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La tête de mort venue de Suède, illustration du doute cartésien

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Avec cet album, la dessinatrice-scénariste Daria Schmitt s’intéresse au Français René Descartes (1596-1650), considéré comme le fondateur de la philosophie moderne avec son Discours de la méthode (1637) dont la formule « Cogito ergo sum » résume l’esprit (« Je pense donc je suis ») qui l’amène à réfléchir sur le rapport entre le corps et l’esprit. Les scientifiques d’aujourd’hui connaissent et appliquent les lois de la réflexion et de la réfraction qui portent son nom. Descartes est aussi à l’origine de la géométrie analytique et, à son époque, il a défendu la théorie de l’animal-machine.

Aujourd’hui encore, on qualifie d’esprit cartésien celui qui s’attache à une logique pure, en référence à la volonté de Descartes de se fier au bon sens (« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. ») Comme Galilée (1564-1642), il a adopté et défendu (prudemment) le système cosmologique copernicien décrivant les astres observés comme tournant autour du Soleil, ce qui était révolutionnaire à son époque où on considérait encore que la Terre était le centre de l’univers. Descartes est donc une grande figure de l’histoire des sciences et ce n’est pas un hasard si son effigie a orné les billets de 100 francs, à partir du 21 juillet 1944.

Les tribulations d’un crâne

Mais Daria Schmitt se doute bien que proposer une simple biographie de René Descartes manquerait d’originalité et pourrait rebuter. Ses recherches l’ont conduite vers les restes du grand homme et l’album commence en fait à la mort de René Descartes. On apprend qu’elle survient lors d’un de ses voyages, en Suède (la patrie d’Alfred Nobel, ce qui incite à penser que Descartes aurait pu prétendre au Prix Nobel de philosophie et/ou de physique comme quelques-uns de ses illustres successeurs cités dans l’album, si la chronologie des naissances avait été différente. Descartes est donc mort à Stockholm, le 11 février 1650. Il fut enterré sur place. Il fallut attendre 16 ans pour que sa dépouille soit rapatriée en France. C’est à partir de ce moment-là que les doutes s’installent. C’est l’occasion de me rappeler comment la formule « Cogito ergo sum » me fut présentée lors d’un cours de philosophie de lycée. Le raisonnement de Descartes, base de toute son œuvre, était le suivant « Je peux douter de tout, sauf du fait que je pense. Ainsi, je pense donc je suis. » Le doute est donc le fondement de la pensée cartésienne. Cet album illustre ce principe de bout en bout, puisqu’on peut toujours douter que le crâne conservé sous la référence MNHN-HA-19220 des collections d’anthropologie du Museum national d’Histoire naturelle depuis 1821, soit bien celui de René Descartes, en dépit des authentifications de plusieurs spécialistes.

Le crâne raconte

Pour cet album, Daria Schmitt imagine donc que ce crâne revient à la conscience, la nuit, au milieu des restes d’autres espèces conservées elles-aussi au Museum d’Histoire naturelle. Ce crâne raconte son histoire, faite d’assez incroyables tribulations, au cours desquelles certaines substitutions ont pu se produire. Il a connu neuf propriétaires successifs et on peut y lire un poème en latin gravé dessus. D’autre part, les restes (en dehors du crâne) de Descartes sont toujours conservés dans une chapelle abbatiale de l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris, alors que la Convention Nationale avait décrété (1793) leur transfert au Panthéon. Le souci donc, c’est que ces restes sont incomplets et qu’il reste un doute sur l’authenticité du crâne du Museum. Voilà donc un certain de nombre de particularités et d’interrogations qui inspirent la dessinatrice. Elle redonne vie à des ossements, dans son style caractéristique qui convient parfaitement et apporte une véritable originalité. Ceci dit, cet album est quand même assez bavard. Ce qui ne l’empêche pas d’être intéressant, car il aborde bien des points qui méritent la découverte. On peut cependant lui reprocher d’aborder les aspects scientifiques et philosophiques en rapport avec la personnalité de Descartes de manière trop succincte et souvent allusive (mais c’est une BD qui fait 95 planches). Pour les personnes intéressées par ces aspects, mieux vaut se pencher sur le dossier présent en fin d’album qui présente Descartes (texte sur deux pages), son apport scientifique (deux autres pages) les scientifiques qui interviennent dans l’album (deux pages), une réflexion en rapport avec le crâne du Museum (texte de 4 pages) et un compte-rendu sur la controverse historique entre l’animal-machine et l’animal-canevas (texte sur trois pages).

Une BD instructive

En ce qui concerne la BD elle-même, indéniablement Daria Schmitt laisse aller son imagination et sa fantaisie pour proposer un scénario inimitable. On sent que son objectif est de proposer quelque chose de captivant pour les amateurs de BD peu connaisseurs de Descartes et de l’histoire des sciences. On peut cependant lui reprocher de ne pas faire assez le lien entre le doute cartésien et le doute concernant l’authenticité du crâne mis en scène. D’autre part, même s’il est question des trois songes que fit Descartes dans la nuit du 10 au 11 novembre 1619, leur importance fondamentale dans sa destinée (sa croyance en une origine divine de ces songes, motivant sa volonté d’achever ses travaux) ne saute pas aux yeux, malgré une citation en ouverture qui signale l’incapacité de Descartes à distinguer la veille du sommeil, qui va jusqu’à l’inciter à admettre qu’il rêve (ce qui justifie la fantaisie de la narration qui suit).

La Tête de mort venue de Suède, Daria Schmitt
Dupuis (collection « Aire libre ») : sorti le 29 août 2025

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3.5

Revoir Comanche, un album à la nostalgie shakespearienne

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Cet album signé Romain Renard constitue évidemment un hommage d’un amoureux d’une série qui commence à dater, puisque le premier album, sobrement intitulé Red Dust date de 1972 (première parution dans le journal Tintin à partir de décembre 1969). La série Comanche dessinée par Hermann, avec Greg comme scénariste est celle qui a lancé la carrière d’un dessinateur toujours en activité en 2025 et qui a acquis la notoriété avec une autre série, Jeremiah dont il a publié le tome 42 en 2025. Il doit également sa notoriété à la série Les Tours de Bois-Maury. Hermann a obtenu le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2016 pour l’ensemble de son œuvre.

Attention quand même, cet album n’est pas une œuvre pour anciens combattants, même si elle joue beaucoup sur la nostalgie. A mon avis, les amateurs de BD qui ne connaissent pas la série Comanche peuvent l’apprécier. Pour les autres, les nombreuses références feront réagir.

Comanche, Red Dust et Hermann

Le tout début montre une jeune femme (Vivienne), visiblement enceinte, venue interviewer un certain Cole Hupp qui vit dans un coin reculé de la Californie. Outre le titre, le nom du personnage titille d’emblée, car le vrai de nom du dessinateur Hermann est Hermann Huppen. C’est donc tout ce qu’il y a de plus logique à ce que Red Dust se fasse oublier sous le nom de Cole Hupp (Call Hupp…) Pour son caractère de vieux bougon, on peut aisément imaginer que cela correspond au caractère du dessinateur Hermann, et ce d’autant plus que la ressemblance entre le personnage Cole Hupp et le dessinateur Hermann est frappante (la moustache en étant le signe distinctif). L’album fait donc d’emblée l’association entre le dessinateur Hermann et son personnage. D’autre part, il fait de Comanche un personnage quasiment mythique, puisqu’on ne la verra jamais autrement que dans des souvenirs. Par contre, si Red Dust vieilli accepte de retourner au Ranch 666 qu’elle a longtemps dirigé, c’est dans l’espoir de la revoir. On aborde ici un thème récurrent dans la BD franco-belge, l’amour jamais avoué et encore moins consommé entre personnages emblématiques. Comme il le dit, Red Dust n’a jamais été qu’un bouseux sans éducation, dont les rapports avec Comanche étaient ceux d’un employé vis-à-vis de sa patronne. Mais, bien évidemment, le Ranch 666 confronté à de nombreuses difficultés (faisant l’objet de la série), s’en sortait régulièrement grâce à l’action de Red Dust. Celui-ci était du genre individualiste à la gâchette facile, surtout quand il était question de mettre fin aux actions des pires hors-la-loi de la prairie. Visiblement, Greg et Hermann étaient fascinés par la rude vie au temps du Far-West, où la réputation de certains hommes tenait à leur capacité à dégainer plus vite que leur ombre. Alors, la série véhiculait des valeurs parfois tendancieuses et elle mettait en scène des actions violentes. Par contre, la fière, énergique et indépendante Comanche pouvait passer pour la femme quasiment parfaite, surtout aux yeux de Red Dust. Alors, que Romain Renard en fasse un amoureux jamais déclaré parce qu’il ne se sentait pas à la hauteur de ce qu’il estimait comme les légitimes aspirations de la belle, oui cela colle parfaitement avec ce que les lecteurs de la série pouvaient imaginer. Quant à faire de Comanche une admiratrice de Red Dust, cela s’imagine tout aussi facilement, puisqu’il pouvait incarner à ses yeux l’homme viril toujours là pour la protéger. La revoir serait pour Red Dust l’occasion de lui réciter un poème qui l’obsède depuis longtemps. Vivienne compte accoucher au Ranch 666…

Un intelligent prolongement de la série

Cet album en noir et blanc, relativement épais (152 pages), se lit finalement assez rapidement, car il comporte pas mal de planches sans texte. Le style est étonnant, l’auteur travaillant visiblement à partir de photographies, ce qui n’est pas un défaut. En effet, cela lui permet d’instaurer une ambiance personnelle à tendance très cinématographique. A noter au passage que Vivienne emmène Red Dust au cinéma pour visionner The big trail (Raoul Walsh – 1930) qui situe l’époque de l’action dans cet album. Il faut voir la réaction du cowboy après la séance ! Le passé de Red Dust lui saute évidemment au visage, comme un incroyable retour de flamme. Les références à la série Comanche sont nombreuses mais ni fondamentales ni envahissantes. Ainsi, une image constitue un clin d’œil au look d’un personnage de l’album Le doigt du diable. L’intrigue s’imbrique avec celle de l’album Les loups du Wyoming et l’action se situe non loin de Laramie pour nous rappeler que Le ciel est rouge sur Laramie titre significatif de la violence meurtrière parfois aveugle qui imprègne la série. Bien entendu, l’album réserve quelques surprises et se situe bien dans la lignée de la série Comanche, allant bien au-delà du simple hommage. Il s’agit d’une vraie réflexion sur le personnage Red Dust, typique de son époque. A noter au passage que l’album se situe au moment de la Grande Dépression, ce qui permet une référence à un film de John Ford (lui-même adapté du roman éponyme de John Steinbeck) Les raisins de la colère, John Ford étant lui un des réalisateurs emblématiques du genre western, illustré par la série Comanche.

