Accueil Blog Page 533

Esprit es-tu là ? : William Friedkin revient avec un documentaire sur l’exorcisme !

0

Selon des informations de Mad Movies, William Friedkin s’apprête à prêcher la bonne parole et à combattre les démons de la pire espèce dans les salles obscures américaines. Le réalisateur de L’Exorciste s’est en effet replongé sur la thématique sensible des possessions démoniaques à travers un documentaire.

Ce projet ambitieux et fascinant s’apprête à sortir près de 45 ans après le classique qui a fait de lui un maître de l’horreur. William Friedkin s’est associé au journaliste Mark Kermode (auteur du livre Dans les coulisses de L’Exorcistepour ce documentaire hors-norme, The Devil and Father Amorth.

Le cinéaste est allé filmer et capter un véritable exorcisme. Cette aventure extraordinaire a donc bel et bien été pratiquée sur une femme en Italie par le père Gabriele Amorth, le chef exorciste de la cité du Vatican. Le père Amorth est malheureusement décédé en 2016. Ce documentaire a été présenté lors de la dernière édition du festival de Venise notamment.

Le cinéaste confie avoir été terrifié lors du tournage. William Friedkin a également essayé de faire passer toute la compassion ressentie pour la possédée à travers ce documentaire. La sortie de The Devil and Father Amorth est prévue pour le 20 avril 2018 dans les salles obscures américaines. D’après des informations d’Allocine, la durée de ce documentaire est d’01h08. Aucune date de sortie en France n’a pour le moment été annoncée. Ce projet saisissant pourrait être sélectionné au prochain Festival de Cannes.

Bande-annonce du documentaire de William Friedkin, The Devil and Father Amorth, en VO :

Death House réinvente le cinéma participatif et mobilise les fans d’horreur aux USA

0

La sortie en salles du film de genre indépendant Death House, signé Harrison Smith et qui réunit des légendes vivantes, connait – malgré de nombreux tumultes – une épopée assez formidable et épique, qui rendrait presque jaloux Lloyd Kaufman et son studio indépendant et trash (Troma).

Harrison Smith et les équipes du film Death House travaillent d’arrache-pied aux USA pour permettre aux fans d’horreur de bénéficier de séances du film tant attendu depuis de nombreux mois. Cette arlésienne pour tous les fans de cinéma d’horreur des années 1980 et 1990 connaît un triste sort suite au carton du blockbuster de la Marvel – Disney, Black Panther. Le succès insolent de la Panthère Noire au box-office US aurait grignoté de nombreux écrans et des marchés parallèles pour les productions de moindre envergure comme Death House. Le succès des uns ne fait donc pas le bonheur des autres, et parvient même à plomber le cinéma indépendantDeath House devait bénéficier d’une sortie étendue dans les salles américaines lors des week-ends du 09 et 16 mars 2018. Malheureusement le carton intersidéral de Black Panther (605 millions de dollars en cinq week-ends d’exploitation pour 3 834 copies) a eu raison des plans de distribution du film de Harrison Smith. Les centaines de copies initialement prévues pour Death House sont malheureusement tombées dans les oubliettes. Les multiplexes ont laissé peu de place au cinéma indépendant et aux petits distributeurs. Entertainment Factory et Hannover House devaient en effet distribuer le film dans de nombreuses grandes villes américaines tout au long du mois de mars. Malheureusement et pour des raisons assez obscures, il n’en a rien été. Les équipes du film tentent toujours d’obtenir une sortie étendue dans les salles obscures, pour le plus grand bonheur des fans de films d’horreur aux USA.

La sortie dans les salles américaines a été limitée à une seule, le Regency Plant Stadium 16, de Van Nuys en Californie au début du mois de mars, le 02. Deux séances étaient programmées chaque soir, à 19h30 et 21h55. Le film est parvenu, sur cette seule salle, à récolter plus de 10 000 dollars grâce au soutien des cinéphiles adeptes de films gores et de cinéma de genre ! Des séances ont également été programmées ce week-end là en Pennsylvanie, à Stroudsburg. Death House a été diffusé à l’occasion du week-end du 16 mars au cinéma Harkins Arizona Mills 25 dans la ville de Tempe en Arizona. Une séance exceptionnelle en présence de l’acteur Kane Hodder, qui a incarné Jason Voorhees à quatre reprises, était même organisée dans la soirée du jeudi 22 mars 2018 au Full Moon Cineplex de Nashville dans le Tennessee.

Le film a d’ailleurs obtenu de bonnes notes auprès des cinéphiles et des fans de cinéma de genre sur les sites américains Imdb et Rotten Tomatoes, suite à ces séances.

Les équipes de Death House tentent dorénavant de mobiliser les fans de films d’horreur et les mordus de cinéma de genre sur les réseaux sociaux. La page Facebook du film permet de mobiliser des internautes, un peu à la manière d’une pétition, afin d’obtenir la sortie de Death House dans un cinéma de sa ville. Philadelphie, Atlanta, Dallas, San Diego, Houston, Jacksonville, Detroit, Portland, Pittsburgh et Chicago sont concernéesLe film devait initialement sortir dans les salles obscures américaines dans ces villes ainsi qu’à New York, Oaks, Saint-Louis, Charlotte ou bien encore Memphis lors des 09, 16  et 23 mars.

Death House réunit une kyrielle de légendes vivantes du cinéma de genre des années 1980 et 1990.  Le casting réunit les personnalités suivantes : Kane Hodder (Vendredi 13 : VII, VIII, Jason va en enfer, Jason X), Tony Todd (Candyman), Dee Wallace (E.T., Hurlements), Barbara Crampton (Re-Animator, From Beyond), Debbie Rochon (Terror Firmer, Tromeo and Juliet), Adrienne Barbeau (The Fog, Creepshow), Bill Moseley (Massacre à la tronçonneuse 2, The Devil’s Rejects), Michael Berryman (La Colline a des yeux), Lloyd Kaufman (les studios Troma), Sid Haig (La maison des 1 000 morts, The Devil’s Rejects), Vernon Wells (Mad Max 2, Commando), Felissa Rose (Massacre au camp d’été), Kenny Ray Powell, Cody Longo, Cortney Palm, Lindsay Hartley (Smallville), R.A. Mihailoff (Massacre à la tronçonneuse 3), Beverly Randolph (Le Retour des morts-vivants) ou bien encore Sean Whalen (Twister, Le sous-sol de la peur).

Death House retrace la tournée de routine de deux jeunes agents du FBI dans les entrailles d’une prison fédérale. Cet établissement accueille les pires criminels de la planète, au cœur de la fameuse « Zone 51 ». Les prisonniers les plus violents seraient maintenus sous contrôle par l’intermédiaire d’un système de réalité virtuelle qui leur donne l’illusion d’étancher leur soif de meurtre et leur pulsion de mort. L’établissement pénitentiaire abrite en réalité en son sein une porte sur l’Enfer ! La plupart des prisonniers ne tarderont pas à créer une émeute. Nos deux agents du FBI, le personnel scientifique et sécuritaire de la prison ainsi que les rares détenus qui ont encore une part d’humanité devront alors faire face à des entités démoniaques capables des pires atrocités. Harrison Smith a écrit le scénario du film sur une idée originale de Gunnar Hansen, l’inoubliable interprète de Leatherface dans le tout premier Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Le film est produit par Rick Finkelstein et Steven Chase pour le compte d’Entertainment Factory. Le popcorn et les sodas risquent donc de voler dans les salles américaines tant le niveau de terreur et d’effroi pourrait être grand en cas de succès. Le film s’annonce comme une plongée dans un univers carcéral ultra hostile et fortement déconseillé aux personnes claustrophobes. Harrison Smith a l’intention d’établir une nouvelle franchise horrifique, avec Death House, qui s’étalerait sur six films. Le réalisateur pourrait bientôt se lancer sur le prochain opus, Dawn of 5 Evils.

