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Concours This Is Your Death : Gagnez 5 liens du film en VOD

Concours : Gagnez 5 liens du premier long métrage This Is Your Death de Giancarlo Esposito que l’on a découvert dans le rôle de l’effroyable Gus Fring de Breaking Bad. On retrouvera au casting Famke Janssen (X-Men), Sarah Wayne Callies (The Walking Dead) Giancarlo Esposito (Breaking Bad) et Josh Duhamel (Transformers)

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Un animateur de téléréalité désillusionné et un réalisateur idéaliste sont poussés par leur réseau à produire une série dans laquelle les participants s’entretuent.

Titre original : The Show
Réalisateur : Giancarlo Esposito
Scénariste : Noah Pink, Kenny Yakkel
Distribution : Josh Duhamel, Famke Janssen, Sarah Wayne Callies, Giancarlo Esposito, Chelah Horsdal, Caitlin Fitzgerald, James Franco…
Monteur : Jamie Alain
Compositeur : Rich Walters
Directeurs de casting : Kara Eide, Kris Woznesensky, Angela Demo
Producteurs : Giancarlo Esposito, Christopher D’Elia, Lawreen E. Kayl, Michael Klein
Durée : 1h 44min)
Genre : Drame, Thriller
Sortie en VOD : 28 mars
Pays d’origine : États-Unis

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Le Terminal de Steven Spielberg : Amour sans turbulences

Si on est rarement surpris de voir Spielberg à la tête d’un blockbuster de SF ou dans le cadre d’un drame historique, on peut s’étonner devant certains autres de ses choix. Preuve qu’il est un cinéaste total, il s’attelle donc en 2003, contre toute attente, à une comédie romantique : Le Terminal. Et au-delà de livrer une petite pépite, il tente de soigner un monde malade.

Entre 1988 et 2006, dans l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, un homme du nom de Mehran Karrimi Nasseri erre. Réfugié iranien, sans papiers, il est bloqué dans cet aéroport devenu depuis sa nouvelle maison. C’est cette histoire qui inspirera celle du Terminal. Soit l’aventure de Victor Narovski (Tom Hanks), originaire de Krakozie, bloqué à JFK suite à un coup d’Etat dans son pays. Désormais ressortissant d’un pays non reconnu par les USA, il ne peut rentrer chez lui, ni pénétrer sur le sol américain. S’impose alors de vivre tant bien que mal dans le terminal.

Nul besoin de préciser que la facture visuelle du Terminal le hisse au-dessus du tout venant de la production des comédies. Nanti d’un budget de 60 millions, Spielberg crée entièrement le décor du Terminal et s’y balade avec une aisance dingue, parcourant le film d’un symbolisme éloquent et d’une simplicité désarmante sur les questions de frontières, de déambulation et de zones. Ce travail soutient d’ailleurs à merveille le script fourni et dense, initialement développé par Andrew Niccoll (Bienvenue à Gattaca, Lord of War,…) et Sacha Gervasi (Anvil!).

Le Terminal occupe, malheureusement, une place mineure dans la filmographie de Spielberg. Et quand il n’est pas complètement oublié, on lui reproche un peu rapidement sa niaiserie et sa naïveté. Léger, certes le film l’est, bien aidé par la musique d’un John Williams, malicieux, retrouvant des arpèges proches de…Maman, j’ai raté l’avion ! (ça ne s’invente pas). Drôle aussi par cette succession de personnages truculents et ces saynètes burlesques au montage et au tempo irréprochables. Tendre bien entendu via cette histoire d’amour entre Narovski et une hôtesse de l’air, romance à l’issue plus qu’inattendue et audacieuse. Mais indéniablement, le film est surtout une fable optimiste et positiviste, ce qui hérissera forcément le poil des esprits chagrins.

Ainsi, dans un véritable prolongement de Forrest Gump, Tom Hanks (toujours incroyable de normalité) campe un candide étranger découvrant l’Amérique au travers des vitrines de duty free. Une façade mercantile faite de boutiques à gadgets et de fast-foods. Une façade bon teint surtout destinée à cacher un pays pété de trouille (le film sort deux ans après le 11 septembre), cornaqué dans la peur de l’étranger et de l’autre où l’humain devient une marchandise en transit à contrôler, à tamponner et dont il faut se méfier. Ce que personnifie d’ailleurs l’intéressant antagoniste qu’est Frank Dixon (Stanley Tucci), commissaire des douanes rectangulaire souhaitant se débarrasser de l’anomalie Narovski.

Car dans cette odyssée à la Frank Capra, le personnage profondément bon que campe Hanks va effectivement être l’anomalie d’un système monolithique (qui aura déjà pris l’avion pour les States me comprendra). Un grain de sable dans les rouages écrasants, qui va trouver les failles et faire sienne une maxime très Campbelienne : « Si le monde ne va pas, change le monde. ». Par ses actions souvent désintéressés, profondément gentilles, naturelles ou malignes, Victor va gagner, tel Gump, des amis. Et surmonter ainsi chaque obstacle (manger, dormir, avoir de l’argent,…) par sa seule bonté et sa bonhomie, éclairant le chemin avec bienveillance et humanité. Et à la manière de Gandhi, résister sans violence aux assauts d’un Tucci pourri de principes absurdes, contradictoires et hypocrites.

Hanks incarne l’homme qui dit non, non à un monde fermé et inquiet, non au statu quo d’interactions déshumanisées. Et cet homme c’est bien entendu Spielberg qui, en Capra moderne, veut réenchanter un monde en crise. Si le film n’en parle jamais, il est pourtant nourri du traumatisme post-11 septembre où l’Amérique à durci sa politique d’immigration notamment dans ses aéroports. Troquant ainsi son identité pour sa sécurité.

Car l’Amérique est ce pays inédit, façonné par l’immigration, mosaïque d’êtres venant des quatre coins du globe vers le Nouveau Monde. Ce n’est pas pour rien que le film met autant en avant les employés de l’aéroport (noirs, latinos, Indiens, Irlandais…). D’une part, Spielberg envoie ainsi un gentil taquet à des États-Unis qui traitent certaines de ses minorités fondatrices avec autant de considération que la France (en gros, lavez mon lino, videz mes poubelles et fermez votre gueule). D’autre part, il montre en quoi l’Amérique est ce pays-monde qui a su accueillir autrefois et ferme aujourd’hui ses bras car blessé et meurtri en son cœur et son âme. Une Amérique qui n’attend qu’un peu de bienveillance pour les ré-ouvrir.

Et qui mieux qu’un homme apatride, universel car n’appartenant à aucun pays (et finalement à tous), pour unifier toute une communauté (ici les employés d’un aéroport international) et ainsi créer l’utopie d’un monde qui pourrait être le nôtre. Victor Narovski est le médicament dont a besoin ce terminal, Le Terminal était le médicament dont avait besoin l’Amérique. Et peut-être celui dont nous avons tous besoin maintenant.

Alors plutôt que je finisse d’en déplier pour vous toute la notice, autant en prendre une dose. Promis, c’est bon pour ce que nous avons.

