Il en aura fallu du temps pour que Steven Spielberg puisse enfin se lancer dans un projet qui lui tenait à cœur depuis de nombreuses années, l’adaptation des aventures de Tintin, le reporter le plus connu de la bande dessinée franco-belge. C’est donc avec une équipe de prestige parmi laquelle on retrouve également Edgar Wright, Steven Moffat et Peter Jackson, que Le Secret de la Licorne débarque sur les écrans en 2011. Grâce à la technologie de motion capture, Spielberg donne naissance à un film d’animation virtuose rendant pleinement hommage au journaliste à la houppette.
Figure emblématique du 9ème art, Tintin est né sous la plume d’Hergé à la fin des années 20. Au fil de 24 albums, le reporter du petit vingtième aura vécu des aventures rocambolesques qu’elles soient en Afrique, en Australie, au fond de l’océan ou sur la Lune, et rencontré des personnages haut en couleur comme le marin porté sur la bouteille et les jurons, le Capitaine Haddock, le duo de policiers gaffeurs, Dupond et Dupont ou encore une cantatrice à la voix très haut perchée, Bianca Castafiore. Un matériau très fertile donc pour une adaptation qui n’est bien évidemment pas le premier essai. Outre la série animée ayant marqué l’enfance de bons nombres de personnes, il y a eu quelques films lives racontant des histoires originales sorties dans les années 60 avec Jean-Pierre Talbot dans le rôle de Tintin. Des œuvres qui n’auront cependant pas marqué les esprits. Il aura donc fallu attendre le grand Steven Spielberg pour voir une adaptation digne de ce nom du monument de la bande dessinée sur les écrans de cinéma.
Le premier choix notable de la part de Spielberg et de son équipe de scénaristes est de ne pas adapter un unique album. Si le film reprend le titre et l’intrigue principale du Secret de la Licorne, de nombreux éléments d’autres aventures de Tintin y seront incorporés à commencer par Le Crabe aux pinces d’or par le biais du bateau Karaboudjan et de son capitaine, le fameux Haddock. Tout au long du film, Spielberg va égrainer un certain nombre de renvois à l’œuvre d’Hergé, avec par exemple une apparition de la Castafiore ou des allusions plus discrètes aux Sept boules de cristal, au Lotus Bleu ou encore au Sceptre d’Ottokar. Quand on regarde cette adaptation de Tintin, l’amour que porte Spielberg à ce personnage transparaît à chaque moment, et le cinéaste américain arrive à retranscrire à merveille ce qui fait le plaisir des tintinophiles depuis plus de 80 ans. Spielberg prend en effet au pied de la lettre le mot aventure du titre et lorgne très facilement du côté de sa propre saga d’aventure, Indiana Jones. En mêlant humour bon enfant et séquences d’action impressionnantes, le tout en voyageant à travers le monde pour résoudre un mystère autour d’une maquette de bateau, Spielberg offre un divertissement mené tambour battant sans temps mort et en mettant plein les yeux aux petits et aux grands.
À partir de là, il est fondamental de s’attarder sur la grande particularité de cette adaptation, le choix de l’utilisation de la capture de mouvements. Procédé qui aura eu son heure de gloire dans ce début de siècle avec le personnage de Gollum dans Le Seigneur des anneaux, ou encore l’œuvre visionnaire de James Cameron, Avatar. En utilisant les images de synthèse, Spielberg peut se rapprocher au plus près de la bande dessinée de Hergé, tout en lui offrant une modernité époustouflante. Ce travail sur l’animation a également l’avantage d’offrir des moyens quasi-illimités dans la mise en scène. C’est particulièrement à ce niveau que Les Aventures de Tintin se révèle être un film d’une virtuosité frappante. On l’observe notamment au travers de cette maîtrise des transitions dans l’espace, offrant une seconde jeunesse au fondu que cela soit de manière très ponctuelle avec cette poignée de main se transformant en dune de sable ou pour amorcer une identification au passé comme la fameuse séquence où un Haddock victime du soleil et du manque d’alcool dévoile l’histoire de son ancêtre le chevalier de Haddoque et de son affrontement face au terrible Rackham le Rouge. La fluidité est également l’un des maîtres mots de Spielberg, notamment en ce qui concerne ses scènes d’action. On repense forcément à la séquence citée plus haut avec ce duel aux sabres où la caméra se déplace avec une aisance insolente dans les différents niveaux de la Licorne tout en suivant une mèche qui se consume, mais là où la réalisation de Spielberg se fait encore plus ahurissante, c’est évidemment dans cette poursuite en plan séquence à couper le souffle. C’est la maestria des mouvements de la caméra suivant cette chasse effrénée entre Sakharine et Tintin dans un environnement où la richesse se trouve autant au premier qu’au second plan qu’on ne sait plus véritablement où donner de la tête.
En faisant entrer Tintin dans le 21ème siècle, Spielberg assure une nouvelle fois sa place de cinéaste visionnaire, et l’un des plus grands auteurs de divertissement. D’une modernité folle, tout en gardant cet aspect hors du temps propre au héros de Hergé, Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne a malgré cela reçu un accueil plutôt mitigé. 8 ans après, on attend toujours une suite qui devrait être confiée à Peter Jackson.
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne – Bande-Annonce
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne – Fiche Technique
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Steven Moffat, Joe Cornish, Edgar Wright
Interprètes : Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Simon Pegg, Nick Frost
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Société(s) de Production : Amblin Entertainment, The Kennedy/Marshall Company et Wingnut Films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Genre : Aventure, Animation
Date de sortie : 26 octobre 2011
Auréolé du prix de la mise en scène au dernier festival de Locarno, l’artiste punk F.J Ossang débarque avec son 5ème long-métrage en plus de 30 ans, 9 Doigts. Un voyage étrange à bord d’un cargo rempli de gangsters qui sert une histoire beaucoup trop nébuleuse, malgré une recherche formelle toujours exigeante.
Après Bertrand Mandico au mois de février, un autre réalisateur au style tout aussi unique nous emmène faire un petit tour en bateau dans le cinéma de genre français. Les ressemblances entre les deux cinéastes s’arrêtent cependant ici. F.J Ossang est un artiste rare dans le paysage cinématographique français. 5 films en 33 ans, de quoi faire rougir Terrence Malick. Surtout connu pour des œuvres telles que Le Trésor des îles chiennes ou L’Affaire des divisions Morituri, F.J Ossang a développé une esthétique punk, mettant en avant un noir et blanc aux allures apocalyptiques, et une certaine dose de nihilisme. Avec ses films exigeants, montrant une démarche auteurisante extrême, Ossang pouvait laisser assez facilement ses spectateurs sur le carreau, mais le bonhomme montrait cependant toujours une grande capacité à créer des univers impressionnants comme en témoigne l’atmosphère post-apo qui émane de Le Trésor des îles chiennes, film dans lequel Ossang utilise au maximum le potentiel cinégénique de l’archipel des Açores. Point commun avec 9 Doigts, son dernier né dans lequel on retrouve l’âpre côté volcanique des îles portugaises. Ossang délaisse cependant ici la science-fiction pour nous offrir ce qui semble être dans un premier temps un film noir.
Comme souvent avec Ossang, il s’avère difficile de résumer brièvement l’histoire de 9 Doigts. Il est question de Magloire, un homme qui se retrouve enrôlé par une bande de gangsters pour un braquage. Lors de leur fuite, les malfrats vont se retrancher dans un cargo qui semble transporter une étrange marchandise. Au cours du voyage, plusieurs événements particuliers vont survenir, certains membres de l’équipage vont commencer à être atteints de folie, tandis qu’à côté de ça une île composée de déchets semble exercer une influence néfaste sur le cargo. D’autant plus que tout cela paraît s’imbriquer dans une machination de plus grande ampleur. À partir de là, on peut très vite comprendre que le récit de 9 doigts s’avère être on ne peut plus nébuleux. Surtout que Ossang n’est pas quelqu’un qui s’intéresse à des récits linéaires, et n’hésite pas à divaguer et à courir plusieurs lièvres à la fois. Sur un film de 1h40, tout cela peut s’avérer assez vite pénible, et il est difficile de se trouver une amarre pour se raccrocher. Évidemment pour pimenter tout ça, Ossang aime les dialogues très abscons devenant là aussi rapidement imbuvables, et alimentant facilement les détracteurs qui parlent de masturbation auteurisante. On peut très facilement résumer la démarche de Ossang à une interrogation posée par le personnage de Magloire à celui incarné par Lionel Tua, adepte d’envolées lyriques métaphoriques, qui lui demande : pourquoi est-il si énigmatique ? Ossang semble décidé à rendre son œuvre la moins compréhensible possible.
Malgré son fond qui lui porte préjudice, 9 Doigts dispose d’un travail formel non négligeable. Ossang retourne à ses premières amours du noir et blanc. Il y développe ici une ambiance très film noir au travers de l’éclairage et de jeux de lumières. Il mélange tout cela avec un expressionnisme appuyé, le personnage de Gaspard Ulliel semblant tout droit sorti d’un film de Murnau. Forcément on se doute bien qu’Ossang ne va pas rester dans une optique très classique et ne va pas se priver à essayer quelques expérimentations. S’amusant à jouer avec la forme du cadre ou avec des surimpressions, le cinéaste français arrive à nous sortir de la torpeur grâce à quelques idées plutôt innovantes. Tout cela laisse cependant un goût assez amer dans la bouche et semble au final beaucoup trop gratuit. La poésie s’enraye et tout tombe à plat. En seulement 5 films, on semble déjà avoir fait le tour de ce que veut nous raconter F.J Ossang. C’est un peu dommage car malgré tous les défauts de 9 Doigts, on sent une fougue qui ne s’est pas éteinte. Il manque juste quelque chose pour que tout s’embrase à nouveau et donne naissance à un morceau de cinéma puissant et féroce comme l’était un peu Le Trésor des Îles Chiennes.
