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« Elliot au collège » : vivre avec son anxiété

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Après L’Homme le plus flippé du monde, Théo Grosjean poursuit son exploration de l’anxiété sociale et des angoisses dans un album partiellement autobiographique, où il met en scène son alter ego Elliot, un jeune collégien de onze ans.

On le sait, les changements de structures scolaires peuvent occasionner des troubles chez les adolescents, surtout lorsque ceux-ci sont particulièrement exposés aux phénomènes d’anxiété et d’angoisse. Les mutations ayant cours durant le collège concernent le développement de l’identité du jeune, une plus grande sensibilité aux critiques et aux moqueries, ainsi qu’une difficulté variable, mais parfois exacerbée, de trouver sa place dans de nouveaux groupes sociaux. Ceux qui connaissent Théo Grosjean ne seront pas surpris de trouver dans Elliot au collège une déconstruction amusée de l’anxiété sociale. Tout au long des 64 planches à chute de l’album, le jeune héros, onze ans, va partager ses craintes avec une étrange créature, qui se présente à lui de la manière suivante : « Je suis une mascotte imaginaire qui représente tes pires angoisses. »

Inspiré de la propre vie de l’auteur et dessinateur français, Elliot au collège passe en revue les grandes étapes itinérantes de l’adolescence : la vie scolaire, sociale et amoureuse, l’acceptation de soi et de son corps, les rapports filiaux… Elliot y apparaît comme un personnage diminué par un manque criant de confiance en lui. Une brève présentation orale le plonge dans état proche de la catalepsie, se mettre en maillot de bain devant ses pairs devient une source d’angoisse privative de sommeil, l’absence de son ami Hari le contraint à s’isoler à la bibliothèque pour ne pas affronter seul ses camarades durant les récréations… La petite boule d’angoisse qui partage sa vie le pousse constamment au pathétisme et à la résignation. Quand elle ne rajoute pas du désespoir au malheur. Ainsi, après l’avoir assailli de pensées négatives juste avant de se coucher, elle ose cette interrogation : « Tu sais que le manque de sommeil cause des troubles de l’attention qui peuvent engendrer un échec scolaire ? »

Théo Grosjean l’annonce dans sa préface : ce projet est le plus ambitieux qu’il ait jamais entrepris. Le format, la tonalité et les thématiques des albums suivants s’inscriront en adéquation avec l’évolution d’Elliot, dont la maturation graduelle engendrera d’autres problématisations. En attendant, Elliot au collège constitue déjà une belle réussite, en ce sens qu’il parvient à s’adresser à tous et à mêler avec talent sensibilisation à l’anxiété sociale et humour efficace. Ce qui sous-tend le récit demeure l’incapacité à s’épanouir dans la crainte d’interagir avec les autres et de s’exposer à leur jugement. Il y a quelque chose de touchant à voir Hari user et abuser du beatbox comme d’une formule magique pour se faire accepter des autres. Et quelque chose de tragique dans la manière dont Elliot et son ami traînent leur solitude et leurs peurs comme un handicap les disqualifiant socialement. Sur le fond, cette bande dessinée possède des parentés évidentes avec un film tel que Eighth Grade (Bo Burnham, 2018).

Il est également à noter que d’autres sujets affleurent çà et là. Parmi eux, on retrouve l’éco-anxiété, les démissions ou violences parentales, voire les rapports complexes et perceptions erronées vis-à-vis du corps professoral quand on est un jeune étudiant. Théo Grosjean propose par ailleurs plusieurs planches dans un univers fantaisiste de jeu vidéo, à travers lesquelles Elliot démontre une nouvelle fois sa maladresse (ce qui le rend, au demeurant, fort attachant).

On attend désormais la suite avec curiosité.

Elliot au collège, Théo Grosjean
Dupuis, janvier 2023, 64 pages

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3.5

« Le Laboratoire des cas de conscience » : les dilemmes moraux à l’aune de la fiction

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La collection « Champs » des éditions Flammarion est nantie d’un nouvel ouvrage intitulé Le Laboratoire des cas de conscience. La professeure de littérature comparée Frédérique Leichter-Flack y scrute les dilemmes moraux par le truchement de la fiction littéraire et cinématographique.

Un cas de conscience est une situation délicate où une personne doit faire un choix entre des options moralement poreuses, c’est-à-dire comportant des aspects éthiques ambigus ou qui peuvent être interprétés de différentes manières. Cela peut engendrer de l’incertitude quant à la décision à prendre et entraîner des dissensions ou des débats moraux. Les œuvres de fiction, littéraires comme cinématographiques, peuvent problématiser certains cas de conscience en présentant des personnages et des situations qui mettent en question les valeurs morales et éthiques des personnages et, partant, du public. Ces œuvres fictionnelles permettent de dépeindre des cas extrêmes, chargés d’affects et de spécificités, ou des dilemmes moraux qui peuvent être difficiles à imaginer dans la vie réelle. De Blade Runner à L’Étranger en passant par The Wire, les exemples de cas de conscience affluent dans la fiction. Leur intérêt est de dépasser des situations schématiques et archétypales, qui peuvent certes s’avérer utiles pour dégager des concepts moraux de manière claire et concise, mais cependant trop réductrices et inaptes à refléter la complexité des défis moraux auxquels les gens sont confrontés dans la vie réelle.

Dans son ouvrage, Frédérique Leichter-Flack court-circuite les fausses évidences et se demande dans quelle mesure le spectateur ou le lecteur peut être amené à prendre position en faveur de tel ou tel personnage. Cette professeure de littérature comparée emploie Le Manteau de Gogol, La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka ou le jugement biblique de Salomon pour verbaliser l’injustice, l’incertitude, l’assassinat politique ou la responsabilité morale. Des notions telles que le droit d’ingérence, la propriété ou la dilution des torts y sont problématisées, tandis que le débat philosophique entre Benjamin Constant et Emmanuel Kant sur l’impératif catégorique de la vérité est réinterprété à la lumière des agissements de Sœur Simplice dans le roman de Victor Hugo Les Misérables. Frédérique Leichter-Flack navigue entre les principes universels et les cas particuliers. Elle laisse ouvertes les notions de juste et de justice, préférant mettre l’accent sur l’extrême difficulté de prendre des décisions en toute conscience quand les éléments abondent et se lestent d’ambiguïtés. Les exemples empruntés à la fiction permettent de se porter à une distance pertinente de ces cas de conscience ; ils donnent par ailleurs lieu à un flot ininterrompu de détails qui insinue autant de certitudes qu’il ne soulève de questions.

Dans l’ouvrage de Frédérique Leichter-Flack, les dilemmes sont souvent introduits à partir de cas réels issus du monde contemporain. Le détour par la littérature permet d’exemplifier plus avant les dilemmes sur lesquels se porte la réflexion de l’auteure. Le lecteur est invité, par le recours à la fiction, à appréhender les conflits éthiques en s’identifiant aux personnages et en partageant leurs affects. D’Antigone à Kafka en passant Melville, du secours apporté à un tiers à la manière dont on se perçoit dans l'(in)action, Le Laboratoire des cas de conscience donne une assise littéraire, particulièrement étayée, aux dilemmes moraux, trop souvent présentés dans une forme d’abstraction.

