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The Handmaid’s Tale : La servante écarlate, classement des saisons, de la moins bonne à la plus parfaite

Après près de dix ans d’excellents et loyaux services, la série adaptée du roman de Margaret Atwood a tiré sa révérence. On vous a classé les six saisons de la moins bonne à la plus parfaite. Car The Handmaid’s Tale, c’est quand même le genre d’œuvre qu’on ne voit pas beaucoup dans une vie.

Cette rétrospective fait office de critique générale de la série et est 100 % spoiler. Prenez bien garde en lisant ces lignes. Le show étant réellement exceptionnel, il serait dommage de gâcher la surprise.

SAISON 5

Ce qui s’y passe : On pourrait résumer l’intrigue globale en trois mots : Serena face à June. Après la mort de Fred, tué par des Servantes, Serena se retrouve seule et prête à tout pour assurer sa sécurité et celle de son enfant à naître. Du côté de June, c’est l’inverse : elle est plus combative que jamais. Les deux femmes s’affrontent à distance pendant une bonne partie de la saison, chacune recourant aux pires moyens de torture psychologique pour atteindre l’autre.

Cette saison marque un nouveau point de bascule pour Serena, qui comprend (encore une fois, à ses dépens) à quel point elle est vulnérable à Gilead. L’épisode où elle accouche rebat les cartes, forçant les deux femmes à mettre leur différend de côté pour protéger ce qu’elles ont de plus précieux : la vie — cette fragile corde vers leur humanité que Gilead tente sans cesse de leur arracher.

Pourquoi c’est quand même pas mal : Si aucun épisode n’est excellent, aucun n’est mauvais non plus. La saison offre toujours d’excellents moments, sans qu’ils ne deviennent véritablement mémorables. Alors que certains personnages sont relégués aux oubliettes, on se réjouit de voir d’autres enfin occuper la place qu’ils méritent. Luke s’affirme en tant que mari, père et résistant. La série peut enfin se permettre de laisser les proches de June se battre pour autre chose que l’aider à surmonter son PTSD. La réalisation d’Elisabeth Moss sur les épisodes 1, 2 et 10 s’avère très efficace, suffisamment pour qu’on lui confie la majorité des épisodes de la dernière saison.

Quant aux personnages mis de côté — Janine et Tante Lydia en tête — elles marquent l’écran à chaque apparition, tout en évoluant lentement vers le destin qui les attend à la fin de la série. Le sort tragique d’Esther reste l’un des moments les plus puissants de la saison : aussi douloureux que terrifiant pour cette jeune fille à peine majeure, déjà broyée par la folie des hommes. On savoure avec une rage froide l’exécution de Putnam, ancien bourreau de Janine. Et en fin de saison, c’est son sort à elle — Janine — qui interroge le plus, bien plus incertain encore que celui de June.

À ce sujet, difficile de passer à côté de la pertinence du propos migratoire. Désormais, les rescapés de Gilead ne sont plus les bienvenus au Canada. Comme toujours avec la série, le discours résonne puissamment avec notre époque, particulièrement en France. Le projet de Lawrence, cette nouvelle « Bethléem », sonne comme une pomme empoisonnée à laquelle on a terriblement envie de croire. Merveilleusement joué par Bradley Whitford, Joseph Lawrence continue de déconcerter. Insaisissable, insituable, on ne sait jamais vraiment pour quoi il se bat, ni à qui va sa loyauté. S’il fallait ne garder qu’un moment de cette saison, ce serait celui-là : sa dernière conversation avec June, poignante. Une révélation qui frappe autant le commandant que les spectateurs, lorsqu’il apprend enfin les véritables circonstances de la mort de son épouse.