Après ce parcours chaotique dans les salles obscures aux USA, Death House devrait néanmoins bénéficier d’une sortie en vidéo à la demande, en DVD et en Blu-Ray. Le film va également débarquer dans les prochains mois sur Netflix aux Etats-Unis. Une sortie en Europe est aussi prévue !

Les équipes de Death House comptent donc sur le soutien et la mobilisation des fans d’horreur sur les réseaux sociaux afin de pouvoir bénéficier de programmations dans des cinémas ciblés dans certaines grandes agglomérations. Ces séances spéciales pourraient être planifiées durant le courant du mois d’avril, lors du week-end du 21 avril notamment. La liste des séances potentielles et des pétitions virtuelles sur Facebook est à retrouver à cette adresse.

https://twitter.com/dotdblog/status/977032950335397890

https://twitter.com/kanehodderfan/status/977053680804515840

https://twitter.com/yanbirch/status/970369360962379776

Kung Fury : L’adaptation du court-métrage rétro & déjanté accueille Arnold Schwarzenegger !

0

Selon des informations d’Allocine et d’IGN France, le projet de film Kung Fury, adapté du court-métrage rétro et surréaliste sorti en 2015, aura droit à un casting extrêmement impressionnant. L’information, dévoilée il y a quelques semaines, évoquait notamment la présence d’Arnold Schwarzenegger à l’affiche de ce film fou.

Aucun élément n’a malheureusement filtré sur le rôle exact de Schwarzy dans ce projet (simple caméo ou rôle de qualité…). Le long-métrage Kung Fury, actuellement en développement, va notamment réunir Michael Fassbender et David Hasselhoff. David Sandberg, qui a écrit, dirigé et joué dans le court-métrage Kung Fury financé sur Kickstarter, sera également intégré dans l’aventure. Le film devrait donc être assez fidèle et ne pas dénaturer l’esprit du court-métrage originel.

L’action de Kung Fury se déroule à Miami en 1985. Un policier intrépide, qui semble tout droit sorti des jeux vidéo Double Dragon ou Streets of Rage, combat le crime grâce à ses talents en arts martiaux et avec l’aide de ses coéquipiers, les Thundercops, tous plus improbables les uns que les autres. Un des collègues de Kung Fury est lâchement assassiné par un ennemi perfide qui va venir en aide à Adolf Hitler en personne, « Kung Fuhrer », qui poursuit sa quête pour créer l’arme ultime et dominer le monde. Ce court-métrage, complètement frappadingue et à l’esthétique hallucinante, joue à fond la carte de la parodie et du pastiche des films d’action et d’arts martiaux des années 1980.

Kung Fury n’a pas encore de réalisateur désigné officiellement. David Sandberg pourrait se charger néanmoins de la réalisation. Le tournage est, en revanche, bien prévu pour cet été aux Etats-Unis et en Europe. Ready Player One pourrait donc trouver un concurrent sérieux et un peu plus « badass » avec ce projet de film Kung Fury.

Kung Fury – le court-métrage en VO :

David Hasselhoff – True Survivor (Kung Fury) :

Les Monty Python débarquent prochainement sur Netflix !

0

Les œuvres cultes des comiques anglais des années 1970 et 1980, les Monty Python, vont très prochainement rejoindre le catalogue de Netflix pour le plus grand bonheur des amateurs de l’humour so British !

Selon des informations de IGN France, un grand nombre de longs-métrages de la troupe légendaire des Monty Python vont rejoindre le catalogue de Netflix dans quelques semaines à peine, le 15 avril prochain ! La plateforme de streaming vient donc de faire une sacrée prise de guerre pour le plus grand bonheur de tous les amoureux de l’humour unique de ces trublions du rire. La troupe regroupait John Cleese, Terry Jones, Terry Gilliam, Graham Chapman, Eric Idle et Michael Palin.

Les films emblématiques des Monty Python seront proposés dans les prochains mois sur le catalogue de Netflix. Il sera donc possible de voir ou revoir Sacré Graal ou bien encore La vie de Brian grâce au géant américain de la SVOD. D’autres œuvres majeures de la troupe seront également accessibles comme leur spectacle Monty Python Live (mostly) : One Down, Five to Go de 2014. Ce show sera accompagné de son documentaire sur les coulisses. L’intégralité de la série Flying Circus sera également accessible sur Netflix. L’ensemble de ces œuvres cultes et hilarantes pourrait ne pas être disponible dès le 15 avril 2018 sur Netflix. Ce catalogue serait, en réalité, distillé sur plusieurs jours et plusieurs semaines.

Les fans de Mister Bean et de Benny Hill vont donc être aux anges ! Ils pourront bénéficier de la quasi-totalité des œuvres cultes des Monty Python, à l’heure du tea time ! God save the Queen! Reste à savoir si les Charlots (Gérard Rinaldi, Luis Rego, Gérard Filippelli, Jean Sarrus, Jean-Guy Fechner) auront un jour droit au même privilège et se retrouveront eux aussi sur Netflix ?

Loro : les premières images du biopic sur Silvio Berlusconi signé Paolo Sorrentino

0

Loro, le nouveau projet sulfureux de Paolo Sorrentino, après The Young Pope et Youth, se dévoile peu à peu.  Ce long-métrage inédit sera un biopic survolté sur les affres de la vie politique et sexuelle de Silvio Berlusconi.

Le prochain film de Paolo Sorrentino, Loro, vient de dévoiler ses premières images ces derniers jours. Ce film démesuré en deux parties risque de faire couler beaucoup d’encre à l’heure où Hollywood est secoué par les scandales d’abus sexuels avec l’affaire Weinstein et les mouvements balance ton porc et Me Too. Loro va en effet s’attarder sur la vie de Silvio Berlusconi et sur l’ivresse du pouvoir et ses dérives.

Un teaser du film a été dévoilé à la mi-mars. Les amateurs de la filmographie de Sorrentino reconnaîtront sa patte et son style unique à travers ces images fugaces sur la descente aux enfers de Silvio Berlusconi et sur son amour immodéré pour la gente féminine. Le chef du gouvernement italien avait notamment été impliqué dans le scandale majeur des soirées bunga bunga. Le nom de l’acteur George Clooney avait même été associé à ces soirées libertines et débridées. Cette affaire avait débouché sur le scandale du Rubygate. Silvio Berlusconi avait été accusé d’avoir incité une jeune femme, mineure aux moments des faits, à la prostitution. A l’époque, Ruby Rubacuori (de son vrai nom Karima El Mahroug) s’était retrouvée à la une de tous les tabloïds italiens et européens.

Le film de Paolo Sorrentino pourrait donc s’aventurer sur le terrain glissant, sulfureux et controversé de Welcome to New York d’Abel Ferrara, librement inspiré de l’affaire DSK, avec Gérard Depardieu et Jacqueline Bisset. Paolo Sorrentino s’était déjà attaqué à une figure politique, Giulio Andreotti, dans Il Divo. Le titre de ce nouveau biopic est un jeu de mots combinant « l’or » et « eux ». Le film devrait notamment s’attarder sur l’entourage de l’homme politique le plus fascinant de ces trente dernières années en Italie. Toni Servillo (La Grande Bellezza, Il Divo) a eu la lourde tâche d’incarner Silvio Berlusconi.

Selon des informations d’Allocine, Loro sera divisé en deux segments, en deux longs-métrages. Cette décision aurait été prise par Paolo Sorrentino à l’issue du tournage. Il s’était confié en septembre 2016 sur les difficultés de ce projet :

Faire un film sur Berlusconi […] est une histoire complexe et il n’est pas toujours possible de faire le film que l’on veut.

Les deux volets de Loro doivent sortir le 24 avril et le 24 mai 2018 en Italie. Aucune date de sortie en France n’a pour le moment été dévoilée. Loro pourrait se retrouver également en bonne position pour la course à des prix prestigieux lors de la future édition du Festival de Cannes. Loro a effectivement des chances de se retrouver sélectionné ou programmé dans le cadre du 71ème Festival de Cannes.