Le Laboratoire des cas de conscience, Frédérique Leichter-Flack
Champs/Flammarion, janvier 2023, 224 pages

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3.5

« Fahrenheit 451 » : la faillite de la pensée

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Les éditions Philéas publient une adaptation dessinée du classique d’anticipation Fahrenheit 451, de Ray Bradbury. Tim Hamilton parvient à extraire la sève dystopique d’un récit où des masses maintenues dans l’ignorance arborent une docilité devenue tautologique.

Du Meilleur des mondes à 1984, de nombreuses contre-utopies se sont appuyées sur l’infantilisation des citoyens et l’appauvrissement de leur esprit critique pour façonner un avenir cauchemardesque, où la servitude volontaire allait de pair avec l’endoctrinement et l’incapacité à prendre du recul sur la plupart des grandes questions philosophiques. En adaptant le roman dystopique de Ray Bradbury Fahrenheit 451, Tim Hamilton donne une tonalité sépulcrale, dominée par les teintes jaunes et bleues, à une société rendue au dernier degré de l’ignorance.

Guy Montag, le personnage principal, est un pompier oublieux du passé. En cela, rien ne le distingue de ses collègues, ou de sa compagne Mildred. Tous privilégient les futilités aux idées, une « famille » reconstituée sur des murs-écrans au spectacle, sinistre, de la marche du monde. Dans ce futur ayant fait fi de la culture et du savoir, les soldats du feu ont pour mission de perpétrer des autodafés là où ont été conservés des livres depuis longtemps prohibés par les pouvoirs publics. La démocratie elle-même constitue une farce mi-tragique mi-pathétique : on verra ainsi, dans cette adaptation, Mildred et ses amies discourir au sujet de l’apparence des candidats aux élections, mais jamais du programme que ces derniers sont supposés porter.

Un point de bascule apparaît tôt dans le récit. Guy rencontre sa nouvelle voisine, Clarisse, qui exerce sur lui une fascination immédiate. Par des voies détournées, elle insinue un doute dans l’esprit du pompier. Peut-il vraiment se déclarer heureux ? Quel est le sens du travail qu’il effectue aveuglément depuis plus de dix ans ? En condamnant tout accès à la culture, les autorités de Fahrenheit 451 ont engendré plusieurs présupposés : les livres seraient source d’inégalités et de détresse, le monde se porterait mieux sans ces objets anxiogènes et contrevenants à l’ordre social et public, les détenteurs de bouquins attentent à la société dans son ensemble et méritent de ce fait d’être poursuivis – voire de périr dans les flammes.

George Orwell imaginait une réécriture perpétuelle des faits dans 1984. Fahrenheit 451 pousse la logique encore plus loin, en empêchant la mémoire d’exercer ses droits. Tout doit disparaître au profit d’une société sans idée ni relief, ânonnant une rhétorique aussi falsifiée que celle ayant cours dans Le Meilleur des mondes. Il est intéressant de noter que ce nivellement critique et intellectuel par le bas passe chez Ray Bradbury par la télévision, les jeux, mais aussi des chiens mécaniques lancés aux trousses des résistants-délinquants. Si la lecture est érigée en acte antisocial, en crime contre la société, l’anesthésie des esprits dans le formol télévisuel et sportif se trouve en revanche encouragé.

La dimension paranoïaque du récit de Ray Bradbury trouve une synthèse visuelle parfaite sous les traits inspirés de Tim Hamilton. Bien que le roman soit dépouillé de certaines de ses nuances, l’essentiel de son propos demeure clairement exposé dans cette adaptation sérieuse et menée de main de maître. Mildred n’hésite pas à sacrifier sa famille en dénonçant son mari pour le bien de la « cause », le capitaine Beatty apparaît dans toute sa verve tragique et Faber y fait office de conscience personnifiée, sur laquelle seront bientôt bâties la révolte et l’indépendance d’esprit de Montag. Il n’en faut pas plus pour faire de cet album un indispensable.

Fahrenheit 451, Ray Bradbury et Tim Hamilton
Philéas, janvier 2023, 152 pages

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4.5

« Aurora » : la fin des temps ?

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Les éditions Soleil publient le premier tome d’Aurora, intitulé « Phénomènes ». Christophe Bec et Stefano Raffaele y mettent en scène des enfants aux caractéristiques troublantes, tous nés le jour d’une étrange aurore rouge.

Si The Thing est mentionné à plusieurs reprises dans « Phénomènes », c’est toutefois un autre film de John Carpenter qui semble exercer son empreinte sur la série Aurora. Les 222 000 enfants nés le jour d’une aurore rouge ont en effet en commun avec ceux du Village des damnés un comportement peu sociable, une froideur inhabituelle et une intelligence supérieure. Dans un cas comme dans l’autre, ils semblent avoir des liens étroits et inquiétants les uns avec les autres. À tel point d’ailleurs que Jackichand, largement en avance sur son âge, se déclare futur leader d’une génération aussi nombreuse et soudée que ces corneilles « blousons noirs » réunies en escadrilles.

S’il y a une chose que Christophe Bec et Stefano Raffaele travaillent en orfèvres dans « Phénomènes », c’est l’ambiance qui porte et tapisse le récit. Dès les premières planches, une série d’événements sanglants et inattendus se déroulent aux quatre coins du monde. Ce sont ensuite, sous forme de flashbacks, des naissances survenues le jour d’une aurore boréale qui sont éventées. À chaque fois, les nouveau-nés paraissent étrangement calmes, presque passifs. Ils ne pleurent pas, ni à la naissance ni ensuite pour réclamer à manger. De toute évidence, quelque chose plane au-dessus d’eux, et cela dépasse l’entendement humain. Toute la construction dramatique d’Aurora, avec ses bonds temporels et géographiques et ses changements de points de vue, est conditionnée à ces phénomènes inexpliqués.

Pas avares en vignettes spectaculaires (les chiens réduits en charpie, les corps écrasés sur le sol, les insectes écrabouillés…), Christophe Bec et Stefano Raffaele donnent à leur récit un air crépusculaire. Calculateurs, égoïstes, indifférents aux autres, si ce n’est peut-être à leurs semblables, les enfants de l’aurore se révèlent capables de tout : passer à tabac des personnes physiquement supérieures, provoquer le suicide d’une enseignante jugée incompétente, empoisonner un subalterne indésirable… Leur comportement est tel que même leurs parents restent pantois, au point de multiplier les examens médicaux et d’enquêter sur leurs origines.

Si le travail entrepris est prometteur, il faut désormais que les auteurs s’attellent à densifier l’univers esquissé et à y apporter des enjeux palpables, de nature à conférer aux différents protagonistes une épaisseur plus importante. Car c’est précisément le piège dans lequel était tombé John Carpenter avec Le Village des damnés : construire un argument de base fort pour ensuite le développer de manière lacunaire.

