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Metsurin Tarina : Il était une fois en Finlande

Metsurin Tarina se laisse (paradoxalement) apprécier (après-coup). Présenté au Festival de Cannes, dans la prestigieuse sélection de la Semaine de la Critique, le premier long-métrage du réalisateur finlandais Mikko Myllylahti est une œuvre dense qui bouscule les codes.  Un nouveau cinéma (finlandais) est né.

Pepe ou l’histoire d’un bûcheron finlandais

 Ce jeudi 19 mai, la semaine de la critique présentait, en avant-première, au public cannois, Metsurin Tarina, le premier long-métrage du réalisateur finlandais Mikko Myllylahti. Si le nom du film ne nous offre que peu d’indices quant à son contenu, son titre anglais – The Woodcutter Story (littéralement « L’histoire du bûcheron ») lève assurément quelques interrogations. Cet effet d’annonce n’advient, pourtant, que partiellement au cours du film. Si ce n’est pas du tout, tant Metsurin Tarina multiplie les (sous-)intrigues et autres rebondissements inattendus. Bûcheron taciturne, Pepe (Jarkkho Lahti) habite un petit village de Finlande, cerné par des sapins enneigés, où la vie suit son court, entre le calme apaisant et la plate monotonie. Cette vie (trop) bien réglée bascule radicalement lorsque Pepe perd son emploi dans la scierie locale. S’ensuit une série d’évènements où le personnage sera amené à s’interroger sur le sens de son existence, sur fond de meurtre sanglant et de phénomènes fantastiques inexpliqués.

Une œuvre qui prend du temps (au temps)

Si ce synopsis paraît alléchant sur le papier, il l’est nettement moins dès qu’il apparaît à l’écran. En voulant passer du réalisme au fantastique, de la description clinique au tableau mystique, Mikko Myllylahti finit par perdre son public. Le réalisateur opte pour la lenteur en privilégiant des plans séquences où la caméra est statique. Cette fixité devient progressivement synonyme de rigidité, voire d’ennui. L’étirement du temps qu’elle implique renforce la confusion du public en dépit de l’humour et des situations absurdes qu’elle (se) veut mettre en avant. La lenteur de la narration rejoint le flegme (parfois agaçant) de son héros. Pepe traverse, imperturbable, le tragique de l’existence avec un sang-froid qui a de quoi étonner. Cette (fausse) ataraxie engendre une réflexion qui prend (parfois) des allures naïves à propos de la dureté (vache) d’une condition humaine (qui ne se laisse décidément pas facilement comprendre par le commun des mortels).

(Re)mettre le(s) sens (sans) dessus dessous

Si l’histoire et la trajectoire du héros (et du film) peinent à (totalement) nous convaincre, elles signent, néanmoins, l’entrée de Mikko Myllylahti dans le septième art. Le symbolisme qui baigne Metsurin Tarina oscille entre facilité (énervante), incompréhension (totale) et éclectisme (érudit). Un tel mélange n’est, certes, pas fait pour plaire à tout le monde. Il faut toutefois saluer le courage d’un premier long qui n’hésite pas à bousculer son public, quitte, pour cela, à le pousser dans les retranchements de l’ennui. Le cinéaste brouille les pistes narratives, entame une intrigue pour en débuter une autre, en faisant exploser les barrières du sens. La dimension cyclique de l’œuvre l’installe au cœur d’une réflexion qui interroge la valeur des images autant que le sens (que l’on veut bien leur donner). La lenteur du film (et l’ennui qu’elle procure sciemment) invite le public à un questionnement sans perspectives de fins. Un nouveau cinéma finlandais est né.

Metsurin Tarina : fiche technique

Le film est présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2022 en compétition long-métrage.

Réalisation : Mikko Myllylahti
Interprètes : Katja Küttner, Omar Abdi, Hannu-Pekka Björkman
Société de production : /
Société de distribution : Urban Distribution
Genre : comédie dramatique
Durée : 99 min

Finlande – 2022

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2.5

Festival de Cannes 2022 : Top Gun : Maverick, de Joseph Kosinski

Tom Cruise renfile le blouson d’un Pete Mitchell égal à lui-même. Un deuxième opus qui mixe entre le film original et un show toujours plus exceptionnel. Top Gun : Maverick est le film miroir de l’acteur qui nous rappelle qu’il est toujours présent et toujours prêt à redoubler d’effort.

Ici il n’est pas question de nouveauté mais de la réappropriation d’un passé bourré de remords et d’une envie continuelle de dépasser les limites.

Souvenir d’une bromance enterrée, le film ne cesse de jouer avec les sentiments de son personnage principal qui s’efforce de continuer à s’engager toujours plus loin dans de nouvelles sensations fortes. Là où dans le premier film il n’était question que de l’ego d’un jeune lieutenant, ici il s’agit de tout autre chose. Un refus catégorique du héros d’abandonner sa seule raison de vivre, ce qu’il est. Mais plus étroitement encore, son désir de rappeler à lui son meilleur ami dans une prière qui ne quittera jamais le film. « Talk to me Goose »

Lorsqu’on nous présente le nouvel escadron avec lequel notre pilote iconique va devoir travailler, quelques bribes d’une première histoire nous reviennent en mémoire avec les deux opposants « Rooster » et « Hangman ». Le nouveau Maverick est moins désobéissant et n’a pas le même attrait que son prédécesseur pour la prise de risque (circonstance d’une croissance orpheline d’un père mort dans les airs) mais s’amuse quand même de son charme et de ses prouesses dont il connaît la valeur. Quant au nouvel Iceman, il s’agirait presque d’une copie conforme, de la belle gueule à l’assurance surdimensionnée qui retrouvera plus tard sa raison et son sens de la solidarité.

Premier miracle… deuxième miracle ?

Le récit s’annonce comme une demande de rédemption autant pour notre capitaine que pour le cinéma dans lequel son interprète a évolué. Une véritable biographie pour l’action man qu’est Cruise et de ce qu’il est capable de donner encore aujourd’hui, au point de confier au monde entier que comme son personnage, il n’est pas prêt de passer le flambeau et que sa détermination restera fidèle à des limites qu’il n’a jamais eues.

Il est bon de savourer le manque de CGI dans les plans de vols, une véritable immersion dans le langage du corps humain, rudement capturé par un environnement de cascades et de loopings qui défient l’apesanteur. En attendant, ces séquences ne suffisent pas à créer une nouvelle identité à l’oeuvre de Joseph Kosinski, même en la romance mièvre de Cruise et de l’envoûtante Jennifer Connelly. Contre vents et marrées, certaines scènes ont la bonté de nous émouvoir surtout en la présence de Val Kilmer.

Maverick est un héros hanté par les fantômes du passé qui cherche maladroitement l’expiation dans les yeux d’un fils qu’il aurait aimé délivrer de sa propre pénitence. Mais cette redondance de souffrance plante un scénario qui a pourtant de quoi nous envoler lui aussi jusqu’au Mach 10.

Top Gun : Maverick : bande annonce

Top Gun : Maverick, fiche technique

Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022.

Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Ehren Kruger, Eric Warren Singer, Christopher McQuarrie
Interprétation : Tom Cruise (Pete « Maverick » Mitchell), Jennifer Connelly (Penny Benjamin), Miles Teller (Bradley « Rooster » Bradshaw), Val Kilmer (Tom « Iceman » Kazansky)
Photographie : Claudio Miranda
Montage : Eddie Hamilton
Musique : Lorne Balfe, Harold Faltermeyer, Hans Zimmer
Production : Jerry Bruckheimer, Tom Cruise, David Ellison, Christopher McQuarrie
Société de production : Paramount Pictures, Skydance Media, Jerry Bruckheimer Films
Société de distribution : Paramount Pictures International
Genre : action
Date de sortie en France : 25 mai 2022
Durée : 131 minutes

Etats-Unis – 2022

Festival de Cannes 2022 : Patrick Dewaere, mon héros, d’Alexandre Moix

Présenté au Festival de Cannes, dans la sélection Cannes Classics, le nouveau documentaire d’Alexandre Moix renoue avec l’acteur Patrick Dewaere. Patrick Dewaere, mon héros brosse le portrait d’un acteur génial et torturé à travers une hagiographie inégale et décevante.

Patrick Dewaere chez Cannes Classics

Cannes. Palais des Festivals. Salle Buñuel. Ces trois lieux géographiques suffisent à eux seuls à susciter le rêve chez tout.e cinéphile qui se respecte (ou pas, c’est selon). Nous avons pu avoir la chance de découvrir, en avant-première, Patrick Dewaere, mon héros d’Alexandre Moix. Le cinéaste retrouve son acteur fétiche, dans un documentaire inédit, presque vingt ans après la sortie de son premier long, déjà consacré au comédien maudit (Patrick Dewaere, l’enfant du siècle, 2003). Pourtant, contrairement à ce que le titre laisse présager, il n’est nullement question de Patrick Dewaere (ou presque).

Une hagiographie plus familiale que cinématographique

Car, c’est bien la fille cadette de Patrick Dewaere, Lola Dewaere, elle-même actrice, qui endosse le rôle principal du documentaire. En effet, si cette dernière prête sa voix au film, elle en est aussi le sujet. Dès les premières minutes, la jeune femme se (ré)empare de l’histoire légendaire de son père. La caméra la filme, parfois en gros plan, dans des squares ou chez elle, exhumant des photos de famille, ou bien regardant dans le vide. Elle souhaite apporter ses réponses, raconter ce qu’elle sait, afin de rétablir la vérité sur son père. Cette intention de départ aurait pu être intéressante si elle ne se soldait pas par un résultat, finalement, assez creux – si ce n’est carrément gênant.

Évoquer le mythe en dépit de l’homme

Au lieu d’évoquer le travail et les choix artistiques de l’acteur, le documentaire commet l’erreur de se plonger dans une hagiographie voyeuriste à la Un jour, un destin. La quête et l’enquête légitime de Lola Dewaere se transforme et frôle parfois le voyeurisme. On a à certains moments l’impression d’assister à un règlement de compte familial plus qu’à un exercice de style cinématographique. Le cinéma semble être, en effet, un peu laissé de côté par Alexandre Moix. Pourtant, le réalisateur choisit d’utiliser des archives inédites. Or, il ne les commente pas (ou presque). Celles-ci sont bien souvent noyées dans un montage abrupt et sensationnaliste à la Faites entrer l’accusé. Ce faisant, alors qu’il était question, à travers le biais filial, d’évoquer l’homme en dehors du mythe, la mise en scène renforce paradoxalement la légende malheureuse et éloigne, de ce fait, un peu plus l’homme Patrick Dewaere.

Si Lola Dewaere rappelle que Dewaere n’était pas que l’écorché vif que l’on si souvent décrit, le documentaire enfonce, néanmoins, les portes desquelles il était censé s’éloigner. Dommage, car, pour les nouvelles générations qui ne connaissent pas son travail, Patrick Dewaere aurait mérité qu’on parle de lui autrement qu’à l’image classique (mais non moins stéréotypée) du suicidé de la société.

Patrick Dewaere, mon héros : fiche technique

Le film fait partie de la sélection Cannes Classics 2022 : les documentaires.

Réalisation : Alexandre Moix
Interprètes : Lola Dewaere
Production : Alexandre Moix, Patrice Gellé
Société de production : Zoom production, Bleu Kobalt
Société de distribution : /
Genre : documentaire
Durée : 90 min

France – 2022

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1.5

Romy, femme libre : Deux ou trois choses que nous ne savons pas d’elle

Difficile de parler de la vie de Romy Schneider sans la placarder dans le sempiternel cliché du « destin brisé ». Le documentaire Romy, femme libre de Lucie Cariès opère un virage à 360 degrés. En interrogeant le mythe « Romy Schneider », la cinéaste offre à la comédienne un magnifique écrin posthume qui lui permet de (ré)affirmer sa modernité autant que sa liberté.

(Dé)construire le mythe de la star

Cannes. Jour 2. En cette matinée ensoleillée du jeudi 17 mai 2022, alors que la Croisette peine à se remettre de la présence de Tom Cruise, venu la veille présenter la suite du mythique Top Gun, le public cannois a eu la chance de découvrir le documentaire de Lucie Cariès. Magiquement intitulé Romy, femme libre, le documentaire s’attache à déconstruire le mythe (malheureux) qui colle à la peau de l’actrice.

D’entrée de jeu, le documentaire casse les codes qui ont jusqu’ici prévalu dès lors qu’il était question de raconter la vie de la comédienne. Si la vie personnelle de Romy Schneider n’a cessé de fasciner, Lucie Cariès refuse le traditionnel misérabilisme que l’on associe au destin de la star. « Cela fait 40 ans qu’on nous la raconte, qu’on se la raconte sous l’angle du déterminisme, du drame annoncé, et c’est sûr qu’il y a eu drame, mais ce n’est tellement pas que cela Romy Schneider ! Or, on oublie qu’elle est vraiment une femme extrêmement combattante[1]. » explique Lucie Cariàs.

« Redonner la parole » à la femme derrière l’actrice

« Je désirais avancer en même temps qu’elle. Pour ce faire, j’ai essayé de me situer à l’intérieur de sa temporalité. Je voulais vraiment lui redonner son point de vue » ajoute la réalisatrice. Lucie Caries redonne la parole à une femme trop souvent spoliée par une narration médiatique avide de la classer dans la catégorie (rentable) des « destins brisés ». Nous y (re)découvrons ainsi la vie d’une femme qui ne manque pas de panache. Tour à tour épouse modèle ou signataire d’un manifeste pro-avortement, Romy Schneider n’aura cessé de (se) (dé)jouer des critiques comme des classifications.

Ni féministe ni antiféministe, l’actrice est un véritable « électron libre » qui, selon les mots de Lucie Cariès, refuse les étiquettes, mettant sa liberté au-dessus de tout. Le documentaire brosse le portrait d’une femme qui a fait de l’indépendance une exigence personnelle autant qu’artistique, et ce, à une époque où l’autonomie (financière et sexuelle et affective) des femmes constitue encore un débat de société.

