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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Après avoir marqué l’année 2019 avec Parasite, Bong Joon-ho revient avec un film de studio hollywoodien hilarant et convaincant à plusieurs niveaux, malgré ce qui pourrait sembler un sentiment d’essoufflement dans sa filmographie. Sans pour autant être dénué d’idées visuelles et narratives fortes, son Mickey 17 réunit toute la tragédie de l’humanité dans une fable de science-fiction burlesque et contemporaine. Synopsis : Héros malgré lui, Mickey Barnes se tue à la tâche… littéralement ! Car c’est ce qu’exige de lui son entreprise : mourir régulièrement pour gagner sa vie. Initialement annoncé pour illuminer les salles de cinéma au printemps 2024, le troisième long-métrage hollywoodien de Bong Joon-ho (après Snowpiercer : Le Transperceneige et Okja) fait partie de ces nombreux projets retardés par le conflit entre le syndicat des acteurs SAG-AFTRA et l’Alliance des producteurs de films et de télévision en 2023, menant à une grève massive des scénaristes et des acteurs. Avec près d’un an supplémentaire de post-production, Mickey 17 a finalement été projeté hors compétition durant la Berlinale qui s’est tenue le mois dernier. N’oublions pas que Parasite date déjà de 2019. Le cinéaste coréen a donc bien pris le temps de faire mariner son adaptation du roman d’Edward Ashton, Mickey7. Et quelle merveilleuse surprise que ce cocktail burlesque, satirique et horrifique, porté par un Robert Pattinson hilarant et émouvant. Une vie sans fin Année 2054, rien ne va plus sur Terre, invivable par ses nombreuses tempêtes et changements climatiques, une surpopulation croissante et un sentiment d’insécurité omniprésent. Direction Niflheim, une planète glaciale qui semble hospitalière. Il ne manquait plus que Mickey Barnes pour compléter un équipage de colons spatiaux, dont le voyage durerait quatre ans. L’homme qui rêvait de faire fortune en cuisinant d’appétissants macarons aurait peut-être dû lire les petites lignes de son contrat, le désignant comme cobaye à la merci de blouses blanches sans scrupules. C’est à travers ce personnage consommable et sacrifiable qu’il accomplit sa fonction de « remplaçable », car il est désormais possible de répliquer les corps mutilés et recyclés de Mickey, tout en préservant la mémoire de ce dernier. Objet de tous les caprices scientifiques par excellence, qu’elles soient ratées ou réussites, qu’elles soient pour le bien ou le mal, sa 17e version nous donne à observer le désordre qu’il sème autour de lui. Et sa coexistence avec Mickey 18 ne fera qu’alimenter les débats philosophiques sur l’humanité, dans tout ce qu’elle a d’éphémère, d’outrancier et de contradictoire. Le clonage est passé du fantasme inavoué au dilemme éthique depuis le siècle dernier et de nombreux films en ont déjà illustré les dérives en cas d’excès (Gemini Man, The Island, Oblivion, Clones). Plus proche de Source Code ou de Edge of tomorrow, où les corps mourraient pour que l’esprit se réincarnent, Bong Joon-ho s’en empare en posant la question des doubles. Une âme pour deux corps. Considérés comme des sous-humains, les Mickey 17 et 18 ont en commun la peur de mourir, un sentiment bien humain après tout. Leurs querelles à mi-parcours peuvent tourner autour d’une blague un peu trop longue et bancale, mais ce qu’elle révèle en profondeur, c’est le rejet de soi et la peur de cohabiter avec cet autre soi. Pattinson y apporte autant de nuances que possible dans ses personnages et accomplit la diversion prévue par Bong Joon-ho avec brio. Tout ce qui tue Mickey le rend plus fort d’une certaine manière, jusqu’au jour où il se positionne verbalement sur sa valeur humaine et sur sa mortalité. Chacune de ses répliques agit comme une réincarnation de sa personnalité. La première partie du récit nous invite à en étudier toutes les déviances avec un humour noir décapant. Dans ce même mouvement, le cinéaste coréen y superpose des thématiques écologiques dans un cadre suffisamment banal pour que la voix off de Mickey nous invite à partager sa douleur. Au fond, est-il réellement important de savoir ce que cela fait de mourir ? Il s’agit d’une question futile pour Mickey, qui déjoue la fatalité en se faisant réimprimer « pour le bien commun ». L’important est de savoir si on peut encore le considérer comme un humain, après les suicides répétés et à moitié consentis par Mickey. Peut-il seulement vivre et exister de nouveau, comme il l’a initialement souhaité ? Bong Joon-ho y répond avec rigueur, tout donnant plus de poids aux dernières paroles du réplicant Roy Batty dans Blade Runner. Ces personnages ont trouvé leur réponse sur l’humanité dans les confins de l’univers, bien que les registres diffèrent. L’arche des losers « Il s’agit d’un film de science-fiction où des êtres humains se rendent sur d’autres planètes à bord d’un vaisseau spatial, mais il parle