé en 2000 et lui a valu une nomination à l’Oscar pour le meilleur scénario original, ses films ont tous fasciné la critique et le public. Inception (2010), Interstellar (2014) et la trilogie The Dark Knight, dont le deuxième volet, The Dark Knight : Le Chevalier noir, a obtenu huit nominations aux Oscar, sont autant d’œuvres qui ont marqué la création cinématographique contemporaine. L’année dernière, Christopher Nolan a créé l’événement en réalisant Dunkerque qui fut également nommé aux Oscars. Grand cinéphile, connaisseur amoureux de l’œuvre de Stanley Kubrick et de 2001 : L’Odyssée de l’espace, dont il célébrera le lendemain (13 mai) les 50 ans de la première présentation, Christopher Nolan est également un défenseur et un continuateur de la tradition du film, du « celluloïd » et de la projection sur grand écran : ainsi, Dunkerque a bénéficié de la plus importante sortie en 70mm des vingt-cinq dernières années.

Le Rendez-vous avec Christopher Nolan aura lieu le samedi 12 mai à 16h, salle Buñuel. Il sera animé par Philippe Rouyer, historien et critique français. La traduction sera assurée par Massoumeh Lahidgi.

Mercredi 16 mai à 16h45 : MASTERCLASS DE JOHN TRAVOLTA

ACTEUR & PRODUCTEUR, AMÉRICAIN

Le surgissement, en 1977 de John Travolta dans La Fièvre du samedi soir de John Badham n’a eu d’égal, en émotion, en surprise et en plaisir que son retour, en 1994, dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino, qui remporta la Palme d’or à Cannes cette année-là. Depuis ses débuts, John Travolta a promené son élégance et son sourire dans des films qui sont autant de monuments de cinéma : les thrillers de Brian de Palma, Carrie et Blow Out, Get Shorty de Barry Sonnenfeld, Broken Arrow et Volte/Face de John Woo, La Ligne rouge de Terrence Malick, L’Attaque du métro 123 de Tony Scott, la série TV American Crime Story : L’Affaire O. J. Simpson dont il est également producteur. Ajoutons aussi la trilogie Allô maman, ici bébé lancée par Amy Heckerling et rappelons que John Travolta fit, aux côtés de Emma Thompson, l’ouverture du 51e Festival de Cannes, en mai 1998. Récemment il a tourné Moose et on le verra bientôt dans Gotti de Kevin Connolly que le Palais des Festivals accueillera pour sa première mondiale pendant le Festival de Cannes.

John Travolta sera également présent au Cinéma de la Plage le mercredi 16 mai à 21h30 pour la présentation de la copie restaurée de Grease, la comédie musicale de Randal Kleiser, à l’occasion du 40e anniversaire du film.

Le Rendez-vous avec John Travolta aura lieu le mercredi 16 mai à 16h45, salle Buñuel. Il sera animé par Didier Allouch, journaliste et critique français.

Vendredi 18 mai à 16h : MASTERCLASS DE GARY OLDMAN

ACTEUR & RÉALISATEUR, BRITANNIQUE

Né en 1958 à Londres, Gary Oldman est l’un des acteurs les plus reconnus de sa génération, au théâtre comme au cinéma. C’est en 1983 qu’il décroche son premier grand rôle, dans Meantime de Mike Leigh. Dans les années 1990, on le voit dans JFK (1991), Dracula (1992), True Romance (1993), Léon (1994), Le Cinquième Élément (1997) et Air Force One (1997) dans lequel il joue les méchants. Auteur lui-même, il écrit et réalise Ne pas avaler, produit par Luc Besson, sélectionné en Compétition à Cannes en 1997 et qui vaut à son actrice principale, Kathy Burke, le prix de meilleure interprète féminine. Gary Oldman est également connu pour ses rôles de Sirius Black dans la saga Harry Potter, de James Gordon dans la trilogie The Dark Knight, et pour avoir incarné George Smiley dans La Taupe (2011) de Thomas Alfredson. Il y a un an, sa magistrale interprétation de Winston Churchill dans Les Heures sombres (2017) lui a valu une ovation internationale couronnée par l’obtention de l’Oscar du meilleur acteur en mars 2018.

Le Rendez-vous avec Gary Oldman aura lieu le vendredi 18 mai à 16h, salle Buñuel. Il sera animé par Douglas Urbanski, producteur américain, qui est aussi le partenaire artistique de Gary Oldman depuis trente ans.

Les Gladiateurs s’affrontent en DVD et Blu-Ray

Les éditions Rimini nous proposent de revoir un des classiques du péplum chrétien, Les Gladiateurs, de Delmer Daves, avec Victor Mature.

Les Gladiateurs commence là où se termine La Tunique. D’ailleurs, pour être sûr de son enchaînement, Delmer Daves commence son film en remontrant la scène finale du film d’Henry Koster. En fait, techniquement, les deux films ont été tournés en même temps, dans les mêmes décors, et une partie de l’équipe a travaillé sur les deux projets, à commencer par les acteurs Jay Robinson (Caligula) et Michael Rennie (Pierre) : La Tunique, de Henry Koster, avec Richard Burton et Jean Simmons, et Les Gladiateurs, de Delmer Daves, avec Victor Mature et Susan Hayward sont conçus pour former un diptyque. De plus, les deux films ont laissé leurs noms dans l’histoire cinématographique : La Tunique fut le premier film tourné en CinemaScope.

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Les Gladiateurs appartient au genre des péplums chrétiens, genre très en vogue surtout depuis le grand succès rencontré deux ans plus tôt par le célèbre Quo Vadis ?, de Mervyn LeRoy, avec Robert Taylor et Peter Ustinov. Le procédé est simple mais efficace : créer toute une opposition entre Rome et les communautés chrétiennes.

Cette opposition apparaît dès le début, et elle tient d’abord aux décors : le lieu simple et modeste où se réunissent les chrétiens est l’exact contraire du palais monumental et somptueux de Caligula. L’ambiance qui y règne est également différente : d’un côté la folie d’un dirigeant qui règne par la peur, les menaces et les cris, de l’autre une certaine sérénité et une dignité malgré les épreuves et la mort. Le film continuera à dérouler ce programme qui culminera par l’opposition entre les deux personnages féminins, la chrétienne Lucia et Messaline, prêtresse d’Isis, qui s’amuse du spectacle de la débauche et de la bestialité qu’elle offre aux gladiateurs.

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Toute la débauche de Rome est concentrée dans le personnage de Caligula : empereur cruel, violent, fou, il bénéficie de l’interprétation de Jay Robinson, qui donne au personnage un caractère instable. Avec lui, on sent qu’à chaque moment, tout peut basculer dans un sens ou un autre, toujours vers le pire. Après la composition mémorable de Peter Ustinov en Néron dans Quo Vadis ?, Jay Robinson prend une grande part de responsabilité dans la réussite du film.

Une responsabilité qu’il partage avec le réalisateur, Delmer Daves. Le cinéaste, qui avait déjà signé Les Passagers de la nuit (avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, film connu pour sa première partie tournée en caméra subjective) ou La Flèche Brisée (western pro-Indiens avec James Stewart), montre ici la solidité de sa technique et son efficacité. Il parvient très bien à instaurer des pics de tension dramatique, en particulier lors des combats de gladiateurs.

Visuellement, le film est très beau, une qualité encore rehaussée par la remasterisation. Daves accomplit un travail remarquable sur les décors. Les capacités du Technicolor sont très bien exploitées.

Et puis, il ne faut pas oublier que ce film nous offre la possibilité de revoir un acteur qui fut très sous-estimé, Victor Mature, capable d’un jeu beaucoup d’une grande finesse dramatique, ce qu’il avait prouvé dans La Poursuite Infernale de John Ford ou Le Carrefour de la mort d’Henry Hathaway.

Il faut bien avouer que le film possède aussi quelques défauts, entre autre quelques baisses de rythme. Mais il reste bien supérieur à La Tunique et il contient tout ce qui peut satisfaire un amateur de péplums : décors exotiques, danses lascives, combats de gladiateurs, empereur cruel, prêtresse païenne, complots de palais, école de gladiateurs (dirigée par Ernest Borgnine, toujours impeccable quand il s’agit de jouer les gros bras), etc.

Bien entendu, c’est Rome revue par le Hollywood des années 50 : en cela, les compléments de programme sont très bienvenus, puisqu’ils permettent de rétablir des vérités historiques, en particulier sur les techniques de combat des gladiateurs.

Synopsis : l’empereur Caligula, ayant envoyé des chrétiens au supplice, ne peut pas comprendre pourquoi ils n’ont pas peur de mourir. Il pense que la tunique du Christ, que l’apôtre Pierre avait avec lui, confère l’immortalité. Il la fait donc rechercher activement. Demetrius, un esclave affranchi d’origine grecque, se bat contre des légionnaires pour protéger Lucia, dont il est amoureux, et qui possède la tunique. Pour le punir, il est condamné à devenir gladiateur.