Revoir Comanche, Romain Renard
Le Lombard : sorti le 11 octobre 2024


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4

L’Agent secret : un thriller sociologique

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Marcelo parviendra-t-il à échapper à ses poursuivants ? Derrière ce film à suspense plein de zones d’ombre se cache le portrait contrasté d’un pays soumis autant à la violence qu’à la solidarité. Brillamment réalisé.

Une ouverture saisissante

La première scène est de celles qui marquent. Une Coccinelle jaune s’arrête à une station-service. Regard stupéfait de son conducteur devant lui : un cadavre gît à terre, recouvert d’un simple carton. Le gérant de la station, en servant son client, explique qu’il s’agit d’un voleur qui n’a eu que ce qu’il mérite. Il attend depuis plusieurs jours la police pour le débarrasser de ce cadavre qui commence à sentir et attire les chiens errants. La police ? La voilà justement. Mais, surprise, elle vient pour autre chose : l’un des deux flics voulait simplement contrôler cette Coccinelle. Ignorant, donc, le cadavre, voilà l’un des deux policiers qui cherche des poux dans la tête de Marcelo, notre héros. En vain. Plus qu’à faire un appel à la générosité. Il n’obtiendra que des cigarettes. On aura vu aussi passer une voiture emplie de têtes déguisées puisque c’est carnaval à Recife. Passionnant. On pense à une scène d’ouverture du même acabit, celle de A History of violence de David Cronenberg.

Eût-il su maintenir ce niveau de cinéma, L’Agent secret était un grand film. Ce n’est pas tout à fait le cas, mais le dernier opus de Kleber Mendonça Filho reste un bon film, voire un très bon film, qui méritait sans doute son prix à Cannes. Voyons pourquoi.

Deux films en un

Ce qui fait la singularité du film, c’est son ambiguïté, portée par le titre puisqu’on ne verra pas d’agent secret : simplement un professeur d’université qui a osé s’opposer aux vues d’un grand industriel désireux de privatiser la très cosmopolite équipe de recherche de Recife, pour l’orienter à son profit. Le film de Filho est une hydre à deux têtes, comme ce chat siamois déambulant dans l’appartement affecté au héros :

  • Un film de genre, dans la veine d’un De Palma (auquel un split screen fait peut-être référence), celui du thriller reposant sur la traque d’un homme à abattre.
  • Une chronique politico-sociale, évoquant le pays dans ces années 70 marquées par une dictature au pouvoir. La reconstitution est impeccable : vêtements et coiffures, voitures flashy de l’époque, disques vinyles, cassettes audio BASF et magnétophones pour enregistrer, cabines téléphoniques vintage en diable, jusqu’à l’étalonnage qui respire par tous les pores cette glorieuse décennie.

L’Agent secret navigue avec talent entre ces deux eaux. Faisant progresser lentement son intrigue, il sème, tel le Petit Poucet, des événements constitutifs de la société brésilienne.

Un portrait ambivalent du Brésil

De nombreux thèmes sont égrainés au fil du récit.

  • Le recours à l’autodéfense, avec ce premier cadavre abattu froidement, d’une façon si assumée qu’on appelle la police simplement pour qu’elle vienne faire le ménage. La vie n’a qu’un prix très relatif au Brésil, puisqu’on dénombre près de 100 morts dus au carnaval. On recouvre le cadavre d’un carton, voire d’un simple papier journal, comme dans la tuerie finale dans un salon de coiffure, et on passe à autre chose.
  • La corruption de la police, d’abord de faible intensité avec l’agent de la station-service, plus affirmée ensuite avec le commissaire Euclides qui a fait éliminer un étudiant gênant dont on retrouvera la jambe dans l’estomac d’un requin. Mais cette police est aussi capable d’assurer sa mission au péril de sa vie, comme on le verra à la fin. Le film se garde de tout manichéisme.
  • L’exploitation des plus faibles. Au Brésil, tout se négocie banalement, même la tête d’un homme. Dans L’Agent secret, c’est toujours le plus bas dans l’échelle sociale qui fixe ses conditions : le tueur à gages obtient ses 60 000 cruzeros pour l’exécution de Marcelo, qu’il entend sous-traiter pour 2 000 mais est contraint de lâcher les 4 000 réclamés par ce sbire qui semble parfait pour la mission. Le plus faible obtient ce qu’il veut, mais il est tout de même exploité. On peut aussi acheter un projectionniste pour qu’il livre une adresse. Une bourgeoise n’est guère inquiétée si elle provoque la mort du fils de sa femme de ménage.
  • Le mépris du Sud pour le Nord, porté par le personnage de l’industriel. Il nous vaut une scène intense au restaurant, où Fátima, la compagne de Marcelo, agonit d’injures le grand vilain et son fils. Le film cultivant sans cesse le flou, on ne fera que supposer que là fut la raison de sa mort.
  • Le goût du peuple pour le fantastique. C’est l’histoire de la jambe poilue, dont Filho a expliqué, dans une interview au Nouvel Obs, qu’elle était une légende populaire à Recife dans les années 70. « En 1975, deux journalistes à Recife, parce qu’ils ne pouvaient pas décrire noir sur blanc les exactions de la police, ont créé cette ‘jambe poilue’ comme un code secret entre les lecteurs et eux. Quand ils relataient un ratonnade contre des gays, par exemple, ‘la jambe poilue’ en était l’autrice. » Filho aime ces incartades dans le fantastique, comme le montrait déjà Barucau, où une soucoupe volante faisant son apparition ne convainquait qu’à moitié. La scène de vengeance de la jambe est ici trop approximative pour faire passer cette audacieuse rupture de ton. Le goût du fantastique est aussi exprimé par les films que passe Seu Alexandre, le beau-père du héros, dans son cinéma : ils suscitent des cris d’effroi librement exprimés. Le fils de Marcelo, double du cinéaste, est d’ailleurs fasciné par les requins qu’il dessine à l’envi, et n’a qu’un désir, voir le fameux Jaws de Spielberg. Le cinéma qui diffusait ces films riches en hémoglobine sera reconverti en… établissement de transfusion sanguine. Malicieux.
  • Le sens de la fête, puisque l’action se déroule durant le carnaval. Il permet, outre quelques superbes scènes urbaines, de distiller une certaine inquiétude avec ce masque de monstre rouge qui s’accroche à la Coccinelle au début du film, masque qui reviendra dans un cauchemar de Marcelo. La frontière entre fête et violence et ténue, d’où les 91 morts. Les musiques extradiégétiques choisie par Filho concourent à inscrire la noirceur de l’intrigue dans une atmosphère de légèreté et d’insouciance.
  • La solidarité régnant au sein du petit peuple. Elle est portée par cette pension tenue par une malicieuse septuagénaire qu’incarne la chanteuse Tania Maria. Sont réunis là des gens de toutes sortes, dont le point commun est d’être contraints de se cacher. Une Angolaise et son mari s’en détachent, ainsi que la belle Claudia avec qui Marcelo ne tarde pas à avoir une liaison.
  • La violence sèche qui peut exploser à tout moment. C’est le pôle « film de genre » de cet Agent secret qui la donne à voir. Deux flics se font trouer la peau, avant que Bibi, le plus jeune des deux tueurs à gages, suive le même chemin. Filho a l’intelligence de laisser hors champ l’exécution de Marcelo : on la découvre via le scan d’un article de presse.

Car cette histoire est suivie par deux jeunes femmes d’aujourd’hui – un simple smartphone suffit à nous le faire comprendre. L’une avec désinvolture, l’autre avec obstination. Elles écoutent les cassettes de l’époque pour tenter de comprendre. Cette mise en abyme est une brillante idée car elle met le spectateur au diapason des chercheuses : concernant l’enquête puisque nous peinons à comprendre, comme elles, les tenants et aboutissants de cette intrigue pleine de zones d’ombre, et dans son dénouement puisque, n’ayant pas vu le meurtre de Marcelo, nous sommes contraints, comme elles, de l’imaginer. Les deux jeunes femmes placent par ailleurs le film dans la même position que Marcelo, autant tourné vers le passé, puisqu’il cherche la fiche de sa mère disparue, que vers l’avenir, puisqu’il entend soustraire son fils à la menace qui pèse sur lui.