9 Doigts – Bande Annonce
9 Doigts – Fiche Technique
Réalisateur : F.J Ossang
Scénario : F.J Osang
Interprétation : Paul Hamy, Damien Bonnard, Gaspard Ulliel, Pascal Greggory, Diogo Doria, Elvire
Directeur de la photographie : Simon Roca
Distribution (France) : Capricci Films
Durée : 99 minutes
Genre : Polar
Date de sortie (France) : 21 Mars 2018
Dix ans après le succès phénoménal de Bienvenue chez les Ch’tis, l’acteur-réalisateur-humoriste Dany Boon revient dans sa région natale avec la comédie La Ch’tite famille, bien partie pour devenir l’un voire même LE succès français de l’année…
Synopsis : Valentin D. et Constance Brandt forment un couple célèbre d’architectes designers. Pour pouvoir s’intégrer au monde du design et du luxe parisien, Valentin a menti sur ses origines : il est issu d’une famille de ch’tis prolétaire. Sa mère, son frère et sa belle-sœur débarquent alors par surprise au vernissage de Valentin et Constance au Palais de Tokyo… Alors que chacun doit surmonter la différence culturelle et sociale des uns et des autres, Valentin perd la mémoire suite à un accident : il se comporte alors comme le Ch’ti qu’il était vingt ans auparavant…
Dany Boon a du mal à faire l’unanimité dans la presse spécialisée et la communauté cinéphile. Ses budgets inutilement spectaculaires (La Forme de l’eau a coûté moins cher que La Ch’tite Famille) ou sa crise aux Césars 2009 après l’absence de nominations de Bienvenue chez les Ch’tis (qui avait alors comptabilisé 20 millions d’entrées) font partie de ces petites choses qui ont divisé la Toile. Dernier exemple en date, Boon a décroché le César du Public, suite au succès de Raid Dingue, à la tête du box-office français en 2017. Pourtant, Boon réussit toujours à attirer les foules depuis ses débuts derrière la caméra. La Ch’tite famille a même signé le meilleur démarrage français depuis 10 ans…
Les détracteurs de Dany Boon ne seront toujours pas convaincus par sa dernière comédie, rappelant initialement le même schéma que Bienvenue chez les Ch’tis : il ne s’agit plus d’un fossé culturel entre le Nord et le Sud, mais cette fois-ci entre nordistes extrêmement pauvres au patois parfois incompréhensible et parisiens mondains aisés et distingués. La Ch’tite famille a le mérite d’être un film inoffensif et sympathique, prônant de belles valeurs : la réussite sociale ne doit pas vous détourner de là où vous venez. Regarder une comédie sans polémique à l’horizon ne peut pas faire de mal (entre Gangsterdam, A Bras Ouverts, Épouse-moi mon pote et Si j’étais un homme, la comédie française s’est particulièrement mal portée l’année dernière).
Même si les accents sont très exagérés, la différence linguistique entre les personnages reste un élément comique plutôt efficace. Les scènes avec l’orthophoniste, dans la même veine de Pygmalion de George Bernard Shaw, sont également très drôles, peut-être même les meilleures du long-métrage. De plus, Dany Boon est toujours bienveillant et tendre à l’égard de tous les personnages (en dehors de celui de François Berléand, qui incarne le méchant de l’histoire) : les ploucs sont en réalité gentils, sincères et travailleurs et l’arrogante Constance, par amour pour Valentin, finit par apprendre le langage ch’ti. En outre, le casting est assez convaincant, même si on regrettera un Pierre Richard sous-exploité.
Cela dit, même s’il n’y a rien de honteux dans cet agréable divertissement, La Ch’tite famille déçoit. Le film démarre pourtant plutôt bien, avec cette présentation de caricature de bobos insupportables malpolis créateurs de meubles modernes hors de prix et peu pratiques. Par ailleurs, le running gag autour des personnages se plaignant d’un affreux mal de dos après s’être assis sur des chaises de luxe inconfortables fonctionne bien. Une grande partie du budget faramineux du film a dû aussi passer par la création de cet univers soi-disant révolutionnaire (sinon, on ne comprend pas où sont passés les 27 millions d’euros là-dedans). En fait, et dans un sens, cela peut être problématique selon le point de vue, le mépris est envers les artistes riches stupides et sans humanité. Le copinage pourra déplaire aux détracteurs de Boon mais les différentes apparitions de stars le temps d’une scène (Arthur, Kad Merad, Claire Chazal, Pascal Obispo) sont plutôt plaisantes. Mais, à force de vouloir prôner une morale pourtant plus que louable, Dany Boon tombe dans ses éternels travers : son film perd en force comique pour devenir trop mièvre. Pour ne rien arranger, l’histoire se met également en place de manière trop laborieuse avec cette intrigue autour de l’amnésie de Valentin. Enfin, même si certaines scènes sont plutôt amusantes, le scénario a souvent recours à de grosses ficelles rendant le film lourd par moments.
La Ch’tite famille est une comédie familiale assez divertissante et sans prétention mais qui devient rapidement lourde et niaise.
La Ch’tite famille : bande-annonce
La Ch’tite famille : Fiche Technique
Réalisation : Dany Boon
Scénario : Dany Boon & Sarah Kaminsky
Interprètes : Dany Boon, Laurence Arné, Line Renaud, Valérie Bonneton, Guy Lecluyse, Pierre Richard, François Berléand, Juliane Lepoureau, Thomas VDB, Antonia de Rendinger…
Producteurs : Jérôme Seydoux, Bruno Morin, Eric Hubert
Société de production : Les Productions du Ch’timi, TF1 Films Productions, 26 Db Productions
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 107 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 28 février 2018
Avec Le Portrait de Jennie, les éditions Carlotta nous permettent de voir en Blu-Ray et DVD l’un des plus grands films de William Dieterle, un mélodrame surprenant doublé d’une réflexion sur le rôle de l’art et la place de l’artiste.
Synopsis : hiver 1934. Eben Adams est un jeune peintre qui cherche en vain à vendre ses toiles. On reproche à ses toiles d’être trop académiques et de manquer de vie. De manquer d’amour. Puis, errant dans les rues de New-York, il rencontre Jennie Appleton, une jeune fille pleine de vie qui lui tient des propos étrangement anachroniques.
William Dieterle fait partie des cinéastes injustement oubliés de nos jours. Acteur et réalisateur d’origine allemande, c’est aux États-Unis qu’il connaîtra le succès dans les années 30. Il participera aux grands films sociaux et politiques de la Warner, comme La Vie d’Emile Zola (qui se concentre surtout sur l’Affaire Dreyfus) ou Juarez, et réalisera même une fort belle adaptation de Notre-Dame de Paris, Quasimodo, avec Charles Laughton dans le rôle-titre. Il signera même une petite rareté, Vulcano, plagiat revendiqué du Stromboli de Rosselini, guidé par une Anna Magnani furieuse d’avoir été remplacée par Ingrid Bergman dans le film original. Hélas, il sera sur la liste noire au moment du MacCarthysme et devra partir en Europe dans les années 50.
Sorti en 1948, Le Portrait de Jennie réunit toutes les qualités qui ont fait de Dieterle un grand cinéaste. La direction d’acteurs est remarquable, et le couple formé par Joseph Cotten et Jennifer Jones mérite de figurer parmi les parangons du genre. Visuellement, Dieterle soigne ses cadrages et sait magnifiquement tirer partie des décors. Dans les plans de transition entre les séquences, il emploie même une photographie particulière qui rappelle le grain des toiles de peintres. Ainsi, il ne se contente pas de parler de peinture, il fait de son film une suite de tableaux.
A ce titre, il faut bien entendu parler du final (sans trop en dire pour ne rien dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore vu). Employant des filtres de couleur qui donnent une atmosphère pratiquement surnaturelle et rappellent fortement les œuvres expressionnistes allemandes des années 20 (Dieterle a été acteur pour Murnau, entre autres), le cinéaste nous donne une scène de conclusion de toute beauté et d’une puissance qui marquent de façon durable le spectateur.
Par son scénario et sa réalisation, Le Portrait de Jennie se révèle vite être une œuvre riche et dense. Un film inclassable parcourant plusieurs genres cinématographiques, du surnaturel au mélodrame, le tout saupoudré d’une réflexion sur l’art. Quel est le rôle de l’artiste dans le monde ? Les peintres sont-ils des hommes ordinaires considérant leur art comme un simple gagne-pain comme un autre, ou sont-ils à part ?
Le film nous montre le quotidien de la vie du peintre (on le voit accrocher une toile à un cadre, par exemple), sans chercher à expliquer le travail de la création elle-même. L’inspiration, le talent, le génie restent des mystères. Et le film navigue constamment entre ces deux pôles : une description réaliste de la vie quotidienne au sein d’un New-York incroyablement terre-à-terre au milieu duquel, par moment, se glisse comme une fissure surnaturelle.
C’est à travers ces fissures dans le tissu du quotidien qu’apparaît le personnage de Jennie. Incarnation symbolique de l’inspiration qui s’impose à l’artiste, elle va petit à petit devenir une obsession pour Eben Adams. Avec elle va s’ouvrir une autre piste de réflexion particulièrement émouvante : le rôle de l’artiste comme gardien de la mémoire. Vieillissant à chacun de ses apparitions, Jennie court vers sa mort d’une façon inéluctable. Le film se colore alors d’une profonde mélancolie qui va le pousser vers les limites du mélodrame. La certitude d’une séparation inévitable et la peur de cette perte imminente vont imposer au peintre la nécessité d’un portrait, comme si la peinture pouvait figer le temps, fixer ce qui est fugitif. « Promettez-moi de ne pas m’oublier », murmure Jennie lorsqu’Eben commence à peindre son portrait. C’est cette tristesse du personnage qui refuse de sombrer dans l’oubli que va combattre la peinture. L’art se fait alors témoignage d’un monde perdu.
Les éditions Carlotta proposent donc une belle édition DVD et Blu-Ray de ce film qui mérite largement d’être découvert. La version restaurée est très bien travaillée et nous propose deux versions sonores, celle d’origine en 1.0 et celle en 5.0, que le producteur David O. Selznick aurait voulu diffuser en son temps pour créer toute une atmosphère sonore autour de la monumentale scène finale. On pourrait juste regretter l’absence d’un supplément de programme qui aurait permis d’analyser un peu plus précisément ce petit bijou qui nous vient de la fin des années 40 et qui fait furieusement penser à Laura d’Otto Preminger ou au Portrait de Dorian Gray, d’Albert Lewin.
