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L’autre continent : Un film très attachant de l’autre Cogitore

L’autre Continent de Romain Cogitore est le film d’un cinéaste photographe, et ça se voit. Une photo de toute beauté qui sert une histoire très émouvante qui est portée par l’amour mais qui interroge d’autre thématiques importantes tournant autour de l’identité.

Synopsis : Maria a 30 ans, elle est impatiente, frondeuse, et experte en néerlandais. Olivier a le même âge, il est lent, timide et parle quatorze langues. Ils se rencontrent à Taïwan. Et puis soudain, la nouvelle foudroyante. C’est leur histoire. Celle de la force incroyable d’un amour. Et celle de ses confins, où tout se met à lâcher. Sauf Maria.

Un amour infini

La première image du film de Romain Cogitore est un tilt-shift, à la fois une démarche technique, et la métaphore d’un monde qui n’existe pas vraiment. On comprend immédiatement alors que si enchantement il y a, il viendra entre autres de l’image. L’homme sait manipuler sa caméra. La bonne distance, le bon cadrage, les bonnes tonalités. Ses images reflètent assez parfaitement les ambiances de ce deuxième long métrage : L’autre Continent. Mélancolique, onirique et pourtant terriblement réel, le film fait sans cesse de l’équilibrisme sur une crête dangereuse, celle d’un film intimiste qui tout d’un coup pourrait basculer vers le mélo pur et dur.

Le film est riche de plusieurs thématiques, avec peut-être l’identité comme thème central, de plusieurs partis pris aussi. Les deux protagonistes eux-mêmes en effet sont complexes. Olivier, interprété par un Paul Hamy une fois de plus impressionnant, après notamment son inoubliable partition dans l’Ornithologue de João Pedro Rodrigues, est un jeune homme lunaire, qui surfe légèrement sur le spectre autistique, parlant 14 langues, sauf celle du flirt et de la séduction. Maria (pétillante Déborah François), une femme libre et légère, qui part à Taïwan pour pouvoir se consacrer à son roman. Le jour de son départ, elle se fait conduire par sa mère aux quatre coins de la ville pour pouvoir dire, très joyeusement semble-t-il, adieu à ses différents amants. Autant dire que la rencontre entre ces deux êtres, guides touristiques tous les deux pour faire bouillir la marmite, ne pouvait être qu’improbable et sujette à de nombreuses opportunités cinématographiques, drôlatiques pour certaines.

Mais la magie de l’amour a opéré, et toute la première partie du film montre merveilleusement la beauté, la poésie de leurs premières fois, qui sortent ici de l’ordinaire pour prendre un tour délicieux, très attachant, dans chaque séquence. Le soleil éclatant de leur pays d’adoption et les choix photographiques de Cogitore contribuent par ailleurs à cette impression de légèreté, de bonheur ineffable qui flotte dans l’air.

Quand, dans une deuxième partie, le drame arrive, et que les deux amoureux reviennent précipitamment en France, le spectateur est déjà accroché. Olivier est gravement malade, et le film restitue avec beaucoup de force les affres d’une femme amoureuse, jadis le symbole même de la liberté, et qui se trouve emprisonnée par un destin qui la dépasse. Tiraillée entre l’amour puissant qu’elle éprouve pour Olivier et un désir tout aussi vivace de se protéger, de protéger son essence, son écriture, presque son intégrité. Ici encore, le maître mot c’est l’amour, y compris l’amour parental, celui des parents d’Olivier, comme celui de la mère de Maria qui tente de la sortir de cette bulle. Romain Cogitore réussit avec ses thèmes très casse-gueule à garder le sang-froid, et évite les écueils du film tire-larme tout en faisant pleurer.

On ne le sentira plus faible que dans une troisième partie plus molle, peut-être à l’image de ses personnages dont la vie elle-même est devenue une mélasse qui les englue vivants, d’où chacun veut s’extirper, mais où leur relation très forte voudrait les maintenir. Comme eux, le cinéaste semble ne pas trop savoir comment terminer cette histoire qui démarrait très fort. Des redites apparaissent, également quelques incohérences notamment dans le personnage de Paul Hamy, ainsi que dans cette voix off (celle de Déborah François) un peu trop terre-à-terre au regard du reste du film. Mais dans l’ensemble, tout cela n’arrive heureusement pas à diluer l’émotion que les parties précédentes du métrage ont distillée.

L’autre Continent, celui de l’Orient, mais également celui de l’intime (le cœur, la tête, voire les entrailles des personnages), est un film qui montre une adresse certaine chez Romain Cogitore, la même que celle de son grand frère Clément, très remarqué entre autres avec  son Braguino, et avec lequel il collabore régulièrement. Son choix de l’imposant Paul Hamy pour jouer ce personnage fragile et de Déborah François pour interpréter cette détermination sans faille est tout simplement judicieux et gagnant. En rajoutant la magnifique photo de son film, on pense tenir là un cinéaste prometteur et qu’on espère retrouver pour de nouveaux films tout aussi percutants.

L’autre continent – Bande annonce

L’autre continent – Fiche technique

Réalisateur : Romain Cogitore
Scénario : Romain Cogitore
Interprétation : Déborah François (Maria), Paul Hamy (Olivier), Daniel Martin (Jacques), Christiane Millet (Sophie-Charlotte), Vincent Perez (Professeur Deglacière), Aviis Zhong (Professeur Chen), Nanou Garcia (Danouta), Réginal Kudiwu (Florian)
Photographie : Thomas Ozoux
Montage : Romain Cogitore, Florent Vassault
Musique : Mathieu Lamboley
Producteurs : Tom Dercourt, Vincent Wang Co-producteurs : Estela Valdivieso Chen, Sophie Erbs, Hsin-Hung Tsai
Maisons de production : CinémaDefacto, House on fire
Distributeur France : Sophie Dulac Distribution
Budget : EUR 900 000
Durée : 97 min.
Genre : Drame, Romance
Date de sortie : 05 Juin 2019
France – Taïwan – 2018

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4

Le Congrès d’Ari Folman : la numérisation du cinéma

Le Congrès n’est pas la suite de Valse avec Bachir mais en est une belle continuité. Une continuité, parce qu’Ari Folman accentue son introspection mémorielle et la matérialisation des traumas qui peuvent guider les hommes et les femmes à sombrer dans une certaine forme de néant.

Mais alors que Valse avec Bachir était un long métrage d’animation dans son intégralité, Le Congrès contient 30 premières minutes de prises de vue réelles pour ensuite glisser dans l’animation la plus colorée et délurée. Le ton du film est donné dès le premier plan : une actrice, Robin Wright, qui joue son propre rôle, avec le visage face caméra et les larmes qui glissent sur sa joue, regarde inerte son agent lui remémorer tous les mauvais choix qu’elle a pu faire pendant sa carrière. En un seul plan, Le Congrès sent d’emblée l’odeur de fin du monde.

C’est la fin d’une actrice qui, à bientôt 45 ans, n’a presque plus aucune offre qui arrive sur la table. Sa carrière n’en est plus une et elle s’occupe de son fils, gravement malade, qui dans plusieurs années, deviendra aveugle et sourd. Une seule possibilité lui est proposée : celle de se faire scanner et de voir une grosse boite de production utiliser son image, ou autrement dit, ses clones numériques, pour un nombre de blockbusters illimités. Mais pour ce faire, elle doit faire profil bas pendant 20 ans. C’est la fin d’une actrice, mais aussi la fin d’une certaine idée du cinéma, d’un artisanat technique et manuel dont l’aventure humaine se métamorphose dans le résultat d’un agglomérat d’algorithmes et d’effets synthétiques. Les deux sont, dans les 30 premières minutes, à chaque fois jumelées : la consommation d’un nouveau type de cinéma dont les codes déshumanisent la notion même de l’acteur et l’actrice. Les films en question ont besoin de visages, de violence, d’émotions affichées mais n’ont pas besoin d’incarnation. Un clone, un hologramme suffisent amplement à remplir les salles de cinéma : pourtant derrière cette dématérialisation de l’identité, se génère l’intemporalité du métier d’acteur qui retranscrira ad vitam aeternam la jeunesse et la fougue de l’humanité. Sauf que cette intemporalité est synonyme d’aliénation, dissimulant une perte d’altérité évidente et un consumérisme imparable de l’âme. Comme une mort annoncée, à l’image de ces plans où l’on voit Robin Wright marcher dans les couloirs de la production comme si elle allait à l’abattoir.

Cette première partie est d’un brio sans égal : alors que le questionnement sur le cinéma et son avenir aurait pu devenir opaque , réac’ et sentencieux, Ari Folman a cette brillante faculté de construire ce désenchantement à travers le regard inerte de son actrice. Partie qui se finit dans l’émotion la plus palpable avec cette séance de scanner où Harvey Keitel (l’agent) crie son amour et son admiration pour son actrice. Le réalisateur arrive parfaitement à organiser sa pensée par le prisme de l’humain. C’est alors 20 ans plus tard que commence cette deuxième partie, où Robin Wright sera l’invitée d’honneur du Congrès de la société de production, dans un environnement numérisé où le monde entier deviendra un parc géant où chacun se créera un avatar. De ce fait, Le Congrès bascule dans la science fiction et la bizarrerie animée la plus totale : on pense aux traits abstraits de Osamu Tezuka, à la farandole hybride de Satoshi Kon, aux attraits existentialistes de Matrix (la pilule pour la réalité morne et apocalyptique face à l’hallucination divinatoire), et d’un point de vue, de la philosophie, est presque un anti Ready Player One (la soustraction de la réalité par l’immatérialité de l’avatar).