Pourquoi c’est la moins bonne : On pourrait déjà reprocher à cette saison le faible impact de la mort de Fred sur les personnages concernés. Difficile pourtant d’oublier la conclusion poignante de la saison 4 : June, sa fille dans les bras, encore couverte de sang. « Laisse-moi encore quelques minutes avec elle, et je m’en irai ». Ces mots, adressés à Luke, laissaient entrevoir un point de bascule, un vrai tournant. OT Fagbenle (Luke) était sensationnel dans son rôle, effaré en comprenant ce qu’il venait de se passer. On s’imaginait une saison où June serait isolée, ennemie du Canada comme de Gilead. Dans les faits, elle recouvre sa liberté en un claquement de doigts, et sa relation avec Luke reste intacte. L’épisode 2 la montre heureuse à l’opéra, prête à tirer un trait sur le passé. Il faudra une apparition spectaculaire d’Hannah et Serena sur tous les écrans du monde pour qu’elle daigne vaciller à nouveau (Scène fantastique, avouons-le).

Mais le cœur du problème est ailleurs : June prend trop, beaucoup trop de place à l’écran. Les intrigues secondaires sont reléguées au second plan, parfois à la limite du décoratif. Janine et Tante Lydia sont à peine visibles. Quant à Nick et Lawrence, ils ne retrouvent une vraie consistance que dans le dernier tiers de la saison. Et voir Elisabeth Moss conserver la même expression « de personne constipée » pendant une grande partie des épisodes, c’est usant. L’univers reste fascinant, les personnages forts, mais tout donne l’impression de tourner en rond. June est en colère et s’en prend à ses proches. Encore. Serena accorde sa confiance à Gilead et s’effondre. Encore. Janine revient au rôle de servante et explose, encore. La saison est trop longue pour ce qu’elle a à dire. Et surtout, elle explique tout, là où The Handmaid’s Tale brillait autrefois par ses silences lourds, ses sous-entendus glaçants. Un mal dont souffrent trop d’œuvres aujourd’hui, y compris la saison 2 de The Last of Us, pourtant produite par HBO.

Jusqu’ici, chaque saison savait offrir au moins un moment fort, un de ces instants gravés dans la mémoire des spectateurs, voire des épisodes entiers devenus cultes. Ici, difficile de pointer un seul événement vraiment marquant. Dommage.

SAISON 4

Ce qui s’y passe : Après l’exceptionnel cliffhanger de la saison 3, on attendait férocement la suite. La saison 4 démarre sur les chapeaux de roues avec une première salve d’épisodes sensationnels. La férocité de Gilead est mise en scène avec une intensité rare, portée par d’excellents moments autour de Tante Lydia et d’une June furieuse comme jamais. La mort de plusieurs servantes, présentes depuis les premiers épisodes, vient sceller cette montée en tension. Un choc brutal, presque physique, qui ancre cette reprise dans une dramaturgie impitoyable, sans relâche ni concession.

Le point de bascule survient en milieu de saison, lorsque June parvient enfin à fuir Gilead et à rejoindre le Canada… sans Janine. À partir de là, la série prend un virage plus politique, et explore de nouvelles thématiques. June doit désormais réapprendre à vivre dans un monde qu’elle avait quitté depuis trop longtemps, tout en affrontant son stress post-traumatique, épaulée tant bien que mal par ses proches. Mais sa nouvelle vie ne suffira pas à étouffer sa rage : la saison se conclut sur une séquence radicale, marquante, où les servantes se rendent justice en massacrant Fred Waterford (incarné avec maestria par Joseph Fiennes).

Pourquoi ça reste très bon : Parce qu’elle propose avec l’épisode 3 l’un des meilleurs de la série. Centré sur un interrogatoire musclé, June va subir toutes sortes de sévices physiques et psychologiques. Cette surenchère de violence culmine dans un face-à-face avec sa fille, Hannah. On ne le sait pas encore, mais il s’agit de la dernière fois où mère et fille se retrouvent dans la série. Le moment est déchirant. Elisabeth Moss et Ann Dowd livrent ici une prestation magistrale dans une confrontation verbale attendue depuis trois saisons, où June crache enfin ses vérités à Lydia. Et quand June l’appelle par son prénom, et que l’on assiste à la réaction stupéfaite de Tante Lydia, c’est un pur frisson d’excitation.