Teaser de Loro de Paolo Sorrentino, en italien :

La Prière de Cédric Kahn : Sous la neige, le feu…et la foi

Avec La Prière, Cédric Kahn retrouve les Alpes pour raconter sans jugement ni parti pris la reconstruction humaine et sociale d’un jeune toxicomane. Un des meilleurs films de son auteur.

Synopsis : Thomas a 22 ans. Pour sortir de la dépendance, il rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il va y découvrir l’amitié, la règle, le travail, l’amour et la foi…

Only God forgives ?

la-priere-cedric-kahn-film-critique-anthony-bajon-messeDe même que le récent l’Apparition de Xavier Giannoli n’est pas vraiment un film sur la religion, ou pas que, La Prière, le nouveau film de Cédric Kahn, malgré un titre encore plus enfermant, ne saurait pas non plus être cantonné à cela : un film sur la prière. Situé dans les mêmes magnifiques paysages de montagne que ceux de Roberto Succo, un des films les plus intéressants du cinéaste, il est plutôt une réflexion sur la construction ou la reconstruction d’un homme.

Thomas (excellent Anthony Bajon), est un jeune toxicomane qui rejoint une communauté de frères catholiques après une overdose qui a failli lui être fatale. On le découvre dans la voiture qui l’y conduit, les yeux meurtris et rivés au sol, ou lançant brièvement des éclairs d’hostilité au conducteur, le curé qui l’a ramassé dans la rue. Un trajet en voiture qui en précèdera plusieurs autres comme un gimmick, dans différentes situations le surprenant toujours de profil, dubitatif ou très motivé aux croisées des chemins, morose ou en joie selon l’occasion.

la-priere-cedric-kahn-film-critique-anthony-bajon-damien-chapelle-manqueOn découvre presque à la manière d’un documentaire la vie dans cette communauté, faite de prière, d’efforts physiques, et de…prière. Le début du film est très impressionnant, grâce en très grande partie à une prestation impeccable du nouvel arrivant Anthony Bajon, une prestation qui lui vaudra d’ailleurs l’Ours d’Argent du meilleur acteur à la Berlinale : la révolte de son corps d’abord par rapport au manque, une scène empreinte de réalisme, et dominée par l’empathie de ses compagnons à son chevet, d’autres « tox » évidemment passés par là ; puis la révolte de son esprit par rapport à cette institution qui lui semble quasi-sectaire avec son trop de règles, son trop d’efforts, son trop peu d’intimité, mais également son trop de gentillesse, son trop de sollicitude, et peut-être aussi son trop de prière. Car la thérapie offerte par la « maison », c’est la prière à marche forcée, sans temps mort, les lectures pieuses entrecoupées de chants pieux, les demandes de miséricorde divine succédant aux séances d’excuses publiques. Anthony Bajon jette toutes les forces de son jeu dans des scènes incroyables d’authenticité, de vigueur, de violence. Des préambules qui permettent à Cédric Kahn de situer le contexte sans parti pris ni jugement.

Mais lorsque, quelque part au milieu du film, nous voyons Thomas et Pierre (Damien Chapelle), son binôme, ou son « ange gardien » dans le langage de la communauté, s’acharner à creuser un énorme trou, pour mieux le reboucher aussitôt, on ne peut s’empêcher de se questionner sur la pertinence de ladite thérapie. L’effort physique pour engourdir le corps, la prière pour étourdir l’esprit, le remplacement d’une addiction par d’autres socialement acceptables : est-ce là le sens de ce qui se passe là-haut dans la montagne, ou au contraire ces nouvelles « occupations » ne sont-elles pas des objectifs en soi ? Peut-on apprendre la prière et apprivoiser la foi comme n’importe quelle discipline scolaire ? Jusqu’où peut-on se mentir à soi-même ? Toutes ces questions traversent l’esprit du spectateur sans le plomber, sans faire de La Prière un film à thèses, tant le rythme du film est soutenu, la direction d’acteurs très précise, et même si la mise en scène est toujours aussi âpre que dans les autres films du cinéaste, avec toujours ce sentiment d’urgence en filigrane (comme dans Roberto Succo, Une Vie meilleure, les Regrets et comme avec tous ces personnages complexes, brûlants et passionnés).

la-priere-cedric-kahn-film-critique-anthony-bajon-groupe-repasMalgré une épiphanie plus ou moins miraculeuse que le jeune Thomas expérimente dans les cimes, dans des séquences qui font la part belle à la majesté des Alpes, La Prière est moins un film mystique qu’une œuvre avec une vraie dimension sociale, où on assiste à la reconstruction des jeunes en souffrance si ce n’est en errance, par la lente mais solide émergence de l’amitié, de l’amour, de l’altruisme, mais également du doute, toutes choses enfouies durant des années sous des grammes d’opiacées ou des litres d’alcool. La prière évoquée dans le titre semble alors être un catalyseur, qu’elle soit sincère ou qu’elle soit une béquille utilisée de manière roublarde pour essayer d’avancer tant bien que mal. Les scènes fortes que le cinéaste a imaginées, celle où Thomas par exemple se retrouve avec la Mère Supérieure de l’institution comme s’il était devant son thérapeute, celle de la blessure miraculeusement guérie au sommet de la montagne, et surtout celle de fin, toutes contribuent à illustrer brillamment l’articulation de la prière dans le cheminement de Thomas et de ses compagnons.

Cédric Kahn est un cinéaste exigeant qui gratte jusqu’à l’os la substance de son matériau pour livrer dans un écrin non dénué d’esthétique des films secs, sans fioritures, permettant au spectateur de se plonger intensément dans les histoires qu’il propose. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de son ambition, mais La Prière est une très bonne surprise qui fait partie du haut de son panier.

La Prière – Bande-annonce

La Prière – Fiche technique

Réalisateur : Cédric Kahn
Scénario : Fanny Burdino, Samuel Doux, Cédric Kahn, d’après une idée originale d’Aude Walker
Interprétation : Anthony Bajon (Thomas), Damien Chapelle (Pierre), Alex Brendemühl (Marco), Louise Grinberg (Sybille), Hanna Schygulla (Soeur Myriam)
Photographie : Yves Cape
Montage : Laure Gardette
Producteurs : Sylvie Pialat, Olivier Père
Maisons de production : Les Films du Worso, Arte France Cinéma, Coproduction / Auvergne Rhône-Alpes Cinéma, Tropdebonheur Productions, Versus Production
Distribution (France) : Le Pacte
Récompense : Ours d’Argent du Meilleur acteur pour Anthony Bajon – Berlin
Durée : 107 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Mars 2018

France – 2018

Lincoln de Steven Spielberg ou l’anti-biopic grimé en autoportrait du cinéaste

Considéré (à tort) comme un énième biopic consacré au célèbre président américain, Lincoln est surtout le moyen pour Spielberg de dresser le portrait d’une icône dont il évite constamment l’hagiographie via une approche en proie à un humanisme et une rêverie poussés à leur extrême. Admirable.

On l’avait subrepticement évoqué dans Amistad, entendu dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan et maintenant on le voit carrément ici : Steven Spielberg a toujours apprécié Abraham Lincoln. Il faut dire que l’homme politique véhicule, depuis sa disparition, une image en phase avec le leitmotiv de Spielberg ; celle d’un autodidacte devenu par la force des choses président d’une nation morcelée qu’il aura su fortifier à l’aide d’une bonne dose de charisme, palabres et espoirs. En clair, celle d’un homme qui, par la force des mots et des histoires (tout l’apanage du rêveur en somme), aura su marquer son temps et faire passer un amendement décisif dans la constitution de son pays : celui ayant trait à l’abolition de l’esclavage. Et un peu à la manière du récent Les Heures Sombres de Joe Wright qui se penche sur une période restreinte pour mieux capturer l’essence de ce que fut Winston Churchill, Spielberg capture 4 mois de la vie de Lincoln : les 4 derniers.