Cette deuxième partie riche, psychédélique et passionnante semble parfois un peu brouillonne, farfelue, partant vers un nombre de pistes qui ne cesse de s’allonger et voulant parler autant du cinéma que de la société générale : notre rapport au cinéma, la société qui se module par sa façon  de consommer ses plaisirs, l’identité qui se détruit pour se reconstruire, cette envie de l’Homme de se détacher de ses barrières corporelles, la déshumanisation de notre perception de la réalité ou même le virtuel comme remède aux maux du monde réel. C’est donc un monde en déliquescence qui offre ses plus belles paillettes : le point culminant de Le Congrès, malgré ses pyrotechnies visuelles, sa course à la phosphorescence, est le regard de cette actrice, qui n’a qu’une seule envie : celle d’avoir le choix, de garder son libre arbitre pour pouvoir exister, et non pas seulement subsister. Dans sa vie, comme dans sa carrière, ses choix, mauvais ou bons, ont été guidés par le seul horizon du bonheur et la sécurité de son fils. C’est le fil rouge du film, qui derrière sa volonté d’en montrer beaucoup, sait très bien faire parler la fibre émotionnelle de sa direction artistique et narrative : embrasser l’humain, qui est au centre de tout. 

Synopsis : Robin Wright (que joue Robin Wright), se voit proposer par la Miramount d’être scannée. Son alias pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la major compagnie hollywoodienne décidera de tourner, même les plus commerciaux, ceux qu’elle avait jusque-là refusés. Pendant 20 ans, elle doit disparaître et reviendra comme invitée d’honneur du Congrès Miramount-Nagasaki dans un monde transformé et aux apparences fantastiques…

Bande Annonce – Le Congrès

Fiche Technique – Le Congrès

Réalisateur : Ari Folman
Scénario :  Ari Folman (provenant du roman éponyme de Stanislaw Lem)
Genre : Drame/ Animation
Durée : 2h03
Date de sortie : 3 juillet 2013

L’Homme aux colts d’or, d’Edward Dmytryck : le marshall, l’infirme et le shérif

En 1959, Edward Dmytryk réalise avec L’Homme aux colts d’or (Warlock), un western qui sans se hisser à la hauteur des chefs d’œuvre du genre détonne par l’originalité de son scénario et de ses personnages. Réédité par Sidonis productions, avec les commentaires de Bertrand Tavernier et Patrick Brion en bonus, ce film atypique mérite d’être redécouvert.

Une entrée en matière classique
Les premières scènes de L‘Homme aux colts d’or ressemblent à celles de nombreux westerns des années cinquante. Warlock, une petite bourgade comme tant d’autres, vit sous la domination d’un grand propriétaire terrien, Abe McQuown, dont les hommes de main imposent leur loi jusqu’au shérif lui-même. Lorsqu’un redresseur de torts , Clay Blaisedell, (Henry Fonda) est appelé à la rescousse, on reste dans le schéma très classique de l’homme providentiel. Pareil côté décors : le saloon à droite, la prison en face et la grand rue au milieu achèvent de donner un sentiment de déjà vu. Quant à la réalisation de Dmytryk, bien que s’appuyant sur une belle photographie de Mac Donald, elle reste somme toute très littérale. Fort heureusement, le scénario porté par une galerie de personnages originaux confère au film toute sa singularité.

Un scénario à trois « bandes »
Signé Robert Aurthur et adapté du roman d’Oakkley Hall le scénario de Warlock – le titre original – rompt avec la linéarité propre à la plupart des westerns. Exit l’opposition binaire entre les bons et les méchants, L’Homme aux colts d’or se structure comme un billard à trois bandes opposant Blaisedell, l’homme de l’ordre (Henry Fonda), Bannon, l’homme de loi (Richard Widmark) et McQuown l’homme de pouvoir (Tom Drake). Et de fait, il va s’agir bien plus de confrontation psychologique entre les membres de ces trois clans que des gun figths annoncés par le titre, les fameux colts d’or brillant davantage par leur absence que pour leur usage. Parallèlement, le film noue deux intrigues amoureuses entre le marshall et une habitante (Dolorès Michaels) et entre le shérif et une Dorothy Malone vengeresse. Bref, un scénar plus kiss kiss que bang bang. Du moins jusqu’aux explications finales.

Des personnages atypiques
Si le marshall, mercenaire implacable, ange noir de la mort, incarné dans toute son ambiguïté par Henry Fonda, ne manque pas de surprendre, la véritable originalité du film réside dans le personnage de Tom Morgan. L’homme de confiance de Blaisedell avec lequel il partage l’élégance vestimentaire et la gâchette fatale, regarde la modernité en marche comme la pire des calamités.  Figure ambivalente, à la fois beau parleur et infirme, il entretient avec son alter ego une relation fusionnelle que certains ont interprété comme pouvant être de nature homosexuelle. Un « couple » qui détonne dans l’univers du western, qui préfère en règle générale les lonesome cow-boys. Quant au duel fratricide qui les oppose, un des plus réussis du genre, il est à mettre au crédit de Dmytryk, de son sens du cadre et de la mise en scène.
De quoi lui tirer définitivement son chapeau…

Synopsis : Abe McQuown et sa bande de hors-la-loi sèment la terreur dans la petite ville de Warlock. Les habitants engagent alors Clay Blaisedell, un mercenaire célèbre pour sa tenue noire et ses colts aux crosses en or, toujours flanqué de son fidèle et mystérieux compagnon au pied bot, Tom Morgan. Mais bien décidé à faire régner la paix dans la légalité, Johnny Gannon se fait également nommer shérif. Dès lors, la ville est dotée de deux représentants de l’ordre, aux méthodes trop différentes pour cohabiter.

Bande Annonce : L’Homme aux colts d’or

Fiche technique : L’Homme aux colts d’or

Réalisation : Edward Dmytryk
Titre original : WARLOCK
Durée : 2h02
Scénario : Robert Alan Aurthur, d’après le roman de Oakley Hall
Direction artistique : Herman A. Blumenthal et Lyle R. Wheeler
Costumes : Charles Le Maire
Musique : Leigh Harline
Photographie : Joe MacDonald
Montage : Jack W. Holmes
Producteur : Edward Dmytryk
Société de production et de distribution : Twentieth Century-Fox
Date de sortie : 1/04/1959
Langues : Anglais

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« The Handmaid’s Tale », saison 3, le début de la révolte

La saison 3 de The Handmaid’s Tale arrive à point nommé aux Etats Unis, dans un climat de tension pour les droits des femmes. Cette série dystopique, où les femmes sont privées de leur liberté, se rapproche dangereusement de la réalité dans laquelle nous vivons, ou du moins, vers laquelle nous tendons inéluctablement. Alors que la saison 2 se donnait un ton beaucoup plus froid et alerte, cette nouvelle saison redouble en portée politique. Attentions, risque de divulgacher.

Comment s’était finie la saison 2 ?

Précédemment dans The Handmaid’s Tale, June/DeJoseph (Elisabeth Moss) avait enfin accouché dans des circonstances des plus affreuses, d’une fille, Nicole. Malgré son accomplissement de servante, sa situation chez les Waterford ne s’était pas pour autant améliorée. Après l’attentat contre le commandant (Joseph Fiennes), Serena (Yvonne Strahovski) avait subtilisé momentanément la place de celui-ci, et jouissait alors d’un certain pouvoir, en complicité avec June. Cependant, au retour du commandant, Serena avait payé le prix de son affront par la perte d’un doigt. Emily, après un séjour dans les camps de travail et une excision, s’était retrouvée affectée chez le très étrange commandant Lawrence.

Une saison décevante

Le dernier épisode rattrapait le rythme plutôt lent d’une deuxième saison mitigée, dans un enchaînement de retournements de situations. Serena acceptait de confier sa fille Nicole à June pour qu’elle puisse vivre une meilleure vie hors de la société patriarcale de Gilead. Le Commandant Lawrence, avec la complicité des Martha, protège et aide June et Emily à s’exiler au Canada. Mais au dernier moment, June confie le bébé à Emily, sans la suivre. Elle prend alors la décision la plus inattendue, de ne pas sauver sa peau, mais retrouver sa première fille Hannah.

Face à ce sacrifice inattendu, on comprend la frustration des spectateurs qui reprochaient aux scénaristes d’avoir changé la psychologie du personnage de June. Certains allaient même jusqu’à remettre en question la portée « féministe » de la série, quand les personnages féminins lesbiens ont gravement été mis à mal (l’excision d’Emily, la quasi-invisibilité de Moira). Et même si le personnage de Serena est enfin sorti de l’ombre de son mari, en sa qualité de dominante, elle traite toujours June comme son esclave. Sa position reste alors ambiguë, passant de bourreau de June à victime de son mari. L’évolution scénaristique des personnages de The Handmaid’s Tale a été sujet à débat, par le fait que cette seconde saison se détachait aussi du roman de Margaret Atwood.

https://www.youtube.com/watch?v=RcTvQx1Wot0

« Burn, Motherfucker, Burn »

C’est donc dans un mélange d’excitation et d’appréhension que cette saison était fortement attendue par les fans. Et avec joie, les trois premiers épisodes de The Handmaid’s Tale ont été disponible ce jeudi 06 Juin sur Hulu (et OCS en France). On retrouve enfin June, plus téméraire que jamais, tant le danger semble lui glisser sur les épaules. De plus en plus rebelle, elle n’hésite pas encore à risquer sa vie pour retrouver un court instant sa fille Hannah chez sa famille de remplacement. Un moment de torture émotionnelle pour June, avant de retourner, de force, chez les Waterford.