Les Gladiateurs : Bande-annonce

Caractéristiques des DVD et Blu-Ray :

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Durée du film : 97 minutes
Compléments de programme :
Gladiateurs : mythes et réalités (52 minutes)

Uniquement sur le Blu-Ray :
Caligula et les Chrétiens (10 minutes)
Les Gladiateurs (15 minutes)

Séries Mania 2018 : The Looming Tower, FBI versus CIA dans l’avant 11-09-01

Découverte à Séries Mania (édition 2018) de The Looming Tower, qui suit la mésentente entre le FBI et le CIA incapables de collaborer sur le cas Ben Laden à la fin des années 90 alors qu’Al-Qaïda a gagné en force et est déterminé à mettre à mal chaque américain croisé. Les menaces terroristes et assauts se succèdent, les personnages pressentent le pire, et le show nous invite à réfléchir sur une question : les attaques du 11 septembre 2001 n’auraient-elles pas pu être anticipées, et même contrecarrées ?

Synopsis : Retour en 1998, dans un contexte géo-politique tendu, avec la menace grandissante représentée par Oussama Ben Laden et Al-Qaïda. La rivalité entre la CIA et le FBI aurait-elle pu involontairement ouvrir la voie à la tragédie du 11 septembre et à la guerre en Irak ?

FBI vs CIA 

The Looming Tower suit la traque de Ben Laden par les agents d’une escouade du FBI et d’un groupe spécial de la CIA respectivement attachés à la division anti-térroriste de leur organisme. La série s’intéresse notamment à trois personnages du premier groupe, deux autres du second, et les individus qu’ils vont devoir convaincre à la maison blanche, dénicher et combattre, soit les membres d’Al-Qaïda, particulièrement Ben Laden, les civils victimes, indifférents ou de connivence, et les personnes constituant leur cercle intime. A ce propos, le show a des difficultés lorsqu’il s’intéresse à la vie intime de son duo principal, John O’Neill et Ali Soufan (formidablement interprétés par Jeff Daniels et Tahar Rahim). Particulièrement celle du deuxième qui semble être complètement déconnectée du récit. Si la colère de l’agent Soufan contre les extrémistes pervertissant sa religion est bien palpable dans l’action et face aux images de chaos notamment grâce à la performance de Tahar Rahim, sa sous-intrigue amoureuse tient de l’anecdote de trop quand bien même on perçoit la volonté d’utiliser cet axe narratif pour renforcer la solitude des agents face à leur mission, et aussi celle de Soufan dans ce cosmos d’hommes blancs qui ne peuvent s’empêcher de mal prononcer son prénom ou de questionner ses origines (et quelque part sa fidélité géopolitico-religieuse). Du côté de John O’Neill, les phases intimes, quand elles ne contribuent pas à construire le sex-appeal du classieux Jeff Daniels, réussissent relativement bien à s’intégrer dans le récit d’espionnage. O’Neill change de femme en fonction de la ville comme un espion changeant de peau et de couleur de fleur à chaque darlin’ qu’il emballe. C’est aussi l’histoire d’un homme dont la famille n’existe qu’à cause de vieilles traditions religieuses et sociales. O’Neill doit ainsi faire face au religieux dans l’intime et le professionnel, le catholicisme d’un coté, l’islamisme extrémiste de l’autre. Ainsi, la série réussit avec le personnage de Jeff Daniels ce qu’elle échoue à faire avec celui de Tahar Rahim, capter l’intime pour mettre en perspective, questionner le quotidien professionnel.

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Jeff Daniels / John O’Neill à gauche ; Tahar Rahim / Ali Soufan à droite

Justement, l’intérêt de la série se trouve dans le cosmos professionnel. La série est adaptée du livre éponyme de Lawrence Wright sous-titré Al-Qaeda and the road to 9/11. Wright, journaliste, en a même gagné un Pulitzer. L’auteur est aussi l’un des co-créateurs de la série. Alors, si la partie intime n’est pas la partie la plus importante du show (du moins dans les deux premiers épisodes présentés), c’est aussi dû au fait que son écrit est un livre-document, une investigation minutieuse dénuée de cette partie très personnelle des individus mêlés à cette histoire. Cette minutie dans la restitution de l’information, précisément de l’Histoire, se retrouve à l’écran. Les choix, les petits gestes, les secrets, les rencontres, les fouilles, et autres petits et importants événements font de The Looming Tower un show formidablement documenté et intriguant quand bien même on connaît la « fin de l’histoire » et certains de ses grands événements : les attentats aux ambassades, l’interview télévisée, etcetera. Enfin, la rivalité entre les deux équipes du FBI et de la CIA passionne de par la retranscription sans ironie ou quelque distance que ce soit de ces querelles surprenamment et scandaleusement absurdes qui ont coûté un nombre de vie incalculable. Justement, la série, comme le livre, bouscule le trauma américain et même international du 11 septembre 2001 en émettant, au fur et à mesure de leurs démonstrations respectives, la question-hypothèse : si le FBI et la CIA avaient collaboré comme ils auraient dû le faire, les attentats du 11/09 n’auraient-il pas pu être anticipés et alors mis en échec ?

