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Leonardo, une nouvelle série incontournable sur le génie italien

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Démarrée avec succès chez nos voisins italiens, la série Leonardo débarque dans l’Hexagone le 7 février prochain sur France 2. Diffusée chaque lundi à 21h10, cette fiction sera l’occasion de découvrir, à travers huit épisodes, la vie du célèbre inventeur et peintre du XVIème siècle, Léonard de Vinci. De quoi s’agit-il exactement et quels sont les protagonistes ?

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Quel scénario pour la série ?

L’intrigue se déroule en 1506, dans le duché de Milan. Léonard de Vinci, le plus grand génie de son temps, est soupçonné d’avoir assassiné sa muse et confidente, Caterina da Cremona.
Stefano Giraldi, un détective fictif, le fait arrêter et l’interroge. L’enquête commence. Les téléspectateurs assistent alors au récit de la vie de l’artiste qui évoque sa première rencontre avec Caterina à Florence, dans l’atelier du sculpteur et peintre italien Andrea del Verrocchio. Au fil de l’interrogatoire, le détective, de plus en plus fasciné par la personnalité de Léonard, commence à douter de sa culpabilité et cherche à établir la vérité plus que jamais.

Une superproduction européenne avec des acteurs connus

Produite par l’Américain Frank Spotnitz et le Britannique Steve Thompson, la série regroupe une belle diversité d’acteurs européens bien connus, comme Aidan Turner qui joue le personnage de Léonard. L’Irlandais de 38 ans s’était fait connaître par sa participation dans la trilogie du Hobbit et son rôle plus récent du capitaine Ross dans la série Poldark. L’actrice italienne Matilda de Angelis interprète Caterina da Cremona, On y retrouve également Freddie Highmore, vedette de la série américaine Good Doctor, ou encore le Français Robin Renucci, révélé par Le village Français, en 2009.

En mars 2021, la fiction Leonardo, tournée en Italie dans plus de 50 lieux différents, a connu un large succès sur Rai Uno. Chacun des huit épisodes de 50 minutes met spécifiquement en valeur un tableau ou une sculpture célèbre de l’artiste.

Un thème célèbre dans les médias

L’industrie cinématographique s’était déjà intéressée à la vie du génie italien, lorsqu’était sortie en 2013 la série américaine Da Vinci’s Demons, avec l’acteur anglais Tom Riley. Celle-ci met en avant un Léonard de Vinci âgé de 25 ans et mal à l’aise avec son temps, qui, en plus de voir le futur, commence à le créer.

D’autres univers comme l’iGaming s’intéressent également au peintre italien, à l’image des casinos présents sur la plateforme Bonus.ca qui utilisent ce thème dans les jeux d’argent en ligne rendus faciles qu’ils proposent, telle que la machine à sous Da Vinci’s treasure sur Duxcasino, qui offre 155 tours gratuits et 450$ de bonus à ses joueurs.

La littérature a fait tout autant parler de l’Italien originaire de Vinci, en Toscane, avec la sortie du best-seller Da Vinci Code, en 2003, écrit par le romancier americain Dan Brown. Inspiré de l’essai controversé l’Enigme Sacrée, l’auteur mêle des faits historiques et fictifs pour donner un nouveau visage aux œuvres du peintre italien, suite à une enquête menée par le professeur fictif Robert Langon, spécialisé en symbologie.

Bien qu’il s’agisse d’une fiction, cette série est surtout un véritable divertissement à la réalisation soignée, et avec des acteurs très convaincants. D’un succès en Italie, elle est en train de devenir un succès planétaire, et une deuxième saison est également en préparation. Léonard de Vinci n’a pas fini de nous dévoiler tous les secrets de sa vie.

 

Le Geste Brisé : Rupture, Cassure, Discontinuité – Une Esthétique de la Fracture et de la Faille Exposée

Le geste brisé est un geste qui se rompt. Il se fracture, se disloque, se casse. Ce n’est plus un geste continu : c’est un geste interrompu, fendu, traversé par une faille. Dans cette cassure, quelque chose se révèle — une discontinuité brutale, une rupture interne, une ligne de fracture qui devient forme.

Le geste brisé est fondamentalement un geste qui se rompt violemment et irréversiblement, qui abandonne la continuité fluide qui le caractérisait pour basculer dans la discontinuité fracturée, qui renonce à l’intégrité structurelle qui le maintenait unifié pour accepter la fragmentation qui le divise. Il se fracture brutalement comme un objet rigide soumis à une contrainte excessive qui dépasse sa résistance, se disloque spectaculairement en morceaux qui se séparent et perdent leur coordination, se casse net selon des lignes de faiblesse qui traversaient secrètement sa structure apparemment solide. Ce n’est plus jamais un geste parfaitement continu qui se déploierait fluidement du début à la fin selon une courbe ininterrompue : c’est au contraire un geste radicalement interrompu qui s’arrête brutalement avant son terme naturel, profondément fendu par des cassures qui le divisent en segments disjoints, constamment traversé par des failles qui introduisent des discontinuités dans sa progression. Dans cette cassure constitutive et cette rupture structurelle, quelque chose d’essentiel se révèle et s’expose sans dissimulation : une discontinuité brutale et traumatique qui refuse la fiction consolante de la continuité parfaite, une rupture interne irrémédiable qui expose les lignes de fracture cachées, une faille profonde qui devient paradoxalement forme plutôt que simple défaut. Le geste brisé révèle ainsi que la continuité apparente de tout mouvement accompli dissimule toujours des discontinuités latentes, que l’intégrité visible masque des lignes de fracture potentielles, que la fluidité superficielle cache une fragilité structurelle qui peut à tout moment se manifester en cassures spectaculaires. Cette vérité fracturée expose que le geste n’est jamais aussi solide, continu et intègre qu’il y paraît : il est toujours déjà traversé par des failles qui menacent de le briser, toujours vulnérable aux ruptures qui peuvent le fragmenter, toujours susceptible de se casser selon des lignes de faiblesse qui habitent secrètement sa structure même quand celle-ci semble parfaitement unifiée.

Le Geste Rompu : Rupture Violente, Cassure Nette, Arrêt Traumatique

Le geste rompu se brise littéralement et brutalement net, comme un objet rigide qui se fracture soudainement sous une contrainte qui dépasse sa capacité de résistance, comme une corde tendue qui cède instantanément quand la tension devient excessive, comme une branche sèche qui se casse avec un craquement sec lorsqu’on la plie trop fortement. Il s’interrompt violemment et définitivement sans aucune transition adoucissante qui préparerait ou amortiraient le choc, sans aucune phase intermédiaire qui permettrait une adaptation progressive, comme coupé brutalement dans son élan par une force extérieure irrésistible ou une défaillance interne catastrophique. La rupture qui brise le geste ne reste jamais invisible ou discrète : elle devient au contraire une fracture spectaculairement visible qui expose ostensiblement le point exact où la continuité s’est rompue, qui marque dramatiquement la ligne de cassure qui divise le geste en un avant et un après radicalement séparés, qui manifeste clairement la discontinuité traumatique qui a remplacé la fluidité naturelle. Cette visibilité de la fracture transforme radicalement le geste : celui-ci porte désormais indélébilement la marque de sa propre rupture, expose ouvertement la violence du choc qui l’a brisé, témoigne visiblement du traumatisme qui l’a fragmenté en morceaux qui ne peuvent plus se rejoindre organiquement.