Entre cris et larmes, Serena reproche à June la décision d’avoir abandonné « leur » fille aux bras d’Emily. Le commandant au milieu de leur affrontement fait pâle figure, tant il est royalement ignoré. Encore une fois, l’ambiguïté de la relation entre June et Serena oscille entre respect et rejet. C’est alors dans un acte désespéré, mais esthétiquement incroyable, que Serena brûle le lit conjugal. Une manière de raser son passé, réduire en cendre la demeure qui a accueilli les viols à répétition et la mascarade d’une famille brisée. Comme punition, DeFred se retrouve dans une nouvelle maison…

Le début de la révolte contre le patriarcat

On s’imagine alors le pire. Après les Waterford, June risque de se retrouver de nouveau à jouer le rôle de pouliche pour un nouveau commandant. Or c’est avec une certaine surprise que June devient DeJoseph, la nouvelle servante du commandant Lawrence. Pourtant, il serait naïf de faire entièrement confiance à cet étrange homme, au rôle anticonstitutionnel.

Il reste un homme froid à l’égard des Martha et des servantes. Parfois menaçant, et jouant de son pouvoir pour humilier June. Mais à d’autres moments, il devient complice des agissements rebelles des Martha en couvrant des tentatives d’évasion.

Pourtant June n’a pas froid aux yeux. En quelques épisodes, on est témoin de sa détermination à rejoindre la cause rebelle. Mais elle comprend aussi qu’elle devra s’entourer des bonnes personnes, celles qui ont du pouvoir. Car cette révolte, qui gronde, invisible, restera aussi stérile que les femmes de Gilead, si elle n’est pas menée par un groupe fort et organisé.

Notre June parviendra-t-elle à mener son combat révolutionnaire ?  Le commandant Lawrence deviendra-t-il un allié ou un ennemi ? Serena reviendra-t-elle en position de pouvoir ? Et qu’adviendra-t-il d’Emily, Luke et Moira, de l’autre côté de la frontière ? Les réponses, on l’espère, dans les prochains épisodes….

 

« Shampoo » : l’autre journée de la jupe

Carlotta commercialise une édition prestige consacrée au Shampoo d’Hal Ashby. Le film y est présenté en version restaurée 4K et n’a rien perdu de sa fraîcheur.

George est un coureur de jupons. Il travaille dans un salon de coiffure, mais passe le plus clair de son temps à flirter avec ses clientes au lieu de s’occuper de leur look. Dans l’une des séquences les plus comiques de Shampoo, on l’aperçoit sécher les cheveux d’une jeune femme dans une posture équivoque laissant penser à… une fellation. Avec sa moto, son blouson de cuir, ses cheveux longs, ses lunettes de soleil et son air je-m’en-foutiste, on pourrait le confondre avec un commis de la contre-culture. Le temps diégétique nous renvoie d’ailleurs en 1968, un an à peine avant que Woodstock n’écrive les pages les plus folles du flower power. Ne prend-on pas d’ailleurs George pour un « hippie » à la banque ? Et même pour un « anticapitaliste » plus tard ?

Le héros d’Hal Ashby est surtout un jouisseur rêvant de liberté. Dans une séquence particulièrement réussie, il va quémander un prêt à son banquier. Quand ce dernier lui demande ses références, il lui lâche le nom d’une star qu’il lui est arrivé de coiffer. Est-ce qu’un révolutionnaire pacifiste irait supplier un type en costume de lui fournir les fonds nécessaires à l’ouverture de son propre salon de coiffure ? Warren Beatty, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ira ensuite exposer ses plans à un investisseur frileux. Un argument scénaristique qu’Hal Ashby va exploiter en marabout : d’abord pour conter les liens ténus entre la politique et l’argent ; ensuite pour poser un regard ironique sur l’élection de Nixon – le film a lieu la veille de l’élection de 1968, mais est tourné en 1975, après le scandale du Watergate ; enfin, pour mettre en exergue la libération sexuelle en cours dans les années 1960, à travers une galerie d’infidèles et de cocufiés – chacun pouvant endosser ces deux rôles simultanément !

En à peu près vingt-quatre heures de temps diégétique, Hal Ashby, aussi décomplexé qu’appliqué, narre les moeurs changeantes de la société américaine – une ouverture sexualisée, une séquence osée avec la néophyte Carrie Fisher –, donne le tournis à coups de triangles ou carrés amoureux, bat en brèche certaines idées reçues – le coiffeur forcément homosexuel – et égrène des séquences à marquer d’une pierre blanche : quand George entend dormir mais que sa compagne lui parle d’enfants ; lorsqu’une soirée où tous les amants sont réunis tourne irrémédiablement en eau de boudin ; quand les femmes rivales se toisent pendant que les hommes qui les accompagnent discutent de… coiffure ; quand deux Amériques se font face le temps d’un plan, l’une noire, en tenue décontractée et affublée d’un joint, l’autre blanche, endimanchée et un verre d’alcool aux lèvres… Dans Shampoo, du malaise, de la naïveté et des incompréhensions naît souvent le rire. Et Jack Warden, Julie Christie, Goldie Hawn ou Lee Grant se surpassent en la matière. Cette dernière fut d’ailleurs oscarisée pour la cause.

Les collectionneurs seront ravis : Carlotta accompagne cette irrésistible comédie de dix reproductions de shooting photo, de cinq cartes postales, d’un magnet et d’une affiche.

Caractéristiques

ÉDITION PRESTIGE LIMITÉE #09
Blu-ray + DVD + Memorabilia

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC
Version Originale DTS-HD MA 5.1 & 1.0 / Version Française DTS-HD MA 1.0
Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté • Couleurs
Durée du Film : 110 mn

DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2
Version Originale Dolby Digital 5.1 & 1.0 / Version Française
Dolby Digital 1.0 • Sous-Titres Français • Format 1.85 respecté
16/9 compatible 4/3 • Couleurs • Durée du Film : 106 mn

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3.5

British Invasion, un livre et cinq films sur la culture britannique

Avec British Invasion, Carlotta nous permet de faire le point, en un livre et cinq films, sur l’importance de la culture britannique des presque soixante dernières années.

Le livre part d’un constat : celui du déferlement culturel britannique sur l’Occident depuis le début des années 60. Un déferlement qui va toucher tous les aspects de la vie culturelle : musique bien sûr, mais aussi cinéma, télévision, mode…

Mais au lieu d’en faire un livre encyclopédique qui recenserait froidement les diverses formes prises par cette « invasion », British Invasion se livre à nous sous la forme d’un dialogue. Dialogue entre deux personnes qui furent témoins de ce déferlement. D’un côté nous avons Valli, chanteuse et journaliste américaine vivant à Paris et qui est devenue célèbre en France grâce à la chanson « Chacun fait c’qui lui plaît ». Depuis, elle est devenue journaliste et animatrice.

Stephen Clarke, quant à lui, est un écrivain britannique qui décrit avec humour les relations entre Français et Anglais dans ses livres A year in the merde ou Français, je vous haime.

Ces deux Anglo-saxons francophones vont donc nous livrer leur vision de cette conquête du monde culturel par la Grande-Bretagne. Il ne s’agit pas là de livrer une vision exhaustive du sujet, mais bien d’en montrer la perception qu’en ont eue les deux intervenants, une perception croisée américano-britannique. Il est ainsi très intéressant de voir, par exemple, comment les Beatles ont été perçus la première fois qu’ils ont débarqué aux États-Unis. Valli montre que, là où Elvis divisait profondément les générations, le groupe de Liverpool avait tendance à plaire aussi bien aux parents qu’aux enfants.

Le chapitre consacré à la musique, qui ouvre le livre, est le plus fourni. L’invasion britannique y est décrite en plusieurs vagues successives : Beatles, Stones, Kinks, Led Zeppelin, Bowie, Sex Pistols… Les groupes sont décrits avant tout comme des phénomènes médiatiques, avec des anecdotes personnelles.

Le livre est divisé en six chapitres : musique, style, art (photographie et peinture essentiellement), cinéma, télévision et littérature. On y parle, pèle-mêle, de Twiggy, de l’Aston Martin de James Bond, de Peter Sellers, Colin Firth, Emma Peel (on apprend d’ailleurs que son nom est un jeu de mot plutôt coquin), John LeCarré, Salman Rushdie, et bien d’autres artistes encore. En bas de chaque page se trouvent des repères historiques qui commencent avec l’accession au trône d’Elisabeth II et se terminent par le mariage du prince Harry avec Meghan Markle. Enfin, chaque chapitre se clôt avec une playlist d’albums à écouter…

On pourrait bien entendu juger dommage que la place attribuée à certains artistes soit trop réduite (pour les Monty Python par exemple), que Daniel Day Lewis ne soit que mentionné ou que Stephen Fry soit carrément absent. Mais le but n’est pas ici de faire une étude complète du phénomène mais de montrer son influence et son évolution permanente.