Portrait de Jennie : Bande-annonce
Caractéristiques DVD :
DVD 9
Master Haute Définition
PAL
Encodage MPEG-2
Version Orginale Dolby Digital 5.0 & 1.0
Sous-titres français
Format 1.33 respecté
4/3
Noir & blanc et couleurs
Durée : 83 minutes
Caractéristiques Blu-Ray :
BD 50
Master Haute Définition
1080/23.98p
Encodage AVC
Version Originale DTS-HD Master Audio 5.0 & 1.0
Sous-titres français
Format 1.33 respecté
Noir & blanc et couleurs
Durée : 86 minutes
Annarita Zambrano évoque la génération italienne post-activisme d’extrême gauche des années 80 et les conséquences actuelles dans Après la Guerre, un premier film poignant.
Synopsis : Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. Marco, ex-militant de gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l’attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées…
Fort de son expérience dans le court métrage (une dizaine dont Ophelia, sélectionné en 2013 dans la Compétition Court Métrage à Cannes) et lauréate 2015 de la Fondation GAN qui soutient les projets de jeunes réalisateurs, Annarita Zambrano s’impose comme une révélation et une cinéaste à suivre avec Après la Guerre, son premier long métrage, présenté à Un Certain Regard 2017. Son film traite des conséquences d’un ancien activiste italien du milieu des années 80 qui doit faire face à son passé, le jour où un meurtre politique en Italie fait resurgir les vieux démons d’une famille brisée par l’assassinat d’un juge. Entre l’Italie et la France, Annarita Zambrano explore l’histoire de son pays à travers les nouvelles générations, victimes collatérales d’une guerre qui ne leur appartenait pas et qui ont dû payer pour les fautes des autres. Car derrière la bêtise de ces actions vaines et cruelles se cachent trente ans de souffrances, de familles brisées et d’absence de réponses. Plus encore, ce bouleversement affecte même les carrières de ces personnes qui traînent ce passé comme un boulet dont on ne peut se défaire sans avoir à réaliser des sacrifices. C’est ce que vit le personnage de l’ex-activiste et désormais intellectuel Marco (puissant Giuseppe Battiston !) prêt à tout abandonner derrière lui pour conserver sa liberté, quitte à sacrifier sans remords le parcours de sa progéniture. C’est dans ce conflit entre un père et son enfant que se dresse in fine le reflet d’une société italienne tiraillée par l’amertume des nouvelles générations face à leur histoire. Dans sa fuite, Marco cherche tout de même une rédemption dans ses actions, en acceptant une interview avec un journal national. Une manière de revendiquer sa position politique et son absence de regrets, comme s’il se savait condamné. Sans doute parce qu’au fond de lui, il l’est déjà.
Annarita Zambrano offre un traitement délicat de ce brûlot politique qui continue de déchaîner l’Italie, au même titre qu’elle saisit avec finesse la confrontation des générations qui paient chacune à leur manière le prix des erreurs passées. La cinéaste italienne profite de sa collaboration avec le directeur de la photographie Laurent Brunet (Irréprochable, Séraphine) pour expérimenter le format Scope, un parti qui permet à la mise en scène de donner l’illusion que les personnages semblent constamment enfermés. Tout semble resserré et les ouvertures se font rares, ce qui participe au climat fiévreux qui accentue les tensions aussi bien en Italie qu’en France. A cela s’ajoute la musique de Grégoire Hetflex d’une beauté sidérante qui participe sans lourdeur à la réussite de ce drame poignant. Tout semble ainsi abordé avec le recul et la justesse nécessaires, mais l’ensemble manque d’audace et reste dans une sobriété classique, notamment au vu de son dénouement simpliste. Qu’à cela ne tienne, Après La Guerre s’impose comme un drame politique et familial plaisant, traité avec l’intelligence, la finesse et la maîtrise d’une cinéaste dont on attend impatiemment le prochain projet mais qui aura fort de s’élever et de prendre davantage de risques si elle ne veut pas rester la génitrice d’un seul film.
Bande annonce : Après la Guerre
https://www.youtube.com/watch?v=hCAgCmEmdjY
Fiche Technique : Après la Guerre
Réalisateur : Annarita Zambrano
Scénario : Annarita Zambrano, Delphine Agut
Interprètes : Giuseppe Battiston (Marco), Charlotte Cétaire (Viola), Barbora Bobulova (Anna), Fabrizio Ferracane (Riccardo), Elisabetta Piccolomini (Teresa), Marilyne Canto (Marianne), Jean-Marc Barr (Jérôme)
Photographie : Laurent Brunet
Montage : Muriel Breton
Compositeur : Grégoire Hetzel
Production : Sensito Films, Cinema Defacto, Movimento Film, Nexus Factory
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Récompenses : Sélection Un Certain Regard 2017
Durée : 92 minutes
Genre : Drame, politique
Date de sortie : 21 mars 2018
18 mai 2008. La Croisette est en effervescence avant la projection du tant attendu Indiana Jones et le Royaume de Crâne de Cristal. Près de 20 ans après sa dernière aventure, l’aventurier créé par George Lucas et Steven Spielberg s’apprête à claquer du fouet de nouveau. Pourtant, ce même fouet lui revient très vite dans la poire passée la projection. Et si le film cartonne à sa sortie quelques jours plus tard, en 10 ans, le désamour de ce quatrième volet n’a fait que se renforcer. Pourquoi ?
Avant d’aller plus loin, l’auteur de ses lignes se doit de faire une confession. A sa sortie, il a A-DO-RE Indiana Jones 4. Ce, au point de le voir quatre fois au cinéma, bondissant de plaisir de voir enfin un Indiana Jones sur grand écran. Bercé par la nostalgie de sa saga de chevet, conforté dans son illusion préfabriquée d’aimer, il ne reverra cependant (et étonnamment) pas le film avant 2015. La suite ressemble peu ou prou à la fin de l’Empire Contre-Attaque, votre fidèle serviteur lâchant un déchirant « Non, ce n’est pas possible » devant le revisionnage de la chose.
Car quiconque se confronte à Indiana Jones 4 s’aperçoit que le film ne fonctionne pas. Il n’est pas qu’un mauvais Indiana, même pas simplement un des pires Spielberg, c’est un mauvais film tout court. En premier lieu par un scénario prétexte, tellement écrit et réécrit au fil des ans qu’il en devient inepte et aseptisé. S’il coche déjà mollement toutes les cases du programme attendu d’un Indy, Koepp empile en sus des dialogues de maternelle et des fausses péripéties au kilomètre. Il n’y a qu’a voir l’interminable passage au Pérou, avec ses trois minutes d’affrontement contre…contre quoi d’ailleurs…pour se rendre compte du désastre de construction.
En second lieu, la distribution qui voit ce pauvre Harrison Ford donner franchement de sa personne pour au final perdre de sa superbe. Jones s’avère ici une espèce de baltringue, qui tombe avec panache plus qu’il ne maitrise son environnement. Un héros malgré lui, compensant la dextérité par la chance, loin de l’icône d’antan. C’est probablement un point de vue étant donné l’âge avancé du personnage, mais on se serait bien gardé de voir Indy (mais est-ce vraiment lui ?) transformé en personnage de cartoon. La pauvre Karen Allen est là pour le clin d’œil référentiel, John Hurt patauge, Cate Blanchett cabotine, Ray Winstone retourne sa veste 30 fois et Shia Labeouf…
Pour anecdote, à cette époque, Shia Labeouf est la star montante d’Hollywood et de Paramount suite au carton de Transformers. C’est Steven Spielberg, producteur de cette franchise, qui engage Labeouf pour Indy 4 et ce dernier signe sans même lire le script ! Au-delà d’être peu convaincant, et d’offrir une séquence mémorable de Tarzan rockabilly, l’acteur aura plus tard l’indélicatesse de se désolidariser du film (qu’il n’avait même pas lu donc). Ce que Spielberg ne lui pardonnera pas.
Et enfin, il y a justement ce pauvre Spielberg, en panne d’inspiration qui se contente de filmer le script soporifique entre ses mains. Aucune image forte, aucune trouvaille géniale, aucun moment de grâce. Juste un mec qui filme presque anonymement, avec un peu de métier mais sans génie, envie ni rythme, le nouvel épisode d’une saga qu’il a immortalisée. Et c’est sûrement ça le plus triste.
Depuis sa sortie, l’énumération des nombreux défauts de ce quatrième Indiana Jones n’en finit plus d’alimenter articles, commentaires et vidéos même parfois éloignés du médium cinéma. Comme tout le monde s’est a peu près mis d’accord sur les choses n’allant pas, autant les prendre une par une pour déplier chaque symptôme du cas Indiana Jones 4. Voulez-vous ?
Les marmottes en CGI et donc les CGI.
C’est probablement ce qui saute le plus aux yeux, l’essence matérielle et physique de la saga d’aventure est absente. Le recours à des fonds verts est systématique, comme dans la prélogie Star Wars, donnant une artificialité totale au résultat. Rarement un film de Spielberg aura été aussi laid, y compris dans la hideuse photographie lavasse et saturée (marque de fabrique des années 2000) du pourtant excellent Janusz Kaminski. Un fatras de pixels mal détourés, caché misérablement par deux fougères en plastique ou un décor de temple en carton-pâte. Fini vraisemblablement trop vite pour sa présentation à Cannes, Indiana Jones 4 use et abuse de l’image de synthèse jusqu’à l’indigestion et ruine toute l’identité d’une saga jusqu’ici irréprochable dans sa fabrication. Il n’y a qu’à voir l‘affreuse course en pleine jungle pour s’apercevoir que les promesses initiales d’un film d’artisan à l’ancienne sont laissées sur le bas-côté.