Le Terminal : Bande-annonce

Le Terminal : Fiche Technique

Titre original : The Terminal
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Andrew Niccol et Sacha Gervasi, Jeff Nathanson
Interprétation : Tom Hanks (Viktor Navorski), Catherine Zeta-Jones (Amela Warren), Stanley Tucci (Frank Dixon),…
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Jason Hoffs, Andrew Niccol, Patricia Witcher
Sociétés de production : DreamWorks, Amblin Entertainment, Parkes+MacDonald Image Nation
Société de distribution : DreamWorks Distribution
Durée : 128 minutes
Date de sortie en France : 15 septembre 2004

États-Unis – 2004

Roar rugit en Blu-ray + DVD + livret chez les éditions Rimini

Depuis le mardi 6 mars est disponible en édition Blu-ray+DVD+livret l’un des films les plus fous de l’histoire du cinéma, Roar. Édité par les éditions Rimini, le long métrage réalisé par Noel Marshall est aujourd’hui culte. Plus de cent cinquante fauves non dressés, une centaine de blessures, fractures, et autres scalps, cinq ans de tournage… Roar, qui met en scène le réalisateur et sa propre famille dans des rôles les fictionnalisant à peine, est une expérience de cinéma déstabilisante, angoissante et fascinante.

Synopsis : Hank est un scientifique qui pense avoir découvert le Paradis sur Terre : un coin perdu d’Afrique de l’Est où il vit avec sa femme et sa fille. La maison qu’il y a construite est un refuge pour plus de 150 fauves, lions, tigres, panthères… Tous semblent vivre en harmonie. Alors qu’il va retrouver à l’aéroport sa famille qui l’a enfin rejoint, sa femme et ses trois enfants sont déjà arrivés. Loin d’être familiarisés aux usages de Hank et de ses compagnons félins, et sans outils de communication pour joindre leur père, la famille court alors un danger important.

« Doux et furieux » – Hank à propos de son microcosme de fauves

Roar met en scène le réalisateur Noel Marshall dans le rôle de Hank. Sa femme, Tippi Hedren, interprète l’épouse de Hank, Mélanie Griffith, fille de la première, joue le plus jeune enfant de la famille, et deux des fils de Marshall interprètent les fistons visibles à l’écran. Un autre fils du réalisateur, Joel Marshall, se trouve au décor et à d’autres postes de la production. A noter que John a aussi été opérateur sur le film. En bref, Roar est une affaire de famille. Le long métrage comptait énormément pour le couple Marshall/Hedren très attaché à la survie des fauves sauvages. Cette passion a viré à l’obsession. Une heureuse obsession qui leur a permis de traverser une centaine d’accidents de tournage, une inondation, un incendie… Soit cinq ans de tournage que n’ont pas aidé à raccourcir le manque d’expérience du réalisateur, d’abord agent star et producteur, et le choix de construire le film avec « des animaux non dressés, pour la plupart en totale liberté » précise le director. Ils ont tenu bon, car ils voulaient faire ce film coûte que coûte. A ce propos, John Marshall explique : « Avant Roar, notre famille possédait un beau patrimoine avec quatre maisons et deux cent quarante-deux hectares à Magic Mountain, près de Santa Clarita, en Californie. (…) à l’issue de Roar, il ne nous restait plus rien ou presque !« 

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Roar, « le film le plus dangereux jamais réalisé », et un marketing convaincant.
Ici, sur l’affiche, Jan De Bont, le directeur de la photographie du film, qui a été scalpé par un fauve.

Cette passion folle dont le budget a grimpé jusque dix-sept millions de dollars leur a même coûté leur mariage. Mal distribué, mal vendu, Roar se rembourse à dix millions. L’objet deviendra culte, grâce aux premières sorties vidéo, aux diffusions télévisées, et aujourd’hui aux récentes ressorties cinéma et DVD/Blu-ray. Un culte qui ne cesse de s’amplifier pour cet OVNI filmique qu’est Roar, un film familial aux conditions de tournage si folles et à la production si chaotique qu’il en ressort une œuvre imprévisible. Une imprévisibilité renforcée par le fait que le scénario a subi des modifications au fil des humeurs des fauves. Le film, qui est donc une œuvre d’accidents, constitue ainsi une expérience de cinéma peu commune. Pour reprendre l’un des hashtags de Rafik Djoumi (journaliste, auteur & responsable de BiTS) dans un commentaire humoristique sur le film, Roar tiendrait presque du « #snuff » tant il s’agit de regarder (avec curiosité, angoisse, fascination) une famille bien réelle se faire mettre en pièce et s’effriter au cours d’un récit/tournage complètement fou. À la fois film de famille tordu et long métrage familial étrange, Roar, « le film le plus dangereux jamais réalisé« , est une découverte perturbante, merveilleuse et incontournable.

Une édition Blu-ray/DVD qui manque de mordant

Roar débarque dans une copie HD soignée. Certains plans sont abimés (peut-être ne pouvait-on les « réparer » davantage ?), d’autres contiennent un léger bruit vidéo. Pour le reste, le rendu est fantastique, et il l’est davantage lorsqu’on pense aux conditions compliquées (c’est le moins qu’on puisse dire) de tournage. Concernant les bandes sonores, on privilégiera la piste stéréo à celle 5.1 au son souvent plus étouffé et au rendu surround plutôt moyen. Quant aux bonus, vous trouverez pour seul complément le très intéressant mais trop court livret écrit par Marc Toullec. Peut-être le film nous est présenté ici dans sa meilleure version. Quand bien même, l’objet préparé par Rimini manque de contenus additionnels. Ainsi, sans être disponible dans son ultime édition vidéo, Roar a tout de même bénéficié d’une sortie Blu-ray (+ DVD + livret) correcte.

Bande-Annonce – Roar

Roar

24,99 € l’édition Blu-ray + DVD + Livret

Date de sortie : 6 mars 2018

 

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Red Sparrow, Jennifer Lawrence en espionne malgré elle

Red Sparrow sent un peu la naphtaline ou la guerre froide, comme on veut. On nous ressert en effet le bon vieux ressort de l’opposition entre espions russes et américains. Et au milieu se déploie Jennifer Lawrence en petit oiseau tombé du nid mais soudainement transformé en aigle tueur. Une fresque d’une violence presque écœurante baignée dans le sexe et l’argent. Rien de nouveau sous le bain de sang en résumé.

Lady Bird

jennifer-lawrence-red-sparrow-critiqueDans une première séquence stylisée, en montage alterné, une jeune danseuse (Jennifer Lawrence) se prépare à monter sur scène, elle quitte sa mère malade, marche droite, déterminée, se prépare, virevolte. De son côté, un homme (Joël Edgerton) reçoit un message mystérieux et se rend à un rendez-vous, encore plus inconnu. Les deux s’apprêtent donc à la rencontre, l’une avec son partenaire de danse, l’autre avec certainement un informateur. Ils sont au sommet, à l’instant crucial, lorsqu’elle chute brusquement, lorsqu’il panique. Ces deux êtres viennent de vivre une rupture qui, on le suppose désormais, va les mener l’un à l’autre. Malheureusement si la violence stylisée laissait espérer d’autres moments de grâce comme celui-ci, la suite est une enfilade de scènes ultra-violentes, sans retenue aucune. Le film répond ainsi d’une certaine joie sadique à faire mal, sans que le scénario, simple histoire d’espionnage des russes contre les américains, ne suive et ne justifie autant de sang et de détresse. On assiste alors à des scènes de torture qui se répètent, ou encore à la formation des « moineaux » (sortent de petits soldats des renseignements russes déshumanisés) dans une ambiance froide, détachée, mais sans partie pris de mise en scène. Au milieu de cela, l’exception, celle qui fait presque plier les « salauds », se distingue mais sans éclat.

