À l’occasion des 30 ans du festival Cinélatino et des 50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs, les deux événements s’associent pour proposer une séance spéciale du tout premier film d’ouverture de cette Quinzaine : La Primera carga al machete, présenté lors de la première édition en mai 1969.
Les quelques mots d’Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs, avant la séance :
« Ce film, ça tombait bien parce que ça racontait l’insurrection cubaine notamment des ouvriers agricoles contre l’empire espagnol en 1868, c’est à dire cent ans avant 68 donc c’était quelque chose qui pouvait pas mieux tomber. Grâce à cette incapacité de Pierre Henri Deleau de dédouaner un film, il a fait mieux, il a fait un vrai événement avec l’ouverture de la Quinzaine. On avait vu déjà des films cubains en France mais jamais dans ces conditions extrêmement favorables. Le film a eu un énorme succès à Cannes, il en a eu un après à Paris. Alors à l’époque, les énormes succès c’est pas ceux d’aujourd’hui où si vous faîtes pas 2 millions d’entrée, vous êtes pas un succès. À l’époque, quand on faisait 35 000 entrées à Paris, c’était énorme, surtout quand c’était un cinéaste totalement inconnu. (…) Le film a été fait dans l’esprit de son réalisateur comme si le cinéma avait existé au temps des daguerréotypes, si vous ne connaissez pas, c’est la première photographie et grosso modo on y voyait surtout du noir et du blanc et rien entre les deux donc c’est des images extraordinairement contrastées, il y a quasiment pas de gris. Le film est donc filmé comme s’il y avait une télévision d’ailleurs, plus même qu’un cinéma, c’est à dire que c’est déjà à l’épaule pour bien suivre les combats. (…) Et puis c’était le film qui avait ouvert la Quinzaine des Réalisateurs qui, elle-même, était complètement adossée à un mouvement mondial du cinéma qui recoupait complètement le mouvement politique de la jeunesse, c’est-à-dire à tort ou à raison aussi bien à Varsovie, qu’à Buenos Aires, pas obligatoirement dans le même sens. Il y avait quand même des contradictions entre les aspirations des cinéastes d’Europe de l’Est qui voulaient en finir avec le communisme et celles de beaucoup de jeunes cinéastes européens ou latino-américains qui pensaient que la liberté ce serait le communisme. Mais, en tout cas, tout le monde voulait changer les choses et ils pensaient que le cinéma allait les aider. (…) Quand on parlait de cinéma, on parlait de politique à l’époque et ça, ça a été un des premiers films qui a servi à faire cela. »
La Primera carga al machete, film cubain réalisé par Manuel Octavio Gomez
synopsis : Sous la forme d’une chronique documentaire, le film reconstruit des fragments de la lutte cubaine pour l’Indépendance de 1868, en particulier la première charge à la machette menée par Máximo Gómez, où elle est devenue une arme décisive face au joug colonialiste.
Dès les premières images, c’est l’impression d’une peinture en noir et blanc qui se dégage de la pellicule. Filmé en 35mm et avec une photographie particulière puisque les scènes ne laissent parfois se distinguer que quelques tâches, les couleurs sont à la limite même du négatif. La forme choisie par Manuel Octavio Gomez est assez intéressante par le mélange des genres des images. La caméra suit les bruits et les conversations, ce qui dynamise totalement le film en plus de la vivacité du sujet et celle avec laquelle les hommes en parlent. Le réalisateur filme les débats entre plusieurs personnes qui sont présentées en amont et les témoignages touchants des cubains, parfois même assez violents. La bascule entre les personnes et l’immersion de la caméra dans les scènes de chaos forment un tout très vivant. La réussite de ce film se trouve aussi dans le travail du son, surtout musicalement grâce aux choix des mélodies lors des scènes qui capturent les atrocités de la lutte, et aux intermèdes musicaux tout à fait géniaux. On imagine facilement pourquoi ce film avait sa place à la Quinzaine l’année suivant 68.
Fiche Technique
Réalisation : Manuel Octavio Gomez
Scénario : Alfredo L. Del Cueto, Julio García Espinosa, Manuel Octavio Gómez, Jorge Herrero
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Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
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Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.
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