Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Black Dog : En écho peut-être à White God, le pamphlet du hongrois Kornél Mundruczó, lui-même sans doute un clin d’œil au White Dog de Samuel Fuller, Black Dog relate la relation entre un homme et un chien, les deux ostracisés comme les personnages canins et humains des films suscités. Une réussite impressionnante.
"In the Lost Lands" est une aventure post-apocalyptique pleine de contradictions, portée par Milla Jovovich et Dave Bautista. Adaptation d'une nouvelle de George R.R. Martin, le film mêle science-fiction et western, mais peine à offrir une expérience mémorable avec un scénario confus et des effets visuels décevants.
Dans un film dur et impérieux, puissant et magistral, "La Convocation", Halfdan Ullmann Tøndel dénonce les ravages et dérapages des mythomanies et névroses familiales en milieu scolaire. Un coup de maître.
Bong Joon-ho revient avec "Mickey 17", un film de science-fiction burlesque et satirique qui explore la question de l’humanité à travers le personnage de Mickey Barnes, un homme réplicable et sacrifiable dans une mission spatiale. Porté par un Robert Pattinson exceptionnel, ce film mêle humour noir, enjeux écologiques et questionnements philosophiques, tout en offrant un regard critique sur notre société. Une œuvre audacieuse et décalée du réalisateur de "Parasite".
Empreint de finesse, vivacité subversive et tendresse provocatrice, Judith Davis fondatrice du collectif de théâtre "L'avantage du doute" signe avec "Boujour l'Asile" un film-manifeste salutaire interrogeant l'écrasement de l'humain par les normes et notre "vivre-ensemble".
"The Monkey", adaptation décevante de Stephen King réalisée par Osgood Perkins, offre un début prometteur mais souffre d'une intrigue simpliste et d'une mise en scène anecdotique. L'humour noir empêche toute tension, et l'absence de rythme rend cette série B vite oubliable. Un cocktail d'horreur et de comédie raté.
A travers un film fort et étrange, la comédienne grecque Ariane Labed fait irruption sur la scène des futures grandes réalisatrices proposant un 1er long métrage "September & July" dérangeant et fascinant, ancré dans l'héritage du monstrueux "Canine" de Yorgos Lanthimos.
Après "Challengers", Luca Guadagnino revient avec "Queer", un projet audacieux inspiré de la nouvelle sulfureuse de William S. Burroughs. Entre esthétique léchée, casting prometteur et exploration des tabous des années 50, le film promettait beaucoup. Pourtant, il divise : si la maîtrise visuelle et émotionnelle est indéniable, la dérive narrative et le manque de profondeur des personnages laissent un goût mitigé. Plongée dans un film en deux temps, entre extase et désillusion.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »