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AKA : le gardien de la (nouvelle) galaxie

Qu’est-ce qu’on entend par « film Netflix » ? En général un déficit de production value, une écriture qui bégaye en monosyllabes, une mise en scène qui empile les cover shots mal étalonnés… Bref, du cinéma qui ne se soucie pas de se faire au rabais. Soit tout ce que n’est pas AKA, le nouveau film de l’action star maison Alban Lenoir, déterminé à ne pas laisser son Passion Project se diluer dans la fosse au contenu.

Vivre et laisser mûrir

Alban Lenoir le répète volontiers en interview : AKA fut un chantier de longue haleine. Entre l’idée et la présentation du film sur les petits écrans du monde entier, il s’est écoulé 15 ans. 15 ans durant lesquels le projet est passé par diverses phases avant de trouver asile chez la maison au N rouge. Du point de vue de l’industrie dans son ensemble, il s’agit sans doute d’un détail de production parmi d’autres. Mais dans le cadre d’une plateforme réputée pour sauter beaucoup trop d’étapes entre une ébauche de script et la mise en ligne d’un contenu pas fini, il s’agit d’un trait de caractère peu commun.

Le chromosome du long terme, c’est cette parcelle d’identité permettant à une œuvre d’être plus que son idée de départ. En l’occurrence, la volonté de Lenoir de se tailler un rôle sur-mesure « comme on en trouve pas en France », à la confluence de ses amours de jeunesse (Van Damme, Stallone, bref les années 80) et de ses passions d’adulte (Man on Fire, le cinéma coréen). Une recette alléchante a tôt fait de se terminer en liste d’ingrédients mal assortis si la préparation ne suit pas. Mais de toute évidence, le temps de développement a été mis à profit pour éviter qu’AKA ne ressemble à l’adaptation de la DVDthèque de son instigateur.

Ce n’est pas forcément une évidence acquise dès les premières images : la caméra s’impose plus qu’elle ne sert les enjeux dans une séquence d’ouverture qui met le spectateur à distance de la brutalité exposée. Des moments comme celui-là, il y en aura quelques-uns dans AKA. Le film de Morgan S. Dalibert se retrouve parfois rattrapé par le syndrome du premier film qui veut tout faire. On pense par exemple à cette embuscade dans un quartier résidentiel qui call-out des influences malgré elles trop conséquentes pour ne pas s’imposer au spectateur. Pas honteuse en soit, la scène ne fait cependant que rappeler que le réalisateur n’est pas (encore) le Michael Mann de Heat ni le Tony Scott de Man on Fire.

La fin de leur monde

Dommage et surtout pas nécessaire : AKA n’a absolument pas besoin de rappeler au public d’où il vient pour savoir où il va. Son Adam Franco (ce blaze !) de personnage principal n’est pas la variation hebdomadaire du black ops / bad ass qui se redécouvre une conscience, mais un personnage en trois dimensions qui gagne en relief avec un récit qui ne tourne pas qu’autour de lui.

Car c’est la force tout à fait inespérée du film : sa narration romanesque qui déjoue les attendus sans jamais lâcher la main des codes abordés. « On ne peut pas tout faire » : un film d’action soutenu et une intrigue aux interactions complexes, avec conserver l’efficacité de l’instant propre au genre avec le temps long des histoires qui se développent sur une autoroute à plusieurs voies. Dalibert et Lenoir, qui ont visiblement potassé leur sujet, rétorquent que si.

Le duo retrouve ainsi la dextérité des meilleurs polars coréens, qui savent ménager la chèvre et le chou sans donner l’impression de rentrer des ronds dans des carrés. Organique, en un mot, jusque dans des scènes d’actions pensées à l’écran et en dehors pour éviter l’écueil de la performance filmée. Ainsi le climax à rallonge, le jusqu’au boutisme de violence nécessaire pour faire exploser l’écosystème mortifère dépeint, plutôt que la démonstration de force sans relief ni reflet à la John Wick.

Et Alban Lenoir dans tout ça ? Force brute mais vulnérable, bloc de granit qui dissimule ses failles derrière ses cicatrices, l’acteur bouffe l’écran mais ne l’accapare pas. Soucieux de ne pas résumer le film à ses propres désirs de cinéma, Lenoir s’efface volontiers derrière les besoins de son récit gigogne. Il ne s’agit pas pour Adam Franco de prendre la place (relativement déserte) du film d’action francophone, mais de (re)trouver sa place dans le monde. Le genre de nuance qui se construit sur le long terme.

Bande-annonce : AKA

Fiche Technique : AKA

Réalisateur : Morgan S. Dalibert
Scénariste : Morgan S. Dalibert, Alban Lenoir
Avec Alban Lenoir, Eric Cantona, Thibault de Montalembert
28 avril 2023 sur Netflix / 2h 00min / Thriller, Action, Policier

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4

Vermeer, la plus grande exposition commentée par des spécialistes

Ce documentaire est destiné à mettre en valeur l’exposition organisée du 10 février au 4 juin 2023 par le Rijksmuseum d’Amsterdam, la plus complète jamais proposée de l’œuvre du peintre néerlandais Johannes Vermeer (1632-1675)

D’une durée d’1h30, ce film permet de profiter d’une exposition prestigieuse, avec un montage permettant de découvrir les œuvres (a priori, toutes celles rassemblées pour l’occasion sont montrées, soit 28 des 37 tableaux connus du maître de Delft), dans d’excellentes conditions (cadrages, luminosité, taille de l’écran), sans la foule qui va s’agglutiner devant les peintures (dont une bonne partie relativement petites), et avec des commentaires de spécialistes qui ont travaillé dessus, soit pour leur restauration, soit pour mettre en place l’exposition. Petit bémol, le documentaire ne dit pas quelles œuvres font encore l’objet de discussions entre experts (attribution à Vermeer incertaine). Par contre, on apprend qu’une poignée d’entre elles sont datées de la main du peintre, ce qui les place en position de repères chronologiques pour observer son évolution, lui qui a probablement passé toute sa vie à Delft. Le documentaire n’insiste pas sur ses origines (naissance dans un milieu réformé protestant, père tisserand et tapissier, puis aubergiste et marchand d’art), mais les spécialistes qui s’expriment ici avancent qu’il aurait étudié chez les jésuites, non loin de chez lui, où il aurait appris le dessin. Il épouse Catharina Bolnes, catholique issue d’une famille aisée et le couple s’installe dans l’auberge de famille, avant d’emménager dans la maison achetée par la mère de Catharina. Père d’une famille nombreuse, le peintre représente essentiellement des femmes sur ses œuvres, et non des enfants (sauf ceux de La ruelle), mettant en évidence un gouffre entre la sérénité que dégagent ses œuvres et l’agitation qu’on imagine dans la maison. Sa vie à Delft était marquée par la prospérité hollandaise de l’époque, une prospérité déjà malmenée au moment de sa mort, ce qui peut expliquer qu’il ne nous reste pas de témoignage concret sur sa vie : aucun dessin ni aucune trace de commande par exemple, alors qu’on imagine que certaines œuvres peuvent en avoir fait l’objet. Ce que le documentaire omet également (pour se concentrer sur les œuvres), c’est que Vermeer a risqué de tomber dans l’oubli, avant de voir sa popularité reprendre au milieu du XIXè.

Une exposition qui répond à des questions

Ce documentaire nous fait comprendre comment l’exposition est conçue, de manière on ne peut plus logique, avec une première salle (vaste) pour présenter les œuvres qui marquent les débuts du peintre : des sujets religieux ou encore issus de la mythologie, comme cela se faisait beaucoup à l’époque (influence de la peinture italienne). Ces œuvres de jeunesse n’ont de véritable intérêt que pour observer l’évolution de Vermeer en tant que peintre. L’artiste acquiert une toute autre dimension quand il commence à s’intéresser à ce qu’il observe autour de lui, à savoir sa ville de Delft. A ce titre, l’exposition propose les deux œuvres qui présentent des extérieurs : La ruelle et Vue de Delft et les intervenants les analysent de manière très fine et pertinente (avec en conclusion, un beau fondu-enchainé, entre la vue telle qu’elle se présente aujourd’hui et la peinture). On bénéficie ici des dernières avancées techniques qui permettent l’analyse des couches inférieures de peinture. Ainsi, pour La ruelle on constate que certains détails sont venus enrichir progressivement la composition, ce qui permet d’imaginer le peintre au travail et dans sa réflexion. Une peinture qui constitue un témoignage précieux sur la vie et l’atmosphère à l’époque dans cette ville de moyenne importance. Vue de Delft en donne un autre aperçu tout aussi intéressant, en proposant une vue d’ensemble de la ville. Là, Vermeer est à son apogée, avec une œuvre de taille correcte, qui donne beaucoup à voir et amène de nombreuses questions. Pourquoi une vue si éloignée ? Pourquoi si peu de personnages visibles ? Pourquoi le ciel (très chargé) prend-il tant de place ? Comment le peintre donne-t-il ces impressions de luminosité ? Autant de questions auxquelles les commentaires apportent des réponses convaincantes.

