« Blade Runner 2029 » : s’émanciper

Dix années après les événements du film Blade Runner, Michael Green, Mike Johnson et Andres Guinaldo explorent plus avant l’univers façonné par Philip K. Dick, en prenant appui sur « Ash », une Blade Runner enquêtant sur une série de meurtres liée à des réplicants.

Si le médium n’est plus le même, Los Angeles demeure rétro-futuriste, pluvieuse, sombre et en déliquescence. Les androïdes réplicants, sortes d’esclaves modernes, aspirent toujours à s’affranchir de leur condition, c’est-à-dire de la mainmise des hommes sur leur destinée. Avec Blade Runner 2029, Mike Johnson et Andres Guinaldo, sous la supervision du scénariste Michael Green, ne révolutionnent pas ce qui a fait l’étoffe – et le succès – des adaptations passées de Philip K. Dick.

Les « gueules d’humain », traqués par les Blade Runners, sont interdites sur terre, ce qui n’empêche pas les privilégiés de s’en porter acquéreurs. La loi de l’offre et de la demande opérant comme sur n’importe quel marché économique, le prix de ces machines anthropomorphes s’envole. Il y a là une première critique adressée par Mike Johnson aux 1% : les choses vous possèdent plus que vous ne les possédez. Cette dimension apparaît d’autant plus clairement dans le récit que les réplicants au service du gratin de L.A. se rebellent conformément aux injonctions émancipatrices de Yotun.

Ce dernier continue de mettre en circulation de nouveaux réplicants, tout en leur promettant une vie meilleure libérée de tout carcan. Mais comme souvent, une dystopie semble en chasser une autre : la métropole balayée par les pluies acides et reléguant les réplicants clandestins aux basses besognes est appelée à faire place à une ville insurgée où l’affranchissement passe par l’apocalypse (climatique, pour bien être dans l’air du temps). Sombre à l’instar de ses prédécesseurs, Blade Runner 2029 renvoie dos à dos le déterminisme injuste et l’existentialisme criminel.

« Ash » navigue précisément entre ces deux mondes. L’héroïne de Mike Johnson et Andres Guinaldo est porteuse de nombreuses contradictions. Elle chasse certains réplicants, mais en sauve d’autres. Elle appartient aux forces de l’ordre, mais semble mue par une justice personnelle. En se voyant confier une enquête sur deux assassinats liés aux androïdes, elle s’inscrit définitivement en trait d’union entre deux mondes aussi parents que rivaux. Leur exploration et leur confrontation prennent forme avec à-propos, dans un univers codifié mais réussi, dont on attend désormais les futures résonances.

Blade Runner 2029, Michael Green, Mike Johnson et Andres Guinaldo
Delcourt, janvier 2022, 112 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.