Romy, femme libre mêle des images d’archive, pour la plupart inédites, qui donnent à voir une autre facette d’une actrice que l’on croit trop souvent connaître (à tort). Lucie Cariès tient à effacer cette collusion fallacieuse entre la femme et l’icône, l’actrice et son rôle. « Il y a eu une espèce de confusion, encore une fois, par les drames qu’elle a traversés à la fin et aussi par les rôles qu’elle endossait, au bout d’un moment parce qu’elle est devenue une tragédienne au sens noble du terme. Il y a eu une espèce de confusion entre sa vie et ses rôles » Le documentaire renouvelle la réflexion (ancienne) sur le pouvoir de l’image et sa puissance identificatrice. Si « le cinéma, c’est la vie » comme l’affirmait François Truffaut, il ne saurait se confondre avec elle.

Rosalie pour toujours

Romy, femme libre permet d’opérer un recul salutaire sur notre rapport aux acteur.trice.s. Par le choix des images, autant que par le soin du montage, Lucie Cariès décortique le mythe ou plutôt la construction de l’icône (féminine) cinématographique. La misogynie criarde qui se dégage de certains extraits n’est pas sans faire écho à celle qui agite encore (très largement) la scène médiatique actuelle. Ce faisant, la réalisatrice va à contre-pied des normes narratives traditionnelles (et sexistes) en s’éloignant de l’objectification attendue. « J’ai voulu me débarrasser de la beauté de Romy Schneider. C’est pour cela que j’ai souhaité commencer le documentaire par la phrase « Cela commence toujours par sa beauté. » Une fois qu’on a posé cela, on peut rentrer dans notre histoire. »

Ce choix de mise en scène permet, ainsi, d’explorer plus largement le lien qui nous unit à l’actrice. En interrogeant nos a priori sur Romy Schneider, le documentaire questionne du même coup les frontières entre le privé et le public, l’image et la réalité. Romy Schneider devient, en somme, par la force des images, la vectrice d’une réflexion autour du star-system d’hier et d’aujourd’hui.

« Quoi qu’elle joue, Romy Schneider, de toute façon, elle te donne » évoque, dans un sourire, Lucie Caries. Romy Schneider n’est ni une icône de papier glacé ni une plate antonomase, elle est un être dont la présence, la liberté et le talent continuent d’irradier notre quotidien. Ne dit-on pas que les étoiles ne meurent jamais ?

[1] Tous les propos en italique ont été recueillis lors d’une interview à l’occasion du  Festival de Cannes le jeudi 19 mai 2022. Le documentaire sera diffusé pour la première en clair sur France 3 le vendredi 20 mai 2022.

Romy, femme libre : Bande-annonce

Le film, Romy, femme libre de Lucie Cariès, fait partie de la sélection Cannes Classics 2022 : les documentaires.
Par Lucie Cariès et Clémentine Deroudille
Distributeur : France 3

Borgen, une femme au pouvoir : accéder au pouvoir et y rester, à quel prix ?

Borgen, une femme au pouvoir est une série danoise diffusée sur Arte entre 2010 et 2013. La série se verra prolongée par une saison 4 sur Netflix en juin prochain. Borgen s’infiltre dans les coulisses de la politique pour raconter l’accession au pouvoir d’une femme, et ce qu’il faut de sacrifices pour y rester. La série raconte surtout le rapport aux mots des politiques, à la communication et liens avec la presse. Passionnant.

 » Vous ne saurez pas ce qui vous frappe avant qu’il ne soit trop tard »

Birgitte est première ministre au Danemark. Un pays qui, en réalité, n’a jamais eu de première ministre femme, une façon pour les scénaristes de mettre cette réalité en lumière.  Cela pose d’abord la question du regard sur les femmes de pouvoir, parce que tout le monde se demande toujours naïvement comment elle va faire pour ses enfants. Ensuite, la série met en perspective (surtout à la fin de la saison 1) la question du couple : comment s’effacer pour l’autre, mettre entre parenthèse sa carrière, sa vie en quelque sorte, pour être au service de son épanouissement, de son ascension au sommet de l’Etat ? Parce que la vie de Birgitte reste simple, elle et sa famille gardent leur maison (bien qu’ils aient une résidence à disposition), les enfants commencent à avoir des problème parce qu’ils voient moins leur maman, et le fait qu’elle soit une femme entre forcément en ligne de compte. Or, la série mise surtout sur l’éthique et les principes de Birgitte en temps que femme politique. Borgen s’intéresse aussi aux relations au sein de la famille où, comme en politique, Birgitte doit toujours se remettre en question, satisfaire tout le monde, tout en gardant clairement en tête son idéal.

Communiquer

Là où la série est la plus pertinente, c’est dans le développement de ses personnages et de son côté purement politique et journalistique. Borgen traite en premier lieu des rapports entre le pouvoir et la presse. Katrine Fonsmark, jeune journaliste ambitieuse et vorace, prête à tout pour la liberté de sa profession, n’hésite jamais à aller trop loin. C’est une battante et son personnage évolue et gagne en profondeur tout au long des trois saisons. Elle met en lumière chaque contradiction de la politique, sans chercher à défendre les erreurs. Il y a aussi Kasper Juul, qui est certainement un des personnages les plus intéressants de cette série. Il est le lien entre la presse et le pouvoir. Cet homme de l’ombre met tout en œuvre pour que la politique du première ministre soit présentée au mieux. C’est celui qui règle les affaires les plus difficiles : la corruption, les menaces, les problèmes d’intégrité au sein du gouvernement. Il rédige les discours, parle avec la presse. Bref, il doit épouser parfaitement la manière de penser de Birgitte. Malgré quelques petits accrochages en début de saison, les deux personnages se complètent parfaitement bien, leur duo fonctionne à merveille même dans le conflit qui les fait avancer (on voit bien quand leurs idées sont opposées).

Intègre 

La série se développe surtout autour de la question de l’intégrité, comment la conserver au pouvoir (et pour y accéder), comment garder une vie, un mari, une famille et une politique intègre quand on est première ministre et qu’il faut sans cesse jouer entre idéalisme et réalité politique ?  Comment garder sa ligne de conduite entre alliances et discours télévisés ? On voit donc Birgitte négocier, être dans la tourmente, mais on la voit rarement renoncer. Elle est ballotée, décriée, à l’image des personnages de Baron noir, l’exercice du pouvoir n’est ici qu’une longue déconvenue pour ceux qui, au prix d’un long combat, y accèdent. Les obstacles d’ordres professionnel et privé se dressent donc face à Birgitte et la démonstration est toujours faite des questions qui la traversent et de la manière dont elle résout certains dilemmes qui ont une influence sur les choix qu’elle fait pour le plus grand nombre. Cela concerne des sujets aussi vastes que le retrait des troupes d’Afrique, la prostitution, la pénalisation des mineurs…

L’ivresse du pouvoir

Le scénario recèle de petites pépites, d’intrigues, et développe des personnages tous aussi complexes que passionnants. Ne tombant jamais dans le cliché facile, la série offre un regard pertinent sur la politique, ses mécanismes et sur le rôle de la presse. Tout au long des trois saisons, on découvre que la politique, tout comme la vie et le journalisme, est un combat, celui où l’on doit toujours anticiper des coups que, pourtant, on ne peut voir venir. Birgitte avait les pieds sur terre, elle cherchait toujours un équilibre dans sa politique, il semblerait que la saison 4 explore la question de « l’ivresse du pouvoir », voyons comment, neuf ans après, l’échiquier politique danois aura évolué. Surtout, la fascination pour la chose politique n’aura de cesse de construire, au cinéma, les liens entre ceux qui dirigent et la vie réelle. On pense ainsi au récent Les promesses avec Isabelle Huppert,  une autre manière de se confronter au réel en politique. C’est surtout le goût du pouvoir qui est sans cesse interrogé, puisqu’on avait laissé Birgitte, en fin de saison 3, prête à repartir à l’affrontement électoral.