Vermeer et sa technique

On a également droit à de longues réflexions intéressantes sur toutes les compositions en intérieurs (avec de judicieuses associations entre œuvres qui se font écho). Des classiques concernent les tenues (dont la veste jaune bordée d’hermine qu’on retrouve sur plusieurs œuvres), l’éclairage provenant généralement d’une fenêtre sur la gauche, les poses qui donnent l’impression qu’on pénètre dans l’intimité des personnages. Cela culmine avec l’examen de La Jeune Fille à la perle tableau de dimensions modestes et simple portrait sans le moindre décor en arrière-plan. Par sa technique parfaite (coups de pinceau parfaitement invisibles), le peintre magnifie ce jeune visage à la peau fraiche, mis en valeur par un turban (magnifique association de couleurs), qui sonne comme un déguisement complété par cette perle à l’oreille qui brille autant que les lèvres humides et entrouvertes. Le regard confiant tourné vers nous pourrait indiquer que le modèle est une fille du peintre. Une interprétation parmi d’autres, puisque la peinture y invite (rappelons qu’il a inspiré un roman à Tracy Chevalier et que celui-ci a bénéficié d’une adaptation cinématographique qui méritent largement la découverte). Comme pour toutes les peintures ici présentées, La Jeune Fille à la perle est montrée d’abord dans son intégralité, puis en plan rapproché pour une étude plus détaillée.

Suite et fin de l’exposition

Elle s’intéresse à la dernière période du peintre, en particulier l’Allégorie de la foi, très intéressant pour son symbolisme, mais moins marquant que les scènes de vie de tous les jours dans des intérieurs. Le documentaire n’insiste pas trop sur cet intérieur qui n’est probablement rien d‘autre que la demeure du peintre. Il insiste plutôt sur les intentions de l’artiste, qui peuvent encore une fois faire l’objet de pas mal d’interprétations.

Pour conclure

Le plus intéressant dans la réflexion générale du documentaire tient en deux points à mon avis : la notion du temps (comme figé sur une impression fugace mais durable, exact pendant de la photographie, ce qui nous amène à l’usage plus que probable d’une chambre noire par le peintre) et à la lumière dans l’œuvre de l’artiste, qui se traduit par un travail à la limite du pointillisme et qui lui aussi traduit de façon plus que probable l’utilisation d’une chambre noire. Tout ceci pour dire que si la manière et les méthodes du peintre sont accessibles, ce qui reste hors de notre portée, c’est la capacité de l’homme à choisir les situations qui l’intéressaient, la composition et la mise en scène, l’ordonnancement. Là, nous touchons à l’intelligence, l’humanité de la personne ainsi que son vécu, son caractère, ainsi que sa façon de travailler sans doute aussi à l’écart que possible de l’activité de la ville et de la maison. Et, pourquoi si peu d’œuvres ? Manque de temps (vie familiale, autre activité rémunératrice, besoin de peaufiner encore et encore, ou révélateur d’un besoin d’échappatoire à la vie domestique) ? Tout cela est désormais trop loin pour arriver à des certitudes. Vermeer conservera éternellement sa part de mystère, ce qui explique en partie la fascination que ses œuvres exercent sur nous. A noter quand même que si ce documentaire donne un bon aperçu de l’exposition et de l’œuvre de Vermeer, il ne remplacera jamais la contemplation des tableaux de visu. A vrai dire, pour en profiter vraiment, il faudrait aller de musée en collection pour se poster devant chaque œuvre tranquillement.

Bande-annonce : Vermeer, la plus grande exposition

Fiche technique : Vermeer, la plus grande exposition

Titre original : Exhibition on Screen : Vermeer – The Blockbuster Exhibition – 90 minutes
Production : Expositions sur grand écran – Seventh Art Productions
Réalisateur : David Birkenstaff
Sorti le 25 avril 2023/ 1h 30min / Documentaire

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4

Sublime de Mariano Biasin : près des yeux, près du chœur

Avec Sublime, son premier long-métrage, Mariano Biasin réalise le beau parcours de sentiments adolescents, tissés dans une infinie délicatesse. Loin de l’événement et du grand spectacle, des histoires simples se dessinent, bien plus grandes que les autres.

Synopsis : Manuel, 16 ans, est un adolescent comme les autres. Dans sa petite ville côtière d’Argentine, il traîne avec ses amis et sa petite-amie, va à la plage, et joue de la basse dans un groupe de rock. Une routine parfaite pour un garçon de son âge. Mais sa vie se complique lorsqu’il commence à ressentir quelque chose de spécial pour son meilleur ami Felipe.

La construction d’un sentiment

Quand le film s’ouvre dans une vidéo de famille, une caméra mouvante se promène à droite à gauche, un peu perdue, ne semblant pas savoir où se poser. Prise sur le vif, elle croise quelques regards caméras, dont un, plein fer, d’un petit garçon au centre des attentions. C’est son anniversaire, il s’appelle Manuel. Et Felipe est venu. Le meilleur ami est déjà là dans ses bras, l’aide à souffler sur ses bougies avant une ellipse d’une dizaine d’années sautant dans une chambre d’adolescent, où on commence à parler de musique, de filles et d’amour. Ces ados que sont devenus Manuel et Felipe traînent sur la plage, se chamaillent, se marrent et refont le monde dans une bande de quatre amis qui constitue aussi un groupe où l’on joue plutôt bien le rock pour ce petit nombre d’années. Dès ses premières scènes, Sublime joue avec élégance à l’équilibriste entre tous les clichés associés aux romances adolescentes. La plage, le rock, les filles ont en effet déjà mené le bal de centaines d’histoires d’éveil amoureux, mais ici, la plage est celle d’un océan plutôt froid sur lequel on joue au foot. Le rock n’est pas celui qui mène vers une épopée de pop stars, mais vers un projet concret et crédible, un concert dans un jardin. Quant aux filles, elles sont celles que l’on cherche à séduire en grandissant, avec et pour elles. Mariano Biasin compose une histoire qui se dessine dans ses premières mesures comme un îlot inconscient de ce qui l’entoure, au service de personnages rapidement attachants dont on passera une belle partie du temps sur leur épaule, dans des plans serrés et intimistes, tous affectueux. Un groupe de rock se construit comme une chanson, avec des envies, un rythme et des sentiments. « Ton coeur bat super vite », entend Manuel de sa copine, quand ils sont tous les deux dans un van apprêté pour une première fois. Elle ne veut pas, hésite, il se relève : « ne t’inquiète pas » lui dit-il, la prend dans ses bras. C’est sobre, délicat et c’est très beau.

Sublime est un film construisant ce qui a souvent été présenté d’emblée dans tant de films mettant en scène des adolescents : un groupe de musique, une affection naissante, un questionnement. Tant de fois, quand d’autres se sont trouvé d’autres sujets en rout. Ici Mariano Biasin reste à fleur de peau au sein d’une répétition, dans une petite pièce où on fait ses gammes, mettant en scène les débats à quatre voix. « Cette chanson est trop lente » ou bien « on ne peut pas chanter celle-ci à un concert ». Une chanson se construit entre Felipe et Manuel, retouchée, avec toutes ses imperfections, le temps du film. Si ces rockeurs en herbe doivent aller chercher leur matériel, mendier un caisson de basse, le ramener, ceci matérialise autant leur envie de faire de la musique que cela réhabilite les textes de ces âges-là, art premier de tout ce que l’on ressent trop fort avec si peu de codes pour bien les appréhender. En classe, dans des scènes résonnant avec beaucoup de sens avec ces morceaux chantés, les quatre membres du groupe ne comprennent pas forcément les grands textes et ne font que les lire, passent presque à côté. Mais le respect et l’empathie employés pour les mettre en scène laissent penser au spectateur que si ces phrases écrites par de belles plumes ne sont pas encore comprises par ces ados-là, c’est peut-être parce qu’ils ne l’ont pas totalement mérité.