Un récit sans cesse stimulant

Malgré la part d’inexpliqué du récit, on le suit toujours avec plaisir. Sans doute grâce aux nombreuses incongruités, semées là aussi comme les cailloux du Petit Poucet, qui ne cessent de stimuler le spectateur. Des paillettes restées sur le costard du commissaire Euclides qui tient à ce qu’on lui donne du « docteur ». Une scène au centre d’identification où travaille Marcelo, qu’on a fait venir plus tôt pour son premier jour sans qu’il ait quoique ce soit à faire – intrigant, même si l’entrevue avec la bourgeoise troublée par sa femme de ménage est un peu laborieuse. Une visite à un Allemand à tête de nazi (Udo Kier, qui officiait déjà dans Bacurau avec moins d’ambiguïté) dont on nous apprend qu’il est en fait… un juif rescapé (faut-il le croire ?). Un extrait du Magnifique avec Belmondo, dont le titre brésilien est… O Agento Secreto !

Filho soigne par ailleurs ses personnages secondaires, tous attachants, comme le beau-père touché d’apprendre l’hommage que lui rendit sa fille le soir de sa colère au restaurant, comme cette femme angolaise apatride ou comme le garçon à tout faire qui se sent seul à être nommé par son vrai prénom. Liste non exhaustive. Ils sont d’ailleurs tous montrés au générique final, suivant un code davantage en vigueur dans les années 70 qu’aujourd’hui.

Si, comme l’a souligné le jury cannois, le film vaut surtout par son scénario, la réalisation nous offre tout de même quelques belles choses. Saluons deux raccords savoureux : le premier, après que l’industriel a réclamé à ses tueurs à gage qu’on fasse « un trou dans la bouche » à Marcelo, vers la bouche grande ouverte de celui-ci se faisant examiner par Claudia ; le second, du tueur comptant ses billets au projectionniste faisant le même geste. Dans la lignée des détails intrigants, signalons le geste gratuit consistant à zoomer sur la plaque d’immatriculation des véhicules. Un Bresson, cinéaste des obsessions formelles, ne désavouerait pas.

Tout cela est brillant. Reste, malgré tout, une réserve, que Bacurau, déjà, suscitait: L’Agent secret est un bel exercice de style mais ne dit finalement pas grand chose, en dehors du portrait qu’il propose du Brésil, somme toute assez convenu, bien moins surprenant que la mise en scène. Un divertissement haut-de-gamme, mais assez peu fécond.

Lire aussi la critique de Rémy Fiers

Anaconda (2025) : Sans queue ni tête

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Il va sans dire qu’on accueillait cette drôle d’idée avec autant d’impatience que de crainte. Mais avouons que ça avait au moins le mérite de changer un peu des sempiternels reboots et autres remakes. Un postulat assez génial qui sautait à pieds joints dans le domaine du méta pour un film qui se vautre, quant à lui, complètement dans celui du nanar. C’est bien simple, les bonnes idées ne font pas toujours les meilleurs films et cet Anaconda en est la preuve vivante. Hormis deux ou trois bonnes idées (mal exploitées), c’est une sorte de comédie d’aventures horrifique sans queue ni tête qui ne fait ni rire ni peur, pas plus qu’elle ne nous captive. Et pour le reste, c’est lourdingue, mal écrit et ça ne vole vraiment pas haut ! À fuir.

Synopsis : Doug et Griff sont amis d’enfance et partagent depuis toujours un rêve un peu fou : réaliser leur propre remake de leur film préféré, le cultissime ANACONDA. En pleine crise de la quarantaine, ils décident enfin de se lancer, et se retrouvent à tourner en plein cœur de l’Amazonie. Mais le rêve vire rapidement au cauchemar lorsqu’un véritable anaconda géant fait son apparition et transforme leur plateau déjà chaotique en un véritable piège mortel. Le film qu’ils meurent d’envie de faire ? Va être vraiment mortel…

Que vous étiez adultes ou adolescents à l’époque (en 1997), rares sont ceux qui n’ont pas vu Anaconda, le prédateur. Que ce soit en salles, où il a eu un succès poli, ou surtout chez soi après avoir loué la cassette VHS au vidéoclub du coin, voilà une production de son époque qui avait ses fans. C’était une série B sympathique pour l’époque, qui jouait sur les terreurs animales comme pouvaient le faire Peur bleue ou Arachnophobie, pour ne citer que des films légers à la limite de la seconde zone. Un film d’exploitation qui a engendré bien des suites, dont seule la première était assez correcte. Lorsqu’on a entendu parler l’an passé d’un nouvel opus, la nostalgie de retrouver ce type de films se mêlait à la tristesse de constater l’incapacité d’Hollywood à se renouveler.

Sauf que Sony ne préparait pas du tout un remake, reboot, suite ou legacy sequel. Non, c’était un tout autre projet en forme de délire méta, chapeauté par Tom Gormican, qui avait déjà fait jouer à Nicolas Cage son propre rôle dans le sympathique Un talent en or massif. Pour ce qui est de la mise en abyme, du clin d’œil cinéphilique et de l’exploration du méta, il était donc tout indiqué. On s’était dit alors : pourquoi pas ! Au moins, ça avait le mérite de changer des recettes habituelles.

Le postulat, qui voit des fans partir en Amazonie pour faire un film amateur hommage au film Anaconda de 1997, culte pour eux, avait du potentiel. La suite a, en revanche, commencé à inquiéter même les plus optimistes. L’annonce du casting avec Jack Black et Paul Rudd nous a déjà un peu refroidis, et les affiches ou bandes-annonces qui sont arrivées récemment n’auguraient rien de bon. Ce nouvel Anaconda sentait le film lourdingue à plein nez.

Notre flair ne nous a pas trompés ! En effet, cette comédie potache n’a clairement ni queue ni tête. Même la mise en place, qui aurait pu (et dû) foncer droit dans la parodie et explorer à fond le potentiel méta du pitch, s’enfonce bien vite dans des sentiers balisés. La promesse d’un bon délire léger s’envole presque aussi vite que les lumières de la salle se sont éteintes. Encore un peu et on se croirait dans un Disney à la Jungle Cruise. Et quand la bande d’amis arrive en Amazonie, les péripéties mollassonnes et sans grande surprise s’enchaînent à un rythme qui l’est tout autant. Et ce ne sont pas les clins d’œil faciles et pas très malins au film original qui vont changer la donne, surtout que les dialogues sont d’une pauvreté affligeante.

Anaconda balance deux ou trois bonnes idées quand même. Cependant, le potentiel de celles-ci n’est jamais exploité comme il le devrait. L’autre équipe de tournage, l’apparition d’Ice Cube ou la séquence du phacochère réjouissent à peine une seconde avant de se vautrer dans la gaudriole et le potache sans saveur. C’est bien simple, le résultat est encore plus bis que ne peut l’être le film original aujourd’hui et ça ne fait ni rire ni, encore moins, peur. Paul Rudd et Jack Black en font des tonnes, tandis que Thandie Newton est transparente au possible et doit encore se demander ce qu’elle fait là, hormis payer ses impôts. Cette farce proche du nanar regroupe tous les pires travers du navet hollywoodien. Et comme les effets spéciaux ne sont pas à la hauteur, on ne peut même pas se délecter des rares mises à mort. Bref, ni fait ni à faire, voilà l’exemple parfait de la fausse bonne idée !

Bande-annonce – Anaconda

Fiche technique – Anaconda

Réalisateur : Tom Gormican
Scénaristes: Tom Gormican, Kevin Etten
Production : Sony Pictures
Distribution: Sony Pictures Releasing France
Interprétation : Jack Black, Paul Rudd, Thandie Newton, Steve Zahn, Daniela Melchior, …
Genres : Comédie – Aventures
Date de sortie : 31 décembre 2025
Durée : 1h38
Pays : USA

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1.5

L’âme idéale : À la frontière entre la vie et l’au‑delà, les sentiments sont plus forts

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Dans cette histoire où l’invisible s’invite au cœur du quotidien, Alice Vial imagine la trajectoire d’Elsa, une médecin dont la vie bascule lorsqu’un homme surgit dans son monde…, sans exister pour les autres. La réalisatrice tisse une romance vibrante et fragile, sublimée par un duo d’acteurs en parfaite harmonie.

Pour son premier long-métrage, l’actrice, scénariste et réalisatrice Alice Vial nous offre un film exaltant et lumineux, inspiré d’une femme dotée d’un don de médium. Travaillant dans une unité de soins palliatifs, cette infirmière pouvait rentrer en contact avec chaque mort pour apaiser son âme avant qu’elle ne s’en aille en paix.

Ainsi dans la fiction, pour Elsa, médecin très attentionnée dans le service de soins palliatifs à l’hôpital du Havre, être dotée d’un tel don n’est pas chose facile dans le monde des vivants, où ses relations humaines et amoureuses sont perturbées par sa médiumnité qui dérange.

Dans un genre fantastique à la Ghost (de Jerry Zucker en 1990) ou Rencontre avec Joe Black (de Martin Brest en 1998), pour lequel il est indispensable de se laisser porter, Alice Vial réussit un bel et émouvant équilibre entre comédie, drame, et romance.