Borgen : Bande annonce

Borgen : Fiche technique

Borgen décrit les batailles politiques pour le pouvoir au Danemark et les sacrifices personnels qu’elles entraînent. Le personnage principal, Birgitte Nyborg, est une femme politique qui a permis à son parti d’obtenir une victoire écrasante. Elle doit maintenant répondre aux deux plus importantes questions de sa vie : comment utiliser au mieux cette majorité et jusqu’où peut-on aller pour obtenir le pouvoir…

Créée par : Adam Price
Interprètes : Sidse  Babett Knudsen, Birgitte Hjort  Sorensen, Pilou Absaek, Mikael Birkkjaer, Thomas Levin, Soren Malling
Durée : 3 saisons / 30 épisodes de 52 minutes
Diffusion : Arte entre 2010 et 2013 et prochainement saison 4 sur Netflix

 

La colline où rugissent les lionnes de Luàna Bajrami: une quête enflammée de liberté

3.5

La colline où rugissent les lionnes est un film de jeunesse, de désir, d’été, mais c’est aussi un film hanté par l’avenir, la mort. Trois héroïnes le peuplent dans un Kosovo hostile aux rêves d’émancipation des jeunes filles. Leur quête de liberté devient alors aussi enflammée que dangereuse.

Le cri 

La colline où rugissent les lionnes est le premier film de Luàna Bajrami, la jeune et excellente actrice de Portrait de la jeune fille en feu ou encore Les 2 Alfred. La jeune actrice et réalisatrice de vingt ans revient dans son Kosovo natal pour filmer trois jeunes filles éprises de liberté et comme brisées dans leur rêve d’émancipation. Un récit de jeunesse que la réalisatrice veut universel : « Je voulais un film à l’image de tous ces jeunes. Je veux qu’on les entende. Je veux qu’on nous entende. Ce village au Kosovo n’est qu’un contexte réaliste, pour conter les tumultes de ces jeunes cœurs fougueux. Li, Qe et Jeta, les protagonistes, incarnent cette jeunesse » (extrait du dossier de presse). Son regard est porté par celui de Léna, qu’elle incarne dans un court rôle, qui observe ces filles, les comprend, mais se rend compte du surplus liberté qu’elle détient au-delà de l’espace sauvage (et de la sauvagerie en elles) qui entoure Li, Qe et Jeta. En effet, Lena (comme Luàna Bajrami) vit en France et ne retourne plus au Kosovo qu’en vacances. Elle partage avec Qe un livre de Zola sur l’ascension et la chute d’une femme, dit-elle, qui n’a fait que « frôler » la belle vie. Léna confie qu’elle a l’impression d’avoir vécu toutes les émotions de ce personnage. Une manière de se définir comme celle qui regarde, qui contemple, tout en vivant des émotions proches de ses amies d’un jour.

Elan

Sur le thème de la fuite, du désir d’ailleurs des jeunes femmes, qu’on retrouve dans des récits cinématographiques tels que Mustang ou Fucking Amal, la réalisatrice fait un film intimiste, touchant et hanté par la mort. Il semble que le cri poussé par les filles sur la colline, et ce dès la première séquence, est comme annonciateur d’une vitalité qui sait qu’elle doit se dépêcher de s’exprimer. Dès lors, tout le film est aussi tendu que solaire. La colline où rugissent les lionnes baigne dans une urgence permanente que son rythme, tantôt lancinant – dans les scènes où les filles sont chez elles ou attendent – tantôt vibrant quand elles s’échappent à trois (avec Zem), tend à faire oublier. Cela n’en rend la dernière tirade/image que plus marquante, déroutante. Li, Qe et Jeta se projettent en avant sans avoir le loisir de planifier leur avenir, elles ne peuvent que chercher à donner un grand coup de canif dans leur quotidien. On pense sans cesse aux adolescentes de 17 filles qui, dans l’éternelle litanie de leur vie, décident de toutes tomber enceinte en même temps. Leur liberté de choix est autant réelle qu’imaginaire, elles se savent aussi condamnées à être mère à 16 ans, mais se veulent ensemble, pour toujours, sans se faire dicter leur conduite.

Bande de filles

Ici, l’attente, le rejet de la société, donnent naissance à un gang, « les lionnes de la colline », par lequel les filles s’offrent une virée. Les filles sont souvent présentées ensemble comme dans des tableaux, des scènes chorégraphiées, baignées de lumière. Là où la maison est un lieu de violence, de peur, la caméra se fait alors plus instable. L’appel du dehors est pur, grand, salvateur. Li, Qe et Jeta dévorent la vie, mais quelque chose les empêche aussi de trop s’éloigner. Comme si elles étaient attirées par cette colline où elles rugissent, ce lieu berceau de leur histoire, de leur désir d’émancipation. Luana Bajrami filme des instants de vie comme volés où l’on voit aussi à travers les yeux des protagonistes. L’idée est de ressentir, parcourir la vie de ces filles, les décors qui les entourent. Une complicité magique les lie, que la réalisatrice filme dans des plans toujours plus au cœur du cercle d’amies. Quelques clins d’œil aussi parcourent le film, comme ce jeu de cartes, symbole d’une sororité consolatrice (on pense forcément à la scène de Portrait de la jeune fille en feu).

Tout au long du film, le spectateur vit au jour le jour avec les filles. Peu à peu, le regard de Léna s’éloigne (elle les découvre) pour devenir celui de la colline qui entourne les filles (nous vibrons avec elles) : « mon but était de permettre de voir et non de montrer. C’est comme si nous étions avec les filles, que nous vivions avec elle, que nous les accompagnions ». C’est ainsi que pendant un instant suspendu nous croyions plus fort que tout, comme Qe, Li et Jeta, qu’un autre destin est possible, libre et fougueux. La musique englobe le film, lui offre un rythme, que l’enchaînement des scènes, des moments vécus, vient accompagner. La colline où rugissent les lionnes est fait de fulgurances, de moments bénis, de violence, de départs nécessaires, mais c’est surtout un premier film généreux, fort et intense.

La colline où rugissent les lionnes : Bande annonce

La colline où rugissent les lionnes : Fiche technique

Synopsis : Quelque part au Kosovo, dans un village isolé, trois jeunes femmes voient étouffer leurs rêves et leurs ambitions. Dans leur quête d’indépendance, rien ne pourra les arrêter : le temps est venu de laisser rugir les lionnes.

Réalisation : Luàna Bajrami
Scénario : Luàna Bajrami
Interprètes : Flaka Latifi, Uratë Shabani, Era Balaj
Photographie :Hugo Paturel
Montage : Michel Klochendler
Production :Vents contraires, Orëzanë Films
Distributeur : Le PacteDurée : 83 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 27 avril 2022

« Xiu » : dans les entrailles de la bête

Second tome du triptyque Dans le ventre du Dragon, « Xiu » réunit Mathieu Gabella et Christophe Swal pour donner suite aux aventures de Phyl, Xiu et Udo, à l’intérieur d’une créature gigantesque aux pouvoirs encore insoupçonnés.