Oncle Vania

red-sparrow-jennifer-lawrence-joel-edgertonLes questions restent donc très peu palpitantes tant elles se dévoilent dès les toutes premières secondes : Dominika deviendra-t-elle un agent double ? Se vengera-t-elle de son oncle ? Une scène particulièrement ratée vient illustrer le ratage plus globale du film. Dominika est censée approcher l’espion américain afin de découvrir le nom de la taupe en le séduisant, elle se rend donc à la piscine, teinte en blonde. Plus tard, elle croise l’agent en attendant son train, celui-ci la reconnaît et l’aborde sous sa vraie identité. Comble de l’ironie, il s’adresse alors à elle en russe, ce à quoi elle répond « vous parlez russe », avant que les deux ne reprennent leur dialogue en anglais, affublés durant tout le film d’un ridicule accent russe. Le problème du film est donc bien de ne pas réussir à nous tenir en haleine avec cette histoire. Ici, on exagère tout pour tenter de faire un film noir, poétique, habité, pour tenter de percer après Hunger Games dans cette adaptation d’un roman de Matthews Jason, ex-agent de la CIA (l’ancrage dans la réalité de l’espionnage demeure même si le grand spectacle prend le pas sur une description minutieuse de cet univers). Les acteurs ne lésinent pas sur l’utilisation de leur corps à travers la caméra. Ainsi, Jennifer Lawrence est censée nous jouer une femme fatale, à coup de nudité dans quasiment tous les plans. Mais cela tombe à plat, tant la passion censée naître entre elle et l’espion américain est peu incarnée. Ainsi, les relations entre les personnages, et notamment entre Dominika et son « oncle Vania » sont trop peu traitées ou alors en surface alors qu’elles sont censées être le cœur du film. Finalement, Red Sparrow est une belle coquille vide qui ne renferme que quelques clichés du film d’espionnage et trop peu de surprises, le tout noyé dans une esthétique assumée de l’hyper-violence et l’utra-sexualisation.

Red Sparrow : Bande-annonce

Red Sparrow : Fiche technique

Synopsis : Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.

Réalisateur : Francis Lawrence
Scénario : Justin Haythe, d’après le récit de Jason Matthews
Interprètes : Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Matthias Schoenaerts, Charlotte Rampling,  Jeremy Irons…
Photographie : Jo Willems
Montage : Alan Edward Bell
Production: Steven Zaillian, Peter Chernin, Jenno Topping, David Ready
Distribution (sortie en France) : Twentieth Century Fox France
Durée: 141 minutes
Genre : Espionnage
Date de sortie : 4 avril 2018

États-Unis – 2018

La Guerre des Mondes de Steven Spielberg : portrait d’une humanité en voie d’extinction

Plus de 20 ans après E.T., Spielberg nous propose de rencontrer d’autres extraterrestres. Mais là où le premier était adorable et attachant, ceux que l’on voit dans La Guerre des Mondes sont terrifiants, puisqu’ils mettent en évidence les faiblesses d’une Amérique trop sûre d’elle.

Synopsis : Des orages électriques frappent plusieurs villes sur la planète. Ray et ses deux enfants, Robbie et Rachel, sont témoins de l’étrange phénomène. Mais ces éclairs sont vraiment particuliers : ils frappent plusieurs fois au même endroit, creusant des trous dans le sol. Et de ces trous surgissent d’immenses machines.

La première demi-heure de La Guerre des Mondes est stupéfiante. Par sa rapidité, par son montage, ses parti-pris de mise en scène, son interprétation, par l’ambiance qui s’en dégage, elle laisse littéralement le spectateur frappé de stupeur. C’est une des ouvertures de film les plus marquantes du cinéma spielbergien.

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Le réalisateur y développe d’entrée deux thèmes qui tiendront tout le film : d’un côté la volonté d’implanter l’action dans la vie quotidienne la plus banale, dans la réalité la plus triviale ; de l’autre côté, l’insistance sur l’incapacité humaine à faire face à ces attaques.

Les deux points se rejoignent, bien entendu. Ainsi, La Guerre des Mondes est un des rares films de Spielberg sans héros. Chez un cinéaste aussi influencé par le cinéma des années 40-50 (et par la bande dessinée) et où le rôle de « héros » a autant d’importance, ce film tient une place à part. Ray, le personnage principal, interprété par Tom Cruise, n’est pas un héros. Au contraire, il a tout du beauf américain moyen, machiste, pas du tout investi dans son rôle de père, et franchement bas de plafond. Et même si, à la fin du film, il a quand même accompli un ou deux actes plus valeureux, il n’en est pas pour autant un héros.

D’ailleurs, sa place même de personnage principal est contestable. Bien des scènes parmi les plus marquantes du film nous montrent une foule. Spielberg déploie la panoplie des scènes habituelles dans ce genre de film apocalyptique : foule paniquée, survivants errants le long des routes, effet de meute d’une population qui a perdu ses repères et pour qui la loi du plus fort tient lieu de seule et unique morale. Finalement, il est possible d’affirmer que La Guerre des Mondes est un film sur la population américaine désorientée par des attaques aussi violentes que soudaines et inattendues.

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Car Spielberg revendique d’implanter son film aux États-Unis. Même si on nous informe rapidement que des attaques similaires ont lieu un peu partout sur la planète, La Guerre des Mondes nous montre bel et bien la nation américaine frappée au cœur. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la multitude de bannières étoilées aux façades des maisons, ainsi que la destination de Ray qui cherche à atteindre Boston.

Rien de tout cela n’est totalement innocent, bien entendu. Jusqu’à présent, chez Spielberg, les extraterrestres étaient des personnages nettement plus sympathiques que les humains et servaient à mettre en valeur des sentiments positifs. Que s’est-il donc passé entre l’époque où le réalisateur sortait Rencontres du troisième type ou E.T., et celle où il filme cette Guerre des Mondes ? La réponse est simple et elle transparaît à l’écran : La Guerre des Mondes est un film sur le 11-Septembre et le traumatisme qu’il constitue pour le peuple américain. Là aussi, la première demi-heure du film est très significative. Les Tripodes dormaient depuis longtemps au cœur même des cités américaines, comme les fameux « réseaux dormants » de terroristes, n’attendant qu’un signal pour se mettre en branle. Les images de foule paniquée, les vêtements qui volent, les bâtiments qui s’écroulent, la poussière, tout rappelle les images de ce terrible mardi de 2001. Jusqu’aux questions de la petite Rachel : « C’est des terroristes ? »

Le sentiment qui domine dans La Guerre des Mondes, et qui en fait là aussi une œuvre unique dans la filmographie de Spielberg, c’est l’impuissance. Le réalisateur fait de son film un anti-Independence Day. Pas de héros, pas de combats. Les humains sont et resteront, tout au long du film, incapables de faire face à ces menaces inconnues. « Ce n’est pas une guerre, pas plus qu’il n’y a de guerre entre les hommes et les vers de terre. C’est une extermination », dira le personnage interprété par Tim Robbins. Ce sentiment d’impuissance traverse tout le film. On fuit devant les Tripodes, on se cache d’eux, mais on ne peut pas les affronter. Et même s’il y a une victoire, les humains n’y sont strictement pour rien.

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Dès l’intervention de la voix off (Morgan Freeman en VO) au début, le film montre l’immense faiblesse des humains qui sont transformés en sujets de laboratoire, en cobayes, voire en réserves de sang pour ce qui semble être une immense entreprise de « terraformation ». L’humanité est montrée comme vivant constamment au bord du précipice. Et ce sentiment restera tout au long du film. Le danger est d’autant plus grand, d’autant plus marquant, qu’il était constamment présent au milieu de la population sans qu’elle s’en rende compte. Et, autre preuve de la faiblesse humaine, elle ne sait strictement rien de ce qui l’attaque, ni d’où ils viennent, ni quelles sont leurs intentions, là où les créatures paraissent avoir étudié leurs victimes pendant des siècles.