Une ode au storytelling

Embringué dans une crise constitutionnelle, morale et militaire sans précédent, c’est peu dire qu’Abraham Lincoln fut soumis à la pression entre les mois de Janvier & Avril 1865. Une pression d’ailleurs perceptible via la myriade d’enjeux déployés par Spielberg qui, non content de raconter un morceau d’histoire préfère l’intime au gigantisme. Résultat : on raconte d’abord l’histoire de Lincoln, ce dernier ayant le champ libre pour ensuite nous raconter l’Histoire avec un grand H. Une démarche osée qui fait primer l’homme sur l’icône et permet à Spielberg d’éviter l’hagiographie, qu’on était pourtant en droit de craindre. Ainsi se profile une démarche nettement plus humaniste car en privilégiant l’homme que Lincoln fut tout en mettant en pleine lumière ses tourments personnels, on se retrouve avec une icône fissurée, brisée. Rongé par la mort d’un fils et par les conflits qui l’opposaient à son aîné, embarrassé par une vie de couple parfois conflictuelle, Lincoln est dépeint comme un simple quidam ayant hérité d’immenses pouvoirs et de rêves autant si ce n’est plus grands. Et son rêve à lui, c’est clore la guerre civile et abattre l’esclavage. Une double mission qu’il va, par excès de confiance, tacher de résoudre via la tenue d’un seul vote, capital, au Congrès. S’engage alors tractations politiques, discussions de couloirs, magouilles et autres corruptions en pagaille pour tenter de corrompre les réfractaires nichés au cœur du parti démocrate, alors ouvertement esclavagistes. Une succession de scènes qui ne vaudrait sans doute rien si Spielberg, fidèle à son style, y déployait des merveilles de storytelling, donnant à voir quantité de détails, de silences, d’inflexions dans la voix, dans le propos, etc…

Un casting époustouflant

Mais aussi bon puisse être le fond, la forme, elle, est comme toujours d’une simplicité paradoxale chez Spielberg. Essaimant un discours pourtant très riche, il le synthétise, quitte à parfois tomber dans un manichéisme un peu grossier ou pire à éluder certains faits historiques notables. Une synthèse ceci dit salvatrice en ceci qu’elle allège les longues sessions de dialogues échues à son casting dithyrambiques partagé entre un Daniel Day Lewis repoussant encore une fois la notion de jeu, une Sally Field déterminée ou un Tommy Lee Jones aux airs de roc que rien ne semble affecter. C’est bien simple, rarement on aura senti un casting plus enthousiaste, plus investi, plus en phase avec le ton du métrage. Sans doute étaient-ils conscients qu’en s’alignant dans le tiercé de Spielberg, ils avaient toutes les chances de décoller (on pense à Adam Driver, Dane Dehaan, Michael Stulhbarg). Toujours est-il qu’entre une mise en scène inspirée, malicieuse et d’une simplicité folle et un casting incroyable, Spielberg réussit l’exploit de raconter qui était Lincoln via le prisme de sa plus grande réussite, et ce sans occulter ses plus grands échecs.

Dans un écrin mâtiné d’un clair-obscur à la symbolique polysémique, Steven Spielberg déploie avec Lincoln, une ode au storytelling passionnante et incarnée épousant les affres d’une personnalité pleine de contradiction, entre faiblesse et adulation. Chef d’œuvre !

Bande-annonce : Lincoln

Lincoln – Fiche Technique 

Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Tony Kushner, John Logan et Paul Webb, d’après le livre Team of Rivals de Doris Kearns Goodwin
Casting : Daniel Day-Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, Joseph Gordon-Levitt, Tim Blake Nelson, James Spader, Jackie Earle Haley, Lee Pace, Jared Harris, Hal Holbrook, John Hawkes, Walton Goggins, Adam Driver, Dane Dehaan…
Direction artistique : Curt Beech et David Crank
Décors : Rick Carter et Jim Erickson
Costumes : Joanna Johnston
Photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Kathleen Kennedy et Steven Spielberg
Sociétés de production : DreamWorks SKG, Reliance Entertainment, Participant Media, Amblin Entertainment, Parkes/MacDonald Productions, Touchstone Pictures
Société de distribution : Touchstone Pictures (États-Unis), 20th Century Fox (le reste du monde)
Budget : 65 000 000 de dollars américains
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1 – son Dolby Digital
Genre : historique
Durée : 150 minutes
Dates de sortie : 30 janvier 2013

États-Unis – 2012

Cinélatino 2018 : Les 50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs avec La Primera carga al machete

À l’occasion des 30 ans du festival Cinélatino et des 50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs, les deux événements s’associent pour proposer une séance spéciale du tout premier film d’ouverture de cette Quinzaine : La Primera carga al machete, présenté lors de la première édition en mai 1969.

Les quelques mots d’Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, avant la séance :

edouard-waintrop-quinzaine-des-realisateurs-cinelatino-2018« Ce film, ça tombait bien parce que ça racontait l’insurrection cubaine notamment des ouvriers agricoles contre l’empire espagnol en 1868, c’est à dire cent ans avant 68 donc c’était quelque chose qui pouvait pas mieux tomber. Grâce à cette incapacité de Pierre Henri Deleau de dédouaner un film, il a fait mieux, il a fait un vrai événement avec l’ouverture de la Quinzaine. On avait vu déjà des films cubains en France mais jamais dans ces conditions extrêmement favorables. Le film a eu un énorme succès à Cannes, il en a eu un après à Paris. Alors à l’époque, les énormes succès c’est pas ceux d’aujourd’hui où si vous faîtes pas 2 millions d’entrée, vous êtes pas un succès. À l’époque, quand on faisait 35 000 entrées à Paris, c’était énorme, surtout quand c’était un cinéaste totalement inconnu. (…) Le film a été fait dans l’esprit de son réalisateur comme si le cinéma avait existé au temps des daguerréotypes, si vous ne connaissez pas, c’est la première photographie et grosso modo on y voyait surtout du noir et du blanc et rien entre les deux donc c’est des images extraordinairement contrastées, il y a quasiment pas de gris. Le film est donc filmé comme s’il y avait une télévision d’ailleurs, plus même qu’un cinéma, c’est à dire que c’est déjà à l’épaule pour bien suivre les combats. (…) Et puis c’était le film qui avait ouvert la Quinzaine des Réalisateurs qui, elle-même, était complètement adossée à un mouvement mondial du cinéma qui recoupait complètement le mouvement politique de la jeunesse, c’est-à-dire à tort ou à raison aussi bien à Varsovie, qu’à Buenos Aires, pas obligatoirement dans le même sens. Il y avait quand même des contradictions entre les aspirations des cinéastes d’Europe de l’Est qui voulaient en finir avec le communisme et celles de beaucoup de jeunes cinéastes européens ou latino-américains qui pensaient que la liberté ce serait le communisme. Mais, en tout cas, tout le monde voulait changer les choses et ils pensaient que le cinéma allait les aider. (…) Quand on parlait de cinéma, on parlait de politique à l’époque et ça, ça a été un des premiers films qui a servi à faire cela. »

La Primera carga al machete, film cubain réalisé par Manuel Octavio Gomez

synopsis : Sous la forme d’une chronique documentaire, le film reconstruit des fragments de la lutte cubaine pour l’Indépendance de 1868, en particulier la première charge à la machette menée par Máximo Gómez, où elle est devenue une arme décisive face au joug colonialiste.

Dès les premières images, c’est l’impression d’une peinture en noir et blanc qui se dégage de la pellicule. Filmé en 35mm et avec une photographie particulière puisque les scènes ne laissent parfois se distinguer que quelques tâches, les couleurs sont à la limite même du négatif. La forme choisie par Manuel Octavio Gomez est assez intéressante par le mélange des genres des images. La caméra suit les bruits et les conversations, ce qui dynamise totalement le film en plus de la vivacité du sujet et celle avec laquelle les hommes en parlent. Le réalisateur filme les débats entre plusieurs personnes qui sont présentées en amont et les témoignages touchants des cubains, parfois même assez violents. La bascule entre les personnes et l’immersion de la caméra dans les scènes de chaos forment un tout très vivant. La réussite de ce film se trouve aussi dans le travail du son, surtout musicalement grâce aux choix des mélodies lors des scènes qui capturent les atrocités de la lutte, et aux intermèdes musicaux tout à fait géniaux. On imagine facilement pourquoi ce film avait sa place à la Quinzaine l’année suivant 68.

