Les 2 Alfred de Bruno Podalydès : la vie en duo

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Avec Les 2 Alfred, le duo Podalydès nous livre une nouvelle fantaisie cruelle qui sait saisir les travers d’une époque, tout en luttant contre. Une sorte de conte portée par des duos qu’ils soient fraternels, amicaux, amoureux ou filiaux.

Reprendre le contrôle

Pouvoir rater, se tromper, recommencer . C’est comme cela que se présente Les 2 Alfred à ses débuts. L’alternative pour se relancer ? L’enfer du nouveau pouvoir : la start-up, les sigles à gogos et ce «no child » tendance qui aliène deux fois plus, même à l’heure des réunions en visio. C’est de ce constat, forcément encore plus fort aujourd’hui, que part Bruno Podalydès pour lancer son film. Son héros est complètement déphasé alors qu’autour de lui tout s’emballe, tout s’ubérise (sic !). Alors dans cette fable à la loufoquerie assumée (moins barrée peut-être qu’Effacer l’historique), les drones se posent un peu partout, les emplois s’enchaînent comme autant de services rendus où la concurrence est rude. Et trouver un emploi stable justifie de perdre une part de soi.

« Entrepreneur de lui-même »

Après ce constat, Bruno Podalydès se permet toutes les fantaisies, les cruautés mais surtout une grande tendresse qui fait du bien ! Tout fonctionne en duos, le père/la mère et son enfant, les deux doudous (les fameux 2 Alfred), les deux amis (qui sont aussi deux frères dans la vraie vie !), etc… C’est en créant ces duos indétrônables que Bruno Podalydès vient faire un pied de nez à cette start-up nation où le règne de l’individu s’écrit haut et fort ! Où, sous prétexte d’être un groupe, on est surtout soi face à ses chiffres, sa rentabilité. Dans l’univers aseptisé où l’on enjoint tout le monde à être soi-même, à être détendu, joyeux, en somme parfaitement calibré, l’individu s’efface tout en étant ultra autocentré. C’est un monde qui marche sur la tête alors Les 2 Alfred marche joliment et gentiment sur ce monde. Le film piétine tout cela pour revenir à ce qui fait le charme de chacun, comment il s’exprime justement dans la relation à l’autre.

Duos

Au-delà de ces moments tendres, l’entreprise en prend surtout pour son grade. Tout y est absurde, poussé à l’extrême, et pourtant tout paraît refléter la réalité. De la configuration des lieux aux réunions interminables en passant par les objectifs inatteignables. Mais aussi cette impression d’espionnage permanent où la vie privée n’a plus court, puisque la famille, c’est censé être l’entreprise. Alors on fouine, on se tire dans les pattes, pour finalement se rendre compte qu’on a plus besoin des autres qu’on ne le croit. Mention spéciale au duo Alexandre/Arcimboldo, mais surtout à celui, plus secret au départ, Séverine/Suzie. Les quatre acteurs : Denis Podalydès (toujours aussi attendrissant), Bruno Podalydès, Sandrine Kiberlain et Luàna Bajrami (qu’on a plaisir à retrouver après son rôle dans Portrait de la jeune fille en feu), s’amusent beaucoup, jouent ensemble telle une troupe qui, soir après soir, refait le monde à coup de slogans et de grande tendresse. Un tee-shirt en sera le symbole : « on ne sent pas ses chaînes, tant qu’on ne bouge pas ». Une petite pépite drôle et cruelle, à ne pas manquer à coup sûr !

Les 2 Alfred : Bande annonce

Les 2 Alfred : Fiche technique

Synopsis : Alexandre, chômeur déclassé, a deux mois pour prouver à sa femme qu’il peut s’occuper de ses deux jeunes enfants et être autonome financièrement. Problème: The Box, la start-up très friendly qui veut l’embaucher à l’essai a pour dogme : « Pas d’enfant ! », et Séverine, sa future supérieure, est une « tueuse » au caractère éruptif. Pour obtenir ce poste, Alexandre doit donc mentir… La rencontre avec Arcimboldo, « entrepreneur de lui-même » et roi des petits boulots sur applis, aidera-t-elle cet homme vaillant et déboussolé à surmonter tous ces défis ?

Réalisateur : Bruno Podalydès
Scénario : Bruno Podalydès, Denis Podalydès
Interprètes : Bruno Podalydès, Denis Podalydès, Sandrine Kiberlain, Luàna Bajrami, Yann Frisch, Leslie Menu, Michel Vuillermoz
Producteurs : Olivier Père, Pascal Caucheteux, Martine Cassinelli
Photographie : Patrick Blossier
Montage : Christel Dewynter
Sociétés de production : Why Not Productions, Arte France Cinema
Distributeur : UGC Distribution
Durée:92 minutes
Date de sortie : 16 juin 2021
Genre : Comédie

France – 2020

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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