La Rupture comme Fracture Structurelle : Fente qui Divise, Ligne de Cassure Exposée, Séparation Irrémédiable

La fracture violente fend littéralement le geste de part en part, le traverse d’une ligne de cassure qui le divise radicalement et irréversiblement en deux parties qui ne peuvent plus se rejoindre ni se reconnecter organiquement. Elle divise brutalement sa trajectoire qui était jusqu’alors unifiée et continue en segments séparés qui ne se coordonnent plus, ouvre spectaculairement une ligne de cassure visible qui expose la discontinuité interne, crée définitivement une séparation traumatique entre ce qui précède la rupture et ce qui la suit sans qu’aucune transition fluide ne puisse combler le vide béant qui s’est ouvert. Le geste rompu porte ainsi ostensiblement et indélébilement la marque profonde de cette fente qui l’a divisé : on voit clairement où la continuité s’est brisée, on perçoit nettement la ligne de fracture qui sépare les morceaux, on reconnaît immédiatement la discontinuité qui a remplacé la fluidité. Cette visibilité de la fracture n’est jamais un accident regrettable qu’il faudrait dissimuler pour restaurer l’apparence de l’intégrité : elle est au contraire une dimension constitutive du geste brisé qui assume ouvertement sa nature fracturée, qui expose franchement ses cassures plutôt que de les cacher, qui affirme la légitimité de la discontinuité contre l’hégémonie de la continuité. Dans les sculptures brisées de l’Antiquité (Victoire de Samothrace sans tête ni bras, Venus de Milo sans bras, fragments du Parthénon), les cassures ne sont pas perçues comme défauts qui dégraderaient l’œuvre mais au contraire comme éléments qui lui confèrent une beauté tragique, une présence dramatique que la complétude n’aurait peut-être jamais atteinte. Les lignes de fracture deviennent partie intégrante de la forme, les absences créées par les ruptures structurent la perception autant que les présences conservées. Dans les céramiques japonaises réparées selon la technique du kintsugi, les fissures sont volontairement soulignées avec de la laque mélangée à de la poudre d’or : loin de dissimuler les cassures, cette technique les met au contraire en valeur, transforme les lignes de fracture en éléments décoratifs précieux, affirme que la rupture fait désormais partie de l’histoire et de l’identité de l’objet. La rupture comme fracture révèle ainsi que la cassure n’est jamais purement négative et appauvrissante mais peut au contraire devenir une dimension esthétique positive, que la discontinuité exposée peut être plus intéressante que la continuité factice, que les lignes de fracture visibles peuvent structurer la forme aussi puissamment que ne le feraient les lignes continues d’un geste intact.

La Rupture comme Arrêt Brutal : Discontinuité Soudaine, Interruption Sèche, Choc Traumatique

L’arrêt brutal qui rompt le geste le coupe littéralement et instantanément dans son élan, suspend violemment sa progression naturelle, interrompt définitivement son développement prévu. Il impose une discontinuité soudaine et totalement inattendue qui brise la continuité temporelle que le geste était en train de construire, une interruption sèche sans préparation ni transition qui crée une béance dans le flux du mouvement, une cassure irrémédiable sans retour possible qui sépare radicalement ce qui précède de ce qui suit. Le geste rompu par cet arrêt brutal devient littéralement un choc au double sens du terme : un choc physique qui résulte de l’interruption violente du mouvement qui était en cours, et un choc psychologique et perceptif qui sidère le spectateur confronté à cette rupture traumatique de la continuité attendue. Cette dimension traumatique de la rupture brutale révèle que la cassure n’affecte pas seulement la structure objective du geste mais aussi l’expérience subjective que nous en faisons : nous ressentons viscéralement le choc de l’interruption, nous éprouvons physiquement la violence de la coupure, nous subissons psychologiquement le traumatisme de la discontinuité qui brise nos attentes de continuité fluide. Dans le montage cinématographique de Sergei Eisenstein, les coupes brutales entre plans créent des chocs perceptifs violents qui refusent délibérément la continuité fluide du montage invisible hollywoodien : un visage en gros plan suivi brutalement d’un plan large sans raccord, un mouvement interrompu net par une coupe qui saute à une scène totalement différente, des rythmes accélérés qui créent une discontinuité stroboscopique. Ces ruptures brutales produisent un montage-choc qui sidère le spectateur et génère des associations d’idées dialectiques. Dans les stop-motion et l’animation image par image, le mouvement fluide est remplacé par une série de positions discontinues qui créent une saccade caractéristique : les personnages n’avancent pas continûment mais progressent par sauts discrets, les gestes ne se déploient pas fluidement mais se construisent par accumulation de micro-arrêts. La rupture comme arrêt brutal révèle ainsi que l’interruption violente de la continuité peut être utilisée créativement pour générer des effets esthétiques spécifiques, que le choc de la discontinuité peut produire une intensité dramatique supérieure à celle de la fluidité ininterrompue, que la cassure brutale peut créer un impact émotionnel que le déroulement continu ne pourrait jamais atteindre.

Le Geste Disloqué : Éclatement Fragmentaire, Perte d’Unité, Constellation de Morceaux Autonomes

Le geste disloqué se défait littéralement et spectaculairement en multiples morceaux qui se séparent et s’autonomisent, qui perdent leur coordination mutuelle et leur subordination à une unité englobante, qui cessent de fonctionner comme parties d’un tout pour devenir des fragments indépendants. Il perd irrémédiablement son unité constitutive qui le maintenait comme mouvement cohérent et coordonné, se fragmente radicalement en segments multiples et disjoints qui ne se synchronisent plus ni ne s’articulent organiquement, se disperse définitivement en éclats autonomes qui suivent chacun leur propre logique sans référence à une totalité unificatrice. La dislocation qui fragmente le geste ne le détruit jamais totalement en le réduisant au néant : elle le transforme au contraire profondément en le faisant passer d’un état unifié à un état fragmenté, d’une configuration cohérente à une dispersion de morceaux, d’une totalité organique à une constellation de fragments autonomes. Cette transformation révèle que la perte d’unité n’équivaut jamais à une simple disparition ou annulation mais implique toujours aussi une reconfiguration, une redistribution, une réorganisation selon d’autres principes que ceux qui régissaient l’unité perdue. Le geste disloqué existe ainsi pleinement et légitimement dans sa fragmentation assumée, dans sa dispersion revendiquée, dans sa discontinuité affirmée plutôt que niée ou dissimulée.

La Dislocation comme Éclatement Multiplicateur : Division en Fragments, Séparation en Morceaux, Autonomisation des Parties

L’éclatement violent qui disloque le geste brise brutalement et irréversiblement sa continuité structurelle en le divisant en multiples fragments qui se séparent physiquement et fonctionnellement. Il le divise radicalement en fragments autonomes qui ne dépendent plus d’une coordination centrale, en morceaux séparés qui ne s’articulent plus organiquement entre eux, en unités disjointes qui fonctionnent désormais indépendamment plutôt que comme parties subordonnées d’un tout englobant. Le geste disloqué devient ainsi littéralement une constellation de fragments dispersés dans l’espace et dans le temps : chaque morceau occupe sa propre position sans nécessairement se coordonner spatialement avec les autres, chaque segment suit son propre rythme sans nécessairement se synchroniser temporellement avec les autres, chaque fragment poursuit sa propre trajectoire sans nécessairement converger vers un objectif commun avec les autres. Cette configuration constellaire révèle que la fragmentation peut générer une nouvelle forme d’organisation qui ne repose plus sur l’unité totalisante mais sur la multiplicité distribuée, qui ne suppose plus la subordination hiérarchique des parties au tout mais l’autonomie équivalente de tous les fragments, qui ne privilégie plus la concentration centralisée mais la dispersion décentralisée. Dans les mobiles de Alexander Calder déjà évoqués, les éléments fragmentés ne forment pas une unité solide mais une constellation mobile où chaque partie bouge indépendamment : la sculpture se disloque en morceaux autonomes qui maintiennent des relations spatiales variables plutôt que fixes. Dans les partitions graphiques de John Cage ou de Cornelius Cardew, la notation musicale traditionnelle unifiée éclate en fragments graphiques dispersés sur la page : chaque élément peut être interprété indépendamment, l’unité temporelle se disloque en durées variables, la cohérence tonale se fragmente en événements sonores autonomes. La dislocation comme éclatement révèle ainsi que la fragmentation n’appauvrit pas nécessairement en détruisant l’unité mais peut au contraire enrichir en libérant les parties de leur subordination au tout, que la constellation de fragments autonomes peut générer une complexité et une richesse supérieures à celles de l’unité monolithique, que la dispersion des morceaux séparés ouvre des possibilités d’organisation que la cohésion totalisante maintenait fermées.

