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Cannes 2023 : Asteroid City de Wes Anderson

Collectionnant des œuvres aussi atypiques que délicieuses, Wes Anderson foule de nouveau le tapis rouge du Festival de Cannes avec une pièce de théâtre grandeur nature, entre fiction et réalité, bourrée d’hommages cinématographiques.

Bienvenue dans le monde imaginaire de Wes Anderson, où divers segments scénaristiques envahissent un artisanat d’une grande maîtrise. Souvent stylisé comme des contes, ses films tirent leur force de cet univers unique au réalisateur et à l’écriture toujours pointilleuse et pleine de caractère.

Comme toujours, Anderson s’entoure d’un casting de belle étoffe avec la particulière d’être ou de devenir une gigantesque troupe familiale. Acceptez de faire partie de cette escouade et vous aurez à jamais votre place dans l’immense maison de poupées du réalisateur.

Mais alors que vaut ce nouvel ovni que l’on nomme Asteroid City ?

Quelle intelligence, quelle maîtrise. Le film commence avec le conteur de cette nouvelle histoire puis s’en suit avec la troupe de théâtre. Car oui, le nouveau dogme de Wes Anderson est une gigantesque pièce de théâtre vivante. Deux univers parallèles, l’un répétant, l’autre jouant. Dans le premier, un schéma en trois actes sous forme d’un making of en noir et blanc. Dans le second, les personnages se croisent dans une rencontre du troisième type aux abords d’une petite ville des années 50 aux tons délicieusement acidulés.

Après le décevant French Dispatch, Anderson revient au temps des merveilleux Grand Budapest Hôtel ou The Life Aquatic dans cette profusion de sketchs plus drôles et émouvants les uns que les autres. Asteroid City s’empare d’un esprit fifties rafraîchissant aux allures de petite sitcom et autres hommages au cinéma classique. Mais avant tout, la nouvelle œuvre du réalisateur dandy rappelle une époque où les États-Unis s’effrayait à l’idée d’une nouvelle guerre nucléaire ou à l’invasion de petits hommes verts.

Dans cette veine sérieuse, Wes Anderson parvient à glisser une certaine douceur, comme avec cette émouvante petite famille dont le deuil vient de frapper. Une thématique habituelle dans la filmographie du cinéaste.

Aussi drôle qu’absurde, Asteroid City est aussi un merveilleux remède contre les questions existentielles au travers de personnages rocambolesques, parfois incapables d’exprimer leurs propres émotions mais qui y parviennent en se rencontrant, se découvrant et s’épaulant. Car après tout, c’est aussi ça, la magie des films du génie Anderson : s’émerveiller, comme avec une gourmandise surette et pleine de surprises et s’aimer envers et contre tout. En définitive, c’est un grand oui pour ce nouvel univers signé Wes Anderson.

Asteroid City de Wes Anderson est présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes 2023.

Par Wes Anderson, Roman Coppola
Avec Jason Schwartzman, Scarlett Johansson, Bryan Cranston, Edward Norton, Tilda Swinton, Adrien Brody, Tom Hanks, Willem Dafoe,…
21 juin 2023 en salle / 1h 44min / Comédie, Drame, Science-fiction
Distributeur : Universal Pictures International France

Synopsis : Asteroid City est une ville minuscule, en plein désert, dans le sud-ouest des États-Unis. Nous sommes en 1955. Le site est surtout célèbre pour son gigantesque cratère de météorite et son observatoire astronomique à proximité. Ce week-end, les militaires et les astronomes accueillent cinq enfants surdoués, distingués pour leurs créations scientifiques, afin qu’ils présentent leurs inventions. À quelques kilomètres de là, par-delà les collines, on aperçoit des champignons atomiques provoqués par des essais nucléaires.

Cannes 2023 : Club Zero, chronique d’un appétit passager

L’école est comme une seconde maison pour les enfants, c’est bien connu. Dans Club Zero, on empoigne cette vérité, que l’on tord dans tous les sens, afin de creuser un fossé relationnel irréversible entre la jeunesse et les parents.

Synopsis : Miss Novak rejoint un lycée privé où elle initie un cours de nutrition avec un concept innovant, bousculant les habitudes alimentaires. Sans qu’elle éveille les soupçons des professeurs et des parents, certains élèves tombent sous son emprise et intègrent le cercle très fermé du mystérieux Club Zéro.

La nutrition est un enjeu d’actualité que Jessica Hausner (Amour Fou, Little Joe) tente de décortiquer dans le but de cerner le malaise qui règne autour de la question suivante : qu’est-ce que l’alimentation consciente ? Elle y répond avec une sobriété qui implique directement la jeunesse, dont les régimes alimentaires varient d’un individu à l’autre et pour des motifs d’une grande précision. Pour des soucis écologiques, éthiques ou simplement pour contrôler sa silhouette, voire obtenir une bourse, des étudiants se sont réunis autour d’une nouvelle enseignante, Mme Novak (Mia Wasikowska), pour des enjeux dépassant toutes les attentes.

La cinéaste autrichienne prend soin de brosser le portrait d’une société qui ronge son frein face à un phénomène qui la dépasse. Elle dépeint tout cela à travers des relations défaillantes entre des parents et leurs enfants, du fait d’une éducation qui monopolise l’esprit étroit d’une jeunesse qui a forcément besoin de conseils et d’un guide spirituel, afin d’atteindre cette liberté, cette indépendance que l’on recherche par-dessus tout.

Quand l’appétit va tout va

On en revient à cette nouvelle discipline, qui sensibilise les jeunes à écouter les besoins de leur corps. Dans ce même temps, leurs parents flânent sur leur terrasse en espérant que leur descendance puisse bâtir leur avenir, loin de la surconsommation que l’on retrouve à chaque repas de famille. Chacun est dans son monde et la conviction des enfants devient de plus en plus inquiétante lorsque le mode de vie revêt les allures d’une secte. Le son des tambours, les longs plans fixes mettant en valeurs les lignes de fuite, les uniformes et les fines sélections des couleurs, il existe suffisamment d’arguments qui apportent ainsi une aura sacrée à l’aventure de ces jeunes en jeûne.

Plus on avance dans le récit, plus les bouchées deviennent contraignantes à avaler. Il n’y a alors plus de saveur, plus rien à apprécier dans le fait de se nourrir. Le Club Zero souhaite s’affranchir du gourou capitaliste, mais ne prend pas le recul nécessaire pour questionner leur alimentation, tel un acte de foi. La réalisatrice met ainsi en garde toute personne susceptible d’être influencée ou manipulée, en créant autant de décalage humoristique et cynique que possible.

La dernière escale de Jessica Hausner sur la Croisette lui a valu d’un prix pour son interprète féminine dans Little Joe, mais s’il faut bien lui accorder quelque chose cette année, ce serait pour la richesse de son sujet, curieusement appétissant de réflexion.

Club Zero de Jessica Hausner est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Jessica Hausner, Géraldine Bajard
Avec Mia Wasikowska, Sidse Babett Knudsen, Elsa Zylberstein…
Prochainement en salle / 1h 50min / Drame, Thriller
Distributeur : Bac Films

Bande-annonce : Club Zero

 

Cannes 2023 : Terrestrial Verses, le jugement dernier

Portrait cocasse mais alarmant des institutions iraniennes, Terrestrial Verses nous invite dans une ronde cynique passionnante, à la force de sketches qui se succèdent avec panache.

Synopsis : Un homme déclare la naissance de son fils. Une mère habille sa fille pour la rentrée. Une élève est convoquée par la directrice. Une jeune femme conteste une contravention. Une jeune fille se présente à un entretien d’embauche. Un jeune homme vient retirer son permis de conduire. Un homme au chômage répond à une annonce. Un réalisateur demande une autorisation de tournage. Une femme cherche à retrouver son chien. Neuf visages de la vie quotidienne à Téhéran.

Le cinéma iranien possède une place confortable dans les festivals internationaux. Si certaines œuvres préfèrent confronter le réel avec les images d’archives (Sept hivers à Téhéran), d’autres préfèrent la subtilité de la fiction. Jafar Panahi (Taxi Téhéran, Le Ballon Blanc, Sang et Or, Trois visages) est probablement le plus honoré à ce jour, mais d’autres cinéastes émergent avec d’autres points de vue, donnant ainsi du sens à la révolution esthétique qu’ils mènent, malgré une production artistique  filtrée, voire censurée, sur leur terre natale. Avec Terrestrial Verses, Asghar Farhadi (Le Client, Un Héros) et Saeed Roustayi (La Loi de Téhéran, Leila et ses frères) consolident l’expression de leur cinéma, qui braque un œil averti sur l’Iran.

Tenus pour peu s’apprécier auparavant, les deux réalisateurs ont mis leur ego de côté pour nous offrir des moments de vie jubilatoires, jusqu’à ce que le sourire quitte notre visage face aux contradictions omniprésentes de leur nation. Alireza Khatami and Ali Asgari constituent une galerie de situations saisissantes, où un homme du quotidien se confronte par exemple à l’absurdité des lois ou de la religion. Dans cette univers, une entrevue banale en plan fixe tourne encore au ridicule. Les différents protagonistes partagent ce ton tragicomique et presque surréaliste. Un père quémande à l’accueil d’un hôpital afin de choisir le nom de son enfant, une écolière confronte sa directrice, un homme tatoué attend de recevoir son permis de conduire, une dame recherche son chien dans un commissariat, un entretien d’embauche tourne au harcèlement, un cinéaste doit continuellement amputer son scénario, etc. Ces démonstrations captent sur le vif le malaise qui empoisonne les institutions, jusque dans leur foi, désormais outil de sélection ou de répression.

Terrestrial Verses dévoile ainsi un pan de vérités sur un pays qui esquive sans cesse ses principes et sa morale. L’impasse est plus qu’évidente pour ce monde qui s’effondre, tandis que le premier plan du film nous rappelle qu’il existe encore bien plus d’incidents à l’extérieur des espaces clos, dans lesquels on navigue à vue. Nous y découvrons la capitale iranienne, brumeuse dès l’aurore et assourdissante en toute circonstance. Klaxons, hurlements et sirènes de polices, tout cela définit le chaos qui règne en ces lieux.  Cette mise en bouche est d’une grande fluidité et le cynisme n’est jamais négocié avec légèreté dans les moments forts. Un spectacle réjouissant pour sa sincérité et une porte d’entrée efficace pour les nouveaux venus dans l’univers des deux cinéastes.

Terrestrial Verses de Ali Asgari, Alireza Khatami est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023.

Par Ali Asgari, Alireza Khatami
Avec Majid Salehi, Sadaf Asgari, Gohar Kheirandish
Prochainement / Drame
Distributeur : ARP Sélection

Cannes 2023 : Firebrand de Karim Aïnouz

Catherine Parr, grand nom de l’Histoire au temps de Henri VIII, ou l’une des seules épouses qui a pu échapper à la cruauté barbare de l’ogre roi. Un film féministe, adapté de l’œuvre d’Elizabeth Fremantle : Queen’s gambit.

Les films historiques, un genre apprécié et énormément représenté dans le milieu du septième art, d’autant plus lorsque les Tudors ou le roi Henri VIII sont concernés. Une bobine infinie devrait exister afin de tous les regrouper en une gigantesque fresque mortuaire. Pourtant, lorsqu’on souhaite passer de l’autre côté du lit, Catherine Parr n’est pas autant représentée que ça en tant que protagoniste principale. Femme forte et moderne, la seule de toutes les épouses du roi à l’avoir mené par le bout du nez et à l’avoir défié sur sa propre mort. C’est avec une grande satisfaction qu’on découvre ce film parmi la sélection cannoise.

Présenté en compétition officielle, le long-métrage de Karim Aïnouz sort des sentiers battus en proposant une reconstitution très lugubre du XVIe siècle, en pleine période de peste noire, de guerre et de soulèvement envers le roi. Sublimes sont les costumes et les terres embrumées, un point très important que l’on peut accorder avec grande facilité au réalisateur brésilien et qui permet de donner un ton plus dur, presque horrifique, à l’oeuvre. Bien sûr, le choix de l’actrice pour incarner cette puissante femme de lettre était des plus élémentaires, et quel merveilleux choix que celui d’Alicia Vikander. Le charisme de l’actrice est doté du même aplomb que celui qu’on pourrait prêté à la reine consort. Ici encore, l’actrice de Danish Girl nous prouve son aisance dans les rôles d’époque. Mais bien que le cinéaste se soit focalisé sur la reine Parr, c’est bel et bien Jude Law qui crève l’écran, dans ce rôle de roi putride de gangrène, où les sévices et l’indifférence pour ses femmes font de lui un être infâme et repoussant. Law est redoutable et effrayant, le plaisir est tel de le voir dans un rôle aussi fort qu’on regretterait presque le chemin sur lequel Aïnouz a voulu nous amener.