Aurora, Christophe Bec et Stefano Raffaele
Soleil, janvier 2023, 68 pages

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3.5

« Le Cuirassé Potemkine » en blu-ray

Distribué par Arcadès, le chef-d’œuvre de Sergueï Eisenstein Le Cuirassé Potemkine est disponible dans une très complète édition blu-ray chez… Potemkine.

Considéré comme l’un des pères du montage, au même titre que David Wark Griffith ou Abel Gance, Sergueï Eisenstein a codifié tout un système d’agencement de l’espace dès sa seconde réalisation, l’épique et hypnotique Cuirassé Potemkine. Échafaudé dans l’enthousiasme et l’urgence, en seulement quatre mois, ce monument du film de propagande, commandé par la firme d’État Goskino, célèbre avec éclat les vingt ans de la Révolution russe de 1905, à la lisière de l’Histoire et de la fiction. Spectacle en tout point étourdissant, ce pantomime soviétique s’inspire à la fois de la peinture constructiviste de Kasimir Malevitch, du théâtre de Vsevolod Emilievitch Meyerhold et du kabuki japonais, irriguant ses séquences d’un lyrisme déchirant et d’une expressivité sans commune mesure.

Du haut de ses vingt-six printemps, Sergueï Eisenstein impressionne, déroute et se trouve partout à la manœuvre : à la réalisation, au scénario, au montage, et même devant la caméra. Esthétisant le désespoir à coups de lumières contrastées, de gros plans saillants et de métaphores évocatrices, il narre par le menu, avec conviction, la mutinerie du cuirassé, la solidarité du peuple d’Odessa, la quête irrépressible de liberté et les décimations perpétrées par les soldats du tsar, massacres parfaitement représentés dans la séquence de l’escalier, authentique chorégraphie de mouvements et de désagrégations. Héros pluriel et anonyme, l’amas populaire entend se dresser avec abnégation face à la tyrannie et l’aliénation. Les trois lions sculptés dans la pierre symbolisent son éveil progressif, tandis que le drapeau rouge battu par le vent s’érige en stimulus déterminant, justification du soulèvement en marche.

Référence universelle, Le Cuirassé Potemkine se déploie de figurations anthologiques – l’oppression, la révolte, la perdition – en tableaux glaçants, désolés, au seuil de l’abomination. Promis au fameux « montage des attractions », fait de chocs, de ruptures et de vallonnements rythmiques, il aligne les formes, les symboles et les métonymies, répandant en parallèle son influence comme une saignée. Tourbillon d’idées et de visions, le chef-d’œuvre d’Eisenstein a ainsi exercé une emprise éprouvée sur des cinéastes tels que Brian De Palma, Terry Gilliam, Woody Allen ou encore David Zucker, sans omettre les hommages rendus çà et là, notamment par Les Nuls et Les Simpson.

Longtemps encore, on se souviendra de ce landau dévalant furieusement les marches de l’escalier démesuré d’Odessa, de ces plans serrés de viandes avariées, de cet enfant inerte gisant dans les bras d’une mère éplorée, de ce lorgnon coincé dans les cordages ou encore de ces scènes de mutinerie et de massacres. Longtemps encore, on évoquera les partitions enfiévrées de Dmitri Chostakovitch et Edmund Meisel ; la photographie soignée de Vladimir Popov et Édouard Tissé ; cette caméra fixe, capturant une réalité biaisée par le prisme idéologique ; le mariage des plans larges et rapprochés, suggérant tour à tour la dynamique des masses et la détresse personnelle. À jamais, on sondera la portée de ces montages parallèles, de ces découpages et agencements savamment étudiés, de ces variations d’échelles et de valeurs picturales.

BONUS & TECHNIQUE

Le film est présenté dans une version restaurée permettant de le redécouvrir dans des conditions idoines. Accompagné de plusieurs bandes-son, il prend place dans une édition généreuse en suppléments, puisqu’elle comprend plusieurs documents de longue durée, dont un documentaire sur l’histoire du film et de sa restauration.

L’Utopie des images de la Révolution russe revient sur la naissance du nouveau cinéma soviétique. Lev Koulechov invente un atelier, devient le père d’un effet technique qui porte son nom et fait montre d’une imagination débridée. Des cinéastes tels que Vsevolod Poudovkine ou Fridrikh Markovitch Ermler lui emboîtent bientôt le pas, tandis qu’on se repaît, dans toute l’URSS, des films étrangers, et surtout hollywoodiens.

Sur les traces du Cuirassé Potemkine raconte comment, en 1926, les succès respectifs du film de Sergueï Eisenstein à Berlin et dans l’Union soviétique se sont mutuellement alimentés. Les différentes versions (1930, 1950, 2005…), les retouches et les actes de censures, ainsi que la patiente découverte des plans manquants (le film se reconstitue à partir de différentes sources) figurent en bonne place dans le document.

Naissance d’un cinéma révolutionnaire se penche sur Koulechov et Vertov, aborde un film comme La Grève, qui faisait déjà de la foule et du peuple un personnage à part entière. Il analyse aussi plus spécifiquement Le Cuirassé Potemkine, arguant par exemple que les vers des pièces de viande constituent la métaphore d’un régime tsariste qui se meurt et renaît dans le même temps…

Enfin, les entretiens avec François Albera complètent utilement l’ensemble, non sans redite, même si l’historien du cinéma met aussi l’accent sur l’urgence du tournage, sur la représentation de la répression et de la solidarité ou encore sur le naturalisme quasi inépuisable du film d’Eisenstein.

Fiche technique : https://store.potemkine.fr/dvd/3545020078563-le-cuirasse-potemkine-serguei-m-eisenstein/

Bande-annonce

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5

La Passagère : Voyage au bout de l’enfer

Faire un film sur l’Holocauste moins de vingt ans après les faits relève du pari cinématographique (et critique). En 1961, le cinéaste polonais Andrzej Munk lance le tournage de La Passagère, adapté librement des mémoires Zofia Posmysz, prisonnière d’Auschwitz et de Ravensbrück. Interrompu par la mort du cinéaste la même année, le film est terminé par son ami cinéaste Witold Lesiewicz. Cinquante ans après sa sortie, le film ressort pour la première fois dans les salles obscures. L’occasion de (re)découvrir une œuvre forte qui démonte la mécanique des rapports de domination propres aux camps, tout en osant une réflexion bienvenue sur les liens entre vérité historique et fiction cinématographique.

La Passagère évoque le quotidien des femmes détenues à Auschwitz. Ou plutôt d’une femme. Elle s’appelle Marta. Son bourreau se nomme Liza. Cette dernière est une « aufseherin » (comprenez « gardienne »), selon terme utilisé dans le langage du camp (« Lagersprache »). Le public ne pénètre pourtant pas tout de suite dans l’enfer polonais. La Passagère est ce qu’on appelle – dans le jargon cinématographique – une œuvre inachevée ou posthume. Son réalisateur Andrzej Munk est, en effet, décédé au cours de son tournage en 1961. Son ami, le cinéaste Witold Lesiewicz décide de terminer le montage, en laissant volontairement telles quelles les parties inachevées du film. La Passagère est paradoxalement une œuvre à qui profitent les lacunes. La force de l’histoire est de n’avoir ni fin ni début.