Le problème va même plus loin puisque c’est tout l’univers et les personnages qui se retrouvent piégés entre les quatre murs du digital, cloisonnant paradoxalement tout l’esprit d’aventure, d’évasion et de dépaysement de la trilogie originelle. Et même quand le décor est construit, il participe d‘un même effet d’emprisonnement. Prenons pour exemple le passage au Pérou où l’environnement se résume à une rue, une cellule, un cimetière et dix figurants en poncho. Pas étonnant du coup que les acteurs soient tous si mauvais, le pauvre John Hurt en tête, quand ils ne peuvent se mouvoir que sur 5m² d’espace de jeu avec parfois un fond bleu pour seule ligne d’horizon.
Indiana Jones survit à une explosion nucléaire en se réfugiant dans un frigo.
Pour être un temps l’avocat du diable, on parle tout de même d’une saga où le héros fait une traversée à dos de sous-marin sous l’eau et où sauter d’un avion en canot de sauvetage permet de glisser jusque en bas d’une montagne. Alors bon, pointer du doigt la crédibilité de l’épisode du frigo…
Néanmoins, le côté over the top de l’action dans cet épisode est effectivement un tantinet problématique. Car la suspension d’incrédulité n’a pas une élasticité infinie et Indiana Jones 4 va très très loin dans son quota de situations invraisemblables. De l’ouverture dans la Zone 51 à la course poursuite en pleine jungle, de la traversée Tarzan à la confrontation aux fourmis rouges, des trois chutes de cascade au temple maya,…. Non seulement l’action en vient à ne plus s’interrompre dans la deuxième partie du métrage (sans que ce faux rythme soutenu n’empêche le film d’être chiant) mais en plus elle ne produit aucun effet car insensée et jetant ses pauvres poupées de chair dans des péripéties digitalisées auxquelles nous ne croyons pas.
Pour être dans un second temps l’avocat du diable, Spielberg et Lucas paient ici très cher une certaine audace. Leur envie d’aller plus loin, plus fort dans l’action et d’utiliser le numérique pour se le permettre est une louable envie de cinéaste. Mais elle intervient au bout d’une époque et d’un dispositif. Trop tard pour l’ancien temps, trop tôt pour le nouveau. En cela, si Indy 4 avait vu le jour en motion capture ou en animation, nous jugerions très probablement qu’il est un meilleur film. Il n’y a qu’à prendre pour preuve Tintin, réalisé 3 ans plus tard en motion capture et dont le spectaculaire ampoulé est justement l’une des forces. Précisément parce qu’en l’absence de référent humain, il se préserve des inadéquations entre réel et numérique et fait ainsi adhérer pleinement le spectateur à l’imagination débridée de son créateur.
Probablement à t’il donc fallu à Spielberg Indy 4 comme brouillon suicidaire et expérimental. Jetant ainsi ses dernières cartouches dans la marque Indy, quitte à en ruiner le mythe, pour pouvoir atteindre les limites et passer sereinement à autre chose. Soit ressusciter, en une boucle vertigineuse et sur un médium nouveau, l‘inspiration première de sa saga. Et créer de facto le véritable Indiana Jones 4 : Tintin.
En cela, Indy 4 est un film affreux mais probablement fondateur dans l’évolution de la carrière de Spielberg. Tintin, Le BGG et Ready Player Oneen tête.
Indiana Jones a un fils horripilant
Spielberg, et Lucas, ont toujours eu un certain flair pour l’époque. Et il est étonnant de constater l’oubli progressif des médias d’Indy 4 comme fer de lance de l’époque en devenir. Car finalement, depuis 10 ans, tous les reboots, legacyquels et revivals qu’on nous enfile dans le gosier SONT des Indy 4. Tous (ou presque) se fondent sur ce même principe lourdaud et gonflant des questions de parentalité, de paternité et d’héritage.
En cela, précurseur, le duo Lucas-Spielberg ouvre la voie à des dizaines d’œuvres se calquant sur cette affreuse idée qu’une suite tardive se doit forcément, directement ou indirectement, de mettre en scène une descendance. Avec la (fausse) envie de créer du nouveau mais en glorifiant l’ancien au point de n’évoluer que dans l’ombre du modèle. Ce quand tous les récits mythologiques ne parlent que d’une chose : Tuer le père pour accéder à sa liberté.
Ironique quand on sait que la franchise voulait initialement prendre Shia Labeouf comme héros d’éventuelles suites, ce que le dernier plan du film nie complètement pour ne pas hérisser les fans. Joli moment de courage. Cette approche père-fils est d’autant plus fatale qu‘elle était déjà et bien mieux exploitée dans La Dernière Croisade. Notons d’ailleurs le caméo de Sean Connery en photo de tournage sous verre dans Indy 4 (sic).
Pour le pire, Indiana Jones 4 donne donc la tendance de notre époque nostalgique et déférente, incapable de créer ses propres mythes. Et si la tendance commence à positivement s’inverser, tordant et distordant les idoles pour créer du neuf (au point de s’attirer les foudres de cette étrange espèce qu’est le fan), le film « fils à papa », lui, est loin d’être mort. Entretenu d’ailleurs par ce même fan égocentré bloqué au stade anal.
Y’a des extraterrestres ! C’est n’importe quoi !
Si le film est très, très loin d’être bon, c’est probablement l’argument à charge le plus stupide à faire à son sujet. Non, les extraterrestres ne sont pas là pour satisfaire un Spielberg obsédé par le sujet (loin de là). Non, ils n’arrivent pas comme un cheveu sur la soupe. Non, leur arrivée ne trahit pas l’esprit d’Indiana Jones.
Tout simplement parce que l’intrigue d‘Indy 4 (pensée par George Lucas) prend place 20 ans après La Dernière Croisade, dans les années 50 et 60. Contextuellement inscrit en pleine Guerre Froide, le film à donc raison de changer d’ennemi (Le Soviétique remplaçant le Nazi) tout comme de dépeindre une Amérique très American Graffiti. Il se replace dans le contexte culturel de l’époque dépeinte et se nourrit de ses archétypes comme la trilogie originelle le faisait des années 30-40. En cela, l’évocation du nucléaire, s’il elle n’est pas essentielle, est logique. Tout comme la présence des extraterrestres.
Indiana Jones suit l’évolution de la pop-culture américaine. Là où les serials d’aventure et de guerre étaient les succès d’antan, l’époque est désormais à la science-fiction. Voir Indiana Jones confronté aux extraterrestres est une évolution logique du mantra pop de la saga et le script très mauvais de David Koepp a au moins pour lui de bien connecter son histoire à cette orientation. Ce, en liant ce postulat SF aux théories selon lesquelles les Mayas et les Incas auraient eu des liens avec des êtres venus d’ailleurs (l’architecture d’une technologie avancée, les Nascas,…).
Après, vue l’ineptie des péripéties, des situations et des dialogues, on peut comprendre que les extraterrestres (annoncés dès l’ouverture, rappelons-le) soient la cerise gatée sur le gateau rance pour beaucoup. Mais ils ne sont pas un caprice de Spielberg entachant la saga.
Pour tout dire, et de l’aveu même d‘un cinéaste conscient de son échec, la présence des extraterrestres était le principal point de discorde entre lui et George Lucas concernant Indy 4. Spielberg contestant cette idée, ne l’aimant pas mais Lucas s’y accrochant puisque c’était le nouvel angle de la saga. Élégant, Spielberg dira avoir été loyal envers son meilleur ami, se contentant de faire le film sans remettre en question le créateur sur sa manière de piloter la saga.
Et c’est probablement là que se trouve la conclusion à la triste histoire d’Indiana Jones 4, on pense à tort que la paternité d‘Indy est due à Spielberg. Or, c’est bel et bien George Lucas qui a créé et inventé la franchise, c‘est lui qui a donné la direction de la saga, Spielberg n’étant que son brillant exécutant. Comme pour Star Wars, qu’on le veuille ou non, Lucas est le maître d’œuvre de cette création. Ce, pour l’emmener vers les cimes ou la précipiter dans le ravin.
A l’image de sa prélogie Star Wars, c‘est un George Lucas non remis en question par ses collaborateurs (y compris le maître Spielberg) qui a chapeauté Indy 4. Ce avec le même résultat : une destruction du mythe, un film ni fait, ni a faire et un déluge de mauvais SFX. Le public Cannois ne s’y est d’ailleurs pas trompé quand, lors du générique de fin, un homme interpella Lucas à haute voix en lui demandant « d’arrêter de nous faire du mal ». S’il a sa part de responsabilités, ce n’est pas Spielberg qu’on accuse d’avoir cassé le jouet.
Malgré son immense succès au box-office, Indy 4 reste un souvenir assez douloureux pour les amoureux du cinoche 80’s. Et devant tous les commentaires négatifs à son sujet, y compris de la part de ses propres instigateurs, on pouvait raisonnablement douter d’un potentiel Indy 5.
Pourtant, comme frappé d’amnésie, le public le réclame et l’attend de pied ferme. Bien aidé, il faut dire, par les rebondissements des dernières années (rachat de Lucasfilm, implication de Spielberg et Ford,…) qui ont rendu la chose possible au point que le tournage vient d’être annoncé pour avril 2019. Aussi incongru soit-il, le retour d’Indy dans les salles est donc imminent. Fera-t’il amende honorable en offrant un baroud d’honneur au Pr Jones ? Ou bien sera-t‘il le dernier clou dans le cercueil de la franchise ?
A mon sens, mieux vaut parfois qu’un trésor devienne une relique.
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal : Bande-annonce
Synopsis : La nouvelle aventure d’Indiana Jones débute dans un désert du sud-ouest des Etats-Unis. Nous sommes en 1957, en pleine Guerre Froide. Indy et son copain Mac viennent tout juste d’échapper à une bande d’agents soviétiques à la recherche d’une mystérieuse relique surgie du fond des temps. De retour au Marshall College, le Professeur Jones apprend une très mauvaise nouvelle : ses récentes activités l’ont rendu suspect aux yeux du gouvernement américain. Le doyen Stanforth, qui est aussi un proche ami, se voit contraint de le licencier. A la sortie de la ville, Indiana fait la connaissance d’un jeune motard rebelle, Mutt, qui lui fait une proposition inattendue. En échange de son aide, il le mettra sur la piste du Crâne de Cristal d’Akator, relique mystérieuse qui suscite depuis des siècles autant de fascination que de craintes. Ce serait à coup sûr la plus belle trouvaille de l’histoire de l’archéologie. Indy et Mutt font route vers le Pérou, terre de mystères et de superstitions, où tant d’explorateurs ont trouvé la mort ou sombré dans la folie, à la recherche d’hypothétiques et insaisissables trésors. Mais ils réalisent très vite qu’ils ne sont pas seuls dans leur quête : les agents soviétiques sont eux aussi à la recherche du Crâne de Cristal, car il est dit que celui qui possède le Crâne et en déchiffre les énigmes s’assure du même coup le contrôle absolu de l’univers. Le chef de cette bande est la cruelle et somptueuse Irina Spalko. Indy n’aura jamais d’ennemie plus implacable… Indy et Mutt réuissiront-ils à semer leurs poursuivants, à déjouer les pièges de leurs faux amis et surtout à éviter que le Crâne de Cristal ne tombe entre les mains avides d’Irina et ses sinistres sbires ?
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal : Fiche Technique
Titre original : Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull
Réalisateur : Steven Spielberg
Distribution : Harrison Ford, Shia LaBeouf, Karen Allen, Cate Blanchett, John Hurt, Ray Winstone…
Scénario : George Lucas, David Koepp, Philip Kaufmand’après une histoire de George Lucas et Jeff Nathanson
Costumes : Mary Zophres
Photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Producteur(s) : Frank Marshall, George Lucas
Box-office : 786,6 millions USD
Bande originale : John Williams
Distributeur : Paramount Pictures France
Genres : Aventure, fantastique, science-fiction
Durée : 123 minutes
Date de sortie : 21 mai 2008 (France)
L’ambiguïté des passions et des artistes est divinement dépeinte malgré quelques lenteurs dans Severina de Felipe Hirsch en compétition pour tous les prix dans la catégorie Fiction.
Synopsis : Dans cet opus très singulier au parfum littéraire, un libraire qui s’essaie à l’écriture entre dans un rapport obsessionnel à une jeune fille énigmatique et mystérieuse, Ana (la belle Carla Quevedo) voleuse de livres, qui visite régulièrement sa librairie. Parce qu’elle fréquente aussi d’autres librairies de la ville et vit avec un homme plus âgé aussi déroutant qu’elle, le libraire va entrer dans une sorte de délire amoureux.
Severina confirme la compétence qu’ont les latino-américains pour filmer et, tout au long du festival, il n’y a eu que de bonnes surprises sur le plan de la mise en scène à laquelle, pour l’instant, on ne peut rien reprocher. Les plans sont beaux, les couleurs superbes et les personnages toujours mis en valeur par le cadrage. Dans ce film, le réalisateur use des gros plans en mouvement fréquemment pour montrer tous les troubles que subissent les deux personnages principaux : totalement tiraillés dans leur relation et dans leur propre pensée, on a souvent du mal à saisir ce qu’il est en train de se passer ou ce qu’ils essaient de se dire. Comme toute la suite du film, la première rencontre entre les deux amants est presque théâtrale : il n’y a pas de dialogue, seulement un jeu de regard et un plan assez long qui revient sur lui, troublé par la présence de cette femme. Par la suite, il y aura des dialogues mais, qu’ils parlent ou qu’ils se taisent, c’est comme si le spectateur devait toujours décrypter les non-dits, le langage non-verbal ou même plus encore, les pensées. Cela finit d’ailleurs par se révéler frustrant parce que lorsque l’on croit saisir une brèche de la complexité des personnages, d’autres surprises surgissent et chamboulent toutes nos attentes. Jusqu’à la fin, peu d’indices sont laissés et même si le dénouement s’avère être une répétition de tout ce qui se passe précédemment, on sort de la salle sans savoir, sans réellement avoir compris, en étant frustré de ne pas en savoir assez. Le spectateur s’identifie rapidement au libraire, totalement fou d’Anna puisqu’il en sait autant que lui sur elle, mais ce dernier s’avère être tout autant ambigüe et douteux avec les mystères qu’il provoque à la fin du film. Là encore, peu d’indices sont révélés hormis une scène très furtive où l’on aperçoit quelques secondes à peine le libraire en train de se visualiser dans le coma. Dans la salle, le public rigole par moments de l’absurdité et de l’ambiguïté de la situation à laquelle on ne comprend plus grand chose.
En effet, même si le scénario souffre de quelques manques, le film n’en reste pas moins agréable parce que ne serait-ce que les images fascinent et la mise en place du récit est intelligente. Au début, elle rentre toujours dans la librairie sans dire bonjour mais bouge seulement la tête, puis une fois qu’il comprend l’un de ses nombreux secrets – voler des livres – et qu’il va de ce fait davantage vers elle, ils discutent et elle lui dit désormais bonjour. Une scène de lecture chorale est particulièrement belle, des rubans sur lesquels des mots sont écrits défilent et un client joue du piano. Les banderoles ressemblent à celle des scènes de crime et le personnage reproduit quasiment le même mouvement que lorsque les policiers entrent sur le lieu du crime : cette analogie entre ce moment et ce qui va suivre est déjà annonciatrice de beaucoup de subtilité dans la mise en scène. D’autant plus que la séquence qui suit est une scène où le libraire fouille la cliente pour vérifier qu’elle n’a pas volé de livres, c’est une des fouilles les plus sensuelles qu’il existe et la caméra qui bouge lorsqu’il atteint le bas de son corps en dit long sur la psyché des personnages à cet instant.
Severina a donc de multiples côtés à l’image de ses personnages et dépeint l’alchimie de manière poétique et très déstabilisante en peignant un couple sans réel amour, la tristesse d’une relation sans partage et sans réelle communication. Les seuls échanges qu’ils ont sont autour des livres et les personnages ne se connaissent pas, tout comme le public ne les connaît pas réellement à la fin du film. Plusieurs citations rendent le tout charmant et Severina s’achève sur celle-ci : « Regarder quelqu’un partir peut être quelque chose de merveilleux » puis la caméra filme le libraire partant de dos dans la rue, marchant quelques secondes jusqu’au générique.
Outre la compétition dont le programme est déjà bien chargé, Cinélatino propose également de nombreux films dans des sections parallèles, en partie dans celle nommée Découverte. De la fiction au documentaire en passant par des courts-métrages en tout genre, les choix du festival montrent toute la diversité et la richesse du cinéma latino-américain. Arábia, de Joāo Dumans et Affonso Uchoa en est la preuve.
Presque inconnu du grand public, le film mérite pourtant une certaine reconnaissance parce qu’il possède au moins la qualité de traiter d’un sujet sérieux sans ennuyer. Avec une qualité esthétique qui met véritablement en valeur le cinéma d’Amérique latine, les cinéastes arrivent à tout apporter dans leur film. Œuvre sociale et pourtant profondément artistique, Arábia montre dès la première scène la beauté avec laquelle les plans vont être réalisés. Avec la liberté qu’elle projette, la scène d’ouverture capte tout de suite le regard du spectateur et lance directement le sujet. D’autant plus que le plan suivant voit se resserrer l’espace sur le lieu de vie et quotidien d’Andre, ouvrier dans une usine et vivant dans un quartier industriel. Tout le long du film, la nature brésilienne est opposée au huis clos des logements précaires toujours filmés à travers une porte. Les personnages apparaissent seulement comme enfermés dans un surcadrage délimité par des murs, des fenêtres ou bien encore l’encadrement d’une porte. En choisissant de filmer ces personnages en plan rapproché ou en gros plan, ils ne semblent jamais petits dans le cadre. Au contraire, ils occupent l’espace du plan de telle manière qu’ils donnent l’impression de s’imposer.
« C’est plus facile de croire au diable qu’en Dieu »
La force du film est de faire de cette vie précaire quelque chose de poétique et de former une rencontre invisible à travers des mots. La caméra est aussi sincère que les personnages et filme des images franches d’une grande qualité. Bien que la mise en scène soit sobre, tout y est élégant et beau. Les intermèdes musicaux donnent le rythme manquant au film et la guitare rassemble ces personnages qui manquent de moyens. La solidarité jaillit de beaucoup d’instants et l’humour prend le dessus lors de nombreuses scènes, comme celle où les deux ouvriers débattent sur les charges qu’ils considèrent les plus lourdes à porter. Cependant, la dimension poétique à laquelle on s’attend en allant voir le film manque de moments forts et le parallèle entre Andre et Cristiano aurait rajouté beaucoup d’intensité au récit mais la fin ne peut que satisfaire tant elle est forte. À partir de la rencontre amoureuse de Cristiano, l’écriture devient plus sentimentale et plus philosophique jusqu’à une scène finale totalement admirable. Plus aucun bruit n’émane du film, seule une voix off narre une histoire et les superbes images des flammes dans l’usine ne font que renforcer l’émotion. Les images se figent plusieurs fois pour contempler le personnage filmé comme un héros, un guerrier du quotidien qui tous les jours surmonte ce travail et cette vie précaire. Puis, comme durant tout le film, le son reprend avec une grande intelligence sur le bruit du feu que l’on voyait précédemment en image et le fondu au noir achève le film de la plus belle manière pour faire disparaître le personnage alors que la voix assure qu’il reste vivant.
Arábia : Bande Annonce
Arábia : Fiche Technique
Réalisateur : Joāo Dumans et Affonso Uchoa
Scénario : Joāo Dumans et Affonso Uchoa
Interprétation : Aristides de Sousa, Murilo Caliari, Renata Cabral
Les adaptations de jeux vidéo font rarement bonne figure au cinéma, décevant les attentes des joueurs sans convaincre en contrepartie les cinéphiles. Tomb Raider s’était déjà cassé les dents il y a plus de quinze ans ; mais en s’inspirant cette fois-ci d’un jeu ayant fait l’unanimité en 2013, Roar Uthaug disposait d’un matériau solide qui méritait d’être bien mieux exploité.