L’intention du réalisateur de miser autant sur ses interprètes ne fait que renforcer le postulat de départ, à savoir la force et la mise à l’épreuve de la sixième épouse d’Henri VIII dans une prison dorée, remplie de mort et d’angoisse permanente. Il ne serait pas étonnant d’avoir comme prix d’interprétation l’une des deux figures de ce film coup de poing, qui n’a pas peur de casser les codes d’un genre habituellement classique.

Firebrand est unique, jouant à plusieurs reprises sur des sentiments refoulés et laissant libre cours à la magie opérative des acteurs et du pouvoir qu’ils mettent dans leurs rôles respectifs, à travers une esthétique fidèle à cette oppressante emprise psychologique.

La première œuvre de Karim Aïnouz présente en sélection officielle mérite une attention toute particulière et redore habilement un genre devenu monotone.

Firebrand, (le Jeu de la reine) de Karim Aïnouz est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Jessica Ashworth, Henrietta Ashworth
Avec Alicia Vikander, Jude Law, Simon Russell Beale, Eddie Marsan, Sam Riley, Erin Doherty…
Prochainement / 2h 00min / Biopic, Historique, Drame, Thriller
Distributeur : ARP Sélection

Synopsis : Catherine Parr est la sixième femme du roi Henri VIII, dont les précédentes épouses ont été soit répudiées, soit décapitées (une seule étant décédée suite à une maladie). Avec l’aide de ses dames de compagnie, elle tente de déjouer les pièges que lui tendent l’évêque, la cour et le roi…

Pourquoi l’Europe est-elle souvent associée au luxe dans le cinéma américain ?

L’association entre l’Europe et le luxe dans le cinéma américain est un trope bien connu qui prévaut à Hollywood depuis des décennies. Lorsque les cinéastes américains dépeignent l’Europe dans leurs films, ils mettent souvent en évidence les monuments grandioses du continent, ses vêtements à la mode, sa cuisine luxueuse et son style de vie extravagant. Cette association est devenue tellement ancrée dans la conscience collective du public américain que l’Europe est presque synonyme de luxe dans leur esprit.

Les racines de cette association remontent aux débuts du cinéma américain. À l’ère du muet, les cinéastes américains se sont inspirés de l’Europe, en particulier de la France et de l’Allemagne, d’où sont originaires bon nombre des premiers pionniers du cinéma. Ces cinéastes étaient souvent fascinés par la culture, l’art et l’architecture de l’Europe et cherchaient à recréer sa splendeur sur grand écran.

Au fur et à mesure que le cinéma évoluait et devenait plus sophistiqué, l’association entre l’Europe et le luxe n’a fait que se renforcer. Les cinéastes hollywoodiens, désireux d’attirer le public vers leurs films, ont commencé à utiliser les monuments, la mode et la cuisine de l’Europe pour créer un monde séduisant et ambitieux dans lequel le public américain pourrait s’échapper. Aujourd’hui, cette association reste répandue dans le cinéma américain, et le luxe européen est devenu une composante essentielle de nombreux films hollywoodiens.

Repères européens dans le cinéma américain

Européen les repères sont une caractéristique commune du cinéma américain, en particulier celles associées au luxe et à l’opulence. La Tour Eiffel à Paris, le Colisée à Rome et le Big Ben à Londres ne sont que quelques exemples de monuments européens fréquemment utilisés dans les films américains. Ces monuments sont souvent montrés dans toute leur splendeur, avec de vastes prises de vue aériennes, de grands gros plans et un éclairage spectaculaire, soulignant leur majesté et leur grandeur.

L’utilisation de repères européens dans le cinéma américain contribue de manière significative à l’association de l’Europe avec le luxe. Par exemple, dans le film « Midnight in Paris », l’emblématique Tour Eiffel est utilisée pour dépeindre l’aura romantique et nostalgique de Paris. La tour est montrée à différents moments de la journée, offrant à chaque fois une perspective différente sur la ville, soulignant sa grandeur et sa sophistication.

De même, dans le film de James Bond Casino Royale, le Grand Canal de Venise est utilisé pour créer un sentiment de luxe et de sophistication. Le canal est montré dans toute sa splendeur, avec Bond et son amour naviguant dans une luxueuse gondole, entourés par l’opulence de la ville.

L’utilisation de repères européens dans le cinéma américain n’est pas seulement un choix esthétique, mais sert également à créer un sentiment d’évasion pour le public. En dépeignant l’Europe comme un lieu de luxe et de grandeur, les cinéastes américains offrent un aperçu d’un monde dont de nombreux spectateurs ne peuvent que rêver, renforçant l’association de l’Europe avec le luxe et lacharme.

Le jeu dans le cinéma européen

Le jeu est profondément ancré dans la culture européenne et ce depuis des siècles. Des casinos opulents de Monte Carlo aux hippodromes d’Ascot, le jeu fait partie intégrante des loisirs et divertissements européens. Les pays européens sont depuis longtemps à la pointe de l’industrie du jeu, avec de nombreux casinos parmi les plus anciens et les plus prestigieux du monde situés sur le continent. Ces dernières années, avec l’essor des jeux d’argent en ligne, l’Europe est également devenue une plaque tournante pour l’industrie des casinos en ligne, avec bon nombre des meilleurs casinos en ligne du monde basés dans des pays comme Malte et Gibraltar.

Le jeu européen a également été une caractéristique populaire du cinéma américain. Des films comme Ocean’s Eleven et The Good Thief présentent des scènes se déroulant dans des casinos européens, mettant en valeur le monde luxueux et glamour des jeux de hasard à enjeux élevés. Dans Casino Royale, James Bond s’engage dans une partie de poker à gros enjeux dans un luxueux casino européen, ajoutant au sentiment de luxe et de sophistication auquel le jeu européen est associé dans le cinéma américain.

Le jeu est souvent utilisé dans le cinéma américain pour créer un air de luxe et d’opulence, les casinos et les établissements de jeu européens servant souvent de toile de fond à des jeux à enjeux élevés et à des événements sociaux sophistiqués. L’association du jeu européen avec le luxe est renforcée par le décor somptueux et les commodités extravagantes offertes par bon nombre de ces établissements, tels que les restaurants gastronomiques, les boutiques de créateurs et les hôtels de luxe.