Bande-Annonce – The Looming Tower

https://www.youtube.com/watch?v=bgsdAUKIICo

É.-U. 2018 épisodes 1 et 2 vostf coul. 2×50min (série 10×50min)

Créateurs : Dan Futterman, Alex Gibney d’après l’oeuvre de Lawrence Wright / scénariste : Dan Futterman / réalisateur : Alex Gibney / compositeur : Will Bates / avec : Jeff Daniels, Tahar Rahim, Wrenn Schmidt, Bill Camp, Louis Cancelmi, Virginia Kull, Ella Rae Peck / producteur : Legendary Television / diffuseur E.-U. : Hulu / diffuseur France : Amazon Prime Video

Rampage : Hors de contrôle de Brad Peyton, gare au gorille

Inspiré d’un jeu sur borne d’arcade sorti dans les années 80, Rampage : Hors de contrôle s’impose comme le blockbuster nobrain de ce printemps. Au menu, Dwayne Johnson en primatologue, un gros gorille albinos et de la destruction en veux-tu en voilà.

rampage-brad-peyton-dwayne-johnsonDepuis plusieurs années, Dwayne « The Rock » Johnson est devenu l’un des acteurs les plus bankables d’Hollywood. Empilant les blockbusters bas du front comme la saga Fast and Furious ou le reboot de la série Alerte à Malibu, Dwayne Johnson cultive l’image du tas de muscles super cool, un mec bien friendly mais qui n’hésitera pas à casser la gueule des méchants et à sauver le monde en mode héroïque, tout en balançant des petites punchlines. Il est donc normal de le revoir exhiber ses pectoraux tous les 3 mois sur nos grands écrans à l’affiche de productions de plus en plus over the top. Avant de jouer le sauveur dans un gratte-ciel en feu dans Skyscraper, le voilà donc en compagnie d’un gorille géant dans Rampage : Hors de contrôle. Derrière ce titre pas très subtil se cache l’adaptation d’un jeu d’arcade au principe on ne peut plus basique. Le joueur qui contrôle au choix George un gorille géant, Lizzie un reptile sauce Godzilla ou Ralph un loup-garou géant doit, pour compléter un niveau, détruire tous les buildings en évitant de se faire neutraliser par les militaires. Il ne fallait pas plus que ces 3 lignes pour donner naissance à un véritable destruction porn.

Forcément tout commence par une expérience qui a mal tourné. Une entreprise spécialisée en génétique a mis au point un pathogène formé à partir de l’ADN de nombreux animaux, décuplant la croissance et surtout l’agressivité de l’être vivant mis en contact avec, tout en lui conférant d’autres propriétés spécifiques. Le but étant d’en faire une arme de destruction massive, Energyne a été contraint de procéder à leur expérience dans l’espace, mais voilà que la station explose et trois échantillons se crashent sur Terre. Ces trois échantillons vont entrer en contact avec un loup, un crocodile et George, un gorille albinos, meilleur ami du primatologue Davis Okoye plus à l’aise avec les singes que les hommes. Dwayne Johnson dans le rôle d’un scientifique spécialiste des primates voilà déjà de quoi faire hausser le sourcil dubitatif et on n’a certainement rien vu d’aussi crédible depuis Denise Richards en physicienne nucléaire dans Le Monde ne suffit pas. Quoiqu’il en soit, voilà que le pauvre George se met à grandir de façon exponentielle, avant de se faire la malle et d’aller tout détruire à Chicago avec l’aide de ses deux compères, le loup-porc-épic et le crocodile phacochère. Seul Dwayne Johnson, aidé d’une ancienne employée de Energyne,  peuvent empêcher les bestiaux de mettre la ville à feu et à sang.