Au départ, il y avait Phylogène d’Esquamate, fils de scientifiques dracologues, Wei, pirate chinois capable de dresser les dragons, sa sœur Xiu, placée au centre de ce tome, et Udo von Winkelried, descendant d’une lignée de chasseurs de dragons. Tous ont convergé dans un même but : terrasser un cracheur de feu géant. Pour y parvenir, ils n’avaient d’autre choix que de pénétrer à l’intérieur de la créature, le début d’une aventure menée tambour battant, seulement entrecoupée par les flashbacks d’exposition qui donnent de la chair aux différents protagonistes.

L’univers de Dans le ventre du Dragon comporte quelques particularités éventées dès le premier tome : les écailles de dragon se transforment en or après leur mort, leurs excréments constituent des pierres précieuses et la draconnite permet de communiquer par le regard. Dans un album aux teintes jaunes-orange dominantes, les protagonistes mis en scène par Mathieu Gabella et Christophe Swal vont faire la rencontre, dans les entrailles de la bête, avec les Salamandres, des hommes avalés par le dragon, transformés par lui (en s’adaptant à leur environnement à la faveur de la pierre philosophale) et concourant désormais à sa survie.

On comprend tôt que les intentions des uns s’inscrivent à rebours de celles des autres – et qu’un conflit est dès lors sur le point d’éclater. Assistant au « grand œuvre », Xiu et ses amis vont découvrir le rôle prépondérant de la créature qui les a absorbés en même temps que le lecteur, lui, scrute son horizon intérieur, avec force détails. Ces péripéties forment un arc narratif qui alterne avec l’histoire de Xiu, une tragédie familiale où la tutelle paternelle, le mariage arrangé ou encore l’hybridation via la maternité auront pignon sur rue.

Rythmé, installant définitivement l’intrigue, ce second tome de Dans le ventre du Dragon se conforme à son prédécesseur, en donnant de la chair à des personnages auxquels les auteurs font vivre des aventures excitantes. Il faudra toutefois attendre le troisième et dernier volume pour juger de la consistance d’un triptyque agréable mais quelque peu lacunaire.

Dans le ventre du Dragon : Xiu, Mathieu Gabella et Christophe Swal
Glénat, mai 2022, 48 pages

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3

Hound Dog, un chien encombrant

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Inspiré par le titre d’une chanson d’Elvis Presley (la musique compte visiblement beaucoup à ses yeux), le dessinateur Nicolas Pegon nous entraîne dans l’Amérique profonde, pour une histoire un peu délirante et surtout révélatrice d’un état d’esprit typique de notre époque.

L’histoire met en scène deux paumés, César et Alex (dont il faut attendre la page 59 pour connaître les prénoms), sans véritable attache. César (géant, la quarantaine, brun, barbu moustachu mais le crâne bien dégarni) se réveille un matin, avec chez lui un chien qu’il n’a jamais vu. Chez lui vit également un jeune homme (son fils ?) qui passe son temps immergé dans des jeux de réalité virtuelle. Impossible de compter sur lui pour le renseigner. Aucune piste non plus du côté d’Alex, rouquin moustachu avec un ventre de buveur de bière et qui n’est autre que son voisin. Le chien les embarrassant plus qu’autre chose, César et Alex se mettent en tête de le rendre à son légitime propriétaire. À noter quand même que ce chien ne ressemble pas vraiment au basset à l’air tristounet que le titre suggère. L’explication pourrait venir du fait que, visiblement, notre duo s’y connaît davantage en ce qui concerne le répertoire d’Elvis Presley que sur les caractéristiques physiques des chiens. D’ailleurs, Alex n’hésite pas à qualifier de connards les propriétaires canins, allant jusqu’à citer Vladimir Poutine comme exemple (information dont je laisse l’entière responsabilité au dessinateur, sachant qu’à l’heure actuelle, un qualificatif aussi anodin ne convient plus pour ce menteur cynique, bourreau des Ukrainiens à l’effarante capacité de nuisance). On remarquera au passage qu’Alex ne semble pas s’entendre avec beaucoup de monde…

Une enquête qui s’impose

C’est le hasard qui mettra César et Alex sur la piste du propriétaire du chien. Par contre, cela ne résout pas leur problème, car cet homme est mort. À vrai dire, cela va surtout rajouter une composante au problème, car ils soupçonnent bientôt que cet homme soit mort assassiné. Voulant remettre le chien à un proche, les voilà dans la position de deux enquêteurs improvisés.

Début XXIè siècle

Ce que Nicolas Pegon propose, c’est une virée dans l’Amérique profonde d’aujourd’hui. Dans ce pays des grands espaces, on peut vivre et mourir dans l’indifférence générale. Soit dit au passage, le message fonctionne peut-être mieux parce que l’intrigue se situe aux États-Unis, mais le constat sur la solitude et l’indifférence peut se transposer à peu près partout dans le monde d’aujourd’hui. Ce monde est tristounet (à l’image du Hound Dog) et les couleurs choisies par le dessinateur en rendent parfaitement compte (les décors sont à l’avenant, voir l’illustration de couverture). Dans ce monde, il n’est pas rare de parler dans le vide. L’univers de la publicité est passé par là, avec son clinquant (les panneaux publicitaires, bien présents) et ses paroles à prendre avec des pincettes vu tout ce que les slogans ont cherché à nous faire croire depuis des décennies. Le personnage sur lequel enquête notre duo est donc un de ces individualistes plus ou moins revenus de tout, qui vivait en solitaire dans une maison avec son chien. On devine qu’il pouvait être plus à l’aise avec les animaux qu’avec les hommes.

Émergence d’un style

Malgré ses 200 pages, l’album se lit rapidement, en particulier parce qu’il ne comporte pas trop de texte, assumant le choix d’une ambiance maussade (les personnages se caractérisent par une tendance à un humour pas vraiment fin) et des dessins plutôt gros dans l’ensemble (avec une base de trois bandes par planche et jamais plus de deux vignettes par bande). Avec son trait bien net, Nicolas Pegon flirte avec le style caractéristique de la ligne claire. On note quand même un goût certain pour un travail sur les jeux d’ombres, le dessinateur aimant dans certains cas marquer davantage les formes que les traits en noircissant par zones. D’autre part, son travail sur l’ambiance générale se fait par touches successives. Après ce chien venu de nulle part, nous avons donc le gamer en réalité virtuelle qui semble y passer tout son temps de loisirs, les spécialistes médicaux que César s’acharne à consulter parce qu’il devient insensible d’un bras, alors qu’invariablement il obtient le même avis : il n’a rien. Nous avons également une femme au physique androgyne qui vit déjà dans un monde post-apocalyptique. Et puis, nous avons bien sûr celui sur qui notre duo enquête et qui vivait tellement isolé qu’obtenir un témoignage à son propos relève de l’heureux concours de circonstances. On note aussi que les personnages croisés par notre duo arborent quasiment tous le masque de l’impassibilité.