De plus, avec l’essor des jeux d’argent en ligne, l’Europe est devenue une plaque tournante pour l’industrie des casinos en ligne. Bon nombre des meilleurs casinos en ligne du monde sont basés en Europe, offrant aux joueurs une large gamme de jeux, des options de paiement sécurisées et un service client exceptionnel. Cette association entre l’Europe et le jeux d’argent en ligne L’industrie ajoute à la perception globale de l’Europe en tant que plaque tournante du luxe et de l’indulgence, ce qui en fait une destination populaire pour les touristes et les amateurs de casinos en ligne.

Par conséquent, l’association du jeu avec le luxe dans le cinéma européen ajoute à l’image globale de l’Europe en tant que lieu d’extravagance, de sophistication et d’opulence, ce qui en fait un trop durable du cinéma américain.

Cuisine européenne dans le cinéma américain

La cuisine européenne a longtemps été associée au luxe, à l’indulgence et au raffinement, et c’est une caractéristique commune du cinéma américain. De la haute cuisine de Paris à la cuisine rustique de la Toscane, la cuisine européenne offre une gamme variée de saveurs, de textures et d’arômes qui plaisent à un large éventail de goûts. Les cinéastes américains utilisent souvent la cuisine européenne pour créer un sentiment de sophistication et d’élégance, soulignant l’idée que l’Europe est un lieu d’indulgence et d’excellence culinaire.

Dans le film « Julie & Julia », la cuisine parisienne est utilisée pour créer un sentiment de luxe et de raffinement. Le film suit une jeune femme qui s’installe à Paris pour poursuivre son rêve de devenir chef. Alors qu’elle apprend à cuisiner des plats français classiques, le film met en lumière le talent artistique, la précision et l’élégance de la cuisine française, la dépeignant comme une incarnation du mode de vie français. De même, dans le film Sous le soleil de Toscane, la cuisine rustique de la Toscane est utilisée pour évoquer un sentiment d’authenticité et de simplicité. Le film présente les plats traditionnels de la région, mettant en valeur l’utilisation d’ingrédients frais de saison et des techniques de cuisson simples, dépeignant la Toscane comme un lieu d’authenticité et de charme rustique.

L’utilisation de Cuisine européenne dans le cinéma américain n’est pas seulement un choix esthétique, mais sert également à créer un sentiment d’évasion pour le public. En dépeignant l’Europe comme un lieu d’excellence culinaire, les cinéastes américains offrent un aperçu d’un monde de luxe et d’indulgence, renforçant l’association de l’Europe avec la sophistication et le raffinement.

En conclusion, la cuisine européenne est une caractéristique populaire du cinéma américain, utilisée pour créer un sentiment de luxe, de sophistication et de raffinement. De la haute cuisine de Paris à la cuisine rustique de la Toscane, la cuisine européenne offre une gamme variée de saveurs et d’arômes qui plaisent à un large éventail de goûts, ajoutant à l’image durable de l’Europe en tant que plaque tournante de l’indulgence et de l’excellence culinaire.

Global

En conclusion, le luxe européen a été un thème récurrent dans le cinéma américain, le continent étant dépeint comme un lieu de sophistication, d’élégance et d’opulence. L’association de l’Europe avec le luxe a été renforcée par divers facteurs culturels, tels que sa riche histoire, ses paysages variés et sa cuisine variée, qui ont tous contribué à son attrait durable.

Les monuments européens, tels que la tour Eiffel, le Colisée et le Big Ben, sont devenus des symboles emblématiques du luxe et de la sophistication, figurant régulièrement dans les films américains comme toile de fond pour des scènes romantiques ou palpitantes. La mode européenne, en particulier la haute couture de Paris, a également été une caractéristique importante du cinéma américain, avec des créateurs comme Coco Chanel et Yves Saint Laurent devenus des noms connus.

De plus, la cuisine européenne et le jeu ont également été utilisés dans le cinéma américain pour créer un air de luxe et d’indulgence, soulignant l’excellence culinaire du continent et le monde glamour du jeu à enjeux élevés. Ces éléments culturels, combinés à la riche histoire et à l’architecture du continent, ont tous contribué à l’association globale de l’Europe avec le luxe et le raffinement du cinéma américain.

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Cannes 2023 : Vincent doit mourir de Stephan Castang

Scénario digne d’un épisode de Black Mirror, Vincent doit mourir se glisse habilement dans la liste des films français à voir absolument. Première mondiale réussie à la surprise générale, après que le réalisateur l’a qualifié d’inqualifiable.

Nouvelle pépite dans le monde du cinéma français, Vincent doit mourir a fait son effet lors de sa première projection. Rires, plaisir, choc et ravissement ont eu raison de son public, ce qui donne au premier long métrage de Castang une note bien particulière, presque familiale, en surfant sur la vague des très bons films produits en France depuis quelques années.

Avant le début de la séance, le réalisateur Stephan Castang a pu s’adresser directement à la salle en parlant de son film comme un joyeux bordel rempli de tout un tas de choses qu’eux-mêmes ne comprenaient pas. Le plus séduisant dans cette description, c’est qu’elle colle à merveille aux codes que la Quatrième dimension pouvait employer, ce qu’a repris plus tard Charlie Brooker avec Black Mirror, dans des thématiques beaucoup plus dérangeantes et actuelles.

Derrière toute cette masse apocalyptique, le point central du film réside dans cette forte envie d’émancipation sociale. Vincent doit mourir pour éviter que la société toute entière ne perde les pédales, mais comment éviter l’inévitable ?

Petit malus toutefois sur un élément bien précis. Au lieu de rester sur l’idée du phénomène inconnu, où seul le protagoniste est ciblé, le film se soulage en lui attribuant une raison pandémique et généralisée. Ça n’enlève rien au plaisir de cet ovni sociétal, mais le versant mystérieux du premier jet était pourtant ce qu’il y avait de plus horrifiant…

Au-delà de Karim Leklou qui régale sur tous les fronts et à chacun de ses rôles, le vrai plaisir est de voir Vimala Pons, l’héroïne principale, grandir et s’épanouir au fil de l’histoire. Elle caractérise l’œuvre comme un film qui donne envie de vivre, expérience qu’elle a elle-même entreprit car ce rôle de serveuse qui n’a pas la langue dans sa poche lui aurait sauvé la vie après une sévère dépression. C’est précisément ce qu’on ressent à la fin de la séance, un sentiment de résurrection, après avoir passé près de 2h à se battre à la place de Vincent pour qu’il puisse rester en vie. Une idée de génie ? Assurément.