Car la culture britannique est toujours vivante et fortement active de nos jours. Et un tel livre, s’étendant sur presque soixante ans, montre son évolution, qui est le reflet de la société britannique dans son ensemble, à travers ses bouleversements socio-politiques (la forte opposition à la politique de Thatcher par exemple).

Et avec le livre se trouvent cinq films représentatifs de cette culture britannique. Il était évident de débuter avec les Beatles, dans A Hard day’s night, de Richard Lester. La comédie figure bien entendu en bonne place avec The Party, chef d’œuvre burlesque de Blake Edwards avec un Peter Sellers inoubliable, mais aussi Alfie, de Lewis Gilbert, centré autour de la personnalité hautement égocentrique d’un séducteur incarné par le génial Michael Caine. Avec Blow Up, Antonioni fait une radiographie d’une incroyable précision de la pop culture londonienne tout en menant une réflexion sur le statut de l’image ; le film obtiendra la palme d’or à Cannes en 1967 et aura une influence fondamentale sur le cinéma. Enfin, Good Morning England fait un peu la synthèse de toute cette « British Invasion » en nous montrant les débuts des radios libres, alors interdites. Ce qui permet au réalisateur Richard Curtis (qui avait signé auparavant Love Actually ainsi que les séries Black Adder et Mr Bean, entre autres) de développer son amour de la musique (la bande originale est juste ébouriffante, des Kinks à Bowie en passant par The Who) et de faire une très jolie comédie portée par un casting quatre étoiles.

En conclusion, un livre très intéressant, agrémenté de nombreuses photos et rempli d’informations, mais aussi de souvenirs et d’émotions.

British Invasion, Pop save the Queen
Livre de 144 pages, incluant plus de 100 photos / 5 DVD
Sortie le 7 juin 2019
L x H : 24 x 29 cm
59,99 Euros TTC
ISBN : 9782377970766

Incluant 5 films :

_ A Hard day’s night, de Richard Lester (1964), avec Les Beatles
_ Alfie, de Lewis Gilbert (1968), avec Michael Caine, Shelley Winters
_ Blow Up, de michelnagelo Antonioni (1966), avec David Hemmings, Vanessa Redgrave et Jane Birkin
_ The Party, de Blake Edwards (1968), avec Peter Sellers, Claudine Longet
_ Good Morning England, de Richard Curtis (2009), avec Philip Seymour hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy

Parasite, de Bong Joon-Ho : une palme d’or qui récompense la vitalité du cinéma Sud coréen

Parasite, la Palme d’or 2019 couronne un chef et son œuvre qui incarnent une des filmographies les plus riches de ces dernières années. Bong Joon-Ho y poursuit sa lecture sociologique de la société coréenne en jouant des genres et des registres, pour la plus grande surprise et joie de tous les spectateurs. Car cette récompense, c’est aussi un cadeau pour tous les cinéphiles partageant leur album photo avec le plus grand nombre.

Synopsis : Toute la famille de Ki-taek est au chômage. Elle s’intéresse particulièrement au train de vie de la richissime famille Park. Mais un incident se produit et les deux familles se retrouvent mêlées, sans le savoir, à une bien étrange histoire…

Récompenser un livre ou un film a toujours été très compliqué et est parfois décrié, quand au festival de Cannes une œuvre ne reçoit pas une belle quasi-unanimité comme lors de cette dernière édition. Que récompense t-on ? Une œuvre globale ? Le dernier film ? Comment distinguer les deux ? Ainsi, pour beaucoup, la première rencontre avec Bong Joon-Ho se fait avec Memories of murder (2003), 5 millions d’entrées en Corée du Sud et un très large succès critique en France. Les premiers éléments, déjà, qui séduiront les premiers regards sont présents : un cadre référencé, proche du film de genre, une profondeur inouïe des personnages et de l’intrigue, des codes de lecture occidentalo-centrés bien heureusement perturbés par une mise en scène et des rebondissements jouissifs.

Parasite produit le même effet que cette première rencontre avec le cinéaste. Des points de repères, certes, mais l’attente toujours présente d’être surpris. Pour la bonne cause. Le film s’ouvre sur le quotidien d’une famille du bas de l’échelle sociale, mais loin d’être désespérée. Débrouillarde, soudée, elle échappe déjà au manuel de dramaturgie pour les nuls : il est ainsi communicatif de rire des avaries du quotidien, dans un trois pièces insalubre où un vasistas donne directement sur les poivrots qui pissent en bas de la rue, en haut de chez eux. Une séquence ludique et envoûtante est une vanne à elle toute seule : un frère et sa sœur arpentent le petit appartement à la recherche du nouveau code wifi à pirater. Ils finissent par en retrouver la trace dans les toilettes. On se joue rapidement des grilles de lecture traditionnelles, en quelques images : qu’est-ce qu’être pauvre ? Ne pas avoir de smartphone ? Ou bien, si on en a un, ne pas avoir de forfait, en être esclave malgré tout ?

La force du film, c’est de poser ces questions-là avec fluidité, au sein de séquences plus malignes et immersives les unes que les autres. Ainsi, quand un ami du fils débarque pour voir son pote, la gêne que tous ressentent de recevoir un étudiant bien habillé dans un taudis est très rapidement évacuée. Non, on improvise, on fait avec, et c’est le moteur de l’action. Ces personnages fascinent parce qu’ils agissent, ils refusent de subir. C’est malin, puissant, et c’est tout le mal qu’on souhaite aux scénaristes en mal d’imagination.

Quand deux familles aux antipodes de la société coréenne se trouvent liées, le titre prend un premier sens. Un parasite, c’est ce qui est en vous sans jamais vous tuer. La facilité est d’attribuer ce rôle à ces jacquouilles prêts à tout pour s’élever socialement. Il y a une justice, pourquoi pas une morale. Mais au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, le costume passe sur plusieurs épaules et pose une question de sens. Qui parasite l’un, l’autre ?

Le positionnement offre des perspectives, des réflexions qui font la richesse même de cette grande palme. Elle élève le raisonnement, enrichit le spectacle et le spectateur. Le propos du cinéaste est servi par cette capacité de passer du rire aux larmes avec maîtrise et efficacité. Il en est même surprenant de constater que les scènes les plus drôles savent aussi montrer qu’elles sont également les plus dures et les plus insidieuses. Un jugement de valeur vaut un coup très violent.

Le script n’aurait pourtant pas autant de saveur si le cinéma ne se mettait pas perpétuellement à son niveau. Au-delà même de l’extraordinaire direction d’acteurs, une séquence digne de Métropolis (Fritz Lang, 1927), donne du corps à la logique de relégation sociale, le temps d’une inondation, qui sort le récit des murs de cette grande maison bourgeoise qui enferme un huis-clos. La mise en scène structure les rebondissements construisant une vraie poupée russe : elle schématise le sel d’une œuvre vertigineuse qu’on est heureux d’aimer, et de faire aimer, car elle est suffisamment forte pour être enrichissante sans avoir à être expliquée. C’est toujours du boulot en moins pour les critiques et les potes cinéphiles : c’est du grand cinéma.

Parasite : Bande-annonce

Parasite: fiche technique

Avec Song Kang-Ho, Sun-kyun Lee, So-Dam Park
Genres : Drame, Thriller
Date de sortie :5 juin 2019
Durée : 2h 12min
Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers
Nationalité : Corée du sud

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Note des lecteurs12 Notes
5

Sorry To Bother You : la bizarrerie pop de 2019 débarque en DVD

Prenez le militantisme d’un Spike Lee, le coté arty/déluré d’un Michel Gondry et enfin l’âpreté d’un Ken Loach. Sur ce joli pudding déjà bien chargé, rajoutez un ton relativement iconoclaste à la Edgar Wright, faites mijoter pendant un peu moins de 2h et à table. Oui, dit comme ça, ce mélange semble éminemment intriguant, pour ne pas dire étrange ; mais c’est bien ce que propose l’étonnant et ô combien singulier Sorry To Bother You du néo-cinéaste Boots Riley. 

Après avoir décroché un boulot de vendeur en télémarketing, Cassius Green bascule dans un univers macabre en découvrant une méthode magique pour gagner beaucoup d’argent. Tandis que sa carrière décolle, ses amis et collègues se mobilisent contre l’exploitation dont ils s’estiment victimes au sein de l’entreprise. Mais Cassius se laisse fasciner par son patron cocaïnomane qui lui propose un salaire au-delà de ses espérances les plus folles…

Une satire dans l’air du temps

Rappeur, producteur, beatmaker et maintenant réalisateur : c’est peu dire que Boots Riley est un véritable touche-à-tout. Un artiste dans le plus pur sens du terme qui a d’abord usé de sa voix pour se faire entendre, quitte à passer à la vitesse supérieure avec Sorry To Bother You, son premier essai au cinéma. Et même si on ne l’entend pas à l’écran, force est d’admettre que sa fougue et surtout sa rage n’ont pas disparu. Puisque derrière ce titre ô combien étrange, Boots Riley entend dresser via une satire féroce, les dangers du capitalisme et ses conséquences – forcément néfastes – pour la force travailleuse. C’est ainsi que l’on y suit le quotidien de Cassius Green, jeune homme afro-américain touché par le chômage qui va intégrer une boite de télémarketing et percer en prenant paradoxalement une voix de « blanc ». Mais qui dit promotion pour lui, dit aussi exploitation pour ses collègues qui vont tenter de le ramener à la raison face à un patron ne cessant pas de tirer sur la corde. Et… on se gardera de révéler la suite puisque l’attrait conféré par ce premier film tient surtout à la proposition aussi bien narrative que visuelle amenée dans sa deuxième moitié. Car, contrairement à plein de cinéastes qui se seraient sans doute volontairement censurés dans le but d’obtenir un film consensuel, Boots Riley y va franco. Et par moments, même un peu trop mais c’est pour ça que le film marque les esprits. Puisque au détour d’un casting rafraichissant (Laketih Stanfield, Thessa Thompson, Armie Hammer, Steve Yeun) et d’un ton férocement iconoclaste, Sorry To Bother You a le chic d’avoir quelque chose qui fait de plus en plus défaut dans l’industrie d’aujourd’hui : une identité. Et de nos jours, voir l’éclosion d’un cinéaste avec quelque chose à dire et une vraie envie de communiquer, ça fait tellement chaud au coeur que ça semble normal que de révérer ce genre de films, aussi imparfaits soient-ils. 

