Peter Pan & Wendy : énième adaptation Disney

Est-il vraiment utile de s’attarder sur une énième tentative de Disney ? Celle de vouloir saccager son patrimoine d’animation au profit d’un appel lucratif ? S’il n’est pas le pire exemple, Peter Pan & Wendy n’en reste pas moins un produit creux qui remplit machinalement son cahier des charges pour les besoins de Disney+. Eh oui, même David Lowery n’a pas su tirer ce blockbuster douteux vers le haut !

Synopsis de Peter Pan & Wendy : Wendy Darling, une jeune fille inquiète de laisser derrière elle la maison de son enfance, rencontre Peter Pan, un garçon qui refuse de grandir. Avec ses frères et une petite fée, appelée Clochette, elle voyage avec Peter dans le monde magique du Pays Imaginaire. Au détour de ses aventures, elle va rencontrer un capitaine pirate maléfique, le capitaine Crochet, et vivre des aventures aussi palpitantes que périlleuses, bien loin de sa famille et de son foyer…

Avant de commencer, le rédacteur de cet article tenait à s’excuser pour le retard de publication. En effet, cela fait déjà une bonne semaine que Peter Pan & Wendy est disponible sur Disney+ et que le film a pu être vu dans divers foyers, tout en sachant que des critiques ont déjà circulé sur les réseaux sociaux. Mais ce laps de temps était en tout point nécessaire, pour accuser l’après-coup du visionnage. Non pas pour se rendre compte que les studios Disney s’acharnent à détruire leur patrimoine d’animation. Cela, ils l’ont démontré à maintes reprises avec leurs copiés-collés mercantiles qui ont fait fureur dans nos salles obscures. Mais plutôt que de voir qu’une adaptation live peut se planter, et ce malgré un véritable artisan à sa tête, – c’était déjà le cas en automne dernier, avec Pinocchio et un certain Robert Zemeckis – c’est aujourd’hui au tour de David Lowery d’être happé et digéré à la moulinette par la grosse machinerie hollywoodienne.

Et pourtant, nous avions toutes les raisons d’y croire, à cette nouvelle version de Peter Pan ! D’une part parce que Lowery n’en est pas à son premier coup d’essai avec Disney. Le bonhomme nous ayant livré en 2016 un remake de Peter et Elliott le Dragon, très réussi. Certes, il ne s’agissait pas de son film le plus personnel. Et l’ensemble présentait quelques faiblesses scénaristiques (quelques facilités d’écriture) et techniques (des effets spéciaux un poil douteux). Mais le titre parvenait sans mal à dépoussiérer l’œuvre originelle, pour ne pas dire la faire oublier. Délaissant son côté enfantin chantonnant pour prendre l’allure d’une aventure spielbergienne bucolique et chaleureuse. Et d’autre part, David Lowery était sans conteste le meilleur choix pour adapter l’histoire inventée par J.M. Barrie. Avec des enfants ne voulant pas grandir, terrorisé à l’idée de devenir adultes, avec à sa tête un cinéaste ayant déjà traité dans son propre cinéma la thématique du temps qui passe (A Ghost Story, The Green Knight), Peter Pan & Wendy ne pouvait qu’être entre de bonnes mains !

Et si nous approfondissions un peu le long-métrage, nous pourrions effectivement dire que cette nouvelle adaptation live Disney n’est en aucun cas impersonnelle. Dès les premières images, nous sentons qu’un artisan est à la barre du projet. En arborant des séquences beaucoup plus terre-à-terre, une colorimétrie inspirant naturalisme et poésie, et en proposant des plans abstraits de toute beauté (la transition de Big Ben puis du Pays Imaginaire) ; Peter Pan & Wendy comporte sans s’en cacher la patte de son réalisateur. Et au milieu de ces nombreuses adaptations grandement édulcorées, cela fait du bien d’en voir une avec un minimum de cachets artistiques ! D’autant plus que celui-ci ne s’est pas privé de développer le personnage du Capitaine Crochet à sa sauce. Lui offrant un background ingénieux – toujours axé sur cette thématique du passage du temps – et pour le coup une tout autre ampleur. Exactement comme l’avait fait Benh Zeitlin (Les Bêtes du Sud Sauvage) et son incroyable Wendy quelques années auparavant. Nous pourrions même croire que Lowery s’est inspiré de son compère pour faire de cette commande de studio un film qui sorte du lot. Mais là où Wendy a su bénéficier de son statut de film indépendant, Peter Pan & Wendy doit, au contraire, subir son étiquette de produit hollywoodien.