Bien que le scénario (selon les dires du réalisateur) soit un bric-à-brac indéfinissable, il est d’une intelligence folle, drôle, finement pensé à chacune des situations qui ne fait que s’envenimer comme une descente de dominos. Le cinéma international n’a qu’à bien se tenir, la France foule les platebandes d’un septième art revitalisant et singulier.

Vincent doit mourir de Stephan Castang est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2023 en séance spéciale.

Par Mathieu Naert, Stephan Castang
Avec Karim Leklou, Vimala Pons, François Chattot
Prochainement en salle / 1h 47min / Thriller, Fantastique, Comédie, Drame
Distributeur : Capricci Films

Synopsis : Du jour au lendemain, Vincent est agressé par des gens sans raison apparente qui essaient de le tuer. Il tente de poursuivre une vie normale mais lorsque le phénomène s’amplifie, il doit fuir et changer totalement de mode de vie…

Cannes 2023 : May December de Todd Haynes

Huit ans après le talentueux et sublime Carol qui a valu le prix d’interprétation féminine à Rooney Mara, le cinéaste Todd Haynes revient sur la Croisette avec une proposition en or : réunir Natalie Portman et Julianne Moore pour la première fois à l’écran.

Depuis quelques années, Todd Haynes est habilement reconnu pour présenter des films forts, avec des protagonistes toujours plus fascinants les uns que les autres et décortiqués de bout en bout. On a pu le voir entre autres avec le fameux Carol ou encore Velvet Goldmine. Rien d’étonnant donc que l’annonce de son prochain film, mettant en vedette Natalie Portman et Julianne Moore soit sélectionné en avant-première pour les beaux yeux du Festival de Cannes.

Et…

May December se penche sur un scénario proposé par nulle autre que Natalie Portman, sur une actrice en vogue désireuse de rencontrer l’héroïne qu’elle va interpréter dans son prochain film, jouée par l’inépuisable Julianne Moore afin de coller au mieux au rôle qu’on lui a confié. Gracie Atherton, qui va devoir accueillir chez elle une inconnue afin de se faire écorcer toute la journée, est une mère de famille anciennement condamnée pour avoir eu un mineur comme amant, aujourd’hui mari loyal et père de ses enfants. Quel plot ! Voir Natalie Portman et Julianne Moore se dévisager, à jouer au chat et à la souris, sur des non-dits pourtant bien pensés et s’analysant tour à tour ne pouvait, sur le papier, que faire grande impression. C’en est tout autrement…

Miroir mon beau miroir

Le film manque cruellement de venimosité, alors que l’atmosphère autour de cette rencontre flirte cordialement mais distinctement sur un ring, la tension entre les deux héroïnes relève presque de l’indifférence… Éloignées l’une de l’autre, les femmes sont plus souvent avec les autres membres de la famille qu’entre elles, excepté sur deux ou trois scènes précises (très franchement réussies d’ailleurs). Par ce manque de clairvoyance, Haynes s’éloigne dangereusement de ce qui faisait la force de ses précédentes œuvres, une alchimie parfaitement représentée et un nuancier d’éléments dramatiques, réalisés avec fierté.

Ici, le climat est lourd, mais lourd d’ennui. À se vouloir trop gênant par la sexualisation scandaleuse du couple, le film le devient tout autant, surtout lorsque Elizabeth Berry fait tout ce qu’elle peut pour devenir Gracie Atherton. Une question se pose alors : jusqu’où des acteurs peuvent-ils aller pour parfaitement interpréter un rôle ? Le convenable est-il en option ou s’agit-il seulement du résultat d’une bonne motivation ? Todd Haynes s’amuse sur ce point. Peut-on en vouloir au personnage de Natalie Portman de porter son désir vers l’idéalisation de son art jusqu’à enfreindre des règles élémentaires ou sommes-nous juste obnubilés par une situation malsaine et embarrassante au possible ?

En soit, tous ces questionnements sont aussi inévitables que fascinants, le cinéaste aurait pu avec un tel amas de mauvaises et bienséances présenter une œuvre complexe, hypnotique, aux limites du thriller. A la place, le narcotisme de cette retenue joue en sa défaveur, et même si les mimétismes entrepris par Portman pour se fondre telle une ombre sur Julianne Moore sont bien orchestrés, le sentiment d’avoir à faire à une œuvre qui ne prend aucun plaisir à aller au bout de ses idées est désolant, surtout pour un cinéma aussi généreux que celui de Todd Haynes…

May December de Todd Haynes est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Samy Burch
Avec Natalie Portman, Julianne Moore, Charles Melton
Prochainement en salle / 1h 53min / Drame, Romance
Distributeur : ARP Sélection

Synopsis : Pour préparer son nouveau rôle, une actrice célèbre vient rencontrer celle qu’elle va incarner à l’écran, dont la vie sentimentale a enflammé la presse à scandale et passionné le pays 20 ans plus tôt.

 

Cannes 2023 : Acide, météo empoisonnée

Plus désastreux que catastrophique, Acide ne sait jamais sur quel pied danser entre l’horreur et la fuite d’une famille à travers les campagnes françaises de l’est . Pourtant, les protagonistes devront tout faire pour survivre avant que le ciel ne leur tombe sur la tête.

Synopsis : Selma (Patience Munchenbach), 15 ans, grandit entre ses deux parents séparés, Michal (Guillaume Canet) et Élise (Laetitia Dosch). Des nuages de pluies acides et dévastatrices s’abattent sur la France. Dans un monde qui va bientôt sombrer, cette famille fracturée va devoir s’unir pour affronter cette catastrophe climatique et tenter d’y échapper.

Just Philippot nous avait plus que séduit avec La Nuée, où il parvenait à faire de la sauterelle un véritable monstre de cinéma. Le cinéma de genre s’élève alors de plus en plus dans les campagnes, avec le trépidant Teddy, des frères Boukherma, ou le mauvais conte Ogre, d’Arnaud Malherbe. Pourtant, il faut encore reconnaître que tout est loin d’être pertinent dans ce paysage horrifique qu’on se fait de notre société.