Un échec au box-office hélas visible qu’en DVD…

N’ayant réuni qu’un peu plus de 25.000 spectateurs dans les salles (sur un circuit assez réduit de 55 salles), Sorry to bother you n’est malheureusement pas parvenu à trouver son public en France. De fait, il ne sera disponible que sous format DVD, sans passer par la case Blu-ray. Une tare heureusement rapidement corrigée puisque la qualité du DVD n’a pas à rougir : images superbes, contrastes soignés, définition parfaite, et pistes audios Dolby Digital 5.1 aptes à rendre avec brio les nombreux effets sonores se baladant aux 4 coins de l’image quand le film assume ses embardées stylistiques. Bref, c’est de la belle ouvrage comme on dit et on pourra même souligner l’immersion, procurée par les dialogues, qui a vite fait de nous faire accepter la bizarrerie de l’univers délirant made in Boots Riley. Quant aux bonus, ceux-ci se révèlent être assez maigres : on ne pourra compter que sur un commentaire audio du réalisateur Boots Riley et quelques featurettes d’une dizaine de minutes, lesquelles proposent extraits du films, images de tournages, entretien avec le cinéaste et autres joyeusetés promotionnelles afin de faire mieux connaitre l’univers du cinéaste, les motivations de son casting ainsi que le style usité par ce réalisateur qu’on espère voir réussir à poser sa voix dans d’autres projets à l’avenir. 

Caractéristique du DVD Sorry To Bother You :

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description / Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 106 minutes 

 

Bande-annonce : Sorry To Bother You 

https://www.youtube.com/watch?v=QCRJJ98BQcM

Godzilla 2: Roi des monstres, le prétendant au trône des nanars

Godzilla 2: Roi des monstres est l’exemple typique du film qui n’arrive pas à être à l’égal de son excellente campagne promotionnelle. Entre divers visuels somptueux et des bandes annonces aux tons désespérés, on était en droit de l’attendre comme le blockbuster de l’année. Le résultat des courses est un film abrutissant, lourd et dont les jolis money shots ne servent qu’à alimenter une machine qui tourne à vide.

Synopsis : L’agence crypto-zoologique Monarch doit faire face à une vague de monstres titanesques, comme Godzilla, Mothra, Rodan et surtout le redoutable roi Ghidorah à trois têtes. Un combat sans précédent entre ces créatures considérées jusque-là comme chimériques menace d’éclater. Alors qu’elles cherchent toutes à dominer la planète, l’avenir même de l’humanité est en jeu…

Pourtant bien lancé en 2014 avec le très bon Godzilla de Gareth Edwards, film n’ayant pas fait l’unanimité malgré un vrai parti pris et de superbes qualités, le MonsterVerse avait un peu tourné en eau de boudin avec le ridicule Kong: Skull Island. Même si le projet de faire un univers où différents monstres de cinéma pourraient joyeusement s’affronter s’avérait être un vrai rêve de geek, l’exécution de ce dernier laisse à désirer. Kong était un film qui avait le mérite d’être régressif et de jouer la carte du second degré, même s’il était désincarné, écrit avec les pieds et dont la succession de money shots tapageurs agaçait, à force d’être au service de rien. Mais il y avait espoir avec ce nouveau Godzilla, d’abord car il fut confié à Michael Dougherty, jeune réalisateur prometteur qui avait livré un charmant Krampus, et surtout car l’univers du célèbre monstre reposait sur des bases solides dont cette suite devait juste reprendre les fondations. Pourtant, Godzilla 2: Roi des monstres va finir par lorgner plus du côté de Kong sans pour autant choisir sa voie, n’ayant jamais l’épique brutalité de son prédécesseur ni l’aspect régressif de Kong.

Le film affiche d’ailleurs dès son introduction, et ce dans chacun de ses aspects, son intention de s’attirer les foudres des détracteurs du premier en montrant clairement un travail de déconstruction et de moquerie assez agaçant. N’assumant jamais pleinement son héritage, se moquant ouvertement de certains de ses ressorts narratifs, notamment quand il accumule les blagues lourdes sur la sexualité des Titans, et surtout, sur le plan visuel, lorsqu’il montre ses monstres de manière frontale sans jamais créer le moindre mystère autour. La démarche s’avère contraire à toute logique, créant un univers qui se construit sur ses propres incohérences et apparaît plus que jamais comme une machine qui tourne à vide, dénuée de la moindre idée. Godzilla 2: Roi des monstres est en plus paradoxal tant il détruit toute la mythologie du premier film tout en se voulant incroyablement fidèle à son esthétisme, même si il n’en comprend jamais les forces. C’est un produit de surenchères, où Dougherty a compris que le climax apocalyptique du film de Edwards avait fait sa renommée au point où il décide de reproduire cette intensité visuelle tout au long de son propre film. Mais le climax du Godzilla de 2014  fonctionnait justement car il était doucement amené tout au long de l’intrigue, au point d’atteindre une rareté appréciable, d’autant qu’il adoptait un point de vue intimiste au milieu de ce gigantisme des affrontements. On avait le sentiment d’être noyé avec les personnages dans ce carnage cataclysmique.

Ici, le film n’a aucun rapport d’échelle, Michael Dougherty filme ses monstres comme il filme les humains, au détriment de tout sentiment de gigantisme. Plus encore, les très beaux money shots des bandes annonces ont tous justement été dévoilés par avance, et n’ont clairement pas l’intensité promise. Au contraire, ce sont souvent des moments poseurs et pensés pour faire bien dans un trailer, sans pour autant conférer une quelconque utilité au film. De plus, à multiplier les situations apocalyptiques, le rythme devient redondant et la mise en scène s’avère plus essoufflante que véritablement impressionnante. Techniquement, la photographie oscille entre le très beau et le fade tout comme les effets spéciaux pas si réussis que cela. Godzilla 2: Roi des Monstres a un côté plus factice et moins tangible que son aîné et le tout n’est pas aidé par des affrontements certes plus présents mais brouillons et dénués de toute chorégraphie. Dougherty ne sait jamais comment utiliser son décors ou dynamiser ses combats et les monstres luttent tels des pochtrons qui s’embrouillent lors d’une soirée alcoolisée, loin de la brutalité et de la précision insufflées par Edwards. On n’aura donc rien à se mettre sous la dent avec ces affrontements assommants, et on ne peut pas compter sur la stupidité du scénario pour remonter le niveau.

On retrouve l’archétype de la famille brisée par un trauma, comme dans le premier,  mais l’émotion en moins, et le tout sert de festivités à un enchaînements de dialogues plus improbables et ridicules les uns que les autres. Le film se noie d’ailleurs sous beaucoup trop de rebondissements invraisemblables et exécutés comme pour la pire des séries Z. Que ce soit avec ces méchants qui sortent tout droit d’un film de Steven Seagal, des motivations de personnages risibles qui nous ressortent la carte de l’équilibre planétaire sous fond d’extermination humaine, ou encore une narration qui avance grâce à la cécité des personnages, l’écriture atteint un niveau de fainéantise qui tient de l’exploit. Le film de Dougherty est un véritable enfer à suivre au point qu’il ne faut pas plus de 15 min pour qu’on se mette à joyeusement rire à ses dépens. Le tout n’étant pas en plus aidé par un casting au chômage, où les acteurs semblent au mieux s’en foutre et affichent clairement leur volonté de payer leurs factures, le plus gênant étant probablement pour Millie Bobbie Brown. Le film a non seulement été beaucoup trop vendu sur elle pour surfer sur la vague Stranger Things alors que son personnage reste très secondaire, mais surtout l’actrice y croit beaucoup et déploie bien trop d’énergie pour nous démontrer qu’elle est mauvaise. Sa performance d’un sérieux papal et constamment forcée s’avère très vite gênante.

Godzilla 2: Roi des monstres avait tous les espoirs pour être le roi des blockbusters d’une cuvée 2019 pourtant assez faiblarde en la matière. Finalement il est bien plus le prétendant au titre du pire film de l’année. Ecrit avec une stupidité qui dépasse l’entendement, mal joué ou sous-joué à tous les niveaux, sans que l’on ne puisse jamais compter sur son spectacle, trop brouillon et redondant pour venir livrer le moindre frisson. Le visionnage en devient inconfortable et beaucoup trop long au point de finir par rire aux éclats de son ridicule. Rien à sauver dans ce Godzilla 2: Roi des monstres, ou si peu, car il reste quelques money shots plutôt jolis et inspirés. Dommage qu’ils soient juste au service de rien et qu’ils traduisent au final un produit bien plus pensé comme une démarche commerciale plutôt que comme une œuvre artistique. Godzilla étant à l’origine un monstre foisonnant de sens, un véritable cri d’alerte à l’encontre du nucléaire et symbolisait le trauma d’une nation. Un geste politique grandiose et fort. Le voir réduit à ce qu’il est aujourd’hui est juste déchirant.