Tomb Raider n’est pas un mauvais film, mais un blockbuster terriblement banal et insipide. Si la comparaison avec le jeu vidéo est inévitable, c’est que ce dernier avait tout pour être porté avec originalité sur grand écran : narration cinématographique, passages cultes et iconiques, dimension fantastique mise en scène avec maestria, casting haut en couleurs et personnages rafraîchissants. On le sait, une adaptation de deux heures d’un jeu qui en dure une dizaine se doit de faire des choix, d’omettre certains aspects de l’histoire au profit d’autres sans doute plus efficaces, et d’aller droit au but. Il faut l’accepter : si l’on veut retrouver la consistance du jeu d’origine, autant y (re)jouer. Ceci étant dit, ce Tomb Raider semble ne faire que des mauvais choix, en sacrifiant des points fondamentaux qui faisaient la réussite de jeu au profit d’un cahier des charges typique du blockbuster de commande, sans âme, sans prise de risque ni recherche. Il n’en est pas désagréable pour autant.
Côté casting, les acteurs comme les personnages sont très inégaux. Alicia Vikander est parfaite, rien à dire, elle incarne son personnage avec brio et le porte même à bout de bras dans cet océan de personnages insignifiants et creux. Car les antagonistes sont vraiment « méchants », sans aucune nuance (comment être aussi rationnel et obstiné après sept ans passés seul sur une île déserte ?), et de même les « gentils » sont trop monolithiques et bien intentionnés pour être crédibles. Là encore, dans le jeu, les personnages étaient beaucoup plus ambigus car animés d’une part obscure très humaine au regard du contexte, donnant lieu à des tensions, des mensonges, des trahisons qui participaient à les rendre plus complexes et profonds. D’ailleurs, le choix de ne pas reprendre les protagonistes du jeu est une grave erreur, car c’est leur relation parfois conflictuelle qui permettait le développement de la psychologie de Lara, ici totalement négligée sinon traitée de manière très superficielle (car hormis la relation – ratée – qu’elle entretient avec son père, on ne sait pas grand chose d’elle, de ses goûts ou de son caractère). Une simplification malheureuse qui permet une économie de personnages et d’acteurs mais de ce fait entraîne aussi une économie de charisme, d’attachement et d’implication du spectateur.
Autre point contrasté : la volonté de faire de Lara Croft une nouvelle icône féminine. Évidemment, on sent l’influence de Wonder Woman (2017) avec cette Lara forte et désexualisée par rapport à ce qu’elle était à l’origine : d’héroïne d’un jeu qui passerait aujourd’hui pour sexiste, Lara devient presque tout l’inverse, à savoir une figure féministe. Le problème, c’est que cette thématique très actuelle dans notre société, que le cinéma est le premier média à mettre en avant (et c’est fort bien venu !), occulte totalement les véritables thèmes de Tomb Raider qui sont avant tout l’aventure et le rapport au fantastique.
[toggler title= »La relation entre Lara et son père » ]Ce qui est peut-être le plus gros défaut du film réside dans la relation entre Lara et son père. Cette relation, à l’origine de sa décision de partir à l’aventure, est la pierre angulaire de son caractère et de ses ambitions (exactement comme le meurtre des parents de Bruce Wayne est déterminant pour Batman). Les flashbacks, enregistrements vidéos ou lettres laissées par son père étaient une bonne façon d’expliquer au spectateur ô combien cette figure paternelle compte pour Lara. Mais toute cette construction tombe à l’eau dès lors qu’elle le retrouve sur l’île, puisque cette relation d’admiration reposait sur l’absence totale du père : il était d’autant plus présent dans son esprit qu’il était absent physiquement pour elle. Les faire se retrouver, c’est briser la mythification du père, ce modèle vers lequel Lara espère tendre. Il est une figure quasi-divine de guide pour elle, déifié, et le voir aussi misérable quand elle le retrouve, reclus dans une grotte et presque fou tel un Robinson Crusoé, c’est déconstruire la légende qu’elle s’est forgée autour de lui. Ainsi, de la même manière, sa mort finale ramène cet homme à sa condition humaine de simple mortel, là où le doute quant à sa disparition, ce faible espoir qu’il soit toujours en vie quelque part, telle une ombre planant au-dessus de sa fille, lui donnait une forme de grandeur et d’immortalité en tant que figure paternelle universelle. Un beau gâchis de ce côté là.[/toggler]
Malgré une frustration légitime lorsqu’on connaît la richesse du jeu de 2013, il faut reconnaître à ce Tomb Raider certaines qualités là où on ne l’attendait pas forcément. La bande-originale, sans être mémorable, est pour le moins efficace et accompagne correctement les scènes d’action comme de tension, quant à elles bien inégales (on retiendra une scène d’infiltration en plan-séquence dans le camp ennemi plutôt réussie, à défaut de combats et de chorégraphies inspirés). Les séquences de résolution d’énigmes sont assez appréciables, bien que vite expédiées, et rendent hommage à « l’esprit Tomb Raider » originel qui manquait même au jeu de référence, qui avait essuyé quelques critiques à ce sujet. Même si les puzzles et les pièges n’ont rien de très inventif, ils ont le mérite d’exister et d’être plutôt bien réalisés.
Néanmoins, l’élément le plus intéressant est le traitement du corps de Lara, mené à mal, blessé, éprouvé. C’était là la principale nouveauté du jeu de 2013 que l’on ne peut qu’apprécier voir conservée dans cette adaptation, à l’heure des blockbusters où la violence brutale est cachée au maximum pour ne pas choquer le spectateur et toucher un public le plus large possible. Voir Lara souffrir de la sorte est donc un parti pris fort, un élément clé que les producteurs ont eu la bonne idée d’utiliser. Mais dans ce cas, quitte à jouer la carte de la violence – pari risqué mais louable –, pourquoi s’arrêter en chemin et délaisser presque entièrement l’aspect surnaturel du jeu, qui donnait lieu à des scènes sanglantes, dérangeantes mais de ce fait extrêmement marquantes ?
[toggler title= »Le problème du surnaturel » ]La dimension fantastique est vraiment mal traitée et expliquée. Si le surnaturel est souvent évoqué dans les dialogues, on ne comprend pas bien ni les motivations de la Trinité, ni celles du père, ni celle de la reine Himiko et de son peuple dont les rituels malsains sont passés sous silence. Car finalement, c’est comme si rien n’avait avancé entre le début et la fin du film, puisque les personnages repartent de l’île sans rien avoir de plus qu’à leur arrivée, si ce n’est d’avoir détruit un squelette dont la magie maléfique était de toute façon inconnue du monde extérieur. Les scénaristes ont écarté la malédiction fondamentale du jeu qui voulait qu’on puisse arriver sur l’île mais ne plus en partir, être comme enfermé par l’île qui faisait se déchaîner la météo dès lors que l’on cherchait à s’enfuir. Dans le jeu, Himiko est morte mais son âme continuait d’exister et d’insuffler une forme de vitalité à cette île qui devenait ainsi un personnage à part entière, et non un simple décor exotique comme ici. Dans ce film, l’environnement n’a plus rien d’inquiétant, de hanté, et la seule menace se résume aux sbires de la Trinité : les antagonistes surnaturels (les malédictions, les monstres, les armures de samouraïs géants animées) sont délaissés au profit d’ennemis humains et donc moins impressionnants. On perd la transcendance divine et l’atmosphère chaotique du jeu qui amenait un côté survival à l’aventure, pour une histoire finalement très banale car trop ancrée dans le réel.[/toggler]
On a comme l’impression que les producteurs avaient peur, qu’ils ne savaient pas où se placer entre respecter l’atmosphère mature et sombre du jeu et proposer une aventure plus grand public. Ils semblent avoir décidé de mélanger les deux, avec d’un côté la violence physique appréciable mais de l’autre un surnaturel à peine effleuré et des enjeux très humains, trop terres-a-terres, vus et revus et donc sans grande prise de risques. Voilà le problème de cette adaptation : partir d’un modèle qui n’est clairement pas adapté à tous, radical dans ses choix, pour en faire un film sage et « passe-partout », sans originalité aucune. Et quand on voit le succès de Logan l’an dernier, la preuve en est qu’un film qui s’assume de bout en bout dans son parti pris violent est tout sauf synonyme d’échec (commercial comme critique), mais au contraire applaudi devant le formatage actuel des films d’action à gros budget.
Un mot pour terminer sur les visuels du film, gangrenés par les CGI et les fonds verts qui décrédibilisent les scènes d’action : d’une part parce qu’ils ne sont pas toujours très jolis, cassant ainsi l’immersion, et d’autre part parce qu’ils sont trop abusifs et ostentatoires pour rendre les scènes cohérentes ou réalistes. La faute à un budget pas aussi conséquent qu’on pouvait s’y attendre (94 millions de dollars) et des choix visuels tout simplement discutables. On se consolera avec certaines scènes marquantes du jeu toutefois bien retranscrites, mais presque toutes dévoilées dès la bande-annonce…
En définitive, Tomb Raider est un film d’action divertissant malgré tout, porté par un rythme effréné une fois le laborieux prologue passé, une bande-son de qualité et une Alicia Vikander irréprochable. Si ces maigres qualités seront suffisantes pour faire passer un bon moment, elles ne pourront sans doute pas empêcher cette adaptation frileuse et mal écrite de s’avérer plus que dispensable et de sombrer petit à petit dans l’oubli. Malgré un naufrage évité de justesse, et que l’on soit fan ou non des aventures de Lara Croft, on était en droit d’en attendre beaucoup plus pour cette licence vidéoludique légendaire.
Bande-annonce : Tomb Raider
Synopsis : Sept ans après la disparition de son célèbre père, Lara Croft, vingt-et-un ans, refuse de prendre la direction de l’entreprise familiale et gagne sa vie en tant que coursière à vélo à Londres. Mais un jour, elle découvre une vidéo dans laquelle son père avoue avoir découvert un tombeau, la Mère de la Mort, où est enterré la reine Himiko sur l’île du Yamatai au sud du Japon et en plein cœur de la mer du Diable. Sur cette île, une organisation qui se fait appeler la Trinité cherche le tombeau et pourrait donc mettre le monde en danger. Accompagnée du capitaine Lu Ren, Lara décide de partir enquêter pour empêcher que le tombeau tombe dans les mains de la Trinité. Mais l’expédition va vite basculer en tragédie et se transformer en lutte pour survivre.