La Perte d’Unité comme Forme Structurelle : Fragmentation Assumée, Discontinuité Revendiquée, Somme de Ruptures

La perte d’unité subie par le geste disloqué n’est jamais un simple défaut regrettable qu’il faudrait corriger en restaurant l’intégrité perdue, une dégradation pathologique qu’il faudrait réparer en recollant les morceaux, une insuffisance formelle qu’il faudrait compenser en dissimulant les cassures. Elle est au contraire une structure esthétique positive et légitime à part entière, une organisation alternative qui refuse la dictature de l’unité imposée, une forme délibérée qui valorise la multiplicité fragmentée contre la totalité unifiée. Le geste disloqué existe ainsi pleinement et dignement dans sa fragmentation constitutive plutôt que malgré elle, dans sa dispersion revendiquée plutôt qu’en dépit d’elle, dans sa discontinuité affirmée comme qualité positive plutôt que comme défaut négatif. La forme du geste disloqué devient littéralement une somme de ruptures visibles plutôt qu’une continuité lisse : elle se construit par accumulation de cassures exposées, par juxtaposition de fragments séparés, par constellation de morceaux disjoints qui refusent de se fondre en totalité homogène. Cette acceptation et même cette célébration de la fragmentation comme forme légitime révèle que l’unité n’est pas une valeur absolue et incontestable mais une construction idéologique qui peut être contestée, que la discontinuité n’est pas une pathologie à guérir mais une alternative à explorer, que la somme de ruptures peut générer une forme aussi valide et intéressante que ne le serait la continuité unifiée. Dans l’esthétique du collage (Kurt Schwitters, Hannah Höch, Romare Bearden), la forme se construit délibérément par assemblage de fragments hétérogènes qui conservent leur autonomie visuelle : les morceaux de papier ne se fondent pas en unité homogène mais maintiennent leurs discontinuités, leurs cassures, leurs différences. Cette fragmentation assumée devient le principe même de la forme plutôt qu’un défaut à dissimuler. Dans l’architecture déconstructiviste (Frank Gehry, Zaha Hadid, Daniel Libeskind), les bâtiments semblent disloqués, fragmentés, brisés selon des lignes de fracture qui refusent l’unité classique : plans qui se rencontrent en angles aigus, volumes qui se pénètrent sans se fondre, surfaces qui se fragmentent en facettes multiples. La perte d’unité comme forme révèle ainsi que la fragmentation peut être un principe créateur aussi puissant que l’unification, que la discontinuité revendiquée peut structurer la forme aussi efficacement que la continuité imposée, que la somme de ruptures exposées peut générer une esthétique aussi légitime et aussi riche que celle de l’intégrité dissimulée.

Le Geste Discontinu : Faille Structurante, Interruption Rythmique, Progression Saccadée

Le geste discontinu avance nécessairement et constitutivement par ruptures successives plutôt que par flux continu, par cassures répétées plutôt que par courbe ininterrompue, par sauts discrets plutôt que par glissement fluide. Il progresse par segments séparés qui ne s’enchaînent pas organiquement mais se juxtaposent mécaniquement, par à-coups saccadés qui alternent mouvement et arrêt plutôt que de maintenir une vitesse constante, par lignes brisées qui changent brutalement de direction à chaque articulation plutôt que de suivre une trajectoire courbe et continue. La discontinuité ne reste jamais ici un accident exceptionnel qui affecterait momentanément un mouvement normalement continu : elle devient au contraire une dynamique permanente et constitutive, un principe d’organisation structurel, un mode de progression fondamental qui définit la nature même de ce type de geste. Cette transformation de la discontinuité d’exception en règle, d’accident en essence, de perturbation en principe révèle que le mouvement peut légitimement se déployer autrement que dans la continuité fluide, que la progression peut s’effectuer par ruptures successives aussi validement que par flux ininterrompu, que la ligne brisée peut tracer un parcours aussi efficace que la courbe harmonieuse.

La Discontinuité comme Faille Structurante : Interruptions Multiples, Vides Constitutifs, Absences Actives

La faille structurelle traverse constamment et constitutivement le geste discontinu de part en part, le pénètre de multiples interruptions qui ne sont pas des accidents mais des éléments structurants, l’habite de vides essentiels qui ne sont pas des manques mais des composantes actives. Elle introduit systématiquement des interruptions multiples qui scandent le mouvement et créent une rythmique particulière, des vides constitutifs qui structurent le geste aussi puissamment que ne le feraient les pleins, des coupures répétées qui organisent la progression en phases distinctes séparées par des césures nettes. Le geste discontinu est ainsi littéralement un geste constamment traversé par des absences qui ne sont jamais de simples manques passifs et stériles mais au contraire des présences négatives actives et productives : les vides entre les segments de mouvement créent des respirations qui permettent la perception de chaque phase distinctement, les interruptions entre les séquences génèrent des attentes qui intensifient la réception de ce qui suit, les coupures entre les fragments produisent des contrastes qui soulignent les différences entre parties adjacentes. Cette activité productive des absences et des interruptions révèle que la discontinuité n’appauvrit jamais le geste en le privant de continuité mais peut au contraire l’enrichir en introduisant des articulations, des rythmes, des contrastes que la fluidité ininterrompue ne pourrait jamais générer. Dans la musique sérielle ou pointilliste (Anton Webern, Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen), les sons sont séparés par des silences qui deviennent aussi structurants que les sons eux-mêmes : la musique progresse par points isolés plutôt que par lignes mélodiques continues, les interruptions créent une respiration qui articule le temps musical, les vides entre les notes permettent de percevoir chaque événement sonore dans sa singularité. Dans les chorégraphies de Merce Cunningham, les mouvements sont souvent fragmentés par des arrêts brusques qui créent une discontinuité rythmique : le danseur ne se déplace pas fluidement mais progresse par séquences distinctes séparées par des immobilités soudaines, créant une danse saccadée qui refuse la continuité mélodique classique. La discontinuité comme faille révèle ainsi que les interruptions et les vides ne sont jamais purement négatifs mais toujours aussi positifs en structurant le temps et l’espace, que les absences articulent aussi puissamment que les présences, que les failles constituent une forme aussi valide que la continuité qu’elles contestent et fragmentent.

La Ligne Brisée comme Dynamique Propre : Progression Angulaire, Ruptures Directionnelles, Succession de Fractures

La ligne brisée caractéristique du geste discontinu n’est jamais un simple accident malheureux qui résulterait d’une incapacité à tracer une courbe fluide : elle est au contraire une forme délibérée et légitime à part entière, une qualité esthétique spécifique plutôt qu’un défaut technique, un principe d’organisation conscient plutôt qu’une défaillance involontaire. Elle avance nécessairement et constitutivement par ruptures directionnelles successives plutôt que par continuité courbe, par angles nets qui changent brutalement d’orientation plutôt que par transitions progressives, par cassures répétées qui fragmentent la trajectoire plutôt que par flux unifié qui la maintient intacte. Le geste discontinu devient ainsi littéralement une succession de fractures visibles qui s’accumulent et se juxtaposent : chaque changement de direction crée une cassure angulaire, chaque variation de vitesse produit une rupture rythmique, chaque modification d’orientation génère une fracture trajectoire. Cette dynamique de la ligne brisée révèle que la progression peut s’effectuer par cassures successives aussi efficacement que par continuité fluide, que les ruptures répétées peuvent tracer un parcours aussi intéressant que la courbe harmonieuse, que l’accumulation de fractures peut générer une forme aussi riche que l’intégrité maintenue. Dans les dessins cubistes ou expressionnistes (Picasso, Kirchner, Schiele), les lignes refusent délibérément la fluidité courbe pour privilégier les angles nets, les cassures brutales, les trajectoires brisées : les contours ne suivent pas organiquement les formes anatomiques mais les fragmentent en plans anguleux qui se heurtent. Dans l’architecture brutaliste ou déconstructiviste déjà évoquée, les volumes se rencontrent en angles aigus plutôt qu’en transitions courbes, les surfaces se brisent en facettes multiples plutôt que de se courber continûment, les lignes structurelles zigzaguent brutalement plutôt que de s’incurver harmonieusement. La ligne brisée comme dynamique révèle ainsi que la rupture peut être un principe générateur aussi puissant que la continuité, que la cassure répétée peut structurer le mouvement aussi efficacement que le flux unifié, que la succession de fractures exposées peut créer une esthétique de la discontinuité assumée qui conteste l’hégémonie de la fluidité harmonieuse et affirme la légitimité de la fragmentation angulaire.

