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Rashōmon : Usual suspect au pays du soleil levant

Soixante-dix ans après avoir enflammé le Festival de Venise, le cultissime Rashomōn revient dans les salles obscures. L’occasion de (re)découvrir l’oeuvre phare d’Akira Kurosawa (et, avec lui, du cinéma japonais d’après-guerre).

Naissance et reconnaissance d’un chef-d’oeuvre

Il y a soixante-dix ans, un certain Akira Kurosawa raflait le Lion d’Or avec Rashōmon. Le Festival de Venise couronnait alors un cinéaste à part – et dont l’oeuvre cinématographique avait débuté quelques années plus tôt avec La Légende du grand judo (1943). Avec près de quarante films à son actif, Akira Kurosawa reste l’un des cinéastes les plus prolifiques qu’ait connu le Japon.

De la cérémonie des Oscars à celle des Baftas, en passant le prestigieux Festival de Cannes, le réalisateur a tout gagné, imposant aux quatre coins du monde une œuvre dense et éclectique. L’adjectif est de mise. Rashōmon en est, de fait, le parfait exemple. Inspiré de deux nouvelles de Ryūnosuke Akutagawa – Rashōmon et Dans le fourré (Rashōmon, 1965) – Akira Kurosawa se lançait dans le pari de l’adaptation cinématographique. Le réalisateur ne cessera plus, par la suite, de puiser dans la littérature allant de Dostoïevski (L’idiot, 1951) à Shakespeare (Le Château de l’araignée, 1957) en passant par Shūgorō Yamamoto (Sanjuro, 1962).

Ces quelques lignes ne sauraient rendre justice au génie de Kurosawa. Néanmoins, la ressortie surprise de Rashomōn qui – jusque-là – demeurait coincé dans les limbes d’édition DVD chères et difficiles d’accès, s’affirme comme une parfaite entrée en matière pour aborder le monde (dés)enchanté du cinéaste (et philosophe) Kurosawa. Le film part d’un banal fait divers. Problème : ce dernier n’est pas relaté de manière traditionnelle mais selon divers points de vue. Ceux-ci sont au nombre de quatre. Le public reçoit, en effet, tour à tour le témoignage du bandit, meurtrier et violeur présumé Tajomaru (Toshirō Mifune) et des deux victimes, le samouraï décédé (Masayuki Mori) et sa femme (Machiko Kyō).

Ces trois discours sont tour à tour rapportés par le fagotier Soma.uri (Takashi Shimura). Abrité sous la Porte Rashō (qui donne son nom au film), ce dernier revient, en effet, sur ce crime sordide, duquel il aurait été témoin, à la demande du prêtre Minori Chiaki (Tabi Hoshi) et d’un vagabond de fortune (Kichijirō Ueda). Si vous n’y comprenez pas grand-chose, pas de panique. Akira Kurosawa se plaît à brouiller les pistes. L’œuvre multiplie les flashbacks faisant s’alterner passé et présent, réalité et fiction. L’objectif n’est pas de savoir « qui a tué ? » mais de faire du crime un écrin de réflexion qui interroge la nature de la vérité autant que celle de l’homme. Il n’y a besoin de comprendre ce qu’il se passe à l’écran car les images parlent d’elles-mêmes (ou pas, selon l’humeur malicieuse du maître Kurosawa).

L’effet Rashomon (ou la condition humaine)

Si Akira Kurosawa peut se prévaloir d’être l’un des plus grands cinéastes de la péninsule nippone (et du monde), il est aussi passé maître dans l’art d’inventer de nouveaux concepts. Rashomōn invente un nouveau genre cinématographique autant qu’une nouvelle expression langagière. On parle aujourd’hui d’« effet Rashomon » pour désigner un évènement perçu de manière différente – si ce n’est carrément contradictoire – par les personnes qui sont impliquées.

En faisant entrer le cinéma dans le langage courant, Akira Kurosawa réussissait à réinventer le classique film choral en l’emmenant sur les cimes de la réflexion philosophique. Le cinéaste choisit sciemment de s’éloigner du traditionnel récit policier. La narration est disloquée, fragmentaire tout autant que lacunaire. Et pour cause puisque tout le récit repose sur un ensemble de discours (rapportés). Qui dit vrai ? Où se trouve la vérité ? Pourquoi le fagotier revient-il sur sa première version ? A-t-il quelque chose à se reprocher ? Le samouraï s’est-t-il suicidé ou a-t-il été assassiné (par sa femme et/ou par le brigand) ? Questions insolubles s’il en est. On l’aura bien compris. L’intérêt du film ne se trouve pas dans la résolution du crime mais bien dans l’interrogation judiciaire (et philosophique) que recèle ce dernier. Peu importe de savoir qui a tué car au fond personne – pas même le fagotier – ne le sait (et ne saura sans doute jamais).

Tel est peut être l’un des enseignements (s’il doit y en avoir) que Kurosawa fait passer à son public. Est-il (im)possible de connaître jamais la vérité ? L’homme est-il aussi fourbe qu’il est menteur. Tout porte(rait) à le croire à voir les personnages dépeints par le réalisateur. Ce dernier brosse un portrait peu reluisant de l’Humanité, prise en étau entre le mensonge éhonté, l’odieuse lâcheté et l’égoïsme froid. L’utilisation du flashback fait se superposer plusieurs réalités et niveaux d’interprétation. Dans ce gigantesque jeu de dupes, on ne sait guère plus où donner de la tête. La frontière entre la réalité et la fiction est, dans le film, plus que poreuse. Difficile dans ces conditions de déceler ce qui relève du vrai et du faux. Si aucun des personnages ne dit la vérité, cela veut-il dire que tous leurs témoignages se valent ? Juger d’un crime n’est pas chose facile. Juger de l’honnêteté (et de la culpabilité) des hommes l’est plus encore. Kurosawa s’inscrit dans le sillage de d’un Racine. A l’instar des héros de tragédies, telles que Phèdre, ses personnages ne sont « ni tout à fait coupables ni tout à fait innocents ». Leur culpabilité est à l’image de leur appartenance à l’Humanité : médiocre.

L’espoir fait vivre (ou pas)

Dans cette fresque hallucinée d’une Humanité désespérante (et désespérée), Akira Kurosowa ajoute un brin d’humour (noir). Le cinéaste s’enfonce délibérément dans une noirceur teintée d’un espoir aux fonds douteux. Après la nature humaine, c’est au tour de la religion d’en prendre pour son grade. N’en déplaisent aux superstitieux. La présence du prêtre n’y change rien. S’il semble être le seul de cette joyeuse bande à demeurer un tant soit peu honnête, il n’en reste pas moins suspect aux yeux du public. Si le crime commis, dans le film, entraîne évidemment avec lui une série de drames irréparables, il est aussi à l’origine d’un drame plus général. De nature plus métaphysique, ce dernier interroge, en somme, la possibilité qu’a l’homme (et plus généralement l’Humanité) d’être (totalement) innocente.

Cette question reste lettre morte. Et c’est peut-être tant mieux. Kurosawa se montre ici plus cartésien que jamais. Il pousse le doute jusqu’à son paroxysme.

Délestée des flashbacks et autres effets de montage, la fin du film constitue à elle seule une démonstration du génie du cinéaste. Rien n’est affirmé : seules subsistent des hypothèses. L’apparition miraculeuse d’un nouveau-né s’affirme comme la cerise sur la gâteau d’un film qui n’y va pas de main morte quand il s’agit de dévoiler les masques. Kurosawa s’autorise alors la référence explicite. Son clin d’oeil à la Naissance du Christ navigue entre infinie tristesse et timide espoir. La destinée de l’enfant est tout aussi incertaine que ne le sont les motivations de ceux qui se le disputent. Seul le prêtre conserve espoir. Il choisit de croire à la bonne foi du fagotier. S’ouvre alors la possibilité d’une île, sorte de purgatoire qui rétablit un peu de lumière dans un univers pluvieux et gris.

Représentation cubiste, en perpétuelle fragmentation, d’un seul et même fait divers, sur fond de réflexion philosophique (cartésienne), Rashomōn n’est un film comme les autres. Si l’espoir ne fait toujours vivre : grâce à Dieu, le cinéma (de Kurosawa) s’en charge.

Bande-annonce – Rashomōn

Fiche technique – Rashomōn

Réalisation : Akira Kurosawa
Scénario : Shinobu Hashimoto, Akira Kurosawa, d’après deux nouvelles de Ryūnosuke Akutagawa
Photographie : Kazuo Miyagawa
Décors : Takashi Matsuyama
Musique : Fumio Hayasaka
Interprétation : Toshirō Mifune (Tajomaru le bandit), Masayuki Mori (Tashehiro, le samouraï), Takashi Shimura (Soma.uri, le fagotier), Machiko Kyō (Masago, la femme du samouraï), Minoru Chiaki (Tabi Hoshi, le prêtre), Kichijirō Ueda (l’auditeur égoïste).
Genre : Drame
Pays : Japon
Durée : 1h28

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3.4

Soy Cuba : propagande, et alors ?

Le cinéma c’est sympa, même quand le film est orienté voire « choquant ». Parce que l’art ne fait pas la part des choses entre amour et haine, il nous offre certains de ses enfants qui peuvent certes ne pas être très beaux au demeurant, mais qui recèlent en réalité des qualités incroyables. Il faut voir de tout pour comprendre, car sans curiosité c’est tout de suite moins marrant.

Attention : cet article contient des spoilers. Ça serait dommage quand même.

I’m Cuba, and Vengeance.

Soy Cuba est un film de 1964 que j’ai découvert en m’intéressant plus en profondeur à la filmographie de Mikhaïl Kalatozov, après avoir vu son excellent Quand passent les cigognes. Ce qui m’avait interpellé, c’était l’aisance de la mise en scène, avec des mouvements de caméra absolument sublimes et une façon très élégante de filmer l’environnement et plus particulièrement la nature, la rendant vivante et authentique. A la mise en scène s’ajoute la photographie de Sergueï Ouroussevski, déjà présent sur Quand passent sur les cigognes, et qui rend le noir et blanc de Kalatozov vivant voire même étouffant de chaleur, Ouroussevski réussissant à faire transparaître la chaleur du climat cubain par une très forte luminosité.