Lorsqu’Elsa rencontre inopinément Oscar, lors d’un accident de scooter apparemment banal, ce musicien solitaire, charmant et drôle, elle croit que l’amour est à nouveau possible. Mais bien vite, elle comprend que cette relation est surnaturelle, et qu’elle est la seule à voir Oscar. D’abord frustrée, elle décide d’en profiter pleinement, comprenant que seule une telle histoire lui est permise.

La force du film est de nous emmener dans une romance fascinante qui oscille à la frontière du réel et de l’au-delà, d’autant plus forte et intense qu’on se doute qu’elle ne peut être qu’éphémère.

Tantôt perturbée dans l’exercice passionné de son métier où elle suit particulièrement une patiente en toute fin de vie, dans une relation de confiance, tantôt apparaissant bien seule dans son hommage à Oscar, même si elle a cette connexion si spéciale avec lui, la réalisatrice construit autour d’Elsa un scénario vibrant et plein d’humanité.

On sent Alice Vial en osmose avec ses deux acteurs principaux, Magalie Lépine-Blondeau, cette comédienne québécoise épatante et lumineuse dans le rôle d’Elsa, et Jonathan Cohen, qui sait être à la fois drôle et désabusé, dans un personnage prisonnier de sa condition. Leur couple à l’écran apparaît d’une grande connivence, qui fait l’alchimie et la réussite du film, en évitant la comédie banale, le pathos ou la facilité du feel good movie.

De questions existentielles sur la fin de vie, au super pouvoir des relations humaines, ce film aborde avec justesse et empathie des sujets graves, dans une ambiance forte, tour à tour drôle, profonde et émouvante.

Ce film en forme d’OVNI cinématographique, sorti opportunément en cette période de fêtes, touche au cœur. Devant une telle histoire surnaturelle et fantastique, il est bon de s’autoriser, disons-le, un moment de bonheur, alors ne boudons pas notre plaisir.

Bande annonce : L’Âme idéale

L’Âme idéale – fiche technique

Titre original : L’Âme idéale
Réalisation : Alice Vial
Scénario : Alice Vial, Jean-Toussaint Bernard
Interprètes : Jonathan Cohen, Magalie Lépine-Blondeau, Florence Janas, Jean-Christophe Folly, Anne Benoit
Photographie : Julien Poupard
Musique : Olivier Marguerit
Costumes : Marion Moules, Matthieu Camblor
Décors : Julie Plumelle
Montage : Baptiste Ribrault
Son : Romain de Gueltzl, Rémi Durel, Julie Tribout
Production : Benjamin Bellecour, Jean-Toussaint Bernard, Jonathan Cohen
Production déléguée : Vincent Lefeuvre
Production artistique : Anna Tordjman, Laurent Weitmann
Sociétés de production : Les Films entre 2 et 4
Société de distribution : Gaumont Distribution
Pays de production : France
Durée : 98 minutes
Genre : Comédie dramatique / Fantastique
Date de sortie (France) : 17 décembre 2025

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4

Les bestioles, menace potentielle constante

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Dans ce roman, la Libanaise Hala Moughanie qui écrit en français, nous livre les pensées et observations d’un survivant, à partir du 4 août 2020, quand une explosion a ravagé le port de Beyrouth et ses environs.

Le narrateur avait déjà perdu sa femme depuis un certain temps. Il tenait une épicerie qui vient donc d’être détruite. Il vit dans un immeuble où son appartement n’a pas trop souffert de l’explosion, à part l’essentiel des vitres qui ont été soufflées. Rapidement, les secours s’organisent, y compris au niveau international, car les dégâts sont immenses.

Un survivant

Le roman est court (123 pages) et se présente sous la forme d’un chapitre pour chaque journée, jusqu’au 8 août. Rapidement on se pose des questions à propos du narrateur qui affiche des obsessions et utilise une façon assez particulière de s’exprimer. De plus, il s’adresse visiblement à quelqu’un sans qu’on puisse jamais déterminer de qui il s’agit, ni sa femme décédée, ni un ami, peut-être une sorte de double intérieur jouant le rôle de conscience. On pourrait imaginer une sorte de dieu, mais après tout ce qu’il a vécu… Ce que voit le narrateur, c’est une ville dévastée. Et encore, il ne peut utiliser qu’un œil, l’autre étant blessé par un éclat de verre. Un médecin qui a lui a prodigué les premiers soins a bien tenté de lui laisser l’espoir de recouvrer une vision normale, mais lui n’y croit guère.

Des obsessions

Le narrateur est obsédé par l’histoire de son pays qui a connu de nombreuses guerres, Beyrouth étant même passée au stade d’image symbolique de la destruction. Selon lui, il existerait une sorte de complot visant à annihiler le Liban dans sa totalité. Il présente tous les éléments qui lui viennent à l’esprit pour les faire concorder avec ce prétendu complot contre le Liban. On finit d’ailleurs par se demander si le narrateur est sain d’esprit. En effet, certaines tournures de phrases, certaines idées qui tournent à l’obsession rappellent la façon de faire d’Emile Ajar dans Gros-câlin (1974). Mais, si Hala Moughanie s’en inspire, elle s’en écarte pour éviter un rapprochement trop évident (et éviter une comparaison qui ne tournerait pas à son avantage). On pourrait aussi imaginer que le narrateur est fortement perturbé par l’explosion du 4 août. La violence psychologique s’ajoute forcément à la violence physique.

Entre confusion et doutes

Quant aux bestioles du titre, elles font référence aux avions qui survolent régulièrement le Liban, se comportant comme de gros insectes qui sèment la terreur. Comme ses compatriotes, le narrateur s’affole dès qu’il les entend, la ville ayant subi tant de bombardements… Justement, dans son souvenir, il en aurait entendu juste avant l’explosion du 4 août. Mais il ne trouve personne pour confirmer son impression. D’ailleurs, avec la confusion ayant suivi l’explosion, il semble difficile de déterminer si des avions sont passés à ce moment-là. Quant à savoir s’ils auraient lâché des bombes, c’est encore plus difficile à confirmer. Toujours est-il que cela accentue le doute sur la santé mentale du narrateur.

Conclusion

On finit ce roman avec une véritable sensation de malaise. La version officielle de l’explosion du 4 août conclue à enchainement de négligences. Mais tout ce que nous venons de lire sème malgré tout le doute. Quoi qu’il en soit, Hala Mougharie donne une idée crédible de la violence subie par les habitants de Beyrouth, une violence qui, forcément, a grandement perturbé tout un chacun. Autant dire qu’il ne s’agit pas spécialement d’une lecture confortable.

Les Bestioles, Hala Moughanie
Elyzad : sorti le 22 août 2025

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3.5

Protégé : Tour de France 2026 : Le Grand Départ de Barcelone promet-il le début le plus explosif de l’histoire ?

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Idées cadeaux uniques reflétant la créativité, le design et les moments réfléchis de la vie quotidienne

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Avez-vous déjà reçu un cadeau qui vous a fait vous arrêter une seconde et sourire, non pas parce qu’il était cher, mais parce qu’il semblait personnel ? Ce sont les cadeaux dont les gens se souviennent. Pas bruyants. Pas tape-à-l’œil. Juste réfléchis. Le genre qui s’intègre discrètement dans la vie quotidienne et rend les moments ordinaires spéciaux.

C’est à la jonction de la routine quotidienne et de l’expression artistique que se trouvent les cadeaux les plus mémorables, ceux qui transformeront un moment de banalité en magie. Lorsque nous recherchons des idées cadeaux qui reflètent soit un haut niveau de design, soit de créativité, nous nous éloignons du consumérisme jetable pour nous tourner vers des objets porteurs d’un poids émotionnel. Un cadeau pour le lecteur qui apprécie la narration visuelle au cinéma ou qui aime l’architecture moderne devrait faire bien plus qu’être fonctionnel ; il devrait être un sujet de conversation.

Voici quelques idées pour ceux qui recherchent les cadeaux parfaits pour leurs proches, reflétant le design, la créativité et encourageant des moments de réflexion dans la vie quotidienne.

  • Table à Sable Cinétique « Zen »

Le design peut consister à marier les mouvements et l’immobilité. Une table à sable cinétique présente une petite sphère métallique dont les mouvements, guidés par un aimant invisible, créent des motifs géométriques complexes sur une couche de sable fin. C’est une œuvre d’art vivante pour tout professionnel créatif dans son bureau ou son salon, où elle embellit son espace, encourageant un moment de pleine conscience chez son destinataire, qui se rappelle à travers ces motifs que la créativité est un voyage sans fin et fluide.

  • « Lego » Architectural de Bureau pour Adultes

Comme cadeau pour ceux qui apprécient la structure architecturale, un ensemble de blocs de construction architecturaux haut de gamme, tels que ceux fabriqués en liège, en bois ou en résine coulée de pierre, serait un cadeau génial. Ce ne sont pas des jouets. Ce sont des éléments sculpturaux qui permettent au donneur de créer des structures architecturales miniatures reflétant des styles architecturaux brutalistes ou modernes.

  • Le Livre de Table Basse « Édition du Réalisateur »

Pour l’amateur de cinéma, les livres standards ne suffisent pas. Au lieu de cela, le cinéphile peut rechercher des éditions limitées, reliées en tissu, qui se concentrent sur la grammaire visuelle d’un cinéaste donné, que ce soit les symétries des films de Wes Anderson ou l’éclairage des films de Stanley Kubrick.

Le plus souvent, ces livres sont conçus avec la même composition délibérée que le film lui-même, la résolution et les textures du papier se combinant pour créer une expérience de lecture presque tactile.

