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Cannes 2023 : Vers un avenir radieux, chantons dans le vide

Filmer le cinéma, une tendance au bout du rouleau ? Vers un avenir radieux souhaite décomplexer cette démarche à la force d’une comédie loufoque comme seul Nanni Moretti sait le faire.

Synopsis : Giovanni, cinéaste italien renommé, s’apprête à tourner son nouveau film. Mais entre son couple en crise, son producteur français au bord de la faillite et sa fille qui le délaisse, tout semble jouer contre lui ! Toujours sur la corde raide, Giovanni va devoir repenser sa manière de faire s’il veut mener tout son petit monde vers un avenir radieux.

Après être reparti bredouille de la Croisette avec Tre Piani deux ans plus tôt, le réalisateur de La Chambre du fils et de Mia Madre évoque le coup de vieux dans son neuvième film. Loin d’être dépressif à l’idée de ne plus pouvoir revenir avec un bon plat de résistance, ce dernier a opté pour le dessert d’une générosité sans égal, qui peut toutefois nuire à son esprit enchanté.

Nous savons que l’humour reste sa plus grande force, notamment lorsqu’il contourne les traits de l’humanité. La dernière fois, il s’agissait  d’une provocation plus que d’une véritable intention de nous balader dans les étages d’un immeuble. Ici, il préfère disserter sur ses plans et discuter de leurs valeurs, de leur symbolisme, tout en essayant de contenir tous ses personnages sous le même chapiteau. Il y parvient au forceps et avec une élégance rare, celle de larguer son public dès les premières séquences, annonçant le gros boomer qu’il est devenu ou qu’il ignore être.

Nous sommes invités à suivre le quotidien exaspérant de Giovanni, à qui Moretti  prête ses mimiques. Ce réalisateur en mal d’idées, de financement et d’une équipe irréprochable, traverse un trou noir car tout va mal jusque dans son foyer. Sa femme (Margherita Buy) voit un psychanalyste et, sa fille (Valentina Romani) fréquente un homme plus vieux que son paternel. Parallèlement, son film piétine, aussi bien sûr le tournage que dans les sessions de brainstorming. Les Italiens associent exclusivement les Russes au parti communiste, on crée des anachronismes par mégarde sur scène et on semble confondre le thème politique du film avec une romance. Pourtant, cette histoire d’amour existe bel et bien, mais envers qui ou envers quoi ?

La recette sucrée du cinéaste italien trouvera ses adorateurs et d’autres bouderont dans leur coin. Que l’on soit du premier ou du second bord, Moretti questionne sa légitimité à prolonger une vision vraisemblablement périmée et nostalgique. Les nouveaux jeunes cinéastes travaillent plus vite, quitte à garder la première prise, à précipiter l’épilogue ou à s’aligner sur le cahier des charges « what the fuck » de la plateforme au grand N rouge qui, rappelons-le encore une fois, est distribué dans 190 pays.

Nanni Moretti a pété les plombs et c’est un soulagement pour lui. Pour nous, c’est une autre histoire. Cette aventure lui est personnelle et il n’hésite pas à filmer un portrait de famille dans son générique de fin. Il se permet également d’intégrer de la musique pop et culte, comme s’il condensait tout ce qu’il a autrefois refusé dans une to-do list de luxe. Exit Lola de Jacques Demy ou La Dolce Vita de Federico Fellini, place à un fourre-tout étincelant qu’il agrémente de son tact. Vers un avenir radieux se situe donc là, entre la fiction et la réalité, comme le dindon de la farce d’une compétition amorphe. On peut apprécier le geste, la manière un peu moins. C’est ce qui rend cette œuvre anecdotique, tout en portant un regard pessimiste sur le cinéma dans le déclin. Moretti nous vomit alors ses doléances en plein dans les yeux et les oreilles, pourvu qu’ils soient encore ouverts.

Vers un avenir radieux de Nanni Moretti est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Titre original Il sol dell’avvenire
Par Francesca Marciano, Nanni Moretti
Avec Nanni Moretti, Zsolt Anger, Jerzy Stuhr
28 juin 2023 en salle / 1h 36min / Comédie dramatique, Drame, Comédie
Distributeur : Le Pacte

Cannes 2023 : La Passion de Dodin Bouffant, l’Eugénie Gourmet

Un gourmet est un glouton qui se domine. La Passion de Dodin Bouffant ouvre ainsi l’appétit, tout en sublimant une histoire d’amour, une bouchée après l’autre.

Synopsis : Eugénie, cuisinière hors pair, est depuis 20 ans au service du célèbre gastronome Dodin. A force de passer du temps ensemble en cuisine, une passion amoureuse s’est construite entre eux où l’amour est étroitement lié à la pratique de la gastronomie. De cette union naissent des plats tous plus savoureux et délicats les uns que les autres qui vont jusqu’à émerveiller les plus grands de ce monde. Pourtant, Eugénie, avide de liberté, n’a jamais voulu se marier avec Dodin. Ce dernier décide alors de faire quelque chose qu’il n’a encore jamais fait : cuisiner pour elle.

Avec L’odeur de la papaye verte, le réalisateur Hùng Tran Anh nous avait déjà proposé quelques mets délicieux à Saïgon. Cette fois-ci, on file dans une bourgade bien franchouillarde, dont le menu a de quoi être aussi copieux que Festin de Babette, à première vue. Sa présence en compétition n’est pas une surprise, loin de là, car les qualités de l’intrigue se situent davantage dans le ballet culinaire, que dans les relations tendues entre les convives. Ici, il n’y a que tendresse et amour dans les plats préparés. Le cinéaste franco-vietnamien adapte ainsi le roman de Marcel Rouff, telle une vitrine qui rend à la fois hommage à la cuisine française, aux bons vins et à son pays d’accueil.

Bon appétit !

Juliette Binoche et Benoît Magimel, autrefois un couple dans la vie, sont à présent de retour à l’écran. Elle est Eugénie, une cuisinière, et lui le célèbre gastronome Dodin. Pas besoin d’en savoir plus avant de poser ses yeux sur le spectacle musical que l’on peut entendre quotidiennement dans les coulisses des meilleures recettes. La cuisine prend vie, le choc des casseroles chaudes annonce la couleur des plats, la cueillette des légumes est précise, tout comme le dressage des assiettes. La première demi-heure a de quoi faire saliver n’importe quel festivalier qui a manqué son dernier repas ou qui regrette déjà son sandwich un peu trop léger avant la séance.

Eugénie endure une journée entière de dur labeur, afin de satisfaire les messieurs, qui se trémoussent dans leur plus beau costume d’apparat. Ils se délectent de chaque instant où un plateau défile devant eux et regardent la nourriture comme une proie prise au piège dans une assiette creuse. Le but est d’abord de communier avec l’aliment dans une ambiance solennelle et respectueuse. La cuisine prend du temps et ce temps considérable est aussitôt mâché contre plusieurs minutes de bonheur. La caméra de Tran Anh se capture ainsi tout ce qui fait l’essence de la gastronomie un art des plus appétissants.

Et au-delà de ce travail de précision, on distingue ces deux êtres, qui se tournent autour et qui préparent leurs plats ensemble. Pourtant, ils partagent rarement la même table, si ce n’est pour y déclarer leur amour, car c’est là toute la beauté du geste du cinéaste, qui transmet ce sentiment à travers les plats qu’il filme. Cela a de quoi s’essouffler un peu dans entre deux passages au fourneau, car les interactions se veulent moins subtiles et plutôt lyriques. C’est ce que l’on peut dire de ce Dodin, finalement transformé en poète dans un élan gustatif, qui n’attend qu’une petite lichette de vin pour rehausser un goût qui ne demande qu’à exploser entre la langue et le palais.

Ce jeu de séduction à travers les vertus de la cuisine, qu’elle soit hautement gastronomique ou humblement rustique, fait de La passion de Dodin Bouffant une belle surprise. Rien de foncièrement transcendant dans la mise en scène, qui s’occupe de donner vie aux ingrédients qui frétillent sous la chaleur des plaques. Il reste alors cette romance culinaire que l’on apprécie pour sa sincérité, qui nous affame juste assez pour avancer notre prochain repas.

La Passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hung est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Tran Anh Hung
Avec Emmanuel Salinger, Juliette Binoche, Benoît Magimel
8 novembre 2023 en salle / 2h 14min / Drame, Historique, Romance
Distributeur : Gaumont Distribution

Cannes 2023 : Kubi, samouraï gag

L’humour et le nihilisme qui traversent les œuvres de Takeshi Kitano font de lui un auteur hors du commun. Avec Kubi, signifiant « cou », il n’hésite pas à faire tomber des têtes de samouraïs dans un jeu de pouvoir et de trahison.

Synopsis : Au 16ème siècle, le Japon est tourmenté par les conflits qui opposent des gouverneurs de province rivaux. Parmi eux, le seigneur Oda Nobunaga, déterminé à prendre la tête du pays, est en guerre contre plusieurs clans lorsque l’un de ses généraux, Araki Murashige, intente une rébellion avant de disparaître. Nobunaga réunit alors ses autres vassaux, dont Mitsuhide et Hideyoshi, et leur ordonne de capturer le fugitif Murashige, en leur promettant que « celui qui trime le plus deviendra son successeur ». Bien qu’ils ne partagent pas les mêmes opinions et stratagèmes, tous se retrouvent bientôt à la croisée des chemins, celle du temple Honno-ji où ils ont rendez-vous avec leur destin. Reste à savoir de quel côté leur tête va tomber…

Kitano est de retour sur la Croisette depuis son Outrage en 2010. Le cinéaste maîtrise l’art du montage vif, qui laisse rarement le temps à une action d’expirer. Il se vante même de rivaliser avec le maître Akira Kurosawa, mais cette boutade ne doit en rien gâcher l’expérience d’un bon film de samouraïs, où l’on jubile à chaque scénette qui manque de peu son harakiri.

D’entrée, nous découvrons des cadavres de soldats décapités, promesse d’un divertissement bien violent en plus d’un humour bien sucré. Le film n’a pas un genre distinct, naviguant entre les coups de sabres, les liaisons dangereuses de la stratégie, les sous-fifres qui rêvent de décorations et de fortune, et les seigneurs de guerre aux regards tournés vers le sommet de la hiérarchie. Le daimyo Oda Nobunaga (Ryō Kase) doit être destitué et au plus vite, avant que ses caprices et son attrait pour les divertissements sordides n’empoisonnent toute sa chaine de commandement. Lors des réunions, on se dévisage plus qu’on établit un plan de bataille. La justesse de l’intrigue réside donc là, dans ces petits échanges, créant la tension de trop qui fait chavirer ce beau monde, déjà teinté de sang.

La mise en scène offre également de magnifiques travellings, où le décor rural et les montagnes surplombent les personnages, dont l’espérance de vie est limitée. Alors que l’on court dans tous les sens pour retrouver Araki Murashige (Kenichi Endō), le chef révolutionnaire, ce sont Mitsuhide (Hidetoshi Nishijima) et Hashiba Hideyoshi (Takeshi Kitano) qui orchestrent des coups bas dans l’ombre. Cela donne lieu à des scènes hilarantes d’empoisonnement manqué ou bien d’assassinats répétés sur des doublures. La succession de têtes tranchées devient alors le running gag de Kitano, satisfait de nous avoir séduit avec aussi peu d’exigences et, au fond, nous ne demandions pas plus.

Si nous sommes loin de ses œuvres prestigieuses comme Zatoichi, Hana-bi, L’Eté de Kikujiro ou Sonatine, mélodie mortelle, il est toujours bon d’apprécier l’humour de Takeshi Kitano à sa juste valeur. Il embellit ainsi la sélection de Cannes Première d’un beau film d’époque, de son charisme légendaire et de son ton pince-sans-rire, qui rafraichissent l’audience d’un festival finissant sur une note ensoleillée.

Kubi de Takeshi Kitano est présenté à Cannes Première au Festival de Cannes 2023

Adaptation de l’ouvrage éponyme de Takeshi Kitano (2019)

Par Takeshi Kitano, Takehiko Minato
Avec Takeshi Kitano, Hidetoshi Nishijima, Ryô Kase
Prochainement / 2h 11min / Historique, Action, Drame

Films tant attendus en 2023

L’année 2023 suit son cours, et comme toujours, l’industrie cinématographique s’active pour offrir le meilleur aux cinéphiles, tout comme le secteur du jeu vidéo. Depuis le début de l’année, de percutantes œuvres cinématographiques égaient les amateurs du grand écran, et selon le calendrier, ces sorties ne feront que s’intensifier. Ici, nous avons répertorié quelques-uns des meilleurs films de la liste, ceux que vous ne devez rater pour rien au monde. Nous vous en parlons plus bas.

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 Teenage Mutan Ninja Turtles : Mutan Mayhem

Il s’agit d’une autre aventure des Tortues Ninjas, très connues du grand public. Dans ce film, elles sont confrontées à un défi plutôt sérieux et doivent affronter une horde de mutants ayant envahi New York, mais pas que. Elles devront également affronter d’autres Ninjas comme elles, des criminels, des extraterrestres, bref, cette aventure ne sera pas de tout repos !