Godzilla 2: Roi des monstres : Bande annonce

Godzilla 2: Roi des monstres : Fiche technique

Titre original : Godzilla: King of the Monsters
Réalisation :
Scénario : Max Borenstein, Michael Dougherty et Zach Shields, d’après Godzilla, Mothra, Rodan et King Ghidorah, créés par Tomoyuki Tanaka et Tōhō
Casting : Kyle Chandler, Vera Farmiga, Ken Watanabe, Sally Hawkins, Millie Bobby Brown, Charles Dance, Zhang Ziyi,…
Décors : Scott Chambliss
Photographie : Lawrence Sher
Montage : Roger Barton
Musique : Bear McCreary
Producteurs : Alex Garcia, Mary Parent, Brian Rogers et Thomas Tull
Production :  Legendary Pictures ; Wanda Qingdao Studios et Warner Bros.
Distributeur : Warner Bros.
Durée : 132 minutes
Genre : Science-fiction
Dates de sortie : 29 mai 2019

États-Unis – 2019

Note des lecteurs1 Note
1

Les fous de pilotes #7 : Good Omens, Years and years…

Pour ce septième numéro des Fous de Pilotes, place à l’humour noir, au macabre, à la dystopie sociale ou encore à la comédie absurde ! De l’histoire d’amitié dysfonctionnelle entre les deux veuves de Dead to Me à la chronique glaçante de la catastrophe Chernobyl en passant par le quotidien d’une famille anglaise impactée de plein fouet par un contexte politique tendu dans Years and Years, ou encore les aventures saugrenues d’un ange et d’un démon excentriques dans Good Omens, il semblerait que la nouveauté soit au rendez-vous et que la télévision nous réserve encore de belles surprises !

Alors que les beaux jours se rapprochent à grands pas, le temps semble également au beau fixe côté séries, puisque les pilotes du mois de mai, inventifs et réussis pour la plupart, laissent présager d’un joli renouveau, placé sous le signe de l’humour, de l’originalité, mais également d’une prise de conscience sociale et politique aux modes d’expression variés.

Dead to Me : Un Big Little Lies à l’humour macabre

Jen (Christina Applegate), mère de deux fils, vient de perdre son mari dans un accident de voiture. Pour faire face à son deuil, elle se rend dans un groupe de parole où elle rencontre Judy, souffrant aussi de la mort de son fiancé. Les deux veuves se lient rapidement d’amitié et partagent une excentricité commune.

Judy semble cacher un terrible secret alors que Jen s’obsède à retrouver qui a renversé son mari. Mais le mystère qui plane autour de Judy s’essouffle dès la fin de ce premier épisode, à la vision de sa voiture au par-choque cabossé… 

Loin d’être tire larmes, cette série créée par Liz Feldman (One Big Happy), aborde le deuil d’un être cher, avec drame et humour au second degré. Mais c’est surtout l’histoire d’une amitié (voire plus ?) entre deux femmes désespérées, qui se raccrochent l’une à l’autre. Un mélange des genres qui rend la série agréable et facilement bing-watchable avec 10 courts épisodes de 30 minutes. 

Entre secrets macabres et soutien entre femmes, l’univers rappelle à certains moment Desperate Housewives, mais soutenu par un humour noir qui détonne. Ce petit bijou de Netflix sera surement attendu pour une saison 2…

4

Céline Lacroix

Years and years : radiographie de l’Occident moderne

La séquence d’ouverture nous fait découvrir, un peu dans le désordre, les personnages principaux de la série. Nous avons donc d’un côté la famille Lyons, une bonne bourgeoisie londonienne cosmopolite en mode bobo, et de l’autre côté une politicienne “populiste”, Vivienne Rook, qui affirme directement, en plein direct télévisé, qu’elle n’en a « rien à foutre » du conflit israélo-palestinien et que c’est moins important que de savoir si les poubelles seront ramassées dans sa rue.

Puis, nous assistons à un flashforward de cinq ans. Cinq années dont nous aurons un résumé éclair, avant que le récit principal de la série ne s’installe en 2024.

Le parti-pris du créateur de la série consiste à imaginer ce que la situation politique mondiale actuelle donnerait éventuellement dans cinq ans, si tout se poursuit sur cette voie. Ainsi, le Royaume-Uni est bel et bien sorti de l’Union Européenne ; Donald Trump effectue son second mandat ; la tension diplomatique entre les États-Unis et la Chine est à son comble ; la Russie a entièrement annexé l’Ukraine et des milliers de réfugiés ukrainiens arrivent au Royaume-Uni pour demander l’asile politique.

La situation est telle qu’il est désormais impossible d’échapper à la politique. Un des membres de la famille Lyons, Daniel, affirme :

« Tout allait bien jusqu’en 2008 : on se fichait alors de la politique. Maintenant, tout me fait peur (…). Jamais je n’aurais cru avoir peur de l’Amérique. »

C’est cette façon dont la politique affecte la vie des Anglais qui est analysée ici avec talent et finesse. Toutes les qualités habituelles que l’on aime tant dans les séries britanniques sont présentes ici : qualité de l’interprétation, dialogues affûtés, finesse de l’observation aussi bien sociale que politique, rythme impeccable… Bien entendu, il y a de l’humour, qui naît essentiellement des relations au sein de la famille.

Les questions sociales sont abordées de front : le problème des réfugiés, les changements de comportements apportés par les nouvelles technologies (tous les personnages sont constamment « en ligne », et le sujet du transhumanisme est traité), etc.

Les dix dernières minutes amorcent un changement dans l’atmosphère de la série, du coup il est difficile de prévoir quelle sera la piste suivie dans les épisodes suivants. Incontestablement, le monde sera différent, et cela, en toute logique, aura un impact sur la vie des personnages. Cela suffit pour donner envie de voir au moins le deuxième épisode, en espérant que la qualité sera aussi au rendez-vous.

4

Hervé Aubert

Chernobyl : l’horreur invisible

Dès la scène d’ouverture, qui se déroule deux ans et un jour après la catastrophe, le ton est donné. La reconstitution de l’URSS grise et moribonde est d’une grande précision, aussi bien dans les accessoires, dans l’ambiance que dans la politique. Ce qui sera confirmé au fil du pilote : culture du secret, déni de l’évidence, idéologie primant sur la simple constatation de la réalité. La scène introductive posant la question de la responsabilité, la série ouvre un des aspects qu’elle développera au fil des épisodes, celui de la politique.

Cette même scène plante aussi l’ambiance : c’est gris, c’est sombre, c’est désespéré. Chernobyl est une série où l’on n’aura pas l’occasion de rire, bien au contraire. Mélange de tragédie humaine, de catastrophe sanitaire et de drame politique, le pilote multiplie les pistes qu’il va suivre et approfondir d’une façon aussi douloureuse que passionnante.

Le tout sans perdre de temps : dès la scène d’ouverture achevée, nous partons dans le passé pour assister immédiatement à l’explosion du réacteur. Seulement la série évite de tomber dans le piège du spectaculaire : la catastrophe est montrée de loin, depuis un appartement situé dans un village à quelques kilomètres de la centrale. Ce qui intéresse visiblement les créateurs de la série, ce sont plutôt les réactions humaines face à cela.

Des réactions qui montrent toutes un conflit entre l’idéologie et la réalité. Ainsi, nous avons un ingénieur qui refuse de croire que le cœur ait pu exploser, puisque les autorités lui ont dit que c’était impossible. Nous avons un directeur qui pense que si le compteur affiche un degré extrêmement élevé de radiation, c’est uniquement parce que le compteur est cassé, qu’il n’est pas fiable, que c’est du mauvais matériel. Lorsqu’un homme vomit et s’évanouit, c’est parce qu’il est fatigué, et non à cause des irradiations. Et si le gouvernement de Gorbatchev appelle un scientifique spécialisé dans ce type de réacteur, c’est en lui faisant bien comprendre qu’il n’aura pas la parole.

Le pilote navigue constamment entre quatre niveaux : l’intérieur de la centrale, où règnent le chaos et l’incompréhension ; les abords immédiats, où s’activent des pompiers qui pensent n’intervenir que sur un simple incendie et n’ont aucune protection ; le village voisin, où l’on sort en famille pour assister au spectacle de l’incendie au milieu des retombées radioactives ; et un bunker où se réfugient les autorités locales et où l’on décide que la solution la plus urgente consiste à empêcher la population de partir des villages alentours.

La réalisation mise sur une certaine sobriété qui rend encore plus forte la tragédie qui se déroule. Elle parvient à rendre palpable le danger invisible des irradiations. Un sentiment d’épouvante s’empare des spectateurs lorsqu’ils voient ces hommes et ces femmes courir à une mort certaine (et horriblement douloureuse) par inconscience, par aveuglement, par sens du devoir ou par obligation. C’est bien là le cœur de la série, et en cela on peut affirmer sans trop se tromper que ce pilote de Chernobyl, en plus d’être un film politique, un drame et un film catastrophe, est aussi un film d’horreur. Le malaise qui prend le spectateur ne retombe pas de tout l’épisode.