Quelques observations pas anodines

Enfin, on note que si ses idées passent plutôt bien, le dessinateur fait le choix d’un prologue sans lien direct avec le corps narratif de l’album. Le lien se fait néanmoins par un objet et par ce qu’il amène, ainsi que par l’état d’esprit qu’il met en avant. De même, Nicolas Pegon conclue l’album par un retour en arrière, seule solution pour qu’on comprenne ce qui s’est effectivement passé au moment du drame. Enfin, le lien avec Elvis Presley se situe au niveau des fantasmes, ainsi que de quelques détails. On pense ainsi à son surnom (Le king), quand le gamer annonce que dans son jeu, il est le roi du monde.

Hound Dog, Nicolas Pegon
Denoël Graphic, avril 2022



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3.5

« Space Connexion » : recueil galactique

Les éditions Glénat publient Space Connexion, du scénariste El Diablo et du dessinateur Romain Baudy. Cet album comprenant plusieurs récits se caractérise par un rythme échevelé et des thématiques spatiales.

Enlèvement de scientifiques par des forces extraterrestres, guerre intergalactique miniaturisée se soldant sur un terrain de golf, activités d’une station de forage entravées par d’étranges occupants, pandémie et rejet des aliens : dans Space Connexion, El Diablo et Romain Baudy prennent appui sur l’au-delà pour concevoir une série de récits rythmés et volontiers absurdes, souvent plus sophistiqués qu’il n’y paraît.

« Abduction » présente ainsi des scientifiques entièrement nus discourant entre eux sans la moindre pudeur. Le très bref « Coup d’approche » se joue des proportions pour intégrer un opéra spatial dans l’immensité… d’un terrain de golf. « Les Gardiens » fond des considérations écologico-capitalistiques dans un cadre à la The Thing (John Carpenter, 1982) et rompt son réalisme par l’irruption soudaine du fantastique. « Pandémie » présente un monde post-apocalyptique voué à disparaître en raison de la peur primaire que les hommes expriment vis-à-vis de l’autre, de l’altérité.

Très réussi sur le plan graphique, l’album du scénariste El Diablo et du dessinateur Romain Baudy prend un malin plaisir à tourner en dérision les comportements humains, révélés sous la lumière profuse des extraterrestres. Dans « Abduction », les divisions nées parmi des hommes en situation de crise auront raison d’eux : les aliens considèrent qu’ils n’ont pas les qualités requises pour rejoindre une obscure Alliance galactique. Dans « Les Gardiens », l’instinct de prédation industriel, qui dévaste la nature, va au bout de sa logique en menaçant directement les autochtones d’un site de forage. Dans « Pandémie », c’est une humanité arc-boutée et décimée par un virus qui se trouve en butte contre l’ignorance et l’incommunicabilité. « Aucun sens de l’action collective, et leurs organes reproducteurs semblent régir la plupart de leurs décisions », résume pour nous un membre de l’Alliance galactique.

Manifestement influencé par le cinéma et les séries télévisées (potentiellement X-Files et Les Simpson, notamment), Space Connexion comporte son lot de vignettes spectaculaires, les moindres n’étant certainement pas celles opposant des créatures extraterrestres à des fourmis apparaissant gigantesques en regard de leur petitesse. El Diablo et Romain Baudy font le travail et initient une série plutôt engageante, dont ce premier tome, ironiquement intitulé « Darwin’s Lab », s’avère prometteur quant à la suite.

Space Connexion, El Diablo et Romain Baudy
Glénat, mai 2022, 64 pages

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3.5

« Le Mirage de la croissance verte » : voie sans issue ?

Les éditions Delcourt publient Le Mirage de la croissance verte, d’Anthony Auffret. Il y est question de la compatibilité, fantasmée ou non, entre la préservation de l’environnement et la croissance économique.

Un monde fini, une croissance infinie, la perspective d’une stagnation séculaire. Le Mirage de la croissance verte met en vignettes ce que bon nombre d’économistes et de chercheurs ont problématisé, de Donella et Dennis Meadows à Kenneth Boulding en passant par Daniel Cohen. Scénariste et dessinateur, Anthony Auffret entreprend un patient travail de vulgarisation. Celui-ci commence par la croissance verte qu’il dépeint en « mirage » dans le titre de son album : en s’appuyant sur l’innovation technologique, la croissance verte est censée réconcilier le développement économique et la préservation de notre environnement. Un alliage antinomique qu’il questionne avec légèreté, et beaucoup d’à-propos.

L’auteur commence par circonscrire le débat. Le PIB est un outil célébré de toutes parts, mais il demeure obstinément sourd aux inégalités sociales, au bien-être des populations ou encore à l’espérance de vie. Pis, il fait fi du bénévolat, de l’éducation des enfants ou encore de la nature, privés de valeur dès lors qu’ils sortent d’une logique marchande et comptable. Anthony Auffret énonce ensuite cette réalité douloureuse : notre croissance est dépendante à une énergie dont environ 80 % demeure d’origine carbonée. Découpler la croissance du PIB des émissions de CO2 n’a dès lors rien d’une sinécure. Recyclage, énergies alternatives et bonnes volontés ne suffiront probablement pas à limiter les catastrophes naturelles et à empêcher les scénarios pessimistes du GIEC.

Ratissant large, Le Mirage de la croissance verte évoque le cas de Nauru, rendue riche par le phosphate avant de décliner irrémédiablement, les ressources non conventionnelles, plus difficiles d’accès et coûteuses en énergie comme en argent, l’intermittence des ENR et leur pollution en amont, l’hypothèse lointaine de la fusion nucléaire, l’externalisation des activités polluantes par des pays comme la France ou encore le recours à l’hydrogène, serpent de mer énergétique dont on peut questionner les origines (énergies fossiles) ou les écueils (difficile à stocker, très inflammable). L’album épingle la grande accélération du siècle passé et déplore que l’énergie économisée çà et là soit réinvestie, le plus souvent, à la faveur d’un effet rebond logique mais mortifère.

Partant, faudrait-il changer nos habitudes ? Augmenter la durée de vie des objets quitte à rompre avec l’innovation technique ou les modes ? Anthony Auffret n’a aucune solution clé en main à sortir d’un chapeau magique, mais il a le mérite de baliser la discussion : faire reposer le salut de l’humanité sur une hypothétique croissante verte reviendrait, dans une large mesure, à élargir les œillères qui déjà, aujourd’hui, nous empêchent de scruter les à-côtés de l’économie de marché.

Le Mirage de la croissance verte, Anthony Auffret
Delcourt, mai 2022, 152 pages

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3.5

Le Masque du démon, de Mario Bava, vous terrifie en Blu-ray chez Sidonis Calysta

Retour sur le premier long métrage officiel de Mario Bava, Le Masque du démon (La Maschera del demonio), sublime œuvre d’horreur gothique à (re)découvrir dans une riche édition médiabook Blu-ray + DVD signée Sidonis Calysta.

Synopsis : Marquée au feu rouge, un masque de bronze hérissé de pointes sur le visage, la sorcière Asa jette, avant de rendre son dernier souffle sur le bûcher, un sort à ses bourreaux. Trois siècles après son exécution, quelques gouttes de sang frais tombent sur ses restes. Il n’en faut pas davantage pour réveiller la servante de Satan qui multiplie les victimes dans la région, pressée de transférer son esprit maléfique dans le corps de la princesse Katia, sa descendante…

Gothic Bava

À la fin des années 50, le directeur de la photographie Mario Bava a sauvé de nombreuses productions en prenant en main leur réalisation suite au départ de leurs cinéastes pour des raisons diverses et variées : un problème contractuel pour Jacques Tourneur sur La Bataille de Marathon (1959) ou encore des problèmes de santé pour Riccardo Freda sur Caltiki, le monstre immortel (1959). On propose alors à Bava, l’un des futurs grands-parents du giallo comme du slasher, de réaliser son premier long métrage officiel, en remerciement de ses services. Un premier long qui va marquer les codes d’une carrière riche en couleurs – au figuré comme au sens littéral du terme.