(R)ouvrir les placards de l’Histoire

D’entrée de jeu, Witold Lesiewicz explique au public qu’il va devoir composer avec une œuvre inachevée. À lui de combler les blancs qui parsèment la narration. Deux univers s’opposent en dépit de l’incomplétude globale. Il y a d’abord celui de la photographie. Si l’histoire commence par la mort du cinéaste (racontée par un autre), cette dernière plonge le spectateur sur une croisière aux allures de romans-photos. L’expression doit être prise au sens propre comme au sens figuré. Toute la première partie du film (et son dernier tiers) est mis en scène via une série de photographies prises à l’argentique. Le noir et blanc y est granuleux, presque flou à l’écran. C’est ici qu’entre en scène Liza. Nous sommes loin d’Auschwitz. En apparence (seulement). Car, si la croisière s’amuse, le bêta vernis du bonheur ne va, cependant, pas tarder à craquer. Liza voyage aux côtés de son mari Walter. Le couple ne le sait pas encore mais il profite de ses derniers moments d’accalmie. Le calme avant la tempête, dit-on. Un jour, Liza croit reconnaître, parmi les passagères, une ancienne détenue d’Auschwitz, dont elle était – rappelez-vous – la gardienne. Ainsi, Marta, notre deuxième protagoniste, peut entrer en scène.

Le théâtre est au complet. La pièce peut donc débuter. Liza avoue à son mari qu’elle n’était pas détenue à Auschwitz, comme elle le lui avait dit, mais surveillante SS. Sa confession change de couleur au fur et à mesure que se dessine la vérité. Le style évolue lui aussi. L’image noir et blanc est lisse et froide – quasi clinique. L’image n’est plus fragmentée par des photos mais proprement cinématographique. La fiction se pare alors des atours du reportage autant que du documentaire. Liza évoque sa relation avec Marta. Celle-ci apparaît pour ce qu’elle est : une obsession glauque autorisée par l’univers industrialo-carcéral du camp qui lui a donné naissance. Liza se raconte (autant qu’elle nous raconte) avoir sauvé Marta. La gardienne SS est convaincue de sa bêtise aussi bien que de sa prétendue supériorité. Si Andrzej Munk évoque les rapports de pouvoirs entre les êtres, le cinéaste braque son projecteur sur ce que le camp fait aux humains. Il y a bien sûr la déshumanisation de ces gardiennes. Toutes de noir vêtues, tels des robots, agissant de façon automatique, lâchant des chiens affamés sur des prisonnières sans défense, dans un comble de perversité et de sadisme qui se passent de qualificatifs.

Nuit et brouillard

La force de La Passagère provient sans doute aussi de son audace. Souvenez-vous. Nous sommes au début des années 1960 – le film sort en salles en 1963 – soit moins de vingt ans après la fin de la guerre et la libération des camps. Imaginez-vous une œuvre cinématographique qui aurait décidé – à la même époque – d’aborder la complicité du Régime de Vichy dans la déportation des juifs de France. Andrzej Munk confronte le public d’alors à un passé qui ne passe pas (encore). Et qu’il préférait remiser dans les placards de l’Histoire. Le spectateur est confronté à ce qu’il ne veut pas voir (et, paradoxalement, ne peut pas ne pas voir). Nous n’avons d’autre choix que de regarder. Les scènes filmées possèdent une violence physique et symbolique qui déborde du champ –, rendant les images presque impossibles à supporter.

La Passagère fait appel à notre responsabilité de spectateur. Comme l’avait fait en son temps Alain Resnais avec les images de Nuit et Brouillard (1955). La fiction (même et lorsqu’elle s’assume comme telle en s’inspirant de l’Histoire) interroge nos limites autant qu’elle en appelle à notre sens du devoir. Il est nécessaire de ne pas fermer les yeux sur les horreurs passées et présentes de l’Histoire. Auquel cas, l’on se condamne à une cécité démocratique volontaire. Or, il n’est pas bon d’être aveugle dans un monde en proie aux (perpétuelles) flammes (de l’Histoire).

Le cinéaste s’inclut dans la réflexion. Une histoire est toujours le fait d’un individu. Quand elle est racontée, elle part nécessairement d’un point de vue situé justement dans l’Histoire. Liza possède une vision faussement naïve de son histoire avec Marta. L’innocence avouée se transforme vite en culpabilité décomplexée. Cette histoire particulière dessine en creux une histoire collective -, recréée par un cinéaste en quête de vérité (historique). Mais Andrzej Munk n’est pas dupe. La fiction ne peut être l’Histoire (bien que l’Histoire racontée devienne toujours une fiction qui s’inscrit dans l’Histoire). Aussi, les interstices laissés par le décès du cinéaste sont comme autant d’histoires qui s’insèrent dans la grande. De cette gigantesque mise en abyme, on ne sort pas indemne, hantés par l’incommensurable et l’innommable, portés par une œuvre qui s’affirme comme un uppercut salutaire.

Bande-annonce – La Passagère

Fiche technique – La Passagère

Titre français : La Passagère
Réalisation : Andrzej Munk
Scénario : Zofia Posmysz et Andrzej Munk
Interprétation : Liza (Aleksandra Śląska), Marta (Anna Ciepielewska)
Musique : Tadeusz Baird
Photographie : Krzysztof Winiewicz
Montage : Zofia Dwornik
Décors : Tadeusz Wybult
Costumes : Wiesława Chojkowska
Société de production : Zespół Filmowy « Kamera »
Pays de production : Drapeau de la Pologne Pologne
Langue originale : polonais
Genre : drame
Durée : 60 minutes
Sortie : 25 janvier 2023

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4.5

« La Compagnie rouge » : forces spatiales

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Les éditions Delcourt publient La Compagnie rouge, de Simon Treins et Jean-Michel Ponzio. Opéra spatial fortement inspiré de Star Wars, le récit se déroule dans un futur lointain où les guerres, publiques comme privées, sont menées par le truchement de robots et d’intelligences artificielles.

L’hyperréalisme du dessinateur Jean-Michel Ponzio est à double tranchant. La Compagnie rouge peut se prévaloir de dessins soignés, à la précision quasi kubrickienne, mais le travail opéré sur les visages donne parfois l’impression, incommodante, de se tenir devant un roman-photo. D’un côté, l’orfèvrerie des décors et des mouvements ; de l’autre, des syncrétismes visuels pas toujours inspirés. Plus que 2001, l’Odyssée de l’espace, c’est toutefois Star Wars qui semble exercer l’attraction la plus forte sur Simon Treins et Jean-Michel Ponzio. Leur jeune héros Flint est un pendant quasi parfait d’Anakin Skywalker, sa planète ressemble à s’y méprendre à Tatooine et les combats galactiques spectaculaires parachèvent le jumelage des deux oeuvres. À ceci près que George Lucas avait imaginé des mondes foisonnants, un méchant iconique et une conduite scénaristique plus aboutie.