J’étais donc impatient de voir Soy Cuba, non seulement du fait de mes attentes liées à Quand passent les cigognes mais aussi en raison de son format de film choral que j’apprécie beaucoup, nous présentant quatre histoires plus ou moins liées durant la révolution cubaine.

Mais Soy Cuba c’est avant tout une intro ; et quelle intro. Une nouvelle fois, Kalatozov réussit un exploit technique, d’abord en nous montrant le Cuba qui vit au niveau du sol près de l’eau et de la jungle ; le peuple pauvre et victime des inégalités du régime ; puis en nous immisçant dans une fête par le biais d’un long plan séquence qui se termine dans une piscine et qui permet de faire transition avec la suite du récit. Cela peut paraître bête, mais ce simple mouvement de caméra vers le bas, nous permettant de voir différents niveaux d’un bâtiment dans un même plan, m’a paru époustouflant. Le cadre est posé, le thème du film sera évidemment sur une révolution sociale.

Une crise à plusieurs niveaux

Les différents récits qui s’en suivent présentent les différentes facettes d’une crise menant inévitablement à une révolution ; il y a tout d’abord la rencontre de touristes américains avec des prostituées, dont l’un veut absolument voir où vit celle qu’il a choisie. Cette décision permet de faire le parallèle entre le luxe du club où se pavanent les touristes occidentaux et la pauvreté extrême de la population cubaine.

Nous nous retrouvons par la suite à suivre un producteur de cannes à sucre travaillant avec ses enfants. Ce dernier apprend rapidement que les terres qu’ils exploitent viennent d’être vendues par leur propriétaire à une entreprise américaine, le laissant démuni et sans moyen de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. La mise en scène retranscrit parfaitement la frénésie d’un homme en crise, avec notamment une superbe séquence durant laquelle la caméra accompagne le sabre à canne du paysan face au Soleil brûlant, retranscrivant ainsi parfaitement la furie de l’instant. Cette partie se termine par un immense incendie, symbole d’un régime mettant à mal ses travailleurs et leurs proches au profit de l’opportuniste américain.

Les Américains toujours, que l’on retrouve au début de la troisième partie en train de poursuivre une femme avant que cette dernière ne soit secourue par un jeune étudiant. Car si les Américains peuvent s’acheter les corps et les terres des Cubains, il s’agit ici désormais de voir la réponse de la jeunesse. Cette partie offre, de mon point de vue, les plus belles images du film, avec comme cadre la révolution étudiante et l’horrible répression policière.

Elle me permet aussi d’affirmer que la nature n’a jamais été aussi belle que chez Kalatozov, cela notamment grâce à son utilisation des grands angles, comme lorsque l’étudiant chargé d’assassiner Batista échoue et se voit contraint de fuir, se retrouvant alors devant l’océan ; la caméra s’éloigne, comme si elle offrait un immense bol d’air à son personnage, après un moment très éprouvant psychologiquement. Nous pourrions aussi parler de cette chute d’un balcon , au ralenti , accompagnée d’une tornade de tracts anti-gouvernementaux, comme les plumes accompagnant la chute d’un ange.

Puis vient la dernière partie ; si la séquence précédente amorçait la contre-offensive de la jeunesse, il s’agit désormais de voir la réponse plus globale du peuple, combattant uni dans la jungle. Si la réalisation et la photographie sont toujours aussi irréprochables, il s’agit bien de la partie la plus propagandiste, montrant le parcours d’un homme ayant perdu son enfant et décidant désormais de rejoindre les rangs pour combattre et être libre. C’est surtout le dernier plan qui ressemble à un spot militaire auquel aurait pu s’ajouter la phrase « Engagez-vous ! ».

Un contexte particulier

Il est impossible de traiter de Soy Cuba sans aborder son contexte. Nous sommes deux ans après la crises des missiles qui a « légèrement » tendu les relations entre l’Occident et le bloc soviétique. Le film a donc été logiquement interdit aux États-Unis et tomba dans l’oubli avant un retour en force par le biais des festivals durant les années 90, permettant sa (re)découverte.  Aujourd’hui, sa réputation n’est plus à faire et le film est reconnu mondialement comme un chef d’œuvre.

La révolution cubaine : de l’art et du cochon américain

Ainsi, les trois premières histoires fondent une critique de « l’impérialisme » américain ; les américains sont intrusifs, ils exproprient les honnêtes travailleurs et risquent même de violer si l’on ne les en empêche pas. La dernière histoire se veut donc être une conclusion sur le comportement à adopter, avec un véritable appel marxiste voire spartakiste à passer à l’action pour ce qui est juste. Le film ne se veut pas offrir une interrogation sur les enjeux et le point de vue que nous aurions à adopter, il est manichéen et orienté, offrant à ses héros du peuple des destins de « martyrs pour la cause » au travers de plans plus sublimes les uns que les autres. Et alors ? Ne pourrions-nous pas aimer quelque chose d’artistiquement très abouti en raison d’une certaine idéologie ?

Il est vrai que j’ai choisi un film soviétique pour illustrer mon propos, ce qui paraît bien plus acceptable que si j’avais choisi un film nazi ou un autre ouvertement raciste et/ou oppressif. Il est pourtant globalement reconnu à des films comme Le triomphe de la volonté ou La naissance d’une nation la qualité de chef-d’œuvre.

L’art pourrait dès lors, être perçu dans ce qui peut sembler le plus dérangeant, le moins politiquement correct ou le plus marqué par des mœurs ayant fortement évolué depuis, comme Le chanteur de jazz, un film de 1927 comportant un « Blackface », dans un contexte ne semblant pas prêter au racisme à l’époque mais qui nous parait désormais offensant. Le cas de Céline en littérature est similaire bien que plus extrême, son talent étant reconnu autant que sa haine des juifs, ce dernier se déclarant lui-même « ami d’Hitler ». Une nouvelle fois, le traitement d’œuvres soviétiques à portée politique reste logiquement moins choquant, il me semblait néanmoins important de souligner, par le biais de l’analyse d’un de mes films préférés, l’aspect artistique parfois même primordial de certains films pourtant détonants avec le recul dont nous disposons aujourd’hui.

Mais si l’on peut dissocier l’apport artistique d’une œuvre de son bagage propagandiste, peut-on de la même façon dissocier l’artiste de l’individu ? Un nouvel article serait nécessaire afin de répondre à cette question.

Bande-annonce :

Soy Cuba – fiche technique :

Réalisation : Mikhaïl Kalatozov
Photographie : Sergueï Ouroussevski
Scénario : Evgueni Evtouchenko
Casting : Sergio Corrieri, Luz Maria Collazo, Jean Bouise, Raul Garcia, José Gallardo.
Pays d’origine : URSS, Cuba
Durée : 143 minutes
Date de sortie : 2 novembre 1964 en URSS (16 juillet 2003 en France)

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La Mouette ou la mise en scène de ceux qui ont voulu être mais ont échoué

La Mouette est une pièce de théâtre russe écrite par Anton Tchékhov en 1896. L’œuvre n’a pas cessé depuis de résonner et d’être adaptée. Portée par des personnages « comme nous », La Mouette est une pièce tragique bien que décrite par son auteur comme une comédie. On y retrouve notamment la symbolique forte de ce petit oiseau blanc et gris qui n’a qu’un rêve : la liberté, mais qui, une fois sur terre, se retrouve empêtré tel l’Albatros de Baudelaire.

Le théâtre dans le théâtre

La Mouette s’ouvre sur la représentation de la pièce écrite par Konstantin, déjà centre des conflits entre les personnages. Dès lors, ces personnages se déploient sur la scène et leurs histoires s’entremêlent à l’idée du théâtre que véhicule la mise en scène de la pièce de Konstantin et surtout sa réception par les protagonistes. On ne sait pas bien ce que raconte la pièce de Konstantin, on sait en revanche qu‘il a l’ambition de se montrer à travers elle. L’enjeu est de taille aussi pour Nina qui veut devenir actrice. D’autres enjeux se nouent, ceux de l’amour qui se profile entre les personnages et qui n’est qu’une suite de refus et d’espoirs boudés.
Dès lors, la pièce s’interrompt face aux remarques incessantes de la mère de Konstantin qui moque l’œuvre de son fils puis au départ de Nina, qui n’est à ce stade pas libre de ses mouvements. Alors que Konstantin a l’ambition de créer une nouvelle forme de théâtre, Nina est irrépressiblement attirée vers le métier d’actrice. Tous deux ne peuvent se défaire de leurs destinées d’artistes mais sont brimés par leurs désirs de gloire. Cependant, Nina va peu à peu s’émanciper de ce désir de gloire puisqu’elle va poursuivre sa carrière, mal jouer un temps, mais poursuivre quand même car c’est sa vocation, elle le sait, elle ne peut faire que cela. On pense ainsi à la célèbre réplique de Nina : « Je sais maintenant, je comprends Kostia, que dans notre métier, artistes ou écrivains, peu importe, l’essentiel n’est ni la gloire ni l’éclat dont je rêvais ; l’essentiel, c’est de savoir endurer. Apprends à porter ta croix et garde la croyance. J’ai la foi, et je souffre moins, et quand je pense à ma vocation, la vie ne me fait plus peur ».
Cependant, dans ce petit théâtre, se joue une autre décision : le suicide de Konstantin. Une mort choisie qu’il annonce assez vite et donnera lieu à une tentative ratée au cours de la pièce. La mort de Konstantin n’est pas un enjeu de la pièce puisque c’est presque comme si le coup de feu fatal avait lieu avant même l’ouverture du rideau. D’ailleurs dès le début, il est reproché à Konstantin le manque de « personnages vivants » dans sa pièce. La création de Konstantin, qui a pourtant l’ambition de s’accomplir, d’être reconnu, de changer les choses, est donc vouée à la mort, à l’échec.
On peut y voir un parallèle avec le regard porté par Tchékhov sur lui-même, dans sa correspondance il écrivit ainsi à propos de La Mouette: « Je suis en train de rédiger une pièce […] Cela me procure un certain plaisir, bien que j’y maltraite affreusement les règles de la scène ». L’auteur a ainsi l’ambition ou du moins la sensation de faire quelque chose de neuf, en rupture avec les conventions scéniques du 19e siècle. Cependant, on sait aussi que ce même auteur avait une piètre opinion de son œuvre et que la réception catastrophique de la pièce lors de sa première représentation en 1896, lui fit dire qu’il n’entendait rien au tragique*.

Les doubles

Tchékhov a donc une opinion modérée sur son œuvre, mais surtout, il offre à ses personnages une vie comme en reflet de la société. Entre personnages établis, pauvres, acteurs accomplis, débutants, écrivains reconnus et en mal de gloire, le dramaturge offre un large panel de personnages. Qu’ils soient les doubles de l’écrivain ou fonctionnent en miroirs inversés (Nina-Arkadina : les deux actrices/ Kostantin – Trigorine : les deux écrivains / Macha – Dorn: celle qui à 22 ans dit « je porte le deuil de ma vie » alors que Dorn, le médecin retraité, dira :  » Se plaindre de la vie à soixante-deux ans, avouez que ce n’est pas généreux ! »), chaque personnage raconte quelque chose de la vision de l’écrivain sur le monde, le théâtre, les idées. Tout fonctionne comme une grande épopée où les personnages, à l’image de Nina, ne se sentent pas faits pour les choses simples. Ainsi, seule la scène peut satisfaire Nina, pas la vie. Il faut passer par le théâtre, peut-être le rêve, les mots d’un autre pour s’accomplir. Tchékhov fait de même avec de simples vies, des personnages qui jouent au loto, fument, boivent, mangent (peu d’action comme il l’écrivit lui-même), qu’il transforme en une grande pièce tragique. Antoine Vitez (qui a traduit La Mouette en français) écrira ainsi à propos de La Mouette (et de sa parenté avec Hamlet de Shakespeare) : « Nous avons l’impression que notre vie quotidienne est minable par rapport aux grands mythes passés. Mais ils sont notre vie même. Les schémas, les figures sont les mêmes, et cela l’oeuvre de Tchékhov le dit : la présence de Shakespeare dans son œuvre l’atteste, et par exemple ce fait que  »La mouette » est une vaste paraphrase de Hamlet ». Il y a donc dans ce jeu de doubles, un regard de l’auteur sur son rapport au théâtre, des personnages qui se lisent en écho et les références de l’auteur, qui s’entremêlent sans cesse pour donner naissance à une pièce qui se nourrit de mots plus que d’actes.
« Il faut peindre la vie non pas telle qu’elle est, ni telle qu’elle doit être, mais telle qu’elle se représente en rêve », cette réplique de Konstantin au début de la pièce s’adresse comme un manifeste de ce qui se joue sur scène entre métaphores et frustrations. C’est lors d’une réponse au reproche sur l’absence de personnages vivants dans sa pièce que Konstantin s’exprime ainsi. Et c’est cette opposition entre vie et mort, accomplissement et solitude qui va traverser la pièce. Cependant, les personnages ne s’écoutent qu’à moitié, ne se comprennent pas. Dès le début, Macha tente d’expliquer pourquoi elle est malheureuse mais n’est pas entendu par son interlocuteur qui se dit plus malheureux qu’elle car plus pauvre.  Plus tard, Nina dira carrément à Konstantin qu’elle ne le comprend pas : « je suis trop simple pour vous comprendre » ou encore à Trigorine « je renonce à vous comprendre ». Cette insatisfaction permanente (chacun aime un personnage qui ne l’aime pas et qui en aime un autre dont il n’est pas aimé…) et cette incapacité à se comprendre est renforcée par le personnage de Dorn, qui dit réellement ce qu’il pense et ne triche pas avec son âge ou sa condition. Il est le seul d’ailleurs à aimer ouvertement la pièce de Konstantin, ne faisant que renforcer le jeu de dupe dans les réactions des autres personnages.
Au final, tous les personnages (Dorn excepté) ont voulu être quelque chose et ont échoué, voilà pourquoi Sorine propose un nouveau sujet d’écriture (placée ici cette réplique paraît ironiquement résumer tout le propos de La Mouette) :  » Je vais proposer à Konstantin un sujet de nouvelle : « L’homme qui voulait »…Dans ma jeunesse, je voulais devenir écrivain et je ne le suis pas devenu ; je voulais être éloquent et j’ai toujours parlé très mal : « Et voilà tout et ainsi de suite et comment dire… » Je voulais me marier et je ne suis pas marié. Je voulais toujours habiter la ville et je finis mes jours à la campagne. Et voilà tout ». Ce à quoi Dorn lui réponds « j’ai voulu être conseiller d’état, je l’ai été » (ce qu’a en effet été Sorine) comme pour renforcer l’aveuglement des personnages à désirer ce que l’un ne veut pas et inversement.

La mouette

Avec son titre, Tchékhov ajoute une dimension symbolique forte à sa pièce. En effet, l’image de cet animal attiré par l’eau, au bord du lac où se joue l’action, va hanter la pièce, jusqu’à se fondre dans les personnages eux-mêmes. Très vite, Nina s’imagine en mouette, dès l’acte I : « je suis très attirée par le lac comme si j’étais une mouette« . Elle n’aura de cesse d’être cet oiseau épris de liberté, mais comme cloué au sol par tous les symboles qui suivent :« Elle aime ce lac comme une mouette, comme une mouette elle est heureuse et libre. Mais un homme arrive, par hasard, et pour…passer le temps…la fait périr, comme on a fait périr cette mouette ».  La mouette est en effet tuée par Konstantin et empaillée à la demande de Trigorine qui finira par oublier sa propre demande. Nina part, tente de s’émanciper mais  dit elle-même qu’enfermée dans son histoire avec Trigorine et la perte de son enfant, elle a mal joué. Elle revient finalement au lac et se décrit comme une mouette à nouveau avant de se corriger: « Je suis une mouette…Ce n’est pas ça…Je suis actrice…Mais oui ». Nina est ainsi très libre puisque jamais jugée par l’auteur, c’est un personnage très moderne qui quitte son foyer, s’éprend d’un homme déjà engagé…
La mouette symbolise également la vie de Konstantin qui se veut artiste mais dont la gloire lui échappe. Elle ne dépend pas de lui mais de comment les autres voient son travail et il ne se sent pas aimé. Il est à l’image de cet albatros que les hommes d’équipage s’amusent à torturer, il ne s’adapte pas au monde, mais il a terriblement besoin de lui.  La mouette est ainsi un animal au cri bruyant, très envahissant, proche de l’homme alors que Konstantin mourra presque sans bruit.
En russe, le mot même de mouette revêt une autre signification :  » Tchékhov changea l’oiseau des bois en oiseau de l’eau, en mouette, à cause de sa blancheur (qui suggère l’idée de pureté) et de son nom qui est évocateur en russe [….] il est désigné en russe par le mot « tchaïka », qui est proche du verbe « tchaïat », qui signifie « espérer vaguement ». La mouette suggèrerait donc en russe les idées d’espoir fragile, d’attente de l’avenir, de besoin d’illusion, avec risque de déception, de désillusion » (voir le Comptoir Littéraire dans sa rubrique consacrée à Tchékhov). Il y a donc sans cesse dans La Mouette une désillusion d’amour et de gloire qu’un animal en apparence banal vient sans cesse souligner.

La Mouette est une pièce riche et sans cesse adaptée, réinventée. L’œuvre de Tchékhov plus largement ne cesse de résonner sur scène et de faire de nos contradictions des sujets dignes des plus grandes tragédies grecques.

*A propos de la réception de La Mouette, il faut attendre 1898 pour qu’une mise en scène digne de son nom donne toute sa force à la pièce de Tchékhov. Et c’est Constantin Stanislavski qui s’en charge, on parle de La Mouette comme de la naissance de la mise en scène dans le théâtre russe et de la célèbre méthode d’acteur théorisée par Stanislavski. C’est bien la forme du travail de Tchékhov qui pousse Stanislavski à repenser sa manière de travailler, beaucoup plus coopérative, notamment avec les comédiens, mais aussi l’ensemble des techniciens du plateau. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si le Théâtre d’art de Moscou a comme emblème, encore aujourd’hui, un certain petit oiseau marin…

Extraits de La Mouette mise en scène en 2012 par Arthur Nauzyciel

Les indécis quant à leurs préférences littéraires

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Max arrive dans une sorte de couloir assez encombré où on lui demande de choisir un genre littéraire, pour le diriger vers la porte correspondante. Mais que fait-il là et que se passera-t-il selon le choix qu’il fera ?

Rapidement, Max réalise qu’en fait il est mort (à 33 ans, comme le Christ). Visiblement il n’est ni au paradis ni en enfer. Serait-il au purgatoire ? Non, il se trouve dans un endroit désigné comme l’Inspiratoire. Après quelques explications, par une personne qui se présente comme son guide, il comprend que, s’il doit faire le choix d’un genre littéraire, c’est avec l’espoir qu’un écrivain trouve l’inspiration grâce à lui pour un personnage de fiction. Bien évidemment, parmi tous les genres littéraires, certains sont plus en vogue que d’autres. Ainsi, selon son choix il risque d’avoir plus ou moins de chances d’inspirer quelqu’un voulant écrire d’après son cas. Mais ce genre de considération ne doit pas entrer en ligne de compte. D’ailleurs, choisir selon ses goûts habituels ne serait pas forcément si astucieux que cela. Si son inspiration l’incite à la découverte, il ne doit pas hésiter. N’oublions pas qu’une fois l’œuvre produite, à moins qu’elle reste oubliée dans un tiroir, son personnage passera à la postérité et tous celles et ceux qui parcourront le livre en question garderont une image de ce personnage. Le choix ne sera pas facile, bien que son guide se révèle être une de ses anciennes prof de français qu’il appréciait particulièrement.

Plaisir d’écrire

Avec ce roman, son tout premier, Alex Daunel (jeune femme, comme son prénom ne l’indique pas), propose un roman à destination d’un public adolescent. Bien conçu, il ne devrait pas rebuter, car il fonctionne correctement malgré le thème un peu casse-gueule de la mort (une forme de vie après la mort, mais la mort quand même). En effet, il se présente sous la forme de courts chapitres qui s’enchainent naturellement, avec pas mal de dialogues et de petits paragraphes séparés à chaque fois par un espace, avec une police de caractère suffisamment grande pour donner une appréciable impression de texte aéré. Le style joue également, celui d’Alex Daunel étant agréable, avec des phrases bien articulées qui coulent bien (seule remarque, la petite lourdeur des « que l’on » qu’elle n’ose pas simplifier en « qu’on » comme si elle ne voulait pas s’écarter du français pratiqué en milieu scolaire).

Plaisir de lire

L’idée principale d’Alex Daunel est de glorifier à sa façon la littérature, en particulier en mettant en avant le pouvoir de l’imaginaire au travers des mots. Bien que sa vision d’un univers post-mortem manque de crédibilité, elle s’arrange (sur les 50 premières pages environ, d’un livre qui en compte 276), pour qu’on comprenne avec Max de quoi il retourne. Elle ne se contente pas de cela, puisqu’elle imagine aussi des changements perpétuels de décors qui ne sont pas sans rappeler ce qu’on observe dans le film Inception (2010) de Christopher Nolan. Et puis, tranquillement, elle s’arrange pour glisser quelques références littéraires qui pourront inciter les jeunes lecteurs-lectrices à les rechercher, maintenant ou plus tard. Cela va de la littérature jeunesse (Max et les Maximonstres, Harry Potter) aux classiques d’aujourd’hui (Houellebecq, Auster), en passant par la chanson de geste du Moyen-Age (La Chanson de Roland), la poésie (Les yeux d’Elsa d’Aragon entre autres), la littérature classique (Les Misérables, Le Rouge et le noir), le théâtre (Cyrano de Bergerac), la Science-Fiction (1984, Fahrenheit 451), mais aussi la littérature policière (Sherlock Holmes) et l’érotisme moderne (Cinquante nuances de Grey), les inclassables (La Guerre des boutons), sans compter La Bible. La référence suprême ici se révèle être Le Seigneur des anneaux, modèle incontesté de la fantasy.

Le bémol

À vrai dire, Max serait un lecteur contrarié qui finalement reconnaît avoir lu Françoise Sagan, Camus, Simone de Beauvoir, Sartre, Virginia Woolf, Paul Auster, Milan Kundera et Franz Kafka, mais n’en garder aucun souvenir précis (« La littérature a brisé mon cœur ! », avoue-t-il). Cela passe assez mal par rapport à ce qu’il affirmait au début : n’avoir aucun souvenir de lecture. On y croit d’autant plus que cela colle assez bien avec son mode de vie. Il gagnait sa vie comme ingénieur se déplaçant aux quatre coins du monde, pour inspecter des exploitations minières. Et il vivait à Paris avec Julie, dentiste, qui voulant des enfants alors que, de ce côté également, il manquait de motivation.

Suspense

Après la présentation de la situation, le roman s’attache à la personnalité de Max, pour l’aider dans son choix, lui qui ne sait absolument pas vers quel genre de littérature se diriger. On apprend ainsi comment et pourquoi il est mort si jeune, une révélation qui se fera d’ailleurs en plusieurs étapes, car ce n’est pas si simple. Et puis, Max fait le tour de sa vie, de ses goûts et surtout de ses choix. Et il s’aperçoit que, tout compte fait, la littérature a joué un rôle bien plus important que ce qu’il imaginait, dans sa vie. Il pose beaucoup de questions, en particulier à sa guide, car il n’a que peu de temps avant de se décider. Il se demande ainsi comment certains-certaines deviennent guide, temporisant tout en maintenant le suspense (ressort essentiel de nombreuses fictions). Finalement, les rencontres qu’il fait dans l’au-delà sont aussi déterminantes que son passé de vivant.

Les Indécis, Alex Daunel
L’Archipel, août 2021


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3.5

La Forêt, entre concept, souvenirs et fantasmes

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Bien connu des bédéphiles pour son goût pour les atmosphères noires à comprendre et interpréter sans le moindre dialogue, le dessinateur suisse Thomas Ott répond ici à une commande bien particulière.

L’album est donc le n°1 d’une série qui constitue une sorte d’hommage au belge Frans Masereel (né en 1889 et mort en 1972), considéré comme l’initiateur du roman graphique. En effet, Masereel a publié en 1918 une œuvre intitulée 25 images de la passion d’un homme pour laquelle il a donné une définition de son « premier roman sans parole moderne ». L’éditeur demande donc au dessinateur une histoire en noir et blanc, sans dialogue, constitué de 25 dessins se succédant. Et il initie la collection « 25 images » où des dessinateurs proposeront ce que la définition leur inspire. Thomas Ott est le tout premier et on peut d’ores et déjà dire qu’il relève le défi de brillante façon.

La narration

Dans une maison, un jeune garçon erre comme une âme en peine. En effet, c’est jour de deuil pour sa famille et un cercueil est bien en évidence. Étant livré à lui-même, le garçon sort faire un tour et, rapidement, il se trouve dans la forêt. Là, en pleine nature, il a des visions personnelles qui vont de la matérialisation de cauchemars à des visions plus ou moins fantasmatiques (un jour de deuil est toujours l’occasion de voir remonter tout un tas de détails à la conscience). Tout cela l’angoisse et l’incite à fuir. Jusqu’au moment où il tombe sur un vieil homme assis sur un tronc dans une clairière. Visiblement ils se connaissent et ont grand plaisir à se retrouver. La complicité entre le garçon et le vieil homme incite à penser que ce dernier serait son grand-père. L’hypothèse prend de la consistance quand le garçon rentre à la maison et s’approche du mort qui repose sur un lit, dans une chambre. Délicatement, le garçon place une tige d’une plante genre fougère entre les doigts du défunt.

Interprétation

Avec La Forêt, Thomas Ott ne se contente pas de répondre à une commande et de relever un défi. Il propose un nouvel album bien dans sa manière, où l’absence de dialogue lui permet de tenir l’attention de ses lecteurs de bout en bout, en instaurant une ambiance doucement mystérieuse et en maintenant le suspense le plus longtemps possible. D’ailleurs, ce n’est pas parce que j’ai mon interprétation que tout un chacun aura exactement la même. Je considère que la forêt symbolise le cerveau du garçon et je ne serais pas étonné que la narration soit en rapport avec l’œuvre de Masereel que, malheureusement, je ne connais pas. À noter quand même que l’album s’intitule La Forêt et non « 25 images de la journée d’un garçon » par exemple. Pour souligner son choix, Thomas Ott place un arbre colossal sur son illustration de couverture. On pourrait d’ailleurs dire que c’est l’arbre qui cache la forêt pour utiliser une expression populaire. L’interprétation serait que l’album présente quelques hantises du garçon, mais que, si on avait le temps d’explorer la forêt de fond en comble, d’autres surprises pourraient émerger. Comme quoi, malgré son jeune âge, le garçon traine probablement déjà pas mal de casseroles. D’autre part, Thomas Ott apporte le plaisir de l’esthétique avec des dessins particulièrement soignés et un sens du détail bien personnel (travail avec la technique de la carte à gratter). Ceci dit, il faut quand même une sacrée motivation pour acheter un tel album. En effet, il peut se parcourir en un rien de temps. Par pure provocation, je dirais 25 secondes, une par dessin. Bien évidemment, ce serait très réducteur car très insuffisant pour profiter de chaque dessin dans tous ses aspects. Mais parcourir une BD qui comprend 25 planches pour autant de dessins, sans le moindre texte pour inciter à passer un certain temps sur chaque planche, c’est courir le risque de réactions du genre : « Rapport qualité/prix très insuffisant ! ». Heureusement, comme on l’a vu, cet album mérite une attention particulière, car chacun de ses détails compte.

La forêt, Thomas Ott
Les Éditions Martin de Halleux, novembre 2020

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3.5

La couleur : intensités qui brûlent, symboles qui hantent, puissances qui envahissent

Il suffit d’un rouge qui saigne dans le cadre, d’un bleu qui asphyxie l’espace, d’un noir qui absorbe toute lumière, pour que l’image cesse d’être neutre et devienne force active. La couleur n’est pas décor : elle traverse, elle envahit, elle organise la perception, elle impose une émotion, un symbole, une vérité qui n’a pas besoin de mots. Dans un monde saturé de stimuli visuels, la couleur est la puissance silencieuse qui colore non seulement ce que l’on voit, mais ce que l’on ressent, ce que l’on devient en le voyant.

La couleur n’est pas un attribut secondaire de l’image : elle est sa force première, sa charge affective, son langage pré-verbal. Elle n’imite pas le réel ; elle le produit, elle le surcharge, elle le fait vibrer d’intensités qui débordent le visible. Goethe y verrait des forces primordiales : la couleur n’est pas lumière décomposée, mais polarité entre lumière et obscurité, entre actif et passif, entre expansion et contraction – elle est énergie vitale qui agit directement sur l’âme. Wittgenstein ajouterait que la couleur est un langage privé : elle ne signifie pas, elle montre, elle impose une expérience intérieure qui ne se dit pas. Baudrillard verrait dans la couleur contemporaine un simulacre : elle n’est plus liée à un référent naturel, elle est hyperréelle, fabriquée, saturée pour captiver l’attention dans un régime où tout doit frapper. Deleuze y lirait des intensités pures : la couleur n’est pas qualité, mais vibration, devenir, force qui traverse le corps sans passer par la signification. Nous ne voyons pas la couleur ; nous sommes traversés par elle, envahis, colorés de l’intérieur.

La couleur au cinéma : atmosphères qui enveloppent, émotions qui saignent, identités qui se colorent

Le cinéma fait de la couleur une matière vivante : elle crée l’ambiance, oriente l’émotion, structure les personnages sans un mot. Chez Wong Kar-wai, dans In the Mood for Love, les rouges profonds, les jaunes saturés, les verts moites ne sont pas décor : ils sont mémoire affective, désir retenu, nostalgie qui suinte des murs et des cheongsams. La couleur devient affect visible : elle enveloppe les corps dans une chaleur humide qui dit l’impossibilité de l’amour, elle fait saigner le cadre d’une passion qui ne peut pas s’exprimer. Dans Joker (2019), le passage du vert-jaune maladif au violet-chaos, puis au rouge éclatant accompagne la transformation d’Arthur en Joker : la couleur n’illustre pas ; elle est la trajectoire psychologique, elle colore la descente dans la folie, elle rend visible l’invisible basculement. Le vert initial est maladie sociale, le violet est hystérie intérieure, le rouge final est naissance violente d’une puissance chaotique. Chez Argento dans Suspiria, les primaires saturés (rouges baroques, bleus électriques) deviennent violence viscérale : la couleur hurle, elle envahit le cadre pour faire ressentir la terreur comme une agression chromatique. La couleur cinématographique n’est pas ornement ; elle est force : elle envahit l’écran, elle envahit le spectateur, elle colore l’émotion jusqu’à ce qu’elle devienne palpable.

La couleur dans les séries : codes qui structurent, identités qui se teintent, univers qui s’imposent

Les séries font de la couleur un langage narratif : elle définit un monde, un ton, une identité visuelle qui s’impose dès les premières secondes. Dans Euphoria, les néons violets, bleus électriques, roses acides ne sont pas esthétiques gratuites : ils matérialisent les états intérieurs des personnages – l’intensité émotionnelle, l’euphorie toxique, la descente dans le chaos. La couleur devient émotion visible : elle saigne des écrans pour dire l’addiction, le désir, la dépression comme des explosions chromatiques. Dans The Handmaid’s Tale, le rouge des servantes n’est pas simple uniforme : c’est un symbole politique puissant – sang menstruel, fertilité forcée, visibilité obligée, domination patriarcale qui réduit le corps à une fonction. Le rouge envahit le cadre pour rendre la violence visible, pour faire sentir l’emprise comme une tache indélébile. Dans Atlanta ou Legion, la couleur glisse entre réalisme et hallucination : elle colore les ruptures de ton, les épisodes autonomes, les descentes psychédéliques – la couleur devient outil de déplacement narratif, elle teinte la réalité pour la rendre incertaine. La couleur sérielle n’est pas décor ; elle est code : elle structure l’univers, elle identifie les personnages, elle impose une tonalité qui envahit le spectateur épisode après épisode.

 La couleur dans la mode : signes qui parlent, identités qui s’affirment, gestes qui imposent

La mode fait de la couleur un langage immédiat : elle signe, elle affirme, elle impose une identité sans mots. Le « rose shocking » d’Elsa Schiaparelli n’est pas une nuance : c’est un manifeste – impudent, impossible, vivant, comme elle le disait elle-même. Ce rose criard, mélange audacieux de magenta et de blanc, choque, affirme la présence, défie les conventions, transforme le vêtement en déclaration. Chez Yohji Yamamoto, le noir n’est pas absence : c’est profondeur, retenue, architecture – une couleur qui sculpte le corps, qui le cache pour mieux le révéler, qui crée du mystère et de la force dans le silence. Le noir de Yamamoto n’efface pas ; il intensifie, il donne au corps une présence sculpturale, une gravité qui refuse la frivolité. Chez Gucci ou Balenciaga, la couleur devient geste culturel : elle réinvente les codes, elle mélange les symboles, elle fait de la teinte un outil de subversion ou d’affirmation identitaire. La couleur en mode n’est pas ornement ; elle est signe vivant : elle parle pour le corps, elle impose une position, elle traverse le tissu pour habiter celui qui le porte.

 La couleur dans les arts visuels : surfaces vibrantes, intensités émotionnelles, matières qui respirent

Dans la peinture et la photographie, la couleur est matière première : elle crée des tensions, des rythmes, des champs émotionnels qui enveloppent le spectateur. Chez Mark Rothko, les aplats vibrants ne sont pas abstraits : ils sont champs émotionnels, espaces immersifs qui absorbent le regard et le renvoient chargé d’intensité diffuse. Les juxtapositions de tons – ocres profonds contre bleus sombres, rouges brûlants contre noirs absorbants – produisent une vibration qui dépasse la vue : le spectateur entre dans le tableau, il est enveloppé par la couleur comme par une émotion brute, tragique, extatique. Rothko voulait que ses toiles soient vécues comme une expérience religieuse : la couleur n’illustre pas ; elle fait ressentir le sublime, le vide, la présence. Yves Klein, avec son International Klein Blue, fait de la couleur une puissance spirituelle : ce bleu outremer pur, vibrant, devient espace infini, matière immatérielle qui aspire le regard et le corps. Dans la photographie contemporaine, les palettes désaturées ou les contrastes violents créent des univers instables : teintes artificielles qui rendent le réel irréel, couleurs qui hantent l’image pour dire l’absence, la mémoire, la perte. La couleur visuelle n’est pas surface ; elle est intensité : elle vibre, elle respire, elle envahit le regard jusqu’à ce qu’il ne voie plus que sa propre émotion.

La couleur numérique : filtres qui normalisent, algorithmes qui teintent, esthétiques globales

Dans le numérique, la couleur est souvent préfabriquée : filtres, presets, algorithmes imposent une vision du monde standardisée. Les filtres Instagram ou TikTok ne sont pas neutres : tons chauds, peaux lissées, contrastes renforcés – ils normalisent une esthétique globale, un regard collectif qui dit « voici comment tu dois voir, voici comment tu dois être vu ». La couleur devient norme : elle lisse les imperfections, elle intensifie les désirs, elle fait de chaque image un produit optimisé pour l’attention. Les palettes algorithmiques (recommandations, thumbnails) choisissent ce qui frappe : couleurs vives pour capter le regard, teintes émotionnelles pour retenir l’attention. Dans les interfaces, la couleur est fonctionnelle : rouge pour l’alerte, bleu pour la confiance, vert pour l’action – elle guide, elle manipule, elle organise la navigation sans que l’utilisateur s’en rende compte. La couleur numérique n’est pas libre ; elle est capturée, profilée, monétisée : elle teinte le monde pour le rendre consommable, elle envahit le regard pour le garder captif.

La couleur comme force culturelle

La couleur n’est pas un choix esthétique : elle est une force culturelle qui organise la perception, oriente l’émotion, structure les récits et les identités. Elle n’orne pas ; elle envahit, elle traverse, elle colore l’intérieur autant que l’extérieur. Dans un monde saturé d’images, la couleur est intensité pure : elle brûle, elle hante, elle impose. Elle est ce qui nous fait sentir avant de comprendre, ce qui nous habite avant de nous appartenir. La couleur n’est pas visible ; elle est vision : elle façonne notre manière de voir, et en nous faisant voir, elle nous façonne.

Quelles sont les nouvelles émissions à regarder sur Netflix ?

Netflix est l’unique plateforme où vous devez vous rendre si vous voulez regarder les nouveautés, rattraper votre retard sur certaines séries culte ou visualiser des cartons internationaux. Elle a de plus, cette application mobile qui est tellement pratique pour regarder des films sur son téléphone. Alors quelles sont les nouvelles émissions à ne pas rater sur Netflix en ce moment ?

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Comment accéder aux catalogues complets de Netflix ?

Netflix vous offre tout, mais pas n’importe où. En effet, les émissions télé, les films et les séries sur Netflix sont géo-bloqués et demeurent inaccessibles dans certaines régions. Cela signifie que vous ne pouvez pas suivre votre série préférée lorsque vous êtes en déplacement à l’étranger. Et pour les localités où Netflix fonctionne, sachez qu’elles peuvent ne pas avoir le même catalogue que celui des États-Unis ou de la Grande-Bretagne par exemple. Bonne nouvelle : il y a une solution !

Si vous souhaitez accéder aux contenus de Netflix sans cette restriction géographique, il vous faut tout simplement utiliser un VPN. C’est une application qui dissimule et remplace votre adresse IP véritable par une autre appartenant à un serveur situé dans un autre pays non bloqué. En activant votre Android VPN pendant votre streaming sur mobile, vous pouvez accéder au catalogue complet de Netflix de la localité de votre choix. En revanche, si vous utilisez les VPN populaires comme VeePN, il faut télécharger l’application depuis un endroit sûr. En effet, vous devez uniquement lancer votre téléchargement de VPN depuis le site de l’éditeur ou un endroit comme App Store ou Play store. Voilà, le tour est joué !

Les 8 émissions de télé les plus attendues sur Netflix

Maintenant que vous savez comment débloquer Netflix, rejoignez tous les fans à travers le monde qui sont accros à ces 8 émissions :

1- Squid Game

Squid Game est une série Coréenne dont la première saison a été une véritable révélation dans le monde du cinéma. De Séoul à Los Angeles, en passant par Paris et Londres, on en parlait partout dans les bureaux, dans les transports en commun, même dans les cours de récréations, bien que l’émission soit déconseillée aux moins de 16 ans. C’était la série la plus téléchargée de tous les temps sur Netflix. Aujourd’hui, nous entamons la saison 2 qui s’annonce pleine de révélations et de surprises. Aucune date de sortie officielle n’est encore annoncée, mais la série est attendue pour très bientôt.

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2-The Sandman

The Sandman est l’une des meilleures séries de Netflix dans la catégorie fantastique. C’est l’une des sorties les plus attendues pour ce 2022. Elle met en scène Tom Sturridge dans le rôle de Morphée. Morphée, une haute personnalité du monde des rêves s’est retrouvé emprisonné accidentellement par un cruel amateur d’occultisme. Après sa libération, le seigneur des rêves entame un périple à travers le monde afin de récupérer ce qu’on lui a volé.

3- Stranger Things

Stranger Things est l’une des séries Netflix les mieux notées selon les critiques. Elle totalise plus de 1,26 milliard d’heures de visualisation. Depuis le 27 mai 2022, la sortie du quatrième épisode, la série est constamment demandée en streaming sur la plateforme. Stranger Things raconte les événements étranges qui sont produits à Howkins entre 1983 et 1986, lorsqu’un groupe de personnes est parti à la recherche d’un petit garçon disparu et qu’ils ont fait la rencontre de 11, une fille assez mystérieuse. C’est une série de science-fiction mélangée d’horreur qui ne finit pas de surprendre !

4- The Great British Bake-Off

Les séries ne sont pas les seuls contenus que les gens adorent sur Netflix. Il y a aussi autre chose. The Great British Bake-Off est la tendances Netflix des télé-réalités. C’est un concours de pâtisserie dans lequel un groupe de pâtissiers amateurs font de leur mieux pour essayer d’impressionner des juges intraitables. Cette nouvelle édition de 2022 va inviter de nouveaux juges et candidats qui s’élimineront en deux mots :  Overbaked ou underbaked.  Apparition prévue entre fin août et début septembre.

5-Orange is the new Black

Si vous voulez savoir quelle série à ne pas rater en ce moment sur Netflix ? C’est Orange is the new black. C’est la série la plus ancienne et l’une des plus regardées sur Netflix. « Orange is the new black » est prévue se terminer avec la saison 7. Mais cette année 2022 ne nous réserve que des bonnes surprises avec l’apparition soudaine d’une saison 8.

6- la Casa de Papel

C’est la meilleure série de Netflix selon les Français. Sa cinquième et dernière saison été achevée en 2021, mais pour finir en beauté, son réalisateur a décidé de nous offrir quelques Spin-off. Et ceux-ci sont prévus pour cette année 2022.

7- The Whitcher

Les fantastiques sont les nouvelles tendances Netflix du moment. Et The Whitcher le prouve. Les deux premières saisons du sorceleur ont été de véritables succès pour la plateforme de streaming. Après les séries de batailles sanglantes de la saison 2, nous allons assister à une saison 3 pleine de surprises et de bouleversements. The Whitcher est attendue pour le mois de décembre 2022.

8-Sex Education

C’est une série qui est déjà suivie par des millions de téléspectateurs sur Netflix. Nous en sommes à la saison 3 qui contient 8 épisodes des plus merveilleuses. Sex Education suit les adolescents d’une école secondaire fictive qui doivent faire face à des problèmes très personnelles liés à leur sexualité naissante. Elle met sur le devant de la scène, un jeune garçon timide du nom d’Otis Milburn (Asa Butterfield) qui aborde le sexe d’une manière un peu différente étant fils de sexologue. La saison 4 est aussi déjà en route pour 2023.

Guest post

Le test de Bechdel : pourquoi de nombreux films y échouent

Un peu plus de 40 % de ces films hollywoodiens que certains d’entre nous adorent ont échoué au test de Bechdel. Parmi ces derniers se trouve Avatar, le chef-d’œuvre de James Cameron, mais aussi Blanche Neige ! L’égalité des genres : c’est le principal enjeu principal de ce test. Nous allons passer en revue tous les films qui y ont échoué et ceux qui y sont passés. Mais d’abord, qu’est-ce que le Bechdel test et quels sont les points sur lesquels il se repose ?

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Le test de Bechdel : c’est quoi ? Et pourquoi l’a-t-on créé ?

Le test Bechdel a été introduit par la dessinatrice de bandes dessinées américaine Alison Bechdel en 1985 dans sa série intitulée « The Rule ». Il s’inspire des règles imposées par un certain personnage pour regarder un film. Il y en a trois :

  • Le film doit avoir au moins deux femmes ;
  • Les deux femmes doivent se parler entre elles ;
  • Elles discutent à propos d’un sujet sans aucun rapport avec un homme.

Ils sont devenus les trois critères essentiels de l’actuel test de Bechdel.

Ce test a été créé pour évaluer la prépondérance de la représentation féminine dans une œuvre de fiction. Ainsi, ceux qui y ont échoué sont considérés comme ayant une sur-représentation des protagonistes masculins et une sous-représentation du genre féminin. Les femmes y sont limitées soit aux histoires d’amour et/ou aux affaires domestiques.

Les films qui ont échoué au test Bechdel

Réussir le test de Bechdel-Wallace est-il aussi difficile que cela ? Entoutcas, il a été prouvé que les œuvres écrites intégralement par un homme y échouent en général. En voici quelques exemples:

Avatar : un chef-d’œuvre de James Cameron lancé en 2009. En effet, le film n’a pas de véritables personnages féminins nommés, ni de dialogue entre femmes. Seule exception, la conversation entre Neytiri et sa mère ; mais elles parlent de Jake et c’est dommage.

Le seigneur des anneaux : malgré la présence de certains personnages féminins dominants comme Galadriel, Arwen ou ou Eowyn, le film a aussi échoué au test. Son starring est relativement masculin pour ne parler que de Frodon et compagnie ainsi que Gandalf le blanc. Dans le film, les discussions entre femmes sont rares, voire inexistantes. Son échec est donc clair.

All of us are dead : la série à succès de Netflix n’a réussi que 1 des trois tests. En effet, durant ce film, il y a bien eu conversation entre femmes et elle parle de survie et de rester en vie. Les deux autres tests n’ont pas été passés avec succès. Rendez-vous sur Netflix pour suivre cette série et apporter votre propre jugement. N’oubliez pas d’allumer votre VPN application pendant le streaming. Si vous n’en disposez pas, VeePN est une recommandation pour les streaming exigeants en haute définition.

No time to die : le tout dernier James Bond rallonge la liste des films que l’on pointe du doigt. En effet, il ne dispose que de deux dialogues entre femmes dans lesquels on parle de James Bond.

Les misérables : une adaptation cinématographique du célèbre roman de Victor Hugo qui n’a pas pu battre les 3 points de Bechdel. Il obtient un score de 1/3, seulement grâce à la nomination de Bonnie.

matrixJusqu’ici, un peu plus de 7100 films ont passé au crible du site bechdeltest.com et plusieurs ont échoué, pour la plupart des blockbusters. Bien sûr, tout le monde n’est pas à 100 % du même avis, mais ces résultats prouvent une certaine tendance sexiste dans ces films. Et cela se ressent. D’après-vous, quelle est la faiblesse du test Bechdel ?

Quels films passent le test de Bechdel avec succès ?

À côté de ces blockbusters qui ont mal tourné, il y a aussi ceux qui ont bel et bien réussi le test Bechdel. Selon les statistiques, 100 % des films écrits intégralement par les femmes l’ont passé avec succès. Et ce taux de réussite tombe à 60 % lorsque les œuvres sont coécrites par des hommes.

1-Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Sorti en 2022, le film de Nicole Perlman et Meg LeFauve a satisfait au standard de Bechdel avec un score de 3/3.

En effet, on y trouve cinq principaux personnages féminins nommés. Pour le deuxième point, America Chavez et Wanda ont un bref échange sur le pouvoir d’Amérique. Alors que Le Capitaine Carter et Wanda se sont parlé pendant leur combat. ‎

2-Top Gun: Maverick (2022) écrit par: Ehren Kruger, Eric Warren Singer, and Christopher McQuarrie. Bien qu’écrit par des hommes, le film de Tom Cruise se révèle être un véritable hommage à l’égalité des genres. Cette réussite se traduit par un casting bien pensé et des mises en scène parfaites. Bien que ce film soit extrêmement masculin, on voit plusieurs discussions entre femme dont celui où Penny et Amelia qui parlent de leurs devoirs et de leur bateau. Les autres points ne posent aucun problème.

3-Jungle Cruise

La production de Disney a passé le test avec succès sur un score de 3/3. Tous les critères ont été remplis : le nombre de personnages féminins, le fait que ces personnes aient une conversation ensemble et qu’elles ne parlent pas d’homme : le dialogue entre Lily et Sue.

4-Raya et le dernier dragon

Ce dessin animé aurait même pu passer le test de Bechdel inversé. Il y a très peu de personnages masculins. Et lorsqu’ils existent, ils finissent pétrifiés plus tard. Le fait que ce dessin animé réussit ce test est donc une évidence.

5- Stranger Things

Malgré la diversité des personnages dans ce film, on y constate un certain équilibre entre les genres masculins et féminins.

Souhaitez-vous signaler ou blanchir un film ? Rendez-vous sur le site officiel de Bechdel test pour défendre votre opinion.

Guest Post

 

Bullet Train : cluedo ferroviaire déjanté

Pur blockbuster estival, Bullet Train propose un concentré d’action, de violence et d’humour noir sur un fond japonais savoureux. Huis clos ferroviaire où surgit un véritable nid d’assassins, le film lance un jeu de piste meurtrier au sein du train le plus rapide au monde. Malgré ses longueurs verbeuses, Bullet Train offre un divertissement très délirant et plutôt convaincant. 

Bullet Train : Synopsis : Coccinelle est un assassin malchanceux et particulièrement déterminé à accomplir sa nouvelle mission paisiblement après que trop d’entre elles aient déraillé. Mais le destin en a décidé autrement et l’embarque dans le train le plus rapide au monde aux côtés d’adversaires redoutables qui ont tous un point commun, mais dont les intérêts divergent radicalement… Il doit alors tenter par tous les moyens de descendre du train.

Qui a tué le fils de la Mort Blanche ?

Après John Wick (2014), Atomic Blonde (2017) et Deadpool 2 ( 2018), David Leitch est passé maître dans la réalisation de films d’action endiablés, violents et décalés. Il apprécie les scènes d’action brutes, les personnages combatifs livrés à eux-mêmes dans un milieu hostile, et surtout l’humour noir, utilisé pour se distancer du réel et ajouter à ses films une touche comique déroutante. Ses héros solitaires et badass, inébranlables face aux menaces, nous offrent toujours de belles séquences d’affrontements. 

Dans la même lignée, Bullet Train nous embarque dans un voyage ferroviaire effréné où le sang et les balles jaillissent à chaque wagon. La particularité et l’intérêt du film tiennent à sa structuration en jeu d’enquête et de traque dans un espace clos, qui devient rapidement un terrain de chasse et de mort pour les personnages. Contrairement au simple récit de vengeance, Bullet Train ménage son suspense par son côté Cluedo. Il s’agit pour l’assassin Ladybug (Coccinelle en français), comme pour le public, de découvrir qui est chaque protagoniste, quelles sont ses intentions, et quel rôle il occupe dans la trame générale. 

Ladybug, incarné par un Brad Pitt survolté, se retrouve ainsi malgré lui dans un guêpier d’assassins aux motivations obscures. Au fil d’évènements imprévisibles et de circonstances ubuesques, le tueur à gage doit abattre ses ennemis et former des alliances totalement inattendues pour mener à bien sa mission et descendre du train en vie. Bien que le film soit loin de posséder une égale intensité et la même qualité d’écriture, Bullet Train peut ainsi faire penser à Les 8 salopards de Quentin Tarantino. 

Ladybug, assassin à l’esprit et aux méthodes singulières, reste le personnage le plus intéressant du film. Adepte de la diplomatie et de la paix, doté d’une âme zen, Ladybug est loin de posséder les traits des tueurs traditionnels. Rempli de paradoxes, réputé pour sa malchance chronique et ses objectifs avortés, il se retrouve par hasard dans ce train infernal où il pense mener une mission simple en remplacement d’un collègue plus expérimenté. C’est ce qui fera une grande part du comique des situations mises en scène. Ladybug apparaît au début comme un véritable touriste, un débutant au sein d’une troupe d’assassins aussi professionnels que traditionnels. Brad Pitt l’interprète avec une énergie folle et s’impose sans conteste comme la locomotive de Bullet Train

Si Bullet Train est adapté du livre de Kotaro Isaka, un auteur japonais renommé de romans policiers, David Leitch confère à son film le même traitement cartoonesque que John Wick et Deadpool 2. En témoignent en particulier le duo d’assassins Lemon/Tangerine, tout droit sorti d’une BD, les scènes de combat, les flashbacks et bien sûr le visuel global du film. Sur ce dernier point, Bullet Train réussit plutôt bien son contrat. La photographie, les décors, les chorégraphies des combats sont assez jouissifs. En y ajoutant les passages comiques, Bullet Train coche donc toutes les cases du blockbuster d’été divertissant. 

Pour autant, Bullet Train a le mérite de ne pas prendre le spectateur pour un imbécile. Si l’intrigue demeure simple, le film propose quelques surprises et rebondissements qui permettent de maintenir un certain suspense jusqu’au bouquet final. Certes, Bullet Train n’est pas dénué de facilités scénaristiques, mais il parvient malgré tout à nous tenir en haleine. 

Des lenteurs tuent l’action

En dépit de ses scènes d’action, Bullet Train souffre parfois d’un manque de rythme, surtout dans sa première partie. La mise en place d’une trentaine de minutes, très verbeuse, reste beaucoup trop longue et pourrait même laisser certains spectateurs sur le carreau. Les dialogues du duo Lemon/Tangerine s’éternisent et n’apportent strictement rien à l’histoire ni aux personnages, déjà assez peu développés. Cette première demi-heure un peu poussive écoulée, le Bullet Train commence à s’élancer et gagne nettement en vitesse dans sa deuxième partie jusqu’à un crescendo final spectaculaire. 

Monter dans le Bullet Train, c’est donc prendre le temps de s’offrir un voyage déjanté très divertissant, tout aussi réjouissant qu’oubliable. A l’heure des blockbusters aoutiens, pourquoi bouder ce petit plaisir cinéphile avec un Brad Pitt survitaminé ?

Bullet Train – Bande-annonce

Bullet Train – Fiche technique :

Réalisation : David Leitch
Casting : Brad Pitt (Ladybug), Joey King (The Prince), Hiroyuki Sanada (The Elder), Michael Shannon (The White Death), Aaron Taylor-Johnson (Tangerine), Brian Tyree Henry (Lemon) etc.
Scénario : Zak Olkewicz, d’après l’œuvre de Kotaro Isaka
Producteurs : David Leitch, Antoine Fuqua, Kelly McCormick
Pays d’origine : Etats-Unis
Genres : action, thriller
Durée : 127 minutes
Date de sortie : 3 août 2022

Le Dragon, de Evgueni Schwartz : le théâtre contre le totalitarisme

C’est en 1943 que Evgueni Schwartz, auteur spécialisé dans ce que l’on n’appelait pas encore la « littérature de jeunesse », écrivit Le Dragon, pièce de théâtre inspirée des contes médiévaux mais d’une terrible actualité en cette époque de lutte contre le IIIème Reich.

Evgueni Schwartz fait partie de ces artistes dont le parcours mouvementé rend témoignage des changements radicaux du XXème siècle russe. Né en 1896, Evgueni Schwartz est très vite attiré par la littérature, le théâtre en particulier. En 1916, il est envoyé au front puis, après la Révolution bolchevique, il s’engage du côté des Blancs, mais il est vite blessé. Dès les années 20, Schwartz va se fait connaître comme auteur pour enfants, et sa renommée va s’accroître dans les années 30.
Outre ses œuvres de jeunesse, Evgueni Schwartz va écrire aussi des pièces de théâtre pour adultes, en s’inspirant des contes et légendes qui ont toujours été des sources importantes pour lui. Le Dragon est une de ces pièces. Écrite en 1943, elle sera jouée une seule fois avant d’être interdite, Staline ne pouvant accepter une pièce qui incite à la rébellion contre l’autoritarisme forcené. La censure sera levée dans les années 60, à l’époque du Dégel initié par Khrouchtchev, mais Evgueni Schwartz ne le verra pas : il meurt en 1958.

Très vite, Le Dragon nous entraîne dans un univers merveilleux qui nous est familier. Le protagoniste s’appelle Lancelot (un descendant du chevalier arthurien, visiblement), c’est un chevalier errant qui va là où la destinée l’appelle pour sauver des populations opprimées et des jeunes femmes en détresse. Dès les premières répliques, il dialogue avec un chat philosophe que l’on croirait issu des pages de Lewis Carroll. Nous sommes donc en terrain connu.
Lancelot arrive donc dans un village placé, depuis quatre siècles, sous la coupe d’un dragon. Un dragon autoritaire, qui, outre une quantité impressionnante de nourriture, réclame chaque année une jeune femme. Cette année, c’est au tour d’Elsa, fille de l’archiviste Charlemagne, d’être appelée par le dragon.
Le dragon domine toute l’organisation sociale de la ville, aidé en cela par une partie non négligeable de la population. Le Bourgmestre soutient le dragon, en grande partie par lâcheté. Les bourgeois soutiennent le dragon, car il apporte une stabilité propice aux affaires. Le dragon distribue des récompenses et des postes d’autorité afin de calmer d’éventuels mécontents (comme Heinrich, le fiancé d’Elsa, nommé secrétaire particulier du dragon en compensation de la perte de sa chérie, ce qu’il juge tout à fait acceptable) et de s’assurer la fidélité de la population.
Si le pouvoir autoritaire du dragon est incontesté, c’est aussi parce qu’il s’appuie sur une communication (on dirait de nos jours un « storytelling ») infaillible. Présent depuis quatre siècles, le dragon assoit son pouvoir sur une série d’exploits dont on ne parvient pas à savoir s’ils sont réels ou fictifs, puisque la légende a remplacé l’Histoire. Ainsi, tout le monde s’accorde à dire que le dragon protège le village, puisqu’aucun autre dragon ne l’a attaqué depuis des siècles ; mais Lancelot précise qu’en réalité, les autres dragons ont tous été tués… De même, le dragon aurait protégé la ville d’une épidémie de choléra en faisant bouillir l’eau du lac.
La propagande du dragon est d’une terrible efficacité. Ainsi, même l’archiviste Charlemagne, personnage ordinaire qui, a priori, n’est pas un adepte du dragon, accepte sans la remettre en cause la thèse officielle selon laquelle les bohémiens seraient d’odieux personnages, porteurs de maladies et ennemis de l’ordre social, et que le dragon a bien fait de s’en débarrasser. Charlemagne suit la propagande dragonnienne d’une façon d’autant plus aveugle qu’il n’a lui-même jamais vu le moindre bohémien : il se contente de répéter ce qu’on lui a appris à l’école.
En règle générale, la vérité est une victime de ce régime. C’est flagrant au moment du combat entre le dragon et Lancelot, à la fin de l’acte II. D’un côté, un petit garçon, seul personnage sincère, décrit précisément ce qu’il voit, c’est-à-dire un dragon en difficulté, les bourgeois refusent la vérité et la propagande officielle, incarnée par Heinrich, continue à faire des communiqués irréalistes selon lesquels tout se passe comme prévu, suivant le plan élaboré de longue date par le dragon, et ce malgré les apparences. Un véritable défilé de « faits alternatifs ».

Évidemment, les indices concordent : la pièce a été écrite en 1943, elle met en scène une communauté placée sous un pouvoir autoritaire et guerrier qui légitime son rôle par la peur (créée de toutes pièces) d’une autre communauté pourtant bien inoffensive. Si, a cela, on ajoute le fait que certes personnages ont des noms germaniques (comme Heinrich), et on a tous les éléments pour comprendre que Le Dragon, sous ses allures de conte médiéval et merveilleux, est une allégorie sur le pouvoir hitlérien. Cependant, on peut facilement affirmer que si Staline a ordonné l’interdiction de la pièce, c’est que, d’un côté ou d’un autre, il se sentait visé également.
Le Dragon est donc une pièce sur ce que l’on n’appelait pas encore les « États totalitaires ». Cependant, si cela s’arrêtait là, il n’y aurait que deux actes à la pièce de Schwartz : à la fin de l’Acte II, le dragon est tué et Lancelot, dans sa naïveté, est convaincu que cela suffira pour que le peuple se réveille, tienne compte de ses erreurs et ne se laisse plus asservir. Cependant, au début de l’Acte III, qui se déroule un an plus tard, force est de constater que ce n’est pas le cas.
En effet, à ce moment-là, la situation semble avoir changé en apparence, mais en réalité tout est identique. L’ancien Bourgmestre est devenu président de la « ville libre », et son attitude est exactement identique à celle du dragon. Il se fait passer pour le héros qui a terrassé le dragon et s’impose à une bourgeoisie qui ne cesse de chanter ses louanges sans chercher à savoir où se trouve la vérité. L’enlèvement d’Elsa a été remplacé par son mariage forcé. Heinrich, propulsé nouveau bourgmestre, est toujours chargé de la propagande et dirige les bourgeois lorsqu’ils répètent leurs chants de louange. La seule différence est notable : le geôlier est devenu un des personnages principaux de cette « ville libre », et la prison est remplie de personnages « dangereux », notamment les rouliers qui avaient aidé Lancelot lors de son combat contre le dragon.
Le mensonge et les « faits alternatifs » sont encore bien présents, surtout dans la légende selon laquelle le Bourgmestre est le vainqueur du dragon. Le Bourgmestre lui-même, devenu président, vit tellement dans un monde de contre-vérités qu’il ne conçoit pas qu’on puisse ne pas croire à ces billevesées.
C’est Elsa elle-même qui tirera la leçon : on pourra abattre autant de dictateurs que possible, tant que le peuple ne sera pas éduqué à la liberté, tant qu’il acceptera de se soumettre au nom d’une prétendue sécurité, cela ne servira à rien. Ce qu’il faut faire, c’est donner au peuple une éducation suffisante pour lui permettre de ne pas avoir peur d’être libre, mais aussi l’affranchir des propagandes et des contre-vérités.
Le tout est montré avec humour et émotions. Evgueni Schwartz ménage des scènes plus romantiques, comme ces adieux très émouvants et poétiques de Lancelot et Elsa, et d’autres scènes plus didactiques, comme le discours d’Elsa aux habitants de la ville, les accusant d’être responsables de leur propre asservissement. L’humour est très présent, notamment dans les décalages entre les propos du Bourgmestre ou d’Heinrich et la réalité.

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Retour sur le festival Passeurs de films

Le festival Passeurs de films se déroule chaque année sur l’île aux Moines (Bretagne) le dernier week-end de juillet. L’occasion, depuis quatre ans, de découvrir trois films en avant-première dans le parc du château du Guerric. Cette année, les spectateurs ont pu découvrir Les Miens (Roschdy Zem), Les Pires (Lise Akoka et Romane Gueret), Les Amandiers (Valéria Bruni Tedeschi). Le documentaire Histoire d’un regard (Mariana Otero) a également été diffusé en complément d’une exposition (dans les rues de l’île) de photos de Gilles Caron.  Retour sur ces quelques films.

Les Miens

Roschdy Zem réalise avec Les Miens son sixième film en tant que réalisateur. Associé à Maïwenn pour l’écriture, le réalisateur découvre une sensibilité nouvelle, plus ancrée dans le conflit direct entre les personnages, mais surtout avec des scènes allant à l’essentiel. En effet, une fois l’accident qui rabat les cartes de la famille, le réalisateur distille quelques scènes efficaces qui confrontent les personnages. « Qu’un seul tienne et les autres suivront… », ce mantra tombe une fois que Moussa n’est plus le lien entre tous les membres de la famille. Roschdy Zem étudie de manière épurée le bouleversement des rapports d’une famille dont les membres se parlent enfin les yeux dans les yeux, quitte à se blesser, mais surtout pour mieux s’aimer.

Lors de la rencontre avec Roschdy Zem le lendemain de la projection, il a notamment expliqué que « 90 % du film est du réel, du vécu en famille ». En effet, le frère du réalisateur a vraiment vécu l’accident raconté dans le film.  Le réalisateur explique également que son travail d’écriture avec Maïwenn a été une recherche d’efficacité. En effet, il a pris contact avec elle lorsqu’il a appris qu’elle avait écrit le scénario d’ADN en quatre semaines : « nous on n’est pas des intellectuels, on va directement vers la chair ». Une écriture qui donne la part belle aux comédiens: « Chaque acteur a sa personnalité et ses névroses, c’est passionnant d’analyser au fil du tournage l’évolution du jeu de chacun » a-t-il notamment déclaré. Roschdy Zem a ainsi exploré comment la place de chacun a changé au sein de sa famille, tout en étant plutôt lucide sur sa propre place, mais son film est plus apaisé que le travail de Maïwenn, car il n’a pas, dit-il, de « compte à régler avec (s)a famille », avant d’ajouter : « J’avais beaucoup d’appréhension sur la perception par mes proches, à la découverte du film. Mais tout s’est bien passé, ils l’ont reçu comme un hommage ».

Réalisation : Roschdy Zem
Interprètes : Roschdy Zem, Sami Bouajila, Maïwenn, Meriem Serbah, Nina Zem, Carl Malapa
Date de sortie: 23 novembre 2022
Synopsis : Moussa a toujours été doux, altruiste et présent pour sa famille. À l’opposé de son frère Ryad, présentateur télé à la grande notoriété qui se voit reprocher son égoïsme par son entourage. Seul Moussa le défend, qui éprouve pour son frère une grande admiration. Un jour Moussa chute et se cogne violemment la tête. Il souffre d’un traumatisme crânien. Méconnaissable, il parle désormais sans filtre et balance à ses proches leurs quatre vérités. Il finit ainsi par se brouiller avec tout le monde, sauf avec Ryad…

Les Pires

Lise Akoka et Romane Gueret réalisent leur premier film en prolongement du court métrage Chasse Royale. Elles sont également co-réalisatrices de la série Tu préfères, diffusée sur Arte. Les Pires nait de leur expérience commune de castings sauvages et de la volonté de les raconter. Le film commence d’ailleurs par les faux castings des enfants du film, mais fait comme s’ils étaient réels. Nous partons ensuite sur le tournage d’un film avec des allers-retours permanents dans la « vraie » vie. Les deux réalisatrices jouent sans cesse avec le vrai et le faux. En effet, les histoires personnelles des quatre enfants du film sont un assemblage de plusieurs histoires de vies entendues pendant les castings. Quant au film qui se fait, nous ne le verrons jamais terminé, c’est le processus de création qui intéresse Romane Gueret et Lise Akoka. Sans cesse flirtant (pour de faux !) entre réalité et fiction, Les Pires s’interroge sur ce qui est en train de se passer, sur ce que c’est de créer. Il flirte avec les limites de ce qui peut être demandé à un enfant-acteur, sur le regard porté sur eux, sur ce qui est dit aussi d’eux, de la région dans laquelle ils vivent. Evitant par son procédé tout misérabilisme, le film fait surtout émerger des émotions brutes, une certaine authenticité, on voit naître des acteurs sous nos yeux.

Romane Gueret a rencontré le public de l’île aux Moines le lendemain de la diffusion de son film. Elle a notamment expliqué avoir voulu joué, avec Lise Akoka, sur cet aspect de faux documentaire qui peut en déstabiliser plus d’un. Le scénario ne laisse aucune place à l’improvisation, il a été écrit pendant quatre années et nourrit des rencontres avec les acteurs, les différents enfants qui se sont présentés aux castings. L’authenticité nait donc de cette écriture très millimétrée, de la matière qu’elle a sous les yeux et de ce fragile basculement entre la vie des enfants, le film et tout ce qui naît pendant le tournage. Un vrai grand film d’adolescence, qui fait éclore des acteurs sous nos yeux avec des scènes fortes, des plans serrés et un véritable sens de la direction d’acteurs, surtout une vraie réflexion filmée sur ce que c’est que faire du cinéma.

Réalisation : Romane Gueret, Lise Akoka
Interprètes : Mallory Wanecques, Timéo Mahaut, Johan Heldenbergh, Loïc Pech, Mélina Vanderplancke, Esther Archambault
Date de sortie : 30 novembre 2022
Synopsis : Un tournage va avoir lieu cité Picasso, à Boulogne-Sur-Mer, dans le nord de la France. Lors du casting, quatre ados, Lily, Ryan, Maylis et Jessy sont choisis pour jouer dans le film. Dans le quartier, tout le monde s’étonne : pourquoi n’avoir pris que « les pires » ?

Les Amandiers

Les Amandiers raconte une urgence à vivre, quitte à ce qu’elle rime parfois avec « destruction ». La réalisatrice sait, comme toujours, raconter la folie et la fantaisie, tout en regardant les drames en face. Elle nous dit que la création, l’art, triomphent toujours à l’arrivée. Dans la vie de ces jeunes gens le jeu est une nécessité, un mode de vie. Entourée de comédiens tous formidables, la réalisatrice est au plus près des corps, des souffles, des aspirations et des désillusions. Un film devant lequel on retient son souffle, suspendus à la chute inévitable de certains et au désir de renaissance des autres.

Accueillant chaque acteur, chaque personnage dans ses réussites, ses défauts, ses failles, la metteuse en scène qu’est Valéria Bruni-Tedeschi nous offre un regard puissant sur des êtres pour qui jouer et vivre sont deux nécessités très liées : « Jouer est une question de vie ou de mort. Comme le disait Pierre Romans, c’est à la fois du jeu, donc ce n’est pas important, mais c’est l’engagement de la vie » (Boomerang du 23 mai 2022). 

Réalisation : Valéria Bruni-Tedeschi
Interprètes : Nadia Tereszkiewicz, Sofiane Bennacer, Louis Garrel, Micha Lescot, Clara Bertheau, Vassili Schneider
Date de sortie : 16 novembre 2022
Synopsis : Fin des années 80, Stella, Etienne, Adèle et toute la troupe ont vingt ans. Ils passent le concours d’entrée de la célèbre école créée par Patrice Chéreau et Pierre Romans au théâtre des Amandiers de Nanterre. Lancés à pleine vitesse dans la vie, la passion, le jeu, l’amour, ensemble ils vont vivre le tournant de leur vie mais aussi leurs premières grandes tragédies.

Histoire d’un regard

Mariana Otero plonge dans les 100 000 photos du photographe Gilles Caron (qu’elle a mis environ six mois à explorer et remettre en ordre, grâce à la numérisation des photos réalisée par la fondation Gilles Caron) et produit un récit passionnant. En effet, en cherchant à déterminer le regard porté par le photographe, c’est une véritable histoire qu’elle nous raconte. Une histoire où il faut remettre les planches de photos dans l’ordre, comprendre un cheminement, le confronter à l’Histoire, aux témoins, aux traces… Cette première couche du travail de Mariana Otero est déjà passionnant car il nous fait rencontrer un artiste. Au-delà, la réalisatrice nous fait aussi entendre sa voix, sa sensibilité face à ces images, mais aussi à l’histoire de Gilles Caron, disparu soudainement à l’âge de 30 ans au Cambodge et qui fait écho à sa propre histoire.

Lorsque la réalisatrice compare les dernières photos prises par Gilles Caron de ses deux filles aux dessins de sa mère (de sa sœur et elle), une émotion nouvelle s’invite. Ce n’est plus seulement raconter une œuvre, mais la grandir d’une sensibilité, d’une interprétation, d’une recherche effrénée du sens. Dès lors, Mariana Otero part à la recherche des regards dans les photos, des histoires qu’elles racontent. Lors du festival, elle a aussi fait revivre l’œuvre au travers d’une balade sur l’île aux moines au grès des photos affichées dans les rues. La rencontre a été passionnante et passionnée, Mariana Otero a sans aucun doute, et ce depuis bien longtemps, un regard elle aussi et l’histoire de ce regard mêlé à celui de Gilles Caron est la source d’Histoire d’un regard, et surtout sa force.

Réalisation : Mariana Otero
Date de sortie : 29 janvier 2020 (disponible en VOD et DVD)
Synopsis: Gilles Caron, alors qu’il est au sommet d’une carrière de photojournaliste fulgurante, disparaît brutalement au Cambodge en 1970. Il a tout juste 30 ans. En l’espace de 6 ans, il a été l’un des témoins majeurs de son époque, couvrant pour les plus grands magazines la guerre des Six Jours, mai 68, le conflit nord-irlandais ou encore la guerre du Vietnam. Lorsque la réalisatrice Mariana Otero découvre le travail de Gilles Caron, une photographie attire son attention qui fait écho avec sa propre histoire, la disparition d’un être cher qui ne laisse derrière lui que des images à déchiffrer. Elle se plonge alors dans les 100 000 clichés du photoreporter pour lui redonner une présence et raconter l’histoire de son regard si singulier.