Monstre sacré : la chute médiatisée d’un prédateur sexuel

Les ombres de Harvey Weinstein et Jimmy Savile planent sur Monstre Sacré, une fascinante mini-série britannique mettant en scène la chute d’une star de télévision accusée de viol…

synopsis : La vie de la star télé Paul Finchley bascule le jour où il est publiquement accusé de viol…

Monstre Sacré fait froid dans le dos : il est impossible de ne pas penser aux affaires Weinstein et Cosby qui ont secoué la planète. Jack Thorne, scénariste de This is England et Skins, et dramaturge à qui l’on doit l’adaptation de Harry Potter et l’Enfant Maudit au théâtre, s’est inspiré d’une affaire qui a fait trembler le Royaume-Uni : l’affaire Jimmy Savile. Diffusé sur ITV un an après son décès, le documentaire L’Autre visage de Jimmy Savile a révélé le véritable visage du présentateur du Top of the Pops : celui d’un prédateur sexuel qui aurait commis des centaines d’agressions sexuelles sur les lieux de son travail (la BBC) ainsi que dans les établissements scolaires et hospitaliers pour lesquels il faisait régulièrement des dons. La police britannique a également confirmé les crimes abominables de l’ancienne star télé.

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Paul Finchley est une énorme star de la télévision britannique qui s’apprête à remettre un prix à son ancien complice comique Karl Jenkins. Le lendemain de cet événement, un premier indice du déclin à venir, la police l’arrête pour deux viols remontant à une vingtaine d’années. Ce vieil homme a priori sympathique, même drôle, se déplaçant avec sa canne, est-il alors un monstre ? Peut-on et veut-on le croire ? Les réactions du spectateur seront probablement semblables à celles qu’il pourrait rencontrer dans la réalité, après avoir regardé les informations : il devient juge sans connaître les dessous exacts des faits. Il n’y a pas que le public qui juge et doute sur Paul Finchley ainsi que ses potentielles victimes. Entourage de l’accusé, autant troublé qu’hypocrite, avocats cyniques, médias violents… Jack Thorne n’a épargné personne au coeur d’un scénario qui comprend les enjeux et la psychologie complexes qu’engendre une telle affaire touchant la collectivité.

En s’inspirant des crimes sexuels de Jimmy Savile, Jack Thorne peint alors toutes les étapes possibles de la chute d’une personne médiatisée et aimée. Que ce soit dès les premières minutes ou des mois plus tard, comment peuvent réagir des Weinstein ou des Cosby, ainsi que leurs familles, face à des accusations odieuses publiquement, notamment dans le cadre privé ? La mini-série se concentrant majoritairement sur l’accusé et son entourage, elle prenait le risque d’oublier les victimes. Mais en prenant en compte tous les éléments de l’affaire, Jack Thorne les intègre progressivement et respectueusement. Et ce choix est surtout logique : les médias ont toujours plus tendance à parler des coupables que des victimes. Si le portrait de la justice n’est pas reluisant, celui des médias l’est encore moins : Jack Thorne dénonce sévèrement ces médias qui se prennent pour un tribunal et qui détruisent en peu de temps la vie de tous les concernés dans l’affaire.

Le format en quatre épisodes de 50 mn environ pouvait faire peur sur le papier, la mini-série aurait pu être trop longue. Mais Monstre Sacré est une oeuvre fascinante qui mérite de prendre son temps. Tout est forcément synonyme de longueur : parler du passé (les victimes ont attendu des années avant d’aller voir la police), l’enquête, le jugement, sans parler des états d’âme des protagonistes (doit-on soutenir ou croire l’accusé ?). Ce format est donc entièrement justifié, d’autant qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Le rythme n’est pourtant pas très accéléré mais nous sommes immédiatement interpellés par les actes – et ses conséquences – commis par ce fameux « monstre sacré » du titre, ce « trésor national » (comme l’indique son titre original). Il est évident que le scénario veut nous faire douter, pour qu’on se mette dans la peau de tous les protagonistes qui se posent tant de questions. Mais, au fond de nous, et en connaissant l’inspiration même du projet télévisuel, nous savons ce qu’a pu faire Paul Finchley. Et on veut comprendre comment un homme qui, a priori, a tout pour lui (une famille, un travail bien payé et épanouissant, le succès) a pu commettre l’inexcusable. Se plonger dans l’intimité d’un criminel aurait pu être indécent, pourtant Monstre Sacré n’a jamais un propos déplacé. Si l’écriture, jamais manichéenne, est certainement l’atout principal de cette formidable mini-série, il ne faut pas non plus négliger le reste : ainsi, la mise en scène précise et la photographie bleutée accentuent à elles-seules le malaise constant dégagé par cette sordide histoire.

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Le portrait de la famille Finchley est fascinant et ambigu, montrant aussi comment de tels secrets ont pu être préservés pendant des années. Le scénario interroge sans cesse sur leur état d’esprit : Paul Finchley est-il convaincu de l’innocence qu’il clame à haute voix ? A-t-il un problème avec les femmes ? Est-il frustré à cause de sa femme dévote ? Son épouse Marie, justement, s’est-elle réfugiée dans la foi pour se détourner de la vérité ? Quant à la fille unique Dee, sa destruction dans la drogue est-elle anodine ? A-t-elle enfoui des souvenirs ? Plus globalement, comment soutenir l’homme accusé du pire ? Peut-on réellement le soutenir ? Quel impact les actes d’un homme peuvent-ils rencontrer sur son entourage ? Connus par le grand public pour avoir joué dans la saga culte Harry Potter, Robbie Coltrane et Julie Walters sont époustouflants, parvenant à retranscrire des émotions ambivalentes. Dans le rôle de la fille fragile et détruite, Andrea Riseborough (Battle of the Sexes) livre également une interprétation poignante.

Intelligemment glaçante, Monstre Sacré est une mini-série bien plus ambitieuse qu’elle en a l’air et, face à tous ces scandales médiatiques révélés régulièrement au cours des derniers mois, elle est devenue d’une nécessité absolue.  

Monstre Sacré : bande-annonce

Monstre Sacré : fiche technique

Créée par Jack Thorne
Titre original : National Treasure
Casting : Robbie Coltrane, Julie Walters, Andrea Riseborough, Tim McInnerny, Kerry Fox…
Genre : Drame
Format : 50 mn
Premier épisode  : 20 septembre 2016
Chaîne d’origine : Channel 4

Festival

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Tina B
Tina Bhttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne étudiante en lettres modernes, j'ai toujours aimé écrire sur les sujets qui m'animent. Et le cinéma en fait clairement partie ! J'ai des goûts assez variés : certes, comme tout le monde, j'ai mes réalisateurs chouchous (Kubrick, Scorsese, Moretti, Loach, Almodovar, Bong Joon-ho), mais je suis avant tout curieuse : aucun genre et réalisateur de n'importe quelle culture ni époque ne me font peur, bien au contraire. Sinon j'ai une grande préférence pour les séries britanniques (Black Books, The IT Crowd, Father Ted...).

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