Les fous de pilotes #7 : Good Omens, Years and years…

Pour ce septième numéro des Fous de Pilotes, place à l’humour noir, au macabre, à la dystopie sociale ou encore à la comédie absurde ! De l’histoire d’amitié dysfonctionnelle entre les deux veuves de Dead to Me à la chronique glaçante de la catastrophe Chernobyl en passant par le quotidien d’une famille anglaise impactée de plein fouet par un contexte politique tendu dans Years and Years, ou encore les aventures saugrenues d’un ange et d’un démon excentriques dans Good Omens, il semblerait que la nouveauté soit au rendez-vous et que la télévision nous réserve encore de belles surprises !

Alors que les beaux jours se rapprochent à grands pas, le temps semble également au beau fixe côté séries, puisque les pilotes du mois de mai, inventifs et réussis pour la plupart, laissent présager d’un joli renouveau, placé sous le signe de l’humour, de l’originalité, mais également d’une prise de conscience sociale et politique aux modes d’expression variés.

Dead to Me : Un Big Little Lies à l’humour macabre

Jen (Christina Applegate), mère de deux fils, vient de perdre son mari dans un accident de voiture. Pour faire face à son deuil, elle se rend dans un groupe de parole où elle rencontre Judy, souffrant aussi de la mort de son fiancé. Les deux veuves se lient rapidement d’amitié et partagent une excentricité commune.

Judy semble cacher un terrible secret alors que Jen s’obsède à retrouver qui a renversé son mari. Mais le mystère qui plane autour de Judy s’essouffle dès la fin de ce premier épisode, à la vision de sa voiture au par-choque cabossé… 

Loin d’être tire larmes, cette série créée par Liz Feldman (One Big Happy), aborde le deuil d’un être cher, avec drame et humour au second degré. Mais c’est surtout l’histoire d’une amitié (voire plus ?) entre deux femmes désespérées, qui se raccrochent l’une à l’autre. Un mélange des genres qui rend la série agréable et facilement bing-watchable avec 10 courts épisodes de 30 minutes. 

Entre secrets macabres et soutien entre femmes, l’univers rappelle à certains moment Desperate Housewives, mais soutenu par un humour noir qui détonne. Ce petit bijou de Netflix sera surement attendu pour une saison 2…

4

Céline Lacroix

Years and years : radiographie de l’Occident moderne

La séquence d’ouverture nous fait découvrir, un peu dans le désordre, les personnages principaux de la série. Nous avons donc d’un côté la famille Lyons, une bonne bourgeoisie londonienne cosmopolite en mode bobo, et de l’autre côté une politicienne “populiste”, Vivienne Rook, qui affirme directement, en plein direct télévisé, qu’elle n’en a « rien à foutre » du conflit israélo-palestinien et que c’est moins important que de savoir si les poubelles seront ramassées dans sa rue.

Puis, nous assistons à un flashforward de cinq ans. Cinq années dont nous aurons un résumé éclair, avant que le récit principal de la série ne s’installe en 2024.

Le parti-pris du créateur de la série consiste à imaginer ce que la situation politique mondiale actuelle donnerait éventuellement dans cinq ans, si tout se poursuit sur cette voie. Ainsi, le Royaume-Uni est bel et bien sorti de l’Union Européenne ; Donald Trump effectue son second mandat ; la tension diplomatique entre les États-Unis et la Chine est à son comble ; la Russie a entièrement annexé l’Ukraine et des milliers de réfugiés ukrainiens arrivent au Royaume-Uni pour demander l’asile politique.

La situation est telle qu’il est désormais impossible d’échapper à la politique. Un des membres de la famille Lyons, Daniel, affirme :

« Tout allait bien jusqu’en 2008 : on se fichait alors de la politique. Maintenant, tout me fait peur (…). Jamais je n’aurais cru avoir peur de l’Amérique. »

C’est cette façon dont la politique affecte la vie des Anglais qui est analysée ici avec talent et finesse. Toutes les qualités habituelles que l’on aime tant dans les séries britanniques sont présentes ici : qualité de l’interprétation, dialogues affûtés, finesse de l’observation aussi bien sociale que politique, rythme impeccable… Bien entendu, il y a de l’humour, qui naît essentiellement des relations au sein de la famille.