rampage-brad-peytonÉvidemment, il ne faut pas aller chercher une métaphore de la bête qui sommeille à l’intérieur des humains ( en l’occurrence les machiavéliques Claire et Brett Wyden, patrons de Energyne) ou que même un gorille de 6 mètres dispose d’une certaine humanité ( même si il faut avouer qu’il sait faire poindre l’émotion ce George). Ici, on est plus dans du gros spectacle, où le but de Brad Peyton est de montrer le plus de buildings en train de s’écrouler à la minute tout en empilant des money shots de bestiaux arrachant en deux les membres d’un commando de la mort ou s’amusant à balancer des hélicos à travers Chicago. Rampage lorgne alors du côté du kaiju movie, le design du crocodile pouvant rappeler des ennemis de Godzilla ( au contraire de Ralph le loup particulièrement laid) tandis que George est un King Kong ayant délaissé les belles blondes pour des chauves bodybuildés. Pas vraiment de message politique derrière, si ce n’est de rappeler les dérives que peuvent engendrer les manipulations génétiques, Rampage préfère se concentrer sur la partie castagne entre monstres gigantesques dans le cahier des charges du kaiju. Les vraies stars sont du film sont donc bien les grosses bébêtes et Dwayne Johnson n’en fait malheureusement pas partie.

Il faut dire que sur ce point, Brad Peyton s’en sort plutôt bien. Loin des standards actuels du film d’action, où les montages hachés et les séquences illisibles sont la norme, Rampage délivre quelque chose de fluide alors qu’on suit des animaux de 10 mètres sautant d’immeubles en immeubles ravageant tout sur leur passage. Mais là où ça devient plus fun, c’est quand George repasse du côté des gentils et se lance dans une partie de MMA avec les deux vilains pas beaux. Rampage a facilement de quoi titiller le petit gamin qui sommeille au fond de nous, et même s’il n’a pas le côté epic d’un Pacific Rim, il fait le café. On regrette peut-être une photographie un peu trop terne où le gris est particulièrement foisonnant et une musique un peu lourdingue, mais Rampage s’avère être au final un produit emballé à peu près correctement. Le film n’hésite pas à se montrer bien violent dans certaines séquences, tout en offrant une certaine empathie, notamment pour George. C’est souvent grâce à lui d’ailleurs que Peyton arrive à faire poindre l’émotion chez le spectateur,  et pas uniquement pour une visée humoristique ( oui un gorille qui trolle et fait un doigt d’honneur fait honteusement rigoler). Rampage : Hors de contrôle ne révolutionnera pas le monde, mais entre dans le club des blockbusters d’été en défonçant la grande porte. Du cinéma régressif et jouissif, c’est tout ce qu’on lui demande de toute façon.

Rampage – Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=gZw0hQpkIBw

Rampage – Fiche Technique

Réalisation : Brad Peyton
Scénario : Ryan Condal, Carlton Cuse, Ryan Engle et Adam Sztykiel
Casting : Dwayne Johnson, Naomie Harris, Malin Akerman, Jeffrey Dean Morgan, Jake Lacy, Joe Manganiello
Décors : Barry Chusid
Costumes : Melissa Bruning
Photographie : Jaron Presant
Montage :  Jim May
Musique : Andrew Lockington
Producteurs : Beau Flynn, Hiram Garcia, Dwayne Johnson, Brad Peyton et John Rickard
Production : New Line Cinema et Wrigley Pictures
Distribution : Warner Bros Pictures
Durée : 108 minutes
Genre : action
Dates de sortie : 2 mai 2018

États-Unis – 2018

Le Grand Jeu ou la main gagnante d’Aaron Sorkin disponible en DVD/Blu-Ray le 3 Mai !

Considéré comme l’un des scénaristes les plus doués de son temps (The Social Network, Steve Jobs), Aaron Sorkin a enfin eu le courage de transposer en personne l’un de ses travaux sur grand écran. En résulte Le Grand Jeu, virée dans le milieu underground des tournois de poker illégaux, de la mafia et des gros billets dans lequel irradie de charisme une Jessica Chastain impériale. 

États-Unis. 2004. La jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Dirty Sexy Money

Les Etats-Unis ont toujours aimé les anti-héros, cette race de personnages délibérément en marge de la société, accomplissant quantité de méfaits leur permettant de monter l’échelle sociale avant de finalement retomber dans la disgrâce tout aussi rapidement. Ce n’est donc pas un hasard si le très recommandable Aaron Sorkin a décidé pour son nouveau projet d’envergure, de s’emparer de l’histoire de Molly Bloom. Car cette ex-figure montante du ski alpin qui au détour d’un accident et d’une opportunité, va se muer en organisatrice d’un tournoi de poker 5 étoiles, est typiquement une anti-héroïne, et c’est là toute la richesse et l’intérêt du sujet, une femme. Dans une industrie gangrenée par le sexisme, qu’il est en effet plaisant de voir un personnage de femme, clairement lassée par le diktat masculin qui l’entoure et qui va réussir, audace et malice aidant, à imposer ses règles dans un milieu où elle est assurément bien la seule. Cela donne au projet un relent éminemment féministe, ce qui est d’ailleurs prouvé par le fait que ça soit Jessica Chastain, féministe convaincue et engagée qui donne de sa personne pour camper cette reine de la magouille. Mais le principal atout du film réside bien dans la gestion de son scénario par Aaron Sorkin. Chaque mot, chaque inflexion, chaque rythmique sont ainsi soulignés (parfois trop) par le néo-réalisateur qui à défaut de vraiment imposer un style (puisque proche de Danny Boyle et David Fincher) sait en tout cas méchamment intéresser sur un sujet plus que verbeux. 