Avec la maîtrise qu’on lui connaît, Spielberg met en œuvre tous les moyens du cinéma pour aboutir à ce sentiment de panique. La musique de John Williams, la photographie grisâtre, le montage rapide, voire brutal, tout contribue à plonger le spectateur auprès de ses personnages, à lui faire vivre cette aventure dans tout ce qu’elle peut avoir d’horrible.

Comme dans Les Dents de la mer ou Rencontres du troisième type, La Guerre des Mondes joue aussi beaucoup sur les hors champs, ce qui contribue encore à renforcer le sentiment de panique. On sait qu’il se passe quelque chose derrière la porte ou de l’autre côté de la fenêtre, mais sans en avoir une idée précise. Ce jeu sur ce que l’on ignore est essentiel au film.

En plus d’être d’une terrible efficacité, Spielberg n’oublie pas de faire des scènes esthétiquement magnifiques qui marquent les spectateurs. La façade d’une église qui se détache en contre-jour ou le passage d’un train en flammes, il développe une esthétique de l’apocalypse.

L’ensemble contribue à faire de La Guerre des Mondes un film remarquable et une œuvre à part dans la filmographie de son cinéaste de par son pessimisme et sa noirceur. Un film qui montre le traumatisme d’une nation frappée en plein cœur et qui se rend compte qu’elle n’est pas aussi invincible qu’elle ne le croyait.

La Guerre des Mondes : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=LlprarNSVw4

La Guerre des Mondes : fiche technique

Titre original : War of the Worlds
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario:Josh Friedmann et David Koepp, d’après le roman d’Herbert George Wells
Interprétation : Tom Cruise (Ray), Dakota Fanning (Rachel), Justin Chatwin (Robbie), Miranda Otto (Mary Ann), Tim Robbins (Harlan Ogilvy)
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Production : Colin Wilson, Kathleen Kennedy
Sociétés de production : Paramount Pictures, DreamWorks, Amblin Entertainment, Cruise/Wagner productions
Société de distribution : DreamWorks Distribution
Genre : science-fiction
Durée : 116 minutes
Date de sortie en France : 17 juin 2005

États-Unis – 2005

Monstre sacré : la chute médiatisée d’un prédateur sexuel

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Les ombres de Harvey Weinstein et Jimmy Savile planent sur Monstre Sacré, une fascinante mini-série britannique mettant en scène la chute d’une star de télévision accusée de viol…

synopsis : La vie de la star télé Paul Finchley bascule le jour où il est publiquement accusé de viol…

Monstre Sacré fait froid dans le dos : il est impossible de ne pas penser aux affaires Weinstein et Cosby qui ont secoué la planète. Jack Thorne, scénariste de This is England et Skins, et dramaturge à qui l’on doit l’adaptation de Harry Potter et l’Enfant Maudit au théâtre, s’est inspiré d’une affaire qui a fait trembler le Royaume-Uni : l’affaire Jimmy Savile. Diffusé sur ITV un an après son décès, le documentaire L’Autre visage de Jimmy Savile a révélé le véritable visage du présentateur du Top of the Pops : celui d’un prédateur sexuel qui aurait commis des centaines d’agressions sexuelles sur les lieux de son travail (la BBC) ainsi que dans les établissements scolaires et hospitaliers pour lesquels il faisait régulièrement des dons. La police britannique a également confirmé les crimes abominables de l’ancienne star télé.

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Paul Finchley est une énorme star de la télévision britannique qui s’apprête à remettre un prix à son ancien complice comique Karl Jenkins. Le lendemain de cet événement, un premier indice du déclin à venir, la police l’arrête pour deux viols remontant à une vingtaine d’années. Ce vieil homme a priori sympathique, même drôle, se déplaçant avec sa canne, est-il alors un monstre ? Peut-on et veut-on le croire ? Les réactions du spectateur seront probablement semblables à celles qu’il pourrait rencontrer dans la réalité, après avoir regardé les informations : il devient juge sans connaître les dessous exacts des faits. Il n’y a pas que le public qui juge et doute sur Paul Finchley ainsi que ses potentielles victimes. Entourage de l’accusé, autant troublé qu’hypocrite, avocats cyniques, médias violents… Jack Thorne n’a épargné personne au coeur d’un scénario qui comprend les enjeux et la psychologie complexes qu’engendre une telle affaire touchant la collectivité.

En s’inspirant des crimes sexuels de Jimmy Savile, Jack Thorne peint alors toutes les étapes possibles de la chute d’une personne médiatisée et aimée. Que ce soit dès les premières minutes ou des mois plus tard, comment peuvent réagir des Weinstein ou des Cosby, ainsi que leurs familles, face à des accusations odieuses publiquement, notamment dans le cadre privé ? La mini-série se concentrant majoritairement sur l’accusé et son entourage, elle prenait le risque d’oublier les victimes. Mais en prenant en compte tous les éléments de l’affaire, Jack Thorne les intègre progressivement et respectueusement. Et ce choix est surtout logique : les médias ont toujours plus tendance à parler des coupables que des victimes. Si le portrait de la justice n’est pas reluisant, celui des médias l’est encore moins : Jack Thorne dénonce sévèrement ces médias qui se prennent pour un tribunal et qui détruisent en peu de temps la vie de tous les concernés dans l’affaire.

Le format en quatre épisodes de 50 mn environ pouvait faire peur sur le papier, la mini-série aurait pu être trop longue. Mais Monstre Sacré est une oeuvre fascinante qui mérite de prendre son temps. Tout est forcément synonyme de longueur : parler du passé (les victimes ont attendu des années avant d’aller voir la police), l’enquête, le jugement, sans parler des états d’âme des protagonistes (doit-on soutenir ou croire l’accusé ?). Ce format est donc entièrement justifié, d’autant qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Le rythme n’est pourtant pas très accéléré mais nous sommes immédiatement interpellés par les actes – et ses conséquences – commis par ce fameux « monstre sacré » du titre, ce « trésor national » (comme l’indique son titre original). Il est évident que le scénario veut nous faire douter, pour qu’on se mette dans la peau de tous les protagonistes qui se posent tant de questions. Mais, au fond de nous, et en connaissant l’inspiration même du projet télévisuel, nous savons ce qu’a pu faire Paul Finchley. Et on veut comprendre comment un homme qui, a priori, a tout pour lui (une famille, un travail bien payé et épanouissant, le succès) a pu commettre l’inexcusable. Se plonger dans l’intimité d’un criminel aurait pu être indécent, pourtant Monstre Sacré n’a jamais un propos déplacé. Si l’écriture, jamais manichéenne, est certainement l’atout principal de cette formidable mini-série, il ne faut pas non plus négliger le reste : ainsi, la mise en scène précise et la photographie bleutée accentuent à elles-seules le malaise constant dégagé par cette sordide histoire.

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Le portrait de la famille Finchley est fascinant et ambigu, montrant aussi comment de tels secrets ont pu être préservés pendant des années. Le scénario interroge sans cesse sur leur état d’esprit : Paul Finchley est-il convaincu de l’innocence qu’il clame à haute voix ? A-t-il un problème avec les femmes ? Est-il frustré à cause de sa femme dévote ? Son épouse Marie, justement, s’est-elle réfugiée dans la foi pour se détourner de la vérité ? Quant à la fille unique Dee, sa destruction dans la drogue est-elle anodine ? A-t-elle enfoui des souvenirs ? Plus globalement, comment soutenir l’homme accusé du pire ? Peut-on réellement le soutenir ? Quel impact les actes d’un homme peuvent-ils rencontrer sur son entourage ? Connus par le grand public pour avoir joué dans la saga culte Harry Potter, Robbie Coltrane et Julie Walters sont époustouflants, parvenant à retranscrire des émotions ambivalentes. Dans le rôle de la fille fragile et détruite, Andrea Riseborough (Battle of the Sexes) livre également une interprétation poignante.

Intelligemment glaçante, Monstre Sacré est une mini-série bien plus ambitieuse qu’elle en a l’air et, face à tous ces scandales médiatiques révélés régulièrement au cours des derniers mois, elle est devenue d’une nécessité absolue.  

Monstre Sacré : bande-annonce

Monstre Sacré : fiche technique

Créée par Jack Thorne
Titre original : National Treasure
Casting : Robbie Coltrane, Julie Walters, Andrea Riseborough, Tim McInnerny, Kerry Fox…
Genre : Drame
Format : 50 mn
Premier épisode  : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : Channel 4

Crash Test Aglaé en DVD & Blu-ray : les femmes aussi ont leur road movie !

Avec Crash Test Aglaé, Eric Gravel nous offre un premier film touchant sur les enjeux de la mondialisation. Un road movie poétique et décalé disponible depuis le 7 mars en Blu-ray disc et DVD.

Synopsis : L’histoire d’une jeune ouvrière psychorigide dont le seul repère dans la vie est son travail. Lorsqu’elle apprend que son usine fait l’objet d’une délocalisation sauvage, elle accepte, au grand étonnement de l’entreprise, de poursuivre son boulot en Inde. Accompagnée de deux collègues, elle va entreprendre un absurde périple en voiture jusqu’au bout du monde qui se transformera en une improbable quête personnelle.

Malgré quelques longueurs dans la première partie du film, Crash Test Aglaé nous entraîne rapidement sur les routes, avec un brin de folie, en compagnie de femmes de caractères mais non moins attachantes. Yolande Moreau (Une Vie) et Julie Depardieu (Les Femmes de l’ombre, La Femme Invisible) sont fantastiques, à tel point qu’elles ont tendance à éclipser le rôle titre d’Aglaé, personnage un peu fade et tristounet. D’autant que Crash Test Aglaé est une satire sociale légère, un feel good movie rythmé, audacieux et optimiste ! India Hair (Rester Vertical) sort malgré tout son épingle du jeu en interprétant une personnalité troublante et profonde. La musique folk et originale de Jean-Michel Pigeon et Hit’n’run (Les Beaux Gosses, La Nouvelle vie de Paul Sneijder) nous transporte elle-aussi avec allégresse dans ce monde tendre et déjanté, à l’image des personnages du film. On pourrait regretter parfois le manque de sérieux de cette réalisation mais c’est ce qui fait tout le charme de Crash Test Aglaé, rendant cette oeuvre symbolique et moderne d’autant plus touchante. Un must see !

Crash Test Aglaé – bande-annonce :

Crash Test Aglaé – Caractéristiques du DVD :

Sortie du DVD  & Blu-ray : 07/03/2018
Genre : Road movie / Comédie dramatique
Classé : Tous publics
Durée : 1h22
Editeur : Le Pacte
Distributeur : Warner Home Vidéo France
EAN : 5051889618300
Réalisation : Eric Gravel
Distribution : India Hair, Julie Depardieu, Yolande Moreau, Anne Charrier, Frédérique Bel, Tristán Ulloa

Cinélatino 2018 : Portrait de Paulina García, invitée d’honneur du festival

Figure du cinéma chilien, Paulina García est une actrice remarquée dans le cinéma d’Amérique latine. Invitée d’honneur cette année pour les 30èmes rencontres de Cinélatino à Toulouse, la rédaction de CinéSeriesMag en profite pour revenir sur l’ensemble de sa carrière.

Son amour de la comédie, Paulina García l’a depuis toujours. Avant de se destiner au cinéma, elle entreprend des études de théâtre à l’Université Catholique du Chili et entame sa carrière sur les planches avec la pièce ¿Dónde estará la Jeanette? de Luis Rivano, pour lequel elle reçoit le prix APES de la meilleure actrice. Elle apparaît ensuite dans plus de trente pièces et crée en 1997 l’Asociación de Directores de Teatro où elle est professeure durant 4 ans. Dans le théâtre, elle s’essaie à tous les postes en passant de metteur en scène à comédienne et enchaîne les récompenses avant de passer au petit puis au grand écran. Avant de devenir une actrice de cinéma, elle tourne pour la télévision avec de nombreux rôles dans des séries nationales. Puis en 2002, elle tourne son premier film avec Tres noches de un sábado de Joaquín Eyzaguirre et reçoit sa première nomination pour le prix Althazor qui récompense tous les arts chiliens chaque année. Si elle ne le remporte pas cette année-là, c’est en 2008 qu’elle remportera son premier prix de cinéma pour la série Cárcel de Mujeres.

Mais bien qu’étant déjà une star dans son pays, Paulina García rencontre la scène internationale du septième art assez tardivement en remportant l’Ours d’argent à la Berlinale de 2013 pour son rôle principal dans le film Gloria, réalisé par Sébastián Lelio. Elle fait d’ailleurs l’honneur à Cinélatino de venir le présenter cette année lors de la soirée d’ouverture du festival, accompagnée du réalisateur. Depuis ce rôle, elle est devenue un pilier du cinéma chilien et plus généralement latino-américain et un symbole de l’émancipation féminine à travers des personnages souvent engagés remplis de liberté comme celui dans La fiancée du désert récemment. À l’image de son engagement, le festival organise cette année une sélection spéciale femmes pour laquelle ses films majeurs seront projetés tout comme ceux de plusieurs professionnelles du cinéma telles que Daniela Vega (Une femme fantastique) et une discussion aura lieu lors d’une table ronde “Chilenas : femmes de cinéma du Chili”.

Paulina García navigue désormais entre différents genres de films et obtient même un rôle majeur dans la série Narcos pour la saison 2. Ce n’est pas la première série dans laquelle elle joue mais cette opportunité marque un tournant majeur dans la visibilité de son talent. Elle enchaîne ensuite trois films entre 2016 et 2018 en passant d’oeuvres indépendantes à des premiers films. Sa carrière et ses choix artistiques sont à son image : doux mais engagés. Début 2018, elle était d’ailleurs à l’affiche du film El Presidente dans lequel elle interprète la présidente du Chili Paula Scherson. Les réalisateurs lui font confiance et l’on ne peut que se réjouir de voir l’évolution de cette jolie carrière.

Paulina García en quelques dates : 

27 novembre 1960 : naissance à Santiago du Chili

2002 : Tres noches de un sábado de Joaquín Eyzaguirre

2013 : Gloria, de Sébastián Lelio (Ours d’argent de la meilleure actrice au Festival international du film de Berlin)

2016 : Narcos (saison 2) et Brooklyn Village, de Ira Sachs

2017 : La fiancée du désert, de Cecilia Atán et Valeria Pivato

2018 : El Presidente, de Santiago Mitre

Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg : quand même les comédies sont réussies

Arrête-moi si tu peux est l’une des traques les plus amusantes du cinéma américain. Mettant en scène Tom Hanks aux côtés de Di Caprio, Spielberg fait de ce film la confirmation de son talent tous genres confondus.

synopsis : Dans les années soixante, le jeune Frank Abagnale Jr. est passé maître dans l’art de l’escroquerie, allant jusqu’à détourner 2,5 millions de dollars et à figurer sur les listes du FBI comme l’un des dix individus les plus recherchés des États-Unis. Véritable caméléon, Frank revêt des identités aussi diverses que celles de pilote de ligne, médecin, professeur d’université ou encore assistant du procureur. Carl Hanratty, agent du FBI à l’apparence stricte, fait de la traque de Frank Abagnale Jr. sa mission prioritaire, mais ce dernier reste pendant longtemps insaisissable… 

Inspirée d’une histoire vraie, cette comédie peut paraître surprenante dans la filmographie du réalisateur d’E.T. Mais Spielberg est aussi bon en comédie qu’en drame historique ou qu’en science fiction, il utilise toujours ses armes de cinéaste pour replacer ses films en apparence plus légers dans des sujets sérieux qui proposent bien plus qu’un simple divertissement. Arrête-moi si tu peux fait appel au thème de prédilection du réalisateur : l’enfance ou du moins la naïveté de la vie. Film personnel pour lui qui a vu ses parents se séparer, Spielberg choisit l’angle de l’empathie plutôt que celui de critiquer un système mettant à mal son pays.

