Critiques films

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan : Cette mère qui suppléa Dieu !

Inspiré du roman autobiographique de Roland Perez, ce film réalisé par Ken Scott retrace le combat extraordinaire d’une mère pour permettre à son fils handicapé de marcher. Portée par une foi inébranlable en Dieu, cette femme incarnée par une Leila Bekhti éblouissante lutte contre l’adversité et les obstacles sociaux. L’histoire, traversée par l’humour et des émotions profondes, explore les sacrifices et l’amour démesuré d’une mère. La première partie, vibrante et intense, met en lumière une famille unie dans les années 60 et 70, avec des reconstitutions soignées. Sylvie Vartan joue un rôle inspirant et déterminant, apportant un soutien lumineux dans ce chemin semé d'embûches. La deuxième partie aborde l’émancipation de Roland, incarné par Jonathan Cohen, et sa carrière, avec sensibilité et pudeur. Le film, teinté d’une humanité universelle, célèbre l’amour maternel et les miracles qu’il engendre.

The Insider : géopolitique de la chambre à coucher

Entre tension feutrée et ironie mordante, The Insider de Steven Soderbergh joue avec les codes du thriller d’espionnage pour mieux les détourner. Derrière une enquête haletante sur la trahison et la manipulation, le film révèle en creux un drame conjugal où l’intime et le politique s’entrelacent. Avec une mise en scène précise et un récit subtilement décalé, Soderbergh brouille les pistes et transforme la traque d’un agent double en une réflexion sur le couple et la confiance.

On ira : un road-movie solaire entre rires et larmes

Marie, atteinte d'une maladie incurable, décide de partir en Suisse pour un suicide assisté. Incapable de révéler la vérité à son fils irresponsable, elle invente un mensonge autour d'un héritage imaginaire pour justifier le voyage. Accompagnée de personnages drôles et émouvants – sa petite-fille en pleine crise d’adolescence, son fils irresponsable et un auxiliaire de vie décalé – elle embarque dans un road-movie improbable où quiproquos, révélations et rapprochements familiaux se mêlent, abordant la fin de vie avec une sincérité lumineuse et un humour audacieux.

Parthenope : Voir Naples et vivre !

Dernier chef-d'œuvre de Paolo Sorrentino, "Parthenope" mêle beauté, poésie et mélancolie à travers l’histoire d’une jeune archéologue. Ce film baroque, vibrant d’intelligence et de nostalgie, célèbre la puissance du cinéma pour éveiller des émotions profondes et nous transporter dans l’éternité de Capri. Un voyage esthétique inoubliable où chaque scène résonne d’une beauté intemporelle.

Black Box Diaries : survivre et espérer

"Black Box Diaries" est un documentaire poignant réalisé par Shiori Itō, qui revient sur son combat après une agression sexuelle par un homme de pouvoir au Japon. À travers une enquête de huit ans, Itō dévoile les défaillances du système judiciaire japonais et donne une voix aux victimes de violences sexuelles. Un récit émouvant sur la résilience, la lutte pour la justice et l'évolution des droits des femmes.

La Vie devant moi : Survivre coûte que coûte

L’étau se resserre autour de la famille Zylbersztejn. Deux ans d’enfermement dans dix mètres carrés, à guetter chaque pas dans l’escalier, chaque bruit derrière la porte. "La Vie devant moi" ne cherche ni l’emphase ni le spectaculaire, mais épouse la vérité brute de cette claustration forcée, où l’attente devient une torture aussi insidieuse que la peur d’être découvert. Entre éclats d’espoir et plongées dans l’abîme, le film capte avec une rare justesse l’épuisement moral et physique, la solitude et le silence oppressant, brisés par quelques mots chuchotés, par le regard d’une enfant qui refuse de s’éteindre.

L’âge imminent : une vie après l’autre

À travers une histoire intergénérationnelle entre un adolescent et sa grand-mère, "L’âge imminent" explore les thèmes de l’identité, des liens familiaux et des fractures sociales. Un récit émouvant, captivant et sincère qui nous plonge dans la réalité d’une jeunesse en quête de sens et de liberté, tout en abordant la solitude et l’évolution d’une société espagnole contemporaine. Un premier long-métrage poignant du collectif Col·lectiu Vigília.

A Real Pain : la quête de sens de deux Américains en Pologne

"A Real Pain" de Jesse Eisenberg suit les pas de David et Benji, deux cousins que tout oppose, dans un voyage en Pologne. Entre visites de lieux de mémoire et affrontements personnels, le film questionne la transmission des traumatismes et la quête d'identité. Un film parfois drôle,souvent subtil, mais qui ne va pas totalement au fond de son sujet.

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Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?

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