On pourrait reparler de l’épisode 3, tant il concentre en son sein tout ce que la série sait faire de mieux. Mais cela serait aussi taire les autres qualités de cette saison 4. Jusqu’à l’arrivée de June au Canada, on frôle la perfection, et ce dans toutes les intrigues. L’avantage d’une série où chaque personnage est travaillé, c’est que le spectateur ne souffle jamais quand il voit une scène avec Luke, ou Nick ou encore le Commandant Lawrence (meilleur personnage de la série avec Lydia, si on me demande mon avis).

On salue également le culot des scénaristes, qui opèrent un virage à 180 degrés dans le destin de June. Plutôt que de la replonger dans un énième cycle de soumission, les scénaristes choisissent de la faire franchir la frontière et retrouver Luke, au Canada. Un choix fort, et salvateur. Là encore, le casting fait des merveilles. Que ce soit June, Luke, Serena ou Fred, tous livrent des performances intenses. Les confrontations sont tendues, glaçantes, et mènent à un final aussi poétique que brutal. Enfin, la seconde partie de saison amorce subtilement, mais efficacement, le changement de Tante Lydia, intrigue qui trouvera une réelle conclusion à l’issue de la saison 6.

Pourquoi ça pèche un peu quand même : Parce que, déjà, l’immortalité scénaristique de June atteint réellement les sommets. Entendre Lydia demander à la dresser à sa manière, après tout ce qu’elle a fait est dénué de sens. Envoyées aux colonies, pendues au mur, torturées, de nombreuses femmes ont enduré des choses bien plus terribles sans avoir fait le dixième des actions du personnage d’Elisabeth Moss. June ne peut plus être contrôlée. Elle voit rouge depuis trop longtemps et ne doit sa survie dans l’épisode 3 qu’à cette énorme facilité scénaristique. Pire, elle ne subit aucun véritable traumatisme physique, dans une œuvre qui arrache un œil ou coupe une langue au moindre faux pas.

Ensuite, une fois notre héroïne passée au Canada, la série choisit — à tort — de mettre de côté ses deux meilleurs personnages féminins : Lydia et Janine. Si elles continueront d’apparaître ici et là, leur présence se dilue, et leur absence pèse lourdement sur certains épisodes. Le départ de June de Gilead a aussi pour effet de désamorcer les arcs de Nick et Lawrence, qui se retrouvent sans direction. Résultat : ça tourne en rond.

Mais surtout, malgré plusieurs idées scénaristiques brillantes et quelques moments d’une intensité indiscutable (la réunion familiale avec Nick, le face-à-face glaçant avec Serena, le procès de Fred, son exécution, les retrouvailles avec Luke), la série perd peu à peu ce qui faisait sa force : cette tension malsaine, constante, qui collait à la peau. June est désormais libre. Les servantes que l’on suivait depuis le début sont mortes. Janine semble en sécurité. The Handmaid’s Tale devient alors un thriller politique, un drame psychologique où tout se joue à distance. Un changement d’ambiance radical, difficile à maîtriser. Malheureusement, il ne le sera jamais vraiment — pas plus ici qu’au cours de la saison 5.

SAISON 6

Ce qui s’y passe : Malgré ses 10 épisodes seulement, cette dernière saison reste particulièrement dense. L’affrontement final (pas si final que cela, on y reviendra) propose de nombreux rebondissements et achève la série avec brio, tout en annonçant à grand coup de sabot la suite à venir. Grâce au sacrifice héroïque de Joseph Lawrence et au leadership de June sur les servantes, Boston est libéré. Janine, esclave sexuelle, retrouve sa fille et la liberté, soutenue par une Lydia désormais du bon côté.

Il reste pourtant tant à faire. La guerre, elle, est loin d’être achevée. Mais cette saison offre une véritable conclusion à de nombreux arcs narratifs, tout en laissant volontairement en suspens d’autres trajectoires, appelées à nourrir l’intrigue des The Testaments. L’avenir de June et Luke demeure incertain. En route vers New York, ils poursuivent leur combat, guidés par une seule obsession : retrouver Hannah.

