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Arras Film Festival : « Demain », « Casanova ‘70 », « Le Cercle Rouge » et des Rencontres !

Au programme de cette deuxième journée de festival : trois films et deux rencontres : Cyril Dion ; Olivier Loustau et Meriem Serbah – que vous pouvez voir ci-dessus en photo de couverture. Il est onze heures, c’est parti pour…

Demain, Cyril Dion et Mélanie Laurent, Documentaire, Durée : 1h58, Sortie programmée le 2 Décembre 2015.

2,5 / 5

            Le film commence sur les prévisions apocalyptiques émises par un rapport scientifique dans la revue « Nature » en 2012 à propos de l’avenir de l’humanité. Que faire face à notre fin que nous nous acharnons à perfectionner ?, peut-on entendre chez l’un des intervenants.

Demain cherche à dresser de possibles solutions, à trouver des voies alternatives aux chemins gangrénés par le capitalisme et ses conséquences : le consumérisme extrême, la pollution (sous toutes ses formes), l’économie instable… Si l’intention de départ est positive, en quoi le film apporte plus que la majorité des philosophes et penseurs, notamment audiovisuels ?

            Eh bien rien, car la majorité des solutions présentées dans le film relativement sont connues. Bien sûr, de manière générale, on est beaucoup moins approché directement par ce type d’image, mais Arte m’avait déjà exposé de nombreux points, soit dans des documentaires propres à certains pays, soit à travers des films centrés sur des points précis comme l’économie et ses causes et effets. Toutefois, relativisons, car le « grand public » ne va peut-être pas chercher ses images ou ne tombe pas toujours dessus. Mais la vraie question est : les regardera-t-il ?

            Dans le point presse avec le co-réalisateur Cyril Dion, l’échange a beaucoup porté sur le caractère didactique du film. Le film l’est, il fait tout pour nous en dire beaucoup tout en facilitant sa compréhension, notamment à l’aide d’un chapitrage, mais aussi de l’humour. Car le film a un véritable recul humoristique que n’a pas Yann-Arthus Bertrand dans Home (2009) ou Human (2015) par exemple. Cela permet d’aborder avec une plus grande facilité tous les propos du film, et participe à un autre travail des réalisateurs : la représentation concrète des solutions.

            En effet, le film ne nous accable pas – même si son introduction est digne d’un film post-apocalyptique ou apocalyptique, à tel point que votre serviteur, ne sachant rien du film, a cru que c’était un film de ce genre, il commence sur le discours de la nécessité de changer radicalement nos fonctionnements et habitudes dans les vingt prochaines année afin d’éviter l’extinction ou du moins d’importantes pertes humaines. Au contraire, Demain stimule la créativité qui est en nous en nous faisant converser avec des personnalités héroïques du quotidien, on peut penser à l’un des intervenants qui nous expliquait qu’il était un vrai cancre, un « bon-à-rien » avec ses copains en sortant du lycée, et on le voit ici « leader » d’un mouvement écologique – à comprendre comme pro-écosystème et non dans la signifiance politique qu’il pourrait avoir.

            Demain traite de tout cet ensemble en l’explorant par la découverte d’intervenants du milieu et la prise de connaissances de données. Tout se rencontre : économie, agriculture, éducation, politique, etc, parce-que tout est lié, interconnecté. Ce lien profond porte un nom, l’écosystème. Et c’est là que les propos perdent en force. Là, dans la narration du film, précisément à cause du chapitrage, qui cadre ce qui ne peut être cadré, qui tend à couper tous ces liens par sa nature même de chapitre. Ainsi on a : agriculture, éducation, politique, économie… La forme trahit ainsi quelque peu le fond. Mais rassurez-vous, des réponses ont été apportées lors de la rencontre avec le réalisateur. En effet, il explique que les chapitres permettent au film de réguler tout ce flux d’informations, de l’organiser un minimum pour que les spectateurs ne soient pas perdus. Cette idée formelle est donc à visée éducative, didactique, mais ne pourrait-on pas y voir un manque de confiance des spectateurs ? N’aurait-on pas pu avoir juste une pause, un mini-entracte entre chaque partie plutôt qu’un véritable chapitrage ? Car pour ma part, ce dernier était perturbant, mettait à mal cette logique et cette force du vivant et toute sa complexité que les deux réalisateurs Cyril Dion et Mélanie Laurent ont réussi à dépeindre.