  • « Soleils » de Lumière Ambiante

En réalité, la lumière est le facteur le plus influent dans la création d’une atmosphère. L’une des façons les plus créatives d’offrir un cadeau serait de créer une lumière ambiante portable et rechargeable qui peut imiter soit les ondes lumineuses d’un soleil couchant, soit un doux soleil matinal. Elles prendraient la forme soit de sphères simples, soit de totems minimalistes. Elles donneraient aux consommateurs l’opportunité de réinventer l’atmosphère dans laquelle ils peuvent profiter de leur soirée moyenne.

  • Ensembles d’Infusion en Céramique « Wabi-Sabi »

Il existe une philosophie très profonde dans le Wabi-Sabi japonais, qui consiste à voir l’imperfection comme une déclaration de beauté. Le fait qu’un service à thé ou à café soit fait main, présente peut-être des coulures d’émail ou soit conçu de manière délibérément asymétrique, est une déclaration d’un très haut niveau de savoir-faire. Cela force le praticien à s’arrêter, sentir et boire dans la nature tactile de la céramique et la température de l’eau, transformant un rituel quotidien de caféine en un rituel d’appréciation du design.

  • Le Journal « Pensées » Analogique

À l’ère actuelle des distractions numériques, le luxe de tenir physiquement un journal de qualité est un luxe. Un journal avec une reliure à plat et des pages adaptées aux stylos-plumes serait le meilleur choix. Pour que le journal soit plus créatif et fonctionnel, il serait formidable de trouver des fabricants avec des designs à points de grille plutôt que des lignes de grille, afin que la personne puisse basculer de manière transparente entre la conception, l’écriture de textes ou la tenue d’un journal sans la distraction des guides de marge traditionnels.

  • Sculpture Absorbant le Son

Le design réfléchi examine les environnements acoustiques et visuels. Un ensemble de panneaux acoustiques en feutre peut être disposé en motif de mosaïque sur un mur dans un bureau à domicile. Il remplit deux objectifs : c’est une œuvre d’art colorée à motifs géométriques et, en même temps, il supprime l’écho dans une pièce, créant un havre créatif et silencieux.

C’est un cadeau magnifique mais invisible qui affecte positivement la vie.

Dernière Réflexion Avant de Choisir

Les plus grands cadeaux sont ceux qui font écho à la réalité intérieure de la personne qui reçoit le cadeau. Que ce soit le rythme de la balle de sable cinétique ou le poids de la tasse en céramique. Ces objets rappellent que le design ne concerne pas seulement les musées ; il s’agit de vivre. En choisissant des objets qui valorisent la forme plutôt que la fonction, on offre aux gens non seulement des choses, mais aussi des cadeaux qui seront appréciés non seulement pour ce qu’ils font, mais aussi pour leur apparence.

Ou, si vous recherchez quelque chose qui transmet la réflexion sans nécessairement être complexe, les cadeaux comme ceux-ci sont le genre dont les gens se souviendront toujours.

Guest Post

L’attrait discret des jeux en ligne minimalistes dans un monde numérique bruyant

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Passez quelques minutes en ligne et le schéma devient familier. Les onglets s’ouvrent sans intention précise. Les notifications surgissent en plein milieu d’une pensée. Les vidéos se lancent avant même que vous ayez décidé de les regarder. Même le loisir a adopté le rythme de l’interruption. Le divertissement arrive souvent surproduit et insistant, réclamant non seulement de l’attention, mais aussi de la mémoire, du temps et un investissement émotionnel.

Dans ce contexte, les jeux en ligne minimalistes paraissent presque à contre-courant. Ils ne s’annoncent pas bruyamment. Ils ne demandent pas aux joueurs de rester, seulement d’essayer. Leurs règles sont visibles presque immédiatement, leurs sessions suffisamment courtes pour sembler contenues. Et pourtant, pour beaucoup, ces expériences modestes persistent plus longtemps que des productions plus élaborées.

Leur attrait ne réside pas dans ce qu’ils offrent, mais dans ce qu’ils retirent.

Quand le « moins » cesse d’être un compromis

Les jeux minimalistes sont souvent regroupés sous l’étiquette de productions inachevées ou volontairement basiques. En réalité, leur simplicité est rarement accidentelle. Elle résulte d’un processus de soustraction plutôt que d’un manque.

Concevoir un jeu avec peu de mécaniques laisse peu de place à l’erreur. Chaque action devient visible. Chaque déséquilibre apparaît immédiatement. Là où la complexité peut masquer des failles, le minimalisme les expose. C’est pourquoi les jeux minimalistes réussis donnent souvent une impression de grande précision. Ils ont été affinés jusqu’à ne conserver que l’essentiel.

Ce principe dépasse largement le jeu vidéo. Au cinéma, des décors restreints et des dialogues épurés produisent souvent une tension plus forte que le spectaculaire. En journalisme, les textes les plus convaincants sont souvent les plus clairs, pas les plus ornés. Dans de nombreux domaines créatifs, la retenue est un signe de confiance.

Les jeux minimalistes suivent cette même logique. Ils font confiance au joueur sans le guider pas à pas. Pas de longue phase d’apprentissage, pas d’échelle de récompenses à gravir. L’interaction commence immédiatement, et les règles sont claires.

La concentration comme forme de soulagement

Les environnements numériques modernes sont conçus pour fragmenter l’attention. Même les moments de repos sont ponctués d’interruptions. Il en résulte une sorte de bruit mental permanent – présent même lorsqu’il ne se passe rien d’urgent.

Les jeux minimalistes résistent discrètement à cette dynamique. Leur structure permet un moment bref mais complet de concentration. Un objectif unique remplace les stimuli concurrents. Une erreur met fin à la session. Une réussite paraît définitive.

Il ne s’agit pas d’immersion au sens cinématographique, mais d’une concentration sans encombrement.

C’est pourquoi des collections de jeux en ligne simples, conçus pour des sessions rapides et des défis immédiats, comme ceux proposés sur Tower Rush Jeu, correspondent bien à la manière dont les gens utilisent réellement internet aujourd’hui. Elles reconnaissent que le temps est fragmenté, non abondant. Plutôt que de lutter contre cette réalité, elles s’y adaptent.

Le jeu ne demande pas une relation à long terme. Il propose un échange bref et honnête.

La valeur des fins

Un aspect souvent négligé du design minimaliste concerne sa relation avec la notion de fin. De nombreuses expériences numériques évitent la clôture. Les fils défilent à l’infini. Les barres de progression s’étirent sans cesse. La complétion est repoussée ou volontairement absente.

Les jeux minimalistes font l’inverse. Ils se terminent clairement, sans détour. Une session s’achève. Le résultat est visible. Rien ne reste en suspens.

Ce sentiment d’achèvement est discret, mais significatif. Il donne une forme à l’expérience. Même l’échec paraît contenu plutôt que décourageant.

D’un point de vue psychologique, cela compte. Les êtres humains réagissent positivement aux limites. Savoir quand quelque chose commence et se termine réduit la charge cognitive et permet de s’engager sans fatigue.

En ce sens, les jeux minimalistes offrent quelque chose que de nombreuses plateformes numériques ont discrètement abandonné – la permission de s’arrêter.

Des sessions courtes qui donnent envie de revenir

On pense souvent que les expériences brèves sont vite oubliées. Pourtant, la répétition raconte une autre histoire. Quand il est facile de partir, il devient souvent plus facile de revenir.

Les jeux minimalistes ne sanctionnent pas l’absence. Pas de séries quotidiennes à préserver, pas de progression à perdre. Vous vous éloignez, et le jeu reste identique. Lorsque vous revenez, rien ne vous a devancé.

Cette absence de pression transforme la relation entre le joueur et la plateforme. L’engagement devient volontaire plutôt qu’automatique. On revient par curiosité ou par défi, non par obligation.

Avec le temps, cela crée une forme de fidélité plus discrète, fondée non sur des incitations, mais sur la confiance.

La psychologie d’une répétition équitable

La répétition occupe une place centrale dans les jeux minimalistes, sans pour autant paraître manipulatrice. Cette distinction est essentielle.

Des règles claires associées à un retour immédiat créent une boucle qui semble pédagogique plutôt que coercitive. Quand une session se termine, la raison est généralement évidente. Le joueur comprend ce qui a échoué et ce qu’il pourrait ajuster lors de la tentative suivante.

Il n’y a pas de systèmes cachés ni de calculs opaques en arrière-plan. Ce que l’on voit correspond à ce que l’on obtient. Cette transparence réduit la méfiance et renforce la confiance.

La répétition devient alors une forme d’affinement. Chaque essai paraît légèrement plus informé que le précédent. Les progrès sont perceptibles, même si la réussite reste difficile.

Cet équilibre entre défi et équité permet aux jeux minimalistes de rester engageants sans devenir épuisants.

Un glissement culturel plus large vers la retenue

L’intérêt renouvelé pour les jeux en ligne minimalistes reflète quelque chose de plus vaste que de simples préférences ludiques. Dans l’ensemble de la culture numérique, la fatigue face à la stimulation constante et à l’urgence artificielle est de plus en plus perceptible.

Les utilisateurs ne rejettent pas la technologie. Ils réajustent la place qu’elle occupe dans leur quotidien. Les expériences qui respectent l’espace mental sont de plus en plus valorisées, au détriment de celles qui rivalisent agressivement pour capter l’attention.