La Rupture comme Vérité Profonde du Geste Fragmenté et Discontinu

Le geste brisé sous ses trois modalités principales – rupture brutale qui fracture et choque, dislocation fragmentaire qui autonomise les morceaux, discontinuité structurelle qui progresse par cassures – révèle une dynamique fondamentale de cassure, de rupture et de discontinuité qui expose la fragilité de toute unité gestuelle et la légitimité des formes fracturées. Il montre explicitement et radicalement que le geste peut se fendre selon des lignes de faiblesse qui traversaient secrètement sa structure, se disloquer en perdant l’unité qui le maintenait cohérent, se briser définitivement selon des fractures qui le fragmentent irrémédiablement. Rupture, cassure, discontinuité : autant de stratégies convergentes pour le geste de se défaire délibérément ou involontairement de son unité factice, d’exposer ouvertement les lignes de fracture qui habitaient sa structure, d’affirmer la légitimité de la fragmentation contre l’hégémonie de l’intégrité, de valoriser la discontinuité contre la dictature de la continuité. Dans cette rupture assumée et cette cassure exposée, le geste trouve paradoxalement non pas sa faiblesse mais sa vérité la plus profonde et la plus instable : celle d’un mouvement qui n’est jamais aussi solide, unifié et continu qu’il y paraît, qui est toujours déjà traversé par des failles qui menacent de le fragmenter, qui peut à tout moment se briser selon des lignes de fracture qui révèlent que son intégrité apparente dissimulait une vulnérabilité constitutive. Cette vérité fracturée révèle finalement que l’unité, la continuité, l’intégrité ne sont pas des états naturels et incontestables mais des constructions précaires et vulnérables constamment menacées par les forces de rupture qui les traversent, que la cassure n’est pas un accident exceptionnel mais une possibilité permanente inscrite dans la structure même de tout geste, que la discontinuité n’est pas une pathologie à éviter mais une vérité à assumer – exposant ainsi que le geste peut exister dignement et créativement dans la fragmentation, dans la rupture, dans la discontinuité qui refuse la fiction consolante de l’unité parfaite pour affirmer courageusement la réalité de la cassure, de la faille, de la fracture qui font partie intégrante de toute forme vivante et instable.

« Franklin » : expédition polaire

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Avec Franklin : Les Prisonniers de l’Arctique, paru aux éditions Glénat, le scénariste et dessinateur Michel Durand revient sur l’une des expéditions polaires les plus mystérieuses et célèbres de l’Histoire.

« Nous sommes nous-mêmes des morts debout et le cuir de nos vêtements bouillis n’a pas pu calmer nos estomacs. » À ce stade, les missives que l’officier Crozier rédige à l’attention de sa compagne restée au pays sont aussi glaçantes que l’environnement qui les entoure, lui et ses collègues marins. Franklin : Les Prisonniers de l’Arctique a précisément pour objectif de raconter comment les navires HMS Erebus et HMS Terror, placés sous le commandement du capitaine britannique John Franklin, navigateur polaire reconnu, se sont retrouvés coincés dans les glaces de l’archipel arctique canadien au milieu des années 1840. Mais aussi, et surtout, la manière dont l’équipage, poussé dans ses derniers retranchements, a sombré dans la perdition la plus absolue à la suite des mésaventures auxquelles il fut confronté.

Lorsqu’il pratiqua des autopsies sur les cadavres de trois membres d’équipage enterrés dans le sol gelé, le professeur d’anthropologie à l’Université de l’Alberta Owen Beattie a établi que les marins de l’expédition de Franklin avaient souffert de diverses maladies, de carences en vitamines C, de saturnisme… Ils avaient fait l’objet d’actes de cannibalisme et avaient manifestement subi les meurtrissures de la faim, de la fatigue et du froid. Franklin : Les Prisonniers de l’Arctique se compose d’alternances entre l’exploration polaire visant à objectiver le passage mythique du Nord-Ouest, qui va virer au drame, et les proches restés en Angleterre, qui se battent pour qu’on leur vienne en aide – et qu’on ne les oublie pas. Deux cadres parfaitement restitués par Michel Durand, à l’écrit comme à l’image, et qui portent en commun une détresse coulée dans un même moule : la survie d’un côté, l’espoir de revoir ceux qu’on aime de l’autre.

« Nous avons autant de chances d’être délivrés des glaces qu’une souris de s’échapper de l’estomac d’un matou. » Le dégel n’apparaissant pas en deux longues années, l’expédition n’a d’autre choix que de se scinder en deux groupes, aux destinées funestes. Une partie des marins se dirige vers le sud, mais la majorité reste à bord des navires et hiverne. La situation est désastreuse : le plomb a fondu dans les conserves et empoisonne l’équipage, les réserves en charbon et en nourriture s’épuisent, dysenterie, botulisme, consomption et scorbut produisent leurs effets délétères… Michel Durand puise de cette expédition épique de quoi radiographier une nature humaine poussée à ses extrêmes : vols, violences, cannibalisme succèdent aux choix cornéliens sur les routes à suivre ou les sacrifices à consentir.

Le dossier historique de l’auteur et réalisateur Stéphane Dugast met en exergue l’incroyable histoire des deux navires fleurons de la Royal Navy, mais aussi ce qui a présidé à ces explorations polaires : la réputation de Franklin, mangeur de chaussures face à l’adversité, n’est pas étrangère à sa désignation en tant que capitaine – l’album revenant sur un autre aspect de son commandement, lié à sa réputation et sa postérité. Mais au-delà du fait historique, des aventures contées, de la résilience humaine ou des représentations probantes de l’Arctique, Franklin vaut aussi pour ses éléments contextuels – la présence des femmes sur les navires était par exemple considérée comme néfaste, une superstition à mettre en relation avec la consultation ultérieure d’une voyante – et pour les contrecoups frappant les proches restés sur terre. La psychologie humaine se voit également effeuillée : « Les notions de temps, de distance… s’effilochent, deviennent cotonneuses… », déclare celui qui se perçoit désormais avant tout comme « barbu et insensé ». Le voyage apparaît dense, haletant, et Michel Durand nous y transporte avec habileté.

Franklin : Les Prisonniers de l’Arctique, Michel Durand
Glénat, janvier 2022, 64 pages

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3.5

« Agora toxica » : désinformation de masse

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Chercheuse, spécialiste des guerres de l’information et militante féministe, Stéphanie Lamy publie aux éditions du Détour Agora toxica, un essai sur l’infosphère et les opérations sémantiques qui y sont menées, souvent au mépris des faits.

La démonstration n’en est que plus édifiante depuis que le monde traverse une crise sanitaire inédite dans son histoire moderne : les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille idéologique où chacun martèle ses arguments dans l’espoir de susciter l’adhésion, l’outrance l’emportant souvent sur le factuel. Les utilisateurs de Facebook ou de Twitter se retrouvent, souvent sans même le savoir, enfermés dans une bulle de filtrage renforçant les biais de confirmation, le sentiment d’appartenance et les effets de validation sociale, ce qui l’éloigne en proportion de toute nuance réflexive. Dans Agora toxica, Stéphanie Lamy énonce ce qui préside à cet état de fait, tout en rappelant que les nouvelles technologies s’inscrivent à la frontière entre le savoir, le capitalisme et la surveillance. Elles s’apparentent aujourd’hui à des arènes où le plébiscite (partages, likes…) vaut caution et où des assignations algorithmiques (sociale, idéologique, identitaire…) tendent à catégoriser les individus et les cantonner dans une bulle informationnelle taillée à leur mesure.

Agora toxica n’est pas seulement une énième mise en garde contre les réseaux sociaux et les manipulations qui y ont cours. Si Stéphanie Lamy décompose ces espaces d’échanges et de débats (écologie de l’attention, courtage de données, effets de domination, biais algorithmiques, exploitations des données en vue d’anticiper nos comportements futurs, effets de meute…), elle les rattache surtout à toute une série d’affaires et de pratiques qui en éclairent les mécanismes concrets. Des manœuvres électorales de Cambridge Analytica aux « opérations sémantiques » russes ou chinoises, du corporatisme masculin à Génération Identitaire, nombreuses sont les tentatives de biaiser les faits à des fins de propagande. Et l’auteure de rappeler que désinformation, dissimulation et dissymétrie sont désormais érigées en maîtres-mots : qu’ils s’agissent des attentats, des flux migratoires, de la civilisation blanche ou des violences faites aux hommes, les faits sont tordus et leur présentation biaisée dans le seul but d’engendrer l’attrait et l’assentiment.