Les questions sociales sont abordées de front : le problème des réfugiés, les changements de comportements apportés par les nouvelles technologies (tous les personnages sont constamment « en ligne », et le sujet du transhumanisme est traité), etc.

Les dix dernières minutes amorcent un changement dans l’atmosphère de la série, du coup il est difficile de prévoir quelle sera la piste suivie dans les épisodes suivants. Incontestablement, le monde sera différent, et cela, en toute logique, aura un impact sur la vie des personnages. Cela suffit pour donner envie de voir au moins le deuxième épisode, en espérant que la qualité sera aussi au rendez-vous.

4

Hervé Aubert

Chernobyl : l’horreur invisible

Dès la scène d’ouverture, qui se déroule deux ans et un jour après la catastrophe, le ton est donné. La reconstitution de l’URSS grise et moribonde est d’une grande précision, aussi bien dans les accessoires, dans l’ambiance que dans la politique. Ce qui sera confirmé au fil du pilote : culture du secret, déni de l’évidence, idéologie primant sur la simple constatation de la réalité. La scène introductive posant la question de la responsabilité, la série ouvre un des aspects qu’elle développera au fil des épisodes, celui de la politique.

Cette même scène plante aussi l’ambiance : c’est gris, c’est sombre, c’est désespéré. Chernobyl est une série où l’on n’aura pas l’occasion de rire, bien au contraire. Mélange de tragédie humaine, de catastrophe sanitaire et de drame politique, le pilote multiplie les pistes qu’il va suivre et approfondir d’une façon aussi douloureuse que passionnante.

Le tout sans perdre de temps : dès la scène d’ouverture achevée, nous partons dans le passé pour assister immédiatement à l’explosion du réacteur. Seulement la série évite de tomber dans le piège du spectaculaire : la catastrophe est montrée de loin, depuis un appartement situé dans un village à quelques kilomètres de la centrale. Ce qui intéresse visiblement les créateurs de la série, ce sont plutôt les réactions humaines face à cela.

Des réactions qui montrent toutes un conflit entre l’idéologie et la réalité. Ainsi, nous avons un ingénieur qui refuse de croire que le cœur ait pu exploser, puisque les autorités lui ont dit que c’était impossible. Nous avons un directeur qui pense que si le compteur affiche un degré extrêmement élevé de radiation, c’est uniquement parce que le compteur est cassé, qu’il n’est pas fiable, que c’est du mauvais matériel. Lorsqu’un homme vomit et s’évanouit, c’est parce qu’il est fatigué, et non à cause des irradiations. Et si le gouvernement de Gorbatchev appelle un scientifique spécialisé dans ce type de réacteur, c’est en lui faisant bien comprendre qu’il n’aura pas la parole.

Le pilote navigue constamment entre quatre niveaux : l’intérieur de la centrale, où règnent le chaos et l’incompréhension ; les abords immédiats, où s’activent des pompiers qui pensent n’intervenir que sur un simple incendie et n’ont aucune protection ; le village voisin, où l’on sort en famille pour assister au spectacle de l’incendie au milieu des retombées radioactives ; et un bunker où se réfugient les autorités locales et où l’on décide que la solution la plus urgente consiste à empêcher la population de partir des villages alentours.

La réalisation mise sur une certaine sobriété qui rend encore plus forte la tragédie qui se déroule. Elle parvient à rendre palpable le danger invisible des irradiations. Un sentiment d’épouvante s’empare des spectateurs lorsqu’ils voient ces hommes et ces femmes courir à une mort certaine (et horriblement douloureuse) par inconscience, par aveuglement, par sens du devoir ou par obligation. C’est bien là le cœur de la série, et en cela on peut affirmer sans trop se tromper que ce pilote de Chernobyl, en plus d’être un film politique, un drame et un film catastrophe, est aussi un film d’horreur. Le malaise qui prend le spectateur ne retombe pas de tout l’épisode.

4.5

Hervé Aubert

Good Omens : l’Apocalypse est un long fleuve tranquille

Adapter Terry Pratchett relève de la gageure, et force est d’avouer que, dans ce pilote de Good Omens, le pari semble réussi. Dès les premières secondes nous sommes littéralement plongés dans un univers farfelu à l’humour absurde (d’autant plus absurde que c’est notre univers) où des « scientifiques » essaient de donner une date exacte (à la minute près) à la création de la Terre. Au passage, nous comprenons que la voix off que nous entendrons au fil de ce pilote est celle de… Dieu lui-même, et donc que Dieu est une femme, puisque c’est Frances McDormand qui lui prête sa voix.