Fiche Technique

Réalisation : Manuel Octavio Gomez

Scénario : Alfredo L. Del Cueto, Julio García Espinosa, Manuel Octavio Gómez, Jorge Herrero

Interprétation : José Rodríguez, Idalia Anreus, Eslinda Núñez, Pablito Milanés, Adolfo Llauradó

Durée : 1h24

Cinélatino 2018 : Paulina García revient sur sa carrière et sur l’affaire Weinstein

Depuis six ans, le festival Cinélatino organise des journées pour échanger autour des thèmes de cinéma, de genre et de politique avec des cinéastes et des universitaires. Chaque année, des professionnels du cinéma et des enseignants-chercheurs jouent le jeu pour proposer au public un moment de discussion et de réflexion autour de ces sujets. Pour cette 6ème édition et pour les 30 ans du Cinélatino, ce sont les femmes qui sont à l’honneur et qui orchestrent cet échange.

– Jeudi 22 mars 2018 à la Cinémathèque de Toulouse

Si Laurence Mullaly (Université Bordeaux Montaigne) commence déjà par remercier les personnes présentes et toutes celles qui inspirent ce beau festival, elle dresse tout de suite le portrait élogieux de l’actrice Paulina García rajoutant que, s’il y a au moins un avantage à la globalisation, c’est la circulation des films qui ont permis à la comédienne de voir sa carrière décoller. Ayant commencé dans le théâtre, la première partie de la discussion s’attarde sur les différences et les points communs entre justement le jeu d’acteur et le fait d’être une artiste à part entière.

cinema-genre-politique-chilenas-cinelatino-discussion-paulina-garcia-laurence-mullalyPaulina García s’exprime ainsi : « Pour jouer un rôle, il faut avant tout être simple mais le métier d’artiste est compliqué, ce qui est là un énorme paradoxe. Quand je prépare un rôle, je me pose beaucoup de questions : Comment je vais transcender le rôle, comment je vais l’élever ? J’essaie de trouver la relation entre moi, le monde extérieur et ce rôle que j’ai à jouer parce que le lien avec le monde extérieur est vraiment à prendre en compte. Être artiste est un métier à plein de temps, c’est une décision pour la vie, on n’est pas artiste seulement du lundi au vendredi. (…) C’est un chemin très progressif, j’ai vraiment peu à peu assumé ce rôle d’actrice. Au début, je n’osais même pas prétendre que j’en étais une mais c’est vraiment peu à peu, quand je me suis engagée dans ce chemin et que j’ai vu vers où cela m’amenait que, finalement, j’ai pu dire que j’étais une actrice, et une artiste aussi. (…) Au Chili, il n’y a pas de réelle distinction entre le fait d’être actrice et artiste parce que l’immense majorité des acteurs de cinéma ont commencé au théâtre. On n’apprend pas à représenter un rôle dans une école de cinéma, c’est dans une école de comédiens. Evidemment, on peut être actrice mais il y a une différence avec être artiste. Je veux dire, on représente tous des rôles, chacun peut être acteur, quand vous êtes devant vos parents, vous assumez le rôle d’enfant et en revanche, quand vous êtes avec votre fiancé(e), vous assumez un rôle d’amoureux ou d’amoureuse. D’ailleurs, rendez vous compte que quand vous commencez à plus assumer un rôle de frère ou de soeur avec votre fiancé(e), ça veut dire que le jeu d’acteur, pour moi, il s’est terminé, vous êtes au bout de la relation donc c’est pas quelque chose de transitoire. Là est la différence entre le fait d’être actrice ou artiste. C’est pour ça que je pense que tout le monde est capable de jouer un rôle mais, en revanche, d’arriver à ce que j’appelle un niveau au dessus, à s’élever un peu plus, d’arriver à rentrer en harmonie avec le monde qui nous entoure avec toutes les petites choses qui bougent, non. Et moi, en tant qu’actrice, j’ai envie que vous vous sentiez en harmonie avec moi, en connexion avec moi quand j’apparais à l’écran.

Dans la suite de la discussion, les deux femmes projettent des séquences de trois films dans lesquels a joué Paulina García afin de parler de ses expériences cinématographiques.

Au sujet de Las analfabetas :

Paulina García : Comme le film est basé sur une pièce de théâtre, il a été filmé sur un seul espace mais au bout d’un moment, le réalisateur a ressenti le besoin d’élargir et de sortir à l’extérieur (…) En effet, on a réellement filmé la réalité, on a juste posé une caméra dans la rue et tout ce qui arrive autour d’elle, c’est vrai, c’est la réalité qui s’inscrit dans le film. (…) 

Laurence Mullaly : Ce qui est intéressant dans le film c’est que Las analfabetas ne renvoie pas seulement au fait de ne pas savoir lire ou écrire mais aussi à l’incapacité peut être de lire les émotions, de sentir ce que peut être en train de sentir l’autre.

Paulina García : Ce qui est amusant aussi c’est qu’à ce moment là, ce sont les grands mouvements de révolte des étudiants au Chili qui ont commencé. C’est un contexte très particulier (…) et donc on s’est posé la question : Qu’est-ce qu’apprendre dans notre pays ? Quelle est la valeur de nos études ? Qu’est-ce que c’est que l’apprentissage en général ? Donc cette oeuvre naît à partir de ça. (…) Il s’agit d’une histoire où chacune d’entre elles va essayer de rompre sa solitude. Jackeline, l’enseignante, parce qu’elle est enfermée dans une sorte de formalité qui l’empêche d’aller vers l’autre et Ximena parce qu’elle est attrapée dans une ignorance mais aussi parce qu’elle a construit un mur pour se protéger de l’extérieur et ce mur l’empêche d’aller vers l’autre ; c’est un mur de mensonge pour cacher l’illettrisme qui est le sien.

gloria-sebastian-lelio-paulina-garcia-cinelatino-2018

Au sujet de Gloria :

Laurence Mullaly : Gloria c’est le nom de la protagoniste du film mais ça veut signifier aussi la gloire et votre gloire à vous.

Paulina García : Effectivement, je pense que Gloria a changé mon destin, c’est pas que je faisais des choses inintéressantes, au contraire, je faisais des choses qui étaient assez plaisantes mais l’arrivée de ce film a changé le cours des choses. (…) Une fois que Sebastián Lelio avec son co-scénariste m’ont appelée, on s’est rencontrés tout de suite, on a passé une après-midi à boire des bières et à discuter de ce scénario qui n’avait aucun mot d’écrit encore (…) Et donc Sebastián et son co-scénariste ont fini par me proposer un storyboard mais un an après. La différence, c’est que dans le storyboard, il y a juste les indications sur les scènes, il n’y a pas, comme dans un scénario, de dialogues véritablement écrits. (…)

Laurence Mullaly : Le film a fait un carton dans le monde entier (…) et met, pour la première fois depuis longtemps, en avant une femme mûre dont le cinéaste lui-même disait que c’était typiquement le genre de personnage secondaire (…) Une femme de 50 ans et plus n’a plus d’existence, elle a rempli son rôle, elle a été mère, elle a été épouse, éventuellement avec la modernité elle peut divorcer mais là, et bien c’est ça le point de départ. (…) Et c’est ça qui est intéressant dans la relation avec le cinéaste qui là encore est plus jeune et racontait qu’il avait envie de rendre hommage aux femmes de la génération de sa mère. »

Puis, l’échange finit par un aperçu complet de sa filmographie grâce à des questions du public sur son rôle dans Narcos par exemple.