            La musique indie et pop, employée pour ses messages rentrant en résonnance avec les propos et images du film – par exemple : « What do you do ? » sur des images d’industrie surpuissante – tiennent à neutraliser le film, tant ils appuient tout ce qui est dit, plutôt que de rythmer. Il y a un aspect artificiel dans l’utilisation globale des musiques dans Demain, mais pour les moins anglophones, le rythme et la positivité des musiques seront les points retenus. La musique indie pop sera associée à des images clichés de la « beauté du monde », de ses paysages incroyables, au ciel, etc. D’ailleurs nous avons appris que certains des plans du film sont des images de Yann-Arthus Bertrand recyclées. Des visuels dont on pourrait questionner la légitimité écologique puis, ces images « impossibles » à filmer à pied qui ont été prises du ciel, à bord d’hélicoptères ou d’avions, dans le but de montrer la beauté de la Terre et servir un discours d’anti-pollution. Logique n’est-ce pas ?

            Ces images impossibles apportent une véritable artificialité au film consacré aux humains et à leurs actions très concrètes. Enfin, on a parfois des discours surdidactiques, on pourrait même dire dogmatiques. En effet, on peut entendre de la part d’un des intervenants dans le film que les hommes ont su – notamment via le cinéma pleinement pointé du doigt – imaginer brillamment leurs possibles fins, à cause de guerres nucléaires, zombies, aliens, entre autres et qu’ils n’ont jamais cherché des solutions à ces problèmes, jamais cherché à les empêcher. Alors tout de suite, Demain semble s’être fait une autopromotion. Ainsi Kyle Reese, Sarah Connor et plus tard son fils John n’auraient jamais cherché à empêcher l’avènement de Skynet, de sa guerre nucléaire contre l’humanité dans Terminator (1985) et Terminator II Judgement Day (1991). Aussi Klaatu n’aurait jamais mis en garde l’humanité contre ses voies autodestructrices dans The Day the Earth Stood Still (1951) de Robert Wise. Et le récent Tomorrowland (2015) de Brad Bird – dans lequel les héros arrivent à mettre en place un système pour sauver la Terre et l’Humanité de son autodestruction via les massacres écologiques entre autres – n’a probablement jamais existé. Mais rassurez-vous Demain est là pour nous montrer la Voie – en exposant de nombreux chemins adaptés à chacun d’entre vous, expliquait Cyril Dion à la rencontre.

            Face à ces constats relativement positifs et négatifs, on est en droit de se poser cette question : les propos importants du film, notamment émis par tous ces héros de Gaïa… Auront-ils un écho ? On sait que des politiques ont pu voir le film et que d’autres le verront, y-aura-t-il aussi un mouvement de leur part grâce à Demain ?

Après un « selfie râté » avec l’homme le plus bronzé de France, Bernard Montiel, rencontré dans les rues d’Arras, place à Casanova ’70 et Le Cercle Rouge : projections particulières.

            Revenons ensuite rapidement sur les projections des films « âgés » : Casanova ’70 réalisé par Mario Monicelli en 1965 avec Marcello Mastroianni et Michèle Mercier, vu dans l’après-midi ; et Le Cercle Rouge, réalisé par Jean-Pierre Melville en 1970, avec Alain Delon et André Bourvil, projeté au soir à 21h30. Il s’agit ici véritablement de revenir sur les projections et non sur les films, déjà énormément discutés, écrits, qui ont su traverser l’histoire du cinéma et qui mériteraient un texte beaucoup trop dense pour ces débriefings et critiques quotidiennes. Dans tous les cas, on vous les conseille, car le rire Italien – la comédie à l’italienne notamment connue pour Mariage à l’Italienne (1964) et Hier, aujourd’hui et demain (1963) de Vittorio De Sica – est une perle à (re)découvrir, et parce que Melville, l’un des meilleurs cinéastes du monde – à qui l’on doit notamment Le Samouraï (1967) et l’Armée des Ombres (1969) – devrait être vécu au moins une fois dans sa vie. « Vécu » car si c’est une expérience de cinéma, c’en est une qui va au-delà de l’art, et plus profondément en nous. Et puis, rien que pour s’amuser avec le beau Marcello Mastroianni et s’émouvoir face à la prestation unique d’André Bourvil – Raimbourg de son vrai nom – en commissaire Mattéi et à celle formidable d’Yves Montand en flic déchu en proie à l’alcoolisme, il faut aller voir ces films.

https://www.youtube.com/watch?v=-nEJW0u72Bs

            L’image du premier était relativement floue, très peu nette, pendant tout le film. Pourquoi ? Parce-que le film a été projeté non pas en format cinéma, numérique DCP ou 35 mm pellicule, comme on est en droit de s’attendre d’un cinéma – et d’un festival aussi important –, mais avec un support vidéo, le DVD. On aurait pu croire le film très abîmé, mais le générique étant passé au début, la fin fut rapide et alors sans défilé de casting et des noms de l’équipe, et on arriva directement au menu du DVD, avec le choix entre le film, les chapitres, et les versions. Dommage pour un film si beau, coloré, empli de folies visuelles (le générique est un objet filmique en soi). Aussi il me semble que cela aurait du être stipulé explicitement. Car après tout, regarder un DVD chez soi sur un écran du quotidien est beaucoup plus adapté techniquement (d’un point de vue visuel surtout) que de le lire au cinéma – d’ailleurs le support a beugué un bref instant pendant le film. Certes l’expérience collective emplie de rires aurait manqué, mais les spectateurs sont en droit de savoir ce qu’ils voient, de connaître le statut des images qu’ils regardent. Une bonne édition Blu-ray aurait très bien fait l’affaire, cependant le seul Blu-ray édité du film n’a pas de sous-titres français.

Concernant la projection du Cercle Rouge, projeté en format cinéma avec une image restaurée formidable, j’en retiendrai non pas les quelques spectateurs perturbateurs (discutant, racontant le film pendant le visionnage, ouvrant leur portable, ne cessant de commenter et d’enter et de sortir de la salle) mais un problème inhérent à la salle n°3 : l’un des éclairages de sortie de secours. Mal situé, il a laissé une empreinte lumineuse très visible pendant une bonne partie du film qui, il faut le rappeler, est un film noir, avec beaucoup de scènes nocturnes et d’images de silhouettes se déplaçant dans la pénombre. Il faut toutefois relativiser, malgré ces quelques « défauts », la séance fut excellente, et revoir Melville au cinéma, une expérience puissante.

POINT PRESSE – rencontre avec Cyril Dion, co-réalisateur de Demain

            19h00 : c’est l’heure du point presse en compagnie du co-réalisateur de Demain, projeté au matin.

Sur l’idée de statut de Demain, film documentaire, documentaire et film

            Cyril Dion explique qu’il s’agissait pour eux de raconter une histoire et de montrer les héros des temps modernes.

Pour le film, l’idée était aussi d’avoir « la forme la plus enthousiasmante », certes, c’est un documentaire, mais avec un soin précis apporté à la mise en scène, explique-t-il. D’ailleurs il a travaillé sur ce film avec une équipe composée de professionnels de fiction.

Sur ses influences

            Il a créé une ONG, Colibri, et travaille dans ce secteur depuis huit ans. Il connaissait donc les initiatives présentées dans le film.

Sur les contraintes

            Le Kiss Kiss Bank Bank, site de financement participatif, a été une épreuve assez stressante car s’ils n’obtenaient pas la somme demandée, ils n’obtenaient rien. Il explique d’ailleurs que Mélanie Laurent hésitait à s’associer au projet de peur des moqueries et critiques à son égard. La seule vraie contrainte qu’ils ont eu est le fait qu’ils ont dû tourner à l’été 2014.

Question de votre serviteur, sur le chapitrage du film

            Ils ont fait ce choix pour une ouverture pédagogique. Le film étant dense, il s’agissait de baliser les propos, d’avoir des points d’appui, de peur que le public soit perdu.

Deuxième question : « ne pourrait-on pas dire que c’est un film-manifeste ? »

            Cyril Dion acquiesce et explique que c’est un film qui encourage à l’action, la coopération, que l’humain est capable d’exploits grandioses, mais que si on ne change pas radicalement nos habitudes d’ici vingt ans, l’humanité connaitra des bouleversements malheureux.

Troisième question : « votre film place le spectateur dans une toute autre position que les autres films « écologiques ». Il n’est pas accusé, agressé, moralisé… Vous ne lui montrez pas juste des images formidables du monde en lui expliquant que celui-ci est beau mais qu’il le tue, pour le laisser sans solutions, comme dans les films de Yann-Arthus Bertrand. »

            Il commence par défendre quelque peu le réalisateur cité en disant qu’il leur a donné des images qu’ils ont alors « recyclées » dit-il en souriant. Il continue en expliquant qu’il ne faut pas laisser les gens face au constat, mais leur montrer des actions concrètes, leur montrer qu’il y a des solutions pour tout le monde.

