Romy, femme libre : Deux ou trois choses que nous ne savons pas d’elle

Difficile de parler de la vie de Romy Schneider sans la placarder dans le sempiternel cliché du « destin brisé ». Le documentaire Romy, femme libre de Lucie Cariès opère un virage à 360 degrés. En interrogeant le mythe « Romy Schneider », la cinéaste offre à la comédienne un magnifique écrin posthume qui lui permet de (ré)affirmer sa modernité autant que sa liberté.

(Dé)construire le mythe de la star

Cannes. Jour 2. En cette matinée ensoleillée du jeudi 17 mai 2022, alors que la Croisette peine à se remettre de la présence de Tom Cruise, venu la veille présenter la suite du mythique Top Gun, le public cannois a eu la chance de découvrir le documentaire de Lucie Cariès. Magiquement intitulé Romy, femme libre, le documentaire s’attache à déconstruire le mythe (malheureux) qui colle à la peau de l’actrice.

D’entrée de jeu, le documentaire casse les codes qui ont jusqu’ici prévalu dès lors qu’il était question de raconter la vie de la comédienne. Si la vie personnelle de Romy Schneider n’a cessé de fasciner, Lucie Cariès refuse le traditionnel misérabilisme que l’on associe au destin de la star. « Cela fait 40 ans qu’on nous la raconte, qu’on se la raconte sous l’angle du déterminisme, du drame annoncé, et c’est sûr qu’il y a eu drame, mais ce n’est tellement pas que cela Romy Schneider ! Or, on oublie qu’elle est vraiment une femme extrêmement combattante[1]. » explique Lucie Cariàs.

« Redonner la parole » à la femme derrière l’actrice

« Je désirais avancer en même temps qu’elle. Pour ce faire, j’ai essayé de me situer à l’intérieur de sa temporalité. Je voulais vraiment lui redonner son point de vue » ajoute la réalisatrice. Lucie Caries redonne la parole à une femme trop souvent spoliée par une narration médiatique avide de la classer dans la catégorie (rentable) des « destins brisés ». Nous y (re)découvrons ainsi la vie d’une femme qui ne manque pas de panache. Tour à tour épouse modèle ou signataire d’un manifeste pro-avortement, Romy Schneider n’aura cessé de (se) (dé)jouer des critiques comme des classifications.

Ni féministe ni antiféministe, l’actrice est un véritable « électron libre » qui, selon les mots de Lucie Cariès, refuse les étiquettes, mettant sa liberté au-dessus de tout. Le documentaire brosse le portrait d’une femme qui a fait de l’indépendance une exigence personnelle autant qu’artistique, et ce, à une époque où l’autonomie (financière et sexuelle et affective) des femmes constitue encore un débat de société.

Romy, femme libre mêle des images d’archive, pour la plupart inédites, qui donnent à voir une autre facette d’une actrice que l’on croit trop souvent connaître (à tort). Lucie Cariès tient à effacer cette collusion fallacieuse entre la femme et l’icône, l’actrice et son rôle. « Il y a eu une espèce de confusion, encore une fois, par les drames qu’elle a traversés à la fin et aussi par les rôles qu’elle endossait, au bout d’un moment parce qu’elle est devenue une tragédienne au sens noble du terme. Il y a eu une espèce de confusion entre sa vie et ses rôles » Le documentaire renouvelle la réflexion (ancienne) sur le pouvoir de l’image et sa puissance identificatrice. Si « le cinéma, c’est la vie » comme l’affirmait François Truffaut, il ne saurait se confondre avec elle.

Rosalie pour toujours

Romy, femme libre permet d’opérer un recul salutaire sur notre rapport aux acteur.trice.s. Par le choix des images, autant que par le soin du montage, Lucie Cariès décortique le mythe ou plutôt la construction de l’icône (féminine) cinématographique. La misogynie criarde qui se dégage de certains extraits n’est pas sans faire écho à celle qui agite encore (très largement) la scène médiatique actuelle. Ce faisant, la réalisatrice va à contre-pied des normes narratives traditionnelles (et sexistes) en s’éloignant de l’objectification attendue. « J’ai voulu me débarrasser de la beauté de Romy Schneider. C’est pour cela que j’ai souhaité commencer le documentaire par la phrase « Cela commence toujours par sa beauté. » Une fois qu’on a posé cela, on peut rentrer dans notre histoire. »

Ce choix de mise en scène permet, ainsi, d’explorer plus largement le lien qui nous unit à l’actrice. En interrogeant nos a priori sur Romy Schneider, le documentaire questionne du même coup les frontières entre le privé et le public, l’image et la réalité. Romy Schneider devient, en somme, par la force des images, la vectrice d’une réflexion autour du star-system d’hier et d’aujourd’hui.

« Quoi qu’elle joue, Romy Schneider, de toute façon, elle te donne » évoque, dans un sourire, Lucie Caries. Romy Schneider n’est ni une icône de papier glacé ni une plate antonomase, elle est un être dont la présence, la liberté et le talent continuent d’irradier notre quotidien. Ne dit-on pas que les étoiles ne meurent jamais ?

[1] Tous les propos en italique ont été recueillis lors d’une interview à l’occasion du  Festival de Cannes le jeudi 19 mai 2022. Le documentaire sera diffusé pour la première en clair sur France 3 le vendredi 20 mai 2022.

Romy, femme libre : Bande-annonce

Le film, Romy, femme libre de Lucie Cariès, fait partie de la sélection Cannes Classics 2022 : les documentaires.
Par Lucie Cariès et Clémentine Deroudille
Distributeur : France 3

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.