Blanche Neige, ni plus ni moins que Disney en 2025

On l’attendait, ou plutôt le craignait. Le voici. Après de nombreux remakes allant de passables à catastrophiques (mais aucun de vraiment réussi..), Disney s’est attaqué à ses origines. Pas loin de 100 années après le classique et intemporel Blanche-Neige et les Sept Nains de 1937, c’est un nouveau film en prise de vues réelles qui arrive sur nos écrans. Difficile de l’ignorer, tant le projet a enchaîné les difficultés. Inutile de tourner autour de la pomme, ce Blanche Neige n’est qu’un pot cassé de ce qu’est devenu le copain Mickey depuis quelques années, pour le meilleur, mais quand même plus pour le pire…

Blanche Neige : Shadows

Quand on parle de projet maudit en 2025, difficile de penser à autre chose que ce projet-là. Côté jeu-vidéo, on pourrait citer le très récent Assassin’s Creed : Shadows. Deux œuvres qui ont enchaîné les polémiques et les déboires avant même leur sortie. Deux œuvres que les anti-woke détestent sans même s’y être essayés. Là où le parallèle avec Shadows est intéressant, c’est qu’il souffre de tous les mêmes défauts que ce Blanche Neige. Disney et Ubisoft sont désormais les deux faces d’une même pièce. Deux entreprises autrefois connues pour la qualité de leurs productions, plébiscitées pour l’impact qu’elles ont eu dans leur milieu respectif. Deux entreprises qui, autrefois, s’écoutaient et livraient le produit qu’elles voulaient tout en prenant des risques pour surprendre. Aujourd’hui, ces deux géants ont totalement abandonné ambition, innovation et créativité, au profit de l’absence quasi totale de risques. Résultat, malgré de bonnes idées de fond, ce Blanche Neige est tellement aseptisé qu’il en est devenu parfaitement inoffensif.

On s’y attendait, à partir de l’instant où l’on a su, après une fantastique déclaration de Peter Dinklage, que les nains seraient remplacés par des créatures magiques. Oui oui. En 2025, Disney a tellement perdu tout courage qu’il suffit de la déclaration d’un seul acteur, loin de faire l’unanimité qui plus est, pour faire un rétropédalage à 180°. C’est d’autant plus incompréhensible qu’un acteur de petite taille est bel et bien au casting du film. D’autres éléments disparaissent, le plus important d’entre eux étant bien sûr le prince charmant, remplacé par Jonathan, un jeune homme du peuple pas inintéressant. Alors, comprenez bien qu’il n’y a rien de mal à s’éloigner du matériel original. C’est même une réelle nécessité et le film le sait. Si le fil rouge reste le même une très grande partie du film, quelques divergences finissent par apparaître, jusqu’à la réinvention totale de l’intrigue sur son dernier acte.

Zegler vs Gadot

Le choix de Rachel Zegler est de ces éléments qui ont fait hurler certains au scandale. Comment une actrice d’origine colombienne peut-elle prétendre incarner Blanche Neige, dont la peau blanche est l’élément caractéristique ? Le film désamorce cette question dès les premiers instants. Quant à Zegler, qui donnait déjà de la voix dans le magnifique West Side Story de Spielberg ou Hunger Games : La ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, elle porte parfaitement le rôle sur ses épaules. Sa voix douce colle parfaitement avec la pureté qu’incarne son personnage et son alchimie avec Andrew Burnap (Jonathan) fonctionne bien. On n’en dira pas autant des nains, la CGI laissant la pauvre Rachel dans un néant de solitude. Le récit la voulant plus forte et indépendante, les scénaristes la gratifient de nouvelles interactions qui se révèlent plutôt pertinentes et bienvenues. On pense à Jonathan, les bandits ou encore la Méchante Reine.

Et c’est là que la pomme commence à pourrir. Avec ce Blanche Neige, l’actrice Gal Gadot, révélée dans Wonder Woman démontre encore une fois toute la médiocrité et la pauvreté de son jeu d’actrice. Difficile de se dire que Marc Webb lui a, à ce point, demandé d’être à côté de la plaque. Oui, cabotiner quand on incarne un grand méchant, c’est sympa (les meilleurs se souviendront encore de Jeremy Irons dans le vieux film Donjons & Dragons). En revanche, grimacer pour masquer qu’on est incapable d’avoir plus de deux expressions faciales, c’est naze. C’est déjà pas glorieux quand elle s’adresse à son miroir ou quand elle regarde la ville du haut de sa tour. C’est franchement gênant quand elle chante (alors que la chanson en elle-même est pas mal). Mais alors, quand elle se retrouve face à Rachel Zegler, le talent des deux actrices est sidérant de différence. On ne reviendra pas sur la relation entre elles en dehors du tournage, jugée très électrique en raison de leurs totales divergences d’opinion politique.

Marc webb, pris dans la toile de Disney

On pourrait mettre tout l’échec du film sur le dos de Gadot, tant elle massacre le personnage qu’elle incarne. Ce serait toutefois injuste. Les nains ne sont pas tellement mieux et on a presque l’impression de revivre le traumatisme du bébé en CGI des derniers Twilight. Si Simplet a été mieux traité que les autres, que ce soit narrativement ou visuellement, le choix de transformer les nains en des créatures magiques d’une rare laideur reste incompréhensible. Également, ceux qui ne supportent pas les comédies musicales qui chantent trop souvent détesteront sincèrement le projet. Si les chansons ne sont pas désagréables pour les oreilles et même plutôt réussies d’un point de vue strictement visuel, leur intérêt narratif n’est pas toujours évident et la platitude insultante de la mise en scène n’aide pas. Elles s’enchainent sans conviction à tel point que le film se découperait presque en mini-série Disney+ avec un épisode par chanson.

C’est d’ailleurs le gros point noir de ce remake. Il n’est pas aussi immonde que les premiers visuels le laissaient penser. Il n’est pas tant modernisé que cela et pas plus « wokisé » qu’on le laisse entendre. Zegler est géniale. Gadot est insupportable. Il n’y a pas de nains, sauf un. Pas de prince mais il fallait quand même un gars qui puisse faire le baiser pour réveiller Blanche Neige. Bref, on souffle constamment le chaud et le froid et on ressent encore et toujours que Disney reste en surface de toutes ses nouvelles idées. Ce remake est à destination des enfants et le studio ne s’en cache pas. En revanche, engager un réalisateur talentueux pour aboutir à un film composé essentiellement de champs/contre-champs, c’est navrant. Dommage, d’autant que les décors sont jolis, l’aspect médiéval fonctionne pas mal et quelques transitions sont efficaces. Malheureusement, on attendait mieux (en fait, non, on attendait pire). Reste sa capacité à filmer les histoires d’amour, plutôt intacte, même si on est loin de l’alchimie entre Emma Stone et Andrew Garfield…

Blanche Neige : Bande-annonce

Fiche technique : Blanche Neige

  • Titre original : Snow White
  • Réalisateur : Marc Webb
  • Scénario : Greta Gerwig, Erin Cressida Wilson (d’après le conte des frères Grimm)
  • Production : Marc Platt, Disney
  • Acteurs principaux : Rachel Zegler (Blanche Neige), Gal Gadot (la Reine), Andrew Burnap (Jonathan)
  • Musique : Benj Pasek & Justin Paul
  • Genre : Fantastique, aventure, comédie musicale
  • Durée : Environ 2h
  • Nationalité : Américaine
  • Date de sortie : 2025 (France)
  • Distributeur : Walt Disney Studios Motion Pictures
Note des lecteurs5 Notes
2

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.
Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.