Cette fantaisie débridée ne quittera pas l’écran une seule seconde, rendant l’épisode globalement imprévisible. Nous assisterons donc à l’expulsion d’Adam et Eve hors du jardin d’Eden, suivie d’un dialogue entre ceux qui vont être les deux personnages principaux de la série : l’ange Aziraphale (Michael Sheen) et le démon Crowley (interprété par l’excellent David Tennant). Un ange dandy et fin gourmet et un démon rock’n roll. Tous deux vont se révéler assez indépendants, face à des « autorités » méfiantes à leur égard.

C’est ainsi que, alors que l’Apocalypse arrive, nos deux personnages vont aller à l’encontre de leurs attributions officielles : au lieu de chercher le conflit final qui réglerait le problème du Bien et du Mal, ils vont tout faire pour éviter l’Armageddon. Cela consiste à veiller à l’éducation de l’Antéchrist, qui n’est pour le moment qu’un petit garçon.

On ne va pas gâcher le plaisir de la découverte de toutes les péripéties de ce pilote. C’est drôle et inventif, le rythme est soutenu, les dialogues sont vifs. On pourrait éventuellement regretter que des acteurs en roue libre en fassent un peu trop, mais cela reste finalement accordé à l’esprit de la série.

https://www.youtube.com/watch?v=hUJoR4vlIIs

3.5

Hervé Aubert

L.A.’s Finest : pitoyable spectacle

C’est à se demander comment, de nos jours, une chaîne de télévision peut encore produire une série policière aussi idiote, dénuée de toute inventivité, vulgaire, enfin bref : une série qui cumule tous les défauts.

L.A.’s Finest se veut une version féminine des Bad Boys de Michael Bay ; l’une des deux co-équipières est Syd Burnett, qui apparaissait dans Bad Boys 2 (le personnage est d’ailleurs interprété par la même actrice, Gabrielle Union) comme la sœur de Marcus Burnett. L’autre policière est interprétée par Jessica Alba, que l’on aurait aimé revoir dans d’autres circonstances. D’emblée, la série se veut « transgressive » parce que Syd parle ouvertement de sexe et ne cherche que des relations d’un soir, mais au lieu d’être transgressif, c’est juste vulgaire.

Ensuite, le pilote va enchaîner les scènes déjà vues et revues des milliers de fois, que ce soit dans la vie privée de ses personnages (la famille recomposée et l’ado rebelle) ou au long d’une enquête cousue de fil blanc.

Quant à l’image donnée de la femme, elle est juste minable : forcément, la policière est « bien foutue » et n’hésite pas à utiliser son corps pour arracher des aveux aux suspects.

En bref, tout est à fuir ici, ce qui est d’autant plus dommage lorsque l’on voit la présence d’un acteur comme Ernie Hudson, qui avait prouvé tout son talent dans Oz.

0.5

Hervé Aubert

 

 

 

Festival

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Marushka Odabackian
Marushka Odabackianhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile depuis ma naissance, j'ai vu mon premier film dans les salles obscures à 2 ans, puis je suis tombée en amour devant "Forrest Gump" à 4 ans, avant d'avoir le coup de foudre pour Leo dans "Titanic" à 8 ans... Depuis, plus rien ne m'arrête. Fan absolue des acteurs, je les place au-dessus de tout, mais j'aime aussi le Septième Art pour tout ce qu'il nous offre de sublime : les paysages, les musiques, les émotions, les histoires, les ambiances, le rythme. Admiratrice invétérée de Dolan, Nolan, Kurzel, Jarmusch et Refn, j'adore découvrir le cinéma de tous les pays, ça me fait voyager. Collectionneuse compulsive, je garde précieusement tous mes tickets de ciné, j'ai presque 650 DVD, je nourris une obsession pour les T-Shirts de geeks, j'engrange les posters à ne plus savoir qu'en faire et j'ai même des citations de films gravées dans la peau. Plus moderne que classique dans mes références, j'ai parfois des avis douteux voire totalement fumeux, mais j'assume complètement. Enfin, je suis une puriste de la VO uniquement.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.