Car la patte artistique de Lowery, si elle reste visible en surface, se retrouve ô combien broyée par le cahier des charges de Disney, qui est avant toute chose de décalquer leur célèbre dessin animé de 1953. Grosso modo de livrer une version reprenant toutes les scènes de ce dernier – l’introduction chez les Darling, le survol de Londres, l’arrivée au Pays Imaginaire, le passage sur le Rocher du Crâne, le combat final – ainsi que certains détails visuels (le look de Clochette). Sans oublier de faire référence à son ambiance musicale – la reprise de la chanson « Tu t’envoles » dans la bande originale signée Daniel Hart. Bref, un cahier des charges pour le moins pesant, qui phagocyte l’ambition de David Lowery. Ici, le bonhomme ne fait que refaire machinalement et malgré lui le dessin animé, sans apporter d’importantes et vraisemblables modifications. Si ce n’est introduire au forceps des thématiques féministes certes rafraîchissantes – Wendy et Lily la Tigresse n’étant plus les demoiselles en détresse à sauver – mais juste dans l’espoir de toucher son public. Un fardeau dont le cinéaste peine à se débarrasser, au point de livrer une aventure qui manque cruellement de rythme et d’envergure. Voire de magie ! Comme peuvent en témoigner un Pays Imaginaire visuellement pauvre et de jeunes comédiens au charisme absent.

Même si la prestation de Jude Law pourra amuser le temps de quelques minutes, Peter Pan & Wendy ne peut que suivre les pas de Pinocchio. Prouvant que Disney a beau mettre les moyens, les studios ne font que piétiner sur leur héritage pourtant intemporel. Si le signal d’alarme était déjà enclenché depuis belle lurette, voir deux grands noms du cinéma se faire engloutir de la sorte ne peut qu’exaspérer. Et que dire du futur La Petite Sirène, attendu dans les salles françaises le 24 mai prochain ? Si ce n’est que les bandes-annonces ont déjà dévoilé toutes les failles de cette énième adaptation (dont des effets spéciaux lamentables) ? Ne reste plus qu’à espérer que le public daigne désormais éviter ce genre de rendez-vous, pour inciter Disney à arrêter le massacre de son patrimoine. Mais bon, ce serait croire aux fées d’imaginer une telle chose…

Peter Pan & Wendy – Bande-annonce

Peter Pan & Wendy – Fiche technique

Réalisation : David Lowery
Scénario : David Lowery et Toby Halbrooks, d’après l’oeuvre de J.M. Barry et le film d’animation Peter Pan
Interprétation : Alexander Molony (Peter Pan), Ever Anderson (Wendy Darling), Jude Law (le capitaine James Crochet), Yara Shahidi (la Fée Clochette), Alyssa Wapanatâhk (Lily la Tigresse), Jim Gaffigan (M. Mouche), Joshua Pickering (Jean Darling), Jacobi Jupe (Michel Darling)…
Photographie : Bojan Bazelli
Décors : Jade Healy
Costumes : Ngila Dickson
Montage : Lisa Zeno Churgin
Musique : Daniel Hart
Producteur : Jim Whitaker
Maisons de Production : Walt Disney Pictures, Whitaker Entertainment et Roth/Kirschembaum Films
Distribution (France) : Disney+
Durée : 106 min.
Genres : Aventure, fantastique
Date de sortie :  28 avril 2023
États-Unis – 2023

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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