Cependant, ces tortues trouveront des occasions pour des instants d’humour. Envie de tout découvrir à propos de cette œuvre cinématographique qui saura être aussi divertissante que la roulette en ligne ? Rendez-vous en salle le 4 août 2023.

Blue Beetle

Ce film présente un homme à l’apparence innocente et inoffensive, mais dont l’histoire changera de façon radicale. En effet, il a été choisi par un scarabée pas comme les autres. Cette bestiole est une ancienne relique extraterrestre et a pris cet homme comme son hôte.

Il le revêt d’une armure superpuissante et le dote de pouvoirs inimaginables. Le nouveau super héros malgré lui devra prendre ses responsabilités. La sortie de ce film est prévue pour le 18 août prochain.

Equalizer 3

Après les deux premiers opus, McCall continuera sa mission de justicier dans une nouvelle aventure. Dans ce nouveau film qui sera le dernier de la saga basée sur une série télévisée éponyme, McCall s’est fait de nouveaux amis. Cependant, parmi ces derniers, il y en a qui sont recherchés par la mafia.

Denzel Washington enfilera encore une fois son manteau de justicier pour voler à leur secours. Apprêtez-vous donc puisqu’il sera lancé très bientôt, en septembre prochain.

Wish

Cet anime vous permettra de vous évader dans un univers digne de Disney avec à la clé un scénario impressionnant. En effet, ce studio nous présente une cité dans laquelle les rêves et les souhaits peuvent se réaliser. Vous verrez aussi l’origine de l’étoile filante qui a toujours été utilisée dans les animes de Disney. Cette bande dessinée sera disponible à partir du 22 novembre prochain.

Aquaman And The Lost Kingdom

Né de l’union d’un homme et d’une femme appartenant au monde sous-marine, Arthur (Jason Momoa), devint le roi de l’Atlantide au terme d’une longue bataille : c’était le premier opus. Dans cette nouvelle aventure, le nouveau roi devra protéger son royaume de la dévastation. En sera-t-il capable ? Nous attendons tous le 25 décembre pour plus de détails.

  clap-cinema2023

2023 : une année très mouvementée pour les cinéphiles

Rien qu’à lire le titre des films présentés plus haut, on se rend compte que l’industrie du cinéma a tout prévu pour le bonheur des amateurs. Chaque œuvre présente un scénario qui saura tenir en haleine. À présent, vous n’aurez qu’à marquer les dates et vous rendre dans les meilleures salles de cinéma parisiennes ou partout ailleurs en France.

Article contributeur par Shelley

Cannes 2023 : The Idol de Sam Levinson

Sexe, drogues & pop : le scandale cannois 2023 par Sam Levinson, Abel Tesfaye et Lily-Rose Depp. Parce que, qu’est-ce qu’un Festival de Cannes sans drama ?

De la Dolce Vita, en passant par Irréversible ou encore Crash, Cannes a eu son lot de scandales et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Présenté en deux épisodes consécutifs, The Idol a provoqué un véritable esclandre lors de sa projection. Malgré les nombreux scandales qu’a pu avoir Cannes au fil des ans, les films ont ensuite eu leur part de renom, parfois classés au rang de films cultes et de classiques du genre, d’où la beauté de cette tradition à heurter la morale. Mais en sera t-il de même pour la série de Sam Levinson, créateur entre autres de la série à succès Euphoria ou du sublime huis clos dramatique Malcolm & Marie ?

Pas sûr. Oui le film est trash, oui il pointe du doigt une vérité cruelle dans le monde de la célébrité mais y a t-il vraiment du coffre derrière cette succession d’images vulgaires ? Pas tant que ça, du moins pour l’instant. Car rappelons-le, il ne s’agit que de deux épisodes sur six, et Thierry Frémaux a d’ailleurs annoncé qu’il serait même possible d’avoir finalement un film plutôt qu’un show télévisé. Alors peut-on vraiment juger ce qui n’est pas finalisé ?

Un peu, mais avec réserve. Car finalement, bien que la relation toxique entre Jocelyn et Tedros manque cruellement d’alchimie, on a presque envie de dire, tant mieux ? Après un drame familial, le personnage de Lily-Rose Depp se retrouve totalement démuni et incapable de retrouver le feu qui autrefois lui donna le titre de pop star. Tedros, joué par The Weeknd, aka Abel Tesfaye, va l’aider à surmonter cette peur mais en y glissant un certain poison entre les entrailles de la jeune femme. Manigances, sexe cru et trahison sont au centre de cette œuvre huée. Pourtant, il y a bien une scène que l’on doit retenir et qui mérite peut-être de s’y attarder plus encore sur les prochains épisodes et c’est une scène d’une violence émotionnelle pour la diva, une séquence interminable lors d’un tournage pour le clip du nouveau tube de la star. Lily-Rose Depp montre sans doute pour la première fois son talent d’actrice, la scène est suffocante, on a de la pitié pour elle, au point de retrouver une réelle sympathie pour ce personnage tantôt exécrable. Rien n’est joué mais rien n’est perdu donc. Quant à Abel Tesfaye qui se retrouve de nouveau devant des caméras et bien… les prochains épisodes nous le diront, car pour le moment, à part l’écriture du personnage qui fait effectivement de lui un antagoniste détestable, cruel et manipulateur, le reste, c’est du vide…

La série The Idol de Sam Levinson est présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2023

Avec Lily-Rose Depp, Abel Tesfaye, Rachel Sennott, Hank Azaria,…
Le 04 juin 2023 aux Etats-Unis / Drame
Distributeur : HBO

Bande-annonce : The Idol

Synopsis : Après une dépression nerveuse, Jocelyn est déterminée à récupérer son titre de pop star la plus populaire. Tedros, propriétaire de boîte de nuit et leader d’une secte, ranime la flamme en elle. Cependant, cette romance est dangereuse pour Jocelyn.

Cannes 2023 : Strange Way of Life de Pedro Almodóvar

Le langage du désir n’a jamais été aussi poussé chez Pedro Almodovar avec ce court-métrage très attendu sur la croisette : Strange Way of Life ou l’histoire de deux cowboys, réunis le temps d’une nuit après s’être aimés des années auparavant.

Annoncé comme une réponse à l’inimitable Brokeback Mountain, Strange Way of Life s’est arraché les foules lors de son unique projection à Cannes, au point que le Festival a pris comme décision, au grand bonheur de ses festivaliers, de rajouter in extremis deux séances quelques jours plus tard. Il faut dire qu’avec une annonce pareille, avec pour têtes d’affiche Pedro Pascal et Ethan Hawke, on ne pouvait que prévoir ce mot que tous les accrédités redoutent : complet.