Paulina García : On a vraiment travaillé avec plusieurs réalisateurs : un réalisateur brésilien, étasunien et un autre réalisateur colombien et c’était très intéressant de passer entre les mains de chacun de ces réalisateurs parce que chacun avait une façon de filmer assez spécifique. (…) Ça a été vraiment très intéressant de participer à reconstruire cette histoire qui a été significative pour le monde entier, qui a retourné la Colombie mais qui a aussi changé la délinquance dans le monde entier. En particulier pour l’Amérique latine après l’existence de Pablo Escobar, il y a vraiment eu un avant et un après l’existence de ce chef de cartel. 

Paulina García à propos de l’affaire Weinstein, de l’actualité et de sa vision depuis l’Amérique latine : 

« Je dois dire que c’est un peu les montagnes russes dans ma position par rapport à cette affaire et tout ce qui suit (…) Alors, ce qui est très bien c’est qu’on a mis les choses sur la table et que maintenant on en parle de ces problèmes de harcèlement dans l’industrie du cinéma mais je dois dire qu’au Chili, vu que le cinéma n’est pas vraiment une industrie, je pense qu’il y en a forcément, mais peut-être beaucoup moins qu’ailleurs. Et comme moi je suis une actrice plutôt de théâtre, qui est un lieu au Chili où l’on a très peu de moyen donc il faut faire beaucoup avec très peu, donc le temps pour le harcèlement n’existe pas parce qu’il est employé à autre chose. Peut-être dans le monde de la télévision, mais que je connais très mal car j’en ai fait peu, peut-être que les cas sont plus fréquents. Et donc ce que l’affaire Weinstein a mis en lumière c’est la possibilité de l’égalité, voilà, on ouvre une fenêtre pour aller vers l’égalité complète entre les femmes et les hommes, mais, peut-être qu’il va y a voir des diminutions de ces cas de harcèlement. Par contre ce qui est aussi très prégnant, c’est les femmes qui meurent sous les coups de leurs compagnons. Alors, peut-être moins au Chili mais en Amérique latine, par exemple en Colombie, les chiffres sont quand même alarmants et c’est le problème qui moi m’affecte le plus. Je crois aussi que cette affaire Weinstein, le revers on va dire, c’est qu’il se produit quelque chose que l’on pourrait qualifier de chasse à l’homme avec une persécution de certains hommes. Mais il me semble que c’est quelque chose d’assez passager, c’est une conséquence directe de cette affaire. On parle plus des affaires de harcèlement et donc on accuse davantage les hommes mais ne vous inquiétez pas, je pense que c’est aussi un cap à passer. Ce qui est assez hallucinant de voir dans le milieu du cinéma, c’est que même des gens de la taille de Weinstein pour ce qui est de la production, comme par exemple malheureusement Kevin Spacey ou encore Casey Affleck qui est l’acteur qui a gagné l’Oscar pour son rôle dans le film Manchester by the sea, sont des personnes qui sont accusées de harcèlement et je vais raconter une anecdote sur Casey Affleck. On était aux Etats-Unis aux Independent Spirit Awards, on présentait le film Brooklyn Village pour un prix et Casey Affleck était là et quand il s’est assis dans la salle, il y a eu un vide qui s’est fait autour de lui, les femmes ne se sont pas assises autour de lui et moi je ne connaissais pas l’histoire, je ne savais pas pourquoi et en fait, on m’a raconté que c’était vraiment un harceleur malade, que c’était vraiment une pathologie. C’est lui qui a gagné le prix aussi pour l’interprétation dans Manchester by the sea à cette cérémonie-là et personne n’a rien dit en fait, personne n’a sifflé, personne n’a fait de remarques, la seule chose qu’ont réussi à faire les femmes c’est de ne pas applaudir donc voilà, il faut que certaines personnes payent. Il faut que les personnes qui ont fait ça payent mais là c’est quand même encore difficile, quand on a face à nous de grands acteurs ou de grands personnages de cinéma, de parler, de dire les choses. Et donc pour finir, il y a des gens qui se demandent pourquoi des grandes actrices de grande renommée qui s’habillent en Chanel ou en Dior vont aussi mettre le hashtag #MeToo, je crois qu’elles ne le font pas pour elles, elles le font pour toutes les autres actrices qui ont plus besoin peut-être de ces actes pour essayer d’arriver à quelque chose et qui en sont traumatisées et vont l’être pour le reste de leur vie. Je crois vraiment que ces grandes actrices qui s’exposent ne le font pas seulement pour elles mêmes, elles le font pour vous toutes et puis pour toutes les actrices qui sont derrière et qui vont revenir. »

Cheval de guerre de Steven Spielberg : le cinéma en lettres majuscules

Sorti quelques mois à peine après les Aventures de Tintin, Cheval de guerre fait quelque peu figure de troisième roue du carrosse dans la filmographie récente de Steven Spielberg. Pas facile de trouver sa place entre le périple ébouriffant en performance capture et son Lincoln qui un an plus tard, sculptait l’un des grands mythes politiques U.S dans la glaise de ses états d’âme. Pourtant, cette adaptation du livre de Michael Morpurgo n’a rien d’une récréation en eau douce entre la chasse de ces deux baleines derrière lesquelles Spielberg a longtemps couru.

Rendez-vous en terrain (in)connu

Si sa trame renvoie de prime abord à une variation d’E.T (l’odyssée d’un cheval à travers son amitié avec un garçon dans l’Angleterre pré-première guerre mondiale), l’expérience se construit ici sur un processus totalement différent. Reflet d’un temps où Steven Spielberg semblait branché en temps réel sur le cortex de l’inconscient collectif, E.T était le film d’un cinéaste qui s’adressait au spectateur sous des formes qui leur étaient immédiatement familières. Ce qui ne les empêchait pas d’être novatrices, Spielberg ayant toujours eu cette capacité inouïe à rendre immédiats et évidents les outils les plus avant-gardistes. Or, la particularité de Cheval de guerre est justement d’interpeller le public au travers d’un régime d’images qu’il ne connaît plus. Soit le cinéma des Ford, Lean, etc., tenants d’une certaine idée de la pureté cinématographique, où le rapport du spectateur avec ce qu’il voit n’est conditionné que dans la seule puissance d’évocation du cadre, où les grands sentiments trouvent leur traduction décomplexée à l’écran. A l’instar du  King Kong de Peter Jackson (producteur de Tintin, on le rappelle), Spielberg convoque ses émotions d’enfance à l’écran pour ressusciter un rapport perdu au 7ème Art.

cheval-de-guerre-steven-spielberg
Mémoire de l’enfance

Contrairement aux Aventures de Tintin, où il s’agissait de faire accepter au public d’aujourd’hui le cinéma de demain, Cheval de guerre parle au spectateur à travers le prisme du cinéma d’hier. Dans les deux cas, il s’agit cependant de traduire l’essence du médium à travers ses formes d’expression les plus évocatrices (on se souvient de l’influence burlesque présente dans Tintin). D’où ici une débauche de plans beaux à en décoller la rétine, qui hyperbolisent une certaine mémoire du cinéma classique pour se mettre à niveau de la candeur du personnage principal. Mais même avec la virtuosité de Spielberg, la démarche pourrait sembler bêtement passéiste en d’autres mains s’il s’agissait de recopier servilement les idées recettes des grands alchimistes qui ont fondé le langage cinématographique. Mais outre le fait que le cadre historique du sujet lui intime de se mettre à des niveaux de représentation des personnages, Cheval de guerre ne s’accroche jamais à sa profession de foi comme s’il s’agissait d’une fin en soi.