Mauvaise main

Vu le portrait résolument cinématographique de Molly Bloom dépeint dans Le Grand Jeu, on aurait aimé en savoir plus sur elle. Sur qui elle a été. Sur son point de vue sur l’histoire. Patatras, on sera un peu pris de court car les bonus s’avèrent hélas peu fournis. En atteste la simple présence d’interviews, de quelques featurettes et d’extraits de tournage. On pourra toujours se reporter sur le livre écrit par Molly Bloom, d’ailleurs à l’origine du film, ou à diverses vidéos Youtube. 

DVD : 

Langues : Français, Anglais

Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description

Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 134 minutes + compléments

Bonus : Interviews, Featurettes, Extraits de Tournage, Bande-Annonce

Blu-Ray :

Langues : Français, Anglais

Sous-Titres : Français, Sourds & Malentendants 

Son : DTSHD 5.1 et audio description 

Images : 16/9 – 2.39 – Couleur

Durée : 140 minutes + suppléments 

Bonus : Interviews, Featurettes, Extraits de Tournage, Bande-Annonce

 

Bande-annonce : Le Grand Jeu 

Un Homme Intègre, le pamphlet enragé de Mohammad Rasoulof en DVD/Blu-Ray le 2 Mai

Passé par la prestigieuse section « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2017, Un Homme Intègre, peut s’appréhender, à l’instar de beaucoup de productions contemporaines iraniennes, comme une réponse par son réalisateur au climat morose régnant sur le pays. Dès lors, difficile de rester insensible à cette proposition de cinéma sincère et questionnant avec acuité la corruption du régime iranien et le destin des petites gens y faisant face. 

Iran. De nos jours. Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce. Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre. Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Une relecture contemporaine de David et Goliath  

Il est toujours délicat de voir des cinéastes bridés dans leur métier et notamment quand leur travail entend détailler les travers de leurs propre pays. C’est malheureusement le cas de Mohammad Rasoulof, ici, qui avec Un Homme Intègre s’est vu retirer son passeport et a longtemps risqué l’emprisonnement pour « activités contre la sécurité nationale » et « propagande contre le régime iranien ». Il faut dire que son film, passé à Cannes, n’est pas anodin dans sa manière de traiter du régime iranien, qu’il n’hésite pas à qualifier de mafieux, en proie à la corruption, lié à des compagnies privées, banques ou fonctionnaires. Mais là ou demeure la surprise du film, c’est bien  dans sa manière d’éviter tout didactisme ou démonstration excessive de son sujet. En attestent les nombreuses ellipses, très travaillées qui donnent au film un cachet artistique qui permet de d’inscrire dans une veine divertissante assez inespérée vu la gravité du sujet. Par ailleurs, on pourra noter le soin apporté aux personnages, eux-mêmes pétris d’idéaux et d’une valeur morale ferme qui les empêchent à tout instant de sombrer eux-mêmes dans la corruption qu’ils combattent. Ça n’a l’air de rien mais ça a le mérite de donner au film une atmosphère inédite, poétique et presque universelle, de voir un combat de David et Goliath contemporain dans lequel le David est un quidam devant littéralement affronter une montagne sans s’adonner aux manœuvres illégales de son ennemi. 

Des bonus pas si intègres 

Vu la proposition relativement engagée que représente Un Homme Intègre, on ne peut que ronger son frein face à l’absence totale de bonus du film. En effet, on aurait aimé savoir d’où est venue l’origine d’un tel projet, les déboires juridiques que son réalisateur a vécus, l’impact que le film a pu avoir sur le public iranien. Malheureusement, on devra se contenter d’une galette DVD et Blu-Ray certes résolument moderne mais qui ne peut occulter l’absence de background de cet élégant projet qui mérite largement le coup d’œil. 

Caractéristiques techniques DVD/Blu-Ray :

DVD : 

Format 2.39 – 16/9 – Couleur – Durée : 113 min

Audio : Persan 5.1 DD – Sous-Titres : Français 

Blu-Ray :

1080P / Format 2.39 / Couleur / Durée : 113 min

Audio : Persan 5.1 DTSHD / Master Audio / Sous-Titres : Français

 

Un Homme Intègre : Bande-annonce

Psychokinesis : le film de super-héros coréen débarque sur Netflix

Après avoir signé le formidable Dernier train pour Busan, le réalisateur Yeon Sang-ho est de retour avec Psychokinesis, un film de super-héros fait à la sauce coréenne, sorti en France directement sur Netflix.