Car La Compagnie rouge ne tient que partiellement ses promesses. Flint, seize ans, est passionné par l’histoire des guerres galactiques. Il est recruté comme archiviste par la Compagnie rouge, organisation placée sous le patronage d’une matriarche surnommée « La Chouette ». Son rôle ? Documenter les événements en cours, et mettre de l’ordre dans un passé confus, aux nombreuses zones d’ombre. Tandis qu’ils interviennent dans un rôle de protection privée dans le cadre d’une guerre civile, Flint et ses collègues voient un piège se refermer sur eux. La suite ne sera constituée que de menaces, de conflits et de trahisons. Avec des planches explicatives empesées et une choralité souvent mal servie par l’épaisseur relative des différents protagonistes.

À la fois récit d’initiation et fresque galactique, La Compagnie rouge pèche cependant par manque d’envergure. Flint quitte sa planète agricole avec l’étiquette d’« innocent ». En dépit de ses nausées répétées lors des voyages spatiaux, il rencontre peu d’obstacles formateurs et semble, devant l’épreuve, souvent plus avisé que ses collègues pourtant expérimentés. La fresque galactique donne lieu à des planches vertigineuses et à une redéfinition des guerres, sur fond d’ivresse technologique. Ses enjeux s’avèrent toutefois circonscrits aux lignes directrices d’une intrigue si pas attendue, en tout cas peu inventive. Et en outre, le récit manque de reliefs émotionnels : mêmes les compagnons d’armes disparus partent sans la moindre cérémonie, si ce n’est pas celle dictée par les conventions. S’engager dans la Compagnie, c’est courir le risque de périr. C’était inscrit dans le contrat. Fi à la peine.

Simon Treins et Jean-Michel Ponzio laissent un goût d’inachevé avec ce one-shot ambitieux. Pourtant, en projetant la propriété privée et les intérêts commerciaux à l’échelle de l’univers, en substituant aux contrats la loi du plus fort, ils tenaient là, sans conteste, les germes d’un récit prometteur. Ce qui en ressort, au-delà des tableaux spatiaux somptueux, relève surtout de la nature humaine, dont les instincts de prédation n’ont que faire du temps qui passe ou des progrès technologiques.

La Compagnie rouge, Simon Treins et Jean-Michel Ponzio
Delcourt, janvier 2023, 128 pages

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2.5

« Fatals Picards Comics Club » : pâtir sur le rock

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Jean-Luc Garréra et Juan mettent en vignettes le groupe de comedy rock français Les Fatals Picards dans une BD aux répliques fusantes et à l’ironie mordante.

La première réussite de Fatals Picards Comics Club, c’est son adéquation parfaite avec l’esprit du groupe qu’il met en scène. Les Fatals Picards sont en effet connus pour leurs paroles teintées de cynisme et d’ironie, déconstruisant le monde environnant avec une acuité qui n’a finalement d’égale que la dérision. Dans leur album, Jean-Luc Garréra et Juan présentent d’abord succinctement chaque protagoniste, avant de les plonger dans trois récits loufoques maîtrisés en clerc.

Dans Fatals Picards Comics Club, un certain Romero échafaude un plan diabolique pour tirer profit des morts-vivants. Les Fatals Picards se réfugient dans les caves d’un loft, pourchassés par les candidats décérébrés d’une émission de télé-réalité. Skalibur désigne en terres écossaises un « Guitar Hero hors pair »… incapable de jouer trois notes. Chaque page est une invitation au rire, les dialogues fusent et les rebondissements sont menés tambour battant.

Jean-Luc Garréra et Juan n’hésitent d’ailleurs pas à affubler le quatuor de traits de caractère parfois pathétiques. Ainsi, on retrouvera souvent Poupou dans des situations absurdes, les moindres n’étant pas sa fascination pour les magazines people ou son attrait pour les conversations futiles de Nab’ et les autres lofteurs. Billy est quant à lui présenté comme un rockeur philosophe, capable d’assommer son auditoire ou de lire des traités qui provoqueraient une contusion cérébrale à n’importe quelle pin-up siliconée.

Irrévérencieux, survitaminé, ce premier tome de Fatals Picards Comics Club bénéficie d’une écriture au cordeau et de dessins avenants. Il est d’ailleurs difficile de reposer l’album une fois la lecture entamée. Et pour cause : on se délecte à se moquer des autres en compagnie des Fatals Picards… quand ce ne sont pas eux qui font les frais du regard ironique des auteurs ! Bien que le registre ne soit pas identique, on retrouve un peu de Woody Allen et de Quentin Tarantino (ou de René Goscinny) dans l’usage des dialogues, qui contribuent grandement à la qualité d’ensemble de l’album.

Fatals Picards Comics Club, Jean-Luc Garréra et Juan
Bamboo, janvier 2023, 64 pages

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3.5

« No Future » : joke woke

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Les éditions Delcourt publient No Future, d’Éric Corbeyran et Jef. Dans un futur dystopique où l’ultra-gauche au pouvoir s’est arc-boutée autour de valeurs sanctuarisées, deux personnages marginaux, nostalgiques de l’ancien monde, s’élèvent contre l’oppression et la corruption.

On retrouve dans No Future le trait caractéristique de Jef, pop et coloré, déjà aperçu dans Convoi ou Gun Crazy. Une certaine topographie de personnages, borderline et marginaux, y est à nouveau associée. Mais cette fois, Halen Brennan et Jean-Claude Belmondeau (hommage respectif au groupe de rock Van Halen et à Jean-Paul Belmondo), bien qu’en rupture avec leur environnement, n’en demeurent pas moins des héros positifs, nostalgiques de l’ancien monde. Pour comprendre ce qu’ils regrettent, il faut prendre la mesure de ce que l’ultra-gauche installée au pouvoir a enfanté : ses représentants, « devenus les nouveaux pères la morale, coincés du fion, à tout interdire », ont amenuisé les libertés à tel point qu’on ne peut plus consommer de viande, fumer de cigarette, conduire de véhicule obsolète ou se marier en tant que couple binaire non racisé. Un matriarcat a désormais lieu dans une France très Cinquième Élément (pour le côté architectural et technologique), où pullulent les droïdes, les classiques littéraires réécrits, les ear phones et les agents de sécurité à tête de grille-pain (littéralement).

Halen Brennan est une mercenaire aux méthodes expéditives. Elle est recrutée par la compagnie Stella pour mettre la main sur des documents confidentiels volés, sans en savoir davantage sur leur contenu. C’est une femme dont la place dans la société ne tient qu’à un fil, ou plutôt à un genre. Mais au fond, elle préférerait probablement s’en détacher définitivement, elle qui n’aspire qu’à se retirer chez elle pour consommer de la bière de contrebande en regardant des films d’Alain Delon. Éric Corbeyran et Jef l’introduisent comme une forte tête à la verve mordante. Ainsi, elle n’hésite pas à asséner à la puissante Ratchead Kammer, qui l’engage, qu’elle paraît moins humaine que les droïdes qui la servent. Il faut dire que le bistouri a laissé des traces irréversibles et édifiantes sur son corps… C’est au cours de sa mission, périlleuse, qu’elle croise la route de Jean-Claude Belmondeau, en délicatesse lui aussi avec la nouvelle société gaucho-bobo-normée. Son trip à lui, c’est de fréquenter un food truck approvisionné par des fermes clandestines. Il peut y déguster du boeuf saignant prohibé partout ailleurs.