Vernis de l’innocence

On le sait, sous le vernis de l’innocence et la candeur grand-public, la filmographie de Steven Spielberg a toujours manipulé une tonalité beaucoup plus grave, laissant le soin à l’image d’imprimer chez le spectateur ce qui n’était pas formulé ouvertement. Sur ce point, le réalisateur de Rencontres du 3ème type a toujours été le meilleur élève des réalisateurs qu’il admirait. Toute la force du cinéma classique a toujours résidé dans sa capacité à transcender le carcan moral et les tabous sociaux corsetant ses histoires pour exprimer visuellement ce qu’ils ne pouvaient pas dire tout haut.

cheval-de-guerre-cinema-steven-spielberg
Tranche de vie dans le cottage

Or, plus qu’aucun autre film de Spielberg du fait de sa note d’intention,  Cheval de guerre exacerbe sa candeur pour mieux charrier des thèmes difficiles. Alors qu’il semble emprunter la voie contraire, Spielberg ne nous épargne rien des horreurs liées à son sujet, mettant à disposition du public des scènes qui se seraient sans doute avérées insoutenables ailleurs. On pense notamment à cette exécution voilée par les palmes d’un moulin, ou ces moments où le bidet subit les maltraitances des militaires qui l’emploient sur le front. En cela Cheval de Guerre est bien une leçon de cinéma, au sens où le réalisateur prouve que le propos ne se juge pas à la distance que l’on affiche par rapport au sujet, mais à la façon dont on laisse le découpage imprégner le cadre de sa signification. De fait, il est fortement recommandé de laisser votre cynisme à l’entrée pour pouvoir pleinement apprécier l’expérience conçue par Tonton Steven. C’est en cela que Cheval de Guerre, marque une étape importante dans la carrière du maître,  désormais  gardien du temple d’une idée du cinéma qui n’est plus forcément celle de ses contemporains. Ce qui n’attente au rien à sa puissance intemporelle.

Cheval de Guerre : Bande-annonce

Cheval de Guerre : Fiche Technique

Titre original : War Horse
Titre français : Cheval de guerre
Réalisation : Steven Spielberg
Interprétation: Jeremy Irvine (Albert Narracott), Tom Hiddleston (capitaine Nicholls), Benedict Cumberbatch (major Stewart)
Emily Watson (Rose Narracott),David Thewlis (Lyons), Stephen Graham (sergent Sam Perkins)
Scénario : Lee Hall et Richard Curtis, d’après l’œuvre de Michael Morpurgo
Direction artistique : Andrew Ackland-Snow, Alastair Bullock, Molly Hughes, Neil Lamont et Gary Tomkins
Décors : Rick Carter
Costumes : Joanna Johnston
Directeur de la photographie : Janusz Kamiński
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Son : Richard Hymns
Production : Steven Spielberg, Revel Guest, Kathleen Kennedy, Frank Marshall

 

Le Testament Caché : l’épitaphe de Jim Sheridan

On n’avait plus de nouvelles de Jim Sheridan depuis Dream House, dont la production réputée houleuse a conduit le cinéaste irlandais à renier le résultat final, qui eut tout loisir de se faire promptement démolir par la critique et le public. Le Testament Caché allait-il faire office de sinécure créative pour le réalisateur, qui trouverait un second souffle sur les terres de son Irlande natale avec un matériau taillé pour lui ?

Retour aux sources

Du moins, c’est le scénario auquel on voulait croire. Car même si son précédent film n’avait pas volé le lynchage dont il fut l’objet, avec son récit clairement recalibré en cours de route pour surfer sur le succès de Shutter Island à coups de suspense cheapos et de twists éventés, on imagine à quel point la période fut difficile à vivre pour un réalisateur plus habitué à rouler sous les louanges qu’à encaisser des coups. Le Testament Caché avait donc tout du retour en grâce attendu, même si les signaux envoyés par sa sortie en catimini en Blu ray / VOD trois ans après ses prises de vues n’incitaient pas forcément à la confiance. Malheureusement, force est de constater que la petite voix suspicieuse au fond de nous compte une victoire de plus à son actif.

Le Testament Caché narre l’histoire de Rose McNulty en deux époques. Cette pensionnaire d’un hôpital psychiatrique est accusée d’avoir tué son propre bébé soixante ans auparavant. Alors que l’établissement s’apprête à changer de murs, elle relate son parcours au psychiatre chargé de réévaluer son cas. Celui-ci va trouver des résonances étrangement personnelles dans la vie de sa patiente…

Quiconque est familier de la filmographie de Jim Sheridan a reconnu dans ce sujet les grands thèmes qui ont façonné la filmographie du réalisateur. Le combat de l’individu pour imposer son libre-arbitre aux diktats des institutions sociales, le poids aliénant du passé et l’impossibilité de s’en détacher, la quête de filiation tumultueuse… Tous les éléments dans Le Testament Caché étaient réunis pour offrir à cet irréductible tenant du classicisme noble, un retour par la grande porte. Y compris dans une forme romanesque dont il a eu maintes fois l’occasion de démontrer sa maîtrise, notamment dans sa facilité à constamment ramener la grande histoire dans le giron de l’intimité de ses héros.

critique-le-testament-cache-eric-bana-vanessa-redgrave
Eric Bana au chevet de sa mystérieuse patiente.

A bout de souffle

De fait, la conscience que Sheridan disposait du projet idéal pour rebondir accentue d’autant plus la déception, alors que s’affichent les lettres du générique de fin. Pourtant, le film ne commence pas si mal, les quinze premières minutes nous rappelant au bon souvenir du style de son auteur. Ses cadres limpides constamment à bonne hauteur des personnages, la fluidité de son découpage, sa maîtrise de la scénographie dissimulée derrière la fausse simplicité de la forme… Mais les choses s’enveniment à travers l’interaction cahoteuse entre les deux époques du récit. Le Testament Caché échoue constamment à faire travailler de concert ses deux niveaux de narration, l’un ne trouvant écho dans l’autre qu’au travers des choix terriblement arbitraires du scénario.

Un écueil qui culmine dans la gestion catastrophique du twist final, qui achève d’enterrer la cohérence de l’édifice ainsi que l’implication du spectateur, déjà sérieusement mise à mal par des partis-pris pour le moins discutables. En premier lieu le choix de Rooney Mara pour le rôle principal, la comédienne (pourtant douée) ne dégageant jamais ce que la population enfermée dans l’hypocrisie réac’ de l’Irlande de 1942 est censée projeter en elle. Un miscast surprenant de la part du réalisateur qui prive ainsi du lien que le récit est censé établir avec le personnage, d’autant plus que la mise en scène renonce bien vite à rattraper un déroulé hasardeux des événements. Comme si Sheridan se mettait en retrait de son propre film, n’essayant même pas de tirer vers le haut ce qui aurait pu l’être.

Sans être honteux au point de sceller la fin de carrière d’un grand réalisateur, Le Testament Caché porte clairement en bandoulière les raisons de son calendrier de sortie litigieux. Difficile de mettre ça sur le compte des stigmates de production ou d’une perte de motivation de la part de Sheridan qui signe un film clairement indigne de figurer aux côtés d’ Au nom du père , In America et autres titres d’une filmographie aussi prestigieuse que mal représentée en l’état.

Le Testament Caché : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Z8aF0JpY04g

Le Testament Caché : Fiche Technique

Titre original : The Secret Scripture
Titre français : Le Testament Caché
Réalisation : Jim Sheridan
Scénario : Jim Sheridan et Johnny Ferguson
Interprétation: Vanessa Redgrave (Roseanne McNulty âgée), Rooney Mara (Roseanne McNulty jeune), Eric Bana (Dr. William Grene), Theo James (père Gaunt), Aidan Turner (Jack), Jack Reynor (Michael McNulty)…
Direction artistique : Michael Higgins
Décors : Jil Turner
Costumes : Joan Bergin
Photographie : Mikhail Krichman
Montage : Dermot Diskin
Musique : Brian Byrne

Pacific Rim Uprising : en fer et sans secousses

Confiée à Steven S. DeKnight, cette suite du blockbuster de Guillermo Del Toro ne réussit pas à renouveler la magie du premier opus. Pire, Pacific Rim Uprising prouve que le cinéma « geek » s’enfonce de plus belle dans sa propre stupidité auto-satisfaite.