Le Masque du démon vous plonge dans un récit gothique où les corps nécrosés en pleine résurrection croisent la légende chrétienne d’un mal pas tout à fait entériné et à l’origine d’une malédiction, avec un tableau Wilde-ien derrière lequel se cachent de terribles histoires d’inceste et de rites infernaux. Dans une œuvre au noir et blanc expressionniste – lui permettant d’éviter une certaine censure (que la version américaine tend à embrasser) –, Bava présentait ainsi un premier éventail de thématiques terrifiantes qui allaient dessiner une œuvre gothique baroque, vive, inspirée et inspirante (de Dario Argento à Tim Burton), dont le travail de l’épouvante allait dépoussiérer un genre pourtant en pleine renaissance du côté des Britanniques avec les œuvres à succès de la Hammer, et notamment celles du génial Terrence Fisher, qui fut par ailleurs une source d’inspiration pour Bava.

Comme le note justement le passionné et passionnant Christophe Gans dans son retour sur le film (l’un des riches bonus de l’édition), Mario Bava était plus un réalisateur intéressé par la mise en scène de ses éléments mythologiques que par l’installation claire et cadrée – et notamment dialoguée – de ceux-ci. Il ajoute que Bava, malin, construisait au fur et à mesure sa mythologie par la mise en scène. Complétons qu’au fond, Mario Bava n’était peut-être pas toujours clair sur les pouvoirs et capacités de ses créatures, mais il savait les installer progressivement par le langage du cinéma.

« Ut pictura poesis » (« comme la peinture, la poésie ») et plus encore, Bava n’avait pas besoin de dialogues, il avait mieux, le cinéma. Par un sens du cadrage élaboré, un montage malin (voir la découverte du tableau « vivant » non dans son entièreté mais par un morceau), et un travail sur la perception des matières (mortes comme vivantes), Bava déploie un arsenal d’outils cinématographiques pour dépasser facilement des contraintes budgétaires et nous permettre d’expérimenter un efficace récit du mal implicite et explicite, dont l’origine ancienne n’est pas sans évoquer un autre ponte de la terreur, H.P. Lovecraft.

Séquence d’ouverture du film dont la brutalité en marqua et marquera plus d’un(e) – Le Masque du démon (Mario Bava, 1960)

Le Masque du démon en Blu-ray

Sidonis Calysta a mis les petits plats dans les grands en proposant ce que de nombreux cinéphiles considèrent comme étant l’édition vidéo ultime du Masque du démon, en attendant, qui sait, une redécouverte en UHD 4K dans quelques années (voire décennies).

Le film est ici présenté dans ses deux versions, la version originale grandiose et celle américaine beaucoup plus sage dans son montage avec une bande-son moins en phase cependant signée par Les Baxter à qui l’on doit les sublimes partitions à la fois romantique et terrifiantes des non moins magnifiques adaptations des œuvres d’Edgar Allan Poe signées Roger Corman : La Chute de la Maison Usher, Le Puits et le Pendule, Le Masque de la mort rouge, entre autres. Les différences sont d’ailleurs recontextualisées par l’un de nos grands spécialistes de Mario Bava, Bruno Terrier, notamment gérant de la boutique cinéphile Metaluna Store.

Les deux versions se présentent avec des rendus vidéo qui peuvent sembler équivalents. On note toutefois qu’une scène du film et les plans avec titrages italiens proviennent de sources SD ici upscalées. Aussi la teinte n’est pas tout à fait identique : un noir et blanc avec une tendance magenta du côté de la copie italienne contre une tendance verdâtre pour la version américaine. Avec leur reprise de masters déjà édités chez Arrow il y a déjà quelques années puis chez l’Allemand Koch Media, Sidonis Calysta écrase l’édition DVD dont les Français devaient se contenter.

Le rendu visuel très convaincant est soutenu par des pistes sonores propres et dynamiques, desquelles la version originale italienne sort tout de même gagnante avec un meilleur équilibre. On félicitera toutefois l’éditeur pour la présence de l’excellent doublage français sur le montage original du film.

L’expérience du film est enfin richement complétée par ses bonus : une présentation académique d’Olivier Père qui tend à se répéter tant sur le film que sur le cinéaste ; la passionnante comparaison contextualisée des versions par Bruno Terrier ; la présence des bandes-annonces originale, américaine et britannique ; un entretien avec l’actrice principale Barbara Steele qui évoque ses souvenirs de tournage, sa prestation qu’elle regrette mais qui permet pourtant de sacraliser la sorcière qu’elle incarne. On trouve aussi, comme cité plus haut, un passionnant retour sur le film par Christophe Gans qui revient en profondeur sur le film et notamment sur le caractère déterminant et le travail du cinéaste. Enfin, édition mediabook oblige, on trouve un livret – de près de cinquante pages – signé Marc Toullec, un habitué des éditions vidéo (et notamment d’ESC), qui revient en texte et en images sur le film, de sa genèse à ses effets spéciaux, de la version américaine puritaine à l’expérience de l’actrice Barbara Steele, de son importance dans l’histoire du cinéma à l’admiration qui lui est portée par de nombreux grands cinéastes tels que ceux suscités. Vous imaginez bien que des compléments tendent à se répéter même si chacun des intervenants possède un ton qui lui est propre et chacun y va de son point de vue qui va différer dans les détails.

On ne peut ainsi que vous conseiller d’acquérir une telle édition. En effet, que vous soyez cinéphiles, fans de cinéma d’épouvante ou plus précisément gothique, ou encore néophytes, cette édition du Masque du démon signée Sidonis Calysta devrait vous combler.

Bande-annonce – Le Masque du démon (Mario Bava, 1960)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

BD-50 – MPEG-4 AVC – 1080p HD – Langues : Italien et Français DTS-HD Master Audio (version originale) ; Anglais DTS-HD Master Audio (montage américain) – sous-titres français – 1960 – Italie – Durée : 1h27 (version originale) / 1h23 (montage américain)

COMPLÉMENTS

Présentation d’Olivier Père (29 mn)

Le film vu par Christophe Gans (41 mn)

Les différentes versions du film par Bruno Terrier (14 mn)

Entretien avec Barbara Steele (9 mn)

Bande-annonce originale (3 mn)

Bande-annonce américaine (2 mn)

Bande-annonce britannique ( 3 mn 27 s)

Livret signé Marc Toullec (48 pages)

Sortie le 24/03/2022 – prix de vente conseillé : 29,99 €

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5

Coupez ! de Michel Hazanavicius ! : Transformer le zombie en or

Le nouveau Hazanavicius – Coupez ! – s’empare du cinéma de genre en proposant le remake du film japonais Ne Coupez Pas ! A la clé : une œuvre délirante et caustique où le nanar devient le terreau symbolique d’une réflexion philosophique bien réelle sur l’origine de l’art (cinématographique).