Synopsis : Seok-hyeon, un gardien de sécurité, se découvre soudainement des pouvoirs pscyhokinésiques qui vont lui permettre d’aider sa fille Ru-mi dont il n’avait plus de nouvelles. Ru-mi rencontre effectivement de grandes difficultés face à la mafia qui veut s’emparer du quartier où se situe son restaurant de poulet frit…

psychokinesis-yeon-sang-ho-netflix-film-critique.jpgAprès le sensationnel film de zombies Dernier train pour Busan (présenté à Cannes en 2016 en hors compétition), on attendait de pied ferme le prochain projet de son réalisateur Yeon Sang-ho (son deuxième long-métrage en prises de vue réelles si on veut être plus précis). Hélas, ses fans  français n’auront pas la chance de découvrir cette nouveauté dans les salles de cinéma. En effet, Psychokinesis rejoint cette longue file de films (récemment Annihilation, Le Roi de la Polka…), directement disponibles sur Netflix. Sans forcément approuver ces méthodes, après l’avoir découvert via la plateforme, on comprend certainement mieux pourquoi le film a trouvé des difficultés à être distribué en France.

Psychokinesis est, sur le papier, un film un peu trop barré pour le public français. On pourrait presque parler de film de super-héros coréen version « cheap » et comique cohabitant par moments avec le drame social et politique. Bref, ça change des gros blockbusters à succès comme le dernier Avengers par exemple, même si le film n’hésite pas à faire quelques clins d’oeil à quelques grandes figures issues des comics américains. Le mélange des tons, pourtant habituel dans le cinéma coréen actuel, pourra en surprendre plus d’un. Un film barré et non conventionnel n’est déjà pas si évident à vendre pour un public peu habitué à certains codes. La tâche se complique encore plus quand le film en question qui se veut original est en réalité décevant. Rien que les effets spéciaux sont ratés. On a bien conscience que ce film n’a pas bénéficié du même budget qu’une grosse production Marvel mais on ne peut pas s’empêcher de trouver les CGI terriblement laids. Et sans dire qu’elle est mauvaise (n’exagérons rien), la mise en scène n’est pas non plus très inspirée. On se demande où est passée l’inventivité du réalisateur, si présente dans Dernier train pour Busan.

psychokinesis-yeon-Sang-ho-critique-netflix-film.jpgLe traitement des différents thèmes (critique contre la corruption qui sévit sévèrement en Corée, police incapable d’être au service des honnêtes citoyens, combat des commerçants et plus globalement des classes sociales « inférieures » pour se faire respecter etc.) n’a également rien de bien fou même s’il n’y a rien de honteux également de ce côté-là. Lorsqu’on connaît un peu le cinéma coréen de ces quinze bonnes dernières années, qui recycle ces fameux thèmes (et nous sommes en droit de nous demander si on n’en a pas fait le tour), le film ne se détache pas particulièrement de ses prédécesseurs. Concernant la relation père-fille, Yeon Sang-ho avait clairement fait mieux dans Dernier train pour Busan où il avait même su nous tirer quelques larmes. Or, dans Psychokinesis, cette relation a du mal à nous intéresser, Ru-mi n’étant pas non plus très attachante (contrairement à son père, incarné par un Ryoo Seung-ryong très convaincant).

Heureusement, Psychokinesis se défend bien sur d’autres points. Tout d’abord, même si l’humour n’est pas très fin, il reste tout de même suffisamment efficace, surtout lorsqu’il s’approche de la parodie. Puis, les combats, assez kitsch par moments, sont plutôt plaisants même s’ils sont parfois gâchés par la laideur des effets spéciaux (non, on ne s’en remet pas). Enfin, la fin est plutôt étonnante et permet au réalisateur de renforcer son discours pourtant vu et déjà vu et à l’origine un poil manichéen.

Psychokinesis veut être une belle proposition de cinéma jouant sur les formes pour mieux appuyer son propos à la fois social, politique et intime. Hélas, si on peut louer la démarche, ce long-métrage pourtant indéniablement sympathique, souffre de plusieurs gros défauts, et surtout reste un peu trop anecdotique pour susciter l’intérêt.