Avec la relation père/fils entre Léonardo Di Caprio et Christopher Walken, le film rend son héros très touchant. La complicité qui lie les deux personnages rend les fautes du fils bien plus humaines qu’il n’y paraît. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on se prend vite au jeu de la traque et que l’on espère même qu’il ne se fera pas prendre. Spielberg arrive à nous convaincre de l’humanité immense de Franck qui n’est pas seulement un escroc. arrête-moi-si-tu-peux-leonardo-di-caprioIl est plus bien plus que cela : c’est un fils qui idéalise son père et devient faussaire en essayant de l’imiter, puis un jeune homme qui fuit le divorce de ses parents en préférant s’enfermer dans sa nouvelle vie plutôt que d’affronter la réalité. C’est ce que Spielberg nous livre de sa propre vie aussi et de sa manière de s’être créé un mécanisme de défense lorsqu’il avait vécu lui-même cette situation.

On ne retient de ce film pas tant la réalisation en elle-même, ni la mise en scène bien que le travail des couleurs soit très symbolique en passant de nuances fades à des teintes plus jaunes lorsqu’il devient adulte. On retient surtout le jeu des acteurs qui porte littéralement le film :  que ce soit le trio masculin ou toutes les femmes à qui Di Caprio donne la réplique, ce sont eux qui créent l’ambiance si agréable du film et qui amusent autant le spectateur que le réalisateur derrière la caméra.

L’arrivée de Carl dans le film voit mûrir comme une seconde relation père/fils, celle que chacun n’a jamais pu avoir. Bien qu’ils apparaissent comme radicalement opposés, le spectateur assiste finalement à une rencontre entre deux hommes qui se complètent. Les deux se ressemblent : ils sont seuls, enfermés dans un autre monde qui leur fait fuir la réalité. Pour l’un, c’est le milieu de l’imposture qui régit sa vie, pour l’autre c’est celui du FBI. Autant de différences et d’oxymores qui s’avèrent construire une parfaite symétrie et réciprocité entre ces deux là. L’un et l’autre sont leur seul compagnie. Carl protège Franck des autres agents lorsqu’il se fait arrêter, ils s’appellent à chaque Noël et continuent de garder ce rituel en prison : autant d’attention et d’habitudes qu’un père pourrait avoir envers son fils et inversement. Cette relation naît aussi d’une certaine fascination de Carl envers Franck : comme souvent pour les policiers dans leur traque de criminel ou autres, il demeure une envie folle de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de celui qu’on a en face de nous et surtout de savoir comment il a fait pour nous berner pendant tout ce temps, de saisir l’étendue de son intelligence. Dans le film, il lui demande à plusieurs reprises comment il a fait pour avoir l’examen du barreau. C’est la curiosité de l’un envers l’autre qui laisse peu à peu place à une certaine tendresse et affection entre eux deux, toujours sous-jacente dans les scènes où ils apparaissent tous les deux. Leur jeu va bien plus loin qu’une simple traque ou envie de justice, il est indéniablement humain et sentimental.

Arrête-moi si tu peux n’est donc pas l’histoire banale d’un bandit mais plutôt celle d’un jeune homme en quête de repères qui n’a trouvé que l’escroquerie pour cacher ses peines et se faire remarquer. Spielberg livre un film personnel aux airs légers avec un Di Caprio charmant en escroc.

Arrête-moi si tu peux : Bande-annonce

Arrête-moi si tu peux : Fiche Technique

Titre original : Catch Me If You Can
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Jeff Nathanson, d’après l’oeuvre de Frank Abagnale Jr
Interprétation : Tom Hanks, Leonardo Di Caprio, Christopher Walken, Martin Sheen, Nathalie Baye, Amy Adams, Jennifer Garner
Image: Janusz Kaminski
Montage: Michael Kahn
Musique: John Williams (interprète : Franck Sinatra)
Décors : Jeannine Claudia Oppewalm
Costumes : Mary Zophres
Producteur(s): Walter Parkes, Steven Spielberg
Société de production: DreamWorks Pictures, Amblin Entertainment, Kemp Company, Splendid Pictures, Parkes/MacDonald Productions
Distributeur: United International Pictures
Récompenses : Meilleur acteur dans un second rôle (Christopher Walken)
Durée : 141 minutes
Genre : comédie, drame, thriller
Date de sortie : 12 février 2003

États-Unis – 2003

 

Concours Grimm : Gagnez un coffret 5 DVD de la saison 5

Concours : À l’occasion de la sortie en coffret 5 DVD et 5 Blu-ray™ + Digital HD le 20 Mars 2018 de la série Grimm, remportez votre coffret de la saison 5

SYNOPSIS, INFOS ET BANDE ANNONCE

Nick s’efforce de se remettre de la disparition de sa mère et de Juliette, tandis qu’une guerre importante entre les Wesen et les Grimm éclate. Les Wesen ont décidé de ne plus se cacher et de contrôler la Terre. Ils forment un groupuscule, très bien organisé nommé la « Griffe Noire », qui commet secrètement de nombreux attentats et rituels en tous genres mais Nick reste leur cible principale. De son côté, Rebelle décide de s’allier avec une organisation nommée le « Mur d’Hadrien », qui lutte contre ce soulèvement.

 Découvrez 22 nouveaux épisodes à vous glacer le sang !

© 2015/2016 Open 4 Business Productions, LLC. Tous droits réservés

Caractéristiques techniques du coffret DVD : Image : 1.78 – Format Ecran : 16/9 – Audio : Français, Anglais Dolby Digital 5.1

Caractéristiques techniques du coffret Blu-ray™ : Image : 1.78 – Format Ecran : 16/9- Audio : Français DTS Digital Surround 5.1, Anglais DTS HD Master Audio 5.1

Bonus DVD et Blu-ray : Scènes coupées – Bêtisier – Le Nouveau Monde de Grimm – Révélation : Dans les coulisses du 100ème épisode  – Visite du loft

Bonus exclu Blu-Ray : Grimm Mode d’emploi – Coffret 5 DVD et 5 Blu-ray/Digital HD, 22 épisodes

logo-Universal-NoirEditeur : Universal Pictures Video

Titre original Grimm
Genre : Série policière, fantastique, dramatique
Création : David Greenwalt, Jim Kouf
Acteurs principaux : David Giuntoli, Russell Hornsby, Silas Weir Mitchell, Reggie Lee, Bitsie Tulloch, Sasha Roiz, Bree Turner..
Chaîne d’origine : NBC
Nb. de saisons 6
Nb. d’épisodes 123
Durée 42 minutes
Diff. originale : 28 octobre 2011 – 31 mars 2017
Site web : http://www.nbc.com/grimm/

Modalités du concours

Pour participer à notre concours, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 30 Mars 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter . Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Les adaptations de jeux vidéo au cinéma : les lauréats de la rédaction

A l’occasion de la sortie de Tomb Raider sur les écrans depuis hier, l’équipe de CineSerieMag a décidé de revenir sur les adaptations les plus marquantes de jeux vidéo au cinéma. De la plus fidèle à la moins réussie, du cinéma de genre au divertissement le plus basique, de Silent Hill à Prince of Persia, les résultats risquent de vous surprendre.

