Avec L’Origine de l’humour, Mab remonte jusqu’à la préhistoire pour confier à un chasseur médiocre une mission divine : faire rire l’humanité. Une genèse joyeusement idiote, publiée chez Fluide Glacial, où le gag devient une affaire très sérieuse.
Au commencement était l’ennui. Puis Dieu créa l’humour. Pour le reste, il délégua. L’élu s’appelle Marcel, chasseur-cueilleur assez peu doué pour la chasse et manifestement pas mieux préparé à devenir le premier comique de l’humanité. Le voilà pourtant désigné par la main céleste pour répandre la bonne parole humoristique parmi ses contemporains. Une mission dont il peine d’abord à saisir le sens : c’est quoi au juste, l’humour ? Dieu lui fournit alors une démonstration en lui demandant de tirer sur son doigt. Le premier pet divin gronde dans le ciel. La civilisation peut commencer.
Mab part de ce télescopage entre le grand récit des origines et la trivialité du gag pour donner chair à ses récits. L’humour a beau descendre du ciel, il atterrit très bas. Marcel en découvre peu à peu les différents ressorts : comique de situation, répétition, absurdité, décalage, second degré ou bonne vieille plaisanterie couillonne. Le problème, c’est qu’une blague ne devient drôle qu’à partir du moment où quelqu’un la comprend. Or le public préhistorique se révèle particulièrement coriace. Marcel expérimente donc, insiste, se trompe et recommence. Premier humoriste, il est aussi le premier à connaître le bide.
Construit en une douzaine d’histoires courtes de quelques pages, l’album ne se réduit pourtant pas à une succession de sketches. Une petite trajectoire se dessine : Marcel doit également trouver sa place dans la tribu, séduire Cynthia, fonder une famille et composer avec les exigences ordinaires, car faire rire ne remplit guère le garde-manger. Sa vocation de plaisantin devient un métier impossible, à la fois indispensable et parfaitement inutile. Le cul entre deux chaises, ou plutôt entre deux rochers plats.
Le dessin « gros nez » de Mab semble né pour pareille aventure. Avec son monosourcil, ses bras ballants et sa silhouette perpétuellement dépassée par les événements, Marcel possède déjà la physionomie du pauvre type universel. Autour de lui gravite une réjouissante galerie de tronches, tandis que grottes, jungles et rivières donnent à cette genèse bouffonne un petit monde étonnamment consistant. Des intermèdes en une page, traités dans des ocres et des bruns plus stylisés, ponctuent agréablement le récit.
Et puis ce prénom, Marcel, ne peut manquer de faire sourire chez Fluide Glacial : difficile de ne pas y entendre un hommage discret à Gotlib, dont l’humour demeure l’un des mythes fondateurs de la maison. Mab s’inscrit dans cette lignée sans chercher à l’imiter. Il préfère raconter, avec une bêtise savamment organisée, que le rire est né d’une chute, d’un pet et d’une incompréhension. C’est peut-être historiquement discutable. Mais la démonstration tient debout, avec légèreté.
L’Origine de l’humour, Mab
Fluide Glacial, 13 mai 2026, 56 pages