Du coffre-fort Lynch à Rambo en passant par Elon Musk, les références et allusions pleuvent dans No Future. Elles se complètent de tirades bien troussées, de séquences spectaculaires et de vilains délibérément pathétiques (le garde, Ghost, Ratchead…). La construction du récit est plaisante, mais le complot qui sert de carburant à l’intrigue demeure toutefois assez convenu, puisqu’il s’agit, grossièrement résumé, d’intérêts commerciaux écologiquement destructeurs, auxquels s’ajoute le gros sel de la corruption politique. Rien de bien nouveau, en somme. On appréciera davantage quelques menus détails venant égayer la lecture : des phylactères qui tremblent pour matérialiser une secousse, un discours méta-fictionnel sur la bande dessinée, du comique de répétition (le garde passé à tabac) ou des propos à double sens (par exemple, dans le conduit d’aération). L’un d’un l’autre, No Future se fait aussi fascinant et jouissif que lacunaire, avec un propos politique relativement maladroit mais des personnages et des situations conçus avec talent.

No Future, Éric Corbeyran et Jef
Delcourt, janvier 2023, 128 pages

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En bref : Underground, Bonnes nouvelles de la planète, Jean Mowgli, Du beau avec du moche et Friday

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Retour sur plusieurs sorties récentes. Au programme : Underground, Bonnes nouvelles de la planète, Jean Mowgli, Du beau avec du moche et Friday.

Underground-avisUnderground. Underground, de l’auteure et illustratrice néo-zélandaise Mirranda Burton, paraît aux éditions La Boîte à bulles. Ce récit antimilitariste dessiné en noir et blanc se penche sur la guerre du Vietnam. Pour ce faire, il adopte différents points de vue, dont certains demeurent habituellement ignorés (on songe aux populations locales). Au cours des années 1960, l’Australie met en place une loterie pour les engagements : 800 000 personnes se voient ainsi recensées, chacune d’entre elles ayant une chance sur dix d’être tirée au sort. Lorsque c’est le cas, les appelés sont tenus de prendre part à un conflit poursuivi par procuration, dont l’absurdité est plusieurs fois (d)énoncée par Mirranda Burton. Tandis que les bombes pleuvent sur leurs villages, les Vietnamiens font les frais de deux phénomènes qui se télescopent : le décolonialisme et les batailles idéologiques. Mirranda Burton met ingénieusement en vignettes le ressenti et les horreurs vécus par les populations locales ; elle témoigne aussi, férocement, de la « gratuité » de l’engagement militaire australien. À Melbourne et ailleurs, les femmes de Save Our Sons (SOS) manifestent dans l’animosité générale : on les taxe de « rouges », on leur reproche de faire le jeu des Soviétiques, on les enjoint de se mêler de leurs affaires et de retourner dans leurs cuisines. En ce sens, en plus de constituer un témoignage glaçant sur la guerre et ses effets (politiques, sociaux, psychologiques, physiques), Underground narre l’empowerment de ces femmes éveillées aux grands enjeux de leur temps, et dont la contestation contre la guerre au Vietnam ne formera finalement qu’un point de départ. « Disposer de produits électroménagers bon marché aurait-il suffi à endormir le pays ? », se demande l’une d’entre elles, l’incontournable Jean Crosland. De l’artiste Clifton Pugh au philosophe français Jean-Paul Sartre en passant par le wombat Hooper ou le soldat Bill, de l’agent orange au stress post-traumatique sans oublier la prison, les intimidations diverses ou les réseaux d’abri clandestins, Mirranda Burton façonne avec Underground une œuvre dense, chorale, dont la pluralité des enjeux n’a d’égale que celle des points de vue.

Underground, Mirranda Burton
La Boîte à bulles, janvier 2023, 272 pages

Bonnes-nouvelles-de-la-planete-avisBonnes nouvelles de la planète. Préfacé par Yann Arthus-Bertrand, Bonnes nouvelles de la planète entend prendre le contre-pied du catastrophisme ambiant, matérialisé par l’essor continu de la collapsologie. Il n’est bien entendu pas question de climatoscepticisme, ni de minimiser l’anthropocène ou l’importance des changements environnementaux. La romancière Sophie Chabanel rappelle en revanche ce que le psychologue canadien Albert Bandura et ses collègues comportementalistes ont attesté depuis longtemps : le fatalisme n’aboutit qu’à une chose, mettre à mal les bonnes volontés. C’est cette idée centrale qui va conditionner l’ensemble de l’ouvrage : en faisant preuve d’ingéniosité, en adoptant des comportements plus écologiques, les hommes sont parvenus, en certains endroits, à apporter des améliorations significatives à des situations considérablement dégradées. Les exemples ne manquent pas : des ruches d’abeilles sciemment disposées afin de favoriser la cohabitation paisible entre les éléphants et les exploitants agricoles en Afrique ; une dératisation permettant de recouvrer une biodiversité que l’on pensait perdue à jamais dans des milieux insulaires, avec notamment des effets bénéfiques inespérés sur les récifs coralliens ; une Méditerranée plus vivante qu’il n’y paraît ; un air londonien à nouveau respirable grâce à des actions ciblées et au volontarisme politique du maire Sadiq Khan… Lucide, Sophie Chabanel ne cache ni la dimension « cherry picking » de son essai ni les critiques auxquelles elle s’expose. Ce catalogue de bonnes nouvelles, forcément encourageant – et c’est bien le but annoncé ! –, aurait en effet pu être inversé sans en altérer l’exactitude ou la pertinence. Qu’importe au fond, puisque les préoccupations environnementales transparaissent d’un bout à l’autre de ces petits récits factuels, qu’ils portent sur l’avènement du vélo pendant et après la pandémie, sur les actions (véritablement) vertes des entreprises ou sur la structuration économique et industrielle des énergies renouvelables.