Jeux vidéo et cinéma : ces deux arts ne cessent de s’entremêler depuis près de trente ans. De s’inspirer l’un l’autre, de s’alimenter. Chose remarquée du côté des jeux tout d’abord, à travers les adaptations diverses et variées de plusieurs longs métrages à succès (Terminator, Le Roi Lion, Star Wars…) ou une réappropriation des codes du septième art à travers des scenarii étoffés et des cinématiques au rendu quasi réaliste rendu possible par des technologies de plus en plus performantes. Le tout renforçant ainsi un sentiment d’immersion totale. De Max Payne et son ambiance très noire sur fond de vigilante movie au récent Call of Duty : WWII évoquant sans mal les scènes phares d’Il faut sauver le soldat Ryan, en passant par Stranglehold et le polar urbain made in John Woo, les exemples sont légion.

Mais si le média vidéo ludique rêve de cinéma, la réciproque est également vraie, surtout ces dernières années, où on dénombre plus de cinquante adaptations de jeux vidéo, au cinéma ou en DTV … et pas tous du meilleur acabit. Loin de là même ! Car l’idée généralement admise, et peu reluisante, est que ces adaptations sont souvent médiocres, relevant davantage d’une opportunité mercantile plutôt que la vision artistique d’un cinéaste sur un univers en particulier.

Mais à CineSerieMag, nous n’aimons pas les idées préconçues. C’est pourquoi nos rédacteurs se sont proposés de mettre à contribution leur fibre de gamer et de se replonger dans quelques-unes des adaptations qui les ont le plus marquées. En mal certes mais aussi en bien, car oui, des pépites subsistent ! Plutôt qu’un top classique, nous avons opté pour une sélection type « lauréats » avec cinq catégories principales, où chaque rédacteur des 11 volontaires a inscrit le film de son choix dans chaque catégorie : adaptation la plus réussie, la plus fidèle, la plus nanardesque, la plus oubliable, et la plus mauvaise. Nous retrouvant devant un film ayant remporté deux catégories, nous nous sommes donc permis de rajouter une catégorie particulière, ne traitant pas d’une adaptation à strictement parler, mais d’un film reprenant intelligemment le principe. Bonne lecture !

Adaptation la plus réussie et la plus fidèle : Silent Hill de Christophe Gans (2006)

Adapter un jeu-vidéo au cinéma demande un savant mélange de fidélité à l’œuvre originale et d’identité propre. Un mélange que Silent Hill, réalisé par Christophe Gans en 2006, a su proposer au point de se retrouver vainqueur de deux de nos catégories : l’adaptation la plus réussie et la plus fidèle. Les joueurs y retrouveront les éléments qui ont fait du jeu-vidéo de 1999 le chef-d’œuvre incontournable qu’il est : la petite ville perdue dans le temps et l’espace de Silent Hill envahie par la brume, son esthétisme cauchemardesque empruntée à L’Échelle de Jacob (1990) ou encore une magnifique bande-originale aussi atroce que mélodieuse. L’univers, pourtant très particulier du jeu est suffisamment respecté dans cette adaptation pour la qualifier de très fidèle. Mais malgré tout, le film a su se faire connaître et aimer d’un public non familier avec l’œuvre vidéo ludique de Konami. Au point que cette adaptation est souvent d’abord reconnue comme film d’horreur a part entière avant que de n’être qualifiée d’adaptation. Pouvoir se créer une identité propre hors de la sphère d’un jeu-vidéo aussi mythique et respecté que Silent Hill, mérite amplement la place de l’adaptation la plus réussie de cette liste.  Par Jean-Pierre Horckman

Adaptation la plus nanardesque (mais sympathique) : Lara Croft – Tomb Raider de Simon West (2001)

Les adaptations de jeux vidéo sont souvent ratées, mais parfois quelques perles nanardesques subsistent. C’est le cas du le film Lara Croft : Tomb Raider, qui brille plus pour les tenues avantageuses de l’actrice Angelina Jolie et ses scènes de combats que ses dialogues. D’ailleurs le scénario n’est pas bien compliqué : Lara Croft, une archéologue, se voit léguer une horloge mystérieuse par son défunt père, et une organisation secrète essaie de mettre la main dessus. Mais malgré tout, on se plaît à aimer ce long-métrage qui arrive à nous divertir et dont on se moque gentiment. Il est vrai qu’il a indéniablement des défauts, mais il arrive à jouer sur notre fibre nostalgique. Un vrai film doudou, en somme…  Par Flora Sarrey

https://www.youtube.com/watch?v=m878J0fNK9Y

Adaptation la plus oubliable : Prince of Persia – Les Sables du Temps de Mike Newell (2010)

Adaptation du jeu culte éponyme, Prince of Persia : Les Sables du Temps, sorti en 2010, aurait pu être un blockbuster ambitieux. Pour preuve, son producteur est aussi celui derrière Pirates des Caraïbes, Jerry Bruckheimer, pour un film de pirates qui avait su marquer une génération en renouvelant le film d’aventure à gros budget tout en décorant son histoire de visuels impressionnants. On retrouve peut-être de cette ambition visuelle et de déploiement d’un univers fantastique et riche, mais tout semble sonner faux. Pourtant, le scénariste est également celui ayant écrit le jeu vidéo dont le film s’inspire, autant dire qu’il savait de quoi il parle. Là aussi rien à se mettre sous la dent, qu’on soit amateur des jeux ou que l’on découvre totalement univers, les personnages et leur écriture. Tout pourrait difficilement être plus lisse, cliché, sans surprise : ce qui aurait pu être une aventure rafraîchissante se mue en blockbuster laid et sans saveur. C’est à la fois dommage quand on connait le potentiel de la saga vidéo ludique, mais on se consolera en se disant qu’ils n’ont, au moins, pas poursuivi le massacre en se lançant dans une suite qui aurait un peu plus entaché nos souvenirs de jeunesse. Contrairement à beaucoup d’autres adaptations de jeux vidéo au cinéma qui continuent de hanter les fans, il reste de celles-ci qui sombrent presque miraculeusement dans l’oubli (et c’est pas plus mal).  Par Jules Chambry

Adaptation la plus mauvaise : Resident Evil – Retribution de Paul W.S. Anderson (2012)

Cinquième volet de la lucrative et nanardesque saga Resident Evil de Paul W.S Anderson, Resident Evil : Retribution franchit la ligne du navet et s’enfonce dans 90 minutes de mauvais goût absolu. Personne ne sera surpris par la qualité d’un cinquième épisode d’une franchise en demi-teinte qui n’a jamais su quoi raconter. Pourtant, le successeur du jouissif Resident Evil : Afterlife démarrait plutôt bien dans son récit avec une idée originale : une succession de décors afin de simuler une invasion de zombies. Mais la seule bonne idée scénaristique se transforme en pétard mouillé dès lors que le récit enchaîne les incohérences (pourquoi le méchant du 4 est devenu gentil ? Pourquoi faire une base aquatique aussi coûteuse et au Kamchatka ? Pourquoi les héros sont si stupides ?) et propose une direction artistique oscillant entre Luc Besson et Uwe Boll. Définitivement enterrée par son affreux chapitre final, la saga Resident Evil a creusé sa tombe avec ce Retribution, c’en est presque frustrant.  Par Louis Verdoux