Psychokinesis : Bande-annonce

Psychokinesis : Fiche Technique

Réalisation et scénario : Yeon Sang-ho
Casting : Ryu Seung-Ryong, Shim Eun-Kyung, Jeong Yu-mi…
Sociétés de production : Redpeter Film
Société de distribution : Next Entertainment World
Durée : 1h40
Genre : comédie fantastique
Date de sortie (Netflix) : 25 avril 2018

Corée du Sud – 2018

Séries Mania 2018 – Formats Courts : DOXA et Fucking Adelaide

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Retour à la sélection Formats Courts de Séries Mania 2018, avec la présentation de la nouvelle production de Studio 4, DOXA, qui plonge dans le monde des statistiques, et Fucking Adelaide, chronique familiale délirante venue d’Australie.

DOXA : Amour, gloire et statistique

Une série française d’Alexandre Pierrin avec Sébastien Chassagne, Aude Gogny-Goubert, Romain Vissol et Jina Djemba   

Synopsis: Chargé d’étude en institut de sondage, Arthur est un génie des statistiques qui vaporise la grisaille de son quotidien dans les paradis artificiels. Un jour, il inverse par erreur les résultats d’un sondage et personne ne s’en aperçoit. Pire, ses conclusions se vérifient. Prenant conscience du pouvoir qu’il a entre les mains, Arthur va commencer à en jouer.

Donne-t-on trop de crédit aux statistiques et aux instituts de sondage ? C’est la question que voudrait nous poser DOXA en suivant les aventures d’Arthur, expert chez Iflop, qui stagne dans sa vie et se réfugie dans les chiffres de la vie quotidienne. Blasé par les techniques de manipulation d’opinion qu’il met régulièrement en place, Arthur doit également jongler avec un ami d’enfance anarchiste qui squatte son canapé, une patronne castratrice, une famille qui ne comprend pas ce qu’il fait et une vie amoureuse inexistante.

Certaines idées fonctionnent bien, comme ces moments où le personnage cite des statistiques précises sur des événements anodins, ou lorsqu’il fait un power point pour résumer sa vie de couple passée. L’ensemble se regarde sans déplaisir (même si voir une web série projetée sur un écran de cinéma a quelque chose d’étrange).

Toutefois nous sommes obligés  de noter que rien ne ressemble plus à une production web française qu’une autre production web française. La bande à Descraques est passée par là et il semble difficile pour n’importe quel autre créateur de faire des propositions nouvelles. On a la même ambiance d’intérieur (avec les lieux centraux du canapé et du bureau), le même humour « corporate » développé dans Les Opérateurs ou La théorie des Balls, et bien sûr le montage ultra-cut sur des plans fixes. D’autant que ce sont une fois de plus les mêmes visages qui tournent, soit la bande du Golden Moustache (Justine LePotier, Nicholas Berno, Aude Gogny-Goubert), renforçant l’impression d’un petit monde fonctionnant en circuit fermé. Ce n’est pas contre DOXA, ni contre les comédiens, mais au bout d’un moment on aimerait bien voir de nouveaux visages.

Fucking Adelaide : un degré de séparation

Une série australienne de Sophie Hyde avec Kate Box, Tilda Cobham-Hervey, Brendan MacLean, Geoff Morrell, Audrey Mason-Hyde, Beau Travis Williams et Pamela Rabe

Synopsis: Une famille se retrouve à l’occasion de la mise en vente de leur maison d’enfance. Leur harmonie précaire vole en éclats lorsqu’ils sont tous contraints d’affronter un passé qu’ils auraient préféré cacher sous le tapis. Alternant les points de vue, cette comédie dramatique raconte à quel point il est à la fois beau et terrible de rentrer au bercail.

A cause d’un planning chargé, nous n’avons pu voir qu’un épisode sur les trois projetés. Mais quel épisode ! D’entrée de jeu, avec ce gamin qui tente un karaoké, encouragé par sa sœur, pour oublier les cris de son père dans la pièce adjacente, nous sommes mis dans l’ambiance. « Je suis sûr que tu as beaucoup de talent » dit la grande sœur. Un cut, et nous retrouvons ce petit garçon devenu grand, faisant un concert minable dans un bar. Jeté à la rue par son ex petit ami, n’ayant plus rien, il est obligé de repartir dans la petite ville d’Adélaïde, où tout le monde se connaît.

Sophie Hyde maîtrise clairement les rupture de tons, passant du drame à la comédie pure de façon imperceptible. Dès ces premières minutes, tous les personnages de cette famille déglinguée sont facilement identifiables et attachants. L’ironie est toujours présente, mais l’émotion aussi.

L’Australie serait-elle le nouveau bastion de la création web ? On aurait envie d’y croire. En tout cas, on veut absolument voir la suite de Fucking Adelaide.