Sorry To Bother You : la bizarrerie pop de 2019 débarque en DVD

Prenez le militantisme d’un Spike Lee, le coté arty/déluré d’un Michel Gondry et enfin l’âpreté d’un Ken Loach. Sur ce joli pudding déjà bien chargé, rajoutez un ton relativement iconoclaste à la Edgar Wright, faites mijoter pendant un peu moins de 2h et à table. Oui, dit comme ça, ce mélange semble éminemment intriguant, pour ne pas dire étrange ; mais c’est bien ce que propose l’étonnant et ô combien singulier Sorry To Bother You du néo-cinéaste Boots Riley. 

Après avoir décroché un boulot de vendeur en télémarketing, Cassius Green bascule dans un univers macabre en découvrant une méthode magique pour gagner beaucoup d’argent. Tandis que sa carrière décolle, ses amis et collègues se mobilisent contre l’exploitation dont ils s’estiment victimes au sein de l’entreprise. Mais Cassius se laisse fasciner par son patron cocaïnomane qui lui propose un salaire au-delà de ses espérances les plus folles…

Une satire dans l’air du temps

Rappeur, producteur, beatmaker et maintenant réalisateur : c’est peu dire que Boots Riley est un véritable touche-à-tout. Un artiste dans le plus pur sens du terme qui a d’abord usé de sa voix pour se faire entendre, quitte à passer à la vitesse supérieure avec Sorry To Bother You, son premier essai au cinéma. Et même si on ne l’entend pas à l’écran, force est d’admettre que sa fougue et surtout sa rage n’ont pas disparu. Puisque derrière ce titre ô combien étrange, Boots Riley entend dresser via une satire féroce, les dangers du capitalisme et ses conséquences – forcément néfastes – pour la force travailleuse. C’est ainsi que l’on y suit le quotidien de Cassius Green, jeune homme afro-américain touché par le chômage qui va intégrer une boite de télémarketing et percer en prenant paradoxalement une voix de « blanc ». Mais qui dit promotion pour lui, dit aussi exploitation pour ses collègues qui vont tenter de le ramener à la raison face à un patron ne cessant pas de tirer sur la corde. Et… on se gardera de révéler la suite puisque l’attrait conféré par ce premier film tient surtout à la proposition aussi bien narrative que visuelle amenée dans sa deuxième moitié. Car, contrairement à plein de cinéastes qui se seraient sans doute volontairement censurés dans le but d’obtenir un film consensuel, Boots Riley y va franco. Et par moments, même un peu trop mais c’est pour ça que le film marque les esprits. Puisque au détour d’un casting rafraichissant (Laketih Stanfield, Thessa Thompson, Armie Hammer, Steve Yeun) et d’un ton férocement iconoclaste, Sorry To Bother You a le chic d’avoir quelque chose qui fait de plus en plus défaut dans l’industrie d’aujourd’hui : une identité. Et de nos jours, voir l’éclosion d’un cinéaste avec quelque chose à dire et une vraie envie de communiquer, ça fait tellement chaud au coeur que ça semble normal que de révérer ce genre de films, aussi imparfaits soient-ils. 

Un échec au box-office hélas visible qu’en DVD…

N’ayant réuni qu’un peu plus de 25.000 spectateurs dans les salles (sur un circuit assez réduit de 55 salles), Sorry to bother you n’est malheureusement pas parvenu à trouver son public en France. De fait, il ne sera disponible que sous format DVD, sans passer par la case Blu-ray. Une tare heureusement rapidement corrigée puisque la qualité du DVD n’a pas à rougir : images superbes, contrastes soignés, définition parfaite, et pistes audios Dolby Digital 5.1 aptes à rendre avec brio les nombreux effets sonores se baladant aux 4 coins de l’image quand le film assume ses embardées stylistiques. Bref, c’est de la belle ouvrage comme on dit et on pourra même souligner l’immersion, procurée par les dialogues, qui a vite fait de nous faire accepter la bizarrerie de l’univers délirant made in Boots Riley. Quant aux bonus, ceux-ci se révèlent être assez maigres : on ne pourra compter que sur un commentaire audio du réalisateur Boots Riley et quelques featurettes d’une dizaine de minutes, lesquelles proposent extraits du films, images de tournages, entretien avec le cinéaste et autres joyeusetés promotionnelles afin de faire mieux connaitre l’univers du cinéaste, les motivations de son casting ainsi que le style usité par ce réalisateur qu’on espère voir réussir à poser sa voix dans d’autres projets à l’avenir. 

Caractéristique du DVD Sorry To Bother You :

Langues : Français, Anglais / Sous-Titres : Francais, Sourds & Malentendants

Son : D.D5.1 et audio description / Images : 16/9- 2.39 – Couleur

Durée : 106 minutes 

 

Bande-annonce : Sorry To Bother You 

https://www.youtube.com/watch?v=QCRJJ98BQcM

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
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