Sur la peur du dogmatisme du film

            Non répond-il, car ils ont tenu au parti-pris qui consiste à filmer des gens. On ne montre pas une vérité, mais tous les possibles. Lui et Mélanie Laurent se mettent un peu en avant pour que les spectateurs s’identifient à eux, mais en recul complet par rapport à tous ces propos importants.

Ci-dessous, la présentation de l’action Demain, et un teaser :

INTERVIEW – Olivier Loustau et Meriem Serbah du film La Fille du Patron diffusé dès le vendredi 6 novembre au Arras Film Festival, et dont la sortie est prévue le 6 Janvier 2016.

            Il est 19h35, l’interview commence. Meriem Serbah incarne la femme du meilleur ami de Vital, personnage principal, interprété par Olivier Loustau, aussi réalisateur du film.

« En voyant le film, je n’ai pu m’empêcher de penser à Cassavetes. Au fûr et à mesure que les personnages se libèrent de leurs carcans sociaux, professionnels, familiaux, les corps tendent à se libérer du cadre, à progresser dans le champ et le hors-champ librement. Qu’en pensez-vous ? »

            Olivier Loustau explique que Cassavetes est un cinéaste qui l’inspire mais qu’il n’a pas pensé à lui dans la conception du film, et en le voyant. Mais il a bien sûr travaillé le corps et sa représentation en amont avec sa directrice artistique et son chef-opérateur. Il a toujours été intéressé par l’idée de travailler sur les gestes dans les usines, notamment d’un point de vue du rapport de l’homme à la machine, mais aussi réfléchir les gestes libérés, dans un espace libéré. Ou encore, travailler le corps collectif, qui soutient, à travers le rugby, important dans le film.

« On peut lire partout que votre film est considéré comme une comédie dramatique, si on part de là, La Fille du Patron défait énormément des codes. Le personnage quitte rapidement sa femme, évitant l’éternel dilemme cornélien à la fin du film avec le choix de sa compagne ou de la jeune amoureuse, et la fin est d’une très grande justesse, positive, mais juste, humaine, vous pouvez m’en dire plus ? »

            Le réalisateur est amusé et surpris de savoir que son film est considéré comme une comédie dramatique. Pour lui, ça n’a rien de tel : « C’est une comédie sociale, un mélange de genres, entre la comédie sociale et la romance. ». Il explique ensuite que la romance permet de travailler sur les différences sociales. « C’est pas une lutte de classe, c’est un constat » dit-il.

« Quand j’ai vu votre film, si on garde l’idée que c’est une comédie dramatique, j’ai été surpris et très content de voir des personnages de différents milieux, appartenant à différentes ethnies… »

            « La diversité, oui » poursuit Meriem Serbah. Ce ne sont pas des personnages identifiés pour leurs différences, explique-t-elle, quand Yasmine se fâche contre son mari qui a ramené chez eux Vital dont tout le monde connaît l’adultère, elle représente toutes les femmes du groupe. Elle incarne un moyen d’expression féminine.

            « Et puis c’est basé sur ce que j’ai vu » continue Olivier Loustau. Il explique qu’il est un fils d’ouvrier, et que ce qu’on voit dans le film est basé sur cette réalité qu’il a vécue. De même pour Meriem Serbah.

« On parlait de Cassavetes, on sait qu’il poussait ses acteurs à bout pour filmer leur essence, leur essence humaine, avez-vous fait de même sur votre tournage ? Quelle est votre méthode de mise en scène de l’acteur, votre méthode d’acting ? »

            L’actrice prend la parole tout en s’amusant : « c’est ma question » et explique qu’Olivier Loustau a une vraie exigence, qu’ils rejoueront la scène autant de fois que nécessaire, pour oublier la situation et la vivre. Il laisse aussi le champ libre aux acteurs pour improviser, ce qui permet de s’approprier le personnage.

            Le réalisateur poursuit la conversation et explique qu’il a eu un « casting parfait » dans lequel « chacun des acteurs est responsable de son personnage ». Il laisse une latitude au tournage en effet. Il rappelle ensuite qu’il a été acteur sur quatre films d’Abdellatif Kechiche et du coup, c’est plus Kechiche qui l’a inspiré que Cassavetes. Aussi être réalisateur et acteur sur son propre film est un « cas de figure particulier », d’où découle « une forme d’humilité » et une « camaraderie ».

00h00. Fin de la journée pour Cineséries-mag au Arras Film Festival toutefois encore vivant avec un concert au « village ». Une deuxième journée intéressante, passionnante même, et encore plus intense, vivement la suite.

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