Co-écrit par Yacine Badday, l’intrigue s’éparpille d’entrée, avec des images prises à l’arraché dans une entreprise où les employés ont pris d’assaut les bureaux. Il s’ensuit des affrontements avec les forces de l’ordre qui ne trouveront plus d’écho avec la suite, si ce n’est pour coller un casier judiciaire à Michal (Guillaume Canet). Super papa doté d’un bracelet électronique, il tente à tout prix de fuir son passé colérique et le quotidien grotesque qui malmène sa fille et son épouse, et qu’il a probablement déjà abandonné dans son cœur.

Malheureusement, une tempête approche et elle promet d’être corrosive pour celles et ceux qui s’exposeront à sa fureur. Ce qui aurait pu être le sort du karma ou d’un acharnement divin se trouve alors justifié par les enjeux écologiques qui nous préoccupent actuellement, mais cela ne dépassera jamais le cadre de l’exposition, qui traîne en longueur.

On nous dévoile les difficultés qu’ont Elise (Laetitia Dosch) et sa fille Selma (Patience Munchenbach), notamment via les incidents en ouverture, sans que cela nourrisse un quelconque intérêt pour la course à la survie que chacun emprunte. Hélas, le rythme faiblit entre deux averses et Acide peine à trouver la bonne approche pour ausculter les maux d’une famille en crise. Canet incarne avec rigueur ce père à moitié absent, jusqu’à ce qu’il ne traine plus le poids de la culpabilité à la cheville. C’est cependant le personnage de Selma qui souffre le plus de l’écriture, redondante d’une péripétie à l’autre. La jeune fille ne cesse de flancher et cumule suffisamment de mauvais points pour qu’on ne s’attache pas à elle. Et de manière générale, le cinéaste ne laisse pas le temps à ses personnages de muer et perd notre attention au passage.

Ce sous-Guerre des Mondes est loin de faire de l’ombre à l’adaptation de Steven Spielberg, qui maîtrise autant son sujet dans les effets visuels que dans la manière de personnifier la menace, qu’elle vienne du ciel ou de la terre. Ici, Acide traine tous ses arguments dans la boue et sa pluie corrosive, qui n’épargne personne, que l’on soit dans le champ ou non. Notons également un manque d’interactions avec d’éventuelles menaces humaines, ce qui aurait de quoi compenser  les accès de folie de Selma qui, comme le spectateur, n’a de toute évidence pas appris grand-chose au bout de ce voyage.

Acide de Just Philippot est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2023

Avec Guillaume Canet, Laetitia Dosch, Patience Munchenbach..
20 septembre 2023 en salle / 1h 40min / Fantastique, Drame

Bande-annonce : Acide

 

 

Cannes 2023 : Project Silence, la rage de vivre

Les blockbusters coréens défient leur concurrent Hollywoodien avec une facilité déconcertante depuis quelques années. Project Silence en fait partie, en assimilant tout le bon jus d’une série B et toute l’âme d’une œuvre destinée au grand public.

Synopsis : Le brouillard cause un gigantesque accident sur un pont. Alors que celui-ci menace de s’effondrer, des bêtes inconnues se retrouvent libérées au milieu des survivants.

Les séances de minuit ont toujours eu une place importante dans le cadre du festival de Cannes. Il s’agit du sas de décompression par excellence pour les festivaliers qui ne parviennent pas à tromper leur sommeil. Et en échange, cette séance promet le divertissement vénéneux que l’on espère. Que l’on rie, que l’on pleure ou que l’on encaisse des décharges d’adrénaline, on a envie d’y être plus que tout.

Kim Tae Gon capitalise sur ses éléments de tension dans un film catastrophe, en prenant d’assaut un pont, où plusieurs destins se croisent. Le charme de cette fiction ultra nerveuse tient dans son approche des personnages, tellement différents les uns des autres que la collision semble inévitable. Toute cette problématique constitue le point de départ. Les habitants d’une nation sont divisés par leur égocentrisme, que l’on effleure dans une exposition qui ne traine absolument pas en longueur. Et ce n’est qu’après un malheureux carambolage que leur union aura un sens.

Lâcher les chiens

Impossible d’arrêter la mèche; elle entraîne une série d’incidents qui vont convoquer les codes du genre, notamment autour d’un portrait de famille, que ce soit en entre un père (Sun-kyun Lee, qui nous a réveillé plus tôt dans la journée avec Sleep, à la Semaine de la Critique) et sa fille (Kim Su-an), entre deux sœurs, un couple âgé ou un dépanneur (Ji-hoon Ju) avec tout ce qui lui tombe dessus. Leur survie devient leur priorité. Et la galerie s’enrichit alors avec l’irruption de l’armée, d’un scientifique un peu trouillard et des cobayes qui n’auront plus rien à voir avec les meilleurs amis de l’homme.

Les chiens ne sont plus les mignons animaux domestiques, mais bien des machines de guerre d’un état militaire et où il semble vain de lutter contre une telle menace. Le projet secret de cette unité canine et féroce va croiser la route des automobilistes qui n’auront  le temps de décoller ni de débarquer. La liaison avec l’aéroport est rompue, de même que les communications avec les proches. Le récit nous invite ainsi à savourer chaque moment de bravoure, où le nationalisme triomphe toujours. Nous savons d’avance dans quelle direction nous allons, mais dans le fond, ce n’est pas le point de chute qui compte, mais bien l’atterrissage.

Secondé par Kim Yong-hwa (saga Along With the Gods et à la barre du très attendu The Moon) et du précieux Joo-Suk Park (Dernier Train pour Busan) à l’écriture, Kim Tae Gon n’hésite pas à sacrifier frontalement ses figures du troisième âge, comme pour nous rappeler que le gouvernement a bien du souci à se faire avec cette tranche démographique, de plus en plus vieillissante et, a fortiori, coûteuse. Il est également enclin à laisser sa jeunesse s’épanouir au-delà de ses frontières, ce qui justifie parfaitement le mépris pour les artistes ou les loyaux fonctionnaires. Tout le monde en prend pour son grade, mais c’est à la force du collectif et de quelques actes solidaires qu’on trouve une issue à ce drame national.

C’est bourré de clichés et de générosité, malgré un rythme qui préfère les à-coups à une bonne accélération en ligne droite. C’est pourquoi Project Silence est un film qui aboie plus qu’il ne mord, mais qui dépanne honnêtement en fin de soirée.

Project Silence de Tae-gon Kim est présenté en Séance de Minuit au Festival de Cannes 2023.