Les jeux minimalistes s’inscrivent naturellement dans ce mouvement. Ils coexistent avec des formes de divertissement plus immersives sans chercher à les remplacer. Ils remplissent une autre fonction – non pas l’évasion, mais la concentration.

On les choisit non parce qu’ils promettent davantage, mais parce qu’ils exigent moins.

Une assurance discrète dans un espace saturé

Les jeux en ligne minimalistes ne feront sans doute pas la une des journaux ni ne redéfiniront l’industrie. Leur influence est plus silencieuse. Ils occupent une place étroite, mais essentielle, dans l’écosystème numérique.

En offrant de la clarté là où règne le bruit, et des limites là où domine l’excès, ils apportent une forme d’équilibre. Ils rappellent que l’engagement n’a pas besoin d’être envahissant pour être significatif.

Dans un monde numérique qui ralentit rarement, ces expériences modestes et concentrées se distinguent précisément parce qu’elles le font.

Guest Post

 

La Femme de ménage : l’art du faux suspense

Avec La Femme de ménage, Paul Feig poursuit son glissement vers le thriller entamé avec L’Ombre d’Emily, film qui révélait déjà son goût pour les récits de faux-semblants et de domination retournée. Adapté du best-seller de Freida McFadden, le film promettait un jeu de dupes domestique, une maison-carcérale et une héroïne broyée par le système avant de le retourner contre ses oppresseurs. Sur le papier, tous les ingrédients du revenge movie féminin sont là. À l’écran, pourtant, la mécanique peine à générer une véritable tension.

Issu de la comédie, Feig avait pourtant là un terrain idéal pour faire du grotesque un véritable moteur d’humour noir et de cynisme, capable de dynamiter les codes du thriller domestique. Cette filiation comique affleure par moments, dans l’exagération assumée de certaines situations et la caricature volontaire de figures d’autorité, mais elle reste paradoxalement sous-exploitée, comme si le film hésitait sans cesse entre la satire mordante et le sérieux psychologique.

L’intrigue s’ouvre sur Millie, jeune femme en grande précarité, récemment sortie d’un passé trouble, qui accepte un emploi de femme de ménage chez les Winchester, incarnation parfaite de la réussite bourgeoise. La famille se compose de Nina, épouse aussi élégante qu’instable, d’Andrew, mari séduisant, attentif, presque trop lisse, et de leur fille Cecelia, enfant étrange, mutique, dont les regards et les silences laissent planer un malaise diffus. Très vite, la maison apparaît comme un espace hiérarchisé et oppressant. Millie est reléguée au grenier, soumise à des règles tacites, observée et testée. Feig construit ici un dispositif classique mais efficace, présentant le foyer comme un piège social et mental qui se referme lentement sur la protagoniste.

Le vernis du désir

C’est dans ce cadre que le film tente d’injecter une radicalité nouvelle, en accentuant le côté grotesque de ses antagonistes et en assumant pleinement sa dimension de revenge movie féminin. Feig n’hésite pas à forcer les traits et à rendre certaines caricatures volontairement excessives, comme pour mieux dénoncer les mécanismes d’emprise et de domination patriarcale. En théorie, ce choix pouvait fonctionner : le passé comique du cinéaste lui offrait les outils nécessaires pour faire basculer le malaise vers un humour noir corrosif, souvent vulgaire mais jubilatoire (Mes meilleurs amies). En pratique, cette promesse reste inaboutie, faute d’une mise en scène capable de transformer l’excès en véritable langage cinématographique.

Le film lorgne du côté d’Hitchcock — décors froids, composition rigide, psychologie trouble — sans jamais s’approprier pleinement cet héritage. La maison, pourtant pensée comme un organisme carcéral, est trop souvent expliquée plutôt que ressentie. Feig et sa scénariste Rebecca Sonnenshine semblent ne jamais faire confiance au spectateur : flashbacks explicatifs, voix off redondantes, rappels insistants de rebondissements pourtant parfaitement lisibles. À force de vouloir tout clarifier, le film érode sa propre tension, là où le non-dit aurait dû régner.

Le premier acte s’acharne à disséminer autant de fusils de Tchekhov que possible, comme pour s’assurer de ne jamais perdre son audience. Mais cette accumulation finit par produire l’effet inverse. Le deuxième acte tourne en rond, incapable de relancer véritablement le suspense, au point que l’on en vient presque à s’arracher les cheveux devant cette intrigue qui s’accroche désespérément à des séquences érotiques aussi convenues que naïves, rappelant davantage la complaisance de Cinquante nuances de Grey que le trouble d’un désir réellement dangereux ou transgressif. Ces parenthèses, censées relancer le récit, ne font qu’en souligner son essoufflement.

La gestion des personnages secondaires accentue également le sentiment de potentiel gâché. Cecelia contribue dans un premier temps à instaurer un climat d’étrangeté bienvenu avant d’être rapidement écartée du récit. Sa présence, pourtant prometteuse, ne sert finalement qu’à nourrir un malaise qui n’est jamais pleinement exploité, comme si le film renonçait trop vite à l’une de ses pistes les plus inquiétantes. Quant à Andrew, incarné par Brandon Sklenar, récemment aperçu dans Drop Game, il demeure une figure fascinante mais inachevée. Plastiquement, il incarne à merveille une sorte de Barbe Bleue contemporain, dissimulé sous les traits rassurants d’un prince charmant moderne. Le film tente de déconstruire ce mythe — celui de l’homme idéal offrant sécurité financière et amour inconditionnel à des femmes en situation de vulnérabilité — mais sans jamais aller au bout de cette réflexion. L’idée que certaines femmes, en quête de stabilité, puissent être piégées par cette promesse reste esquissée, jamais réellement interrogée dans sa complexité sociale et émotionnelle.

Mes meilleures ennemies

Les comédiens, pourtant solides, semblent eux aussi prisonniers de cette tonalité indécise. Sydney Sweeney joue sur la retenue, Amanda Seyfried sur l’excès, mais la narration ne tranche jamais clairement entre satire et drame psychologique. Résultat : les performances flottent, privées d’un cadre suffisamment précis pour s’incarner pleinement. Ce flou est particulièrement dommageable pour le personnage du jardinier, figure pourtant emblématique dans l’imaginaire du récit. En restant trop fidèle à la trame du roman, Feig et Sonnenshine finissent par sacrifier son potentiel symbolique, car il aurait pu être supprimé sans que le film y perde, laissant aux femmes de l’histoire l’espace nécessaire pour construire seules leur émancipation.

Car La Femme de ménage se veut clairement une ode à la résistance féminine face au patriarcat, où la sororité apparaît comme la clé d’un avenir possible. Mais ces thèmes, esquissés puis aussitôt caricaturés, manquent de la finesse d’écriture et de mise en scène qui leur donneraient une véritable portée politique. À ce titre, la comparaison avec La Servante de Kim Ki-young s’impose presque cruellement : là où le film coréen liait intimement critique sociale, oppression féminine et domination masculine – jusqu’à faire de la maison un espace quasi dictatorial –, le film de Feig reste en surface, préférant l’efficacité narrative à la profondeur du constat. Et même dans ce sens, il n’est pas assez ludique pour divertir.

La filiation avec Gone Girl se fait également sentir, dans cette idée de féminité comme stratégie, comme masque et comme arme. Mais là où Fincher glaçait son spectateur par une rigueur clinique, La Femme de ménage demeure étonnamment trop calme, presque inoffensif, pour un film qui prétend parler de traumatismes, d’emprise et de revanche. Même le final, déroulé sans véritable intensité, laisse un sentiment de frustration : tout est prévisible, fonctionnel, mais jamais vertigineux. Le film se regarde sans déplaisir mais on ressort avec l’impression persistante d’un rendez-vous manqué. Un thriller aux ambitions féministes affirmées, mais trop explicatif pour un récit qui appelait à mordre, à déranger, à enfermer véritablement son spectateur dans cette maison-prison qu’il n’aura finalement traversée qu’en simple visiteur.

La Femme de ménage – bande-annonce

La Femme de ménage – fiche technique

Titre original : The Housemaid
Réalisation : Paul Feig
Scénario : Rebecca Sonnenshine, d’après le roman The Housemaid de Freida McFadden
Interprètes : Sydney Sweeney, Amanda Seyfried, Brandon Sklenar, Michele Morrone, Elizabeth Perkins, Indiana Elle
Photographie : John Schwartzman
Musique : Theodore Shapiro
Costumes : Renee Ehrlich Kalfus
Décors : Elizabeth J. Jones
Producteurs délégués : Will Greenfield, Freida McFadden, Amanda Seyfried, Sydney Sweeney, Alexander Young
Producteurs : Paul Feig, Laura Allen Fischer, Carly Kleinbart, Todd Lieberman
Sociétés de production : Hidden Pictures, Feigco Entertainment
Pays de production : États-Unis
Société de distribution : Metropolitan Filmexport (France), Lionsgate (États-Unis)
Durée : 2h11
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 décembre 2025

La Femme de ménage : l’art du faux suspense
Note des lecteurs84 Notes

2.5

Avatar : De Feu et de Cendres – à l’épreuve du feu

L’univers des Na’vis s’embrase sous le regard de James Cameron, dont la virtuosité formelle n’est plus à démontrer. Dans Avatar : de feu et de cendres, la beauté des images et la puissance sensorielle masquent difficilement un récit en perte d’élan, saturé de personnages et d’enjeux esquissés plus qu’incarnés. Un retour à Pandora aussi fascinant que frustrant.