Mais alors, que donne cette transgression sulfureuse au temps du western par ce réalisateur reconnu pour détourner les codes ? Mitigé. Ethan Hawke et Pedro Pascal sont fabuleux, dans cette romance queer entre deux anciens hors la loi. Le design signé Saint Laurent l’est tout autant et l’affiche se nomme perfection. Mais… ça manque un peu de consistance. La durée n’est pourtant pas mise en cause, tout est lucide, tout est beau et tout est à l’image du metteur en scène, d’une grande précision. Cependant, on reste sur sa faim avec une petite déception qui pend gentiment au nez. Peut-être à l’image des héros, que la frustration a tenus en exil toutes ces années. Du coup, une réussite ?

Strange Way of Life va beaucoup faire parler de lui et ce, des années durant, car Almodóvar s’amuse de cette ambiguïté. Mais n’est-ce pas là le secret de tout film, rester dans les mémoires, peu importe les raisons ? Il est clair que d’une façon ou d’une autre, le cinéaste espagnol aboutit toujours à une certaine excellence, que ce soit dans son esthétique, sa mise en scène ou même sa communication. En tout cas, ce court-métrage est à l’image du film de Ang Lee : inimitable, mais pour des raisons bien plus éloignées que prévu.

Strange Way of Life de Pedro Almodóvar est présenté Hors Compétition au Festival de Cannes 2023

Titre original : Extraña forma de vida
Avec Pedro Pascal, Ethan Hawke, Manu Ríos,…
Le 16 août 2023 en salles / Western, Drame, Romance
Durée : 31 minutes
Distributeur : Pathé

Bande-annonce : Strange Way of Life

Synopsis : Silva traverse le désert à cheval pour retrouver Jake qu’il a connu vingt-cinq ans plus tôt lorsqu’ils étaient tous deux tueurs à gages. Silva souhaite renouer avec son ami d’enfance désormais shérif mais ces retrouvailles ne sont pas sa seule motivation…

Cannes 2023 : Chambre 999, remise en question

128 ans déjà que le premier cinématographe fut créé, le cinéma n’a alors connu que des rebonds, aussi bien dans sa création que dans sa distribution auprès du grand public. Chambre 999 dialogue avec les artistes contemporains de cet art et établit un portrait de notre monde, dans sa cohérence et ses contradictions.

Synopsis : Selon le même principe que le film original, « Curiosity Room » sera tourné tous les jours du festival 2022 dans une salle de l’hôtel Marriott sur la Croisette, où 30 réalisateurs, dont beaucoup font partie du jury ou ont des films et des projets présentés à Cannes cette année, répondront à des questions sur la réalisation et l’avenir du cinéma.

40 ans ont passé depuis le documentaire Chambre 666, une invitation à nous déchausser et à méditer sur le sort du cinéma, de sa création à l’an 1982. Wim Wenders faisait alors défiler une dizaine de cinéastes qui ont eu la lourde tâche de répondre à la question suivante : le cinéma est-il un langage en train de se perdre, un art qui va mourir ? Cette interrogation peut en faire rire certains, tandis que d’autres prennent goût à nous détailler la mutation de leur art, qu’il soit forain ou qu’il soit devenu moins accessible avec le temps.

Jean-Luc Godard a eu l’honneur d’ouvrir le bal et son cœur sur le 7e Art, qui l’a emmené jusqu’à la Croisette et bien au-delà. À présent, c’est au tour du réalisateur allemand, qui concourt cette année à Cannes avec Perfect Days, en plus de présenter Anselm (Kiefer), un documentaire sur l’artiste contemporain du titre, d’offrir son témoignage sur sa propre investigation. Ce dernier redéfinit d’abord ce qu’est le cinéma, un art du divertissement, avant de poursuivre sur la manière dont les films indépendants furent créés et comment l’ère du numérique a eu un impact sur notre façon de le consommer.

Il s’ensuit toute une ribambelle d’artistes, trop nombreux pour tous les citer, qui font part de leur expérience. Le cinéma peut être vu comme un rituel, où l’on accepte de s’asseoir à côté d’inconnus dans une salle obscure, afin de trouver une satisfaction à l’écran, autant que dans le réel. C’est d’ailleurs ce qui préoccupe la plupart des producteurs du moment, la peur de déplaire. Le nerf de cette guerre a donc permis aux plateformes de streaming de naître, de basculer l’univers du cinéma dans nos salons et même dans nos poches. Cette tendance effraie certains cinéastes concernant leur liberté de création, car ils y voient une contrainte. La télévision que l’on retrouve à droite du cadre ouvre quelquefois le dialogue sur ce sujet.

De plus, il est nécessaire de noter que ces images furent captées en pleine crise sanitaire du Covid, lors de la 75e édition du festival de Cannes. Ces conditions nourrissent davantage d’inquiétude sur un monde qui change, qui multiplie les conflits et les intérêts. La jeunesse n’a pas eu son mot à dire, mais nous pouvons également voir cette brochette de cinéastes comme les enfants de ceux qui sont venus témoigner dans la version de Winders. Le cinéma entrouvre ainsi plus de portes qu’auparavant et en ferme quelques-unes au passage. Toute sa culture découle de cette ouverture sur des mondes inexplorés et en donnant de la visibilité aux femmes, de plus en plus nombreuses à manifester leur existence dans ce domaine.

Julia Ducournau, Audrey Diwan, Joachim Trier, James Gray, Nadav Lapid, Asghar Farhadi, David Cronenberg, Alice Rohrwacher, Ninja Thyberg, Ruben Östlund, Agnès Jaoui, Lynne Ramsay, Shannon Murphy, Claire Denis, etc. Tous répondent à leur manière sur la destinée du cinéma. Optimistes, pessimistes ou simplement heureux de profiter de l’instant, à l’image d’un Kirill Serebrennikov dansant qui, après trois sélections, a enfin pu profiter du tapis rouge et de la Croisette. On repart avec l’intime conviction que c’est au spectateur de trancher sur la question.

Chambre 999 surnage ainsi dans cette dernière édition de Cannes Classics. Le premier long-métrage de Lubna Playoust ne manque pas d’emprunter le même dispositif mis en place par Winders. Lui comme tant d’autres se prêtent au jeu, dans une lettre ouverte au cinéma, un art qui a souvent eu besoin de s’autodétruire pour se reconstruire.

Chambre 999 de Lubna Playoust fait partie de la sélection Cannes Classics 2023.

Avec Rebecca Zlotowski, James Gray, Audrey Diwan…
Prochainement en salle / 1h 25min / Documentaire

« Queen : La Totale » aux éditions EPA

Benoît Clerc se lance dans une entreprise titanesque : raconter, dans un livre-somme de plus de 500 pages, le groupe Queen, à travers des portraits, des anecdotes mais aussi, et surtout, ses 188 chansons et 15 albums qui ont profondément modifié le visage du rock.

Quand on évoque les cieux du rock, la constellation formée par les Queen, groupe britannique légendaire, brille d’un éclat inégalé. Fondé en 1970, le quatuor mythique – Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor, John Deacon – s’est propulsé au fil des années au firmament de la scène musicale internationale, se parant au passage des plumes majestueuses de l’aigle royal, emblème du groupe. Les Queen ont tissé une aventure musicale d’une diversité et d’une sophistication inégalées, formant un palimpseste sonore où les tracés du rock se fondent dans ceux de l’opéra, du disco, du folk et du gospel, générant un amalgame inspiré d’harmonies, se rangeant parmi les chefs-d’œuvre du XXe siècle.

Leur influence s’est propagée bien au-delà de la sphère musicale : leur résonance culturelle et politique a investi le terrain fertile de l’histoire contemporaine. Insufflant courage et résilience à une génération troublée, les Queen ont réussi à capter l’essence de leur époque avec une acuité poignante et une vision parfois prémonitoire. Leurs hymnes rassembleurs, chargés d’émotion, sont devenus l’empreinte sonore d’une époque, laissant des échos dans la mémoire collective qui résonnent encore aujourd’hui. Leurs chansons, miroirs de la société, deviennent alors les chroniques sonores de leur temps, chargées des nuances d’une génération marquée par des changements sociaux et culturels majeurs. Faisant écho à la libération sexuelle, aux combats pour les droits de l’homme et à la montée de la conscience écologique, leur musique a réussi à transcender les frontières géographiques et culturelles, touchant des millions de personnes à travers le globe.

La trajectoire de Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor et John Deacon est l’incarnation même de l’esprit du rock. On touche à l’impétueux, l’innovant, ce qui défie les conventions. Les Queen, avec une audace créative et une grande ambition artistique, ont renouvelé le genre, poussant ses limites et réinventant constamment leur propre identité musicale. Ils n’ont pas seulement créé de la musique, ils ont forgé, patiemment, chanson après chanson, une mythologie, une cosmogonie où chaque titre devient un monde en soi, une narration qui s’inscrit dans un univers plus large, qu’il étend et enrichit.

La présence scénique de Queen, menée par l’incandescent Freddie Mercury, a redéfini le concept même du spectacle de rock. Des concerts grandioses aux costumes extravagants, leur capacité à captiver et à communiquer avec le public est restée légendaire, élevant le groupe à un statut quasi-mythique. Leur performance lors du Live Aid en 1985, qui fait l’objet d’un focus, est d’ailleurs souvent citée comme l’un des plus grands moments de l’histoire de la musique live. En outre, le rôle de Queen dans la promotion de l’art visuel, notamment à travers ses vidéoclips innovants, a contribué à établir une symbiose inédite entre musique et images, accentuant leur impact culturel. Leur sens aigu du théâtral, combiné à leur compréhension des nouvelles technologies et des médias, a ouvert la voie à une nouvelle forme d’expression artistique, faisant des Queen l’un des précurseurs de l’ère du clip vidéo.

Les membres du groupe ont également fait preuve d’un courage exceptionnel face à l’adversité, que ce soit à travers les défis personnels qu’ils ont dû surmonter ou les critiques auxquelles ils ont dû faire face. Le combat de Freddie Mercury contre le SIDA et son dévouement à continuer à créer de la musique malgré sa maladie ont fait de lui un symbole de résistance et de détermination. Au-delà d’un impact musical indéniable, Queen a également joué un rôle important en tant que porte-parole d’une génération en quête d’identité et de liberté. Par leurs textes et leur attitude, les quatre musiciens ont su exprimer les aspirations, les peurs et les espoirs de millions de jeunes, offrant une voix à ceux qui se sentaient marginalisés ou incompris. À travers leur musique, ils ont véhiculé des messages d’acceptation, de tolérance et de respect de la différence, des valeurs qui ont marqué leur époque et qui restent d’une actualité brûlante.

Analyse de cas

Chacune de leurs chansons est un chapitre de l’histoire mouvementée des Queen. Un reflet de leur esprit indomptable, une énième preuve de leur capacité à transgresser les frontières musicales. Ces morceaux, souvent passés à la postérité, révèlent non seulement l’ingéniosité artistique du groupe, mais aussi une capacité aussi rare qu’appréciable à toucher l’essence de l’expérience humaine. Par la puissance de leur musique et la profondeur de leur vision, les Queen ont réussi à graver leur nom dans le panthéon de la culture populaire, laissant dans leur sillage un héritage musical qui continue de fasciner et d’inspirer des générations de fans à travers le monde.

S’il n’est pas avare en portraits (Peter Straker, David Richards, Roy Thomas Baker, Kenny Everett…) et en analyses (la liberté, le punk, l’incroyable soirée de Halloween en 1978, le déclin du groupe et de Freddie Mercury…), Queen : La Totale consacre l’essentiel de son corpus aux albums et surtout aux 188 chansons du groupe. Benoît Clerc y passe en revue les contextes de création, les individualités en présence et leurs rapports (pas toujours apaisés), l’étoffe musicale et textuelle, la résonance dans le public et/ou la culture populaire.

« Bohemian Rhapsody », qui a donné son nom au biopic de Bryan Singer consacré à Freddie Mercury, est évidemment un cas d’école. Ce tour de force musical, dont le processus de création a duré trois semaines, fusionne le rock progressif avec une structure de ballade opératique, offrant une performance vocale inégalée de Freddie Mercury. La complexité de son montage audio, articulé autour de trois segments distincts, impliquant l’assemblage de nombreuses prises et overdubs, en a fait un véritable défi technique. C’est une exploration presque insondable, que chacun interprètera à sa façon, et qui fera l’objet du tout premier clip vidéo, six ans avant la naissance de MTV.

« Don’t Stop Me Now » peut être appréhendé comme un tourbillon d’optimisme débridé – mais aussi la pointe avancée de la démesure de Mercury, qui inquiète alors ses partenaires. Cette chanson est une déclaration d’autonomie, de liberté, d’affranchissement. Devenue très populaire, forte d’une énergie éminemment contagieuse, elle a été écrite par Freddie Mercury en pleine période de débauche, artificielle et créative, et se caractérise notamment par un solo mémorable de Brian May et une structure à la fois simple et festive.

« We Are The Champions », incontournable, rapidement adoptée par les Yankees de New York, est également composée par Freddie Mercury. La chanson est devenue au fil du temps un hymne universel de la victoire et de la résilience. C’est une véritable ode aux outsiders, une célébration du triomphe face à l’adversité. Sa résonance universelle est indexée sur le fait qu’elle a été choisie pour être jouée lors de nombreux événements sportifs. Décrite comme indissociable de « We Will Rock You », elle énonce le sentiment de revanche des Queen sur leurs détracteurs et sur la presse britannique.

De leur côté, « Radio Ga Ga », premier classique des Queen écrit par Roger Taylor, exprime une nostalgie mélancolique pour l’âge d’or de la radio, tout en capturant l’évolution de la technologie et son impact sur la culture, tandis que « Under Pressure », née d’une session d’improvisation entre Queen et David Bowie, prend appui sur un gimmick de basse, des parties textuelles déstructurées et des enregistrements vocaux « en aveugle », sans que Bowie et Mercury sachent ce qu’ils ont respectivement chanté.

Une carrière vertigineuse

Queen : La Totale permet de prendre le pouls d’un groupe emblématique du rock. Inventifs, parfois à la lisière de la subversion des genres, Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor et John Deacon ont expérimenté l’anonymat, vécu une ascension fulgurante, lutté contre les épreuves, les accoutumances et la maladie, pour finalement marquer de leur empreinte la culture populaire. Benoît Clerc restitue avec passion et érudition les étapes itinérantes de leur riche carrière, au cours de laquelle ils ont multiplié les succès, redéfini l’art scénique et jeté les jalons du clip vidéo. Rien que ça.

Queen : La Totale, Benoît Clerc
EPA, mai 2023, 527 pages

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5

Pouvoir et transformation dans « Un loup pour l’homme »

Les éditions Dupuis publient Un loup pour l’homme, de Mathieu Reynès et Valérie Vernay. Le récit, prenant, met en scène des personnages complexes, aux motivations et fêlures vertigineuses.

Un loup pour l’homme prend pour cadre la France du début des années 1930. Mathieu Reynès et Valérie Vernay, respectivement scénariste et illustratrice, combinent des éléments réalistes et fantastiques, organisant habilement l’immixtion des seconds parmi les premiers. Ils nous transportent dans un monde paysan fortement hiérarchisé, où la lycanthropie n’est pas seulement une légende, mais une réalité qui peut être aussi terrifiante que libératrice.

L’album se déploie notamment autour du personnage du « Baron », un propriétaire terrien qui, après une tentative d’agression sexuelle sur l’une de ses employées, se retrouve infecté par la malédiction de la lycanthropie. Les auteurs dépeignent le « Baron » comme un personnage puissant, froid et calculateur, régentant son domaine agricole d’une main de fer.

Cela n’est pas sans répercussion. Son fils Eugène est aux prises avec un complexe d’infériorité, symbolisé par sa rivalité avec Markus. Ce dernier est un autre personnage-phare : jeune homme recueilli par la famille, il travaille depuis lors dans le domaine agricole en tant que mécanicien et est considéré, dans un premier temps, comme un fils de substitution par le « Baron ». C’est précisément ce que lui reproche Eugène : d’être mieux traité que lui que par son propre père.

Les interactions dynamiques et parfois dysfonctionnelles entre les différents personnages évoquent des thèmes tels que l’appartenance, la légitimité sociale ou l’amour. Ce dernier n’est pas amené de front, mais il sous-tend néanmoins les rapports entre Markus et Louison. La fille du « Baron » cherche du réconfort dans les bras du jeune mécanicien, elle peine à verbaliser ses sentiments envers lui et accueille avec circonspection ses rapports avec Maya, jeune fille rejetée par la société, qualifiée de « sauvageonne ». Elle vit parmi les loups dans la forêt voisine. Son personnage rappelle l’archétype du « wild child » présent dans de nombreux mythes et légendes, tels que Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling. Et son lien avec les lycanthropes offre une exploration subtile de la dualité de l’homme et de la bête. Maya n’est par ailleurs autre que la fille de cette employée retrouvée pendue à un arbre après s’être refusée au « Baron ».

Les dessins de Vernay, très réussis, disposent de tout l’espace nécessaire à leur expression. Car la mise en page et la disposition des cases favorisent une progression rythmée de l’intrigue, parfois avec peu de dialogues, ce qui renforce l’impact des images. De leur côté, les personnages s’avèrent bien développés, chacun évoluant avec ses propres motivations et vulnérabilités et offrant une psychologie nuancée qui enrichit le récit. Cela est bien illustré par Camille, un fidèle du « Baron » prêt à se sacrifier pour le bien des autres.

En tant que mécanisme de transformation, la lycanthropie n’est pas seulement utilisée comme un simple outil de terreur, mais aussi comme une métaphore de la libération (des pulsions, des conditions) et du pouvoir. Le personnage de Maya, dont l’existence est étroitement liée à celle des loups, offre une perspective intéressante sur la nature et la civilisation, avec une réflexion sous-jacente sur la sauvagerie, la liberté et l’isolement. On peut penser à Jean-Jacques Rousseau et à l’homme à l’état de nature en comparant son mode de vie à celui, corrupteur, en rupture avec l’environnement (la chasse, par exemple), du domaine « Baron ».

Mathieu Reynès et Valérie Vernay parviennent à un équilibre appréciable entre l’action et l’émotion, le réel et le fantastique, l’espoir et le désespoir. Ils portraiturent un milieu social sur lequel un seul homme, le « Baron », a su projeter une ombre menaçante. Quant à la proie…

Un loup pour l’homme, Mathieu Reynès et Valérie Vernay
Dupuis, mai 2023, 184 pages

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3.5

Cannes 2023 : Rapito (l’Enlèvelement), baptême du vice

Le dogme et la foi sont les maîtres-mots de cette hérésie chrétienne, où l’institution papale commet un enlèvement (rapito), arrachant ainsi un enfant à sa famille juive. Sa conversion devient alors un objet d’étude entre deux camps religieux, en parallèle d’une Italie qui déambule vers son unification.

Synopsis : En 1858, dans le quartier juif de Bologne, les soldats du Pape font irruption chez la famille Mortara. Sur ordre du cardinal, ils sont venus prendre Edgardo, un fils de sept ans. L’enfant aurait été baptisé en secret par sa nourrice étant bébé et la loi pontificale est indiscutable : il doit recevoir une éducation catholique. Les parents d’Edgardo, bouleversés, vont tout faire pour récupérer leur fils. Soutenus par l’opinion publique de l’Italie libérale et la communauté juive internationale, le combat des Mortara prend vite une dimension politique. Mais l’Église et le Pape refusent de rendre l’enfant, pour asseoir un pouvoir de plus en plus vacillant…

Très attendu dans les coulisses et sur le tapis rouge, Marco Bellocchio est toujours le bienvenu dans un festival où la dissection de ses personnages déchus se remarque. Le réalisateur de Vincere, Le Traître et de la mini-série Esterno notte, présenté à Cannes l’an passé, évoque les déchirements historiques qu’a connu son Italie natale. Aux côtés de Susanna Nicchiarelli, il adapte le livre Il caso Mortara (L’affaire Mortara) de Daniele Scalise, où le jeune Edgardo Mortara (Enea Sala), un enfant de confession juive, est baptisé à son insu.

Rappelons que Steven Spielberg était initialement annoncé sur ce même récit, prévu pour fin 2017, de même que sur le cinquième volet d’Indiana Jones. La force des choses fait qu’aucun de ces projets fut mener à terme par l’Américain. Et le hasard du calendrier provoque que les deux œuvres ont pu atteindre la toile du Grand Auditorium Louis Lumière en cette 76e édition du festival.

Non possumus (nous ne pouvons pas)

L’intrigue débute sur les terres de Bologne, en 1858, où l’état Vatican missionne des agents afin de rapatrier Edgardo vers le lieu saint. Dès lors que l’enfant est sous la tutelle de l’Église, cela ne signifie pas pour autant que sa santé mentale soit garantie. À travers ses yeux effrayés, la caméra de Bellocchio nous offre un autre point de vue sur le Christ. Un peu plus tôt dans la semaine, nous pouvions déjà suivre cette démarche dans le dernier film de Warwick Thornton, The New Boy, où un aborigène australien se convertit peu à peu au sein d’un monastère. Ici, la suprématie papale occasionne que le quotidien des enfants tient d’un univers carcéral.

La figure du Pape Pie IX en subit les conséquences car les journaux remplissent leurs colonnes de caricatures grotesques, à faire cauchemarder le chef de l’Église. Ce dernier est vu comme un monarque capricieux, qui trompe Edgardo. Le garçon, n’ayant jamais renié ses origines ou sa famille, subit une métamorphose tragique, jusqu’au bout de sa vie. Sa volonté ne lui appartient plus et sa trajectoire devient fascinante.

À 83 ans, Marco Bellocchio continue de faire des étincelles, pensant via sa caméra une foi que ses personnages recherchent et redoutent. L’exercice apparaît néanmoins académique, que ce soit dans son découpage ou sa façon de mettre en lumière le divin dans les yeux des protagonistes. Traitant aussi tous les points attendus de son récit, le cinéaste survole la conclusion de Rapito et déçoit quelque peu sur sa thématique familiale.

L’Enlèvement (Rapito) de Marco Bellocchio est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

https://www.youtube.com/watch?v=mMuqhIEc7bk&t=1s

Par Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli
Avec Paolo Pierobon, Enea Sala, Leonardo Maltese
25 octobre 2023 en salle / 2h 15min / Drame
Distributeur : Ad Vitam

La Petite Sirène, Halle est belle, notre Ariel

Décidément, il est beau le cinéma actuel de Disney. Entre gestion très douteuse de la saga Star Wars, saccage du Marvel Cinematique Universe, méthodes de travail à peines légales imposées à leurs équipes et paresse sans limite des productions, on a bien du mal à reconnaître l’âme du studio qui nous a jadis tant offert. Désormais bien lancés dans les remake insipides, c’est La Petite Sirène qui s’offre un rafraîchissement. Mais à l’instar d’Ariel qui perd sa voix, le studio aux grandes oreilles continue-t-il de faire sombrer son âme au cœur des abysses ?

Sous l’océan

Pouvait-on réellement espérer une belle relecture qui transcenderait l’œuvre originale ? Non. Disney ne le cache pas, leur but n’est jamais de faire mieux. Tout ce que l’on pouvait espérer, c’était un film pas désagréable, joli et suffisamment bien raconté pour ne pas dénaturer l’œuvre originale. On se souvient du catastrophique Roi Lion de Jon Favreau, visuellement somptueux mais détruit par un photoréalisme qui l’amputait de toute magie. Après visionnages VO et VF de La Petite Sirène, nous sommes à la fois fatigués et rassurés. Rassurés parce que ce n’est pas si terrible qu’attendu, fatigués parce que ca reste assez moyen.

Pour ce projet, nous sommes en eaux connues durant 2h10. Oui, pas 1h30. Malheureusement et malgré les 40mn de film supplémentaires, on peine à trouver du neuf.  On citera pour exemple les sœurs d’Ariel, toujours inexistantes et ici cantonnées au rang de symbole de diversité au cinéma. 2023 oblige, quelques dialogues ici et là viennent apporter un message écologique ou progressiste. Pour les différences, quelques éléments géniaux disparaissent (Sébastien qui échappe au chef cuisinier) quand d’autres sont mieux expliqués (Triton et Ursula sont frère et sœur, information absente du film de 89). Le rap fait également son apparition, dans quelques moments amusants On notera également l’arrivée d’une nouvelle chanson mettant Eric à l’honneur, assez réussie. Tout le reste est identique, en moins bien. Restent la relation entre Ariel et son prince, soignée et à l’alchimie sincère, et Sébastien, sauveur du projet. Eureka s’en sort sans y laisser trop de plumes, bien aidée par sa capacité miraculeuse à parler et à respirer sous l’eau (Disney et le photoréalisme, c’est quand ça les arrange). Malheureusement, difficile d’en dire autant de Polochon, maltraité visuellement et totalement transparent dans l’œuvre.

Bonjour la calamité

Acclamé par certains, totalement rejeté par beaucoup, le choix de Halle Bailey dans le rôle d’Ariel a suscité de vives (et stupides) polémiques. Disons le tout de suite, la jeune comédienne fait une Ariel très convaincante. Espiègle, curieuse et rebelle sous l’eau, étourdie, rêveuse et perdue sur terre, l’actrice nous envoûte, pauvres marins, la plupart du temps. Sa voix est douce, belle et mélodieuse, offrant au film de superbes chansons. Si la VF est de qualité pour les parties chantées (nettement moins pour les dialogues), on déplorera une synchro labiale catastrophique qui brise totalement l’immersion (il s’agit de la synchronisation entre la voix et les mouvements de lèvres des acteurs).

Mais alors, qu’est ce qui ne va vraiment pas dans ce film ? Déjà, il est hideux. Sous l’eau, la production Disney nage dans un océan de médiocrité visuelle et fait le strict minimum. La photographie n’aide en rien, totalement absente et à la limite du téléfilm, particulièrement de nuit. Disons le franchement, la première demi-heure est un véritable supplice et seule Halle Bailey parvient à nous faire respirer. Javier Bardem, cadré n’importe comment en Roi Triton, ne dégage rien. L’absence totale de prise de risque et de nouveauté font que l’on s’ennuie ferme. Le pire restera le traitement infligé à Ursula, totalement insipide et vidée de toute aura horrifique, comme toute bonne production Disney de ces dernières années. La palme revient au climax, d’une nullité abyssale qui réhabiliterait presque celui de Star Wars IX, oui oui. Les choses s’étaient pourtant améliorées sur la terre ferme, la magie opérant de nouveau lors de ce fameux moment entre Ariel et Eric sur une barque… le temps de quelques minutes seulement. Oui, une belle partie des points positifs du film viennent de l’œuvre dont il s’inspire. Pour tout le reste, des décors aux costumes en passant par les effets spéciaux, il fait le strict minimum et parfois moins, malgré ses fulgurances. Donc, face à cet énième projet sans âme, on se pose encore la même question : quel en était l’intérêt ?

Bande-annonce : La Petite Sirène

Fiche Technique : La Petite Sirène

Titre original : The Little Mermaid
Réalisateur : Rob Marshall
Scénario : Jane Goldman et David Magee, d’après le film d’animation éponyme de Ron Clements et Jon Musker, lui-même inspiré du conte de Hans Christian Andersen
Avec Halle Bailey, Cerise Calixte, Jonah Hauer-King
24 mai 2023 en salle / 2h 10min / Aventure, Famille, Fantastique
Producteurs : Rob Marshall, Lin-Manuel Miranda, Marc Platt, John DeLuca
Musique : Howard Ashman; Alan Menken; Lin-Manuel Miranda
Décors : John Myhre
Sociétés de production : Lucamar Productions et Walt Disney Pictures
Société de distribution : Walt Disney Studios Distribution

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2.5

Il pleut dans la maison : s’arracher à la « merditude des choses »…

Pour son premier film de fiction, Il pleut dans la maison, Paloma Sermon-Daï reste dans le creuset familial qu’elle avait déjà exploré dans son premier long-métrage documentaire, Petit Samedi. Elle campe ici un duo frère-sœur livré à lui-même, entre dérive estivale et tentative de construction.

Pour la réalisatrice belge Paloma Sermon-Daï, la famille n’est pas seulement la cellule humaine au sein de laquelle nous sommes venus au monde pour nous en détacher ensuite plus ou moins nettement, elle est aussi source d’inspiration, vers laquelle elle retourne, une fois parvenue à l’âge adulte, pour braquer vers elle sa caméra, soit sous forme documentaire, avec Petit Samedi, en 2020, soit sous forme de fiction, avec ce titre délibérément paradoxal, Il pleut dans la maison (2023).
En 2020, sans que le lien des personnages avec la réalisatrice soit explicité, celle-ci filmait sa propre mère, Ysma Sermon-Daï, et son propre frère, Damien Samedi, qui prêtait son patronyme au titre du film, à travers la façon dont les voisins le désignaient lorsqu’il était encore enfant. A présent, c’est vers la fille de son demi-frère, Purdey Lombet, qu’elle tourne sa caméra, ainsi que vers le demi-frère de celle-ci, Makenzy Lombet, qui avait déjà fait une brève apparition dans Petit Samedi. Bien que très inspirée de sa propre vie, la trame est fictionnelle, mais le documentaire laisse sa trace dans le fait que le duo frère-sœur au centre de l’action conserve ses véritables prénoms et n’adopte pas des identités de fiction.

Tourné dans la région d’origine de la réalisatrice, la Wallonie, aux abords du Lac de l’Eau d’Heure, Il pleut dans la maison énonce dès l’abord un dysfonctionnement lié au foyer. La maison, l’espace qui est censé protéger, offrir un toit, laisse passer l’eau de pluie. Signe qu’un abri, une protection y font défaut. De fait, grands adolescents, Purdey, l’aînée, et Makenzy, le cadet, doivent affronter seuls une vie sans père et officiellement placée sous la protection d’une mère alcoolique et fêtarde, essentiellement absente même lorsqu’elle se trouve épisodiquement présente. La maison qui prend l’eau, à tous les sens du terme, se retrouve donc comme un navire sans gouvernail, chargée de deux passagers à la dérive.

Mais aucun pathos, aucun misérabilisme. Dans la lumière dorée de l’été, souvent sur les rives du Lac de l’Eau d’Heure, les deux adolescents abordent la situation chacun à leur manière, sous l’œil précis du directeur de la photographie, Frédéric Noirhomme. Purdey, avec la maturité et le sens des responsabilités d’une aînée, Makenzy avec toute l’inconséquence et le malaise d’un cadet. Très finement, Paloma Sermon-Daï filme aussi bien la grande proximité, presque incestuelle, qui unit le frère et la sœur – à travers certains de leurs jeux, l’eau d’un même bain partagée… -, que l’éloignement progressif qui se creuse entre eux, Purdey choisissant la voie de la douceur et de la construction, alors que Makenzy se laisse happer par la colère et la destruction. Le poids de la question sociale n’est pas tu, jusque dans son risque de déterminisme, concernant les métiers ou les logements accessibles à ceux qui entrent presque nus dans le jeu hiérarchique, tout autant que s’il s’agit de montrer une soudaine envie de massacrer l’autre, simplement parce que le hasard l’a fait jouir de privilèges de naissance dont on a été privé…

Les rouages classiques du récit et les points de passage presque obligés sont habilement réenvisagés par celle qui apparaît dès lors comme une petite sœur prometteuse de son grand compatriote, Felix van Grœningen. Difficile, en effet, de ne pas songer au saisissant La Merditude des choses (2009), qui interrogeait pareillement une entrée dans l’existence non favorisée. Mais, si l’aîné belge n’hésitait pas à explorer la noirceur, il ménageait, en contrepartie, une issue plus lumineuse. La jeune réalisatrice, née le 14 juillet 1993, préfère, aux extrêmes, l’ambiguïté, et les fins ouvertes.

Il pleut dans la maison de Paloma Sermon-Daï est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2023 en compétition.

Par Paloma Sermon-Daï
Avec Purdey Lombet, Makenzy Lombet, Donovan Nizet
Prochainement en salle / 1h 22min / Drame, Comédie

Synopsis du film Il pleut dans la maison : Sous un soleil caniculaire, Purdey, dix-sept ans, et son frère Makenzy, quinze ans, sont livrés à eux-mêmes et tentent de se débrouiller seuls. Alors que Purdey fait des ménages dans un complexe hôtelier, Makenzy se fait un peu d’argent en volant des touristes. Entre l’insouciance de l’adolescence et l’âpreté de la vie adulte, ils devront se soutenir l’un l’autre dans ce voyage d’une douceur déchirante, qui semble bien être le dernier été de leur jeunesse.

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3.5