Pourquoi c’est une très bonne saison : Parce que les scénaristes savaient exactement ce qu’on attendait. Certains de nos souhaits sont exaucés. Janine retrouve sa fille, les têtes de Gilead tombent, Serena et June se pardonnent mutuellement. D’autres, ne le sont pas. June et Luke ne retrouvent pas Hannah, mais s’en rapprochent. La trahison de Nick puis sa mort tragique sont également l’une des grandes forces de la saison. Un destin qui contrebalance avec celui de Lydia, désormais du bon côté. On apprécie cette symétrie et dualité invisible entre ces deux personnages. L’un a tant apporté à June et l’une l’a tant fait souffrir. Ils finissent chacun dans l’équipe adverse. Nick, malgré son amour pour June, n’était pas quelqu’un de bien. Comme le dit si bien Luke, loin d’être aveugle : c’est un pu****n de nazi. Lydia, elle, trouve une forme de rédemption grâce à son amour pour Janine. Il reste énormément à faire pour se racheter.

Depuis le début, The Handmaid’s Tale montre qu’elle n’est pas du genre à offrir de happy ending général. Elle le prouve ici. Le roman de Margaret Atwood s’achevait sur une note similaire, mais bien plus soumise à interprétation du lecteur. Cette saison, elle, clôt de nombreuses intrigues, souvent de façon surprenante — et tant mieux. Le retour en force de Janine et Lydia, figures longtemps reléguées, redonne à la série son énergie d’antan. Comme si leur présence rappelait ce qu’était vraiment la série à son apogée. Le destin de Janine, désormais libre et heureuse avec Charlotte, offre une merveilleuse conclusion pour ce personnage, tant marqué par la souffrance.

Tout le monde termine plus ou moins à sa place, sans que celle-ci soit forcément juste. Serena s’échoue libre, sa fille contre elle, mais naufragée d’un monde qu’elle a tenté de dominer. Un comble, pour cette femme qui a tout fait pour exister. Toute l’intrigue autour de ce nouvel Eden de Gilead est très intéressante, démontrant encore une fois la complexité du personnage d’Yvonne Strahovski. Serena s’impose alors comme l’un des personnages les plus nuancés, portée par une conviction glaçante : celle d’agir pour le bien d’un pays qu’elle croit sauver. Au bout du chemin, tout ce qui lui reste, c’est le pardon de June. Lawrence décède en héros dans un fantastique épisode 9, emportant avec lui Nick et tous les commandants de Gilead. Rarement un personnage aura été aussi justement écrit, son arc dessiné avec une maîtrise impeccable, sans jamais trahir sa complexité. Quant à Lydia, elle finit là où elle doit être pour la future série à venir. Bref, il y a du parfait, de l’excellence, du moins bon mais peu de ratés.

Pourquoi ça pèche un peu, malgré tout : Le seul véritable défaut de cette ultime saison, c’est qu’on ressent finalement trop peu que c’est la fin. Certes, Nick et Lawrence meurent, tout comme plusieurs figures majeures de Gilead. Mais leur disparition laisse vite entrevoir l’arrivée de nouveaux dirigeants, parce que les méchants, c’est important. Il faudra bien quelques visages à haïr à l’avenir. Comme le disent très justement June et Luke : la guerre ne fait que commencer.

L’intrigue autour d’Hannah, elle, reste suspendue. À l’évidence, sa résolution est repoussée à The Testaments, où l’absence d’Elisabeth Moss semble peu probable. Actrice centrale, mais aussi réalisatrice d’une large part des épisodes, elle devrait logiquement reprendre son rôle. Ne serait-ce que pour un passage éclair en fin de série ?

Le problème, c’est que ce dernier épisode passe son temps à crier que la suite arrive. Dommage, quand on est censé incarner le grand final d’une série aussi emblématique. À force de teaser l’après, ce qui devait être une conclusion prend des airs d’épisode de transition. Reste à savoir ce que les scénaristes choisiront de conserver de la série originelle. Spoiler : beaucoup, forcément. On relèvera aussi quelques maladresses d’écriture, ici et là, et certaines facilités toujours aussi voyantes (les va-et-vient presque touristiques à Gilead). Sans oublier une June parfois insupportable. Mais rien de suffisamment grave pour gâcher l’ensemble.

