Showing Up : ou le minimalisme du cinéma indépendant américain dans toute sa splendeur

Le nouveau Kelly Reichardt, Showing up, est clairement une œuvre mineure de sa filmographie. Inconsciemment, elle y cristallise tous les clichés minimalistes du cinéma indépendant américain entre monotonie et minimalisme poseur. Il n’empêche, son film développe un petit charme indéniable et quelques moments savoureux qui ne compensent pas son côté quelque peu insignifiant qui nous fera vite l’oublier.

Le cinéma dit indépendant américain peut parfois devenir une caricature de lui-même. Quand, par exemple, bon nombre de ses codes se retrouvent regroupés dans une œuvre. Le nouveau film de Kelly Reichardt, papesse de ce type de cinéma, en comprend beaucoup. Beaucoup trop. Si certains de ses films ont marqué cette frange du cinéma d’auteur outre-Atlantique par leur qualité indéniable – on pense par exemple à des long-métrages comme Wendy et Lucy et surtout son avant-dernier opus en date, le magistral First Cow – toute sa filmographie n’est pas de cet acabit. En plus d’être un opus mineur, mais pas son pire (Certain Women était d’un ennui abyssal), Showing Up demeure bien trop ancré dans les sentiers balisés de ce cinéma certes exigeant mais souvent rébarbatif.

La réalisatrice retrouve sa muse, Michelle Williams, après son immense rôle dans le dernier Spielberg, pour la quatrième fois. L’actrice fait confiance à la réalisatrice et réciproquement. Cela se ressent à chaque scène. Le rôle de cette artiste timide que tous les petits malheurs du monde vont éprouver, lors d’une semaine critique précédant son exposition, n’est pas à proprement parler un rôle fort mais l’actrice s’y glisse avec la grâce qu’on lui connait. Elle est juste, comme souvent, et fait partie des aspects positifs, car il y en a, de ce petit film qui frôle l’insignifiance et qu’il est permis d’oublier aussi vite sorti de la salle.

On y parle d’art et, d’ailleurs, Reichardt a écrit le scénario avec un véritable artiste, Jonathan Raymond, dont on voit les œuvres à l’écran. Le microcosme artistique est ici montré dans ce qu’il a de plus attirant et déplaisant à la fois. Des bobos ou des baba-cool au sein d’un institut d’art presque coupé du monde. Le regard que porte la cinéaste sur ces gens est plutôt affectueux même si certaines séquences un peu amusantes croquent parfois le côté inaccessible et hermétique du milieu de l’art. Mais on est loin d’une critique acerbe comme l’épuisant et prétentieux (en plus d’être récipiendaire d’une Palme d’Or) The Square du suédois Ruben Ostlund, qui s’est heureusement rattrapé avec la suivante, ou du raté Velvet Buzzsaw sorti sur Netflix. Non, la cinéaste les aime, cela se sent, et leur dédie presque son film, même si elle ne le dit pas.

Le problème principal de ce film minimaliste au possible mais qui évite tout de même le contemplatif ennuyant est qu’il ne raconte pas grand-chose. Showing up est la somme de micro péripéties qui peuvent parsemer nos vies ; la plupart sont malheureusement peu palpitantes ici et encore moins mémorables. Des seconds rôles pas toujours bien creusés ni écrits vont croiser le chemin du personnage principal pour le pire et le meilleur. De Hong Chau en propriétaire et amie, à la relation biaisée, qu’on a largement préférée dans The Whale, à Maryann Plunkett et Judd Hirsch en parents divorcés plutôt drôles. Mais que dire des personnages de Andre Benjamin ou Amanda Plummer, à peine dessinés. Inutiles et vains ou alors coupés au montage.

Reichardt tombe dans de nombreux travers (volontairement?) qui ont fait que ce type de cinéma a connu un creux à la fin des années 2000 et est tombé presque dans l’abandon. De ce type de productions issues d’un festival comme Sundance qui n’a plus le prestige d’antan. Showing up a pourtant été sélectionné en compétition au dernier Festival de Cannes. Lorsqu’on voit les perles de la section parallèle Un Certain Regard, c’est à n’y rien comprendre. C’est monotone, ça s’étire plus que de raison et surtout c’est le genre de film qui ne raconte pas grand-chose.

Malgré tout, Showing Up n’est pas totalement déplaisant. Il développe même un certain charme si on veut bien se couler dans son rythme nonchalant et son absence de réelle ligne narrative. Les images sont douces et quelques séquences s’avèrent plutôt réussies. La ville de Portland est filmée de manière envoûtante. Il faut aussi noter que les silences ont leur importance mais que Reichardt en abuse. En somme, si l’ennui n’est jamais très loin et que ce long-métrage ne devrait pas marquer grand monde, il n’est pas mauvais. Comme le vestige d’un certain cinéma sous perfusion que seuls quelques artistes continuent d’exercer. Dispensable à défaut d’être raté, on se demande si un tel script méritait bien un film ? Poser la question c’est y répondre.

Bande-annonce : Showing up

Synopsis : Avant le vernissage de son exposition, le quotidien d’une artiste et son rapport aux autres où le chaos de sa vie va devenir sa source d’inspiration…

Fiche technique : Showing up

Réalisation : Kelly Reichardt
Avec Michelle Williams, Hong Chau, Maryann Plunkett, …
Photographie : Christopher Blauvelt
Montage : Lucian Johnston
Scénario : Kelly Reichardt & Jonathan Raymond.
Production : A24.
Pays de production : Etats-Unis.
Distribution France : Diaphana
Durée : 2h59
Genre : Comédie – Drame.
Date de sortie : 3 mai 2023

Showing Up : ou le minimalisme du cinéma indépendant américain dans toute sa splendeur
2.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.