Sublime est principalement aussi un film dévoilant le lent basculement d’une amitié vers une affection plus profonde entre Manuel et Felipe. Manuel le ressent le premier, quand il doit quitter sa petite amie, faute d’attirance. Felipe essaie potentiellement de l’oublier en se lançant dans des histoires où le sexe à un rôle secondaire, cantonné à une phrase anodine. Felipe finit lui aussi par quitter sa copine, mais elles restent présentes toutes les deux car ils le font sans amertume et avec beaucoup de respect. Manuel écoute son ancienne amante, se confie à celle de son meilleur ami dans une scène magnifique où la pudeur est reine, parlant de ses fantasmes naissant dont il ne comprend pas tout. « Je reconnais cet air de celui qui se complaît à souffrir » lui annonce Lara, sage avant l’heure. Sans haine, sans colère et sans armes, les textes chantés recèlent une dignité ébouriffante, dans lesquels un narrateur annonce attendre l’amour face à une tempête, prêt à rester seul sur la berge. « En quoi c’est mal d’éprouver des choses ? » dit le père de Manuel à son fils, lui qui perd lentement l’affection de sa femme, enfermé à longueur de journée avec les guitares qu’il fabrique. Et il n’y a aucun mal, en effet, à l’éprouver. Aucun personnage ne relève l’homosexualité comme une marge, normalisant par cette bienveillante absence une romance, gagnant le plus beau des statuts : la normalité.

Cette banalisation de l’amour est le dernier signe à relever dans Sublime, osant oublier les personnages habituels jugeant une voie pour que celle-ci justifie son existence. À l’image d’un miracle télévisuel comme l’épisode 3 de The Last Of Us, dévoilant entre deux hommes une des plus bouleversantes romances du petit écran, en ne convoquant à aucun moment sa nature mais juste son plaisir contagieux, le film de Mariano Biasini réussit dans une autre sphère à revenir sur un champ scénaristique balisé, comme peu d’autres, pour élargir notre représentation de la normalité. Ce ne sont pas des adolescents se cognant à des harceleurs au lycée, la tête frappée contre des casiers, cherchant la célébrité pour des filles qu’ils ne voudront pas écouter. Ceux-là ont été beaucoup trop vus ailleurs depuis des années. Dans Sublime, ce sont plutôt des jeunes adultes ouverts, entiers, laissant les autres les façonner avec bienveillance en acceptant ce qu’ils ont de meilleur. Cela n’est pas pour autant angélique, les colères y existent tout comme les déceptions, mais ici une plage, un match de foot, quelques premières bières de sifflées sont ici bien plus qu’ailleurs qu’une petite banalité, c’est une forme sans détours du bonheur sans dramaturgie, profitant de l’instant comme un spectateur pendant une heure et quarante minutes. Du cinéma, en quelque sorte, et c’est tout le bien qu’on vous souhaite.

Bande-annonce : Sublime

Fiche technique : Sublime

Réalisateur : Mariano Biasin
Scénariste : Mariano Biasin
Avec Martin Miller, Teo Inama Chiabrando, Azul Mazzeo
Producteurs : Laura Donari, Juan Pablo Miller
Distributeur : Outplay
Genre : Drame
Année : 2022
Pays d’origine : Argentine
Durée : 1 h 40 min
Date de sortie (Argentine) : 17 novembre 2022
Date de sortie (France) : 17 mai 2023

« Au crépuscule de la Beat Generation » : pèlerinage au cœur de l’anticonformisme

Entremêlant les traits psychédéliques, les couleurs criardes, les teintes plus sombres et les représentations réalistes, Étienne Appert nous invite dans Au crépuscule de la Beat Generation à un voyage à la rencontre de quelques géants de la littérature américaine qui ont marqué et nourri la contre-culture du XXe siècle. Publié aux éditions La Boîte à bulles, ce roman graphique s’apparente à une déambulation, riche et inventive, au sein du mouvement Beat, qui a ébranlé l’Amérique des années 1950, et dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.

À travers les yeux du journaliste français Gilles Farcet, protagoniste principal de l’œuvre, ayant côtoyé Allen Ginsberg et ses proches, Étienne Appert dévoile les principaux traits constitutifs de la Beat Generation, mouvement à l’avant-garde de la contre-culture américaine, notamment caractérisé par l’anticonformisme et l’usage de psychotropes. De la rencontre séminale entre Allen Ginsberg, Jack Kerouac et William S. Burroughs dans les années 1940 surgissent trois séismes littéraires : Sur la route, Howl et Le Festin nu. Écrit par Jack Kerouac en 1957, Sur la route est une œuvre semi-autobiographique qui raconte les aventures de deux amis voyageant à travers l’Amérique dans la quête d’un nouvel idéal de liberté. Howl, publié en 1956, prend la forme d’un poème épique au sein duquel Allen Ginsberg adresse une critique féroce et imagée de la société de consommation et du conformisme. Le roman de William S. Burroughs Le Festin nu, datant de 1959, s’apparente quant à lui à une œuvre expérimentale utilisant la technique du cut-up pour dépeindre un univers hallucinatoire et satirique sur la drogue, le pouvoir et l’oppression sociale.

Au crépuscule de la Beat Generation traduit à merveille, tant sur le fond que sur la forme, les fondements du mouvement Beat. Il ne s’agit pas tant d’un courant littéraire que d’une communion humaine ou d’une pulsation extatique qui, au cours de l’Histoire, a inspiré les mouvements beatniks, hippies, punk et écologistes. Le récit d’Étienne Appert, basé sur les témoignages de Gilles Farcet, nous plonge dans un univers fascinant où cohabitent Ginsberg, Kerouac, Burroughs, mais aussi Patti Smith, Ram Dass, Peter Orlovsky, Gregory Corso ou Gary Snyder. Cette constellation d’artistes, d’auteurs, de poètes, tantôt géniaux tantôt pathétiques, se complètent de personnages insolites tels que Neal Cassady, l’inspirateur des auteurs Beat, ou l’énigmatique Hank, ce fameux « clochard céleste » qui incarne et décrypte peut-être mieux que quiconque l’esprit Beat et la quête de béatitude qui l’anime, par-delà les fantasmes et les idées préconçues.

La mise en scène graphique d’Appert est un véritable spectacle pour les yeux. D’une imagination débordante, elle semble en prise directe avec le propos de l’album. Porteurs de traumatismes et de tragédies, les protagonistes du mouvement Beat se mettent à nu, parfois littéralement, pour aller au bout de leurs idées et d’une logique de liberté poussée à son paroxysme. Allen Ginsberg en est le symptôme le plus évident. Et l’auteur d’ajouter qu’en tant que pilier central d’un mouvement qu’il coordonne, documente et promeut, il apparaît non seulement comme le défenseur d’un patrimoine inestimable mais aussi comme un individu dépossédé, de manière tout à fait consciente, d’une partie de son image publique – régurgitée à travers des produits dérivés ou des mythologies médiatiques et populaires, allant du flower power à Bob Dylan. Au crépuscule de la Beat Generation le montre sans cesse affairé, entouré de sa cohorte d’artistes, de secrétaires et d’amis, capable de porter un regard vif et vierge sur toutes choses et en toutes circonstances.

Étienne Appert ne tait rien des aspects plus erratiques et tumultueux des figures emblématiques du mouvement Beat. Côté solaire, Gary Snyder se pose en chantre de l’écologie et du biorégionalisme, cherchant à donner une voix aux sans-voix dont la nature est constituée. Côté crépusculaire, Gregory Corso semble incontrôlable, sous la coupe de ses pulsions, aussi caractériel et dysfonctionnel qu’inspiré et talentueux. Et au cœur de cette fresque chorale et empreinte de psychédélisme, Hank occupe une place prépondérante. Ses propos, rapportés à différents moments du récit, fascinent Gilles Farcet et tendent à pénétrer au tréfonds de son psychisme. Le journaliste se questionne sur l’identité de cet homme, sur ce qu’il a produit et sur les raisons pour lesquelles il exerce une telle emprise sur lui. Le « clochard céleste » incarne en quelque sorte l’essence même de la Beat Generation, avec sa verve poétique, ses fulgurances et son acuité pour percer la réalité d’un monde qui cherche à se dérober.

Au crépuscule de la Beat Generation est une œuvre immersive, un véritable pèlerinage au sein d’un mouvement littéraire et artistique qui a marqué l’histoire et dont l’héritage est encore palpable aujourd’hui. Étienne Appert, bien aidé par Gilles Farcet, dépeint avec justesse les liens entre les auteurs Beat, le mouvement hippie et des penseurs qui les précèdent tels que Henry David Thoreau ou Ralph Waldo Emerson, dressant ainsi un panorama de la contre-culture américaine. Il évoque les drogues, les combats sociaux, le non-conformisme, la quête de liberté, y compris sexuelle, puissamment liés au mouvement Beat. Et finalement, le voyage initiatique auquel entendait se livrer Gilles Farcet donne lieu à une relecture, subjective, passionnée et passionnante, d’un contre-courant culturel dont la vigueur n’a eu d’égale que la richesse.

Au crépuscule de la Beat Generation, Étienne Appert
La Boîte à bulles, avril 2023, 240 pages

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4.5

Pour mieux comprendre « À quoi sert le droit ? »

Les éditions Gallimard publient un bref ouvrage illustré intitulé À quoi sert le droit ?. L’auteur Arthur Lochmann et le dessinateur Matthias Arégui vulgarisent les grands principes juridiques et évoquent la manière dont la législation s’élabore et régente les différents aspects de notre vie.

Vaste construction intellectuelle qui gouverne la vie en société, le droit a fait l’objet de nombreuses réflexions tout au long de l’histoire humaine. Arthur Lochmann et Matthias Arégui prennent aujourd’hui le parti de répondre à cette interrogation centrale : quelle est donc la finalité de cette discipline qui s’impose à nous et qui façonne notre quotidien ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient d’examiner attentivement la manière dont le droit s’incarne dans notre existence collective. S’adressant en première intention aux enfants, les auteurs choisissent d’exemplifier leur propos avec des cas concrets et usuels, tels que le mariage et le contrat de travail. Ils soulignent par ailleurs la fonction anthropique du droit, qui se manifeste à chaque étape de la vie en régissant les relations sociales et en contribuant à résoudre les conflits qu’elles engendrent.

Au cœur de cette entreprise d’encadrement et de régulation se trouvent les juges. Ces gardiens de la loi ont pour mission d’interpréter et d’appliquer les règles édictées par le législateur. Car comme le rappelle Arthur Lochmann, le droit résulte de textes qui, par leur nature, sont sujets à l’interprétation et incapables de traduire précisément tous les scénarios de la vie quotidienne. À quoi sert le droit ? fait également état de la séparation des pouvoirs, principe cardinal de nos démocraties modernes, qui confère aux magistrats une indépendance leur permettant de veiller au respect de la loi tout en se gardant d’intervenir eux-mêmes dans la sphère politique et dans l’élaboration des lois. Le droit est censé s’adapter continuellement et prendre en compte les évolutions de notre société. C’est dans ce cadre que s’inscrit la reconnaissance progressive des animaux et de la nature en tant que détenteurs de droits. Cette réflexion éthique sur la place des êtres vivants dans l’ordre juridique amène à interroger les notions de droits et de devoirs, évidemment présents dans la démonstration d’Arthur Lochmann, qui ne manque pas par ailleurs de distinguer droit et morale – cette dernière relevant davantage de la sphère personnelle et intime – ni de verbaliser les tenants de la pyramide des lois.

Loin d’être une discipline figée, le droit est, on l’a énoncé, en perpétuelle évolution pour mieux répondre aux besoins et aux aspirations de la société qu’il sert. Cette dynamique peut parfois se manifester de manière rapide, comme en témoigne l’essor des transplantations cardiaques rendues possibles grâce à une nouvelle approche juridique en matière de santé. D’autres fois, les avancées s’avèrent plus lentes et laborieuses, à l’image de l’intégration des femmes dans le processus électoral ou de l’adaptation du droit aux bouleversements provoqués par le numérique et les réseaux sociaux. Comme le soulignent à dessein Arthur Lochmann et Matthias Arégui, le droit s’appréhende avant tout comme un instrument fondamental pour l’organisation et la régulation de la vie en société, permettant de préserver l’équilibre entre les individus et de résoudre les différends qui en découlent. Par son caractère évolutif et adaptatif, il œuvre inlassablement à l’amélioration de notre condition collective.

À quoi sert le droit ?, Arthur Lochmann et Matthias Arégui
Gallimard, mars 2023, 48 pages

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4

« Les Grandes Vies » : un coffret de six biographies chez Gallimard Jeunesse

Trois hommes et trois femmes. Le coffret Les Grandes Vies, publié aux éditions Gallimard, respecte une stricte parité en mettant à l’honneur Simone Veil, Molière, Gisèle Halimi, Frida Kahlo, Henry David Thoreau et Léonard de Vinci dans des opuscules biographiques richement illustrés et destinés aux enfants.

Ils ont tous occupé l’avant-garde de leur pays, de leur discipline et/ou de leur époque. Ils font l’objet d’une évocation passionnée, mettant en lumière leurs talents, leurs combats et leur parcours. Le coffret Les Grandes Vies rassemble six livres-portraits illustrés et conçus à hauteur d’enfant. La trajectoire de Simone Veil, Molière, Gisèle Halimi, Frida Kahlo, Henry David Thoreau et Léonard de Vinci y est passée en revue, leurs principaux faits d’armes y sont rapportés, le tout de manière synthétique, didactique et aérée.

Des artistes emblématiques

Léonard de Vinci, génie universel de la Renaissance, a excellé dans des domaines très variés. Polymathe maîtrisant la peinture, la sculpture, la musique, l’astronomie, l’anatomie, l’architecture et bien d’autres disciplines, il travailla pendant presque deux décennies pour Ludovico Sforza, seigneur de la ville de Milan, qui lui commanda des œuvres artistiques et des projets d’ingénierie. Parmi ses réalisations majeures, La Cène et La Joconde sont aujourd’hui considérées comme des chefs-d’œuvre inestimables de l’histoire de l’art. Il fut également un inventeur prolifique, avec des croquis et des idées visionnaires pour son époque, tels que les machines volantes ou les automates. Ses travaux scientifiques, et notamment dans le domaine de l’anatomie, bien que peu connus de son vivant, ont influencé des générations de chercheurs et d’artistes.

Dans le domaine artistique et culturel, deux autres personnalités se distinguent : Frida Kahlo et Molière. La première est racontée à travers ses problèmes de santé et ses autoportraits passés à la postérité, souvent teintés de symbolisme et d’éléments surréalistes. Ces derniers reflètaient ses luttes internes et ses questionnements sur l’identité, la maternité et la féminité. Frida Kahlo a été mariée au célèbre muraliste mexicain Diego Rivera, avec qui elle a entretenu une relation tumultueuse mais artistiquement enrichissante. Elle est devenue une icône féministe et culturelle, représentant la résilience face à l’adversité et l’affirmation de soi à travers l’art. Aujourd’hui considérée comme l’une des artistes les plus influentes et emblématiques du Mexique, son travail continue d’inspirer et de toucher des générations d’artistes et de militants. Molière fait l’objet d’un opuscule tout aussi passionnant, dans lequel sont mentionnés ses problèmes judiciaires et de liberté d’expression, mais aussi ses traits satiriques (notamment dirigés envers la bourgeoisie), ses talents de dramaturge et d’écrivain, ainsi que ses relations avec le pouvoir en place. Ses pièces, souvent écrites en vers, sont caractérisées par leur langage soigné et inventif, ainsi que par leur humour mordant et leurs situations burlesques. Les auteurs rappellent que Le Tartuffe, qui dépeint la fausse dévotion d’un hypocrite manipulateur, a provoqué une controverse majeure à l’époque de sa présentation et a ensuite été censuré par le pouvoir royal et l’Église.

De la politique et des idées

Apôtre du nature writing, Henry David Thoreau était un écrivain, philosophe et naturaliste américain, ainsi qu’une figure centrale du mouvement transcendantaliste, qu’il a découvert au contact de Ralph Waldo Emerson. Son œuvre majeure, Walden, relate son expérience de vie solitaire et autosuffisante près de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. À travers cette expérience, Thoreau cherchait à vivre en harmonie avec la nature, à se détacher des contraintes sociales et à mener une vie simple et authentique. Mais comme en fait état l’opuscule lui étant consacré, il était également un ardent défenseur de l’égalité raciale et de la désobéissance civile, et il plaidait pour le droit de résister à un gouvernement injuste. Sa pensée a influencé de nombreux écrivains, philosophes et militants, dont Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr.

Plus proches de nous, Gisèle Halimi et Simone Veil sont porteuses de combats extraordinaires qui, parfois, s’entremêlent. Issue d’une famille modeste de Tunisie, Halimi a été marquée par son enfance sous le joug des traditions patriarcales, avant de se battre tout au long de sa vie, en tant qu’avocate, pour les droits des femmes, en mettant en avant les enjeux de l’égalité des sexes et de la libération sexuelle. Elle s’est notamment illustrée lors du procès de Bobigny en 1972, où elle a plaidé pour la légalisation de l’avortement, représentant une jeune fille mineure accusée d’avoir avorté. C’est cette affaire, précisément, qui la rapproche de Simone Veil, rescapée des camps de concentration nazis, ex-ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, ex-présidente du Parlement européen et ancienne membre de l’Académie française. Car Simone Veil a été la pointe avancée d’un combat en faveur de l’IVG et c’est une loi portant son nom qui légalise l’avortement et a marqué un tournant majeur dans l’histoire des droits des femmes en France, faisant d’elle une authentique icône féministe.

Un coffret louable

En parvenant à exposer clairement les grandes lignes biographiques de personnalités ayant marqué l’histoire des arts et des idées, le coffret Les Grandes Vies se pose en outil éducatif précieux et ludique. Il permet une première initiation avec des problématiques – racisme, écologie, égalité des droits, etc. – et des grandes figures artistiques – de la littérature, de la peinture, de la sculpture, etc. – sans jamais paraître trop scolaire ou empesé. Les illustrations, les citations, les fils chronologiques et la construction des opuscules, adaptée aux enfants, font sens et témoignent d’une réelle attention portée à la pédagogie et à la vulgarisation. Une entreprise louable, et chaudement recommandée.