SAISON 2

Ce qui se passe : Après la fin magistrale de la première saison, la série revient en force avec une introduction coup de poing, dont les échos résonneront jusqu’à son terme. En représailles à leur soulèvement, les servantes sont soumises à une journée de punition d’une cruauté méthodique. Toutes, sauf June, épargnée en raison de sa grossesse révélée. On assiste alors à de terribles séquences, où Lydia va torturer ses filles les unes après les autres, sous le regard impuissant de June. Une violence ritualisée, presque sacrée, qui rappelle combien Gilead a fait du corps des femmes un territoire à conquérir, puis à briser.

Cette saison, comme le laissait déjà pressentir la première, établit définitivement la relation entre June et Serena comme l’un des axes majeurs de l’intrigue. Un lien instable, oscillant entre alliance et affrontement, compassion et haine. Lorsque Fred est temporairement mis hors jeu, blessé après une tentative d’assassinat visant les commandants, l’espoir naît. On assiste alors à un rapprochement inattendu : deux femmes que tout oppose, mais que Gilead lie par la violence, l’ambiguïté, et l’instinct de survie. Ensemble, elles avancent, l’espace de quelques épisodes, main dans la main, jusqu’au retour brutal de l’ordre établi.

La naissance de Nichole (ou Holly) rebat les cartes. Dans un ultime sursaut de lucidité ou d’amour, ces « meilleures ennemies » accomplissent l’impensable : arracher l’enfant à Gilead, et l’envoyer au Canada, sous la protection de Luke. Un acte de courage et de rupture, qui scelle à la fois une alliance fragile… et une trahison inévitable, quand Serena changera d’avis en saison 3.

Pourquoi c’est presque parfait : Parce que déjà, il fallait mettre tout le talent du monde pour espérer égaler la première saison. Ensuite, parce que contrairement à certains événements qui surviendront plus tard, la fin de la saison 1 a un impact à long terme. La mort de Fred en fin de saison 4 laissait un impact trop léger sur la suite, c’est tout le contraire ici. Les répercussions sont immédiates et s’abattent sur tous. La punition des servantes ne se limite pas à un simple épisode. Au contraire, ses conséquences s’étendent, se ramifient, s’enracinent. Parmi celles qui seront châtiées, une seule sombrera au point de commettre un attentat : la nouvelle De Glen. Elle, que l’on croyait soumise, presque zélée, n’a pas survécu aux sévices infligés par Gilead. Première à refuser de lapider Janine, elle en paiera le prix : ils lui couperont la langue. L’enterrement des filles décédées dans l’attentat, séquence bouleversante et somptueuse de maîtrise, s’impose comme un classique de la télévision. Éprouvant et majestueux, tout à la fois.

La Servante écarlate explore différents thèmes avec une justesse presque insolente. En plus de la religion, la maltraitance est un thème récurrent né majoritairement de cette saison 2. Si le calme glacial de Joseph Fiennes laissait sous-entendre le pire, le voir battre sa femme sous les yeux d’une June épouvantée est profondément marquant. À Gilead, les enfants sont arrachés à leurs familles ou nés du viol. Quel bonheur est encore possible dans un monde pareil ? Comment ne pas devenir un monstre ? Si Fred maltraite sa femme, il ne fera pas mieux avec un enfant.

Des six saisons, c’est peut-être celle où June subit le plus, émotionnellement. Le comportement de Fred lui fait perdre ses repères, et sa relation avec Serena reste en dents de scie. Elle évolue dans une peur constante : peur de ce qui arrivera à son enfant à naître, peur de ce qui l’attend, elle. L’empathie fonctionne à merveille, d’autant que chaque scène entre servantes baigne dans une atmosphère de tension sourde. Reste Nick, seule lumière dans l’obscurité, jusqu’au maigre instant de complicité qu’elle partage avec Serena.

Pourquoi c’est PRESQUE parfait : Difficile de trouver un défaut ici, mais si l’on devait chipoter, on parlerait du cliffhanger. Il était quasiment impossible de rivaliser avec les dernières minutes de la saison 1 et la 2 n’y parvient pas. Attention, la fin reste exceptionnelle, mais on est loin, très loin de la première révolte des servantes, refusant de lapider une des leurs. On n’est pas non plus au niveau du dernier épisode de la saison 3, dont on reparlera dans quelques instants.