Pour mieux comprendre de quoi il retourne, Stéphanie Lamy revient sur des notions encore peu connues du grand public. Il en va ainsi de l’apomédiation, cette mise en relation discrète et guidée des utilisateurs de l’Internet, du questing, « une quête fabriquée » de la vérité telle que le Pizzagate, du backlash, un retour de bâton organisé du type #BalanceTaPouffe, ou encore de l’astroturfing, défini comme « une opération sémantique qui émane d’autorités ou d’organisations proches d’un pouvoir vertical et qui cherche à faire croire à un engouement populaire autour de discours tendancieux ». Tous ces procédés participent d’une même idée : il s’agit de conforter ou d’imposer des opinions, soit par l’encadrement structurel (bulle filtrante) soit par le recours à des stratagèmes ayant peu à voir avec un débat serein et factuel. C’est dans ce modèle intellectuellement dégradé que les discours prospèrent et les opinions se forment. Agora toxica permet d’en prendre la pleine mesure et pose une réflexion saine et utile sur ces espaces virtuels où la désinformation et les biais prolifèrent.

Agora toxica, Stéphanie Lamy
Éditions du Détour, janvier 2022, 224 pages

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3.5

« Le Monde à la une » : comment l’information a été compartimentée

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Ouvrage collectif dirigé par Marie-Ève Thérenty et Sylvain Venayre, Le Monde à la une raconte une histoire de la presse française sous le prisme de ses rubriques.

On le sait, l’organisation d’un journal se fait à travers des rubriques dont la place et l’importance divergent parfois considérablement d’un titre à l’autre. Dans Le Monde à la une, Marie-Ève Thérenty et Sylvain Venayre invitent des spécialistes de tous horizons à se pencher sur des rubriques auxquelles ils se montrent sensibles, sur base affinitaire. La liberté laissée à chaque contributeur explique le caractère protéiforme de l’ouvrage. À cet égard, il nous faut souligner qu’il ne s’agit pas d’une histoire des rubriques à proprement parler, mais plus prosaïquement, d’une évocation documentée de chacune d’entre elles, en partant d’un cas concret choisi par chaque rédacteur.

Lisa Bolz se penche par exemple sur la dépêche télégraphique en en épousant la forme. Elle rappelle ce que la circulation de l’information et l’instantanéité doivent à ces comptes-rendus journalistiques qui traversaient les continents à grande vitesse, et dont l’apparition a fait écho à la fixation des États-nations et à l’ouverture des regards sur le monde extra-national. Pour la petite histoire, l’auteure fait allusion à la guerre de Crimée de 1854, durant laquelle l’agence Havas fit sensation en rapportant avant tous les autres organes de presse l’ouverture des combats. Amélie Chabrier emboîte le pas de Lisa Bolz mais en évoquant cette fois la justice. Elle choisit en effet de traiter le sujet comme une chronique judiciaire : les reproches de sensationnalisme, d’immoralité et d’incitation au crime prennent place dans une réflexion plus globale sur ce qui a souvent été apparenté à un divertissement abusif.

Adoptées plus récemment, les rubriques environnementales contribuent à lutter contre le climato-scepticisme et multiplient les fact-checkings. Sylvain Venayre indique toutefois que leur féminisation est le signe d’un moindre prestige social et que leurs journalistes, de plus en plus attachés aux données scientifiques, ont parfois été confondus avec des militants écologistes. Il a fallu attendre 1998 pour que Les Échos désignent enfin un journaliste spécialiste de l’environnement, ouvrant ainsi la voie, bien tardivement, au reste de la presse française. Autre rubrique (logiquement) apparue sur le tard, la chronique télévisée. Claire Blandin explique que François Mauriac fut une exception parmi des journalistes débutants. Il perçoit la télévision comme un outil qui doit équilibrer au mieux divertissement et culture dans ses programmes.

C’est ainsi que sont passées en revue les grandes rubriques de la presse française. Avec parfois quelques anecdotes croustillantes à la clef. Ainsi, se penchant sur les pages boursières, Pierre-Carl Langlais revient sur le système de Ponzi mis en place par Adolphe Serre, par ailleurs locataire pour 24 000 francs par an d’une chronique-tribune dans une Gazette de France en manque de liquidités. De quoi s’offrir une belle publicité, certes indirecte, pour ses affaires frauduleuses. Plus tard, les dérégulations et privatisations vont coïncider avec l’arrivée des suppléments financiers : la presse, pas dépourvue d’idéologie, accompagne la dynamique d’expansion… Philippe Artières rappelle ailleurs que L’Humanité, influencé par le journal Pravda, a longtemps été un pourvoyeur de fausses nouvelles. Et Dimitri Vezyroglou nous dit quant à lui que « l’herbe est toujours plus verte dans l’ailleurs cinématographique », signifiant par là le relatif mépris des journalistes français pour leur propre cinéma, cristallisé par l’intérêt d’un François Truffaut pour Alfred Hitchcock ou le combat des Cahiers du cinéma contre la « Qualité française ».

Valérie Stiénon accorde au courrier des lecteurs la place qui lui revient de droit. Pluralité, finalité, sélection des lettres y divergent fortement. À la lecture du texte, on prend d’ailleurs la mesure de la mise en scène qui accompagne un espace certes dévolu aux lecteurs, mais organisé par le journal lui-même, et parfois de manière orientée. Autre angle mort pourtant prédominant : la publicité. C’est Dominique Kalifa qui narre son essor et l’inscrit en résonance avec la mondialisation, à travers les encarts (racistes) Sen-Sen du journal sportif L’Auto. La marque s’imposait d’ailleurs à l’intérieur même des articles, dans un malheureux mélange des genres, que le publireportage ou les placements de produits ont depuis lors prolongé. Enfin, parmi beaucoup d’autres analyses qui auraient mérité d’être signalées, Julien Schuh s’intéresse à la bande dessinée, un peu à la manière de Presse et bande dessinée, paru aux éditions Les Impressions nouvelles. L’auteur indique que la BD a partie liée avec le journal depuis Rodolphe Töpffer et sa littérature en estampes. Il précise que le caractère fragmentaire et les rubriques des journaux génèrent des espaces à remplir selon une logique cyclique dont s’accommodent parfaitement les strips.

Le Monde à la une, ouvrage collectif dirigé par Marie-Ève Thérenty et Sylvain Venayre
Anamosa, septembre 2021, 368 pages

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3.5

Nuit de lumière : les oeuvres du street-artist C215 cohabitent avec les poèmes de Charles Péguy

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Le graffeur français C215 – Christian Guémy de son vrai nom – et les Éditions Kiwi ont publié le 18 janvier 2022 le livre d’art Nuit de lumière, L’Espérance selon Charles Péguy. Plus qu’un livre présentant les œuvres du street-artist français, Nuit de lumière est un dialogue entre les genres et les époques, puisque les photos des œuvres colorées de C215 sont accompagnées d’extraits des textes de Charles Péguy. À découvrir sans modération pour tous ceux qui suivent le travail de Christian Guémy, mais aussi pour tous les amateurs d’art, en particulier de street art.

Nuit de lumière est un beau livre autant d’un point de vue visuel que textuel. On ne sait si c’est le travail de C215 qui est mis en valeur par les textes de Charles Péguy ou l’inverse. Ce qu’on sait en revanche, c’est que les deux œuvres, les deux médiums se répondent formidablement. 
Et pour cause, C215 (né en 1973) a choisi les textes de Charles Péguy (1873 – 1914) pour la douceur qu’il porte à l’enfance et aux enfants. Le graffeur partage avec l’homme de lettres cette bienveillance envers ce jeune âge et ses représentants, lui qui dit avoir « [compris] que c’est [son] enfant qui [le] ferait naître », lui qui s’est tant inspiré du visage de sa fille dans ses œuvres.

Nuit de lumière est un livre à lire en deux fois, en deux temps. La première fois, lisez-le d’une traite, attentivement et soigneusement. Découvrez comment les textes choisis par le graffeur dialoguent avec ses portraits colorés, ses visages porteurs d’émotion. 
Plus tard, feuilletez le livre à loisir, pour en redécouvrir des images et des citations, s’arrêter sur telle oeuvre, réalisée sur un portail ou un mur, sur telle phrase, revenant comme une prière ou une formule magique, nous parlant de l’enfance, de l’espérance… et de l’art. 

Le livre nous permet de découvrir une collection hétéroclite d’œuvres de C215. Le style du graffeur se dévoile par éléments : de brefs coups de pinceaux, des taches de peinture, des lignes qui cerclent les visages, des couleurs qui se mélangent… On apprécie cette confusion du motif et de son fond, cette plasticité de la peinture qui, autour du pochoir, prend différents aspects : aplats, mélanges, éclats… Et dans le même temps, les codes de la plume de Charles Péguy se devinent aussi : répétitions rythmées, presque des refrains, variations dans les phrases, métaphores très présentes. 

Ce livre, qui présente le travail de l’artiste C215, permet dans le même temps de faire redécouvrir les lignes de Charles Péguy, inspiré par les mystères médiévaux et par un langage très allégorique – les citations sont ici extraites du Porche du mystère de la deuxième vertu (1912). C215 n’en avait pas besoin pour un ouvrage retraçant son parcours. Et pourtant, en choisissant d’associer ses images aux mots choisis par Charles Péguy, qui l’a inspiré et dont il dit avoir « lu et relu [le] texte tout au long de [sa] vie », il donne une portée et une lecture supplémentaires à la sélection d’oeuvres qu’il a choisi de nous présenter. Elles semblent presque pensées pour illustrer ces vers. Un résultat très intéressant qui mêle non seulement les médiums, mais aussi les époques, de l’encre à la peinture, du XIXème siècle au XXIème. 

Nuit de lumière, L’Espérance selon Charles Péguy, C215
Editions Kiwi, 18 janvier 2022, 94 pages

Le roman de Marguerite Gautier de George Cukor (1936)

La dame aux camélias de Dumas fils a été adaptée une trentaine de fois toutes oeuvres confondues (opéra, ballet, télévision,…) dont une vingtaine rien qu’au cinéma. Bien que la version de Baz Luhrmann avec Moulin Rouge semble être la plus fidèle au livre et au ballet de John Neumeier, celle-ci a toujours été décrite comme une libre (mais sublime) adaptation. C’est donc l’oeuvre de George Cukor qui va retenir toute notre attention. La raison ? Greta Garbo.

Un article tout entier devrait parler d’elle tant son talent est reconnu. Celle dont la Divine est le deuxième prénom offre ici l’une de ses plus grandes interprétations. La rencontre parfaite entre une actrice et un rôle. A se demander si Dumas n’était pas tombé amoureux de Greta Garbo au lieu de la courtisane Marie Duplessis.

Gautier par Garbo

Bas les masques de perfection et de mirage, la Suédoise s’abandonne corps et âme dans la peau de cette courtisane écrasée par le destin dont le sort touche profondément au cœur encore aujourd’hui. A la fois féroce et chétif, le personnage de Dumas offre à Garbo la possibilité d’une entièreté nouvelle au point d’y voir l’actrice rire pour la première fois à l’écran. Tout en elle est empreint d’une grâce infinie, de sa façon de bouger à sa manière de s’exprimer qui ne dépasse jamais une mesure, si envoûtante…

Autour d’elle, un Paris du XIXe siècle où ombres et lumières donnent de la profondeur à l’ambiguïté du personnage emprisonné de sa passion dans une société hypocrite. Idéaliste et fataliste, le seul désir de Marguerite est par-dessus tout l’idée d’être aimée. Une femme vulnérable dès que s’éloignent les mondanités dont le cœur et l’abnégation font d’elle un être à part. Au final, un point commun avec Greta Garbo, qui a toujours certifié vouloir être seule mais qui cherchait malgré tout l’amour autour d’elle. Bien que les raisons ne soient pas du même ordre, la star a dû se retrouver dans ce mélo qui lui assure sa réputation de grande tragédienne ô combien déjà affirmée. Un rôle marqué d’une certaine perfection qui signera la quintessence de sa carrière.

Les camélias

L’esprit aiguisé par le champagne, Marguerite Gautier aimait les belles choses, s’accrochant désespérément à sa vie de luxe dans la high society. Son sort scellé par la maladie, elle ne s’autorisa jamais à être libre, préférant la coquetterie à une vie de cœur. L’un de ses nombreux et couteux penchants étaient les camélias, symbole d’amour et de désir ou son seul moyen d’y goûter. Son tempérament fut bien masqué jusqu’à l’apparition d’Armand Duval, jeune homme de la classe moyenne et fou amoureux d’elle. D’une armure bien ficelée pour la société, Marguerite baissa sa garde pour se laisser aimer malgré les rouages d’un état de plus en plus alarmant. Heureuse pour la première fois de sa vie, les conséquences de son passé vinrent sonner à sa porte pour lui demander de penser au bien-être social de son amant. A contrecœur elle le quitta et retourna à ses frivolités tout en abandonnant ses forces au passage. Le post-faux-semblant eut raison d’elle et les échos de sa situation parvinrent aux oreilles de son cher et tendre qui vint à son chevet pour assister fatalement à son dernier souffle.

L’histoire d’un amour impossible qu’on a pu maintes et maintes fois voir au cinéma. Et pourtant, c’est le caractère fulgurant de la destinée du personnage de Garbo qui marqua les esprits. Le charme de ce film opère toujours aujourd’hui, tant par la version épurée et romantique de Cukor que par l’absolue représentation du portrait de Marguerite Gautier par Greta Garbo. Un classique.

Le roman de Marguerite Gautier – Bande annonce

Fiche technique :

  • Titre original : Camille
  • Scénario : Zoe Akins, d’après Alexandre Dumas fils
  • Réalisation : George Cukor
  • Distribution : Greta Garbo, Robert Taylor, Henry Daniell, Lionel Barrymore, Jessie Ralph,..
  • Direction artistique : Cedric Gibbons
  • Costumes : Adrian
  • Photographie : William H. Daniels
  • Producteur : Irving Thalberg pour la MGM
  • Genre : Romance, mélodrame
  • Date de sortie : 1937
  • Durée : 109mn

« Fernand » : the best bear in the world

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Vraoum! s’enrichit d’un nouveau titre en prolongeant en bande dessinée les aventures de Fernand, débutées sur les réseaux sociaux.

Ours polaire, mais drôle d’oiseau. Marshall Joe et Wandrille affublent leur antihéros Fernand de toutes les tares. Alcoolique, obsédé sexuel, cheville ouvrière de l’écocide, ne respectant rien si ce n’est son « ça », il vit dans un état d’épicurisme permanent, qu’aucune convention, même la plus universelle, ne saurait venir contrarier. Entièrement muette, dominée par des teintes de gris, Fernand the polar beer (vous apprécierez le jeu de mots) procède volontiers par le comique de caractère, de répétition et de situation. Et pour comprendre à quel point cet ours est égocentré, mû par la jouissance éternelle et détaché de toute valeur morale, il faudrait imaginer un alliage improbable entre Homer Simpson, Randal Graves et Pierce Hawthorne, chacun se voyant expurgé de toute once d’humanité.

On exagère ? Adepte du sexe interespèces, capable de tuer pour mettre la main sur un peu d’alcool, dévorant tout ce qui est comestible, y compris ses compagnons animaux, Fernand se distinguera aussi par le vol d’un engin spatial, la mise à mort d’un alpiniste, l’objetisation du cadavre d’Adolf Hitler ou encore sa propension à déféquer sur tout et n’importe quoi, dont la Statue de la Liberté, le Pape ou une planche de bande dessinée. Si vous percevez dans ces quelques lignes les signes annonciateurs d’un humour régressif et sans rivages, ce n’est pas un hasard. Marshall Joe et Wandrille alignent les récits autonomes – bien que partiellement liés entre eux – en prenant grand soin d’y glisser les pires abjections, parmi lesquelles la sodomie à l’aide d’un périscope, le reformatage des attentats du 11 septembre ou encore la dégustation d’embryons humains.

Fernand est une tumeur. Mais souriante et pleine de bonhomie. La teneur douce-cruelle de cette BD se trouve tout entière contenue dans ce personnage nonchalant, absurde et foncièrement hédoniste. Le lecteur, lui, est invité à passer en revue les actes insensés et asociaux d’un ours aussi attachant que terrifiant. C’est précisément l’audace sans cesse renouvelée des auteurs, dans une sorte de surenchère maîtrisée, qui permet de tenir sur la longueur d’un album sans perdre en souffle et en efficacité. Pour la finesse, on repassera. Mais pour le plaisir fugace, Fernand the polar beer sait parfaitement comment procéder.

Fernand, Marshall Joe et Wandrille
Éditions Lapin/Vraoum!, janvier 2022, 70 pages

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3.5

« Les Gens du bureau » : ce qu’il en coûte de gagner sa vie

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Yann Rambaud publie Les Gens du bureau, un recueil de dessins humoristiques prenant pour cadre le monde professionnel. En noir et blanc, le plus souvent cantonnés à une planche, ces derniers se parent d’ironie, de satire et parfois de cynisme.

De Lars von Trier à Stéphane Brizé en passant par les frères Dardenne ou Laurent Cantet, le monde du travail a fait l’objet de multiples déclinaisons au cinéma, dans des registres allant du film social à la comédie. Ces précédents issus du septième art peuvent s’avérer lourds à porter pour Yann Rambaud, dont les ambitions se traduisent davantage par l’humour que par la narration dramatique. Mais l’auteur et dessinateur en reproduit néanmoins certains motifs, puisqu’il dépeint la vie d’entreprise comme une bulle spatiotemporelle où l’absurde le dispute au désarroi ou au harcèlement. Et tant qu’à chercher des ponts vers l’écran, c’est plutôt le petit, avec les deux séries The Office, qui collerait au mieux à cet album irrévérencieux.

Jugez plutôt : des communicants friands de « franglish » peinent à se faire comprendre de leurs collègues ; un patron assène à son employé que si les machines ne l’ont pas encore remplacé, c’est uniquement à la faveur des flagorneries qu’il lui dispense ; la réponse au harcèlement sexuel consisterait à… être un homme ; le télétravail se résume à regarder la télévision grossièrement avachi dans un canapé… La détresse, le suicide, les stagiaires, la délation, la paresse, les violations d’intimité, le sexisme se voient tour à tour déclinés dans des dessins d’une page, dépourvus de couleurs et – le plus souvent – d’expressions faciales. Et s’il faut bien reconnaître une qualité à Yann Rambaud, c’est son sens… du non-sens.

D’un monde qui se prend trop souvent au sérieux, il tire des instantanés volontiers absurdes, matérialisés par l’incommunicabilité ou, d’un grotesque accentué, des cowboys, des canards ou des pigeons. Dans Les Gens du bureau, les retournements symboliques sont légion : on va au bureau pour se reposer, on démissionne quelqu’un qui veut se licencier, on se réunit pour regarder les photos compromettantes de ses collègues… Faire mouche en un dessin et quelques bulles n’est jamais chose aisée. Yann Rambaud y parvient toutefois avec succès, l’économie de moyens étant habilement compensée par l’inventivité. C’est ainsi que l’auteur portraiture un ersatz d’Adolf Hitler comme terrorisé par les souffrances psychologiques du monde de l’entreprise, qu’il confondra une immolation par le feu avec une performance artistique ou qu’il fera dire à un handicapé que son infirmité ne l’empêchera certainement pas de tripoter ses collègues féminines… Point de délicatesse ici, mais plutôt des sujets de société desquels on force le trait avec une certaine gourmandise.

Les Gens du bureau, Yann Rambaud
Vraoum!/Éditions Lapin, janvier 2022, 112 pages

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3

« Blade Runner 2029 » : s’émanciper

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Dix années après les événements du film Blade Runner, Michael Green, Mike Johnson et Andres Guinaldo explorent plus avant l’univers façonné par Philip K. Dick, en prenant appui sur « Ash », une Blade Runner enquêtant sur une série de meurtres liée à des réplicants.

Si le médium n’est plus le même, Los Angeles demeure rétro-futuriste, pluvieuse, sombre et en déliquescence. Les androïdes réplicants, sortes d’esclaves modernes, aspirent toujours à s’affranchir de leur condition, c’est-à-dire de la mainmise des hommes sur leur destinée. Avec Blade Runner 2029, Mike Johnson et Andres Guinaldo, sous la supervision du scénariste Michael Green, ne révolutionnent pas ce qui a fait l’étoffe – et le succès – des adaptations passées de Philip K. Dick.

Les « gueules d’humain », traqués par les Blade Runners, sont interdites sur terre, ce qui n’empêche pas les privilégiés de s’en porter acquéreurs. La loi de l’offre et de la demande opérant comme sur n’importe quel marché économique, le prix de ces machines anthropomorphes s’envole. Il y a là une première critique adressée par Mike Johnson aux 1% : les choses vous possèdent plus que vous ne les possédez. Cette dimension apparaît d’autant plus clairement dans le récit que les réplicants au service du gratin de L.A. se rebellent conformément aux injonctions émancipatrices de Yotun.

Ce dernier continue de mettre en circulation de nouveaux réplicants, tout en leur promettant une vie meilleure libérée de tout carcan. Mais comme souvent, une dystopie semble en chasser une autre : la métropole balayée par les pluies acides et reléguant les réplicants clandestins aux basses besognes est appelée à faire place à une ville insurgée où l’affranchissement passe par l’apocalypse (climatique, pour bien être dans l’air du temps). Sombre à l’instar de ses prédécesseurs, Blade Runner 2029 renvoie dos à dos le déterminisme injuste et l’existentialisme criminel.

« Ash » navigue précisément entre ces deux mondes. L’héroïne de Mike Johnson et Andres Guinaldo est porteuse de nombreuses contradictions. Elle chasse certains réplicants, mais en sauve d’autres. Elle appartient aux forces de l’ordre, mais semble mue par une justice personnelle. En se voyant confier une enquête sur deux assassinats liés aux androïdes, elle s’inscrit définitivement en trait d’union entre deux mondes aussi parents que rivaux. Leur exploration et leur confrontation prennent forme avec à-propos, dans un univers codifié mais réussi, dont on attend désormais les futures résonances.

Blade Runner 2029, Michael Green, Mike Johnson et Andres Guinaldo
Delcourt, janvier 2022, 112 pages

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3.5

« Mezkal » : cartels, car Elle…

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Mezkal voit le jour aux éditions Soleil. Le scénariste Kevan Stevens et le dessinateur-coloriste Jef s’associent dans un récit pop et décomplexé, prenant pour cadre le microcosme des cartels mexicains de la drogue.

Les lecteurs du diptyque Gun Crazy sont en territoire connu : Jef réinjecte dans Mezkal des graphismes pop et des couleurs chaudes déjà aperçues précédemment. Les points de jonction sont d’ailleurs plus nombreux, puisque les accès de violence et la dimension tarantinesque de Gun Crazy se retrouvent en abondance dans l’album qu’il conçoit avec le scénariste Kevan Stevens. Même le white trash d’un Superwhiteman se voit prolongé par des hordes de motards rendant hommage à Donald Trump dans leur dernier souffle… Mais la choralité n’est cependant pas la règle dans Mezkal, puisqu’on s’y intéresse surtout au personnage de Vananka Darmont, un loser coenien quittant les États-Unis après la mort de sa mère, intoxiquée aux médicaments et à l’alcool – son père ne donnant quant à lui signe de vie qu’à travers des cartes d’anniversaire.

« Je me sens comme une ombre, un courant d’air qui ne ferait que traverser son époque. » Vananka n’est pas tout à fait le personnage le plus joyeux et accompli qui soit. En qualité de narrateur, il confesse n’avoir plus ri depuis l’âge de quatre ans. Au début du récit, on l’aperçoit essentiellement aux prises avec les cafards, chose qui évoluera à peine puisque d’autres charognards viendront ensuite remplacer ces insectes. « Mes vieux m’avaient bien pourri mon enfance. Ils réussissaient le doublé en me laissant un sacré paquet d’emmerdes et 31 000 dollars d’impayés. » Pour Vananka, l’exil est la seule solution de repli. Il n’a plus rien à attendre d’une existence qu’il a depuis longtemps laissée en jachère. « Le rêve américain, on m’a proposé de m’le mettre dans le cul. J’ai accepté. » Il prend alors la route pour le Mexique et Ciudad Juarez, où l’on dénombre pas moins de douze homicides par jour et quelque 500 femmes portées disparues.

Là-bas, il se reconstruit, sans toutefois pleinement s’épanouir. Il rencontre Leila, dont il tombe éperdument amoureux. Elle est sculpturale, attentive à lui, et aspire à devenir chanteuse. Vananka reprend peu à peu goût à la vie. Que demander de plus, en effet, quand on a déjà « un pétard bien tassé, une guitare, un paysage grandiose et la perspective d’une séance de baise » ? C’est Felipe, le cousin de Leila, qui va répondre à cette question biaisée. Criminel en cheville avec les cartels de la drogue, il recrute notre antihéros pour passer de la marchandise à bord d’un vieux camion. C’est ici que le côté déjanté de Mezkal va se voir accentué : les fusillades et assassinats pullulent, des clans rivaux se font face, les rednecks se signalent et une corruption endémique transparaît, notamment à travers les prêts de matériel généreusement consentis par les copains policiers de la pègre. Partant, les figures et clins d’œil s’amoncellent : un agent de la DEA déguisé en clown, un biker accoutré comme Jason Voorhees, des capos à la Tony Montana, un vendeur de climatiseurs sacrifié en raison de la piètre qualité des produits qu’il vend, etc.

Rythmé, aéré et graphiquement impeccable, Mezkal recycle certes des motifs, situations et rebondissements déjà maintes fois aperçus par le passé, mais il en tire toutefois un équilibre subtil parfaitement fonctionnel. Il y a quelque chose de jouissif à suivre les mésaventures de Vananka Darmont et à le voir évoluer parmi ce que la société a de pire à proposer. Si les plus chagrins regretteront certainement un manque de surprises, la dimension pop totalement décomplexée, déjà à l’œuvre dans le précité Gun Crazy, suffit à transporter le lecteur.

Mezkal, Kevan Stevens et Jef
Soleil, janvier 2022, 188 pages

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4

« Le Racisme en images » : comment les représentations se lestent d’idéologie

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L’historien Pascal Blanchard et l’anthropologue Gilles Boëtsch publient Le Racisme en images aux éditions de La Martinière. Des caricatures aux affiches politiques en passant par les films, peintures ou publicités, ils énoncent toutes ces fois où les stéréotypes, physiques ou culturels, ont infusé à travers des représentations abondamment diffusées.

Dans Corps noirs et médecins blancs, récemment publié aux éditions La Découverte, l’historienne Delphine Peiretti-Courtis revenait abondamment sur les caractéristiques ethniques, culturelles et physiques que les spécialistes occidentaux attribuaient volontiers aux peuples africains. Renvoyés sans autre forme de procès à l’infériorité, l’animalité ou la sexualité, ces derniers voyaient aussi se porter sur eux toutes sortes de jugements sur leur peau, leurs fesses, leur odeur ou leur capacité à se montrer travailleurs et disciplinés. Presque dans le même temps, le même éditeur invitait Livio Boni et Sophie Mendelsohn, tous deux psychanalystes, à puiser aux interstices entre la psychologie et l’aventure coloniale de quoi expliquer la persistance du racisme. Enfin, dans la première partie de son histoire globale de l’esclavage (paru chez Folio/Gallimard), Olivier Grenouilleau reprécisait quant à lui que l’argument du progrès civilisationnel a longtemps présidé, à bon compte, à la défense d’une institution injuste, cruelle et dégradante. Le Racisme en images leur emboîte le pas, comme il le fait pour Howard Zinn, Ta-Nehisi Coates ou Chester Himes. À chaque fois, à l’aide d’images symptomatiques d’une idéologie, d’un événement historique et/ou d’une époque, Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch démontrent comment les prénotions ethniques et culturelles se sont inscrites au cœur des représentations, et par extension des esprits. Il ne faut pas aller bien loin pour comprendre que ces images racialement connotées se projettent partout : pages 26-27, Rachid Benzine effeuille l’affiche d’Ali-Baba et les 40 voleurs ; page 29, les auteurs incorporent à leurs ressources photographiques une affiche de propagande du Front national présentant une femme portant la burqa à l’avant-plan d’une France aux couleurs de l’Algérie transpercée de minarets. Pis, d’une époque à l’autre, on n’a jamais cessé de caractériser l’Arabe en misogyne (voire en violeur), en vaurien ou encore en communiste.

Le Racisme en images est une somme historique et patrimoniale très appréciable. Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch recontextualisent brièvement, mais toujours avec clarté, le terreau sur lequel s’est développée une imagerie biaisant nos perceptions de l’altérité. Car c’est toujours l’autre qui est visé : l’indigène, l’esclave, le colonisé, le Juif, la femme exotique… Et les images se répondent de la même manière que les idéologies. Dès lors que la traite négrière est organisée, la propagande se met en branle : la chromolithographie Le Bon Serviteur livre une vision apaisée de l’esclavage, tout comme Martha la bonne Négresse. Mais la violence décriée par les abolitionnistes trouve elle aussi un écho, dans des représentations telles que The Lash, carte illustrée éditée en pleine guerre de Sécession, ou Les Esclaves au Brésil, gravure d’Horace Castelli dénonçant les « supplices épouvantables » infligés par les maîtres. Les lecteurs du #J’accuse… ! de Jean Dytar ne seront pas surpris de retrouver, à l’endroit des Juifs, une caricature d’Émile Courtet offerte aux lecteurs du journal antisémite La Libre Parole : le nez crochu, le crame déformé et les allusions au vol y personnifient la judéité. Dans L’Assiette au beurre, d’Henri Gustave Jossot, c’est la mission civilisatrice de la colonisation qui est remise en question par le meurtre d’enfants indigènes, laquelle avait auparavant fait l’objet d’images zélées, ayant trait à l’alphabétisation des Congolais ou à une France vichyste prétendument unifiée dans sa diversité. Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch ne manquent jamais de le rappeler : l’image est un puissant vecteur d’idéologie, un outil de propagande servant à former ou consolider l’opinion. En ce sens, dans ses motifs et mises en scène, elle s’avère toujours hautement signifiée, à l’instar de l’huile sur toile Petit maître que j’aime, symbole de l’appropriation du corps des femmes noires par leurs maîtres blancs (la sexualité interraciale n’étant alors envisagée que dans ce sens).

Le Racisme en images ne fait évidemment pas l’économie de ces illustrations passées à la postérité : le poing levé de Tommie Smith et John Carlos lors des Jeux olympiques de Mexico, alors que les États-Unis sont en pleine lutte pour les droits civiques ; la photographie d’Adolf Hitler aux côtés du Discobole Palombara, prise par Heinrich Hoffmann, instaurant une parenté – et une continuité – entre la Grèce antique et l’Allemagne nazie ; la publicité de Kellogg’s pour ses Corn Flakes présentant un Amérindien cramponné à un symbole culinaire de la société moderne américaine ; le cliché de Jean Texier et Claude Angeli présentant en 1961 un pont parisien recouvert de l’inscription « Ici on noie les Algériens »… Toutes ces images sont étroitement chevillées à l’Histoire. Elles témoignent d’une ligne de fracture, de dérives politiques, de la manière dont un ordre, nouveau ou non, s’institue ou se consolide… En filigrane, Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch se questionnent sur l’héritage Banania, et sur ces moments où humour et racisme/rejet s’enchevêtrent. Car aujourd’hui encore, la stéréotypisation des comportements a souvent cours dans les représentations : l’Arabe est un truand, le Noir un comique, l’Asiatique un individu effacé, les femmes des héroïnes exotisées. De quoi densifier une réflexion utile sur l’image, la propagande, l’opinion publique et les idées préconçues.

Le Racisme en images, Pascal Blanchard et Gilles Boëtsch
Éditions de La Martinière, octobre 2021, 240 pages

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