Titre original Talchul : Project Silence
Avec Sun-kyun Lee, Ji-hoon Ju, Hee-won Kim..
Prochainement en salle / 1h 41min / Thriller, Epouvante-horreur, Fantastique
Distributeur : KMBO

Bande-annonce : Project Silence

Cannes 2023 : Sleep, la peur du sommeil

Pas le temps de bailler ou de ronfler avec Sleep, présenté à la Semaine de la Critique, où l’ancien assistant de Bong Joon-ho nous livre un premier long-métrage qui a de quoi donner des frissons, de jour comme de nuit.

Synopsis : La vie d’un jeune couple est bouleversée quand le mari devient somnambule et se transforme en quelqu’un d’autre la nuit tombée. Sa femme, submergée par la peur qu’il fasse du mal à leur nouveau-né, ne trouve alors plus le sommeil….

Dormir est un luxe dont les festivaliers de Cannes sont prêts à s’acquitter. Mais pour un jeune couple dans l’attente d’un nouveau-né, l’enjeu est bien de retrouver le sommeil, coûte que coûte. Jason Yu débarque alors avec une série B rafraichissante, ne lésinant pas sur les codes de l’épouvante et de la comédie, histoire de rendre toute cette expérience digeste et pour le moins mémorable.

Un ronflement en appelle un autre. Le film s’ouvre ainsi, dans la pénombre d’une chambre, où le somnambulisme du mari (Sun-kyun Lee) devient inquiétant. Sa femme (Yu-mi Jung), qui n’est pas loin d’accoucher de leur enfant, devra alors gérer les tourments des nuits à venir, car son mariage ne tient qu’à un fil. Des crises de faim, un bouillon suspect dans une marmite, une soudaine envie d’uriner ou une démangeaison à la joue, il existe autant de motifs possibles pour mettre le couple sous pression, notamment, l’épouse qui croit en leur union et qui croit en sa force.

La parentalité est donc exposée à ses propres limites, dans la crainte que quelqu’un ne souffre. Chaque mouvement du mari dans son sommeil crée une espèce d’aura maléfique autour de lui et il sera facile d’adhérer à ce genre d’expérience, qui aurait très bien pu prétendre au rang de séance de minuit. Sleep se révèle être une bonne surprise, un huis clos bien rythmé, quand bien même Jason Yu ne sait pas comment exploiter ses ellipses, autrement que par un chapitrage en trois actes distincts. Cerise sur le gâteau, le dédale psychologique, dans lequel le spectateur se verra enfermé, sera l’endroit idéal pour méditer sur la charge mentale des protagonistes, qui s’aiment et qui se soutiennent aveuglément.

Sleep de Jason Yu est présenté à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2023 en compétition.

Titre original Jam
Avec Yu-mi Jeong, Sun-kyun Lee
Prochainement en salle / Comédie, Epouvante-horreur
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers

Cannes 2023 : Riddle of Fire de Weston Razooli

Once upon a time… les Goonies des temps modernes, ou la fantastique épopée d’Alice, Hazel et Jodie. Présenté en avant-première à la quinzaine des cinéastes 2023.

Rares sont les films qui ne se présentent pas comme tel. Bien sûr, les tonalités spielbergiennes foulent les champs où trois gamins du Wyoming s’amusent à cambrioler l’entrepôt de leur jeu vidéo préféré mais pas que. Ce qui est des plus savoureux dans le premier long métrage de Weston Razooli, c’est cette frappante liberté d’expression, autant au niveau de la mise en scène que des acteurs, tel un gros bonbon aux multiples saveurs, qui dévoilent ses surprises au coup par coup.

Embarqué dans une quête à l’ancienne, où sons médiévaux appuis l’expédition des trois loustics, on a affaire à une véritable remise en question sur les joies de la technologie. Plus que quelques jours avant de se retrouver en camp de vacances et qu’une envie : jouer à un jeu vidéo, pour ça ? Devoir rapporter une blueberry pie à la gardienne des mots de passe : maman. Mais la quête ne va pas se révéler aussi simple, plus de blueberry pie au commerce du coin, des œufs volés à la supérette, impossible donc de pouvoir la faire soi-même, alors que faire ? Se lancer dans une chasse au trésor, peu importe les risques, peu importe les obstacles.

Au final, n’est-ce pas le meilleur moyen de conjurer la malédiction de la technologie et des écrans ? Retrouver cette magie si particulière de l’enfance où les aventures les plus extraordinaires dépendaient uniquement de l’imaginaire, entre féérie et réalité.

Donjons & Dragons au Wyoming

Razooli peut être fier d’une chose, c’est de capter de manière si naturelle l’univers fantastique des jeunes héros, dont les félicitations sont de rigueur pour leurs prestations qui embrassent aisément une si belle innocence. Gags, intelligence et magie sont de puissants remèdes au cinéma folklorique d’aujourd’hui, qui trouve en Riddle of Fire un fidèle allié, qu’on peut revoir au même titre que ses célèbres prédécesseurs sans se soucier une seule minute de ne prendre aucun plaisir. Car c’est tout ce que représente cette sublime œuvre fantastique : un plaisir, simple, pur, sans fioriture, une bouffée d’air frais comme pourrait l’être notre jeu vidéo préféré, pour qui on serait prêt à tout pour y jouer ne serait-ce que deux petites heures.

Vous l’aurez compris, la première œuvre de Weston Razooli est un véritable coup de cœur.

Riddle of Fire (Conte de feu) de Weston Razooli est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023.

Avec Charlie Stover, Danielle Hoetmer, Skyler Peters, Analeigh Tipton, Charles Halford, Weston Razooli..
Prochainement en salle / 1h54min / Aventure, Action, Comédie

Synopsis : Il était une fois un trio d’enfants cherchant à craquer le code parental de leur nouvelle console et aussi la parfaite recette de la blueberry pie, une secte de braconniers qui ne cessent de se chicaner, une petite fille qui a des dons elfiques… Un premier long métrage dont le budget est aussi lilliputien que sont géantes sa sophistication formelle et sa liberté épique.

Cannes Cinéma 2023 : Pompo The Cinephile, réaliser ses rêves

Un film mute en permanence, que ce soit en amont de sa conception, sur le tournage ou dans la salle de montage. Cette métamorphose, Takayuki Hirao la capture à travers une animation solaire et inspirante. C’est pourquoi Pompo The Cinephile est annonciateur d’une explosion de joie, malgré les sacrifices et les ambitions démesurées de ses héros, pourvu qu’ils servent à réaliser nos rêves.