Les Grandes Vies, ouvrage collectif
Gallimard, mars 2023, six opuscules de 64 pages

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4.5

« L’Animateur » : entre passion et maladie

Les éditions Delcourt publient le roman graphique L’Animateur, de l’auteur et dessinateur argentin Juanungo. Ce dernier y raconte les dernières semaines de son père, animateur pour le cinéma et la publicité atteint d’un cancer en phase terminale.

Dans L’Animateur, Juanungo livre un récit intimiste et touchant, inspiré de l’histoire de son propre père. Ce roman graphique en noir et blanc aborde avec justesse et sensibilité des thématiques universelles telles que l’amour, la passion, la maladie et les relations humaines. Neno, réalisateur de cinéma d’animation en fin de vie, est confronté à la dure réalité du cancer. Il mène de front deux combats, l’un contre la maladie et l’autre afin d’achever un travail qu’il a toujours envisagé sous l’angle de l’artisanat et de la passion.

L’arrivée d’un jeune infirmier aussi gauche que prévenant, manifestement ignorant de son métier d’animateur ainsi que de ses subtilités, bouscule les habitudes de Neno, mais ouvre ensuite la voie à des échanges profonds et sincères entre les deux personnages. Au fil des pages, Juanungo dépeint avec finesse les difficultés auxquelles sont confrontés les protagonistes, quand l’oncologie fait place aux soins palliatifs et quand les relations interpersonnelles sont conditionnées, pour partie, au fait d’accepter ou non sa condition de malade, d’individu diminué ayant besoin de soins et d’assistance.

L’animation se trouve évidemment au cœur du récit. Neno, passionné et exigeant, défend avec vigueur l’art de l’animation traditionnelle face à l’émergence d’une 3D générée par ordinateur qu’il estime désincarnée. Les références à Tim Burton et aux flipbooks portent appui à l’amour que porte le personnage à cette forme d’expression artistique, chronophage mais d’une authenticité soulignée à plusieurs reprises. On verra ainsi Neno accorder un grand soin aux mouvements des objets animés, ou encore évoquer l’âme qui leur est insufflée à travers leur traitement visuel.

La maladie constitue l’autre versant principal du récit. Elle est abordée sans concession, entre les soins oncologiques devenus palliatifs et les douleurs lancinantes qui rythment le quotidien de Neno. Juanungo illustre avec brio la détresse et la vulnérabilité d’un homme orgueilleux, contraint d’accepter une nouvelle condition qu’il n’a pas choisie. Les liens entre Neno et Déborah, unis par un amour pas tout à fait anesthésié, refont surface par l’intermédiaire de la maladie. Neno s’est installé dans les anciens locaux de leur société, où rien n’a bougé (pas même l’emplacement du téléphone), et Déborah paie secrètement les factures de ses soins.

L’infirmier convié au chevet de Neno se révèle être un personnage central. Porteur d’une histoire familiale complexe (sa mère est dépressive, son père a pris la poudre d’escampette), il semble chercher auprès de Neno un modèle paternel absent de sa propre vie. L’attachement qui se crée entre les deux hommes dépasse la simple relation professionnelle et met en lumière, en seconde intention, l’altruisme et la compassion des soignants. À cet égard, il est à noter que chaque douleur affectant Neno se répercute presque immédiatement sur l’état émotionnel de son infirmier.

Le roman graphique est également parsemé de références culturelles, que ce soit à travers les objets présents dans la maison de Neno ou les scènes montrant le protagoniste au travail, animant avec minutie et amour les images de sa dernière publicité. Juanungo réussit ainsi à enrichir son récit d’une dimension culturelle qui confère encore plus de profondeur à l’ensemble. Poignant, L’Animateur aborde avec justesse des problématiques difficiles. Juanungo, par son talent de scénariste et de dessinateur, réussit à donner vie à un récit qui ne manquera pas de passionner et toucher le lecteur.

L’Animateur, Juanungo
Delcourt, mai 2023, 256 pages

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4

La signification culturelle des scènes de jeux d’argent au cinéma

Le cinéma est un art qui peut avoir un réel impact sur la société et ses croyances. Le septième art peut refléter les comportements de la société sur de multiples sujets, les scènes de jeux d’argent étant l’un d’entre eux. Les scènes de jeux d’argent dans les films ont de profondes implications culturelles et montrent comment la société se comporte envers le jeu et ses joueurs. Dans cet article, nous examinerons les stéréotypes sur les joueurs, les exceptions à ces stéréotypes, les sujets abordés dans les scènes de jeux d’argent et quelques exemples tirés des films.

Les stéréotypes sur les joueurs et les cadres de jeu dans le cinéma

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Les scènes de jeux d’argent dans les films sont souvent accompagnées de stéréotypes négatifs sur les joueurs et l’environnement du jeu, c’est le moins qu’on puisse dire. Les joueurs sont généralement peints comme des tricheurs, des criminels ou des flambeurs qui font preuve d’une absence de responsabilité. Et quant aux cadres de jeu, ils sont souvent représentés comme des endroits sombres et dangereux, même si dans certaines scènes, les acteurs jouent dans des casinos en ligne. Justement, pour trouver des sites de jeux d’argent en ligne de confiance, vous pouvez utiliser des sources fiables comme arnaques.info qui trient le bon grain de l’ivraie pour les joueurs.

Ces stéréotypes peuvent affecter la façon dont les joueurs sont perçus dans la vie réelle.

La subversion des stéréotypes dans les scènes de jeu d’argent dans le cinéma

Dans le septième art, les scènes de jeux d’argent peuvent également renverser ces stéréotypes en offrant une représentation plus nuancée et complexe du joueur. Le film peut présenter les différentes raisons qui poussent les gens à jouer et montrer les forces et les faiblesses du joueur et de son entourage. Et, il faut notifier la nécessité d’en être conscient avant de s’adonner aux jeux casino même si vous jouez sur les meilleurs sites de jeux d’argent en ligne.

Les thématiques explorées dans les scènes de jeu dans le cinéma

Les scènes de jeux d’argent dans les films traitent généralement de thèmes profonds tels que la confiance, la chance, la trahison, le risque. Ils peuvent également examiner le jeu compulsif et l’obsession qui en résulte. La plupart de ces notions vous seront familières si vous êtes un passionné des jeux d’argent en ligne fiable. Vous pouvez également explorer de plus près ce que ces scènes véhiculent en visionnant des films sur les casinos.

Le jeu comme symbole de la chance et du destin

Dans de nombreuses cultures, le jeu est automatiquement associé à la chance et au destin. Les scènes de jeux d’argent dans les films contribuent également à refléter cette croyance en exposant des personnages prenant des risques dans l’espoir d’avoir de la chance. Ces scènes peuvent être utilisées pour représenter des moments tendus et d’incertitude, où le destin des personnages est remis en cause.

Le jeu comme illustration de la masculinité

Certains films peuvent utiliser des scènes de jeux d’argent pour représenter la virilité et la masculinité. Des personnages masculins sont montrés en train de jouer dans des établissements terrestres ou sur des sites de jeux d’argent, dans l’objectif de prouver leur aptitude et leur supériorité. Les scènes de jeux d’argent peuvent donc inclure des thématiques telles que le pouvoir, la domination, la compétition, etc.

Le jeu comme analogie de la vie

Le jeu est également utilisé comme métaphore de la vie elle-même. Dans de nombreux films, les acteurs jouent à des jeux pour échapper aux dures réalités de la vie. Les scènes de jeux d’argent peuvent donc être utilisées pour aborder des thèmes plus larges tels que le risque, la chance, l’échec, la réussite et le sens de la responsabilité personnelle.

Le jeu comme image de la société

Les séquences de jeu dans le septième art servent également à refléter les comportements et les croyances de l’environnement dans lequel le film a été réalisé. Les réalisateurs peuvent utiliser le jeu pour incarner les excès et les vices de la société, et dans certains cas mettre en lumière des personnages dominés par la poursuite du pouvoir et de la richesse. Dans d’autres cas, il peut être utilisé pour représenter la résilience et la capacité de survie d’un personnage particulier dans un environnement hostile.

Les exemples de scènes de jeu dans le cinéma

De nombreuses scènes de jeu dans le cinéma peuvent être citées en guise d’exemple. Prenons la scène emblématique de poker dans le film Casino Royale,  où James Bond (joué par Daniel Craig) a été envoyé à Monténégro pour participer à un tournoi de poker de haute volée. Le but de Bond est de vaincre le “méchant du film”, Le Chiffre, un banquier qui utilise le tournoi pour faire du blanchiment d’argent. Dans la scène, la réalisation utilise des plans rapprochés pour mettre en avant les expressions faciales des joueurs et la façon dont ils se comportent, créant de ce fait une tension dramatique. La musique, avec des notes rapides et dramatiques, ajoute également à la tension de la scène.

La scène du blackjack dans “Rain Main” et celle de la roulette dans “Le Cercle Rouge” font également partie des exemples les plus célèbres. Ces scènes montrent la manière dont les thèmes et les stéréotypes sont explorés dans les scènes de jeux d’argent dans le cinéma.

Au cinéma, les scènes de jeux d’argent peuvent avoir une variété de significations culturelles, mettant en évidence les comportements et les paradigmes associés à cette activité dans de nombreuses cultures à travers le monde. Elles peuvent servir à représenter la chance, le destin, la masculinité, la société, la vie elle-même ou d’autres thématiques. Les scènes de jeux d’argent peuvent être mises à contribution pour explorer des thématiques plus globales et universelles et qui concernent les spectateurs de tous les horizons.

Post ecrit par Boris S.

 

 

Quelles entreprises ont tendance à être les plus gros bailleurs de fonds de nouveaux films et séries télévisées ?

L’impact du financement du cinéma et de la télévision s’étend bien au-delà de la production et de la distribution de contenu. Les productions cinématographiques et télévisuelles ont un impact économique important sur les communautés locales et peuvent générer des revenus importants grâce à la création d’emplois, au tourisme et à la vente de marchandises et d’autres produits.

De plus, le financement des productions cinématographiques et télévisuelles peut avoir un impact sur les entreprises et les particuliers qui financent. Par exemple, une production cinématographique ou télévisuelle réussie peut générer des profits importants pour les entreprises et les investisseurs impliqués, tout en augmentant leur visibilité et leur réputation dans l’industrie.

Paysage du financement du cinéma et de la télévision

Le paysage du financement du cinéma et de la télévision est complexe et varié. Les cinéastes et les sociétés de production ont à leur disposition une gamme de sources de financement, des studios traditionnels et des sociétés de financement aux nouveaux acteurs comme les services de streaming et les plateformes de financement participatif.

L’une des principales sources de financement du cinéma et de la télévision sont les studios, qui fournissent un financement substantiel aux projets en échange des droits de distribution. Ces studios ont souvent un public cible spécifique et préfèrent financer des films et des séries télévisées qui correspondent à leur démographie cible. Ces dernières années, des services de streaming comme Netflix et Amazon Prime sont également devenus des acteurs majeurs dans le paysage du financement du cinéma et de la télévision, fournissant un financement important pour le contenu original.

Outre les studios et les services de streaming, les financiers indépendants ont également joué un rôle important dans le financement des films et des séries télévisées. Ces financiers, souvent des particuliers fortunés ou des sociétés de production, fournissent un financement en échange d’une part des bénéfices ou d’autres incitations financières.

Les plateformes de financement participatif telles que Kickstarter et IndieGoGo sont également devenues un moyen populaire pour les cinéastes et les sociétés de production de financer leurs projets. Ces plateformes permettent aux cinéastes d’atteindre des investisseurs et des soutiens potentiels, qui peuvent apporter des fonds pour aider à donner vie au projet.

Les entreprises qui sont les plus grands bailleurs de fonds

L’industrie cinématographique et télévisuelle est soutenue par un large éventail d’entreprises qui financent les productions. Certains des plus grands bailleurs de fonds comprennent de grands studios comme Warner Bros., Universal Pictures et Walt Disney Studios, ainsi que des services de streaming comme Netflix et Amazon Prime Video. Ces entreprises disposent généralement de ressources financières importantes et investissent dans une variété de projets allant des superproductions à gros budget aux films et documentaires indépendants.

En plus de ces acteurs établis, certaines sources de financement non conventionnelles ont émergé ces dernières années. Par exemple, certains financiers indépendants comme Annapurna Pictures et A24 sont devenus des acteurs majeurs de l’industrie, finançant des films et des séries télévisées acclamés par la critique.

Un autre exemple de source de financement non conventionnelle est l’industrie des casinos. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une source de financement courante, certains casinos ont investi dans des productions cinématographiques dans le cadre de leurs stratégies de marketing. Par exemple, en 2006, le Palms Casino Resort de Las Vegas, qui figure couramment en haut de nombreuses listes de casino en ligne meilleur site, a investi 15 millions de dollars dans la production du film « Lucky You », avec Drew Barrymore et Eric Bana. L’investissement a été réalisé en échange d’un placement de produit de premier plan dans le film, qui présentait la salle de poker du casino et d’autres commodités.

Impact du financement du cinéma et de la télévision

L’impact du financement du cinéma et de la télévision s’étend bien au-delà de la production et de la distribution de contenu. Les productions cinématographiques et télévisuelles ont un impact économique important sur les communautés locales et peuvent générer des revenus importants grâce à la création d’emplois, au tourisme et à la vente de marchandises et d’autres produits.

Le financement des productions cinématographiques et télévisuelles a également un impact culturel, car ces productions peuvent façonner la façon dont les gens pensent et ressentent des questions et des événements importants. Par exemple, les documentaires et les programmes d’information peuvent informer et éduquer les téléspectateurs sur les événements actuels et les problèmes sociaux, tandis que les productions de fiction peuvent divertir et inspirer le public.

De plus, le financement des productions cinématographiques et télévisuelles peut avoir un impact sur les entreprises et les particuliers qui financent. Par exemple, une production cinématographique ou télévisuelle réussie peut générer des profits importants pour les entreprises et les investisseurs impliqués, tout en augmentant leur visibilité et leur réputation dans l’industrie.

Conclusion

En conclusion, le financement est un élément essentiel de l’industrie cinématographique et télévisuelle, et les entreprises et les particuliers qui fournissent ce financement jouent un rôle essentiel dans le succès des productions. Alors que les grands studios et les services de streaming sont les sources de financement les plus courantes, des sources non conventionnelles telles que des financiers indépendants et même des casinos peuvent également jouer un rôle.

L’impact du financement du cinéma et de la télévision s’étend bien au-delà de l’industrie du divertissement, avec des impacts économiques, culturels et de réputation pour les personnes impliquées. Les productions réussies peuvent générer des profits importants, créer des emplois et contribuer aux économies locales, tout en divertissant et en inspirant le public.

En fin de compte, comprendre le paysage du financement et les entreprises et les individus qui fournissent ce financement est crucial pour obtenir les fonds nécessaires pour donner vie à un projet. En explorant toutes les sources potentielles de financement et en gardant l’esprit ouvert, les producteurs et les cinéastes peuvent augmenter leurs chances de succès et avoir un impact durable dans l’industrie.

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99 Moons : un drame aux lourds artifices

Loin d’être le produit libidineux auquel nous pourrions croire, 99 Moons n’est pas non plus le sublime drame romantique qu’il aurait dû être. Derrière des ambitions scénaristiques louables et une plastique irréprochable, le film se perd dans des artifices intimes et scénaristiques qui peinent à convaincre.

Synopsis de 99 Moons : Bigna, sismologue de 28 ans, veut tout contrôler, jusqu’à ses jeux érotiques où elle domine son partenaire. Franck travaille la nuit dans des clubs, où il s’évade dans les paradis artificiels et de brèves relations qui n’assouvissent pas sa quête de sens. Leur première rencontre foudroie leurs certitudes. Durant 99 lunes, entre attraction sexuelle et désir de liberté, ils s’aiment, passionnément jusqu’à l’obsession d’un amour fou

À première vue, 99 Moons pourrait être vu comme une œuvre dans la droite lignée de Cinquante Nuances de Grey, After, 365 Jours et consorts. En jugeant le synopsis – une romance sur fond de sexe – et l’affiche, beaucoup pourraient penser que ce nouveau film est une énième adaptation de saga littéraire. Du genre qui espère titiller la libido du public adolescent pour s’attirer bien des faveurs et faire du chiffre. Mais qu’à cela ne tienne, 99 Moons est bien loin d’être ce produit purement opportuniste que nous pourrions injustement qualifier. Bien au contraire, il s’agit là du nouveau film de Jan Gassmann, un cinéaste suisse qui a su se faire connaître pas ses précédentes réalisations dans divers festivals. Son dernier titre en date, Europe, She Loves, a remporté divers prix internationaux. Et Gassmann continue d’attiser la curiosité avec 99 Moons, présenté lors du dernier Festival de Cannes dans la section « ACID ». Autant dire que, sur le papier, nous devons nous attendre à un long-métrage beaucoup plus mature et intelligent que les productions édulcorées citées plus haut.