Fiche technique : Tomb Raider
Réalisation : Roar Uthaug
Scénario : Geneva Robertson-Dworet et Alastair Siddons, histoire adaptée de la série de jeux vidéo Tomb Raider par Crystal Dynamics
Interprétation : Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins, Daniel Wu, Kristin Scott Thomas
Durée : 118 minutes
Genre : Action, Aventure
Date de sortie : 14 mars 2018
Pour ceux qui auraient manqué le sensible et très beau Corps et âme, de la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi, Ours d’or à Berlin en 2017, les éditions Le Pacte vous proposent une indispensable séance de rattrapage pour ce film qui est passé trop inaperçu et mérite une plus large reconnaissance.
Finalement, dans Corps et âme, il est avant tout question de contact. Contact physique, contact social, contact émotionnel, et même une splendide forêt où se réunissent les mondes réel et onirique.
La réalisatrice Ildikó Enyedi dirigeant les deux interprètes principaux, Alexandra Borbély et Géza Marcsanyi
Nous avons deux personnages qui évitent tout contact. Le premier, Endre, est le directeur d’un abattoir et reste constamment dans son bureau. On le lui reproche d’ailleurs : il ne va pas « au contact » de son personnel. Une absence de relation sociale qui est d’ailleurs symbolisée par cette main flétrie, handicapée, cette main qu’il ne peut tendre vers l’autre.
Chez Maria, l’absence de relation sociale devient quasiment pathologique. Obsédée par les chiffres, les normes et les classements, elle s’est fabriquée une vie minimaliste où elle se sent en sécurité puisqu’elle n’affronte personne, ne se lie avec personne, ne parle à personne. Elle évite les discussions, elle refuse toute familiarité.
« Ils peuvent faire la même routine avec la même sécurité. C’est une vie misérable, grise » (la scénariste et réalisatrice Ildikó Enyedi, dans l’entretien en supplément de programme)
Deux solitaires donc. Un monde rempli de personnages qui vivent les uns à côté des autres mais pas les uns avec les autres, chacun enfermé dans sa petite cage. Une vie qui les fait souffrir, bien évidemment. Il suffit de voir comment, dès qu’elle est rentrée chez elle, Maria revit certaines scènes de la journée avec des salières ou des Playmobil, simplement pour meubler sa morne existence.
Et c’est par le monde du rêve que le contact va se faire. Un rêve magnifique et récurrent où un cerf et une biche se côtoient dans une forêt enneigée. Et c’est à partir de là que le contact va s’établir. A partir d’un constat surprenant mais indubitable : Endre et Maria font le même rêve ensemble. Chacun de son côté, ils rêvent qu’ils se retrouvent dans cette forêt.
Cette découverte majeure va emmener les deux personnages à s’ouvrir l’un à l’autre (puis aux autres autour d’eux également, ici les employés de l’abattoir). Une ouverture qui va les forcer à sortir de cette bulle de sécurité où leur vie s’était figée. Avec, de temps en temps, des réticences. La réalisatrice montre bien que, parfois, nous nous fixons des limites, des barrières que nous croyons infranchissables.
« Ce film, c’est un encouragement à oser plus »
La cinéaste hongroise Ildikó Enyedi nous donne ici un film tout en finesse et en subtilité. Plus on avance, plus Corps et âme se fait aérien. Le début est très ancré dans la terre, dans la boue, dans la réalité triviale, voire sanglante. Nous assistons au travail quotidien d’un abattoir, le sang gicle, les tête découpées tombent. Mais à ce monde difficile du terre-à-terre et du corporel s’oppose celui de l’onirisme et de la sensibilité, voire de la sensualité. La réalisatrice fait beaucoup appel aux sens : le soleil sur le visage, les mains qui frôlent un objet… Se dessine alors tout un monde sensible et émouvant qui nous élève progressivement de cette terre trop brutale.
La réalisation parvient à être très travaillée sans trop en faire. Le jeu sur les décors, la luminosité, les gros plans, les regards, les expressions des visages, tout coule avec légèreté. Ce film est un véritable plaisir, un feel-good movie subtil et aérien. Même des scènes qui, chez d’autres, auraient pu sombrer dans le ridicule ou le graveleux sont ici d’une grande beauté poétique (comme la scène avec la panthère en peluche, par exemple). Et quand on croit avoir deviné les scènes suivantes, il y a toujours quelque chose d’inattendu qui se dresse devant nous.
La réalisatrice Ildikó Enyedi recevant l’Ours d’or à Berlin en 2017
L’ensemble donne un film remarquable, qui a parfaitement mérité la récompense suprême à la Berlinale 2017. L’édition DVD propose, en supplément de programme, un long entretien (en français, s’il vous plaît) avec la réalisatrice, qui revient pas à pas sur la fabrication du film, depuis l’écriture du scénario jusqu’au choix de l’actrice principale (lumineuse et rayonnante) en passant par l’importance des décors. Un très bon entretien qui nous permet de savourer un peu mieux encore ce film à découvrir de toute urgence.
Corps et âme : bande-annonce :
Caractéristiques du DVD :
Audio : Hongrois/Français
Son Dolby Digital 5.1
Audiodescription
Sous-titres- : Français/Sourds et malentendants
Format : 2.39
Couleurs
Durée du film : 111 minutes
Compléments de programme : Bande annonce
Entretien avec la réalisatrice Ildikó Enyedi (41 minutes)
Munich s’inscrit dans la catégorie des films politiques engagés et des thrillers d’espionnage dont Spielberg est parfois friand, mêlant scandale, affaire d’état et suspens hollywoodien (Le pont des espions, Pentagon Papers). Malheureusement, ce long métrage qui nous décrit l’opération secrète menée par le Mossad à la suite des attentats de Munich lors des Jeux Olympiques de 1972, manque cruellement de rythme et de pertinence pour susciter le moindre intérêt, préférant enchaîner les clichés ridicules au lieu de donner de l’épaisseur à ses personnages et à son propos…
Synopsis : Jeux Olympiques de Munich, 1972. Après la mort de 11 athlètes israéliens pris en otage et exécutés par Septembre Noir (un commando de terroristes palestiniens), le gouvernement d’Israël fait appel à Avner, un agent du Mossad, afin de traquer les auteurs de cette tuerie de masse à travers l’Europe. L’espion, entouré de quatre coéquipiers, se lance alors dans une chasse à l’homme autour du globe. Mais rapidement, cette mission va s’avérer plus compliquée que prévue et va faire naître une paranoïa latente chez Avner et ses hommes, tiraillés par des questionnements éthiques mais aussi par la peur d’être assassinés à leur tour…
Un film qui enfile les clichés comme des perles
D’ordinaire assez impartiale et effacée dans mes critiques, il me semble utile pour une fois d’expliquer que je fais partie des rares détracteurs de Steven Spielberg, adulé par la plupart des cinéphiles, peut-être à raison, peut-être à tort, je ne suis pas en mesure de juger. Personnellement, j’ai souvent eu l’impression que ne pas aimer Spielberg était perçu comme un crime de lèse-majesté, ce que je trouve démesuré… Lorsque cette rétrospective a été lancée, je me suis portée volontaire pour couvrir deux des films du cinéaste, espérant sans doute me replonger dans son cinéma avec un œil neuf et objectif. Malheureusement, je me dois de prévenir ici tout lecteur qui serait (déjà) offusqué par la manière dont je parle du « maître » Spielberg : en redécouvrant Munich (que j’avais pourtant bien apprécié lors de sa sortie en salles), j’ai réalisé que non seulement je trouvais Spielberg ennuyeux et didactique à mort, mais surtout, il me semble que ses films sont réducteurs, simplistes voire stupides (n’ayons pas peur de mettre les pieds dans le plat).
Dans le cas de Munich, il ne m’a pas fallu longtemps pour décrocher petit à petit, me désintéressant lentement mais sûrement des personnages et de leur mission. D’emblée, j’ai eu un souci avec la longueur : 2h44, c’est long. Trop long. Et on le sent passer. C’est interminable, disons-le franchement. Par ailleurs, j’ai eu du mal à prendre le film au sérieux tant les clichés sont omniprésents, en plus d’être complètement ridicules. Dans le désordre : l’israélien qui mange de la baklava au début et à la fin (est-ce un running-gag ?), la dolce vita italienne qui donne l’impression que les romains se sont arrêtés aux années 40 (ah, le petit côté pittoresque), ou pire encore, la représentation grotesque de la France, où comme d’habitude, les personnages se promènent en béret ou en chapeau et discutent nonchalamment tout en achetant à manger et à boire ! On assiste douloureusement à une scène où Bana et Amalric papotent sous le pont de Bir-Hakeim, flânant sur les quais, avec une vue imprenable sur la Tour Eiffel, tout en longeant un marché à ciel ouvert où pendent des jambonneaux et des gousses d’ail à profusion… Je veux bien que l’action se déroule dans les années 70 mais je doute qu’un tel marché ait jamais existé à cet endroit. Ou peut-être que si ? J’avoue ne pas avoir vérifié, mais il est permis d’en douter. Parfois, on nage en plein délire, comme lorsque Lonsdale, le père d’Amalric dans le film, offre à Bana du boudin noir d’un air menaçant (« je vais te tuer, mais prends donc du bleu d’Auvergne pour la route, c’est terroir »). Affligeant. Petit clin d’œil aussi à tous ceux qui se sont moqués de la mort de Cotillard dans The Dark Knight Rises : attendez de voir celle de Croze dans Munich avant de juger, vraiment.
On ne mentionnera pas non plus les effets de mise en scène lourdingues, comme le coup du miroir avec hallucination (Bana qui se reflète dans la vitrine de Cuisinella en parlant à on-ne-sait-qui), les surcadrages, les plans « vas-y je vais filmer par dessus », la musique grossière qui accompagne chaque action supposément tendue, le coup de la bombe qui marche une fois sur deux… On sera également sympathiques de ne pas évoquer l’orchestration du suspens ultra mal gérée, comme par exemple, la scène de l’attentat de Paris avec la petite fille qui répond au téléphone. Comme par hasard, le laps de temps entre le moment où la fillette décroche et où Kassovitz est censé enclencher le détonateur s’éternise à n’en plus finir, afin de mettre en place une sorte de tension ratée : vont-ils tuer l’enfant ? Question vaine, à laquelle on avait déjà la réponse dans la séquence précédente, à en juger par le regard ridiculement coupable de Kassovitz envers la petite lorsqu’elle joue du piano en souriant (c’est l’innocence, la pureté, tout ça).