Synopsis : Bienvenue à Nyallywood, la Mecque du cinéma où Pompo est la reine des films commerciaux à succès. Le jour où elle décide de produire un film d’auteur plus personnel, elle en confie la réalisation à son assistant Gene. Lui qui en rêvait secrètement sera-t-il à la hauteur ?

Assistant de production sur Millenium Actress et réalisateur du premier épisode de Paranoia Agent, Takayuki Hirao a longtemps baigné dans l’ombre de Satoshi Kon avant de prendre son envol. Son essai transformé sur la saga The Garden of Sinners : Paradox Spiral lui a permis de lancer les poissons tueurs et bipèdes de Gyo, film moins abouti car la fibre horrifique habite sans doute peu sa grammaire visuelle. Ce qui anime Hirao au fond, c’est de s’émanciper de ce rôle d’observateur. Il est temps pour le cinéaste de s’éveiller, tout en gardant dans un coin de la tête ces notes qu’il a délicatement couchées dans son carnet, tous les jours de sa vie.

Once upon a time… in Nyallywood

Et quand bien même il est toujours possible de rebondir sur un nouveau mode d’apprentissage, Hirao adapte les six volumes de Pompo : The Cinephile, écrit par Shogo Sugitani, qui redéfinit le 7e art de son époque tel Once Upon a time… in Hollywood, avec une énergie collective qui pourrait conquérir le continent américain et toutes ses statuettes dorées.

Pourtant, dans Pompo The Cinephile, nous ne sommes pas dans le monde que nous connaissons. Nous sommes aux pieds de Nyallywood, où les artéfacts de la culture nipponne fusionnent avec le prestige d’un Walk of Fame alternatif. C’est ainsi que l’on regarde le jeune Gene Fini, un Spielberg boy qui parvient à s’effacer devant le film qu’il souhaite réaliser. Le spectateur sera au crochet de cet assistant de production, au visage pâle, faute de passer la majorité de son temps dans la pénombre, avec une seule lumière pour le guider. Le cinéma a déjà maintes fois été célébré, et tout récemment avec The Fabelmans, qui interrogeait l’image comme un vecteur d’émotions et de souvenirs.

Avant de parler réalisation, il est bon de rappeler le rôle d’un producteur, dont l’impulsion reste vitale pour l’existence d’un film. Joelle Davidovich Pomponette, ou plus simplement Pompo, est de cet acabit. Cette productrice excentrique, aux allures de pré-adolescente en manque de sucreries, est le visage de sa boîte qui s’est toujours cantonnée à de la série B, avec la même star à l’affiche et les mêmes plans pour séduire un public qui ne demande pas plus qu’un peu de sensation. Mais il arrive un moment où la formule ne suffit plus, où l’intérêt est au diapason d’une toute autre ambition. Pompo The Cinephile nous parle de ce virage, avec tout le glamour d’une industrie et ses dérapages.

Une minute d’attention

Nous en revenons à la proximité avec le réalisateur, le chef d’orchestre de toute une troupe aux multiples facettes. Gene doit prendre garde à bien choisir la vague avec laquelle surfer, afin de ne pas laisser ses chances se briser sur la houle. Le réalisateur se cherche dans son propre film, tout autant que le spectateur dont le jeu intuitif constitue une clé de voute essentielle à l’élaboration d’une œuvre semble-t-il exceptionnelle.

Gene s’entoure de Nathalie Woodward, une comédienne débutante afin de détourner la carrure de Mystia, dont la présence surclasse toute la notoriété de Pompo. Et pour l’accompagner, Martin Braddock, très inspiré de Marlon Brando, est le vétéran qu’il lui faut, un guide qui s’exprime avec une élocution parfaite et dont l’image ne demande qu’à rebondir sur un aria musical. On vibre avec eux, notamment avec la charge mentale de Gene, qui doit encore peaufiner son approche du mélodrame. Il médite ainsi dans un espace grand ouvert, où la tension du tournage génère des prises de vues uniques, car on y filme la vie, on y filme une foi renaissante.

Il en va de même pour le premier travail du montage, consistant à supprimer les rushes de trop, mais également à sublimer le scénario. On taille ainsi des plans, aussi beaux soient-ils, on les interprète et on les aligne pour un cocktail sensoriel. Telle est la création, animée d’une rage ou d’une passion, jusque dans les réunions de banquiers, désireux d’investir dans d’autres activités plus concrètes. Il faudra cependant passer par quelques artifices des plus théâtraux et des plus clichés, propres aux animes japonais, qui ne jouent pas en faveur d’un récit plus inspiré et qui doit s’inscrire dans la logique du grand écran. Cependant, on s’y plaît et ces quelques détails ne devraient en rien nous dérouter d’un parcours humain et généreux.

En soi, on ne nous apprend rien de fondamental dans le métier, dont on explore en surface les péripéties et les ambitions. Malgré tout, ce voyage métabolise à lui seul une lettre d’amour au cinéma et aux cinéphiles qui apprécient les marathons ou les aventures condensées en 90 minutes.

Takayuki Hirao déterre ce qui constitue pour lui le « rêve américain » pour s’emparer de la gloire, non pas comme une résonance égocentrique, mais bien comme un appel à la communion et au courage de plusieurs individus dans un effort commun. Pompo The Cinephile est une façon pour le cinéaste d’installer le spectateur derrière un rêve, un script ou une caméra, qui pointe directement vers le cœur d’un sujet personnel et flamboyant. Il s’agit d’un film solaire et sincère dans sa démarche, synonyme du printemps qui bourgeonne dans le paysage cannois et à la veille de la saison Hanabi 2023, qui clôture son exercice dans un timing parfait. Et au fond, tout ce qui compte est de réunir assez de monde pour croire en ce rêve commun qu’est le cinéma, un lieu où l’on s’évade et où l’on se promet intimement de revenir.

Pompo The Cinephile de Takayuki Hirao est projeté dans la Sélection Cannes écrans Juniors

Titre original : Eiga daisuki Pompo-san
Avec : Hiroya Shimizu, Konomi Kohara, Rinka Otani, Ai Kakuma, Akio Otsuka, Ryuichi Kijima
Conception Graphique : Shingo Adachi
Direction d’Animation : Yasuhisa Kato, Shinpei Tomooka, Naohiro Osugi
En salles le 10 juillet 2024 / 1h 34min / Animation, Comédie
Distributeur : Art House