Outre le fait qu’il présente des scènes intimes assez crues – et sur ce point, le film n’y va pas de main morte ! – 99 Moons est avant toute chose une histoire d’amour. Le destin d’un couple, thème récurrent chez le réalisateur, qui va ainsi se trouver, évoluer et se déchirer au fil du temps et des péripéties. Ou comment l’amour, en soi, se présente comme une force mystérieuse et imprévisible que nul ne peut prévoir ni contrôler. Ici, c’est le cas d’une jeune sismologue et d’un homme travaillant dans une boîte de nuit. Elle, se voulant libre au point de vouloir prendre le dessus sur sa vie, jusqu’à ses relations sexuelles avec des inconnus. Lui, se laissant porter par son existence et ses relations sans lendemain jusqu’à trouver le grand amour. La fusion de ces deux êtres que rien ne prédestinait à réunir, c’est la rencontre de deux mondes qui n’ont rien en commun. Créant ainsi cet amour qui va prendre lui-même son envol et avancer de lui-même, au fil des lunes – d’où le titre ! Un peu à la manière de ce que nous avait livré en 2005 Michael Winterbottom avec 9 Songs. Mais rassurez-vous, le film de Jan Gassmann n’est pas aussi grossier et douteux que ce dernier !

Car 99 Moons, c’est dix ans d’implication. Dix ans durant lesquelles le cinéaste a fait évoluer ses personnages pour nous livrer un récit qui sache retranscrire l’ambiguïté et la complexité de leur romance. Et ainsi nous parler de ce qu’implique une relation amoureuse. Où cette dernière commence-t-elle ? Comment peut-elle réussir ? Par la fidélité absolue ? Par une liberté ? Les sacrifices qu’elle engendre ? Tant de questions et de thématiques que Gassmann tente de mettre ici en avant. Et qu’il parvient à sublimer par une mise en scène maîtrisée, qui s’éloigne du style documentaire et terre-à-terre de ses précédentes réalisations. Avec la participation de Michelle Gurevich à la bande originale et la photographie de Yunus Roy Imer, 99 Moons offre des instants d’une beauté poétique et sensorielle non négligeable qui se présentent à nous telles des échappatoires émotionnelles enivrantes, voire hypnotiques – l’exemple le plus illustratif étant la séquence où les deux protagonistes se retrouvent seuls dans la boîte de nuit, plongés dans un cadre rouge et se laissant porter par la musique que seuls eux peuvent entendre (car portant chacun un casque).

Mais hormis ses qualités plastiques indéniables, il est difficile de réellement comprendre le raisonnement du réalisateur. Dans ce qu’il a voulu nous dire ou montrer à l’image. S’il est évident que 99 Moons parle de l’amour, était-il nécessaire de s’attarder sur le sexe aussi frontalement ? Alors que quelques plans ou développements scénaristiques auraient amplement suffi. Était-il si important de prendre des comédiens non professionnels ? Car si Valentina Di Pace impressionne par sa justesse et son implication, nous ne pouvons en dire autant de Dominik Fellmann à la palette émotionnelle plutôt limitée. Et enfin, était-il si essentiel de raconter une histoire d’amour de la sorte ? En effet, à trop perdre de temps sur ses séquences intimes et insister sur des personnages auxquels il est très difficile de s’identifier – elle par ses fantasmes, lui par sa vie ô combien hésitante –, l’ensemble se révèle être un poil hermétique, nous empêchant d’entrer pleinement dans son visionnage et de trouver l’ambition du réalisateur, dans le sens où celui-ci semble s’être démené comme un diable pour finalement nous raconter un récit aussi simple, avec autant d’artifices dispensables.

Oui, 99 Moons n’est clairement pas ce produit libidineux auquel nous le comparions plus haut dans cette critique, – avec honte, soit dit en passant ! Mais il n’est pas non plus le sublime drame romantique qu’il pouvait prétendre être. Plutôt que d’aller directement à l’essentiel et ce avec efficacité, le long-métrage se perd dans une structure narrative inutilement complexe, dans des ambitions artistiques qui viennent l’alourdir et dans cette sexualisation à outrance qui n’était franchement pas aussi indispensable que cela. Au final, il ne reste qu’un film qui tente des choses, certes, mais qui peine à captiver l’attention de par ses excès et son côté un poil abstrait.

99 Moons – Bande-annonce

99 Moons – Fiche technique

Réalisation : Jan Gassmann
Scénario : Jan Gassmann
Interprétation : Valentina Di Pace (Bigna), Dominik Fellmann (Franck), Danny Exnar (Georg), Jessica Huber (Barbara), Lia J. von Blarer (Divna), Gregory Hari (Thaks), Ale Lindman (Sara), Kathrin Schweizer (la femme dans le taxi)…
Photographie : Yunus Roy Liner
Costumes : Sophie Reble
Montage : Jacques L’Amour et Miriam Märk
Musique : Michelle Gurevich
Producteurs : Lukas Hobi et Reto Schärli
Maison de Production : Zodiac Pictures
Distribution (France) : La Vingt-Cinquième Heure
Durée : 110 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  10 mai 2023
Suisse – 2022

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2

Peter Pan & Wendy : énième adaptation Disney

Est-il vraiment utile de s’attarder sur une énième tentative de Disney ? Celle de vouloir saccager son patrimoine d’animation au profit d’un appel lucratif ? S’il n’est pas le pire exemple, Peter Pan & Wendy n’en reste pas moins un produit creux qui remplit machinalement son cahier des charges pour les besoins de Disney+. Eh oui, même David Lowery n’a pas su tirer ce blockbuster douteux vers le haut !

Synopsis de Peter Pan & Wendy : Wendy Darling, une jeune fille inquiète de laisser derrière elle la maison de son enfance, rencontre Peter Pan, un garçon qui refuse de grandir. Avec ses frères et une petite fée, appelée Clochette, elle voyage avec Peter dans le monde magique du Pays Imaginaire. Au détour de ses aventures, elle va rencontrer un capitaine pirate maléfique, le capitaine Crochet, et vivre des aventures aussi palpitantes que périlleuses, bien loin de sa famille et de son foyer…

Avant de commencer, le rédacteur de cet article tenait à s’excuser pour le retard de publication. En effet, cela fait déjà une bonne semaine que Peter Pan & Wendy est disponible sur Disney+ et que le film a pu être vu dans divers foyers, tout en sachant que des critiques ont déjà circulé sur les réseaux sociaux. Mais ce laps de temps était en tout point nécessaire, pour accuser l’après-coup du visionnage. Non pas pour se rendre compte que les studios Disney s’acharnent à détruire leur patrimoine d’animation. Cela, ils l’ont démontré à maintes reprises avec leurs copiés-collés mercantiles qui ont fait fureur dans nos salles obscures. Mais plutôt que de voir qu’une adaptation live peut se planter, et ce malgré un véritable artisan à sa tête, – c’était déjà le cas en automne dernier, avec Pinocchio et un certain Robert Zemeckis – c’est aujourd’hui au tour de David Lowery d’être happé et digéré à la moulinette par la grosse machinerie hollywoodienne.

Et pourtant, nous avions toutes les raisons d’y croire, à cette nouvelle version de Peter Pan ! D’une part parce que Lowery n’en est pas à son premier coup d’essai avec Disney. Le bonhomme nous ayant livré en 2016 un remake de Peter et Elliott le Dragon, très réussi. Certes, il ne s’agissait pas de son film le plus personnel. Et l’ensemble présentait quelques faiblesses scénaristiques (quelques facilités d’écriture) et techniques (des effets spéciaux un poil douteux). Mais le titre parvenait sans mal à dépoussiérer l’œuvre originelle, pour ne pas dire la faire oublier. Délaissant son côté enfantin chantonnant pour prendre l’allure d’une aventure spielbergienne bucolique et chaleureuse. Et d’autre part, David Lowery était sans conteste le meilleur choix pour adapter l’histoire inventée par J.M. Barrie. Avec des enfants ne voulant pas grandir, terrorisé à l’idée de devenir adultes, avec à sa tête un cinéaste ayant déjà traité dans son propre cinéma la thématique du temps qui passe (A Ghost Story, The Green Knight), Peter Pan & Wendy ne pouvait qu’être entre de bonnes mains !

Et si nous approfondissions un peu le long-métrage, nous pourrions effectivement dire que cette nouvelle adaptation live Disney n’est en aucun cas impersonnelle. Dès les premières images, nous sentons qu’un artisan est à la barre du projet. En arborant des séquences beaucoup plus terre-à-terre, une colorimétrie inspirant naturalisme et poésie, et en proposant des plans abstraits de toute beauté (la transition de Big Ben puis du Pays Imaginaire) ; Peter Pan & Wendy comporte sans s’en cacher la patte de son réalisateur. Et au milieu de ces nombreuses adaptations grandement édulcorées, cela fait du bien d’en voir une avec un minimum de cachets artistiques ! D’autant plus que celui-ci ne s’est pas privé de développer le personnage du Capitaine Crochet à sa sauce. Lui offrant un background ingénieux – toujours axé sur cette thématique du passage du temps – et pour le coup une tout autre ampleur. Exactement comme l’avait fait Benh Zeitlin (Les Bêtes du Sud Sauvage) et son incroyable Wendy quelques années auparavant. Nous pourrions même croire que Lowery s’est inspiré de son compère pour faire de cette commande de studio un film qui sorte du lot. Mais là où Wendy a su bénéficier de son statut de film indépendant, Peter Pan & Wendy doit, au contraire, subir son étiquette de produit hollywoodien.

Car la patte artistique de Lowery, si elle reste visible en surface, se retrouve ô combien broyée par le cahier des charges de Disney, qui est avant toute chose de décalquer leur célèbre dessin animé de 1953. Grosso modo de livrer une version reprenant toutes les scènes de ce dernier – l’introduction chez les Darling, le survol de Londres, l’arrivée au Pays Imaginaire, le passage sur le Rocher du Crâne, le combat final – ainsi que certains détails visuels (le look de Clochette). Sans oublier de faire référence à son ambiance musicale – la reprise de la chanson « Tu t’envoles » dans la bande originale signée Daniel Hart. Bref, un cahier des charges pour le moins pesant, qui phagocyte l’ambition de David Lowery. Ici, le bonhomme ne fait que refaire machinalement et malgré lui le dessin animé, sans apporter d’importantes et vraisemblables modifications. Si ce n’est introduire au forceps des thématiques féministes certes rafraîchissantes – Wendy et Lily la Tigresse n’étant plus les demoiselles en détresse à sauver – mais juste dans l’espoir de toucher son public. Un fardeau dont le cinéaste peine à se débarrasser, au point de livrer une aventure qui manque cruellement de rythme et d’envergure. Voire de magie ! Comme peuvent en témoigner un Pays Imaginaire visuellement pauvre et de jeunes comédiens au charisme absent.

Même si la prestation de Jude Law pourra amuser le temps de quelques minutes, Peter Pan & Wendy ne peut que suivre les pas de Pinocchio. Prouvant que Disney a beau mettre les moyens, les studios ne font que piétiner sur leur héritage pourtant intemporel. Si le signal d’alarme était déjà enclenché depuis belle lurette, voir deux grands noms du cinéma se faire engloutir de la sorte ne peut qu’exaspérer. Et que dire du futur La Petite Sirène, attendu dans les salles françaises le 24 mai prochain ? Si ce n’est que les bandes-annonces ont déjà dévoilé toutes les failles de cette énième adaptation (dont des effets spéciaux lamentables) ? Ne reste plus qu’à espérer que le public daigne désormais éviter ce genre de rendez-vous, pour inciter Disney à arrêter le massacre de son patrimoine. Mais bon, ce serait croire aux fées d’imaginer une telle chose…

Peter Pan & Wendy – Bande-annonce

Peter Pan & Wendy – Fiche technique

Réalisation : David Lowery
Scénario : David Lowery et Toby Halbrooks, d’après l’oeuvre de J.M. Barry et le film d’animation Peter Pan
Interprétation : Alexander Molony (Peter Pan), Ever Anderson (Wendy Darling), Jude Law (le capitaine James Crochet), Yara Shahidi (la Fée Clochette), Alyssa Wapanatâhk (Lily la Tigresse), Jim Gaffigan (M. Mouche), Joshua Pickering (Jean Darling), Jacobi Jupe (Michel Darling)…
Photographie : Bojan Bazelli
Décors : Jade Healy
Costumes : Ngila Dickson
Montage : Lisa Zeno Churgin
Musique : Daniel Hart
Producteur : Jim Whitaker
Maisons de Production : Walt Disney Pictures, Whitaker Entertainment et Roth/Kirschembaum Films
Distribution (France) : Disney+
Durée : 106 min.
Genres : Aventure, fantastique
Date de sortie :  28 avril 2023
États-Unis – 2023

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2

Prison 77 : quand une dictature traîne les pieds et s’attarde en prison…

Avec Prison 77, Alberto Rodríguez, le réalisateur de La Isla mínima, se tourne vers le film de prison, en s’inspirant de faits réels et de la période charnière qui suivit, en Espagne, la mort du dictateur Franco, à la fin des années soixante-dix.

Les prisons et leur microcosme. Un monde à part, qui a fasciné plus d’un réalisateur et a donné lieu à plus d’un classique, ouvrant un genre sur la planète cinématographique : le film de prison. Un genre qui, tout à la fois paradoxalement et logiquement, ne tarde pas à se trouver corrélé à son contraire : le film d’évasion…

Alberto Rodríguez, réalisateur du très remarqué La Isla mínima (2015), investit ce topos et, secondé, en tant que co-scénariste, par Rafael Cobos, situe son intrigue dans la phase de transition très intéressante qui suivit la mort de Franco (4 décembre 1892 – 20 novembre 1975), marquant la fin de la dictature militaire qu’il avait fait régner en Espagne pendant près de quarante ans, depuis 1936. En 1977, donc, alors que le pays découvrait les charmes de la démocratie, les prisons restaient comme figées dans l’ère précédente, soumises au bon vouloir et à la violence de leur directeur et des surveillants. Après un gros travail de documentation et plusieurs entretiens avec d’anciens détenus, les deux co-scénaristes fusionnent les récits d’évènements survenus dans la prison Modelo de Barcelone et dans d’autres établissements espagnols et les recentrent sur le lieu de détention catalan.

Émergent de cette opération de tissage et de resserrement les figures de Manuel (incarné par le très charismatique Miguel Herrán) et de Pino (Javier Gutiérrez), son compagnon de cellule. Le premier, comptable, est accusé d’un détournement de fonds bien supérieur à celui qu’il reconnaît, quand le second, croupissant depuis plusieurs années déjà dans la prison Modelo, semble ne plus croire en grand chose ; si ce n’est en ses livres, fidèles compagnons qu’il consent toutefois à louer, mais chèrement. Ce personnage est l’occasion d’un bel hommage aux héros de Fahrenheit 451, qu’il s’agisse du roman de Ray Bradbury (1953) ou du film (1966) qu’en conçut François Truffaut. Cet hommage est double et se manifeste à travers des scènes aussi bien de livres brûlés que mémorisés, lorsque Pino, sanctionné et torturé au cœur de la prison, ne résiste à ces traitements qu’en s’enfermant doublement lui-même dans la récitation à voix haute de cesdits livres. Superbe rappel, au passage, de l’inaltérable force de résistance dont sont constitutivement porteurs les livres. Et sans doute, plus largement, toute œuvre d’art.

Le directeur de la photographie Álex Catalán crée une image souvent très sombre, allant des bruns à l’obscur, pour ne devenir plus lumineuse que lors des quelques scènes d’extérieur, mais qui restent dans des tons ocres ou sable, donc explorant toute la gamme chromatique de la terre et du sol. La musique, un peu trop constante et illustrative, de Julio de la Rosa, accompagne le parcours de Manuel au sein de la prison : son arrivée, sa perte de naïveté, sa montée en conscience et en grade, son rattachement au collectif COPEL, un syndicat de prisonniers non politiques, soutenu par quelques avocats engagés et militant pour leur amnistie. Dans cet univers rude et essentiellement masculin, on apprécie finalement presque autant que Manuel, lorsqu’il se rend au parloir, la présence très ponctuelle de Lucía (Catalina Sopelana), rafraîchissante et douce comme une pluie d’été sur les sols desséchés.

Sans atteindre l’intensité crucifiante de l’impressionnant Compañeros (2019), d’Alvaro Brechner, Alberto Rodríguez capte toutefois son public et le garde captif sur son île carcérale, dans l’attente haletante d’un dénouement qui ose se faire heureux.

Bande-annonce : Prison 77

Fiche technique : Prison 77

Titre original : Modelo 77
Réalisation : Alberto Rodríguez
Scénario : Rafael Cobos, Alberto Rodríguez
Photographie : Alex Catalan
Musique : Julio de la Rosa
Montage : José M. G. Moyano
Production : Atípica Films, Movistar+
Pays de production : Espagne
Distribution France : Wild Bunch Distribution
Durée : 2h05
Genre : Drame
Date de sortie : 25 mai 2023

Synopsis : Espagne, 1977 : à la fin du franquisme, le pays vit l’un des plus grands moments de liberté de son histoire. Mais le passage à la démocratie ne change rien dans les prisons. Le jeune comptable Manuel risque une peine de 6 à 8 ans pour détournement de fonds, une sanction disproportionnée par rapport au crime commis. Avec son compagnon de cellule, Pino, il s’associe au COPEL, un collectif qui lutte pour les droits des prisonniers ordinaires et demande l’amnistie. Commence alors une véritable révolution qui bouleversera le système carcéral espagnol. Inspiré de faits réels, ce thriller est un récit sur l’amitié, la solidarité et la liberté.

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