Depuis sa sortie en 2009, Avatar s’est imposé comme une révolution visuelle, redéfinissant durablement les ambitions du cinéma contemporain. Son usage pionnier de la 3D et de la motion capture, au service d’un monde pensé comme un écosystème cohérent, avait marqué les esprits par son audace et son immersion inédite. Treize ans plus tard, Avatar : La Voie de l’eau prolongeait cette trajectoire en repoussant encore les limites techniques : capture sous-marine, entraînements physiques extrêmes des comédiens et prises de vue à haut débit. Cameron y affinait son art de la sensation pure, tout en réussissant, cette fois, à l’ancrer dans une émotion plus intime et familiale.

Avec Avatar : De feu et de cendres, le cinéaste poursuit cette quête de perfection formelle. Mais ce troisième volet marque aussi un point de friction inédit : jamais la maîtrise technologique n’avait semblé aussi accomplie, et jamais le récit n’avait paru aussi fragile face à l’ampleur de l’univers qu’il déploie. Le film émerveille encore, souvent, mais laisse poindre un essoufflement, comme si la mécanique mythologique peinait désormais à se renouveler.

Ce sentiment de stagnation n’est sans doute pas étranger à la conception même du projet. La Voie de l’eau et De feu et de cendres partagent en effet une temporalité continue, au point que l’on ressent très nettement que les deux films ont été pensés — et tournés — dans un même élan. Cette continuité, loin de renforcer la cohésion de la saga, accentue au contraire l’impression d’un récit artificiellement fragmenté. On sent qu’il s’agit fondamentalement d’une seule et même histoire, étirée sur deux films distincts, sans que la matière dramatique ne justifie pleinement cette scission. De là naissent les répétitions structurelles, les enjeux qui peinent à évoluer et les trajectoires de personnages qui semblent tourner en rond, comme si le récit temporisait en attendant son véritable point de bascule.

L’univers d’Avatar ne s’est pourtant jamais résumé à une démonstration de force visuelle. Il s’est construit sur une opposition fondatrice entre l’humain et la nature, la colonisation et l’harmonie, la prédation industrielle et la mémoire des peuples. La Voie de l’eau avait su enrichir ces thématiques en les reliant à la famille, à la transmission et au deuil, donnant à la fresque écologique une chair émotionnelle plus profonde. De feu et de cendres ambitionne d’élargir encore ce spectre, en introduisant de nouveaux territoires et de nouvelles communautés, et en radicalisant les conflits. Mais cette promesse reste largement théorique.

Symptôme d’un imaginaire figé

Sur le papier, l’opposition entre l’eau et le feu devait constituer le cœur symbolique du film : deux éléments, deux visions du monde, deux manières d’habiter Pandora. Or, ce choc s’annule en grande partie, faute d’exploration réelle de la culture du Clan des Cendres. Là où les Metkayina bénéficiaient, dans La Voie de l’eau, d’un temps de contemplation — rites, rapports au corps, à la mer et au deuil — le peuple du feu demeure une abstraction. Son esthétique reste puissante, mais elle est privée de profondeur culturelle. Le feu constitue davantage un décor qu’un langage.

Visuellement, pourtant, Pandora n’a jamais été aussi impressionnante. Cameron reste un architecte hors pair. Les territoires volcaniques et désolés, ainsi que la matière incandescente du paysage aride, confèrent au film une puissance plastique indéniable. Chaque plan semble sculpté, au point d’en être tactile. Mais là où La Voie de l’eau parvenait à faire dialoguer l’expérience sensorielle et le récit familial, ce troisième chapitre peine à maintenir cet équilibre. La beauté ne nourrit plus toujours le récit. Elle ne fait que le recouvrir.

La promesse dramatique initiale était pourtant claire : celle d’un film du deuil. La famille Sully, notamment fracturée par la mort de Neteyam, tient encore debout, confrontée à l’impossibilité de fuir éternellement la violence humaine. Une continuité logique et presque nécessaire. Or, le premier acte opère un surprenant recul. Au lieu d’approfondir ces blessures, le film se replie sur une longue course-poursuite, centrée sur l’obsession quasi mécanique de Quaritch pour Jake. Une traque qui étire le récit sans jamais réellement le densifier, donnant l’impression d’un film qui temporise plus qu’il n’avance.

Ce déséquilibre se prolonge dans un deuxième acte précipité. Les Marchands de Vent sont rapidement évacués, simples silhouettes dans une mythologie qui s’accumule sans se déployer. Quant au Clan des Cendres, il incarne sans doute la plus grande frustration du film. Varang, sa cheffe, est une figure dissidente, détournée de la voie d’Eywa. Elle aurait pu représenter une véritable alternative idéologique, un miroir sombre des Na’vis traditionnels comme de Quaritch. Mais le personnage reste sous-écrit, prisonnier d’un récit saturé d’enjeux qu’il n’a pas le temps de faire vivre.

Entre immersion et combustion

Dans cette dispersion, certains arcs parviennent néanmoins à toucher juste. Kiri s’impose enfin comme une figure centrale, presque mystique, un prolongement sensible d’Eywa elle-même. À travers elle, le film retrouve par instants ce qui faisait la singularité du premier Avatar : une spiritualité incarnée, silencieuse et organique. Spider, lui aussi, bénéficie de quelques moments justes, esquissant des tensions morales intéressantes. Mais ces trajectoires demeurent parallèles, sans réelle convergence émotionnelle. La famille Sully existe davantage comme une addition de destins que comme un corps qui progresse à l’unisson.

Ce morcellement est d’autant plus problématique que le film semble hésiter à préparer l’avenir de sa propre saga. Les enfants de Jake et Neytiri, pourtant présentés depuis La Voie de l’eau comme la relève et le changement des traditions, peinent à s’imposer. Aucun ne voit son arc pleinement assumé ou décisivement orienté. Cameron et ses scénaristes multiplient les pistes — spirituelle avec Kiri, morale avec Spider, héroïque avec Lo’ak — sans jamais trancher. Comme si le cinéaste, tout en construisant une saga pensée pour durer, rechignait encore à déplacer son centre de gravité, restant accroché à la figure de Jake au détriment d’une transmission claire. Cette hésitation nourrit le sentiment d’un récit qui piétine, incapable de choisir entre prolonger ses figures fondatrices ou laisser émerger une nouvelle génération.

De fait, Quaritch occupe toujours une place écrasante. Et pourtant, il n’évolue presque pas. Sa relation à Spider, pourtant riche en potentiel dramatique, ne provoque aucune véritable rupture. Cameron semble retenir son personnage, comme s’il refusait encore de trancher. Cette immobilité affaiblit d’autant plus la présence humaine sur Pandora, dont les motivations paraissent désormais tourner à vide. Un contrechamp sur l’agonie de la Terre — sur l’urgence, la panique et l’effondrement — aurait sans doute apporté plus de crédibilité à cette croisade humaine qui semble désormais se répéter par automatisme. La quête de minerais et les filtres de jouvence extraits des Tulkun peinent, à eux seuls, à justifier une colonisation qui n’avance plus, ni idéologiquement ni dramatiquement, comme si l’ennemi humain, faute d’être redéfini, se contentait de rejouer la même partition.

Avatar : De feu et de cendres reste malgré tout un retour à Pandora que l’on ne peut totalement bouder. Le plaisir de l’exploration demeure, la beauté est intacte, et certaines visions frappent encore durablement. Mais la déception est réelle. Les qualités visuelles demeurent, mais elles ne suffisent plus à masquer les faiblesses du film. Plus que jamais, on sent chez Cameron une fatigue narrative, une hésitation entre prolonger la fresque et la réinventer. La saga semble désormais à un carrefour. Cameron continue de bâtir des mondes avec une virtuosité rare, mais il lui faudra choisir entre approfondir ses récits ou risquer que la splendeur de Pandora ne se consume lentement dans ses propres cendres.

Avatar : De Feu et de Cendres – bande-annonce

Avatar : De Feu et de Cendres – fiche technique

Titre original : Avatar: Fire and Ash
Réalisation : James Cameron
Scénario : James Cameron, Josh Friedman, Rick Jaffa, Shane Salerno, Amanda Silver
Interprètes : Sam Worthington, Zoe Saldaña, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Oona Chaplin, Cliff Curtis, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, David Thewlis, Jemaine Clement, Giovanni Ribisi, Britain Dalton, Jamie Flatters, Trinity Jo-Li Bliss, Jack Champion, Brendan Cowell, Bailey Bass, Filip Geljo, Duane Evans Jr, Kate Winslet
Photographie : Russell Carpenter
Direction artistique : Robert Bavin, Alister Baxter, Steve Christensen, Sarah Delucchi, Luke Freeborn, Robert Andrew Johnson, Aashrita Kamath, Steven Light-Orr, Andy McLaren, Ben Milsom, Rudie Schaefer, Sam Storey, Ken Turner
Décors : Dylan Cole, Vanessa Cole et Ben Procter
Costumes : Deborah Lynn Scott
Montage : David Brenner, James Cameron, Nicolas De Toth, John Refoua, Stephen E. Rivkin
Musique : Simon Franglen
Production : James Cameron et Jon Landau
Producteur délégué : Peter M. Tobyansen
Sociétés de production : 20th Century Studios, Lightstorm Entertainment
Société de distribution France : The Walt Disney Company France
Pays de production : États-Unis
Durée : 3h17
Genre : Science-fiction, Action, Aventure
Date de sortie : 17 décembre 2025

Avatar : De Feu et de Cendres – à l’épreuve du feu
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La Vie aquatique : groove, émotions et acmés comiques

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Avec La Vie aquatique, Wes Anderson signait une odyssée marine composée d’une équipe haute en couleur et de situations fantasques qui mêlent humour, désinvolture et exploration délicate des relations humaines. Une réussite dont la poésie, singulière, est quelque part enfantine, avec ses décors chatoyants et ses créatures marines colorées, proche de la réalité, mais souvent mouchetées de tâches parfois fluorescentes.