L’outsider de la rédaction : Bushwick de Cary Murnion et Jonathan Milott (2017) 

Soyons clair : il aurait probablement été plus légitime de parler de Speed Racer des sœurs Wachowski, Scott Pilgrim d’Edgar Wright ou encore Hardcore Henry d’Ilya Naishuller  comme exemple d’œuvres ayant organiquement intégré les principes du jeu-vidéo à leur mise en scène. Mais la relative discrétion avec laquelle Bushwick fut accueilli mérite que l’on consacre au moins quelques lignes à sa singularité. Ce (faux) plan-séquence de 90 minutes part d’un postulat simple : en rendant visite à sa grand-mère, une femme se retrouve au beau milieu d’une guérilla urbaine. Dès le début, Bushwick accroche notre point de vue à celui de l’héroïne, celle-ci devenant notre vecteur de projection (davantage que le point d’identification) dans la situation. Ainsi, le film feint le récit subjectif pour mieux questionner le public, jusqu’à lui donner la sensation de libre-arbitre pour chacune des décisions prises par l’héroïne. Une passionnante expérimentation qui réfléchit en termes d’investissements du spectateur/joueur pour faire le pont entre les deux médiums.  Par Guillaume Meral

Un juif pour l’exemple : crime antisémite

Un Juif pour l’exemple, le nouveau film de Jacob Berger, cinéaste Suisse connu notamment pour son film Aime ton père (nommé aux Oscars 2003 pour le meilleur film étranger) où les Depardieu père et fils s’affrontaient, sort aujourd’hui en France : notre avis.

Si les films sur la Seconde Guerre Mondiale sont, depuis des dizaines d’années, un genre à part entière, il faut aussi en distinguer les films sur la Shoah (environ un film par an, quel que soit le pays). Dans cette abondance de films, allant des réussis La liste de Schindler ou La vie est belle, aux franchement ratés La rafle, Un Juif pour l’exemple s’intéresse, lui, à un événement traumatique dont a été témoin l’écrivain Jacques Chessex, alors âgé de huit ans.

Le film n’aborde donc pas la Shoah, puisqu’il se déroule avant, mais un fait divers de bien moindre ampleur tout en étant aussi choquant.

Un Juif pour l’exemple se concentre donc sur le jeune Jacques Chessex et surtout sur la bande de collabos œuvrant dans l’ombre, menée par le violent Ischi, fasciné par les Allemands et voyant dans les nazis un moyen de céder à ses pulsions antisémites.

Berger réussit, avec des touches visuelles, à caractériser son affreuse bande de collabos. Le reflet du plus idiot de la bande se voit superposé à une tête de cochon réfléchie dans la vitrine d’un boucher ; Ishi descend en moto une route en forme d’éclair comme ceux des tristement célèbres SS… Si le portrait visuel des méchants est réussi, certains traits auraient mérité plus de développements pour être moins caricaturaux. Ischi le leader (sorte de version sérieuse de Jugnot dans Papy fait de la résistance) est fasciné par Hitler et la violence, arbore une coupe de cheveux et une moustache proches de celles du Führer, trompe sa femme et fouette sa maîtresse, mais est en parallèle un père aimant.

Aux ordures du film, s’opposent des personnages manquant, eux aussi, de profondeur pour réellement toucher. Bruno Ganz joue donc à l’opposé de son saisissant portait d’Hitler (dans l’excellent La chute) et interprète Arthur Bloch, marchand de bétail.

L’homme étant, non seulement Juif, mais en plus un riche homme d’affaires, la bande à Ischi va donc le choisir parmi les Juifs de la ville pour honorer leur pacte avec des Allemands dont on ne verra jamais rien.

Si Ganz est, une fois de plus, parfait dans le rôle, on aurait bien aimé le voir plus longtemps à l’écran. Telle quelle, la scène choc du film est certes horrible, et montre bien à quel point un enfant de huit ans a pu garder des traces de ce crime abject au point de marquer au fer rouge son œuvre littéraire, mais le manque de temps de présence de l’acteur fait que l’on n’est pas marqué sur un point affectif, juste écœuré par un acte d’une bêtise et d’une barbarie atroces.

Le traitement de Jacques Chessex et son trauma, est lui aussi trop distancié. Dommage car la scène d’ouverture et son idée de mise en scène, un lent travelling arrière éloignant le personnage de Chessex en proie aux sarcasmes et aux attaques de critiques et journalistes, rend bien l’isolement d’un homme obsédé par un événement l’ayant marqué, mais n’arrivant pas, ou peu, à le partager avec les autres.

L’irruption du personnage de Chessex adulte dans certaines scènes va également du réussi : l’auteur se souvenant des faits, prenant des notes en arrière plan discret pendant que les événements se déroulent, au raté : la figure de Chessex adulte remplaçant Chessex joué par un enfant, atténuant de fait l’impact émotif lors de la scène choc.

Un Juif pour l’exemple n’en demeure pas moins une tentative intéressante sur un fait divers glaçant. La mise en scène de Jacob Berger est impeccable, Bruno Ganz très bon. Dommage que le film soit un peu trop court et les personnages pas assez fouillés, les enjeux paraissant dès lors moindres.

Un juif pour l’exemple : Bande-annonce

Synopsis : 1942, l’Europe est à feu et à sang. Mais nous sommes en Suisse, plus précisément à Payerne. C’est loin, la guerre, pense-t-on ici, c’est pour les autres, même si la frontière n’est qu’à quelques kilomètres. Dans ces campagnes reculées, la terre a le goût âcre du sang des cochons et des bestiaux à cornes, qu’on tue depuis des siècles. L’économie va mal. Usines et ateliers mécaniques disparaissent. La Banque de Payerne fait faillite. Des hommes aux mines patibulaires rôdent par routes et chemins. Les cafés sont pleins de râleurs. Parmi eux, Fernand Ischi, vantard, rusé, bien renseigné, a prêté serment, avec une vingtaine de Payernois, au Parti nazi. Il rêve d’attirer l’attention de la Légation d’Allemagne, et même – pourquoi pas ? d’Adolf Hitler lui-même. Dans leur ligne de mire: Arthur Bloch, 60 ans. Bernois, il exerce le métier de marchand de bétail. Il connait bien tous les paysans et les bouchers de la région. Ce jeudi 16 avril, se tiendra la prochaine foire aux bestiaux de Payerne. C’est ce jour-là qu’Ischi et sa bande passeront à l’acte. C’est ce jour-là qu’un Juif sera tué pour l’exemple. Soixante-sept ans plus tard, en 2009, quand l’écrivain suisse Jacques Chessex se souviendra de ces faits, c’est lui qui sera désigné comme l’ennemi à abattre.

Un juif pour l’exemple : Fiche Technique

Un film de Jacob Berger
Scénario : Jacob Berger, Aude Py et Michel Fessler Librement adapté du livre « Un juif pour l’exemple »  de Jacques Chessex (éditions Grasset et Fasquelle, 2009)
Distribution : Bruno Ganz – André Wilms – Elina Löwensohn – Aurélien Patouillard – Paul Laurent …
Sélection officielle Festival de Locarno
Prix d’honneur du cinéma Suisse : Bruno Ganz
Distributeur :  Esperanza Productions
Date de sortie : 14 mars 2018
Durée : 1h 19min
Genre : Drame

Suisse 2018