On pourra aussi regretter un manque d’enjeu et de force narrative dans les colonies, qui ne reviendront plus ou très peu par la suite. Enfin, saluons les conséquences étonnamment légères de la fuite de June. Une nouvelle fois, elle échappe aux sévices physiques grâce à sa grossesse, protégée par une forme d’immunité narrative. Disons que c’est à partir de là qu’on hausse les sourcils, en se demandant ce qu’ils aurait fait subir à Janine.

SAISON 3

Ce qui s’y passe : Cette saison se concentre sur de nombreuses intrigues, bien plus que les deux précédentes. Le fil rouge majeur reste centré autour de June et Serena. Après avoir contribué à envoyer Nichole/Holly (la fille de June et Nick) au Canada, toutes deux vont suivre des chemins différents. Serena subit de plein fouet les étapes du deuil et échoue sur l’acceptation. Dans sa solitude et sa souffrance, elle replonge dans ce cycle de soumission envers Gilead, non sans tenter d’imposer sa vision, ce qui lui coûtera un doigt.

June, congédiée par les Waterford, est attribuée à Joseph Lawrence, nouveau venu dans la série et qui semble bien moins enclin à respecter les traditions et les cérémonies. Tandis que son alliance avec Lawrence se renforce, sa relation avec Serena se fracture définitivement. Le régime se durcit encore, notamment lors d’un séjour oppressant à Washington. La saison culmine avec l’évasion de plus de 80 enfants, exfiltrés vers le Canada grâce à un plan orchestré par June — un acte de résistance historique, payé au prix fort.

La saison s’achève sur June, blessée, restée à Gilead pour retrouver Hannah, alors que les Waterford sont en détention au Canada.

Pourquoi c’est incroyable : Parce qu’à la fin, plus rien ne sera jamais pareil. June gagne, pour la première fois. Il y avait eu, jusque-là, quelques victoires. Fragiles, partielles, douloureuses. Mais jamais rien d’aussi éclatant que ce qu’elle accomplit ici. Après une fin de saison 2 plus douce-amère, celle-ci frappe en plein cœur. Les enfants sauvés offrent un moment de joie et de victoire incommensurable, comme si nous les avions sauvés avec les servantes. Fierté ressentie jusqu’au regard de Luke, empli de larmes et d’espoir, apprenant qui est à l’origine de ce coup de maître. Gilead est persuadé de sauver les enfants qu’ils donnent aux familles, mais la réalité nous revient en plein visage quand une petite fille retrouve son père. Ces enfants ne sont pas confiés : ils sont arrachés.

La saison est aussi marquée par l’arrivée de Joseph Lawrence, l’un des créateurs du régime et pourtant tout sauf une figure classique du pouvoir. Il aurait pu être un autre monstre, mais non. Il est plus complexe que ça. Désabusé, parfois cynique, toujours ambigu. Après deux saisons à nous marteler qu’aucun commandant n’est bon, la série amorce ici un glissement. Le show n’a jamais été réellement manichéen, tant même les méchants semblaient persuadés d’être des sauveurs. Lawrence en fait partie, bien qu’à la différence des autres, il semble comprendre ce qu’il a détruit. Et c’est sans doute pour cela que sa relation avec June s’impose comme l’une des plus riches, des plus fines. Là où Nick ne peut pas aider, Lawrence est présent, inattendu, et précieux.

Mais le grand arc de cette fabuleuse saison 3, c’est évidemment la récupération d’Holly/Nichole. Serena et June, qu’on croyait un temps alliées, tombent le masque. La guerre, la vraie, éclate. Serena veut récupérer l’enfant qu’elle avait pourtant laissé partir. Une décision reniée. Et le duel commence. L’épisode à Washington marque un tournant. Les servantes y vivent dans des conditions encore plus inhumaines qu’à Boston. (ce premier plan sur la bouche cousue, on s’en souvient encore), propose 40 minutes de suffocation. Chaque épisode est mené avec maestria, jusqu’au final d’anthologie.

