Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Film abîmé et inspiré parlant de vies abîmées, Je le Jure de Samuel Theis transcende le film de procès par la photographie d'une justice impossible dans un portrait intense et émouvant d'un juré empathique et profondément humain.
Cette comédie satirique et intellectuelle, inspirée du roman autobiographique de Christophe Boltanski, plonge au cœur des événements de mai 68. Dans un huis clos familial intense et plein de rebondissements, la vie des Boltanski se dévoile entre souvenirs, luttes politiques et tensions émotionnelles. Porté par les performances mémorables de Michel Blanc et Dominique Reymond, le film mêle humour, gravité et histoire, explorant avec subtilité les héritages culturels et les crises sociales du siècle passé.
Adaptation du roman autobiographique d'Azar Nafisi, "Lire Lolita à Téhéran" revient sur l'émancipation des femmes iraniennes à travers la littérature et un regard critique sur la répression et la résistance silencieuse, au cœur d’un régime islamique répressif. Eran Riklis y explore les tensions culturelles et politiques de l'Iran, mais peine à insuffler une réelle intensité à son récit. Bien que porté par une performance saisissante de Golshifteh Farahani, le film manque de profondeur et d'impact émotionnel dans sa représentation des luttes féministes.
Avec plus de 100 vues dûment sélectionnées et amplement commentées, Thierry Frémaux nous fait pénétrer dans la genèse du cinématographique, contrainte par l'essentiel. Une succession de bonheurs pour le cinéphile.
Une petite comédie d’action, de type série B décomplexée, on est toujours client ! Dotée d’un titre original et accrocheur, et d’un canevas qui l’est tout autant, on se dit qu’on va passer un bon moment. Sauf que "Novocaïne" n’a à offrir qu'un concept dont il tire quelques séquences de violence amusantes.
Vermiglio : Le second film de l’italienne Maura Delpero, insufflé de son histoire familiale, est remarquable de justesse et d’émotion, malgré ou grâce à une certaine austérité qui laisse beaucoup de place au non-dit et à l’intime de ses personnages.
Récit d'apprentissage intergénérationnel entre deux volcanologues en Guadeloupe, "Magma" mêle mentorat et tensions sociales face à la menace de l'éruption de la Soufrière. Bien que le film propose une immersion captivante dans l'univers scientifique et la culture guadeloupéenne, il peine à créer une véritable tension, laissant l'intrigue manquer d'impact. Une œuvre ambitieuse, entre fiction et documentaire, qui explore les enjeux politiques, humains et identitaires tout en abandonnant parfois ses idées à mi-chemin.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »