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« Street art » : murs, un autre jour

La photographe Lou Chamberlin a parcouru le monde pendant quinze années à la recherche de ces dessins et messages investissant l’espace public. Murs, sols, mobilier urbain, panneaux de signalisation ont formé les supports tout indiqués de « street artists » amusés, indignés ou résignés.

L’ouvrage est structuré en différents chapitres aux titres édifiants : « Amour/Haine », « Contestations », « LOL », « La voix de la sagesse », « Sous nos pieds », « À l’assaut des panneaux », etc. À ce stade, le lecteur aura déjà compris l’essentiel : le street art ne se distingue pas seulement par la technique employée (du pochoir à la peinture), mais aussi par le support utilisé et le message véhiculé. La photographe Lou Chamberlin nous promène entre Melbourne, Paris, Londres, Oostende, Lisbonne, Los Angeles, San Francisco, Gand, New York, Stavanger, Sydney ou Toronto. Elle nous présente les œuvres de D*Face, Lushsux, walden, Shepard Fairey, JPS, Stampz, TeneT, Yipi Yipi Yeah, Clet, etc. Au milieu de ces artistes à la renommée variable figurent d’authentiques anonymes ; eux aussi nous donnent à voir des productions appréciables.

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Qu’elles soient simples ou complexes, limpides ou polysémiques, scripturales ou iconiques, les œuvres émaillant Street art interpellent. À ceux qui n’y verraient que pure fonction décorative, Lou Chamberlin pourrait répondre par les « messages de sagesse » de Trek Thunder Kelly (« La plupart des gens sont aussi heureux qu’ils décident de l’être »), par l’esprit contestataire de Mau Mau (« Get Rich or Try Sharing » détournant le slogan du rappeur 50 Cent « Get Rich or Die Tryin’ ») ou par les sophistications figuratives de l’artiste berlinois Taosuz, qui questionne la société contemporaine en usant d’images « Photomaton » et de sous-textes rappelant les messages de sensibilisation des paquets de cigarettes (« Rebellion can kill you » ou « Information control reduces your privacy » par exemple).

Naturellement, le tour d’horizon est anecdotique en ce sens qu’il ne reflète qu’une infime partie du street art – lequel est en extension constante. Cela étant, la sélection de Lou Chamberlin, en plus d’être soignée, a le mérite de mettre en lumière l’extrême pluralité des techniques, des supports et des messages observables dans ce genre artistique qu’on aimerait voir davantage considéré. Car force est de constater qu’entre les fresques millimétrées – et sublimes – de Shepard Fairey pour la paix, les collages écologiques de Phoenix, les miniatures finement dessinées de walden et certains pochoirs minimalistes de JPS (songeons à « Hash Tag »), c’est avant tout le concept d’urbanité qui fait label.

Street art, Lou Chamberlin
Larousse, octobre 2019, 192 pages

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Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées.
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