Des personnages creux au service d’un récit au manichéisme fatigant
Par ailleurs, il convient de mentionner que la galerie de personnages portés ici à l’écran par Spielberg devient vite pénible. Eric Bana, qui hérite pourtant du rôle principal, n’a aucun charisme et a l’air perdu la plupart du temps, sans trop savoir quoi faire lorsque des situations difficiles se présentent. Certes, tuer un homme à bout pourtant est un acte terrible, qui demande du courage et de la distance. Et certes, les agents du Mossad sont des hommes, après tout. Mais tout de même : ils sont entraînés pour faire face, pour gérer. Ce sont des espions, des militaires, des agents secrets, des démineurs… De là, il est parfois étrange d’appréhender certaines de leurs réactions qui frôlent l’amateurisme, où pointent la peur et l’hésitation. Il est acceptable de concevoir que ces hommes soient en proie au doute, sur la portée de leur mission et sur le caractère ambigu de ce que l’État leur demande de faire, mais ici, ils sont montrés comme de simples bonhommes auxquels on aurait confié des armes, des explosifs et autres gadgets dont ils ne savent que faire. C’est peu vraisemblable.
Les héros n’ont aucune histoire personnelle et aucune arche, à part Bana qui est tiraillé entre son devoir envers sa famille (sa mère, sa femme, sa fille) et sa patrie Israël, « son autre mère » (d’autant qu’il porte le poids de l’héritage de son père). En dehors de lui, les autres sont de simples hommes de main réduits à des rôles caricaturaux : Kassovitz le belge qui fabrique des bombes au petit bonheur la chance, Craig le bourrin sud-africain qui rentre dans le tas, et deux autres agents aussi ennuyeux que transparents… L’action ne décolle jamais. La traque n’est jamais palpitante, le montage souffre d’un systématisme assez agaçant (on tue une cible, on demande la suivante à Amalric, on tue la cible, on demande la suivante à Amalric, et ainsi de suite). Sans être calée en histoire et encore moins spécialiste des différents épisodes marquants du conflit israélo-palestinien, il est peu probable que les faits se soient déroulés de façon aussi linéaire, plate et « facile ». Par ailleurs, les bavures du Mossad sont légèrement passées sous silence, et les cafouillages avec les autres services de renseignement qui interfèrent sont mal amenés, ce qui donne un effet brouillon et pagaille. Le rythme fait cruellement défaut à ce film.
Même constat pour la montée latente de la paranoïa et de la folie : pas subtil pour un sous, le phénomène se traduit à l’écran par l’expression hagarde d’un Eric Bana blafard et insomniaque qui passe ses nuits dans un placard de 2 mètres sur 3, en sursautant au moindre bruit… Leurs questionnements moraux sont expédiés autour d’un plat de pâtes, et leurs interactions se résument à quelques répliques creuses. Reste à sauver une mise en scène classique mais efficace dans ses tons, son aspect visuel et son atmosphère générale. Mais, ce n’est pas une technique et une maîtrise cinématographique qui font un bon film : même si c’est appréciable, cela ne nous épargne pas l’ennui et le vide.
Munich : Bande-annonce
Munich : Fiche Technique
Titre original : Munich
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Tony Kushner et Eric Roth, d’après Vengeance: The True Story of an Israeli Counter-Terrorist Team de George Jonas
Casting : Eric Bana (Avner Kaufmann) ; Daniel Craig (Steve) ; Ciarán Hinds (Carl) ; Mathieu Kassovitz (Robert) ;
Hanns Zischler (Hans) ; Geoffrey Rush (L’officier du Mossad Ephraïm) ; Michael Lonsdale (« Papa », le père de Louis) ; Mathieu Amalric (Louis, informateur français, le fils de « Papa ») ; Marie-Josée Croze (Jeanette)…
Photographie : Rick Carter, Rod McLean
Montage : Michael Kahn
Décors : John Bush
Costumes : Joanna Johnston
Musique : John Williams
Langues originales : anglais, allemand, français, hébreu, arabe, italien, grec, russe
Production : DreamWorks SKG, Amblin Entertainment, Universal Pictures, The Kennedy/Marshall Company, Barry Mendel Productions, Alliance Atlantis Communications, Peninsula Films
Distributeurs : Universal Pictures (USA), United International Pictures (France)
Genres : Politique, thriller
Durée : 2h 44 min
Date de sortie en France : 25 janvier 2006
Le mercredi 21 mars débarque en DVD, Blu-ray et Blu-ray 4K Ultra-HD le film de super-héros réalisé, écrit, et produit par tellement de monde qu’on ne sait pas vraiment qui l’on doit remercier ou flageller pour ce moment, Justice League. Retour sur le film, la sup-moustache, et la déception tant redoutée face à l’édition Blu-ray.
Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…
The Zack Snyder’s, Joss Whedon’s, Warner’s, Bill & Bob Dollar’s CUT
Justice League en aura fait écrire et parler plus d’un. Pro-Marvel réjouis de la catastrophe (économique, critique, créative) DC ; pro-DC primaires défendant leur Avengers coûte que coûte contre les « daubes » industrielles pondues par leurs concurrents ; fans de Zack Snyder mélancoliques à l’idée de ne jamais voir la version imaginée par l’ancien visionnaire du DC Cinematic Universe à qui l’on doit Man of Steel et Batman V Superman Dawn of Justice; fans de Joss Whedon qui rêvaient de voir en son arrivée dans le game un gage de qualité ; ou encore ceux qui ont parié pour tel camp contre un autre ; d’autres étaient plus lucides quant au patriarcat complètement idiot (et dominé par ce bon vieux dollar) de la Warner sur cet univers qu’il n’ont jamais réussi à adapter en live action ; enfin, ceux qui n’en avaient rien à foutre… Nombreux sont ceux qui ont fait couler de l’encre ou qui ont postillonné à propos de Justice League.
Il y a comme qui dirait une moustache qui a été numériquement effacée ici non ?
Effets spéciaux non terminés, mustache-gate… Le long métrage est constitué par une écriture, une réalisation, un montage et une bande-son improbables faute à un nombre nauséabond de changements de personnels, réécritures, reshoots et remontages, éléments dominés par la loi du marché qui faisait récemment de Wonder Woman un modèle de film super-héroïque. Malgré quelques moments de bravoure, Justice League, on le sait depuis un bon moment maintenant (lire ici l’affaire de la production catastrophique du film), est un film de financiers. Certes, tous les films ou presque obéissent à des obligations économiques. Mais Justice League a su remettre un pied de géant dans la marre en exposant son statut de pur produit. Un produit d’ailleurs mal fini, mal emballé, vite marqueté, et qui s’est finalement mal vendu. Comme dit plus haut, on sait aujourd’hui comme on s’en doutait bien hier qu’on doit cette catastrophe filmique aux pontes des studios qui ont transformé conséquemment le film en fonction des retours (publics, critiques, et bien sûr économiques) de Batman V Superman puis surtout, de Wonder Woman, alors considéré comme le nouveau modèle (économique, créatif, etcaetera) du genre. Et on doit aussi ce chaotique objet filmique à deux exécutifs de la Warner qui ont préféré sortir le long métrage avant qu’il ne soit fini. Pourquoi ? C’est une vieille histoire, celle de ce bon vieux billet vert nommé dollar, qu’on aime accumuler et dont on est jamais assoiffé. Si Justice League était sorti après la fusion du studio avec le groupe AT&T, les deux bonhommes de la Warner, Kevin Tsujihara et Toby Emmerich, n’étaient pas sûrs de toucher leur bonus.
Ben Affleck en a marre de cette galère super-héroïque (gif extrait d’une interview pour Batman V Superman)
Aujourd’hui, la Warner a revu sa stratégie et met en place un grand nombre de film stand-alone qui ne seront pas nécessairement connectés dans un seul et même univers. On a ainsi de l’espoir concernant le projet sur le Joker porté par Martin Scorsese et Todd Philips, ou encore l’Aquaman réalisé par James Wan. Mais des doutes subsistent concernant le film centré sur Flash qui devrait adapter Flashpoint et qui, comme on le sait, permettrait à la Warner de déplacer un autre pion important sur leur échiquier : l’énorme reboot (créatif et surtout financier) de leur DC Cinematic Universe. À noter que le nouveau boss du DCU est Walter Hamada, producteur derrière les succès du Conjuring Universe et du récent Ça.
Blu-ray Malus
Si de nombreux fans se sont insurgés et ont exigé que la version de Zack Snyder arrive au cinéma, sinon en vidéo, qu’ils s’attendent à être déçus. Idem pour ceux qui s’attendaient à retrouver quelques artefacts de cette version. En effet, les scènes coupées ne sont ridiculement constituées que de deux moments exposant le retour de Superman dans son vaisseau spatial. On aperçoit brièvement le fameux costume noir tant attendu de Superman qui choisit finalement un nouveau classic costume plus lumineux et coloré que dans les films précédents. Pour le reste, vous aurez le droit à des featurettes promotionnelles/making of qui vous plongeront dans la « formidable » aventure créative Justice League ou vous présenteront – en essayant de capturer l’attention du geek qui est en vous – des éléments (technologies, costumes), cela le temps d’une heure et quart environ. Concernant l’édition du film, rien à redire sur le plan visuel et sonore. Notons qu’une fois encore, à l’inverse d’Universal, Warner a inséré la VF en haute définition (Dolby Atmos et DTS-HS Master Audio).
Bande-Annonce – Justice League
Justice League
19,99€ le DVD
24,99€ le Blu-ray
30,00€ le Blu-ray 4K Ultra-HD
34,99€ l’édition Blu-ray 4K Ultra HD + Blu-ray 3D + Blu-ray 2D