Bonnes nouvelles de la planète, Sophie Chabanel
Le Pommier, janvier 2023, 324 pages

Jean-Mowgli-avisJean Mowgli : Le Collège, c’est la jungle !. Jean Mowgli est apparu dans les pages du journal pour adolescents Okapi. Fils adoptif du roi de la jungle, orphelin de parents biologiques dévorés par un tigre sauvage, il est caractérisé par son créateur Giovanni Jouzeau comme un jeune garçon ingénu, tête en l’air, maladroit vis-à-vis des conventions sociales et scolaires. Preuve en est : son accoutrement habituel, réductible à un slip dit « civilisé » sous prétexte qu’il a été acheté dans une grande surface commerciale, et son ami-tuteur, un rhinocéros responsable de catastrophes en tous genres. Par son intermédiaire, et toujours sous une lumière comique, ce sont les mutations inhérentes à l’adolescence et le quotidien des étudiants (devoirs, révision, sociabilité, effets de groupe, spécificités biologiques…) qui se font jour. Dessins ronds, gags visuels, capacité à extraire l’absurde de l’anodin, ce premier tome de Jean Mowgli porte avant tout sur l’adaptation et (aussi) le déracinement, sans pathos, mais en étant pourvu d’un vrai sens de la comédie. Au fond, Jean Mowgli n’est qu’une version exacerbée de tout adolescent : quelqu’un qui cherche sa place dans un environnement nouveau, qui apprivoise tant bien que mal les normes qui régissent son milieu d’adoption (école, groupe d’amis, etc.), qui essaie de trouver un équilibre satisfaisant entre l’insouciance juvénile et des responsabilités en gestation.

Jean Mowgli : Le Collège, c’est la jungle !, Giovanni Jouzeau
Bamboo, janvier 2023, 48 pages

Du-beau-avec-du-moche-avisDu beau avec du moche. Du beau avec du moche, cela revient en quelque sorte à faire contre mauvaise fortune bon cœur. Et dans le cas présent, tirer quelque chose de positif, propice au partage et à la communion, à partir d’un événement traumatisant. Kek et son amie Amélie étaient aux premières loges le soir des attentats de Paris, le 13 novembre 2015. Leur soirée a été brusquement interrompue par les coups de feu environnants. Ils ont d’abord été surpris, puis tétanisés, avant de sortir pour secourir les blessés et sauver ce qui pouvait l’être. Les bris de verre, les cris, les corps transpercés par les balles, l’intervention de l’armée et des pompiers, le chaos, l’incompréhension ont été des moments fugaces mais terriblement prégnants. Au fond, c’est tout l’objet de Du beau avec du moche : raconter la détresse qui résulte d’une attaque terroriste dont on a été le témoin et la victime indirecte, c’est-à-dire psychologique et par association. Pour l’illustrer, Kek se met à nu avec beaucoup de sensibilité. Les jours qui ont suivi le drame, il en voulait à la terre entière : à ceux qui rigolaient un peu trop ostensiblement, aux conducteurs qui klaxonnaient de manière inopportune, à ses proches passant du coq à l’âne et ne semblant pas prendre la pleine mesure des événements… Pour son amie Amélie, la situation est différente mais pareillement douloureuse. La jeune femme doit se reconstruire, avec peine, en se faisant psychologiquement et médicalement aider. Le beau réconfortant qu’il y a à tirer de ce moche abyssal, ce sont bien entendu les élans d’humanité, les gestes de solidarité, les témoignages dessinés (celui-ci n’est pas le premier) et, bien entendu, directement lié au récit, une exposition dans laquelle des boîtes d’antidépresseurs se voient recyclées à des fins artistiques. Par moments véritablement déchirant, le petit album de Kek se distingue par sa justesse et son acuité.

Du beau avec du moche, Kek
Delcourt, janvier 2023, 208 pages

Friday-avisFriday. Exit Reckless, Pulp ou Un été cruel. En s’associant au dessinateur Marcos Martin pour donner corps à un scénario mûri de longue date, Ed Brubaker quitte les récits noirs et pessimistes, peuplés de gueules cassées et de marginaux, pour s’essayer au fantastique post-adolescent, dans un style proche de Stephen King ou de Stranger Things. Kings Hill est une bourgade modeste, trop étriquée pour s’y réaliser. C’est en tout cas ce que pense Friday, qui profite des vacances universitaires pour y revenir. Aussitôt, Lancelot, le Sherlock Holmes local, la recrute pour une affaire mystérieuse dont il a le secret. La relation entre les deux personnages, ambiguë et révélée graduellement, a une importance équivalente à l’intrigue « policière », qui s’épaissit à mesure que les apparitions horrifiques se manifestent. Pris à partie par les enfants des environs, Lancelot est doté d’une intelligence supérieure. Lui et Friday se sont liés d’amitié et éveillés l’un à l’autre après qu’elle l’a protégé des insultes et des intimidations de ses pairs. Le récit d’Ed Brubaker et Marcos Martin repose cependant sur une série de non-dits instillant des tensions dans leurs rapports, tandis qu’en parallèle une mystérieuse « Dame Blanche » semble les menacer. Équilibré, bien mené, Friday bénéficie de dessins réussis, très franco-belges, et d’une intrigue amorcée avec talent. Ne reste plus qu’à confirmer pour le duo aux manettes.

Friday, Ed Brubaker et Marcos Martin
Glénat, janvier 2023, 120 pages

Le Corps Conscient : Corps à Cœur et La Voie du Corps

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Olivier Vuagniaux est un psychiatre suisse, qui a dédié toute sa carrière à un aspect souvent négligé en médecine moderne. Tandis que l’attention est focalisée sur les prouesses du cerveau et surtout l’esprit (notamment en psychologie), cet expert part du postulat que le corps mérite également sa place. D’ailleurs, on dit que « le ventre est le second cerveau ». Dans ces deux textes parus aux éditions Vérone, l’auteur défend son point de vue en puisant dans son expérience de psychothérapeute. Ainsi, le lecteur peut décortiquer une séance classique : il découvre l’importance du toucher, le reflet vers soi, les rêves et cauchemars, le poids des mots, la polarité féminine masculine… Deux livres qui se complètent et aident à y voir plus clair.

Tout d’abord, il convient d’opérer un bref retour sur le créateur de ces livres de développement personnel, qui flirtent avec la philosophie. Au cours de ses études de médecine à l’Université de Genève en Suisse, l’intérêt de Vuagniaux s’est orienté vers des approches alternatives telles que l’homéopathie et l’auriculomédecine. En tant qu’assistant, l’auteur du Corps Conscient découvrit alors l’hypnose ericksonienne et s’inspira de cette méthode afin de se tourner vers la psychiatrie. Ainsi, il entra en psychothérapie, guidé par Muriel Sarkissoff, épouse du Dr Jean Sarkissoff, médecin psychanalyste et inventeur d’une psychothérapie corporelle. Cette formation de 16 ans lui permit de s’installer dans son cabinet, à son domicile en 1994.

Parallèlement, Vuagniaux entend bien exploiter plusieurs formes de méditations et en cherchant à se familiariser avec différentes thérapies « énergétiques », notamment la biophysique, la biocybernétique et le chamanisme… Dernièrement, ce spécialiste de l’âme et du corps s’est initié à la psychiatrie psychédélique, ce qui lui a donné l’occasion d’élaborer une approche thérapeutique qui évolue petit à petit.