4.5

Hervé Aubert

Good Omens : l’Apocalypse est un long fleuve tranquille

Adapter Terry Pratchett relève de la gageure, et force est d’avouer que, dans ce pilote de Good Omens, le pari semble réussi. Dès les premières secondes nous sommes littéralement plongés dans un univers farfelu à l’humour absurde (d’autant plus absurde que c’est notre univers) où des « scientifiques » essaient de donner une date exacte (à la minute près) à la création de la Terre. Au passage, nous comprenons que la voix off que nous entendrons au fil de ce pilote est celle de… Dieu lui-même, et donc que Dieu est une femme, puisque c’est Frances McDormand qui lui prête sa voix.

Cette fantaisie débridée ne quittera pas l’écran une seule seconde, rendant l’épisode globalement imprévisible. Nous assisterons donc à l’expulsion d’Adam et Eve hors du jardin d’Eden, suivie d’un dialogue entre ceux qui vont être les deux personnages principaux de la série : l’ange Aziraphale (Michael Sheen) et le démon Crowley (interprété par l’excellent David Tennant). Un ange dandy et fin gourmet et un démon rock’n roll. Tous deux vont se révéler assez indépendants, face à des « autorités » méfiantes à leur égard.

C’est ainsi que, alors que l’Apocalypse arrive, nos deux personnages vont aller à l’encontre de leurs attributions officielles : au lieu de chercher le conflit final qui réglerait le problème du Bien et du Mal, ils vont tout faire pour éviter l’Armageddon. Cela consiste à veiller à l’éducation de l’Antéchrist, qui n’est pour le moment qu’un petit garçon.

On ne va pas gâcher le plaisir de la découverte de toutes les péripéties de ce pilote. C’est drôle et inventif, le rythme est soutenu, les dialogues sont vifs. On pourrait éventuellement regretter que des acteurs en roue libre en fassent un peu trop, mais cela reste finalement accordé à l’esprit de la série.

https://www.youtube.com/watch?v=hUJoR4vlIIs

3.5

Hervé Aubert

L.A.’s Finest : pitoyable spectacle

C’est à se demander comment, de nos jours, une chaîne de télévision peut encore produire une série policière aussi idiote, dénuée de toute inventivité, vulgaire, enfin bref : une série qui cumule tous les défauts.

L.A.’s Finest se veut une version féminine des Bad Boys de Michael Bay ; l’une des deux co-équipières est Syd Burnett, qui apparaissait dans Bad Boys 2 (le personnage est d’ailleurs interprété par la même actrice, Gabrielle Union) comme la sœur de Marcus Burnett. L’autre policière est interprétée par Jessica Alba, que l’on aurait aimé revoir dans d’autres circonstances. D’emblée, la série se veut « transgressive » parce que Syd parle ouvertement de sexe et ne cherche que des relations d’un soir, mais au lieu d’être transgressif, c’est juste vulgaire.

Ensuite, le pilote va enchaîner les scènes déjà vues et revues des milliers de fois, que ce soit dans la vie privée de ses personnages (la famille recomposée et l’ado rebelle) ou au long d’une enquête cousue de fil blanc.

Quant à l’image donnée de la femme, elle est juste minable : forcément, la policière est « bien foutue » et n’hésite pas à utiliser son corps pour arracher des aveux aux suspects.

En bref, tout est à fuir ici, ce qui est d’autant plus dommage lorsque l’on voit la présence d’un acteur comme Ernie Hudson, qui avait prouvé tout son talent dans Oz.

0.5

Hervé Aubert

 

 

 

Les 3 Meilleurs Films Casinos

Le monde du cinéma, comme le monde du jeu, sont finalement plus proches qu’on ne le pense. L’objectif de ces deux univers n’a que sens lorsque les spectateurs, cinéastes, ou parieurs, y trouvent un plaisir certain, et en ressortent réjouis, quelle que soit l’attente de départ, et le résultat final. C’est pourquoi il est assez logique, somme toute, de se voir confondre ces deux mondes du divertissement au sein de nombreux films, et superproductions au cinéma. Nous vous proposons notre top 3 des films sur ou à l’intérieur des casinos, et rappelons également pourquoi l’univers des jeux d’argent fascine autant les producteurs d’Hollywood que les parieurs.

Quand Deux Mondes Du Divertissement Se Rejoignent

Le cinéma, quoi de mieux pour passer une bonne soirée, seul ou accompagné, et se lover dans un fauteuil confortable, ou sur son canapé, en hiver comme en été. À travers notre webzine français, nous vous proposons les plus grands classiques sur grand écran, mais également les nouveautés à venir, pour que le divertissement soit d’autant plus grand, et qu’une sortie s’organise déjà de votre côté. Avec le Festival de Cannes et son édition 2019 passée, de très belles œuvres arrivent encore dans vos salles. Parasite, du réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho a notamment reçu la plus prestigieuse distinction, et est sans nul doute la palme des nouveautés de l’année pour les spectateurs.

Pour le monde du jeu, finalement, c’est un peu ce même constat que l’on peut retrouver. L’ICE de Londres est un cérémonial annuel comme le Festival de Cannes, récompensant cette fois les meilleurs casinos, comme les meilleurs éditeurs de jeux mobiles ou en ligne. La facilité d’accès prime également pour beaucoup de parieurs, avec les versions numérisées, sans téléchargement, et sur smartphone, afin de jouer à chaque instant, sur des titres emblématiques, ou pour des nouveaux jeux qui créent déjà la sensation. Le tout, non plus pour le simple appât du gain, comme cela a pu l’être dans les casinos physiques et établissements éphémères, mais bien pour le plus pur divertissement, à tout moment.

Pas étonnant donc de retrouver ces deux univers s’entrechoquer tant pour une toile en semaine avec des amis, que pour une partie en solo, sur des machines à sous elles-aussi reprenant des thèmes et films populaires du cinéma. Et l’un sans l’autre ne donne sans doute pas la même saveur que celle que nous retrouvons dans le top 3 des films casinos que nous soumettons.

Les Films Aux Casinos Sur Fond De Mafia

Par les prochaines sorties de Blu-Ray, ou même des plus anciens DVD, se retrouver devant un film que l’on se prédestine à regarder dans les meilleures conditions peuvent souvent avoir l’effet inverse, et inattendu, que celui qu’on escomptait. Et c’est très souvent le cas dans le registre des films au thème des casinos. Ce monde des jeux d’argent fascinent les réalisateurs depuis nombre de décennies, nous pourrions alors vous citer Bob Le Flambeur de Jean-Pierre Malville en 1955, ou encore Casino Royale, la version de 1967, et dont le célèbre Woody Allen avait déjà apporté sa pierre pour le scénario. La nouvelle formule, avec Daniel Craig dans la peau de James Bond, avait connu un succès retentissant en 2006, ainsi que les honneurs du public comme de la critique.

Tout cela pour affirmer le simple constat que l’univers des jeux d’argent et des casinos ont en tout temps inspiré le cinéma et la création de films, sur fond de mafia, de bandes organisées terroristes, armées, ou pour la simple beauté du jeu, qui peut parfois nous entraîner dans un enfer irréversible. Las Vegas Parano, l’un des meilleurs films avec Johnny Depp, en est une fois de plus un parfait exemple.

Et puis le cinéma, comme le casino, s’appuie sur des évolutions, des tendances, et des recherches plus actuelles. C’est pourquoi les documentaires, qui tendent à être diffusés un peu plus dans les salles et complexes, offrent une nouvelle vision sur ce qu’est le casino 2.0. La création de Mike Weeks, en 2013, lui a valu de nombreux prix, et vous pouvez d’ores et déjà le retrouver sous le titre Drawing Dead : The Highs & Lows Of Online Poker. Et alors que certains pourraient y voir ici une ouverture vers les portes de l’enfer, pour d’autres, c’est un jardin d’Eden, où il fait à nouveau bon de s’amuser, se détendre, et jouer, pour entrevoir une fortune certaine, avec ces vices, ces faces cachées, et ces mystères qui ne méritent pas toujours d’être révélés.

Notre TOP 3 Des Films Sur Les Casinos

Nous avons pour habitude de vous fournir des critiques sur les nouvelles sorties au cinéma, les derniers films que nous avons entrevus, mais également nos impressions sur les dernières séries HBO ou Netflix. C’est une formule plus originale que nous souhaitions alors ici vous proposer, sous un Top 3 qui ne tient qu’à nous, et qui montre à la perfection cette corrélation, et cette magie, qui est entreprise entre le cinéma et le casino. En voici un avant-goût, et pour la suite, nous proposer vos propres suggestions sur le thème.

Casino (1995) – Martin Scorsese

Quand on pense au cinéma, nous, c’est Martin Scorsese qui nous vient en tête. Et quand on pense au casino, c’est encore Martin Scorsese qui nous traverse l’esprit. Quel meilleur exemple que le film du maestro italo-américain pour présenter le thème des jeux d’argent au cinéma. Robert De Niro y tient parfaitement son rôle, retrouvant son compatriote des Affranchis Joe Pesci, et une petite nouvelle pour former un trio dantesque, Sharon Stone. À eux trois, ils mettent le feu à Las Vegas, et la Sin City n’a jamais aussi bien porté son nom. Tromperies, attentats, vice au jeu et guerre de gangs entre mafias, le décor est planté, au sein du très célèbres Tangiers.

Ce qui nous interpelle surtout avec ce film de 1995, c’est son incroyable modernité, et une oeuvre qui peut se regarder encore aujourd’hui, sans avoir l’impression qu’il date d’il y a déjà plus de 20 ans. Sur fond d’une narration alimentée par De Niro et Pesci, et des coups doubles passionnés e Sharon Stone, le mafieux concentré y perd de sa superbe, pour s’enfoncer un peu plus dans un univers qui aura sa peau. Et la dernière chose qui résumerait sans doute à merveille l’oeuvre et le talent de Martin Scorsese, ce sont les répliques. En voilà par exemple une qui vous donne le tempo : Il y a trois façons de faire les choses dans ce casino : la bonne façon, la mauvaise façon et ma façon (Robert De Niro, alias Sam Ace Rothstein).

Ocean’s Eleven (2001) – Steven Soderbergh

La plus belle carte ne se cache pas toujours dans la manche de ce que l’on croit. Et Steven Soderbergh, avant Ocean’s Eleven, connu surtout pour Hors D’Atteinte (1998) et Traffic (2000), n’était sans doute pas celui qu’on attendait pour faire le casse du siècle à Hollywood et dans les salles de cinéma. Il a su malgré tout réunir un casting 5 étoiles, en la présence de George Clooney, Matt Damon, Brad Pitt, Julia Roberts, Andy Garcia, Casey Affleck, et même Elliott Gould, le tout sur fond d’un braquage au sein du Bellagio de Las Vegas. La Sin City voit ainsi débarquer une bande de voleurs professionnels, et plutôt diplomates, avec qui on ferait bien une sortie, surtout avec la bande sonore originale et tout feu tout flamme organisée par David Holmes.

Ce qui pimente de manière sensationnelle ce film de 2001, c’est le rythme. À aucun moment le spectateur ne peut vraiment reprendre son souffle, il est tenu en haleine, de la première à la dernière minute, avec des répliques inoubliables (Parce que le vainqueur c’est la banque, au bout du compte, les probabilités gagnent et toi tu te fais tondre, ta seule chance, c’est la main parfaite à condition de faire une belle mise, et là tu fais sauter la banque…), des acteurs qui finalement sont méconnus dans leur rôle parfois insolite, et surtout des échanges qui pourraient apparaître comme naturels, sur grand écran, mais que les plus grands pourraient se dire dans la vie de tous les jours. L’idée de Steven Soderbergh n’a pas été simplement de faire un film sur les casinos et un braquage organisé, mais bien de réunir une troupe théâtrale que tous les spectateurs attendaient de voir ensemble pendant plus de deux heures, et de les voir s’amuser comme le cinéphile peut prendre part à ce moment unique qu’il a devant ses yeux.

Les Joueurs (1998) – John Dahl

Si le duo Matt Damon et Edward Norton peut aussi avoir fière allure, surtout à la fin des années 90, la meilleure époque pour y apercevoir Norton, avant qu’il ne devienne simplement « Edward qui ? », c’est surtout la combinaison avec le monde du poker, et des tripots clandestins de New-York qui marche à merveille dans ce film de John Dahl. Et qui mieux que John Malkovich pour incarner le mafieux de service, russe de surcroît, surnommé « KGB », et qui met une tannée, avec une carte cachée, au jeune stratège étudiant, jouant pour payer ses études. Tout le monde se retrouve dans cette vision du jeune et honnête citoyen, qui cherche simplement à vivre la vie dont il a rêvé, en gagnant simplement de l’argent facile, et en usant de ses dons en maths pour y parvenir.

Avec la bosse de Matt, et la peste Edward, la vie du jeune étudiant bascule dans un enfer le jour où ils croisent tous deux John Malkovich, perdent tout, et espèrent refaire surface. Toute la tension d’une partie de poker, d’échanges de coups bas, en heads-up, et la tentative de percer à jour le jeu de son adversaire, vous tient en haleine de bout en bout, avec cette compréhension plus approfondie d’un des jeux de cercles au casino qui ne tient presque rien du hasard. L’animosité également des salons clandestins est également le sujet important au cours du film Les Joueurs, avec ces lumières vétustes, ces fonds de garage ou de cave qui n’ont à offrir que la froideur des jeux d’argent, et où l’humain finalement triomphera, et que la nuit laisse place à l’ensoleillement d’une journée pour tout recommencer.

https://www.youtube.com/watch?v=bV9XRMmcuvo

Fin août début septembre, chronique subtilement mélancolique en DVD et Blu-ray

Vingt ans après sa sortie en salles, Pathé nous offre la possibilité de revoir Fin août début septembre, très beau film d’Olivier Assayas, en une belle copie dont la restauration fut supervisée par le cinéaste lui-même.

Le titre du film est assez significatif. Fin août début septembre est un film sur la transition, le passage, la fin d’un état et le début d’un autre. Un peu comme chez Cassavetes, les personnages du film d’Assayas sont dans un entre-deux, encore rattachés à leur passé et pourtant tendus vers un avenir incertain.

Symboliquement, le film commence par une visite de logement. Gabriel (Mathieu Amalric) et son ex Jenny (Jeanne Balibar) essayent tant bien que mal de vendre leur appartement commun. Un nouveau départ pour les deux personnages en pleine séparation et qui leur permettrait de se refaire une santé financière, mais le passé refuse de se laisser liquider aussi facilement. Cet appartement, c’est un peu le symbole de cette page commune qui refuse de se tourner. Même si Gabriel sort désormais avec Anne (Virginie Ledoyen), il reste très proche de son ex. Le passé n’est pas parti, et on n’ose pas encore installer le futur : Gabriel refuse de faire logement commun avec Anne.

Fin août début septembre est peuplé de personnages qui ne savent pas choisir, à l’image de Jenny qui s’y prend à dix fois pour commander une boisson au bar. Des hésitations, des faux pas, des retours en arrière, de fausses certitudes… Assayas sait donner de la profondeur à ses personnages, en montrer les contradictions, les fêlures.

Car les quatre personnages principaux du film sont tous au bord d’un gouffre, chacun à son niveau. La santé, la vie privée, la vie professionnelle, la vie sociale, tout devient problématique pour des protagonistes émotionnellement fragilisés. Ainsi Adrien (François Cluzet), écrivain peu inspiré, est victime de sa santé fragile et sort avec une ado qui a moins de la moitié de son âge…

Le tout est filmé avec une grande subtilité : malgré la gravité de certaines situations, le film ne sombre jamais ni dans le mélo ni dans l’excès inverse d’une légèreté qui serait malvenue. Assayas trouve le ton juste pour parler de ses personnages avec à la fois distance et empathie, une certaine forme paradoxale de pudeur dans la mise à nu.

Le casting du film est formidable : outre les quatre interprètes principaux, nous retrouvons avec plaisir des seconds rôles tenus par Alex Descas, Mia Hansen-Løve ou Eric Elmosnino, entre autres. Chacun est d’une grande justesse. Dans un entretien, le réalisateur affirme que c’est la découverte de Mathieu Amalric dans les films de Desplechin qui a permis au projet d’aboutir : le fait est que l’acteur est, une fois de plus, absolument génial de naturel.

La construction du film est très rigoureuse sans pour autant être pesante. L’emploi d’une caméra 16 mm portée à l’épaule, comme dans Irma Vep, donne une vraie liberté de mouvement tout en permettant une plus grande proximité avec les acteurs. Fin août début septembre est un film simple et épuré, à la narration très elliptique (les différents chapitres pouvant être séparés de plusieurs mois). Les scènes, comme prises sur le vif (le réalisateur a fait appel à l’improvisation), tirent leur force de cette sobriété, ce jeu subtil sur la lumière et le grain de l’image. Selon les mots mêmes d’Assayas, il s’agissait de « capter les émotions des personnages dans la vie quotidienne ».

La restauration est une belle réussite qui sait conserver le grain si particulier du Super16 tout en jouant sur la lumière et les couleurs.

Côté compléments, le DVD nous offre trois entretiens.

Le plus court, d’époque et en anglais, permet à Olivier Assayas de présenter brièvement le film.

Dans le deuxième, plus long et réalisé pour les 20 ans du film, le réalisateur reprend les mêmes idées mais en parle plus longuement. Il revient sur le choix du Super16, les acteurs qui improvisent et les autres, la musique, etc.

Enfin, le troisième est un dialogue à bâtons rompus entre Assayas et Amalric qui reviennent, là aussi 20 ans après, sur le film et comment ils peuvent le percevoir avec le recul.

Infos techniques DVD :

DVD • 1.66 • Couleur • 107 min

LANGUES : Français 5.1/2.0

SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants

Infos techniques Blu-ray :

BLU-RAY • 1.66 • Couleur • 111 min

LANGUES : Français 5.1/2.0

SOUS-TITRES : Anglais – Sourds et malentendants

Suppléments :

20 ans après : retrouvailles entre Olivier Assayas et Mathieu Amalric (41 min)

20 ans après : entretien avec Olivier Assayas (18 min)

« Afterthought » : interview d’Olivier Assayas réalisée par Sundance Channel (3 min)

Prix : 19.99€ TTC