« Elliot au collège » : vivre avec son anxiété

Après L’Homme le plus flippé du monde, Théo Grosjean poursuit son exploration de l’anxiété sociale et des angoisses dans un album partiellement autobiographique, où il met en scène son alter ego Elliot, un jeune collégien de onze ans.

On le sait, les changements de structures scolaires peuvent occasionner des troubles chez les adolescents, surtout lorsque ceux-ci sont particulièrement exposés aux phénomènes d’anxiété et d’angoisse. Les mutations ayant cours durant le collège concernent le développement de l’identité du jeune, une plus grande sensibilité aux critiques et aux moqueries, ainsi qu’une difficulté variable, mais parfois exacerbée, de trouver sa place dans de nouveaux groupes sociaux. Ceux qui connaissent Théo Grosjean ne seront pas surpris de trouver dans Elliot au collège une déconstruction amusée de l’anxiété sociale. Tout au long des 64 planches à chute de l’album, le jeune héros, onze ans, va partager ses craintes avec une étrange créature, qui se présente à lui de la manière suivante : « Je suis une mascotte imaginaire qui représente tes pires angoisses. »

Inspiré de la propre vie de l’auteur et dessinateur français, Elliot au collège passe en revue les grandes étapes itinérantes de l’adolescence : la vie scolaire, sociale et amoureuse, l’acceptation de soi et de son corps, les rapports filiaux… Elliot y apparaît comme un personnage diminué par un manque criant de confiance en lui. Une brève présentation orale le plonge dans état proche de la catalepsie, se mettre en maillot de bain devant ses pairs devient une source d’angoisse privative de sommeil, l’absence de son ami Hari le contraint à s’isoler à la bibliothèque pour ne pas affronter seul ses camarades durant les récréations… La petite boule d’angoisse qui partage sa vie le pousse constamment au pathétisme et à la résignation. Quand elle ne rajoute pas du désespoir au malheur. Ainsi, après l’avoir assailli de pensées négatives juste avant de se coucher, elle ose cette interrogation : « Tu sais que le manque de sommeil cause des troubles de l’attention qui peuvent engendrer un échec scolaire ? »

Théo Grosjean l’annonce dans sa préface : ce projet est le plus ambitieux qu’il ait jamais entrepris. Le format, la tonalité et les thématiques des albums suivants s’inscriront en adéquation avec l’évolution d’Elliot, dont la maturation graduelle engendrera d’autres problématisations. En attendant, Elliot au collège constitue déjà une belle réussite, en ce sens qu’il parvient à s’adresser à tous et à mêler avec talent sensibilisation à l’anxiété sociale et humour efficace. Ce qui sous-tend le récit demeure l’incapacité à s’épanouir dans la crainte d’interagir avec les autres et de s’exposer à leur jugement. Il y a quelque chose de touchant à voir Hari user et abuser du beatbox comme d’une formule magique pour se faire accepter des autres. Et quelque chose de tragique dans la manière dont Elliot et son ami traînent leur solitude et leurs peurs comme un handicap les disqualifiant socialement. Sur le fond, cette bande dessinée possède des parentés évidentes avec un film tel que Eighth Grade (Bo Burnham, 2018).

Il est également à noter que d’autres sujets affleurent çà et là. Parmi eux, on retrouve l’éco-anxiété, les démissions ou violences parentales, voire les rapports complexes et perceptions erronées vis-à-vis du corps professoral quand on est un jeune étudiant. Théo Grosjean propose par ailleurs plusieurs planches dans un univers fantaisiste de jeu vidéo, à travers lesquelles Elliot démontre une nouvelle fois sa maladresse (ce qui le rend, au demeurant, fort attachant).

On attend désormais la suite avec curiosité.

Elliot au collège, Théo Grosjean
Dupuis, janvier 2023, 64 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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