Dans Corps à cœur et La Voie du Corps, Dr Vuagniaux se fixe un objectif : « Intégrer la conscience corporelle à la conscience mentale modifie de façon originale notre vision de nous-même et notre rapport au monde. »

Un savant mélange de spiritualité et de sciences

D’abord, la médecine psychiatrique ou non évolue et progresse au fil du temps. Certaines théories anciennes sont démantelées, l’on pense notamment à la lobotomie qui avait pour but de « soigner » la folie. D’ailleurs, elle était souvent pratiquée sur les femmes considérées alors comme « hystériques », tout simplement parce qu’elles s’exprimaient ou existaient. La trépanation donne des sueurs froides et c’est bien normal. C’est pourquoi il convient d’aborder les découvertes médicales avec intérêt, sans pour autant percevoir cet univers sous un œil figé.

Selon l’auteur, le rôle fondamental de la conscience est indissociable du corps. Il semble urgent de reconnaître l’importance déterminante des émotions et des affects, pour comprendre les origines des traumatismes, dont le corps se souvient. Ainsi, le premier tome ouvre un sentier pour réintégrer et réformer le « soi », en reliant l’esprit et le corps, en faisant de cette union symbiotique un terrain de jeu pour l’expression de notre nature profonde. Le corps conscient est un voyage vers la découverte de soi, une exploration de la conscience corporelle, qui invite à se reconnecter à nos propres histoires, qui nous définissent.

« La conscience corporelle se prolonge dans d’autres espaces et touche au multidimensionnel. Mais sans pensée, juste par la sensation. »

Ainsi pour ce deuxième tome intitulé La Voie du Corps, l’auteur présente toujours le corps comme un espace idéal d’exploration et de développement personnel et spirituel. L’accent est mis sur la spiritualité ici, en comparaison avec le premier tome qui apparaît de façon plus conventionnelle.

En effet, l’écrivain divulgue des comptes-rendus de séances, les ressentis de ses patients et des techniques différentes. De ce fait, les patients touchent leurs ventres, entament des exercices de respiration. Leurs propos sont finement décortiqués, car selon Vuagniaux, l’usage des mots n’est jamais anodin. Le travail de celles et ceux qui veulent se lancer dans cette perspective différente correspond donc à une réhabilitation de l’intelligence corporelle, avec pour but ultime l’harmonie entre l’âme et le corps.

Puisque l’accent est souvent mis sur la conscience plus que sur le corps, cette démarche incarne une certaine idée de la révolution. En fait, cet ouvrage permet de s’ouvrir à une perspective préexistante, non mentale et primitive, brute. Revenir aux bases. L’enveloppe charnelle est alors considérée non plus comme un obstacle à la spiritualité, mais bien un moyen d’y accéder…

Le fruit mûr d’un travail de passionné

Finalement, Dr Olivier Vuagniaux aura consacré plus de trente années de sa vie à développer sa pratique et sa connaissance de la psychologie corporelle. Le résultat se dévoile sous la forme de ces livres, en offrant une perspective inédite.

Dans le livre Le Corps conscient : une révolution psychologique par le corps, l’auteur psychothérapeute propose une nouvelle façon de comprendre nos souffrances personnelles et collectives. Il s’agit d’une exploration en profondeur, qui relie le corps et l’esprit, remettant le corps au centre de la construction du « moi » psychologique, bouleversant notre perspective au monde, aux autres et à nous-mêmes. Grâce à des outils thérapeutiques et techniques élaborées pour accéder à cette conscience corporelle si essentielle, Dr Vuagniaux nous invite à un véritable voyage au centre de nous-mêmes.

Corps Conscient : Corps à cœur (Tome 1) et La Voie du Corps (Tome 2), Olivier Vuagniaux
Éd. Vérone, juin 2022, 348 et 344 pages

Les fleurs ne parlent pas, de Natacha Birds, un roman graphique où poésie rime avec féminisme

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En juin 2022, les éditions Hachette Pratique et leur collection « Les Insolentes » ont glissé sur le rayonnage de nos librairies un ouvrage superbe. Les Fleurs ne parlent pas est écrit et illustré par Natacha Birds.
À la fois très spontané mais aussi très subtil, plus complexe qu’il n’y paraît, ce très beau roman graphique est un livre rare.

Le livre de Natacha Birds est grand, épais et plein de couleurs. Sur son compte instagram, l’illustratrice et artiste partage la création, pas à pas, dessin après dessin, de ce projet en montrant des photos d’un cahier dans lequel elle a collé les différentes images nécessaires à sa réalisation, patiemment, pendant des années. Le livre, plein de maturité, a pris du temps à se préparer pour la floraison, on le comprend à la beauté, à la finesse de son contenu.

Natacha Birds, pour nous conter son histoire en mots et en images, se glisse dans la peau d’une femme-fleur : un petit être au corps nu féminin et à la tête remplacée par une corolle de pétales. Que de poésie et de beauté dans cette succession de silhouettes féminines aux visages fleuris. En ayant recours à la métaphore de la fleur, l’autrice nous parle des femmes, de leur sensibilité, des peines amoureuses, du sentiment d’être utilisées. Elle nous parle aussi de leur renaissance, suite à une période de souffrance, de comment elles se réapproprient leur quotidien, leur destin, mais aussi leur paix mentale. Féministe et poétique, Les Fleurs ne parlent pas en dit beaucoup sur la condition féminine. Natacha Birds est une féministe qui pense à toutes les femmes : ainsi, ces corps à tête de fleur sont grands, petits, gros, moyens, minces, à peau blanche et noire, mais aussi mate, à différents degrés, pour que toutes les femmes s’y reconnaissent.

Le dessin est versatile, pour mieux nous parler. L’artiste a tout à fait compris la dimension plastique qui se cache derrière le choix des techniques. Ainsi, si des traits simples se couchent parfois sur les feuilles quadrillées du quotidien, d’autres pages se parent aussi de grandes envolées de couleurs et de corps féminins réalisés au pinceau, pour figurer les moments de joie et de sérénité atteints par cette femme-fleur qui court et s’envole de page en page.

Avec un langage simple, celui de tous les jours, Natacha Birds nous fait nous préoccuper de cette petite femme devenue fleur par la magie de la poésie, cette petite femme incapable de s’exprimer car les fleurs ne parlent pas. Ainsi, nous, lecteurs, devenons les seuls spectateurs de sa pensée, de ses émois, de sa souffrance et de ses espoirs. Et avec beaucoup de grâce et de subtilité, les aventures à la fois citadines et florales de ce personnage très original nous sont dévoilées, nous touchant sincèrement, tant elles sont montrées de manière à la fois évidente et pourtant si authentique. Laquelle d’entre nous ne s’est jamais sentie fleur ? Pleine de couleurs et de joie, mais incapable de s’exprimer ? Laquelle d’entre nous ne s’est jamais émue que sa condition de fleur, de femme ne lui apporte plus de difficultés que de bonheurs, alors même que nos espoirs sont à l’image de ces pétales, beaux et en floraison ?

Les Fleurs ne parlent pas est un livre merveilleux. Plus qu’un texte, plus que des images, plus que de la poésie : une oeuvre complète, unique en son genre et qui nous donne envie de découvrir ce que cette artiste a en réserve, à partager avec nous.

Les Fleurs ne parlent pas, Natacha Birds
Hachette pratique, Les Insolentes, juin 2022, 408 pages