Avec ce premier tome, Patrice Perna et Malo Kerfriden signent une bande dessinée historique tendue, qui raconte le triple effondrement d’un homme, d’un régime et d’un mythe.
L’ascension de Mussolini a déjà été mille fois commentée. Sa déroute, en revanche, un peu moins. Après La Dernière Nuit de Mussolini, c’est désormais Avanti Popolo, premier tome d’une série elle aussi publiée chez Glénat, qui s’attache aux derniers jours du dictateur italien, en avril 1945, lorsque Milan bascule, que les partisans avancent, que les soutiens s’évaporent et que le Duce, passablement diminué, tente encore de négocier son sort.
Le récit trouve sa force dans un double mouvement. D’un côté, Mussolini, vieilli, paranoïaque, déjà presque spectral, s’accroche à une grandeur qui n’existe plus. De l’autre, Folco, jeune immigré italien réfugié en France, devient partisan et avance vers celui qu’il s’est juré d’abattre. L’un sort de l’Histoire, l’autre y entre.
Patrice Perna nomme clairement le fascisme pour ce qu’il fut, une mécanique de violence, de propagande et d’écrasement, mais le scénario, basé sur une documentation solide, se nourrit aussi d’une mémoire familiale italienne. Il en résulte un récit habité, qui se tient à bonne distance des faits et de leurs affects associés.
Le dessin de Malo Kerfriden accompagne admirablement ce crépuscule. Son trait, précis sans raideur, privilégie les regards, les intérieurs oppressants, les corps fatigués par la guerre. Rien de spectaculaire au sens commun du terme : la mise en scène travaille plutôt la pression sourde, les conversations tendues, l’attente d’une violence que l’on sait imminente.
Avanti Popolo raconte la chute d’un tyran qui a perdu de sa majesté. Devenu une silhouette de carton, Mussolini apparaît comme un homme défait, mégalomane, rongé par ses démons, incapable de comprendre que son pouvoir s’est dissous. Il se décrit encore en sauveur d’une Italie meurtrie et divisée. Face à lui, les partisans ne sont pas plus idéalisés ; ils appartiennent eux aussi à un monde brutal, où la libération se mêle à la vengeance. Un héroïsme aux mains sales.
Ce premier tome ne nous conduit pas encore jusqu’au terme tragique du parcours, mais il installe avec beaucoup d’efficacité la mécanique de la chute. En resserrant le récit sur quelques jours, les auteurs donnent à cette fin historique l’allure d’une tragédie : un chef déchu, une amante fidèle, des compagnons qui doutent, un peuple qui revient, et le chant d’Avanti Popolo comme contrepoint sonore à l’effondrement des chemises noires.
C’est donc une ouverture solide, sombre et maîtrisée. Une BD historique qui interroge la fascination trouble pour les hommes forts, la persistance des mythologies autoritaires et cette violence politique dont les échos n’ont, hélas, rien perdu de leur actualité.
Mussolini – Avanti Popolo, Patrice Perna et Malo Kerfriden
Glénat, 24 juin 2026, 56 pages