Quête de vengeance absurde, adultes en mal de paternité, humour subtile, deuil, crise de la cinquantaine, recherche d’un nouveau prestige, le long métrage articule des thèmes dans un souci de faire bien et juste, avec un perfectionnisme qui saute instantanément aux yeux.

Un « groove » permanent

La façon dont Wes Anderson a d’imposer ce qu’on pourrait définir comme une sorte de groove permanent participe à faire de La Vie aquatique un film à l’identité unique, imprégné par une notion d’auteur. Ce groove, ces vibrations irrésistibles que l’on ressent dans le ventre durant la majeure partie du visionnage, habille les scènes, à travers des comportements désinvoltes, doux-acides, au ton sucré-salé, qui peuvent rapidement faire flancher le tout dans l’humour. C’est un art, un équilibre subtil qui se manifeste. Cette sensation, cet atout moteur, doit beaucoup à l’infra-verbal des personnages, à leurs répliques, parfois absurdes, dont la neutralité prononcée dénote et connote un grand sens des enjeux comique de la part du réalisateur. Mais le rire peut être teinté de mélancolie ou de nostalgie : on sourit à des situations qui révèlent en creux l’échec, la solitude, les défauts ou la fragilité des personnages.

Des personnages en quête

Steve Zissou, interprété par un Bill Murray en état de grâce, inspiré librement du Commandant Cousteau (bonnet rouge, figure mythique) est un océanographe fatigué, cabossé, qui veut venger la mort de son ami dévoré par un “requin-jaguar”. Son humour sec, ses élans d’orgueils, ses mimiques irrésistibles composent un personnage profondément humain, autour duquel gravite une équipe aussi dysfonctionnelle qu’attachante. Chaque relation – familiale, amicale, filiale, amoureuse – semble flotter sur l’océan entre maladresses et sincérité, créant une émotion discrète, mais persistante.

Car les personnages secondaires ne sont pas en reste, malgré un traitement inégal, mais jamais handicapant. Ils ont tous un rôle qui participe à l’ambiance générale, comme des notes de musique dans un grand tout qui communique une passion enveloppante et communicative.

La femme de Steve Zissou, incarnée par Angelica Houston, se distingue par sa force de caractère et sa grande autonomie. Contrairement à Steve, elle ne recherche aucune reconnaissance, alors qu’elle est une aide très précieuse.

Ned Plimpton (Owen Wilson) est un personnage clef dans l’équilibre du film. Présenté comme le fils possible de Steve, il n’est pas mû par l’ego ou la gloire, mais par un véritable désir de créer un lien affectif. Ses qualités humaines sont nombreuses : calme, posé, généreux, à l’écoute, sincère, etc.

Klaus Daimer (Willem Dafoe, remarquable), nourrit une admiration sans faille envers Steve Zissou, mêlée à une profonde jalousie envers Ned. Il cherche à être l’héritier symbolique de Zissou, ce qui explique son comportement possessif et parfois agressif. La scène dans laquelle on le voit se faire rendre une gifle par Ned est particulièrement hilarante. Derrière son apparente assurance se cache une grande insécurité et une peur permanente de se faire remplacer ou abandonner. Son langage corporel, ses accès de colère et son besoin de loyauté absolue traduisent un attachement presque enfantin à Steve. Il tente de se faire une place dans l’ombre d’une figure dominante.

Jane Winslett-Richardson (Cate Blanchett), enfin, est une journaliste qui n’est pas impressionnée par le mythe de Steve Zissou. Son rôle d’observatrice, son regard critique permet de déconstruire l’image héroïque que Steve tente de maintenir.

Mise en scène pointue et originale

Sur le plan formel, le film est atypique, rare et bichonné. Les plans sont souvent symétriques, plastiques et centrés. Le célèbre décor du bateau Belafonte, filmé en coupe longitudinale, permet à la caméra d’aller d’un compartiment à un autre, avec des personnages qui s’y déplacent comme des figures d’un diorama. La palette chromatique, dominé par des bleus désaturés, des rouges ternis et des jaunes patinés, installe une ambiance sophistiquée et chatoyante. Les créatures marines, animées en stop motion par Henry Selick, offre un style proche du conte et du cinéma artisanal. Il s’agit d’un bestiaire poétique, qui enchante le spectateur avec des visuels proche de l’enfance, du rêve marin.

Musiques en contrepoint

Musicalement, La Vie aquatique offre des reprises acoustiques en portugais de chansons de David Bowie, dans la diégèse, c’est-à-dire jouées par un des personnages du film. Un exotisme bienvenu qui transforme des hymnes iconiques et rock en chants intimistes. Par ailleurs, le film opère parfois une dichotomie entre certaines scènes dramatiques et le ton rythmé et enjoué des musiques. Cette antinomie, ce contraste entre son et image permet d’adoucir un choc, sans le dénaturer. Mais le film sait travailler le premier degré, dans certains moments clefs et déterminants du récit, avec des musiques évanescentes, mélancoliques (Starálfur de Sigur Rós, très touchant lors de la scène finale.)

Le miroir d’un monde intérieur

Deuil, exploration, solitude, filiation, échec, renouveau, océan, profondeur, île, maquette, marionnette, couleur, stylisation : le champ lexical du film traduit une réussite qui touche autant à l’art, l’artisanat, l’émotion, la beauté formelle ou le ton ludique. L’océan est le miroir d’un monde intérieur fissuré.

Bande-annonce : La Vie aquatique

Fiche technique : La Vie aquatique

Synopsis : Steve Z., le chef de l’équipe océanographique « Team Zissou », sait que l’expédition qu’il conduit est sans doute la dernière, et son plus cher désir est de graver son nom dans l’Histoire. Parmi les membres de son équipe figurent Ned Plimpton, qui est peut-être son fils, Jane Winslett-Richardson, une journaliste enceinte dépêchée par le magazine Oceanographic Explorer, et Eleanor, sa femme, que l’on prétend être « le cerveau de la Team Zissou ». Tandis qu’ils affrontent tous les dangers, depuis une mutinerie jusqu’à l’attaque de pirates en passant par un « requin-jaguar » plus ou moins imaginaire, Zissou est bien forcé d’admettre que tout ne peut pas être planifié comme il l’aimerait…

  • Titre original : The Life Aquatic with Steve Zissou
  • Titre français : La Vie aquatique
  • Réalisation : Wes Anderson
  • Scénario : Wes Anderson, Noah Baumbach
  • Musique : Mark Mothersbaugh
  • Direction artistique : Stefano Maria Ortolani
  • Décors : Gretchen Rau
  • Costumes : Milena Canonero
  • Photographie : Robert Yeoman
  • Direction de l’animation : Henry Selick
  • Son : Pawel Wdowczak
  • Montage : David Moritz et Daniel R. Padgett
  • Production : Wes Anderson, Barry Mendel et Scott Rudin
  • Sociétés de production : Touchstone Pictures, American Empirical Pictures, Scott Rudin Productions et Life Aquatic
  • Sociétés de distribution initiales : Buena Vista Pictures (États-Unis), Buena Vista International (France)
  • Budget : 50 000 000 $
  • Pays de production : États-Unis
  • Langue originale : anglais (également en portugais pour les chansons, et quelques mots en allemand, filipino, français, islandais, italien et tagalog dans les dialogues)
  • Format : couleur − 35 mm − 2,35:1 – son Dolby Digital / DTS / SDDS
  • Genre : comédie dramatique, aventure
  • Durée : 118 minutes
  • Dates de sortie :
    États-Unis : 20 novembre 2004 (première mondiale à Los Angeles) ; 25 décembre 2004 (sortie nationale)
    Canada : 25 décembre 2004
    France : 9 mars 2005
    Belgique : 2 mars 2005
    Suisse romande : 9 mars 2005
  • Bill Murray (VF : Patrick Floersheim) : Steve Zissou
  • Owen Wilson (VF : Eric Legrand) : Ned Plimpton (plus tard appelé Kingsley Zissou)
  • Cate Blanchett (VF : Martine Irzenski) : Jane Winslett-Richardson
  • Anjelica Huston (VF : Monique Thierry) : Eleanor Zissou
  • Willem Dafoe (VF : Dominique Collignon-Maurin) : Klaus Daimler
  • Jeff Goldblum (VF : Richard Darbois) : Alistair Hennessey
  • Michael Gambon (VF : Marc Cassot) : Oseary Drakoulias
  • Noah Taylor (VF : Daniel Lafourcade) : Vladimir Wolodarsky
  • Bud Cort (VF : Patrice Dozier) : Bill Ubell
  • Seu Jorge : Pelé dos Santos
  • Robyn Cohen : Anne-Marie Sakowitz
  • Waris Ahluwalia : Vikram Ray
  • Niels Koizumi : Bobby Ogata
  • Matthew Gray Gubler : Stagiaire no 1.
  • Seymour Cassel : Esteban du Plantier
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