surtout de gens idiots. Il s’agit surtout de losers ridicules. » Le cinéaste décrit son œuvre ainsi, en générant un amalgame de genres et de personnages déchus qui cherchent à se reconstruire par les échecs. Toutefois, l’espoir n’est pas exclu, car l’histoire d’amour de Mickey avec Nasha (Naomi Ackie) est authentique. Elle correspond certainement à tout ce qu’il y a de plus lumineux en l’humain parmi l’équipage, avec quelques vices dont on ne peut lui tenir rigueur. Soutien émotionnel essentiel pour Mickey, elle sait s’affirmer dans les moments clés. De quoi contrebalancer la récurrence des faire-valoir comiques. Puis soudainement, l’intrigue accélère considérablement dans son dernier tiers, en abandonnant le personnage d’Anamaria Vartolomei (L’Événement, Le Comte de Monte-Cristo, Maria) ou d’autres pistes sur l’éveil de conscience et la mutinerie de l’équipage. Le dénouement expéditif, et pourtant spectaculaire, en atténue son revirement émotionnel, ce qui est regrettable sachant toute la mise en place qui précède, incluant un prologue un peu étiré. De même, on peut reprocher aux multiples sous-intrigues de s’empiler comme une masse informe au lieu d’être imbriquées autour d’un fil rouge lisible. Fort heureusement, dans toutes ces calories gaspillées, il reste suffisamment de rations de secours pour que l’on se bidonne avec un plaisir régressif. Faute d’avoir pu exploiter son potentiel comique chez Marvel Studios, Mark Ruffalo (aperçu en gigolo dans Pauvres créatures) nous régale ici dans le rôle de Kenneth Marshall, un ploutocrate raté, décérébré et cartoonesque qui fait écho au trio Trump-Musk-Bezos. Souvent en tandem avec son épouse, incarnée par Toni Collette, en quête de la sauce gastronomique parfaite, il est à l’image du fascisme passif de notre réalité. Un rappel à l’ordre qui illustre à la fois les ingrédients d’une dystopie, mais l’ironie veut qu’on s’en rapproche à petit pas. Les tensions générées par ce contexte sont pourtant désamorcées par des ruptures de ton, guidées par la musique de Jung Jae-il. On s’aligne ainsi sur la même tonalité que les comédies politiques et absurdes à la Don’t Look Up. La rencontre avec une espèce autochtone inconnue, rabaissée au statut de « rampants », en témoigne. Tout un parallèle se lit sans peine concernant la maltraitance animale et des parasites qui entravent l’autorité établie. Si Okja donnait déjà des sueurs froides en nous délivrant une vision horrifique de la surconsommation de viande, Mickey 17 réussit à nous redonner foi en l’humanité, trop souvent piégée dans les dédales de l’artificialité. Son « héros malgré lui » se revendique ainsi, en démontrant qu’une infime fragment de courage suffit à faire la paix avec soi-même et avec son environnement. Comme pour ses nombreux remplaçables, Robert Pattinson achève sa transfiguration par une succession d’audace répétée. De Good Time à The Batman, en passant par The Lighthouse, le comédien britannique a constamment su se réinventer au cours de sa carrière, qu’on en oublierait ses débuts dans le cinéma fantastique et romantique. Mourir autant de fois à l’écran est pour lui une opportunité pour mieux se réincarner. Il y parvient grâce au flair de Bong Joon-ho, un auteur que l’on reconnaît pour repousser les limites créatives et du divertissement. Bien qu’il semble se reposer sur tout ce qui a fait son succès auparavant, en mettant un accent sur les inégalités sociales dans des situations de crise diverses, il reste également un artisan de qualité, même si sa patte artistique se trouve diluée par les mille et une contraintes hollywoodiennes. Reste à savoir de quel côté du Pacifique il souhaite rebondir après son Mickey 17, une œuvre mineure au premier abord, mais qui a néanmoins l’audace de compiler des thématiques accessibles dans un blockbuster qui les aborde sans détour et de manière ludique. Ce qui est particulièrement rare dans le paysage cinématographique hollywoodien ces derniers temps pour être souligné de la sorte… Mickey 17 – Bande-annonce Mickey 17 – Fiche technique Réalisation : Bong Joon-Ho Scénario : Bong Joon-ho, d’après le roman Mickey7 d’Edward Ashton Interprètes : Robert Pattinson, Naomie Ackie, Steven Yeun, Toni Collette, Mark Ruffalo, Anamaria Vartolomei Musique : Jung Jae-il Directeur de la photographie : Darius Khondji Direction artistique : Jason Knox-Johnston et Christine Lois Décors : Fiona Crombie Costumes : Catherine George Montage: Yang Jin-mo Producteurs exécutifs : Brad Pitt, Jesse Ehrman, Peter Dodd, Marianne Jenkins Producteurs : Bong Joon-ho, Choi Doo-ho, Dede Gardneret, Jeremy Kleiner Sociétés de production : Plan B Entertainment, Offscreen, Kate Street Picture Company Pays de production : États-Unis, Corée du Sud Distribution France : Warner Bros. Pictures Durée : 2h17 Genre : Science-fiction, action, drame Date de sortie : 5 mars 2025 Mickey 17 : le problème à deux corpsNote des lecteurs0 Note3.5