La Nouvelle vie de Paul Sneijder, un film de Thomas Vincent : Critique

Adapté du dernier roman de Jean-Paul Dubois, Le Cas Sneijder, sorti en 2011, le nouveau film de Thomas Vincent pourrait être défini comme transgenre, alternant entre comédie et drame familial. La nouvelle vie de Paul Sneijder nous conte la reconstruction d’un homme, qui peine à retrouver goût à la vie suite à la perte de sa fille.

Synopsis : Après un accident rarissime, Paul Sneijder ouvre les yeux sur la réalité de sa vie de « cadre supérieur » à Montréal : son travail ne l’intéresse plus, sa femme l’agace et le trompe, ses deux fils le méprisent…
Comment continuer à vivre dans ces conditions ? En commençant par changer de métier : promeneur des chiens par exemple ! Ses proches accepteront-ils ce changement qui le transformera en homme libre ?

Si, au premier abord, ce rôle ne semble pas convenir à Thierry Lhermitte, il n’en est rien ! Bien loin des comédies franchouillardes sans intérêt, il nous propose une interprétation émouvante avec beaucoup de retenue, dans laquelle on parvient aisément à s’immiscer, tout en gardant une certaine distance, afin de ne pas se positionner en voyeur. Avec beaucoup de pudeur, Thierry Lhermitte et Thomas Vincent dressent le portrait d’un homme sur lequel le sort semble s’acharner. Malheureusement, le casting comporte quelques petites failles, comme Géraldine Pailhas, qui sonne faux du début à la fin. Son personnage à quelque chose de grotesque, qui ne fait pas dans la subtilité, ce qui contraste avec le personnage de Paul. Elle se complète difficilement avec Thierry Lhermitte, et peine à lui arriver à la cheville. Les différentes scènes de confrontations du couple, qui ne cesse de décliner durant le long-métrage, donnent à voir la faiblesse de jeu de l’actrice face à un homme qui s’impose, tant physiquement que psychologiquement, alors qu’elle cherche à conserver une emprise sur son mari, qu’elle sait atteint et manipulable. Le différentiel d’âge entre les deux acteurs ne joue pas en la faveur de la crédibilité du récit, à tel point qu’on en vient à s’interroger sur d’éventuels liens de parenté. Aussi, on notera l’excellente prestation, même si moins importante, de Guillaume Cyr, que l’on a pu découvrir dans Nos Jours Heureux. Son personnage est très touchant et plein d’humour. Sa relation avec Thierry Lhermitte à ce quelque chose de tendre qui donne du baume au cœur. On sent l’amour de Benoit pour son travail, avec ce souhait de le transmettre à sa nouvelle recrue.

Toutefois, même si le scénario est touchant, il est très simple, peut-être même trop. La structure narrative tourne vite en rond, avec de perpétuelles séquences sur les ascenseurs, sur le choix de l’avocat, sur les poursuites judiciaires. Le schéma est vite compris et surprend difficilement, tout est trop prévisible, et ce sur tous les points (affectifs ou professionnels). Une fois les faits assimilés, le spectateur ne sera plus surpris, et pourrait même reprocher au film de tirer sur la corde, en s’enlisant dans des séquences parfois futiles. Néanmoins, on soulignera la beauté de la première scène du film, qui nous immerge directement dans les faits. Le travail sur le silence dans le film est réfléchi, et l’absence de musique extra-diététique nous ancre dans une réalité que tout le monde pourrait être amené à expérimenter.

L’approche du réalisateur vis-à-vis de ses protagonistes est assez sobre, sans réel partis pris, ne cherchant pas à définir un « méchant » et un « gentil », un « coupable » et une « victime ».
Les décors québécois qui servent de contexte au film sont de toute beauté et participent pleinement à ce microcosme dépouillé, que Thierry Lhermitte découvre, mais dans lequel il ère également, allant jusqu’à se perdre, ne sachant plus ou donner de la tête. C’est dans la neige canadienne que Paul Sneijder se ressource et retrouve confiance en soi, accompagné de ses nouveaux amis, qui ne sont autres que des chiens en quête de promenade.

Si le nouveau film de Thomas Vincent suscite des interrogations quant au thème abordé, il est surtout à voir pour l’excellente interprétation de Thierry Lhermitte, qui sort des sentiers battus par une froideur et un travail sur soi assez impressionnants, faisant part d’un certain talent dans des rôles aux teintes dramatiques.

La Nouvelle vie de Paul Sneijder : Bande-annonce

La Nouvelle vie de Paul Sneijder : Fiche Technique

Réalisateur : Thomas Vincent
Scénario :Yaël Cojot-Goldberg, Thomas Vincent, d’après l’oeuvre de Jean-Paul Dubois
Interprétation : Thierry Lhermitte, Géraldine Pailhas, Pierre Curzi, Guillaume Cyr, Aliocha Schneider…
Photographie : Ronald Plante
Montage : Mike Fromentin
Musique : Philippe Deshaies, Lionel Flairs, Benoît Rault, Antoine Bedard
Direction artistique : Mario Hervieux
Producteurs : Pierre Forette, Thierry Wong
Sociétés de production : Cine Nomine, Caramel Films
Distribution (France) : SND
Durée : 114 minutes
Genre : Comédie Dramatique
Date de sortie : 8 juin 2016

France, Canada – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.