Le petit défaut qui gâche (absolument pas) tout : L’immortalité de June, encore. Comme le dit si bien Lydia : Après son scandale pour revoir Hannah, elle aurait dû se trouver sur le mur. Oui.

SAISON 1

Pourquoi c’est l’une des plus grandes saisons de séries : Parce qu’en un épisode, tout est là. Si vous n’aimez pas maintenant, vous n’aimerez pas la suite. Le premier contact avec la série est un cas d’école de tout ce qu’il faut faire pour absorber le spectateur. Le programme brille d’autant plus que chaque épisode est meilleur que le précédent. De la photographie, léchée et symétrique, à couper le souffle, en passant par la musique tantôt glaçante de minimalisme, tantôt orchestrale et bouleversante, tout est parfait.

June, Janine, Lydia, Fred, Serena, Luke, Hannah, tout est là. Tout va vite et pourtant, on comprend tout. Les non-dits pleuvent de partout, les silences sont terrifiants, dans cette dystopie où les femmes n’ont plus aucun droit (même celui de lire, on le rappelle). Mais surtout, c’est la dureté de certaines scènes qui fascine autant qu’elle effraie. Voir Janine se faire arracher un œil pour son insolence dès le premier épisode donne le ton. Le début d’un long calvaire pour cette jeune femme qui servira souvent de rempart moral durant les six saisons, en plus de maintenir en vie le peu d’humanité restante chez certains (je vous ai dit que j’aimais Janine ?)

Presque tous les éléments futurs sont introduits dès cette saison. Certes, de nouveaux personnages apparaîtront (Lawrence, Tuello) et l’univers s’étendra, mais tout le background, tout ce qu’il faut savoir est présent dès le début. Marthas, servantes, Mayday, épouses, commandants, œil, tantes, Gilead. Tout est posé, cadré, et articulé avec une efficacité implacable. On est surpris par le réalisme glaçant de certaines séquences, toujours très actuelles aujourd’hui. On citera ce terrible moment (un flashback) où toutes les servantes pointent Janine comme responsable de son propre viol collectif, sur ordre de Lydia. Qui n’a jamais entendu une ordure dire « Non, mais elle cherche aussi… » en voyant une femme avec une tenue qu’il estime un peu courte ?

On nous présente les servantes comme des femmes totalement déshumanisées, inaptes à ressentir des émotions. Le vecteur principal de toute cette atrocité, c’est Janine qui en fait les frais, encore une fois. June commence doucement à se démarquer, tout en assurant sa survie, mais loin de renoncer à sa fille, qui reste l’enjeu principal de cette saison. Toutes les bases sont là, les premières relations se nouent avec une finesse d’écriture hors pair. Rarement une série aura été aussi malsaine – pas par le sang, mais par le réalisme cru de ses situations, par l’intime terreur des mentalités qu’elle décrit. Ce futur dystopique n’est plus une invention : il est à notre porte.

Tout ceci mène à un épisode final inoubliable, toujours porté par le vecteur émotionnel de l’œuvre : Janine, métaphore de l’humanité perdue. La lapidation du personnage, tant par la beauté de sa photographie et sa réalisation que par la férocité de sa narration, est un moment d’histoire rarement égalé dans la fiction. Et, pour la première fois, les servantes se dressent, menées par June.

Pourquoi c’est… : Non, j’ai beau chercher, impossible de trouver de défaut à la première saison…

The Handmaid’s Tale – Distribution Complète

Acteur Personnage Description
Elisabeth Moss June Osborne Servante rebelle (Defred)
Madeline Brewer Janine Lindo Servante mutilée (Defwarren)
Ann Dowd Tante Lydia Brutale formatrice des Servantes
Joseph Fiennes Fred Waterford Commandant († saison 4)
Yvonne Strahovski Serena Joy Épouse de Commandant
Max Minghella Nick Blaine Chauffeur/Commandant († saison 6)

Personnages Récurrents

  • Moira (Samira Wiley) – Amie lesbienne de June
  • Rita (Amanda Brugel) – Martha des Waterford
  • Commandant Lawrence (Bradley Whitford) – Architecte de Gilead († saison 6)
  • Esther (Mckenna Grace) – Jeune Servante rebelle
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