« Pulp » : du Far West à New York

Les éditions Delcourt continuent de rendre hommage au travail conjoint d’Ed Brubaker et Sean Phillips. Après Sale Week-end et avant Un été cruel voit le jour Pulp, un récit échevelé et de grande qualité, mettant en scène un scénariste sexagénaire au passé trouble, le tout en format moyen.

« Longtemps, au Mexique, j’ai trouvé la porte de sortie que je cherchais. On travaillait aux champs, on élevait son enfant… Chaque jour ressemblait au précédent. C’est comme ça que la vie doit se vivre, je crois… modeste, humaine… » Au début de Pulp, Max Winter est un pigiste désargenté, sujet aux crises cardiaques, et bientôt remplacé par un rédacteur payé au lance-pierre. À la fin du récit, on le retrouve en justicier menant une croisade contre des sympathisants nazis américains, et regrettant une vie passée paisible et bucolique. Ce personnage ambivalent, finement caractérisé, peu en phase avec son temps, constitue la principale richesse du scénario d’Ed Brubaker (Captain America, Daredevil), pourtant substantiel.

Pulp prend pour cadre le New York des années 1930. Max y écrit des récits basés sur son propre vécu, ce qui lui permet de gagner de quoi survivre dans une métropole où la crise économique a fait son œuvre, malgré un secteur d’activité en perte de vitesse. À plusieurs moments, Ed Brubaker oppose la Grosse Pomme au Far West, laissant entendre que l’une et l’autre se valent pour ce qui est du comportement de prédation des hommes. Max Winter y retrouve en tout cas Jeremiah Goldman, un ancien adversaire perdu de vue, et s’unit à lui pour réaliser un braquage censé le tirer définitivement d’affaire. C’est du moins ce qu’il croit, puisque son acolyte le mène en bateau et cherche surtout à mettre à mal les groupuscules nazis qui pullulent alors aux États-Unis. C’est l’autre grande force de Pulp : à l’histoire mystérieuse de Max va s’ajouter un propos politique appréciable. C’est ainsi que Jeremiah Goldman avoue subir une haine importée d’Europe envers les juifs et avoir perdu son job en raison de sa religion. Ses propos sont corroborés par les acclamations qui accompagnent l’évocation du Führer dans les salles de cinéma américaines.

Si le scénario donne pleinement satisfaction (avec notamment un processus de mise en abîme, ou un discours sur la réappropriation des héros de BD), les dessins de Sean Phillips renforcent encore l’attrait de l’album. Ses planches sont admirables, parfaitement découpées, parsemées d’effets d’arrière-plan, dotées d’expressivité et d’allant. Ce one-shot sur un ancien pistolero s’avère d’autant plus réussi qu’Ed Brubaker et Sean Phillips y donnent la pleine mesure de leur talent, une nouvelle fois en format moyen, et que la figure de Max Winter demeure entourée de mystère. Sa relation avec Rosa est à peine esquissée, son histoire familiale tumultueuse et pleine de non-dits. Max est un homme usé, un liant suranné entre deux époques, une force de caractère pour qui le renoncement est probablement pire que la mort. Il y a évidemment de la tradition littéraire derrière Pulp, une science du récit, une capacité à lier les arches les unes avec les autres, à les développer en regard. Difficile dès lors de bouder son plaisir.

Aperçu : Pulp (Delcourt)

Pulp, Ed Brubaker et Sean Phillips
Delcourt, mai 2021, 72 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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