Synopsis : Rémi Bouillon, réalisateur de commande, se voit confier le soin d’adapter un célèbre court-métrage horrifique nippon. Alors que le tournage débute, les choses dégénèrent bientôt de façon inattendue.

Quand The Artist s’attaque au cinéma nippon

COUPEZZZZZZ ! Chacun a un jour entendu dans sa vie, à la télévision ou au cinéma, cet impératif devenu aujourd’hui l’interjection culte d’un univers fantasmé. Michel Hazanavicius élève la célèbre formule au rang d’œuvre d’art avec Coupez ! Pour la première fois de sa carrière, le réalisateur ose le pari risqué du remake en adaptant le film nippon Ne Coupez pas ! de Shin’ichirō Ueda (2018). Bénéficiant d’un budget de quelques milliers de dollars, cette comédie horrifique japonaise, tournée en seulement huit jours par un groupe d’étudiants, avait cartonné lors de sa sortie en remportant près de 26 millions de dollars au box-office.

Le tournage d’un film de zombie se voit troublé par l’irruption inattendue de vrais zombies sur le plateau. Armé d’un casting nettement moins anonyme, mené par Romain Duris et Bérénice Béjo, le cinéaste reprend le déroulé de l’œuvre originale, non sans lui apporter quelques changements. Dès les premières minutes, Coupez ! déconcerte son public. Entre le sur-jeu des acteurs, les décors rudimentaires et le cadrage indigeste, on se demande si le film n’est pas en train de sombrer, en bon Titanic du nanar. Les connaisseur.se.s de l’œuvre japonaise n’y verront que le commencement logique (et humoristique) d’un film qui se lit à la manière d’un puzzle.

Coupez ! constitue une mise en abyme du cinéma (de série B). Composé de trois parties, à la fois autonomes et interdépendantes, le film retrace la genèse du court-métrage Coupez ! réalisé par le cinéaste Rémi Bouillon (Romain Duris) et son équipe. Nous découvrons, dès les premières minutes, de façon antéchronologique, un court-métrage nanardesque situé entre The Walking dead (2010-2022) et Bienvenue à Zombieland (2011). L’œuvre entame ensuite un virage à 360 degrés, loin du sang qui gicle façon Tarantino et des zombies titubants. On retrouve Rémi Bouillon (Romain Duris), réalisateur de commande, spécialiste du cinéma rapide et pas cher. Ce dernier est poussé par son producteur Fredo (Lyes Salem) à réaliser le remake d’un court-métrage à succès nippon. S’ensuit alors un tournage aussi rocambolesque qu’aventureux qui fonctionne comme une réponse hilarante au court-métrage du début.

Le Nanar, nouvelle métaphore du septième art ?

Coupez ! se plaît à mêler les histoires et autres niveaux de lecture. La métaphore côtoie en permanence la mise en abyme. Michel Hazanavicius n’a pas choisi de faire le remake d’une série B par hasard. En optant pour ce format, le cinéaste rend hommage à un cinéma de genre trop souvent discrédité par la critique académique privilégiant le « cinéma d’auteur ». Coupez ! constitue, en somme, un geste de (dé)construction ironique de la part d’un cinéaste, devenu l’égérie du cinéma d’auteur à la française. Coupez ! s’affirme, de fait, comme un mille-feuille qui, en célébrant les séries B fauchées et le gore, revient aux origines même du septième art.

Faire un film ne s’improvise pas (ou presque). Car, c’est bien sur le « presque » qu’insiste Michel Hazanavicius. Toute œuvre d’art est constituée de hasards (mal)heureux. Dans sa troisième partie, Coupez ! s’attache à montrer que le cinéma (et l’art avec lui) est mélange de préparation et d’improvisation. On ne peut bien souvent improviser que parce qu’on (s’) est préparé. En dépit de sa réputation, le nanar horrifique n’excepte pas la règle. Le cinéaste rappelle à qui mieux mieux que même le kitsch ne saurait être entièrement le fruit du hasard.

Michel Hazanavicius prouve que le nanar est un objet cinématographique capable d’introduire une nouvelle réflexion autour de nos standards en matière d’art. Qu’est-ce qui fait art ? De quoi ce dernier doit-il être le nom ? Les apparences dans l’art sont trompeuses et plus encore dans le cinéma où l’image est le premier véhicule des idées. Le nanar n’est pas un rebut artistique ni une ébauche de cinéma. Le statut officiel de Coupez ! – présenté ce mardi 17 mai en ouverture du 75e Festival de Cannes –suffit à prouver que le septième art ne saurait se passer de sa richesse.

Célébrer le cinéma (de genre) de A à Z

Coupez ! rend également hommage au système D qui constitue l’essence (trop souvent oubliée) du septième art. Utiliser un fauteuil roulant en guise de travelling, souffler dans un tuyau pour mieux faire gicler le sang, faire d’une cuite carabinée le terreau de l’horreur buccale : ce sont toutes ces trouvailles – qui nous font, au passage, hurler de rire – que célèbre le cinéaste. Que serait le septième art sans les trouvailles d’un Chaplin ou les inventions tarabiscotées de la Hammer ? Que serait, de fait, l’art sans celles et ceux qui le font ? Coupez ! met en valeur l’ensemble des personnes, depuis le réalisateur jusqu’à la cadreuse, qui s’investissent corps et âmes dans la création cinématographique.

Coupez ! célèbre l’ensemble des petites mains qui s’affairent dans l’ombre à la réalisation d’une œuvre d’art. Ce sont eux qui inventent des parades pour faire face aux multiples aléas qui frappent le tournage du court-métrage de Rémi Bouillon. L’œuvre emprunte ainsi les chemins de la comédie parodique. Michel Hazanavicius se moque (gentiment) du cinéma : de ses exigences parfois (pseudos) artistiques, de ses comédien.ne.s qui se prennent un peu (trop) au sérieux, de ses producteurs en mal de reconnaissance.

Entre les exigences de diva de l’acteur principal, les diarrhées intempestives du percheur ou le lumbago du cadreur : Coupez ! fout un grand pied (comique) à la machinerie bien huilée du cinéma. Rien ne se passe comme prévu et, pourtant, tout se passe pour le mieux. Telle est la magie du cinéma (de genre). Si l’interjection « Coupez ! » était jusqu’à présent la métaphore du cinéma, le Coupez ! de Michel Hazanavicius se présente comme la nouvelle métonymie (qui manquait au septième art), de celle qui (ré)affirme que le Nanar est au cinéma ce que Victor Hugo est à la littérature.

Coupez ! bande annonce

Coupez ! : fiche technique

Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022 et en fait l’ouverture.

Scénario et réalisation : Michel Hazanavicius
Interprétation : Romain Duris (Rémi, le réalisateur), Matilda Lutz (Ava), Bérénice Béjo (Nadia)
Photographie : Jonathan Ricquebourg
Montage : Mickael Dumontier
Musique : Alexandre Desplat
Production : Michel Hazanavicius, Brahim Chioua, Vincent Maraval
Sociétés de production : Getaway films, La Classe américaine
Société de distribution : La Pan Européenne
Date de sortie en salles : 17 mai 2022
Durée : 111 minutes
Genre : comédie, horreur

France – 2022

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