A la fois hommage et réinterprétation internationale d’un imaginaire proprement japonais, Pacific Rim (2013) n’avais pas vraiment trouvé son public. Trop idiot pour certains, trop étrange pour d’autres. Il n’en restait pas moins que derrière l’étiquette de gros blockbuster bas du front, Guillermo Del Toro avait réussi à donner un souffle épique aux aventures de ses robots géants, grâce à l’amour sincère qu’il portait au genre et à ses talents de metteur en scène qui ne sont plus à prouver. Deux éléments qui font cruellement défaut à cette suite qui semble avoir été réalisée dans l’unique objectif de mettre en place une saga qui risque bien de s’arrêter maintenant.

L’élément le plus cité par les détracteurs du premier film, qui pensent toujours faire tomber un édifice en enlevant une seule brique, est cette histoire d’épée qui sort de nulle part lors d’un combat aérien. « Pourquoi ne l’utilisent-ils pas plus tôt ? ». C’est vrai que la question aurait pu être réglée plus vite. Sauf que ce que l’on aurait gagné en efficacité narrative, nous l’aurions perdu en force spectaculaire.
Pacific Rim était un spectacle total. Par sa débauche d’effet spéciaux particulièrement réussis, Del Toro offrait un film en forme de manifeste : le cinéma pouvait encore faire rêver et mettre des paillettes dans les yeux, loin de tout le cynisme mercantile qui plombe la production actuelle. Cette épée qui sortait de nulle part était une surprise pour nous, une façon de dire que le film pouvait encore nous étonner. Il y avait quelque chose de naïf et d’enfantin dans cet univers rempli de robots géants, de savants fous et de soldats casse-cou. C’était un monde qui ne sortait pas de l’esprit d’un fou, ni d’un geek, mais d’un enfant rêveur.
L’épée est toujours là, prête à servir et utilisée dès que les héros en ont l’occasion. La seule surprise, c’est qu’elle sera doublée à la fin du film. L’effet tombe à plat, l’amusement enfantin est parti. Tout ce qu’il nous reste c’est cette impression que le film n’a été pensé qu’en termes de marketing. Toujours plus gros, toujours plus dense… Mais pas forcément plus beau.

Autre point de discorde sur le premier : son scénario tenant sur un timbre poste. Poussons le bouchon plus loin : c’était plus ou moins la même trame que Independence Day (avec un soupçon de Top Gun). Mais au moins Del Toro avait compris les enjeux propre aux genres qu’il convoquait. Il comprenait que l’extension mécanique devait être extension psychologique (la perte d’un membre de sa famille, le besoin de protection etc). Cette très belle idée de « la dérive » où deux pilotes fusionnent leurs souvenirs pour contrôler un robot géant amenait les personnages à se comprendre, et donnait à leur combat une profondeur et un enjeu plus fort. Couplé à la lourdeur assumée des robots, le film montrait des personnages loin d’être infaillibles, obligés de faire front face à une situation qui les dépasse. Osons la comparaison, Pacific Rim était presque une réponse arty à l’esthétique publicitaire de Michael Bay.

Uprising se veut comme une extension de l’univers de Del Toro. Mais jusque dans son final presque identique, le film de Steven S. DeKnight ressemble un peu trop à Independance Day : Resurgence. Multiplication des personnages, tentative ratée de décrire un monde ouvert sur la question extra-terrestre, références maladroites aux anciens et ajout forcé de nouvelles têtes. La référence à Top Gun n’est pas non plus très lointaine, puisque l’histoire se concentre dans un premier temps sur des drones censés remplacer les pilotes humains (mais à quoi servent encore ces robots si la guerre est finie ?). Sauf qu’aucun de ces éléments n’a vraiment de sens autre que celui de multiplier les possibilités. La simplicité du premier opus qui permettait le spectaculaire en prend donc un sacré coup dans l’aile.

Pacific Rim Uprising montre finalement ses limites dans un arc narratif particulièrement gênant. Le personnage d’Amara, d’abord mécanicienne free-lance, est recrutée de force par l’armée pour être formée comme pilote. Celle qui était du côté des laissés-pour-compte et de ce nouveau monde souterrain (trop peu développé) rejoint donc la légalité (comprendre « le bien » même si c’est des militaires). Développement classique qui ne poserait pas de problème si le personnage n’était pas… une enfant. Le scénario franchit la ligne dans le dernier acte en faisant participer la jeune fille et ses camarades de promo (tous du même âge) à la bataille finale. Faut-il envoyer un mémo aux producteurs pour leur rappeler que les enfants soldats sont un vrai problème dans certaines zones du monde ? Aucune situation ne devrait exiger d’envoyer des enfants au casse pipe. Pourtant le film se permet cet écart et personne (pas même la principale intéressée) ne remet en question ce fait. On s’attendrait presque à une scène où elle serait décrite comme mignonne en uniforme. Heureusement celle-ci ne viendra pas, mais les scénaristes sont déjà allés trop loin. En plus d’être stupide, ce film a quelque chose de dangereux.

C’est bien le problème majeur de Pacific Rim Uprising. Les nombreux éléments ne resteront que des éléments. Aucun ne sera vraiment développé ou commenté et tous s’accumuleront jusqu’à l’indigestion. Le seul intérêt de cette suite est qu’elle prouve aux détracteurs du premier que Del Toro avait au moins un talent de metteur en scène. Le filtre gris fade appliqué par DeKnight (hérité des Marvels) casse toute immersion, et aucune beauté ou poésie (car il y en avait un peu dans le premier) ne se dégage de ces combats gigantesques. L’apparition d’un mème connu dans le dernier quart, clin d’œil gênant au public geek, prouve au moins une chose : Steven S. DeKnight se fout de notre tronche, mais n’a rien compris à son propre film. Guillermo et son ami Oscar doivent bien se marrer dans leur coin.

Pacific Rim Uprising : Bande-annonce

Synopsis : Le conflit planétaire qui oppose les Kaiju, créatures extraterrestres, aux Jaegers, robots géants pilotés par des humains, n’était que la première vague d’une attaque massive contre l’Humanité. Jake Pentecost, un jeune pilote de Jaeger prometteur dont le célèbre père a sacrifié sa vie pour sauver l’Humanité des monstrueux Kaiju, a depuis abandonné son entraînement et s’est retrouvé pris dans l’engrenage du milieu criminel.
Mais lorsqu’une menace, encore plus irrésistible que la précédente, se répand dans les villes et met le monde à feu et à sang, Jake obtient une dernière chance de perpétuer la légende de son père aux côtés de sa sœur, Mako Mori – qui guide une courageuse génération de pilotes ayant grandi dans l’ombre de la guerre. Alors qu’ils sont en quête de justice pour leurs camarades tombés au combat, leur unique espoir est de s’allier dans un soulèvement général contre la menace des Kaiju. Jake est rejoint par son rival, le talentueux pilote Lambert et par Amara, une hackeuse de Jaeger âgée de 15 ans, les héros du Corps de Défense du Pan Pacific devenant la seule famille qui lui reste. S’alliant pour devenir la plus grande force de défense que la Terre ait jamais connue, ils vont paver un chemin vers une extraordinaire nouvelle aventure.

Pacific Rim Uprising : Fiche Technique

Réalisateur : Steven S. DeKnight
Scnenario : Guillermo del Toro, Zak Penn, Jon Spaihts, Derek Connolly, Emily Carmichael, Kira Snyder, T. S. Nowlin, d’après une histoire de Travis Beacham, Guillermo del Toro et Zak Penn
Interpretes : John Boyega, Scott Eastwood, Cailee Spaeny, Madeleine McGraw, Rinko Kikuchi, Charlie Day, Burn Gorman, Jing Tian, Adria Arjona, Zhang Jin, Karan Brar, Ivanna Sakhno…
Direction artistique : Luke Freeborn
Décors : Stefan Dechant
Photographie : Daniel Mindel
Montage : Dylan Highsmit et Zach Staenberg
Musique : Lorne Balfe
Budget : 150 millions USD
Bande originale : Lorne Balfe
Genre : science-fiction, action
Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 111 minutes
Date de sortie : 21 mars 2018

États-Unis 2018